Les tubes des années 1980 : pop music, rock et variété

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Les gens nés entre 1965 et 1975 ont gardé de la décennie musicale des années 1980 un souvenir enchanté. Parce qu'il y avait de la diversité, de la surprise tous les mois, parce que les synthés progressaient d'une année sur l'autre, parce qu'il y avait toujours de l'imagination, de la spontanéité.
Le sociologue Christophe Colera essaie de restituer dans ce livre l'univers imaginaire que créaient les vagues de tubes anglo-saxons, français, italiens, allemands, qui à cette époque-là, se déversaient sur les ondes de radio et de télévision, marquant l'avènement d'une ère nouvelle où la pop music globalisée ne relève plus du simple passe-temps agréable mais devient un vecteur culturel central et une valeur structurante de l'identité de toute une génération.
On retrouvera dans ce livre un descriptif des principaux succès qui dominaient la programmation musicale des radios de la bande FM à l'époque et qui ont durablement marqué les esprits dans les décennies qui ont suivi. Cet ouvrage évoque également la sensibilité d'une époque : ses rêves amoureux, ses inquiétudes politiques (autour de la guerre froide par exemple), sa façon de saisir le désir et de se représenter le monde qui, à maints égards, n'a plus grand-chose à voir avec celle des années 2000-2010.

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Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de visites sur la page 15
EAN13 9782849243190
Langue Français

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Les tubes des années 1980
Pop music, rock et variété
Collection « Traces »
Dans la même collection :
Jardins secrets d’une call-girl,Cora Galli & Thérèse Massa Je suis un Pachtoune d’Afghanistan,Lisa Vitturi & Nouri Khan Zazaï Éloge de la liberté sexuelle, Frédéric Delorca Les oliviers de Palestine, Jacqueline Bellino Le principal du Secondaire, François Perdir Autopsie d’un exil algérien, Zalia Sékaï Incursion en classes lettrées, Christophe Colera/Frédéric Delorca Cadres Academy, Daniel Hammer La guerre d’Espagne vue de Barcelone, José Colera Sarajevo aujourd’hui, Aurélie Carbillet Le monde ignoré des testeurs de médicaments, Michelle Julien La maison du sérail, Djalila Dechache Germaine Loisy-Lafaille ou la vie incroyable d’une comédienne,Maggy De Coster Confessions d’un pigiste, Julien Jouanneau Confessions d’un intermittent du spectacle, Henri Cachia
© Éditions du Cygne, Paris, 2013
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-319-0
Christophe Colera
Les tubes des années 1980
Pop music, rock et variété
Éditions du Cygne
Du même auteur
Dialogue sur les aléas de l’histoire,tout aurait pu se passer autrement,Paris, L’Harmattan 2010
Les services juridiques administratifs, Paris, L’Harmattan, 2009
La nudité, pratiques et signiIcations, Paris, Editions du Cygne, 2008
Individualité et subjectivité chez Nietzsche, Paris, L’Harmattan, 2004
Introduction
À mesure que nous nous éloignons des années 1980, celles-ci apparaissent comme un « âge d’or » de lapop musicou du « rock » largo sensu (duheavy metal à la variété). Les émissions à la TV se multiplient « Les années Top 50 », « Nos plus belles années etc », au cours desquelles de vibrants hommages sont rendus au « son » de cette époque-là. Tout un public de quadra/quinquagénaires dans ce miroir embrasse sa jeunesse perdue. Les sciences cognitives ont montré comment la musique active des zones archaïques du cerveau, remue des instincts très profonds et agit comme une véritable drogue. C’est particulièrement vrai de la popmusic qui fonc-tionne beaucoup sur la répétition de thèmes très simples, de leit-motiv, avec un rythme très prévisible et régulier, appuyé par des 1 percussions comme dans les transes africaines ou orientales . Ce côté primitif et primaire de l’envoûtement spéciïque que provoque lapop musicse prête mal à l’écriture de livres à son sujet. Les mots trahissent ce qui s’y joue. Les longues ïches de Wikipediasur les groupes et les chanteurs disent moins la vérité de ce qu’a pu représenter cette culture au quotidien pour des millions d’ados et de gens d’âge mûr, que les très brefs commen-taires laissés comme des cris du cœur sous des vidéos deYou Tube: « Merci de réveiller tous ces souvenirs », « Cette chanson était merveilleuse », « la meilleure artiste du monde », « on ne sait plus faire de la musique comme celle là maintenant » etc. Si les mots trahissent la sensation, pourquoi en faire un livre ? Parce qu’il n’y a pas de partage sans mot. Le partage avec ceux
1. Pour la descendance entre Popmusic et musique traditionnelle indienne voirLa Pop-Music et les MusiquesRockde Henry Torgue, P.U.F., Coll. « Que Sais-je ? «, 1997 (quatrième édition).
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qui ont aimé ce genre et cette époque, le partage avec ceux qui ne connaissent pas, aimeront peut-être un jour, ou n’adhèreront jamais. Chacun n’entend pas la même chose, ne ressent pas à l’identique. La possibilité de comparer ne peut naître que d’une verbalisation. J’ai tenté un premier essai avec le blog « Ma musique depuis 1983 » que j’ai lancé sur Internet (http://depuis1984.over-blog. com/) le 8 novembre 2011, et que j’encourage les lecteurs à parcourir à mesure qu’ils lisent ce livre, notamment pour visua-liser les clips, entendre la musique (reportez vous directement à l’index des auteurs du blog). Les blogs ont l’avantage de mettre en prise avec la chose même : il sufït de brancher un casque sur son ordinateur pour se retrouver plongé dans une ballade, walkman sur les oreilles, en 1985, ou dans une boîte branchée de l’époque. Mais le blog reste tributaire du format informa-tique (les yeux qui s’usent sur les écrans, le rituel du passage de la souris etc). Le livre permet de synthétiser, d’offrir une vue panoramique. Sociologue de formation, je pourrais envisager de décrire les « rouages de la machine » : les producteurs (l’industrie du disque des années 1980, les artistes, leurs parcours, leurs relais média-tiques). Mais cet exercice m’intéressé assez peu aujourd’hui car il me paraît abstrait et rend le sujet que je souhaite évoquer ici aussi lointain qu’une analyse de la transmission des cultures dans l’empire aztèque ou du fonctionnement d’une station orbitale. Je voudrais plutôt esquisser ici – mais sans prétention aucune, en commençant simplement par les bases empiriques du travail, et en le faisant dans des termes les plus simples possibles pour que cela parle à tous les publics – une « socio-logie de la réception » des succès des années 1980. Il y a plusieurs méthodes pour cela. Par exemple aller interroger les hommes, les femmes de 41 ans sur les souvenirs qu’évoquent pour eux telle chanson de Corynne Charby ou d’INXS. Mais ce type d’approche présente des limites évidentes, car peu de gens ont assez de sens de l’introspection, assez de
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vocabulaire, ou simplement assez conïance dans l’inter-viewer pour examiner à fond toutes les émotions qu’évoque pour eux une musique. Il existe en sociologie une méthode tout aussi valide pour rendre compte d’un phénomène collectif et qui permet d’aller plus loin dans la dimension qualitative. Elle consiste pour le chercheur à commencer par rendre compte de la manière dont lui-même éprouve une expérience sociale, quelle qu’elle soit. C’est la méthode que je suivrai dans ce livre : je veux livrer la perception que j’ai moi-même eue dans les années 1980 (et la trace que j’en ai gardée) en collant fortement à ce qui s’est donné à entendre (c’est-à-dire avec une dimension « phénoménolo-gique » appuyée). Je veux raconter, à partir de mon propre point de vue comment cela a surgi, dans nos yeux, dans nos oreilles, les vagues qui l’ont porté, l’effet que cela faisait, l’effet que cela fait encore lorsqu’on les redécouvre. Bien sûr, avec un récit à la première personne, il se peut que j’exprime surtout mes propres particularités qui se révèlent, par exemple, dans le sérieux que j’ai mis à écouter cette musique, la passion sans doute supérieure à la moyenne des auditeurs, que j’y ai investi ce qui est lié à mon tempéramment studieux, mais aussi au fait que je suis né dans une région (les Pyrénées) où les gens chantaient beaucoup. J’avais été conduit par ma mère à aimer tôt la variété et tout petit déjà j’écoutais avec elle les chansons sur le poste de radio et les mémorisais. Le fait d’avoir grandi dans un milieu populaire dépourvu de culture musicale « savante » m’a peut-être rendu sensible en priorité à la partie la moins « élaborée » de la pop music (peut-être même sa dimen-sion la plus proche de la variété), ce qui n’est peut-être pas le cas de la majorité des gens qui liront ce livre. Par ailleurs doué pour les langues étrangères, j’étais porté à aimer les chansons en langue anglaise (et elles ont explosé dans le courant des années 1980, j’y reviendrai), de sorte que celles-ci seront peut-être un peu surreprésentées dans ce livre (mais cela compensera peut-être la tendance de beaucoup de lecteurs à ne pas retenir les
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noms des airs anglais dont ils appréciaient la mélodie, et peut leur servir d’aide-mémoire). Mais je crois quand même que ma propre expérience peut, par beaucoup de ses aspects, coïncider sur de nombreux points avec celle d’un grand nombre de gens. Comme je suis né en 1970, les années 1980 (au sens de la notion anglo-saxonne desEighties, les années de la dizaine commençant par 8) ont parfaitement coïn-cidé avec mon adolescence (monteenage). Et comme, précisé-ment, je n’avais pas de culture musicale « spéciïque », j’ai adhéré un peu à tout ce que les radios et les chaînes de TV portaient au pinacle. J’ai écouté très attentivement beaucoup d’émissions de la bande FM, et sur les petits écrans (« Les enfants du rock », « Platine 45 », « Jack Spot », « Boulevards des Hits », « 4C+ » etc), acheté les revues, pris en note les classements des « hit parades » tout autant que je chantonnais, dansais (en boîte ou seul dans ma chambre) et rêvassais sur ces airs. Assez peu de choses m’ont échappé dans ces années-là. Je peux donc ici rassembler tout ce que j’ai gardé de ce moment là, tous ces morceaux enregistrés sur des cassettes magnétiques sur une chaîne « stéréo » et que j’écoute encore, sans crainte d’oublier des morceaux vraiment importants qui auraient échappé à ma curiosité et à mes engoue-ments. En outre, si, comme je l’ai dit, j’aimais beaucoup la pop anglaise, j’étais aussi réceptif à la chanson française, voire aux airs en langue allemande, italienne et espagnole qui parvenaient sur nos ondes, ce qui me permettra de livrer ici un panorama très large et inclusif. Tout en étant « particulier », mon point de vue sera donc sans doute, un des plus « spontanément généraux » qui puissent exister sur le sujet et chacun pourra à loisir comparer les points communs et les différences avec lui-même. Je pourrais appuyer mon étude sur quelques morceaux choisis, mais je ne le souhaite pas car cela ne rendrait pas compte du phénomène d’accumulation. Il faut bien voir qu’à cette époque là, la radio et la télévision charriaient chaque mois de nouveaux 45 tours par dizaines. Cela créait tout un monde,
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