Pour les sonorités opposées
166 pages
Français

Pour les sonorités opposées

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166 pages
Français

Description

Ce numéro comporte deux articles ("Tonal/atonal : une fracture dépassée" par Jacques Viret, et "Une autre perspective. Le choix d'une esthétique musicale : liberté ou illusion ?" par Anthony Girard) ainsi que quatre entretiens avec des compositeurs ("Pour évoquer l'image du passé", avec Guy Sacre par Anthony Girard ; "Clocks & Clouds", avec Karol Beffa, par Philippe Malhaire ; "Affaire de style, non de langage", avec Stéphane Delplace, par Charly Mandon ; "Dans les murs. Retour sur une expérience musicale en milieu carcéral", avec Philippe Hersant et Thierry Machuel, par Sarah Léon).

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Date de parution 04 décembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140137198
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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sous la direction d’Anthony Girard & Philippe Malhaire
Pour les sonorités opposées
e e revue d’esthétique et d’analyse musicales desxxetxxisiècles
n° 3
Pour les sonorités opposées n° 3
sous la direction d’Anthony Girard & Philippe Malhaire
Pour les sonorités opposées n° 3
e e revue d’esthétique et d’analyse musicales desXXetXXIsiècles
Les extraits musicaux retranscrits dans cet ouvrage sont reproduits légalement, conformément au droit de citation défini en France par l’article L122-5 CPI du code de la propriété intellectuelle :«lorsque l’œuvre a été divulguée, l’auteur ne peut interdire :[…]3º sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l’auteur et la source : a) Les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elles sont incorporées».
© L’HARMATTAN, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique - 75005 Pariswww.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-19084-6 EAN : 9782343190846
Éditorial
Sommaire
Tonal/atonal : une fracture dépasséeJacques VIRETPour évoquer l’image du passéEntretien avec Guy SACRE par Anthony Girard Clocks&Clouds Entretien avec Karol BEFFA par Philippe Malhaire Affaire de style, non de langage…Entretien avec Stéphane DELPLACE par Charly Mandon Dans les murs.Retour sur une expérience musicale en milieu carcéralEntretien avec Thierry MACHUEL et Philippe HERSANT par Sarah Léon Une autre perspective.Le choix d’une esthétique musicale : liberté ou illusion ?Anthony GIRARD
Présentation des auteurs
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Éditorial
Anthony GIRARD & Philippe MALHAIRE
Initialement, ce troisième numéro de la revuePour les sonorités opposéesn’avait pas le projet d’aborder un thème particulier : au contraire, nous espérons toujours être surpris par des approches nouvelles, des idées inattendues. Une question émerge pourtant de façon singulière au travers les différents articles et entretiensréunis ici : être ou ne pas être… tonal ? Si l’esthétique musicale est, le plus souvent, indissociable du langage harmonique, les auteurs s’exprimant dans ce numéro entendent manifestement redonner ses lettres de noblesse à la tonalité, qu’ils estiment consubstantielle à la musique même. Tous s’accordent sur le fait que le langage tonal n’a en réalité jamais cessé d’exister… Une précision fondamentale s’impose alors : qu’entend-on par « tonalité » en 2019 ? Si chaque compositeur semble en avoir sa propre définition, la tonalité est ici toujours envisagée comme une facture artisanale et non selon un modèle intransigeant ; chacun peut ainsi s’approprier à sa manière le « sentiment tonal », le renouvelant sans cesse… En premier lieu, Jacques Viret propose une étude synthétique rappelant les fondements du principe tonal, en le plaçant en vis-à-vis de sa polarité opposée, l’atonalité et, sous sa forme radicale et systématique, l’atonalisme. Il restitue l’histoire de cette opposition pour mieux souligner les possibilités de renouveau aujourd’hui offertes aux compositeurs ressentant la nécessité de la tonalité au sens large. Pour Guy Sacre, hors de la tonalité, la musique perd sa raison d’être. Le compositeur revendique une tonalité finement élaborée, rare et subtile, modale, polytonale, toujours au service d’une émotion profonde qui va puiser dans les replis de l’enfance et la douleur du temps passé. Personnalité discrète du monde musical, Guy Sacre s’ouvre ici en toute simplicité, permettant au lecteur de mieux appréhender sa musique, mais également son univers poétique. Karol Beffa affirme son amour de la musique harmonique, et rappelle lui aussi que la musique après Schoenberg n’a pour l’essentiel jamais cessé d’être tonale, rejetant logiquement l’étiquette « néo-tonal » pour se revendiquer, très simplement, « compositeur tonal » : il s’agit alors d’une
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POUR LES SONORITÉS OPPOSÉES
tonalité élargie comprenant aussi bien les œuvres de Reich que celles de Ligeti… La réflexion de Karol Beffa nous conduit sur les voies de la postmodernité, terme controversé mais stimulant car invitant le lecteur à explorer les nombreuses facettes du temps présent. Stéphane Delplace voue un amour profond pour la tonalité et son aspect le plus fonctionnel ; sa réflexion démontre que l’originalité en musique n’est pas tant question de langage que de style. Sans indulgence aucune pour l’atonalisme radical, il défend une conception de la tonalité restée fidèle à ses principes fondamentaux, persuadé qu’elle peut nous révéler encore une infinité de trésors, quitte à la fragiliser en recherchant justement ses degrés « faibles », les plus porteurs d’émotion. Les entretiens de Sarah Léon avec Thierry Machuel et Philippe Hersant sur les conditions de la création en milieu carcéral ne sont pas orientés sur les questions de langage, sinon pour rappeler combien, et notamment en des lieux de détresse et de solitude, la musique a pour vocation un partage. C’est pourquoi il importe que son écriture harmonique soit ouverte à l’étendue des sentiments humains, et donc, d’une manière ou d’une autre, de nature tonale. Pour finir, Anthony Girard s’interroge sur la marge de liberté offerte au compositeur pour orienter lui-même ses choix esthétiques. Élabore-t-il vraiment son langage de manière indépendante ? Choisit-il librement l’orientation dissonante ou euphonique, tonale ou atonale de sa musique ? Dans quelle mesure est-il soumis à « l’air du temps » ? Ce texte soulève des questions qui nous invitent à envisager l’Histoire de la musique sousune autre perspective. Somme toute, les deux articles et les quatre entretiens de ce n° 3 rendent compte de points de vue très stimulants sur la création actuelle, sollicitant analyse et esthétique musicales selon des approches contrastées… Aucune des propositions exposées ici ne devrait laisser le lecteur indifférent !
1 Tonal/atonal : une fracture dépassée
Jacques VIRET
La tonalité des temps modernes n’est que l’éternelle conscience musicale, ouverte à des 2 possibilités inconnues. Benoît Duteurtre Je dirais volontiers comme Arthur Honegger qu’un compositeur ne doit pas être quelqu’un qui fabrique des corsets à baleine à une époque où l’on n’en porte plus. Il ne doit pas non plus être un monsieur qui vend 3 des cailloux en disant que ce sont des œuvres d’art.  Jacques Chailley La musique est un langage, comme le langage verbal. Tous deux ont une intelligibilité, c’est-à-dire une signification. La signification verbale est précise, conceptuelle, la signification musicale ne l’est pas : en effet, cette dernière est intrinsèque aux sons, alors que les voyelles et consonnes des mots désignent un référent concret ou abstrait pour lequel elles sont un 4 médium conventionnel . Par ailleurs les deux langages se diversifient en une abondance d’idiomes, et s’apprennent selon un processus d’acculturation qui se greffe sur une compétence, c’est-à-dire uninstinctcompétence inné : grammaticalepour le langage verbal, postulée par le linguiste Noam Chomsky, compétencemusicaleque nous postulons au vu des faits. Cette musicalité instinctive comporte deux caractères qui définissent la musique et la distinguent de tous les phénomènes sonores naturels, 1 Nous remercions Philippe Malhaire et Anthony Girard, qui ont lu une première rédaction de cet article et nous ont communiqué leurs remarques, mises à profit pour la rédaction définitive. 2 Benoît Duteurtre,Requiem pour une avant-garde, réédition, Paris, Pocket, 2000, p. 62. 3 Jacques Chailley, « Être compositeur aujourd’hui »,Propos sans orthodoxie, Paris, Zurfluh, 1990, p. 193. 4 Cela n’empêche une coloration sentimentale – non conventionnelle – de s’ajouter à la signification proprement musicale. Et la musique descriptive comporte un référent concret qui se surimpose à la signification musicale ; par exemple, dans le préludeLa Cathédrale engloutie de Debussy (voir ci-dessous), le sanctuaire mythique est suggéré par de larges accordsforte(grandeur de l’édifice), et son caractère sacré par la modalité (associée au chant grégorien).
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