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Où va la création artistique en Afrique francophone ?

248 pages
Tentative de bilan de la création contemporaine africaine francophone de la dernière décennie, ce dossier dégage l'évolution des pratiques esthétiques et la recomposition des paysages culturels. Les mutations liées à la mondialisation et aux nouvelles technologies, la priorité donnée aux industries culturelles et l'évolution des financements ne vont pas sans contradictions ni questions. Mais une subversive liberté se joue à travers une redéfinition des appartenances et des identités.
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Africultures 65 octobre décembre 2005
Où va la création artistique
en Afrique francophone ?
dossier réalisé par la rédaction d’Africultures
Développer l’économie de la L’Afrique ne se laisse plus dire
culture : un enjeu pour demain 08 par procuration 97
Séverine Cappiello Sylvie Chalaye
Les réseaux, remède miracle du La littérature africaine,
développement culturel ? 17 éternelle périphérie ? 105
Ayoko Mensah Taina Tervonen
Des festivals pour rapprocher Des littératures d’outre mer aux
les hommes 28 littératures francophones 114
François Campana entretien avec Jean Louis Joubert
Les nouveaux paradoxes des cinémas Zone Franche : bilan d’une décennie
d'Afrique noire 39 de « sono mondiale » 120
Olivier Barlet entretien avec Philippe Gouttes
Filmer en Afrique, filmer l'Afrique Tour de chant
Défier les stéréotypes 51 dans l’espace francophone 125
Balufu Bakupa Kanyinda Soro Solo
Le regard de la différenceLes chorégraphes cassent
Réflexions autour du mot leur image 57
« francophonie » 128Ayoko Mensah
Tanella Boni
« Être Africain n’est plus suffisant
La Francophonie, un bouclier contre pour que l’on se rassemble » 63
l’uniformisation culturelle 137entretien avec Faustin Linyekula
entretien avec Abdou Diouf
Les plasticiens africains
Senghor, « le profane et le sacré » 144sur le pont des arts 68
Dominique Ranaivoson Virginie Andriamirado
Le dernier texte de Mongo Beti* 151« Les arts plastiques restent
Nicolas Martin Granel les plus mal compris en Afrique » 75
avec Joëlle Busca
Langue française et francophonie
sont elles compatibles ? 158Les Rencontres de Bamako : coexistence
Mongo Beti de deux mondes ?
Erika Nimis 82
« Que la France se taise devant
la majorité que nous sommes* » 164Et si les talents étaient
Greta Rodriguez Antoniotti aussi dans la marge ? 89
entretien avec Bruno Boudjelal
De la colonisation à la convivialité 171
entretien avec Ariel de Bigault
Africultures n°65 Octobre décembre 2005 1africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 2
Cahier critiqueRebonds
La République et sa Bête :
À propos des émeutes Diaspos
dans les banlieues de France 176
Achille Mbembe
Notre Dame de la Garde… 187
Pascal Blanchard
La fracture coloniale 182
entretien avec Pascal Blanchard
Musique
De Douala à Bahia 192
Théâtre Entretien avec Richard Bona
Amadou & Mariam, il était une fois… 195Avignon 2005 : crise et renouvellement 199
Soro SoloSylvie Chalaye
Vertiges scéniques d’une mort annoncée 204
Cinéma
Les cinémas africains à l’AEGIS 2005 208
Arts plastiques Samuel Lelièvre
Images sacrées, images politiques 215
entretien avec Hassan Musa
Photo
« Un regard assumé par un Africain » 223
entretien avec Simon Njami
PORTFOLIO
Littérature Zetaheal 230
Francis Nii Obodai
Quand tout finit au bar 227
Dominique Ranaivoson
Dans l’atelier de Sony 234
La fin du monde racontée par Gaston Paul Effa
et Louis Philippe Dalembert 236
Phase critique 12 (par Nimrod)
La mort du poète 241 Danse
Tanella Boni
Limoges met la danse à l’honneur 244
Ayoko Mensah
Africultures n°65 Octobre décembre 20052africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 3
« Nous
sommes tous
post exotiques »
" Requalifier le rôle de l'art, signifie pour
l'artiste reconquérir son propre territoire
reporter sa propre pratique au dedans des
frontières spécifiques d'une opération qui ne
se mesure pas avec le monde, mais avant tout
avec sa propre histoire et avec l'histoire de son propre langage. "
Achille Bonito Oliva , " La Transavantgarde italienne "
" Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission,
l'accomplir ou la trahir. "
Frantz Fanon
l y a quelques mois, dans le cadre de l'exposition
Africa Remix, un artiste d'origine angolaise,
Fernando Alvim, présentait une œuvre intitulée "
We are all post exotic ". Inscrite en lettres capitales,
noir sur blanc, cette déclaration se détachait très lisible
ment sur une large toile carrée. Au dessus de ces mots,
les observateurs pouvaient voir leur visage se refléter dans un
miroir rond collé à hauteur d'homme. Surprenante sensation que de
croiser sur la toile sa propre image au dessus du slogan. Comme le
dévoilement d'une évidence qui renvoie, au delà de soi, à l'Autre…
tous les autres. Œuvre interactive par excellence.
Après le post modernisme et le post colonialisme, serions nous
donc entrés dans l'ère du post exotisme ? Dans ce dossier,
Africultures revient sur la création contemporaine africaine de la
dernière décennie. 1995 2005 : dix années innovantes, bouillonnan
tes, marquantes. Tant dans l'évolution des esthétiques que dans la
recomposition des paysages culturels. Les deux domaines se
révèlent d'ailleurs étroitement liés.
Africultures n°65 Octobre décembre 2005 3africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 4
Une création de plus en plus
mondialisée
Qu'il semble loin le temps de laRédaction :
Les Pilles F 26110 Nyons Négritude et des indépendances où la
Tel : ++33 (0)4 75 27 74 80 culture était brandie par les jeunesFax : ++33 (0)4 75 27 75 75
E mail : redac@africultures.com nations comme vecteur de leur nouvelle
Directrice de la publication : Ayoko Mensah identité nationale ! Au fil des ans, sur
Responsable de la rédaction : Olivier Barlet fond d'appauvrissement, de désengage
Comité de rédaction :
ment des Etats et de restriction de laArts plastiques : Virginie Andriamirado, Alexandre
Mensah liberté d'expression, la fracture n'a cessé
Cinéma : Olivier Barlet de croître entre artistes et pouvoirs
Danse : Ayoko Mensah
Diaspos : Soeuf Elbadawi publics. Ce n'est que depuis les années
Musique : Gérald Arnaud, Soro Solo 90, dans un contexte de timide démocra
Littérature/édition : Boniface Mongo Mboussa,
Taina Tervonen tisation et de mondialisation conjuguées,
Photographie : Corinne Julien, Samy Nja Kwa que de nouvelles dynamiques privées
Théâtre : Sylvie Chalaye
voient le jour et plus seulement dans leAfriphoto : info@afriphoto.com
Maquette : Franck Lépinay domaine musical, qui, au grè de multi
Graphisme :William Wilson ples initiatives, comme le stipulent
Site internet : www.africultures.com
l'article de Soro Solo (p. 125 et l'interviewSmahanne Ellouz, Frédéric Lecloux,
Franck Lépinay, Jean Marc Mariani. de Philippe Gouttes (p. 120), a rapide
Traductrice :Allyson McKay ment popularisé les voix de l'Afrique.
Rédacteurs associés ayant participé à ce numéro :
Virginie Andriamirado, Gérald Arnaud, Balufu Dans son article introductif (p. 8),
Bakupa Kanyinda, Olivier Barlet, Pascal Séverine Cappiello revient sur les muta
Blanchard, Mongo Beti, Tanella Boni, François
tions du champ culturel africain franco Campana, Séverine Cappiello, Sylvie Chalaye,
Soeuf Elbadawi, Thierry William Koudedji, Samuel phone et sur les enjeux de son dévelop
Lelièvre, Nicolas Martin Granel, Nimrod, Achille
pement. Sait on qu'au Mali la filièreMbembe, Ayoko Mensah, Samy Nja Kwa, Erika
Nimis, Marian Nur Goni, Dominique Ranaivoson, musicale contribue davantage au produit
Greta Rodriguez Antoniotti, Soro Solo, Taina intérieur brut (PIB) que le secteur indus
Tervonen, Lucie Touya
triel classique ? C'est tout dire des riches Diffusion :Editions L’Harmattan
5 7, rue de l’Ecole Polytechnique F ses potentielles que recèle la culture.
75005 Paris Mais celles ci ne pourront être exploitées
Abonnements :voir dernière page
et avoir un impact local que si l'économieVente au numéro : en librairies ou à L’Harmattan et
sur www.africultures.com de ce secteur se structure, soutenue par
Tous droits de reproduction réservés, de réelles politiques culturelles, à tous
sauf autorisation préalable.
les échelons territoriaux.n°65 ISBN : 2 7475 8819 X ISSN : 1276 2458
Commission paritaire : 1203G74980 En dix ans, les pratiques artistiques et
leurs financements se sont profondé
Revue publiée avec le
ment modifiés sur le continent. Le déve concours du Centre national
du Livre et du F.A.S.I.L.D. loppement de la coopération Nord Sud
y est pour beaucoup. De véritables cir
cuits d'aide internationaux se sont mis
en place, favorisant l'émergence
Couverture : …although I live inside… my hair will d'artistes africains sur les scènes et
always reach towards the sun…(2004), solo chorégraphié les marchés occidentaux de l'art. par Robyn Orlin pour Sophiatou Kossoko.
© Elise Fitte Duval
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Positive par bien des aspects, Nimis dresse un constat
cette mondialisation des similaire dans le domaine
moyens de production mais de la photographie (p. 82)
aussi de diffusion ne va où des photographes tentent de
pas sans contradictions ni concilier la construction d'une
questions. C'est ce qu'analyse œuvre personnelle et l'adéqua
François Campana à travers son tion avec le marché local (inter
étude des festivals de théâtre view de Bruno Boudjelal p 89).
subventionnés en grande partie C'est sans doute la tension
par des bailleurs de fonds euro qu'implique la gestion de ces
péens (p. 28). S'ils favorisent contradictions mises en
une certaine liberté de création exergue dans le champ littéraire
et de circulation, ces systèmes par l'article de Taïna Tervonen
de coopération ont aussi ten (p. 105) et les propos de Jean
dance à couper les artistes de Louis Joubert qui définit le
leurs publics locaux et à lier mieux la création contemporai
leur survie à des institutions ne africaine. Une tension qui se
occidentales. retrouve tant au plan écono
mique qu'artistique.Nombre d'acteurs culturels
prennent peu à peu conscience
de ce risque. Pour tenter de sor
L'ère de la tir de cette dépendance et mett
re en place des dynamiques déconstruction
régionales ou continentales, ils
se regroupent en réseaux afin Ces dix dernières années, l'in
de coordonner leurs actions et térêt de l'Occident pour les
de mutualiser leurs moyens. artistes africains n'a cessé de
Encouragée par des partenaires croître. Sur les cinq continents,
au Nord et le développement les lieux les plus prestigieux
d'internet aidant, cette tendan s'ouvrent désormais à eux. Pour
ce s'est généralisée ces derniè ne citer que deux exemples
res années. Mais est ce vrai parmi des centaines : la compa
ment un remède miracle ? gnie burkinabè Salia Nï Seydou
L'article qui leur est consacré s'est produite entre autres au
met en lumière les limites de Centre Barbican de Londres et
ces réseaux… riches d'enseigne au New National Theater de
ments (p. 17). Tokyo. Et les portes du Centre
Pas facile en effet de concilier Georges Pompidou à Paris et de
développement local et diffu la Hayward Gallery londonien
sion mondiale avec des mar ne se sont récemment ouvertes
chés aux logiques et aux atten aux plasticiens du continent à
tes différentes pour ne pas dire l'occasion de l'exposition itiné
opposées, comme le soulignent rante Africa Remix. Mais cette
Virginie Andriamirado (p. 68) visibilité et ce succès ne
et Joëlle Busca (p. 75) au sujet trahissent ils pas parfois encore
des arts plastiques. Erika une approche ghéttoïsante ?
Africultures n°65 Octobre décembre 2005 5africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 6
Ce n'est sans doute pas un ne se pense plus comme une cons
hasard si la question du regard truction identitaire, comme une
est devenue centrale chez de image identitaire à tendre aux
nombreux créateurs, notam autres. Les expressions scéniques
ment chez les chorégraphes et africaines disent la responsabilité
les danseurs. commune face aux atrocités du
monde. Elles disent la diversité etDepuis deux ans, ils sont
la ressemblance. Elles mettent enquelques uns à affirmer sur
scène l'humanité et ses paradoxes.scène une nouvelle liberté de
[…] L'africanité s'affirme où on neparole qui casse les clichés,
l'attend pas, elle se joue au delàdéconstruit leur image (p. 57).
de la couleur et des frontières dePour le chorégraphe congolais
l'Afrique, pour affirmer une iden Faustin Linyekula, véritable
tité contemporaine hybride et iri empêcheur de danser en rond,
sée. " (p. 97)il est temps de sortir des
" identités collectives " : En cela, la déclaration du plas
" Pendant longtemps, les artis ticien Fernando Alvim prend
tes du continent ont affirmé tout son sens : à l'ère de la
une identité collective : ils déconstruction et du soupçon
représentaient " l'esthétique partagés, ne sommes nous pas
africaine ", rappelle t il. Mais si tous " post exotiques ", amenés à
l'on ne veut pas se répéter à dépasser nos représentations
l'infini, il faut revenir à des collectives, à repenser le mouve
regards subjectifs, à une multi ment dialectique entre soi et les
plicité de voix. On ne peut pas autres ? La grande modernité de
vivre dans des sociétés qui l'Afrique tient dans cette refor
condamnent les dictatures et la mulation des identités, dans leur
pensée unique et fonctionner multiplicité et leur mobilité assu
dans ce type de système en tantmées.
que créateur. L'artiste doit Le continent ne se laisse plus
être le rêveur d'une autre dire par procuration et affirme
société possible. […] des artistes singuliers. On ne
Aujourd'hui, nous affirmons peut s'empêcher de penser à la
des individualités. Etre poétique d'Edouard Glissant. " Il
Africain n'est plus suffisant n'y a plus de centre, que des
pour que l'on se rassemble. périphéries : chaque périphérie
Au delà d'un engagement devient un centre en soi
esthétique commun, il faut se " constate le penseur de
relier par affinités éthiques, la créolisation du monde.
politiques. " (p. 63) Cette vision appelle non seule
Cette remise en question de ment des esthétiques mais aussi
la réception des œuvres un discours subversif
comme des processus de créa qu'analyse Olivier Barlet
tion prend des formes diver à travers les nouveaux para
ses. Comme le note Sylvie doxes des cinéastes africains
Chalaye, " le théâtre d'Afrique (p. 39).
Africultures n°65 Octobre décembre 20056africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 7
Ce que la création contempo Granel, à qui l'on doit la
raine africaine laisse entrevoir parution de trois volumes d'i
désormais, c'est bien le réin nédits du visionnaire congo
vestissement du champ poli lais*, recontextualisent l'acuité
tique par les artistes franco de leur parole à la lumière des
phones, mais aussi par ceux événements à venir. " De quel
issus des autres sphères lin le Franco phonie s'agira t il
guistiques de l'Afrique post exactement ? interroge ainsi
coloniale (cf. l'interview Greta Antonietti. Celle du
d'Ariel de Bigault concernant 'Négro Africain' si chère à
l'espace lusophone p. 171) Senghor ou celle du 'Négro
tant dans la danse et Humain' que revendiquait
la musique que dans le Sony Labou Tansi ? " (p. 151,
cinéma et les arts plastiques. 158 et 164).
Le réalisateur congolais Balufu A cette question notamment,
Bakupa Kanyinda ne dit pas deux figures renommées
autre chose dans son texte poi répondent chacune à leur façon :
gnant intitulé " Filmer en la philosophe écrivaine ivoi
Afrique " (p. 51). Les prochai rienne Tanella Boni (p.128) et le
nes années devraient encore secrétaire général de l'Orga
affirmer cette tendance. De nisation internationale de la
plus en plus de créateurs font Francophonie (OIF), l'ancien
référence dans leurs oeuvres, président sénégalais Abdou
plus ou moins directement, à Diouf (p. 137).
l'histoire économique et poli
Vous l'aurez compris, ce
tique de l'Afrique (de Faustin
dossier fourmille de contribu
Linyekula au plasticien maro
tions et de points de vues diffé
cain Mohamed El Baz en pas
rents, de réflexions et de ques
sant par la vidéaste Michèle tions, de mises en perspectives
Magema). et de rapprochements. Nous
Alors que plusieurs pays dont espérons ainsi rendre compte
la France s'apprêtent à célébrer de la complexité et de l'intérêt
en 2006 les cultures francopho de la création africaine du
nes et le centenaire de la nais XXIème siècle.
sance de Léopold Sédar
Senghor, il nous a semblé Bonne lecture !
important d'inclure dans ce
dossier les propos éminem * " L'Atelier de Sony Labou Tansi ", cof
fret de trois volumes paru aux Editionsment politiques de deux gran
Revue Noire, Paris, 2005.des consciences du XXème
siècle au sujet de la
Francophonie : les écrivains
Sony Labou Tansi et Mongo
Beti.
Ayoko MensahLes chercheurs Greta
Antonietti et Nicolas Martin
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Développer l’économie de la
culture : un enjeu pour demain
par Séverine Cappiello
lors que les indépen Aminata Traoré ou le cinéaste
dances avaient insufflé Cheikh Oumar Cissoko.
un élan sans précédent En quarante ans, les États se
à la vie artistique et cul sont concentrés sur l’émergence
turelle d’Afrique francophone, d’une vie culturelle nationale, à
renforcée dans certains États par travers la création et le soutien à
la volonté politique d’affirmer des institutions permanentes (bal
une identité aux fondements lets, orchestres et théâtres natio
d’une nouvelle souveraineté, les naux), la mise en place de grands
lendemains ont déchanté. Entre événements culturels nationaux,
appauvrissement exponentiel et le soutien d’événements à voca
centralisation à outrance des tion internationale.
États francophones, les artistes
Le bilan de ces actions reste
s’en trouvèrent abandonnés,
pourtant mitigé et ressemble plus
souvent limogés ou contraints à
à un saupoudrage symbolique
émigrer. De nouvelles dyna minimal dans la majorité des
miques émergent dans les États, faute de moyens ou de
années 1980, sur fonds de désen
volonté politique. Contrairement
gagement de l’Etat. Plus de dix
à leurs voisins anglophones, les
ans après, les enjeux d’une véri
États d’Afrique francophone
table politique de développe
n’ont pas non plus développé de
ment culturel se confirment au
mesures fiscales ou économiques
plan politique et s’imposent éco
suffisamment incitatives pour
nomiquement, dans un contexte que le secteur privé s’investisse
de mondialisation. dans ce champ culturel, laissant
peu d’alternatives.
Si la majorité des États franco Aujourd’hui, des secteurs
phones se sont tous ponctuelle entiers dépendent quasi exclusi
ment investis dans le champ cul vement de la reconnaissance ou
turel depuis les indépendances, des ressources internationales
peu d’entre eux ont formulé une pour s’épanouir et se développer,
véritable politique culturelle (le voire pour exister (le cas le plus
dernier en date étant le Burkina extrême étant celui du cinéma).
Faso en 2005) et moins encore ont Cela aboutit à des effets pervers
pu la doter de moyens. Le Mali mal contrôlés, tant sur les plans
fait exception : quatre millions artistique qu’économique et poli
d’euros ont été inscrits pour quat tique… à commencer par l’émi
re ans au titre de la culture, dont gration massive des talents les
le flambeau est porté par des plus sûrs.
ministres charismatiques tels
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redistribuer et en faire un instru Des politiques
ment réel au service de sa poli culturelles inexistantes
tique. Les autres pays ayant misou limitées
en place un fonds d’aide à la créa
tion (Côte d’Ivoire par exemple)Analysons de plus près certai
sont confrontés à la même situa nes limites de ces actions éta
tion, aggravée par les aléas de latiques et prenons le cas de la poli
situation politique qui plombenttique culturelle du Bénin, énoncée
la cohérence des politiques enga en 1990. Très ambitieuse dans ses
gées. Même dans un pays stabletermes, elle propose une large
comme le Sénégal, les ministrespanoplie de mesures incitatives
de la Culture ont changé dix foispratiques. En matière d’aide à la
au cours des trois dernièrescréation par exemple, elle recom
années.mande de détaxer les moyens de
production ou reproduction des Le manque de moyens ne sau
œuvres et biens culturels, ou rait dissimuler l’absence réelle de
encore de créer un fonds d’aide. volonté politique aux plus hauts
Mais ces intentions se heurtent niveaux et le peu de considération
vite à la réalité d’une activité éco accordée aux potentialités de
nomique nationale en grande par développement des secteurs artis
tie informelle, où l’État ne contrô tiques… La question des droits
le rien et ne saurait par consé d’auteur et de leur redistribution
quent prélever de taxes suffisam illustre bien ce propos.
ment consistantes pour les
Artiste en création a regroupé à Tripoli au Liban des plasticiens au sein d'un atelier collectif.
Une exposition au centre culturel de Tripoli a cloturé 1 mois de création. Ali Garba, peintre,
comédien, musicien peint les couleurs de l'Afrique © Pierre Zabbal/Agence Francophonieafricultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 10
Chanteurs en duo lors de l'Africafête en diffuser un spot de promotion
République Centrafricaine. d’un événement culturel. Dans ce
© Boubacar Touré Mandemory/Agence même pays, chaque exemplaire
Francophonie d’un produit musical mis en
vente doit porter un hologramme
acheté auprès du Bureau des
De Madagascar au Cap Vert, en droits d’auteur (BSDA), en plus
passant par la Mauritanie, le de l’acquittement d’un droit de
Congo, le Tchad ou l’Algérie, des reproduction. Que se passe t il en
bureaux ou offices des droits fait ? Les pirates achètent l’holo
d’auteurs existent, à l’exception gramme auprès du BSDA, sans
notable du Gabon. Certains ne avoir payé de droits de reproduc
parviennent pas à mettre en tion puisqu’ils piratent, et ven
œuvre la collecte (Mauritanie, dent ainsi leur produit en toute
Niger), tous connaissent de gros légalité.
dysfonctionnements. Les plus En Côte d’Ivoire, la
efficaces sont réputés être ceux du Radiotélévision ivoirienne (RTI)
Sénégal, du Mali, de la Guinée et acquittait en 1982 un forfait
du Burkina, mais là encore beau annuel de 40 millions de FCFA au
coup reste à faire. titre des droits d’auteur, 15
Au Sénégal par exemple, des millions en 1989 et ne les a jamais
organismes publics comme la versés en 1990 alors qu’elle avait
RTS (Radiotélévision sénégalaise) évalué ces droits à moins de 4
ne reversent pas de droits, quand millions de FCFA la même
il faut par ailleurs les payer pour année(1).
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Au Cap Vert, la plupart des son marché, sans avoir à se sou
musiciens préfèrent éditer leurs mettre complètement à des règles
œuvres au Portugal puisqu’ils étrangères inadaptées au contexte
peuvent y récolter leurs droits local.
d’auteurs. Cette situation est loin On pourrait vite répliquer qu’en
d’être un cas particulier. Les artis Afrique le public potentiel n’a pas
tes des pays africains francopho les moyens d’investir sur une
nes n’hésitent pas à produire, édi œuvre, quel que soit son prix, et
ter et diffuser leurs œuvres en coupant ainsi court à toute possi
Europe pour en récolter les fruits, bilité d’alternative en condam
privant par la même occasion nant d’avance la pertinence d’une
leurs pays de leur richesse artis démarche volontaire. Mais l’on
tique et économique. pourrait aussi penser qu’il faut
L’insuffisance ou l’inexistence choisir de soutenir et de consoli
de statut social de l’artiste fait der l’existence des intermédiaires
écho à celles de sa rémunération : entre l’artiste, le public et l’œuvre
l’enjeu présent et futur pour les que sont les opérateurs (lieux de
artistes comme pour les États création et diffusion, producteurs,
d’Afrique francophone repose sur managers, techniciens, etc.).
leurs capacités à structurer et Agir sur l’environnement de
développer l’économie de leur l’artiste plutôt que directement
culture. sur sa création, c’est d’abord
reconnaître que cette créationPenser l’artiste dans son
existe, qu’elle est riche et pleineenvironnement
de vitalité, de potentialités, mais
qu’elle n’est pas valorisée et queLa question de la structuration
son environnement ne lui permetde l’économie culturelle cristallise
pas de s’épanouir. Il s’agit de luiles enjeux artistiques et politiques,
donner les moyens structurelsce qui lui donne un poids d’au
d’exister. Cela peut se faire entant plus important. Le gouverne
agissant à divers niveaux : équi ment malien l’a bien compris et
pements culturels, formation pro en fait l’axe central de sa politique
fessionnelle, circulation des œuv culturelle. La notion de dévelop
res et des artistes, allégement fis pement culturel consiste à penser
cal des entreprises artistiques,l’artiste dans son environnement,
mise en réseau des opérateurspuis à agir sur cet environnement
d’un même secteur dans unepour que l’artiste puisse y exploi
sous région, droits d’auteurs etter au mieux sa créativité.
statut des artistes, lutte contre laDévelopper une économie
piraterie, etc.nationale ou régionale de la cultu
En Afrique francophone, lesre, c’est pouvoir imposer une
artistes et leurs entrepreneursesthétique auprès d’un public
sont seuls ou si peu accompagnéspour être capable d’établir ses
pour faire face à ces défis.propres règles et critères, ses pro
pres modes d’organisation et de
valorisation de la création et de
Africultures n°65 Octobre décembre 2005 11africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 12
Néanmoins, depuis l’an 2000,Les effets pervers de
on assiste chez ces bailleurs del’aide directe
fonds internationaux à une prise
La majorité des financements de conscience globale des effets
internationaux se concentrent sur pervers de l’aide directe à la créa
les artistes et les projets artis tion sur l’œuvre produite, son
tiques, pas sur leur environne identité culturelle, ses choix esthé
ment (en dépit de certains intitu tiques. Elle commence à se tradui
lés officiels des lignes de finance re timidement dans les pratiques.
ments). Cela a une double réper Peu à peu, certaines aides sont
cussion. D’une part la création en redéployées pour mieux agir sur
est directement affectée puisque l’environnement de l’artiste plu
nombre d’artistes proposent dés tôt que sur l’artiste même et son
ormais des œuvres aux goûts œuvre.
européens pour capter ces
© Boubacar Touré Mandemory/Agence Francophoniefinancements, se déconnectant
par la même occasion de leur De même, certains États afri
public. D’autre part ne sont que cains prennent peu à peu cons
rarement donnés aux opérateurs cience de l’importance de s’inves
les moyens de leur indépendan tir sur la structuration d’une éco
ce, pourtant vitale à la nomie culturelle, de créer un tissu
créa tion même. Ainsi, nombre économique viable, c’est à dire
de grands événements (bienna un tissu d’opérateurs culturels.
les de la photographie à L’enjeu est de taille, mais l’absen
Bamako, rencontres chorégra ce de données économiques et
phiques d’Antananarivo…) sont d’analyses fiables et complètes
toujours co organisés par leurs des divers secteurs concernés et
bailleurs de fonds, qui vraisem de leurs potentiels dans chaque
blablement n’ont pas souhaité pays explique en partie ce réveil
autonomiser les partenaires tardif et lent.
locaux.
Africultures n°65 Octobre décembre 200512africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 13
Une étude réalisée au compte Par conséquent, si l’économie
de la CNUCED en 2000 par du secteur culturel peut avoir un
Moussa Diakité sur la musique impact colossal sur la richesse
malienne en donne quelques d’un État et sur son développe
notions. Il évalue, d’après les ment, il faut d’abord pouvoir gar
activités officielles et les don der ces ressources sur son territoi
nées fournies par le Bureau mal re (donc créer le tissu d’opéra
ien des droits d’auteurs, les teurs locaux qui le pourront), puis
sociétés d’enregistrement et les savoir les contrôler pour ensuite
statistiques du commerce exté les redistribuer. Large tâche.
rieur, que le chiffre d’affaires
annuel du secteur musical au De multiples
Mali atteint environ 66 milliards
initiatives privéesde FCFA, soit 94,2 millions
d’US$, et que le seul secteur Il ne s’agit pas pour autant
musical contribue à 4,1 % du PIB d’inventer tout à partir de rien.
(contre 3 % pour le secteur Depuis les années 1990, de
industriel classique) sur les nombreuses initiatives privées
années 1996 2000 ! D’autre part, ont émergé du contexte de
l’étude des balances des paie démocratisation et de désenga
ments publiées par la gement de l’État. En dix ans,
BCEAO (2) révèle que sur ces elles ont su passer du stade
mêmes années, dans la région, la informel à celui d’une première
musique occupe le deuxième étape de structuration, expéri
rang des mouvements des invi mentale et autonome, sans
sibles, après l’émigration et avoir pu pour autant s’appuyer
avant les télécommunications . sur un environnement favora
L’impact de la piraterie est aussi ble ou un réel soutien politique.
mesuré, puisque sur environ 7,5 Mais elles sont bien là,
millions de cassettes diffusées contraintes à se forger dans un
dans le pays en 1998, seules état de résistance contre vents
700 000 étaient reproduites offi et marées qui menacent sans
ciellement. Le manque à gagner cesse de les balayer, de s’inven
sur la vente directe de cassette ter sur le mode de la malice, de
est estimé à 6,7 milliards de l’ingéniosité, du contourne
FCFA, celui résultant du non ment. Il s’agit du combat quoti
paiement des droits d’auteur à dien de quelques hommes et
plus de 100 millions CFA (qui nefemmes qui ont su être le
comptabilisent pas ceux que les moteur de véritables dyna
pays étrangers devraient rever miques collectives dans des
ser !). Et l’évasion fiscale et la secteurs entiers, mais qui sont
fraude douanière atteignent aujourd’hui plus fragilisés que
probablement des proportions jamais de sans cesse lutter à
exagérées, puisque ces recettes contre courant, toujours dans la
constituent à peine 90 millions survie quand ils n’attendent que
de FCFA par an. de pouvoir réinvestir, réinventer.
Africultures n°65 Octobre décembre 2005 13africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 14
Il s’agit aussi d’une nouvelle complet (le Tringa) et s’investit
génération qui a bénéficié de la activement dans le champ de la
transmission et de la formation deformation professionnelle, la
ces pionniers, mais encore trop question des droits d’auteurs, la
jeune pour être solides en tant lutte contre la piraterie et la struc
qu’opérateurs. Il est urgent de les turation des marchés au niveau
soutenir. national et sous régional. Salif
Keïta a un lieu de création, deQui sont ils ? Des artistes qui
production et de diffusionacceptent de travailler tout autant
phonographique à Bamako (lesur leur environnement que sur
Moffu), particulièrement dédiéleurs œuvres, des entrepreneurs
aux jeunes talents. Zao "l’ancienet opérateurs, des réseaux. Des
combattant" (Congo) investit luiacteurs largement repérés et des
aussi dans la mise en place d’unnouveau nés.
tel lieu. Il y a aussi des « nou
Les nommer tous est une chose
veaux nés » de la jeune généra
ardue, tant ils sont nombreux
tion comme Jules Kane et son res
aujourd’hui sur l’ensemble de la
taurant scène émergente (le « Just
zone d’Afrique francophone.
for you »), Seydou Traoré (Mali)
Nous en oublierons certaine
et son label de distributionment, surtout par ignorance : ce
Seydoni (Burkina, Mali et Niger),sont toujours les mêmes dont
Ali Diallo (Burkina) et son labelnous entendons parler ou que
de production Umané Culture,
nous avons l’occasion de rencon
Andrée Aiwa (Gabon) et son fes
trer, ce qui soulève encore une
tival de musiques populaires et
fois la question de la valorisation
urbaines, Corneille Akpovi au
de la richesse et de la diversité de
Togo, etc.
la création contemporaine
Certains d’entre eux tententd’Afrique francophone.
aujourd’hui de se regrouper avec
Les artistes et producteurs du
l’ensemble des acteurs nationauxsecteur musical sont de loin les
de leur secteur pour tenter deplus connus et surtout les plus
faire face à la question desavancés en matière de structura
réseaux de distribution, de for
tion locale, nationale et régionale.
mation professionnelle, de droits
Ils sont bien plus nombreux que
d’auteur et de piraterie, de circu
dans les autres secteurs artis
lation des artistes et des œuvres.
tiques. Youssou N’dour réinvestit
En théâtre et danse, nous cite sa fortune dans un studio d’enre
rons plus particulièrementgistrement (Xippi) dont dispo
Souleymane Koly (Côte d’Ivoire),sent de nombreux autres artistes,
fondateur de l’ensemble Kotébaun label (Jololi), une usine de
d’Abidjan, danseur, chorégraphe,duplication de cassettes, une
auteur et metteur en scène, deve radio, un journal et un night club,
nu producteur, Adama Traoréle Thiossane. Mamadou Konté
(Mali) metteur en scène et direc (Sénégal) avec son label et le festi
teur d’Acte 7, la compagnie Saliaval Africa Fête essaie de réim
Nï Seydou (Burkina Faso),planter un équipement culturel
Africultures n°65 Octobre décembre 200514africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 15
Le styliste Alphady, entouré de ses mannequins venus de différents pays francophones.
© Agence Francophonie
qui organise le festival Dialogue secteurs, peut être parce qu’ils
peuvent s’appuyer sur un mar de Corps et qui sera le résident
fondateur d’un centre chorégra ché émergent concentré à l’occa
phique majeur à Ouagadougou, sion de biennales ou événements
Élise Mballa au Cameroun, fon spécifiques soutenus par les
datrice de l’association Meka et bailleurs de fonds. Peut être
directrice d’un festival de danse aussi que l’émergence de mar
« Abok I Ngoma », Faustin chés d’art contemporain en
Linyekula (RDC), fondateur du Afrique francophone repose
studio Kabako, lieu de création, plus sur la solvabilité d’une
de formation et d’échanges en bourgeoisie elle même émergen
danse et théâtre. Des initiatives te que sur des questions juri
de formation professionnelle en diques de droits d’auteur ou de
réseau ont été prises en danse et droit de reproduction.
commencent à émerger. En mode, de grands créateurs
En arts plastiques et visuels, comme Alphadi, Oumou Sy ou
citons des galeristes majeurs, Xuli Bët, dynamisent le secteur,
Chab Touré au Mali, Aïssa mais nous préférons attirer l’at
Dione au Sénégal, Marem Samb tention sur le jeune dakarois
et Marilyn Douala Bell au Cheikha Loum, encore peu
Cameroun, ainsi que le peintre connu, dont l’esthétique pense
Zinkpé (Bénin) qui organise la une mode adaptée à son environ
manifestation Boulev’art avec nement (« street wear »), et qui
une vingtaine d’artistes plasti tente peu à peu de développer
ciens faisant de la rue leur espa une véritable chaîne de magasin
ce de résidence. Les acteurs de cetout en s’attelant à la formation
secteur travaillent peu en réseau, professionnelle de tailleurs et
contrairement à ceux des autres couturiers.
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galerie a lancé de jeunes talentsInvestir la culture pour
ayant acquis la reconnaissanceréinvestir le politique
internationale, tels Soly Cissé ou
La plupart de ces opérateurs Camara Gueye. Les activités de
sont largement « repérés », c’est l’entreprise textile répondent à
à dire déjà soutenus par les une véritable philosophie de
bailleurs de fonds internatio développement local et prennent
naux (à l’exception des stars en compte toutes les étapes de la
musicales dont la carrière inter chaîne textile : plantation de
nationale leur a donné les coton bio par des coopératives
moyens de réinvestir). Et pour de femmes, teintures naturelles
tant, beaucoup d’entre eux et plantation des arbustes qui les
demeurent dans un combat quo produisent, tissage manuel…
tidien parfois à la limite de la Les bénéfices de l’entreprise sont
survie. réinvestis sur des activités de
valorisation des savoir faire tra Il y a aussi les méconnus ou les
ditionnels et sur la galerie.inconnus, des entrepreneurs qui
Malgré le succès de ces activitésinvestissent les revenus d’une
non lucratives, les charges fisca autre activité sur l’activité artis
les et patronales sont si lourdestique. Il ne s’agit pas là de mécé
qu’elles restent menaçantes,nat stricto sensu puisqu’ils sont
étouffantes.entièrement partie prenante de
l’activité qu’ils développent. Ker Doff est un lieu privé
Pour ne rien demander à person investi par un collectif pluridis
ne, ils passent souvent inaper ciplinaire : plasticiens, stylistes,
çus. Mais peut être que l’espoir cinéastes, dessinateurs, écri
d’une plus ample dynamisation vains, infographistes, musi
du secteur culturel repose sur ciens… Initié par l’écrivain
eux, et sur la capacité des États àTierno Seydou Sall, ce collectif se
stimuler l’émergence de ces nou réunit chez un entrepreneur
veaux entrepreneurs via des « mécène », Abu Diajne, qui
mesures d’allégement fiscal. devient le producteur des créa
tions réalisées, dont un récentNous prendrons deux exem
CD du collectif reggae Seleneples dakarois : une « pionnière »,
Yawn. Ker Doff n’appartient àAïssa Dione et un jeune collectif,
personne et existe sur des princi Ker Doff (littéralement, « la mai
pes d’entraide et de collabora son des fous »).
tions artistiques.
Aïssa Dione a deux entreprises,
De telles initiatives naissentl’une de textiles artisanaux, l’au
peut être chaque jour, mais latre est une galerie d’art contem
majorité restent bien peuporain (Atiss). Elle porte donc de
connues ou destinées à mourirmultiples casquettes : conception
aussi vite qu’elles sont nées,de tissus, de meubles, designer,
faute d’un contexte favorable.galeriste, chef d’entreprise… Son
Pourtant les potentialités sont làentreprise textile emploie main
et les envies aussi.tenant plus de cent salariés, sa
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Penser l’artiste dans son environnement, c’est peut être aussi offrir de
la créativité à la société, une bouffée d’oxygène, une possibilité de la lais
ser se définir par elle même, avec ses codes, ses esthétiques, ses utopies
collectives, la possibilité d’inventer, d’innover ses nouveaux systèmes
d’organisation, de réinvestir le champ politique en somme.
Notes
1. Source : Compte rendu des rencontres professionnelles du MASA 93,
sur le statut social de l’artiste et les sociétés de droits d’auteur.
2. Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest
Séverine Cappiello est chargée des relations internationales au sein de
Système Friche Théâtre (Friche la Belle de Mai, Marseille), où elle accompa
gne le développement international d’opérateurs et artistes régionaux et
africains, ainsi que leur mise en réseau.
Les réseaux, remède miracle du
développement culturel ?
par Ayoko Mensah
1995 2005. Cette décennie aura vu l’explosion des réseaux culturels
et artistiques en Afrique. Nouveau mot d’ordre, nouveau credo, cette
tendance recouvre une multiplicité de situations, d’objectifs, de
moyens. À l’heure des premiers bilans, il ne s’agit pas pour nous de
faire un état des lieux exhaustif des réseaux existants mais de mett
re en lumière, à travers certains exemples, les questions qu’ils sou
lèvent.
Le regroupement d’artistes ou d’associations culturelles n’est pas
nouveau en Afrique. Au lendemain des indépendances, lorsque de
nombreux pays ont le souci de promouvoir non seulement une cultu
re nationale mais aussi bien souvent panafricaine, des structures char
gées de fédérer les artistes ou de coordonner les actions culturelles
voient le jour.
On peut citer pour mémoire la très militante Fédération panafricaine
des cinéastes (Fepaci), créée en 1969 à Alger et dont le premier secrétaire
général fut le réalisateur sénégalais Ababacar Samb Makharam (1).
Africultures n°65 Octobre décembre 2005 17africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 18
MASA 99 Le Off du Off...Une Hyène à jeun
© Thomas Dorn
Ces premiers réseaux, émanant départ d’une nouvelle ère. D’une
soit directement des artistes soit part, il permet à des artistes des
des États, connaissent des succès quatre coins de l’Afrique de se
et des longévités différentes. La rencontrer, d’échanger et de
plupart d’entre eux finissent faire émerger des situations et
cependant par péricliter avec les des problématiques communes.
années. D’autre part, ayant comme
objectif principal l’améliorationIl faut attendre le tournant du
de la diffusion des spectaclesdeuxième millénaire pour qu’un
africains dans le monde, il par nouveau mouvement de structu
vient à mettre en relation quasi ration du paysage culturel pren
ment tous les groupes sélection ne son essor en Afrique franco
nés dans les différentes discipli phone. En 1993 a lieu, à l’initiati
nes (musique, danse, théâtre)ve de l’Agence intergouverne
avec des « acheteurs » du Nord.mentale de la francophonie, le
premier MASA (Marché des arts Jusqu’à l’édition de 1999, avant
du spectacle africain) à Abidjan. que la Côte d’Ivoire ne bascule
dans la crise puis dans la guerrePlate forme inédite réunissant
civile, le Masa connaît un réeldes acteurs culturels de toutes
succès malgré des difficultésles zones linguistiques du conti
d’organisation. Il est à l’originenent (arabophone, francophone,
de nombreuses rencontres, tour anglophone et lusophone) et des
nées et compagnonnages tant auprogrammateurs en majorité
sein même du continent qu’entreoccidentaux, cet événement, par
l’Afrique et le reste du monde.la suite biennal, marque le
Africultures n°65 Octobre décembre 200518africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 19
Les rencontres professionnel Structurer le paysage
les du Masa puis celles d’autresculturel
événements à vocation conti
Si un puissant élan culturel et nentale – tels les Rencontres
artistique avait accompagné les chorégraphiques interafricai
indépendances – symbolisé nes ou les Rencontres photo
entre autres par le mouvement graphiques de Bamako (2) –
de la Négritude –, au début des font émerger des priorités pour
années 1990 cette dynamique soutenir et relancer le dévelop
semble à bout de souffle. La pement culturel. Formation,
plupart des États se sont pro professionnalisation des opéra
gressivement désengagés du teurs (ces intermédiaires cru
champ culturel tout en ver ciaux entre artiste, œuvre et
rouillant les espaces d’expres public) et structuration du pay
sion. Cependant, à la faveur du sage culturel reviennent par
vent de démocratisation qui tout comme des impératifs.
souffle des pays d’Europe de Pour répondre à ces besoins,
l’Est, les sociétés civiles africai la mise en réseau des acteurs
nes s’organisent et réclament culturels privés est fortement
plus de liberté. Des initiatives encouragée. En 2001, le minis
culturelles privées se multiplient tère des Affaires étrangères
sur le continent. Mais elles res français met en place, dans le
tent fragiles, isolées et manquent cadre de sa politique de coopé
de moyens pour se développer. ration internationale, un Fonds
Alors que la mondialisation éco de solidarité prioritaire (FSP)
nomique et culturelle est en mar « d’appui à la professionnalisa
che, l’Afrique demeure, dans un tion des opérateurs culturels
domaine comme dans l’autre, du continent africain » d’un
tout à fait marginale. montant global de plus de 2
millions d’euros (3), pour une
durée de deux ans et demi.Cie Gaara © Thomas Dornafricultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 20
L’appui à la mise en réseau des impact se révèle considérable.
opérateurs représente l’un de ses Au sud du Sahara, O.C.RE
axes majeurs (335 000 euros y contribue à l’émergence d’une
sont affectés). Il se concrétise au nouvelle génération d’entrepre
sein de l’Association française neurs culturels. Il leur permet de
d’action artistique (Afaa) par se professionnaliser, de déve
l’ambitieux programme O.C.RE lopper leurs activités et ainsi de
(Opérateurs culturels en réseau) s’inscrire plus conséquemment
coordonné par Valérie Thfoin. dans leur environnement. Mais
Au total, 42 structures, réparties son incidence ne s’arrête pas là.
dans 22 pays en majorité En favorisant leur visibilité
francophones, sont sélectionnées auprès de structures occidenta
pour être soutenues dans leur les, ce programme engendre de
développement, leur profession multiples connexions Nord Sud.
Festival Kaay Fecc 2003 © Antoine Tempé
nalisation et… leur mise en
réseau. Déjà sélectionnés et soutenus
O.C.RE constitue une expérien par la coopération française, les
ce intéressante, tant par ses opérateurs de ce réseau devien
résultats que par les questions nent les partenaires de nom
qu’il soulève. En quatre ans breuses organisations culturel
d’existence (le programme est les et de bailleurs de fonds
aujourd’hui révolu), son double européens.
Africultures n°65 Octobre décembre 200520africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 21
Le Groupe 30, installé à Dakar, les réalités culturelles subsaha
obtient le soutien de l’Agence de lariennes, cela ne l’a pas empêché
francophonie et de la Fondation d’avoir un impact important… de
Ford. L’association burkinabè manière plus informelle. Au delà
Odas Africa, avec deux autres des quelques synergies et collabo
organisations françaises, est char rations interafricaines qu’il a
gée par l’Union européenne d’une impulsées, il représente une tenta
vaste étude sur les festivals de tive audacieuse de cartographier
théâtre en Afrique (cf. l’article de le paysage culturel continental de
François Campana dans ce dos façon certes très sélective mais
sier). Quant au directeur de la supposée fiable.
troupe théâtrale Acte Sept du Mali,
Adama Traoré, il rejoint le Conseil
« La charrue avant lesinternational du théâtre franco
bœufs »phone (CITF)… On peut ainsi
multiplier les exemples. Est ce un
À travers l’exemple d’O.C.REhasard si tous ces acteurs, qui ont
émergent les questions centralessu s’insérer dans des réseaux de
du rôle et de l’origine des réseaux.coopération internationale, ont fait
« Se regrouper, oui, mais pour
partie du réseau O.C.RE ?
quoi faire ? Et sous quelle impul
Cette question entraîne un sion ? Nous devons nous poser ces
double constat. Le programme questions », résume Nganti Towo,
réunissait des opérateurs établis cofondatrice du festival interna
non seulement dans différents tional de danse de Dakar Kaay
pays – aux contex tes parfois très Fecc et de l’association du même
éloignés comme l’Afrique du Sud nom.
et le Tchad – mais œuvrant aussi
Depuis une décennie, grâce audans des domaines (musique,
soutien des bailleurs de fonds dudanse, théâtre) et des secteurs
Nord, les festivals artistiques,
(création, production, diffusion,
notamment de danse et de théâtre,
organisation) variés. Il est donc
se sont multipliés à travers lepeu surprenant, au regard de la
continent sans toujours prendre ladiversité des situations et des pré
peine de se coordonner. Enoccupations de chaque membre,
novembre 2004, les principauxque ce réseau n’ait pas survécu à
acteurs de ce que l’on nomme dés l’arrêt du programme.
ormais « la danse africaine
En revanche, O.C.RE semble contemporaine » créent officielle
avoir agi comme une instance de ment un réseau « de
reconnaissance professionnelle collaboration » : Chesafrica. Il
pour de jeunes opérateurs encore regroupe treize structures sur l’en
peu connus des Européens. Il a semble du continent, de Tunis à
ainsi largement favorisé leur inté Johannesburg en passant par
gration dans des réseaux de Ouagadougou et Yaoundé : essen
coopération. tiellement des compagnies, des
Si le réseau officiellement créé festivals et de nouveaux centres
s’est donc révélé en décalage avec de formation. Ses objectifs ?
Africultures n°65 Octobre décembre 2005 21africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 22
Soutenir la diffusion des nou Un an plus tard, où en est
velles danses bien sûr, mais Chesafrica ? Ses activités ont
aussi harmoniser le calendrier bien du mal à se mettre en
des festivals de danse sur le place. Le site web reste en chan
continent ; mutualiser les tier, la lettre de diffusion trimes
moyens et les compétences dans trielle n’a jamais vu le jour et,
l’ingénierie culturelle, stimuler plus préoccupant encore, le pro
la professionnalisation et la for gramme de soutien à la diffu
mation, faciliter l’accès à l’infor sion panafricaine de quatre
mation… compagnies sélectionnées sem
ble en panne. Plusieurs memb Tout le monde applaudit. Les
res reconnaissent que l’associa membres de ce réseau se
tion ne fonctionne pas. « Évi connaissent bien (cie Salia Nï
demment, tempête NgantiSeydou, Festivals Kaay Fecc et
Towo, nous avons encore uneAbok i Ngoma, Studios Kabako
fois mis la charrue avant lesde Faustin Linyekula, cie Gaara
bœufs ! Ça nepeut pas marcher !d’Opiyo Okach…) : ils sont de la
Nos structures sont jeunes, enco même génération à quelques
re fragiles. Nous nous débattonsexceptions près, ont émergé
avec tellement de difficultés pourconjointement sur la scène inter
continuer à exister ! L’urgence estnationale (notamment grâce aux
d’abord de se développer locale Rencontres chorégraphiques
ment, de trouver des partenairesinterafricaines) et ont quasi
afin de renforcer sa propre auto ment tous un pied en Afrique,
nomie. Ensuite, on peut chercherl’autre Europe. Ils se retrouvent
à nouer des liens avec d’autres, àd’ailleurs plusieurs fois par an
s’entraider, en élargissant pro dans un circuit de manifesta
gressivement la zone. Nous n’é tions qui se déroulent sur les
tions pas prêts pour créer un teldeux continents… et s’invitent
réseau. Il faut arrêter de vouloirréciproquement dans leurs fes
faire plaisir aux bailleurs detivals lorsqu’ils en dirigent. Ce
fonds.»réseau, fortement soutenu par
l’Ietm (Informal European Nganti Towo n’a jamais été
Theatre Meeting), une organisa une adepte du politiquement
tion d’ingénierie culturelle correct. La dernière édition de
regroupant près de 400 structu son festival, qui s’est déroulé en
res dans 45 pays, cristallise doncjuin dernier à Dakar, reflète
de nombreux espoirs. Du côté d’ailleurs les difficultés de sa
des professionnels africains, ce position et de ses choix (4).
doit être un pas vers plus d’au Comment articuler les stratégies
tonomie vis à vis des bailleurs de développement local et les
de fonds occidentaux. Pour ces exigences des bailleurs de fonds
derniers : la preuve que le pay occidentaux ? Exercice indénia
sage culturel africain se structu blement périlleux. Et pour
re, légitimant ainsi leurs actions cause… les buts poursuivis sont
de coopération. ils vraiment les mêmes ?
Africultures n°65 Octobre décembre 200522africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 23
Cette question se retrouve au Et c’est bien le maître mot des
cœur des multiples réseaux de réseaux qui parviennent à durer :
coopération culturelle qui se autonomie. À ce titre, Africultures
créent désormais, encouragés a participé ces dernières années à
par le développement d’Internet deux projets novateurs : le Ricafe
sur le continent africain. Les artis (6) (« Réseau d’information cultu
tes et les opérateurs ne relle en Afrique et en Europe » qui
sont d’ailleurs pas dupes. regroupe vingt structures) et
Parallèlement aux grands ensem Afrilivres (7) (réseau de 54 édi
bles ambitieux et officiels, ils met teurs africains indépendants).
tent en place des structures plus Dans les deux cas, Africultures a
restreintes, en général limitées à apporté ses compétences initiales
une sous région, qui ont bien plusaux réseaux, notamment techno
d’impact sur le développement logiques – création de sites web,
culturel de la zone. etc. – mais leur gestion est pro
gressivement revenue à des struc Le réseau Afrique Synergie
tures africaines.(opérateurs culturels en Afrique
centrale) – créé en 2000 par le Aujourd’hui, le Groupe 30
Centrafricain Vincent anime le Ricafe, le site www.afri
Mambachaka, directeur de cinfo.org et publie sa lettre de dif
l’Espace Linga Téré à Bangui (parfusion depuis Dakar.
ailleurs membre d’O.C.RE) – a L’association Afrilivres, désor
longtemps fait figure d’exemple mais établie à Cotonou, continue
par ses innovations et son dyna de gérer l’alliance des éditeurs.
misme (mise sur pied de la cen Pour démarrer, ces réseaux ont
trale d’information et de docu nécessité l’appui financier de
mentation de l’Afrique Centrale ; bailleurs de fonds (Agence de la
création du festival régional francophonie, ministère des
Ngombi, bulletin de liaison du Affaires étrangères français…)
réseau, etc.). Hélas, il n’a pas sur mais ils ont su mettre en place une
vécu à l’arrêt du soutien de relative autonomie, notamment
l’Agence de la francophonie il y a en multipliant leurs partenaires,
moins de deux ans. pour perdurer par delà les sub
ventions. Bien sûr, leur fonction Est ce pour tenter de remédier à
nement reste difficile mais laces systèmes de dépendance uni
nécessité de leur rôle s’est impo latéraux, qui conditionnent l’exis
sée.tence même des regroupements,
qu’est né il y a peu de temps « L’important, c’est la nécessité,
Cultur’Ac : « Réseau de recherche rappelle Nganti Towo. Les
de fonds et de soutien aux initiati réseaux fonctionnent lorsque la
ves culturelles de l’Afrique motivation et l’organisation vien
centrale » (5) ? Cette association nent des opérateurs eux mêmes. »
est encore trop récente pour À ce titre, les regroupements qui
mesurer ses résultats mais elle fonctionnent le mieux ne s’avè
traduit là encore un désir rent pas toujours les plus subven
d’autonomisation. tionnés ni les plus officiels.
Africultures n°65 Octobre décembre 2005 23africultures_65.qxd 08/12/2005 11:33 Page 24
réseau informel.Réseaux
Principale industrie culturelledu troisième type
en Afrique, c’est dans le domaine
L’un des réseaux les plus effica de la musique que l’on trouve le
ces qui aient émergé ces derniers plus de tentatives de regroupe
temps illustre à merveille ce pro ment, notamment pour faire face
pos. En quelques années, la scène au fléau omniprésent de la pirate
rap africaine francophone s’est rie. Après de nombreux échecs,
structurée de façon exemplaire. des initiatives en cours portent de
On ne compte plus aujourd’hui le nouveaux espoirs. Le Sénégal fait
nombre de festivals hip hop : figure de laboratoire.
deux au Sénégal, deux en Guinée, L’Association des musiciens du
un au Burkina Faso, au Gabon, auSénégal (AMS) travaille entre
Bénin, au Togo, au Niger… Sans autres à la fondation d’un syndi
tambours ni trompettes, un véri cat professionnel. Africa Fête
table réseau d’entraide, porté par (structure de production, diffu
quelques piliers du mouvement, sion, management, formation et
s’est mis en place entre plusieurs organisation de festival), dirigé
structures. Qu’il s’agisse de pro par le légendaire Mamadou
grammation ou d’organisation Konté, pilote deux projets ambi
d’ateliers et de débats, les profes tieux : un réseau continental d’o
sionnels du hip hop communi pérateurs musicaux privés,
quent, se soutiennent, bref « Circul’A », qui compte déjà des
mutualisent en partie leurs membres dans 13 pays et un
moyens et leurs compétences. Et réseau national de messageries
ça marche ! phonographiques en partenariat
Longtemps dénigrées, ignorées avec l’État sénégalais.
des institutions publiques, les scè « Il y a urgence, explique Cécile
nes hip hop ont fini par être Ratta d’Africa Fête. La culture et
reconnues dans de nombreux la musique en particulier sont des
pays, non seulement grâce à leur leviers de développement écono
immense succès auprès des jeu mique en Afrique. Mais ce mar
nes mais aussi pour leur profes ché évolue encore souvent dans
sionnalisme. Didier Awadi, lea l’informel. Ses retombées ne
der du groupe pionnier sénéga bénéficient pas aux principaux
lais Positive Black Soul, devenu acteurs de terrain. Si le secteur
l’emblème du mouvement, y est musical ne se structure pas
pour beaucoup. Fort de son suc davantage, nombre d’opérateurs
cès en Europe, il sillonne vont disparaître. Notre survie
l’Afrique pour soutenir les scènes dépend du développement du
rap émergentes. À Dakar, où il marché, c’est pourquoi nous nous
produit de jeunes artistes, Awadi constituons en réseau. Nous tra
possède un studio, un label vaillons notamment à l’assainis
phonographique et une société de sement des cadres juridiques et à
sonorisation. Influent, engagé et l’implication des pouvoirs
autonome, il est au centre du publics.»