MES LONGS CHEMINS DE MUSICIEN

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Organiste, Maître de chapelle, chef de chœur, chef d'orchestre, compositeur, l'auteur raconte ses nombreuses et diverses expériences, ses réalisations variées, ses luttes en faveur de la musique que certains s'efforcent de chasser des églises, ses prises de position pour la défense des musiciens, ses recherches en faveur d'un public parfois défavorisé et absent des concerts.

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Date de parution 01 décembre 1999
Nombre de visites sur la page 207
EAN13 9782296399808
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Mf£S LcYJ{gS CJi'E/Jv{J9{S 'lYE 9V£f{1SICl'E/J{Dessins de Guy Mauc1erc
@ L'Harmattan 1999
ISBN: 2-7384-8467-0Joacfiim J{avanf ae La Montagne
Mf£S LCYJ{(jS CHt£fJv(Ig{S f})t£ 5'vfrus IClt£9(
Éditions L'Harmattan L'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques5-7, rue de l'École-Polytechnique
Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK975005 Paris - FRANCE1 - UN CHEMIN ENSOLEILLÉ
Lorsque, en 1949, je quittais l'École César Frank, je
n'avais pas du tout l'idée de ce que deviendrait ma
carrière musicale telle qu'elle s'est accomplie et a
évolué au cours d'une cinquantaine d'années. Je
m'imaginais et souhaitais devenir un organiste bien
sage dans une paroisse bien tranquille, bien installé
dans la tradition de l'Église, heureux de faire avec des
moyens suffisants beaucoup de musique bien liturgique
et, par la force des choses, à l'écart de toute actualité
bruyante... On verra combien les événements et les
circonstances évolueront différemment!
Pourtant c'est bien à la carrière d'organiste et de
Maître de chapelle que je me suis principalement
consacré, mais, peut-on réellement prévoir l'avenir et
surtout compter sur la chance pour toute une
carrière? Or, j'ai été favorisé par la chance bien
souvent au cours de plusieurs détours de ma vie
professionnelle; honnêtement je le reconnais, même si,
parfois, cette chance je l'ai un peu provoquée.
Les premiers souvenirs de cette attirance que
j'éprouvais fortement pour l'orgue et ses sonorités
extraordinaires remontent à mon enfance à Genève
tandis que j'assistais à la messe en notre Paroisse
Saint-Joseph, William Montillet étant à l'orgue. Un jour,
plus précisément, pour célébrer le centenaire de l'église
Notre;'Dame de Genève, la chorale du collège Florimont
à laquelle j'appartenais comme élève, chantait la messe
7à la tribune; à la fin de la cérémonie, je me glissais près
de l'organiste René Livron jouant la sortie avec toute la
puissance de l'orgue; je fus ébloui et impressionné!
Cette école César Franck, je l'ai quittée un peu
trop tôt et sans doute aurais-je dû me perfectionner
encore dans plusieurs domaines de la musique. Mais,
voilà! j'étais impatient! Impatient de voler de mes
propres ailes, impatient de me débarrasser de mon
service militaire, de remplir à plein temps le
poste d'organiste que j'entrevoyais déjà et, surtout,
impatient de me marier! Une fois marié, je n'aurai pas
la volonté de poursuivre longtemps mes études à César
Franck.
Bien entendu, et durant longtemps, je devais
continuer d'étudier, mais seul et d'une manière
personnelle, ce qui devait faire de moi en partie un
autodidacte.
C'est à l'École César Franck que je connus
Élisabeth, celle qui rapidement allait devenir ma
femme; plus particulièrement dans la classe de chant
grégorien, car nous nous retrouvions peu dans les
classes d'orgue, de piano, d'harmonie et autres cours.
Cette école César Franck c'était, pour ses nombreux
élèves, presque une pension de famille, héritière de la
Schola Cantorum de Vincent d'Indy. La musique y était
enseignée comme une religion et les élèves considérés
comme des disciples.
Les professeurs accomplissaient leur métier comme
un apostolat et avec un désintéressement total. Les
directeurs Guy de Lioncourt et Marcel Labey
maintenaient une ambiance enthousiaste partagée
par la plupart des professeurs, tous musiciens de talent.
Guy de Lioncourt, disciple et neveu de Vincent d7ndy,
8sacrifiait l'aspect extérieur et public de sa propre
carrière, se dépensant sans compter pour défendre,
œuvre et la personnalité defaire connaître, faire aimer l'
son maître. Mais la musique lui apportait visiblement
tant de joie qu'il voulait nous la faire partager. Sa
passion pour une cantate ou un oratorio de Bach était
communicative lorsqu'il nous la faisait travailler. Que
dire de sa joie lorsque, soit dans l'orchestre soit dans les
chœurs, nous eûmes l'honneur de monter son
inoubliable Mystère de l'Esprit, joie d'entendre son
œuvre bien plus que de voir l'accueil chaleureux que lui
réserva le public ami de la salle Gaveau.
De notre directeur j'aimais la distinction,
l'humour, les convictions, la musique élégante, sincère,
mystique, poétique. Cet enthousiasme était partagé et
entretenu par la plupart des professeurs: Suzanne
Guillemot, Jean de Valois, Jean Fellot, Édouard
Souberbielle, René Allix, Michel d~rgoeuves, René
Malherbe. Pour un futur organiste et Maître de
chapelle, l'enseignement de cette école était précieux
car le chant grégorien, la musique religieuse et même la
foi chrétienne, tenaient une place importante.
Jean de Valois faisait les cours de deuxième année
de chant grégorien auquel on était admis si l'on avait
obtenu le diplôme de 1ère année avec Suzanne
Guillemot. Jean de Valois était un véritable savant,
musicologue distingué. Avec lui on apprenait
notamment à harmoniser le chant grégorien de la
manière la plus rigoureuse. Je me souviens d'un cours
où, se promenant selon son habitude devant nous
sagement alignés sur nos chaises, le Maître interrompit
son discours et, se plantant devant moi, me demanda
9de résumer ses dernières paroles. J'étais par hasard en
train de faire quelques confidences discrètes à ma
voisine qui n'était autre qu'Élisabeth. Bien embarrassé
car je n'avais écouté que quelques bribes de ce discours,
je commençai à bredouiller mais j'eus la chance de
prononcer un mot clé qui éveilla l'intérêt du Maître.
M'interrompant, à mon grand soulagement, il repartit
de plus belle dans son développement savant.
Comment aurais-je pu penser alors que vingt ans plus
tard, je lui succéderais au poste de Maître de chapelle
de La Madeleine?
Guy de Lioncourt ne dédaignait pas d'écrire sur
nos devoirs d'examen quelques appréciations
pertinentes.
Peu après lui avoir annoncé mon prochain mariage
avec Élisabeth, je lui avais remis un travail d'harmonie
pour lequel j'avais un peu forcé, sans doute, la
recherche du détail. Je reçus quelques jours plus tard
mon devoir, agrémenté d'une note excellente et de cette
remarque ironique: "Harmonie un peu compliquée par
rapport au thème proposé, mais peut-on se plaindre
que la mariée soit trop belle? "
Les concerts avec les chœurs et l'orchestre de
l'École représentaient une véritable fête. Ils avaient lieu
la plupart du temps à la salle Gaveau. La préparation
des chœurs dont je faisais partie était assurée par
Michel d~rgœuves dont, méchamment mais
affectueusement, nous nous moquions à cause de ses
chaussettes trouées. Ces répétitions se faisaient avec
une véritable ferveur de la part de tous les participants.
C'est ainsi que, pour ma part, je découvris avec
éblouissement la Passion selon Saint Jean de
Jean-Sébastien Bach. Je m'en souviendrai encore
10lorsque je la dirigerai trente ans plus tard. Guy de
Lioncourt nous accompagnait souvent au piano avec
une parfaite dextérité. Il arriva une fois ou l'autre
qu'Élisabeth le remplacât. A la salle Gaveau, oui, c'était
la fête! Guy de Lioncourt ou Marcel Lahey était au
pupître de direction. Colette de Lioncourt, fille du
directeur, qui m'inspirait une déférente amitié, était au
premier violon. Parmi les solistes, Jean Hazard m'en
imposait par sa belle voix de basse chantante et par son
interprétation sobre et émouvante. En 1952, 1953, bien
que n'étant plus élève de l'École, j'eus le bonheur de
devenir son élève de chant. Jerne rendais chaque
semaine pour des leçons particulières chez lui, rue
César Franck, une rue bien nommée.
J'interrompis donc mes études musicales pour
accomplir courageusement mon service militaire.
Nommé à Dijon, j'eus la chance de pouvoir encore
étudier l'orgue.
A la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon, j'eus aussi
le plaisir d'accompagner à l'orgue de chœur la messe de
minuit de Noël.
A mon retour des armées, au bout de dix mois, la
date de notre mariage fut fixée au 25 octobre 1948. C'est
bien sûr la musique qui nous avait rapprochés,
Élisabeth et moi, lors de nos rencontres à l'École César
Franck et, de plus en plus souvent, en-dehors de
l'École, mais aussi une quantité de goûts communs et
une parfaite identité de vue dans la façon d'envisager
une carrière dans la musique, une carrière d'organiste...
Admirable musicienne, ma toute jeune épouse ne
pouvait que m'encourager à me perfectionner. Nous
avions l'un comme l'autre, à peine vingt et un ans en
nous mariant et nous allions dès lors. nous aider
11mutuellement dans nos efforts, nos travaux, nos
acquisitions et dans une harmonie qui ne faillira jamais.
En effet, je ne pourrais pas raconter ce que fut ma
carrière de musicien sans évoquer souvent celle de mon
épouse: jusqu'à sa mort trop tôt survenue, je ne serai
jamais seul au long de ces chemins de la musique. Nos
chemins! Nous serons deux, étroitement unis dans
nos recherches, dans nos découvertes, dans nos
réalisations, dans nos déceptions et nos déboires, dans
nos succès et nos enthousiasmes.
Élisabeth était déjà titulaire du grand orgue de la
Basilique Saint-Denys d'Argenteuil. Pour ma part, on
venait de me proposer la succession de l'organiste de
l'église Sainte-Marie des Batignolles dans le 17ème
arrondissement de Paris. L'Abbé Damour, l'organiste,
âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans, avait régné
quelque trente années sur les trois claviers de ce bel
instrument de trente-cinq jeux. Ayant été enfant de
chœur dans cette église, je connaissais bien et l'orgue
et l'organiste, lui-même bon musicien, d'un
tempérament assez original et pittoresque. Mes parents
étaient connus dans la paroisse, ce qui devait faciliter
mon engagement. Un organiste de grand talent, Henri
Le François/ avec lequel je prenais encore des leçons, me
recommanda chaudement auprès du Curé. Ce fut ma
première chance car Henri Le François avait assuré de
nombreux remplacements dans cette église et assurait
aussi l'intérim dans l'attente d'un successeur à l'Abbé
Damour. Je fus donc engagé à titre d'essai pour une
période de trois mois au bout desquels, si je donnais
satisfaction, mon contrat définitif serait signé.
Un léger contretemps devait intervenir dans cette
succession d'événements: l'avant-veille de notre
12mariage, je reçus un appel aux armées en raison de
sérieuses grèves généralisées. Je me précipitai à la
caserne Fontenoy, à Paris, qui devait m'accueillir et l'on
me donna généreusement trois jours de permission
pour me marier. Courtoisement, le capitaine délégua
même deux sous-officiers pour le représenter à la
cérémonie. C'est ainsi que notre voyage de noces se
réduisit à une journée passée à Chartres.
Étant affecté à la caserne Fontenoy ( qui par la
suite sera démolie pour faire place au siège de
l'UNESCO) j'avais de grandes libertés: j'étais
sous-officier; ainsi mes camarades désignés pour faire
l'appel, notaient ma présence et je m'échappais pour
assurer, en uniforme militaire, quelque service à l'orgue
de Sainte-Marie. Lorsque vraiment j'étais empêché,
Élisabeth me remplaçait; ce fut le début d'une étroite
collaboration qui devait durer plus de trente années.
Paroisse couvrant un territoire de cinquante mille
âmes, cure de 1ère classe, comme on la désignait alors,
l'église Sainte-Marie des Batignolles était accueillante.
Elle fut construite vers la fin du règne de Louis-Philippe
dans un style né a-baroque assez caractéristique avec
ses plafonds peints, son vaste chœur orné de boiseries.
Sur l'autel, heureux hasard, en regard de la statue de
Sainte-Anne se trouve celle de Saint Joachim. Au fond
Il Il
admirerdu chœur, au-dessus de l'autel, on peut
selon ses goûts, un vaste ciel azur parsemé de nuages
bien blancs en relief au centre duquel, dans une
imposante niche bien éclairée, Notre Dame de
l'Assomption est enlevée par des anges dans les
hauteurs célestes. A l'opposé de l'édifice de dimensions
notables, la tribune haut perchée abrite un orgue
Cavaillé-Coll-Mutin de trente-cinq jeux répartis sur les
13trois claviers et le pédalier. Cet instrument possède des
qualités: une belle et solide mécanique, des jeux de
fonds proches de ceux des beaux Cavaillé-Coll, des jeux
d'anches au "récit" tout à fait réussis. Je trouvai l'orgue
en bon état puisqu'il avait été restauré en 1946. J'avais
d'ailleurs assisté à son inauguration lors d'un concert
donné le 17 novembre de cette même année par
Maurice Duruflé.
J'avais la chance d'habiter non loin de l'église où je
pouvais me rendre facilement à pied. L'église jouxtait le
square des Batignolles, l'un des plus agréables de la
ville de Paris: c'est un morceau de paysage fabriqué de
toutes pièces en 1867, à la demande de Napoléon III qui
tenait à embellir les anciennes communes devenues
parisiennes depuis peu. Il se compose de deux larges
pelouses en pente coupées par deux allées
perpendiculaires et avec de beaux arbres. Il est
agrémenté d'un petit ruisseau à cascades dont la
source artificielle sort à fleur de terre d'un amas de
rochers factices, et va se jeter dans un petit lac où
barbotent de jolis canards.
Je connaissais déjà, comme jeune paroissien, le
Curé, le chanoine Hamelein. Ancien missionnaire
diocésain, il avait beaucoup d'allure mais, en même
temps, émanait de lui une bonté toute paternelle. Très
cultivé, excellent orateur, poète à ses heures, il dirigeait
la paroisse avec un grand talent d'organisateur, sachant
faire montre d'autorité auprès des nombreux vicaires,
avec une habileté certaine. Un jour, au cours d'une
messe, un jeune vicaire était de prédication en chaire, le
Curé trônant au banc d'œuvre. Le sermon n'en finissait
pas, il est vrai, le Curé se leva alors et coupant sans
façon la parole au jeune prédicateur annonça d'une
14voix de stentor :
- Mes frères, nous allons chanter le Credo. "
ln petto je donnais l'intonation à l'orgue. Il se montrait
très attaché aux Batignollais et au quartier, ce quartier
qui conservait le charme d'un grand village. Il
pratiquait avec élégance un humour de bon aloi: peu
après la naissance de notre premier enfant, nous étions
venus le lui présenter, ma femme et moi, à la sacristie. Il
nous lança alors de sa voix généreuse:
- Bravo, mon cher Maître, pour un coup d'essai, c'est un
coup de maître! "
Les vicaires au nombre de sept ou huit avaient tous
un rôle bien défini et chacun une personnalité bien
arrêtée. Parmi eux, l'abbé Guyétant, lui aussi
prédicateur étonnant, était une force de la nature;
bon latiniste, il m'avait autrefois donné des cours de
rattrapage en latin. Avant de travailler sur la guerre des
Gaules de César, il me disait:
- Nous allons pratiquer la césarienne. "
Mais je ne savais pas encore ce que cela voulait dire!
L'abbé Bruyère, vicaire trésorier, se distinguait par son
embonpoint: il avouait peser cent quarante kilos. Il est
vrai qu'à table il dévorait: nous avons pu le constater,
l'ayant plusieurs fois invité à dîner. C'était aussi un fin
cuisinier et savait se montrer d'une adorable gentillesse.
L'abbé Hélas, le bien nommé, se plaignait amèrement
que son confessionnal était le seul qui avait le
désagrément de laisser passer des courants d'air.
L'abbé Henri, ancien capitaine de l'armée, était le plus
saint homme que j'aie jamais rencontré, passant des
heures quotidiennes à visiter et consoler les malades
à l'hôpital ou à domicile.
15L'abbé Collot, anciennement secrétaire de Charles
Maurras, était affligé de tremblements. Il arriva un jour
que, distribuant la communion, l'hostie lui échappa des
mains. On se précipita pour tenter de la ramasser mais
peine perdue, on ne la retrouva point. Le lendemain,
le pauvre abbé tout penaud avoua l'avoir retrouvée
dans sa chaussure une fois rentré chez lui à la fin de la
journée! L'abbé Bindel était un ancien curé des
Antilles. Aussi original que sympathique, il nous disait
avec son accent extraordinaire de ne pas nous inquiéter
de ses bizarreries car son église s'était effondrée sur sa
tête. L'abbé de Foucauld était le petit-neveu du célèbre
Père de Foucauld. De caractère ombrageux, très
distingué mais désabusé et lunatique, il déconcertait
par un scepticisme qu'il ne cachait pas. Je me souviens
qu'étant enfant de chœur dans la paroisse, j'avais été
scandalisé par son attitude. En effet, il célébrait le Salut
au saint Sacrement et j'étais agenouillé à ses côtés.
Lorsque, le moment venu, il voulut s'emparer de
l'ostensoir contenant l'hostie exposée, il s'aperçut
seulement qu'il ne se trouvait pas sur l'autel comme à
l'accoutumée. "Où est donc le machin? " murmura-t-il,
presque en colère. Je lui fis signe, discrètement, que cet
ostensoir, depuis le début de la cérémonie, était exposé
au-dessus du tabernacle, c'est-à-dire suffisamment haut
pour qu'il soit nécessaire de gravir un escabeau placé
derrière l'autel afin de ramener l'ostensoir sur l'autel en
vue de la bénédiction.
De par mon éducation très religieuse, je
manifestais tout naturellement un constant respect à
l'égard de tous ces prêtres, encore en soutane, qui, pour
la plupart, le méritaient bien. Moins de vingt ans plus
tard, les habitudes allaient bien changer!
16Le Curé, dès mes débuts à la paroisse, me fit
pleinement confiance malgré ma jeunesse et me remit
un état des services qui m'incombaient. La charge, à
l'époque, était impressionnante. A titre de curiosité, car
les usages ont bien changé par la suite, en voici le détail
dans la chronologie de l'année liturgique qui
commence, comme l'on sait, au premier dimanche de
.
l'Avent:
Chaque dimanche et cinq fêtes d'obligation:
- quatre messes le matin
- Vêpres et Salut, l'après-midi
Chaque jeudi :
- messe à 8 heures suivie du Salut
Le premier mercredi du mois:
œuvre de la Bonne Mort- messe à 8 heures pour l'
Le premier vendredi du mois:
- messe à 8 heures
- Salut de saint Sacrement à 17 heures
A partir de 1952, chaque lundi à 19 heures:
-" Neuvaine perpétuelle" à la Ste Vierge
- Répétition de la chorale une ou deux fois par
semaine
Le 8 décembre, en la fête de l'Immaculée
Conception:
- Grand-messe à 9 heures
- Vêpres à 17 heures 30
Noël:
- veillée le 24 à 23 heures
- messe de minuit
- de l'aurore
1731 décembre:
- Salut de fin d'année et Te Deum à 17 heures 30
1er janvier:
- messe du Nouvel An à 8 heures
2 février, en la fête de la Présentation
(Chandeleur) :
- messe à 8 heures
25 mars, en la fête de l'Annonciation:
- messe à 8 heures
Carême:
- chaque vendredi: chemin de croix
- trois jours de suite: retraite des dames à 17 heures
- trois jours de suite: retraite des hommes à 20 heures
Semaine sainte:
Lundi, mardi, mercredi:
- messe à 8 heures
Jeudi saint:
- office à 8 heures
( à partir de 1956 : 18h30)
- lavement des pieds à 14 heures 30
- office des ténèbres à 17 heures
- Adoration à 20 heures
Vendredi saint:
- office à 8 heures
( 18h30 à partir de 1956 )
- chemin de croix à 15 heures
- prédiction à 20 heures
Samedi saint:
- office à 8 heures
18( à partir de 1952, à 22h30 remplacé par la
Vigile pascale)
Lundi de Pâques:
~ messe à 8 heures suivie du Salut
Avril, communion privée:
- messe à 8 heures
- Salut à 17
-Trois soirs de suite: "Adoration perpétuelle" à 20
heures
Mai:
- Tous les soirs, "exercice du mois de Marie"
- cérémonie de la Confirmation
Communion solennelle:
la veille, répétition des chants
le matin, messe à 8 heures
l'après-midi, office à 15 heures
le lendemain, messe d'actions de grâce à 9 heures
- Trois matins de suite: messe des Rogations avec
procession
Lundi de Pentecôte:
- messe à 8 heures
8 septembre, en la fête de la Nativité de la
Sainte Vierge
- messe à 8 heures
1er octobre:
- messe du Saint-Esprit (rentrée scolaire)
7 octobre, en la fête du Rosaire:
- messe à 8 heures
192 novembre:
- offices des Défunts (8h., 9h., 10., 17h.)
11 novembre:
- messe des Anciens Combattants, Salut et Te Deum
à 17 heures 30
La tribune était devenue mon domaine: ayant les
clés de l'église, je pouvais venir travailler sur l'orgue à
l'heure de mon choix si l'église était fermée.
Je passais de longs moments à ranger les partitions,
à les remettre en état et surtout à en augmenter le
nombre pour diversifier le choix. Je décidai assez vite
de renoncer à un certain répertoire vocal qui n'était pas
dans mes goûts et n'était plus à la mode du moment,
tel que les œuvres de Gounod, Paladilhe, Léo Delibes,
Niedermeyer ou leurs contemporains. De même, à
l'orgue, Guilmant, Dubois, Saint-Saëns, Widor, étaient
sévèrement méprisés. J'entends encore Gaston Litaize
bannir sans appel ces compositeurs arguant qu'au
piano on n'aurait plus l'idée de jouer en concert des
œuvres de Czerny, Le Couppey, Francis Thomé,
Samuel Rousseau, Ambroise Thomas, pourtant favoris
des éditeurs de musique au début du siècle. Autre
temps, autres goûts; trente ans plus tard, les Gounod,
Saint-Saëns, Guilmant, Widor, réapparaîtront
triomphalement dans les programmes de musique
religieuse et de récitals d'orgue ainsi que dans les
catalogues de disques. Moi-même, revenant sur mes
jugements de jeune Maître de chapelle, je n'hésiterai
pas à donner en concert de nombreux chefs-d' œuvre de
ces compositeurs et même d'enregistrer en première
mondiale, non sans succès, le Requiem de Gounod:
cela me vaudra un prix du disque et je serai
20malicieusement accusé par la critique de participer à la
"Gounod-manie". Mais n'anticipons pas.
J'obtenais donc la permission d'acheter de
nouvelles partitions; je mettais à l'honneur des œuvres
de compositeurs français des XVIIème et XVIIIème
siècles (on n'utilisait pas encore le terme" musique
baroque") tels que Couperin Charpentier, Lalande,
Campra/ Rameau, qui ne figuraient pas dans l'ancien
répertoire de Sainte-Marie. Je faisais apparaître aussi
des musiciens religieux contemporains qui méritaient
bien qu'on les fasse entendre: Marc de Ranse, Joseph
Noyon 1, Henri Nibelle, Léon Saint-Requier. Il y a un
défaut assez généralisé chez les musiciens - je ne voulais
pas y tomber - c'est de mettre à leurs programmes
surtout des œuvres des Grands Maîtres, des maîtres
officiels. À cause de la beauté de ces œuvres? Souvent.
À cause du nom de leur auteur? Presque toujours.
Ainsi ils se parent des rayons de leur gloire. J'étais
convaincu que si certains motets, certaines messes de
ces compositeurs cités étaient publiés sous le nom de
Fauré, Poulenc ou Honegger( ils en sont dignes), on les
mettrait aux programmes.
Rossini déjà célèbre, un soir, fit jouer une
sonate pour clarinette et piano sous son nom. Le public,
à la fin, applaudit, enthousiaste. C'est alors que Rossini
annonça:
- Cette Sonate n'est pas de moi, elle est de Camille
Saint-Saëns."
1 - Quelques années plus tard, Joseph Noyon m'a dédié un beau
Notre Père pour choeur et orgue (Ed. La Procure, Paris)
21Saint-Saëns alors tout jeune commençait à être connu
comme concertiste mais pas encore comme
compositeur...
Etoffant donc cette bibliothèque musicale, j'ajoutai
quelques fragments d'oratorios de Hœnde], des chorals
de Bach et des motets de Vittoria, Palestrina,
Josquin-des-Prés.
Je fus légèrement intimidé de devoir m'imposer
aux trois chanteurs titulaires déjà en poste à
SainteMarie. Une comtesse à la voix un peu fatiguée par l'âge,
Madame de Clausade-Garouste, était depuis longtemps
au pupitre des sopranos avec Madame Guyonnet
arrivée plus tard. Paul Paye n, baryton, menait une
carrière enviable à l'Opéra Comique. Il s'était
particulièrement distingué dans les premières
représentations des Mamelles de Tirésias de Francis
Poulenc. 11fut convenu qu'il continuerait de partager la
direction des chœurs comme il le faisait avec mon
prédécesseur, surtout lorsque l'accompagnement à
l'orgue demandait beaucoup d'attention et que les
effectifs étaient assez nombreux. Le chœur d'amateurs
ne me posa pas de problèmes particuliers: il était
composé d'une vingtaine de chanteurs qui d'emblée se
montrèrent charmants à mon égard et que je faisais
répéter une ou deux fois par semaine.
Pour les cérémonies d'obsèques et de mariages,
alors passablement nombreuses, je faisais appel à des
chanteurs professionnels au nombre de deux à
douze ou seize au maximum selon l'importance de la
"classe" demandée par la famille. A partir d'une
certaine classe, je disposais aussi d'un ou plusieurs
instruments se joignant à l'orgue. Pour les grandes
22fêtes, c'était le cas également.
A cette époque ( j'allais dire" en ce temps-là"
comme dans l'Évangile) la liturgie occupait une place
éminente dans tous les offices. On en respectait
scrupuleusement les rubriques auxquelles on ne se
serait jamais permis de changer une virgule. Pour
l'organiste et surtout le Maître de chapelle, mais aussi
pour le chœur, au moins partiellement, cela supposait
des connaissances précises et approfondies. Pour ma
part, je les avais acquises déjà au collège où elles étaient
parfaitement appliquées, soit en chantant à la chorale
soit en accompagnant les offices à l'orgue de la
chapelle.
Ce fut pour moi un précieux apprentissage. Pour
m'aguerrir, j'avais en outre eu l'occasion de jouer la
messe de minuit à l'église de Bellevue où m'avait
envoyé l'École César Franck et une autre fois à la
Cathédrale de Dijon pendant mon service militaire. Les
prêtres eux-mêmes se montraient respectueux de cette
liturgie. Ils la connaissaient assez bien mais avaient
l'honnêteté de s'en remettre au Maître de chapelle pour
les détails à observer. Ils n'étaient pas toujours servis
par une belle voix ni par l'oreille lorsqu'il fallait chanter
une oraison, une préface ou un évangile à la
grand-messe, moins encore lorsqu'ils devaient entonner
une antienne ou une hymne à l'office des Vêpres.
À Vêpres, outre le célébrant, les prêtres presque au
complet dans les stalles entonnaient à tour de rôle l'une
des cinq antiennes qui précédaient chacune les cinq
psaumes qui se succédaient, celle du Magnificat
revenant à nouveau au célébrant.
23Je me trouvais dans mon élément, plein
d'enthousiasme, à l'aise pour accompagner le
grégorien, et le diriger en même temps, dans toutes les
tonalités et donc les lire dans différentes clés, m'en
tenant à une dominante unique pour les antiennes et les
psaumes selon la règle. Je devais cette aisance à la
pratique dès le collège, aux cours reçus à l'École César
Franck mais aussi à mon maître Henri Le François avec
lequel j'avais beaucoup travaillé à la fois l'orgue,
l'harmonie, un peu la composition et la pratique de
l'accompagnement dans une optique différente de celle
de l'École. Je me rendais alors souvent chez lui, rue des
Saules sur la butte Montmartre. Ses fenêtres donnaient
directement sur le cimetière, ce qui provoquait dans sa
bouche des plaisanteries plus ou moins philosophiques.
Je n'oubliais pas que je lui devais mon poste de
SainteMarie.
Henri Le François avait une personnalité
originale. Depuis que je l'avais rencontré pour la
première fois un jour où, précisément il remplaçait
l'organiste de Sainte-Marie, je lui vouais une grande
admiration; je n'avais alors que seize ou dix-sept ans.
Àgé d'une soixantaine d'années, il était très cultivé,
distingué, solide à la fois physiquement et moralement,
plein de talent. À l'orgue, il jouait le répertoire le plus
difficile avec une sûreté et un calme étonnants. Mais il
était certainement trop modeste. Un jour, je lui
demandais pourquoi on ne pouvait aller l'écouter et
l'applaudir dans les séries de récitals organisés au
Palais de Chaillot ou à la salle Pleyel. Pour toute
réponse il me fit comprendre que ce qui lui importait,
ce n'était pas une gloire passagère mais ses fonctions
24d'organiste d'église auxquelles il était si attaché.
Je me demandais comment il arrivait, en plus de
son service important auquel il était tenu à
NotreDame-de-Grâce de Passy où il dirigeait souvent des
ensembles fournis pour des cérémonies grandioses, à
assurer des remplacements dans diverses églises avec
des horaires parfois serrés: il est vrai qu'il utilisait une
"pétrolette", comme il disait, sur laquelle, toujours
élégamment habillé, chemise blanche et costume
sombre, il avait fière allure. Je ne résiste pas au plaisir
de reproduire le portrait qu'en a fait Yves Ramette dans
ses "Souvenirs" d'organiste de Saint-Ferdinand des
Ternes1 :
Henri Le François était grand, bien proportionné/
solidement charpenté. Le visage ordinairement placide/
rair intelligent. Normand, il y avait de la finesse dans le
dessin des lèvres/ llnférieure légèrement en retrait de
robstination dans la courbe du menton. La chevelure
grisonnait. Le regard, comme tourné vers llntérieu~
pouvait subitement briller d/un éclai~ scintiller d/une
lueu~ mais retrouvait son calme avec une extrême
rapidité. De grandes mains/ lui permettant des
prouesses au clavier. La démarche légèrement pesante/
il avançait lentement un peu penché en avant. Jamais il
n/avait rair de se presser.
En toute saison vêtu d/un costume trois pièces
bleu marine à veste droite ouverte sur le gilet chemise
blanche/ cravate bleue/ feutre bleu. Jamais je le vis
autrement. L l1ive~ un simple pardessus bleu/ sans
cache-col ni gants.
1- Yves RAMEITE : Grandeur et décadence d'une tribune - Édition
Odilon-Media. Paris
25Je le voyais assez souvent et nous nous
téléphonions fréquemment. Il me demandait parfois de
le remplacer à Notre-Dame-de-Grâce. Il acceptait même
de me remplacer pendant mes vacances d'été et,
passant souvent devant notre immeuble, il montait
jusqu'à notre appartement se montrant d'une amabilité
extrême avec ma femme et faisant une caresse aux
enfants encore tout jeunes. Très caustique et sans
illusions, il parlait de tout et souvent des décisions et
réactions ecclésiastiques qu'il n'approuvait pas
toujours.
- Mon lapin, me dit-il un jour, vraiment les évêques
sont des c..."
Il stigmatisait la "pingrerie" des curés au sujet des
émoluments des organistes, évoquant le montant des
cachets qu'il recevait dans sa jeunesse, sommes
apparemment fabuleuses en "francs or", me disait-il. Il
nous parlait souvent de sa maison qu'il s'était fait
construire près de Bayeux. Il m'avait montré une photo.
Je m'étonnais qu'il y restât pourtant si peu de temps:
pour lui un séjour de trois jours, c'était le paradis!
La mort de sa femme, dont j'appréciais tant la
gentillesse, l'avait affreusement blessé et, je pense,
moralement diminué. Henri Le François mourut durant
l'été 1963. J'étais absent de Paris et avant mon départ, je
n'aurais pu imaginer une mort si rapide; cela me fit
une peine immense. Je cite encore Yves Ramette : Grand
organiste/grand improvisateu~ grand accompagnateu~
grand artiste... Les plus grands ne sont pas forcément
les plus célèbresl.
1 - ibidem
26Je conserve avec émotion quelques partitions de sa
composition car il était aussi un fin compositeur: un
Tantum ergo pour chœur, un Notre Père pour soliste
que j'avais donnés à Sainte-Marie, une Salutation
Angélique que bien plus tard je ferai aussi entendre au
cours d'un concert à La Madeleine.
C'est donc surtout à la Grand-messe, aux Vêpres, aux
offices de la Semaine sainte que nous observions à la
lettre et dans toute leur splendeur les rites de la liturgie
alors immuables. C'était le cas aussi pour les rites des
obsèques et des mariages. Le grégorien n'était pas
exclusivement chanté: il y avait place aussi pour des
motets et des messes polyphoniques que je choisissais
avec passion, après avoir couru les éditeurs et, parfois,
copié des partitions qui, en nombre suffisant, étaient
devenues introuvables. Les quelques quinze mois que je
passai à titre de conseiller musical aux Éditions de la
Schola Cantorum et Procure de musique pour mettre
un peu de beurre dans les épinards, favorisèrent mes
recherches et mes trouvailles, car cette maison
possédait un choix énorme de musique religieuse qui
était sa spécialité.
Entre temps, au début de l'année 1949, j'avais été
titularisé à la tribune de Sainte-Marie.
Si au cours des offices cités plus haut, les règles
liturgiques étaient strictement observées, il n'empêche
que mon service à l'orgue réclamait aussi ma présence
à plusieurs autres messes dominicales; pour les unes
quelques morceaux d'orgue et deux ou trois cantiques
intervenaient, pour d'autres, en particulier le dimanche
à onze heures, il y avait place pour un mini récital.
C'était -,disait-on alors - la "messe en musique". Les
27cantiques en français, quoi qu'on ait dit plus tard après
les réformes des années 60, existaient bel et bien et les
fidèles très nombreux les chantaient à gorge déployée
sans qu'il fût besoin d'un(e)"animateur" (trice) qui
deviendra incontournable bien des années plus tard;
l'orgue suffisait largement à les entraîner.
Mais ces cantiques n'envahissaient pas toute la
liturgie, loin s'en faut, et ne se substituaient pas à l'art
véritable de la musique sacrée. Notons aussi que les
fidèles chantaient fort bien en alternance avec la
tribune, différentes messes grégoriennes, les psaumes
des Vêpres pourtant difficiles, certaines hymnes et
quelques motets latins utilisés pour les Saluts du saint
Sacrement.
Assis devant mes claviers, là-haut dans ma
tribune, avec pourtant les tuyaux dans les oreilles et
utilisant souvent les nuances" forte", j'accompagnais et
entendais parfaitement ces fidèles zélés que plus tard
on accusera d'être restés inertes et muets au temps de
cette "Église préconciliaire" devenue responsable de
.
tous les maux...
Le métier de chanteur d'Église professionnel
n'était pas facile et demandait des connaissances
précises: une belle voix ne suffisait pas, il fallait, de
préférence, être bon lecteur, savoir lire le grégorien,
être au courant des rites liturgiques, avoir un style qui
convient, l'intelligence et la finesse. Rares étaient ceux
qui possédaient pleinement toutes ces compétences. À
mon arrivée à Sainte-Marie, outre les trois titulaires
dont j'ai parlé, les chanteurs supplémentaires auxquels
on faisait appel habituellement étaient, pour la plupart,
des choristes de l'Opéra et surtout de l'Opéra Comique
28que Paul Payen connaissait particulièrement.
Peu à peu les choses changèrent; en effet, en 1952
le chanoine Hamelein à qui je devais mon engagement,
mourut après une brève maladie. Il était âgé de
soixante-dix-neuf ans et, deux ans auparavant, on avait
célébré ses cinquante années de sacerdoce avec,
notamment, un beau programme musical rehaussé par
un quatuor à cordes accompagnant le chœur aux côtés
de l'orgue.
Un nouveau curé fut nommé: ce fut l'abbé
Duputs. Particulièrement distingué, assez autoritaire et
un peu hautain, de grande valeur, âgé de
cinquante-cinq ans environ, il donnait l'apparence d'un
grand administrateur. Je devais me rendre compte qu'il
était un prêtre sincère néanmoins et, par chance, qu'il
tenait, plus encore que son prédécesseur, aux belles
cérémonies et au rôle prépondérant de la musique, me
donnant plus de moyens et plus de crédits.
Son arrivée provoqua un incident parmi nous.
Paul Payen qui depuis de nombreux mois ne chantait
plus en soliste parce que, avec honnêteté, il avouait
qu'il ne s'en sentait plus capable, justifiait ses présences
soit en dirigeant à ma place soit en chantant dans le
chœur. Lors d'une des premières messes célébrées par
notre nouveau curé, il voulut malencontreusement se
faire entendre à nouveau en soliste pour justifier sa
présence et son titre" de auditu" . La cérémonie
terminée, l'abbé Duputs me fit appeler:
- Quel est ce chanteur que vous avez convoqué? Cette
voix est indigne de notre paroisse, je vous prie de ne
plus faire appel à ce chanteur et de veiller à la qualité
de nos solistes."
Affreusement gêné et interloqué, je précisais qu'il
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