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Le rap underground

De
70 pages
La culture populaire a une puissance dynamique. En devenant auteurs-acteurs de leurs expressions, les jeunes rappeurs dénoncent dans un même mouvement les insuffisances manifestes en termes d'équité sociale et expriment des revendications à vouloir se rendre visible dans l'espace public, en s'y installant d'un point de vue artistique. Par l'analyse minutieuse du méta-langage, l'auteur nous amène à comprendre que le rap est une métaphore sociale : une guerre des mots menée contre l'injustice sociale.
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Collection Logiques Sociales Série : Études Culturelles Dirigée par Bruno Péquignot Le champ des pratiques culturelles est devenu un enjeu essentiel de la vie sociale. Depuis de nombreuses années se sont développées des recherches importantes sur les agents sociaux et les institutions, comme sur les politiques qui définissent ce champ. Le monde anglo-saxon utilise pour les désigner l’expression cultural studies. Cette série publie des recherches et des études réalisées par des praticiens comme par des chercheurs dans l’esprit général de la collection. Louis BASCO (dir.),Construire son identité culturelle, 2014. e Jean-Louis FAVRE,Une histoire populaire du 13arrondissement de Paris. « Mieux vivre ensemble », 2013. Marisol FACUSE,Le monde de la compagnie Jolie Môme. Pour une sociologie du théâtre militant, 2013. Ji Eun Min,La réception de la comédie musicale de langue française en Corée. Echanges culturels dans une économie mondialisée, 2013. Nadine BOUDOU,Les imaginaires cinématographiques de la menace. Émergence du héros postmoderne, 2013. Laetitia SIBAUD,Les musiciens de variété à l’épreuve de l’intermittence. Des précarités maitrisées ?, 2013. Christian APPRILL, Aurélien DJAKOUANE et Maud NICOLAS-DANIEL,L’enseignement des danses non réglementées en France. Le cas des danses du monde et des danses traditionnelles, 2013. Christiana CONSTANTOPOULOU,Barbaries contemporaines, 2012. Barbara LEBRUN (éd.),Chanson et performance. Mise en scène du corps dans la chanson française et francophone, 2012. Isabelle PAPIEAU,Du culte du héros à la peoplemania, 2012. Frédéric GIMELLO-MESPLOMB, L’invention d’un genre : le cinéma fantastique français, 2012. Frédéric GIMELLO-MESPLOMB,Les cinéastes français à l’épreuve du genre fantastique, 2012. Raphaële VANÇON,Musicien amateur ou professionnel ? La construction identitaire musicienne, 2011. Yves RAIBAUD,Géographie socioculturelle, 2011. Françoise CARECCHIO,La culture des jeux. Une poétique enfantine, 2010.
Ouvrage du même auteur : BELHADJ-ZIANE Kheira & MOUCHTOURIS Antigone (dir.), (2008),Actualité graffiti, Presses universitaires de Perpignan. © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris Htttp:www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr EAN Epub : 978-2-336-69530-3
PRÉFACE
L’originalité de cet ouvrage consacré à la culture hip-hop et plus particulièrement au rap se situe dans le fait que Kheira Belhadj-Ziane a bousculé, sinon renversé, des stéréotypes sur le rap et les rappeurs. En choisissant de mener ses recherches sur le prisme de l’interaction symbolique et de l’analyse du métalangage, l’auteure a pu ainsi cerner une dimension à laquelle ne nous sommes pas habitués. Nous ne pouvons que rendre hommage à cette jeune chercheure pour sa persévérance et son obstination avec lesquelles elle a conquis le droit d’enquêter dans un milieu difficile d’accès ; grâce à cette ténacité, elle a rompu avec les lieux communs qui accompagnent presque toujours les études de cette expression culturelle. Ce livre nous apporte au niveau de la connaissance de la culture populaire urbaine des éléments d’une très grande originalité. Nous pouvons attester que c’est un exercice très difficile de pouvoir échapper aux lieux communs et à tous les éléments médiatiques que cette culture véhicule. Une compréhension qui lui a permis de saisir comment cette poésie populaire est devenue un mythe. Elle a utilisé l’analyse sémiologique inspirée de Roland Barthes d’une manière constructive au niveau de la compréhension de cette pratique culturelle et de la mythologie qui est incorporée en elle. Sa justesse dans l’analyse du métalangage démontre sa très grande capacité d’abstraction, en particulier à propos de l’analyse du mythe moderne, vision allégorique entre réalité et imaginaire. C’est le point fort de cet ouvrage : procéder à une analyse du signifiant de cette poésie urbaine, tout en nous permettant de comprendre comment elle réussit à perdurer. Il y a des thèmes récurrents à la culture populaire : le rôle de la mère, l’absence de la figure du père, l’injustice et la police. Le rappeur devient un héros qui est là pour dénoncer les injustices sociales. Il représente le jeune qui magnifie son environnement familial et représente le bien, tandis que le mal c’est les autres, l’environnement social. Le thème de la rue dépasse la simple image, ils sont les enfants de la rue. Cette dernière est personnifiée et féconde, à la fois espace public mais aussi espace personnel. Il y a une nouveauté dans cette poésie : la présence de la jeune fille. Il existe toujours une certaine retenue lorsqu’il s’agit d’exprimer des sentiments ou bien une impossibilité empêche le protagoniste de mettre en avant son affectivité. En revanche, les rappeurs sont davantage affectifs entre eux, parce qu’ils s’imaginent tous être des frères. Grâce à cette poésie, le jeune rappeur a pris le pouvoir « des mots dans un micro » ; ainsi, les mots ne sont plus seulement un vocabulaire, mais peuvent exercer et instaurer un pouvoir. Cet ouvrage s’inscrit dans la sociologie de l’imaginaire, cette recherche nous amenant à découvrir celui des rappeurs. En effet, nous constatons une sensibilité à l’intérieur de la signification pour atteindre l’étape ultime : la métaphore. C’est ce qui construit un métalangage permettant d’atteindre le mythe. En ayant une connaissance du terrain, elle a pu exposer la pesanteur d’une certaine catégorie de la culture populaire dans une ville de taille moyenne comme Perpignan. À propos des acteurs, elle nous a démontré que la culture populaire liée au rap ne touche pas seulement la catégorie des jeunes et que celle-ci s’élargit à d’autres couches sociales. Ce livre nous a permis d’avancer au niveau de la compréhension de la diffusion d’un phénomène typiquement urbain qui a progressé dans l’imaginaire de la population des quartiers populaires au point de devenir un symbole d’expression de leur mal-être. Il s’est propagé dans les zones rurales de la même façon chez les jeunes et moins jeunes. D’ailleurs en lisant attentivement le corpus proposé, nous ne constatons pas de particularité liée à la réalité de Perpignan et de ses alentours. Les chansons expriment un état d’esprit plus universel que local. Kheira Belhadj-Ziane a pu aller au-delà des apparences et examiner les rapports entre culture populaire et rap. Cela lui a permis de mieux entrevoir les retombées de la politique de la ville sur la production artistique des jeunes. Ainsi, nous constatons que l’éducation populaire, à travers les pratiques des ateliers et de la création d’expressions originales, a contribué à créer des connaissances qui enrichissent d’une part la culture populaire et, d’autre part, la formation des rappeurs en leur constituant un capital intellectuel. Ce travail invisible de l’éducation populaire dans les quartiers, rare sont ceux qui en parle à cause du faible intérêt médiatique. Ces éléments jouent autour du champ de la culture populaire : un jeu capital, tant dans son enrichissement que dans les conduites sociales de certains groupes. Son analyse nous permet de comprendre la mise en place du processus de réciprocité qui prend sa source dans les rapports établis
autour de pôles d’attraction et de répulsion dans la société de masse. Ces pôles attraction/répulsion pourraient expliquer l’émergence de la culture underground. Celle-ci prend la forme d’une contre-culture. Tout comme l’industrie culturelle, les acteurs du rap underground diffusent des « messages » à travers leur création artistique. C’est sur la forme et le contenu de ces messages que se matérialise la contre-culture. En effet, si l’industrie culturelle traite les consommateurs comme des objets rentables, l’importance reste au niveau des messages pour les acteurs. La richesse de cet ouvrage se situe dans l’éventail des sociologies spécialisées dans lesquelles il s’inscrit : sociologie urbaine, de la jeunesse et d’action. Cela permet de traiter la culture populaire dans toute sa complexité. Nous ne pouvons que saluer cet effort de démontrer que la culture populaire exprime d’une manière métaphorique la réalité sociale. Ce que l’auteure Kheira Belhadj-Ziane a su très bien mettre en avant est l’imaginaire des rappeurs, qui centre l’attention des lecteurs sur le métalangage de cette expression culturelle.