Le selfie

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106 pages
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Description

Une photographie de soi mal cadrée, prise à bout de bras devant un miroir ou face à son téléphone portable, suivie d'une publication sur un réseau social. Mais sait-on vraiment de quoi il s'agit ? Nouveau type d'images ou sous-genre de l'autoportrait ? Simple phénomène culturel ou trait d'époque ? Ce livre propose d'explorer et d'étudier la nature du selfie comme image, et comme manifestation d'une stratégie communicationnelle qui vise à compenser la perte du réel dans un monde contemporain où l'écran est miroir du monde.

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Publié par
Date de parution 01 septembre 2015
Nombre de visites sur la page 186
EAN13 9782336389738
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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RETINA

Agathe Lichtensztejn

Le selfie
Aux frontières de l’égoportrait

Série
Collection Eidos






















Le selfie

Aux frontières de l’égoportrait




ème
Ce livre est le 57livre de la


dirigée par
Michel Costantini & François Soulages

Comité scientifique international de lecture
Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil
(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St
Clément d’Ohrid, Sofia),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun
Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini
& François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis
Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó
Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie
(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de
Taiwan, Taïpei)


Série RETINA
3 François Soulages (dir.),La ville & les arts
11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence
12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui
13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur
14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image
17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage
18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image
30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme
31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain
35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou
36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma
37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie
38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture
39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique
40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire
41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît
42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières
43 Françoise Py (dir.),Du maniérisme̘à l’art post-moderne.
44 Bernard Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook
48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1
49 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative
51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler...
Pratiques de la défaillance entre peinture, vidéo, cinéma
55 Françoise Py (dir.),siècleMétamorphoses allemandes & avant-gardes au XX
e
56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans
57 Agathe Lichtensztejn,Le selfie aux frontières de l’égoportrait
58 François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.),Frontières & migrations.
Allers-retours géoartistiques & géopolitiques
60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières du rêve

Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre


Publié avec le concours de

















Agathe Lichtensztejn






Le selfie

Aux frontières de l’égoportrait






ème
Ce livre est le 32de


Sous la direction de François Soulages

FONDEMENTS DES FRONTIÈRES
géoartistiques & géopolitiques, géoesthétiques & géothéoriques
François Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitiques. Frontières,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global,
2012
Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiques,L’Harmattan, Coll. Paris,
Local & Global, 2013
Gilles Rouet (dir.),Quelles frontières pour quels usages ?,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013
Agathe Lichtensztejn,Le selfie aux frontières de l’égoportrait, Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA,
2015
François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières du rêve, Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série
RETINA, 2015

PROBLÈMES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
François Soulages (dir.),& frontières. Arts, cultures & politiques Mondialisation, Paris, L’Harmattan, Coll.
Local & Global, 2014
Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques,L’Harmattan, Paris,
Coll. Local & Global, 2015
Pedro San Ginès & François Soulages (dir.),Fronteras, Conflictos & Paz, Granada, Edición de la
Universidad de Granada, Colección Eirene Instituto de la Paz y los Conflictos, 2014
Pedro San Ginès & François Soulages (dir.),Frontières, Conflits & Paix, Granada, Edición de la
Universidad de Granada, L’Harmattan, Colección Eirene Instituto de la Paz y los Conflictos, 2014
François Soulages (dir.),Biennales d’art-contemporain & frontières,Paris, L’Harmattan, coll. Local & Global,
2014
François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans,Paris, L’Harmattan, Coll.Eidos, Série
RETINA, 2015
François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.),Frontières & migrations. Allers-retours géoartistiques &
géopolitiques, (dir.), Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015

ŒUVRES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
Alejandro Erbetta,Frontières & archives. Journal de recherche, 2015, Paris, L’Harmattan, coll.
RETINA.CRÉATION, 2015
Gilles Picarel,Les frontières de l’extériorité, Journal de recherche, 2014, Paris, L’Harmattan, coll.
RETINA.CRÉATION, 2015
Alejandro Erbetta,Frontières & mémoires. Journal de recherche, 2014, Paris, L’Harmattan, coll.
RETINA.CRÉATION, 2014
Éric Bonnet (dir.),Frontières & œuvres, corps & territoires,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014.
Katia Légeret (dir.),Rodin et la danse de Çiva, Saint-Denis, PUV, 2014.

Suite des titresFrontièresà la fin du livre















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06989-0
EAN : 9782343069890











#Intro


« Sois ce que tu veux avoir l’air d’être »
ou, pour parler plus clairement :
« Ne te crois jamais différente
de ce qui aurait pu paraître aux autres
que ce que tu étais ou aurais pu être
n’était pas différent de ce que tu avais été
qui aurait pu leur paraître différent. »
1
Lewis Caroll


Onpourrait s’aventurer à dire que l’année 2014 a débuté
sous une forme interrogative. Plus précisément, une forme
interronégative qui s’offrait à nous telle une injonction.
Une question que l’on n’a eu de cesse d’entendre jusqu’à,
probablement, l’agacement le plus complet. Et il est venu fort
rapidement au demeurant, puisque mise alors en chanson de
façon plus ou moins opportune, et que l’on doit au duo dedjs
2
américains The Chainsmokers :Why don’t you make a selfie?.
Si nous nous gardons bien de nous positionner quant à l’entrée
au panthéon des belles œuvres musicales de ce titre, et là n’est
pas le sujet, la question tient plutôt – justement – à celle
constituée par le titre. Soit, pourquoije, tu, nous ne ferions pas un

1
LewisCaroll,Aventures d’Alice au pays des merveilles,trad. Henri Bué,
Londres, Macmillan and Co, 1869, pp. 137-138.
2
Le titre a été publié le 29 janvier 2014.

5

selfie ? Sila question est si pertinente, c’est parce qu’elle
est adressée à tous, puisqu’au aujourd’hui, comme jamais
auparavant, chacun a la possibilité, par des moyens
technologiques devenus simples et facilement accessibles, de
se mettre en œuvre, de devenir le sujet et l’objet, d’être
l’opérateur de sa propre mise en œuvre, et de le montrer dans
l’espace simultanément intime et public qu’est le web social.
Le selfie,cet autoportrait photographique contextuel fait à
partir d’un objet connecté et publié en ligne, à la grammaire
communicationnelle bien établie, permet à chacun d’être
visible sur le réseau, et cela à tout moment, de la façon la plus
conventionnelle et individuelle qui soit. Reste à savoir
comment nous en sommes arrivés au désir, ou au besoin,
d’être en représentation permanente.

Dansun sondage mené par le Pew Research Center's
Internet and American Life Project, un organisme dédié à
l’étude des tendances et attitudes influentes particulièrement
aux États-Unis, mais également attentives à l’évolution des
comportements contagieux dans le monde, il a été établi que
près de 54% des internautes ont publié des photographies
3
faites par eux. Seulement sur Instagram, épicentre du
4
phénomène selfie, le nombre de clichés avec le #selfieest
passé de 35 millions au 17 octobre 2013, à 62 millions
six mois plus tard ; pour atteindre, à l’heure où nous écrivons
ces lignes en juin 2015, plus de 290 millions de publications,

3
Instagram est un site essentiellement dédié au partage de photographies,
que les utilisateurs « like » (« aiment ») et commentent. C’est le premier
réseau social dédié à l’image (photographique, puis plus récemment vidéo).
4
Lehashtag, ou « mot-dièse » que lui préfère l'Académie française, désigne
un « # » placé devant un mot – comme pour chacun des titres de ce présent
ouvrage, dont l’utilisation permet d’indexer les mots accolés tout en les
mettant en valeur, et de faire ainsi remonter les publications associées sur
les réseaux sociaux numériques. Popularisé sur Twitter dès 2009
notamment grâce à l’adjonction d’hyperliens, son usage s’est généralisé à
de nombreuses autres plateformes, comme Instagram, Facebook, ou
encore IRC (Internet Relay Chat, pour « discussion relayée par Internet », un
protocole de communication textuelle sur Internet très prisé). Avant tout
outil, leshashtagssont aussi devenus un paralangage, puisqu’ils permettent
d’exprimer une signification mais aussi un ton, une humeur, un état
d’esprit lié à l’instant de la publication.

6

ème 5
ce qui en fait le 12hashtagtermes de popularité . La en
pénétration culturelle est telle qu’elle n’épargne aucune
sphère sociale. Les célébrités de la pop culture ont embrassé
le phénomène avec une certaine vigueur. La chanteuse pop
Rihana, ou encore l’idole chantante Justin Bieber abreuvent
régulièrement leurs espaces dédiés en ligne de selfies, sans
compter le bien-nomméSelfish, un ouvrage entier dédié à la
pratique égotique de la starlette de téléréalité Kim
Kardashian. Les politiques ne sont pas en reste, le couple
présidentiel Obama est particulièrement exemplaire, et
même François Hollande est connu pour s’y livrer volontiers
quand il part à la rencontre de ses électeurs. Pas même le
spirituel n’est épargné, puisque le pape François lui-même
est un fervent « pratiquant ».

Side prime-abord dire du selfie qu’il est un autoportrait
ressemble à une lapalissade, questionner l’évidence n’est
pourtant pas dénué de sens, loin s’en faut. Peut-on
décemment dire que c’est le cas, et cela au même titre que ceux
de Courbet, de Rembrandt, de Bacon ou de Warhol ? Soit,
regardons-nous un selfie comme on admire un autoportrait de
Dürer au musée, voire en ligne, n’en déplaise le fait qu’ils
obéissent au même principe fondateur de fixation du visage ?
Voilà pourquoi nous verrons les possibilités du selfie en tant
qu’autoportrait, afin d’évaluer s’il se développe comme une
forme conceptualisante ou vériste, objective ou subjective, et
si sa construction anthropotechnique est à visée esthétisante
et narrative.Nous anticipons là mieux ce vers quoi nous nous
dirigeons. Ainsi, doit-on considérer que le selfie constitue
un genre spécifique, certes relativement nouveau, de
l’autoportrait, ou est-ce que sa dépendance à des logiques
réticulaires dessine une nouvelle catégorie d’images ?
C’estlà l’opportunité pour nous d’effectuer une mise au
point qui nous semble absolument capitale. Cette remarque
met en lumière une contradiction à laquelle nous faisons face
sans pouvoir y échapper, quant au fait de publier dans un livre


5
Selon les données compilées par la plateforme de gestion Webstagram,
page consultée le 28 juin 2015, http://websta.me/hot.

7

imprimé des images extraites d’Internet, puisque l’on
opère nécessairement un changement d’espace sémantique, et
plutôt radical de surcroît. Nous sommes conscient que le
matériau étudié est décontextualisé puisqu’abstrait de son
environnement, et que cela empêche d’appréhender la relation
avec le « donneur » de l’image, telle que voulue par lui.
Effectivement, le procédé annihile tous les paramètres
constitutifs de ce type d’images, puisqu’il empêche
absolument tout : plus de relation à la hiérarchie amicale, plus
d’activités possibles dessus (ni publication, ni édition), plus
de preuves de l’engagement de l’autre (impossibilité de
commentaires ou de partages). Soit, pour faire court, le selfie
hors Internet n’est plus interfacé, il n’est plus une image
conversationnelle portée par un contexte dynamique. Les
images de selfies choisies dans ce présent ouvrage sont, de fait,
des photographies, plus précisément desscreenshots(« captures
d’écran »), seulement elles sont privées de leur réalité
empirique. Elles donnent donc à voir une perspective partielle
et dénaturante, quand le selfie est, par définition, une image
hypercontextualisée qui continue à vivre dans le réseau, ce
qu’il nous semble important de souligner.
Cependant,il convient de dire que lescreenshot,y compris
imprimé, présente plusieurs avantages. Il permet notamment
de consigner et restituer un morceau d’apparition telle
qu’elle s’est donnée, en préservant son environnement
de manifestation (lieu, temps, format…). Certes, le visage
converti en flux de données n’est plus, pas plus que le
caractère dynamique initial de ces images ; mais ici imprimées,
elles permettent de restituer les informations émotionnelles,
elles disent encore ce qu’elles voulaient dire à ce moment-là.

Leselfie, comme autoportrait, comme image de soi,
comme pratique, invite à se questionner sur les raisons qui
expliqueraient l’engouement quasi irrationnel qu’il suscite
aujourd’hui. Plébiscite populaire d’autant plus étonnant qu’il
met en tension deux masses de sujets que sont les regardeurs
et les regardés, autour des principes du découpage, de la
fragmentation et de la réédification. C’est sans compter sur le
monde machinique duquel il procède, celui « où la machine

8

6
augmente l’homme ou se substitue à lui», commente le
philosophe Yves-Charles Zarka, qui exhorte à se demander s’il
n’a pas lui-même une incidence identitaire telle qu’elle saurait
orienter la pratique de capture du visage par l’entremise de la
machine, quand la machine est tournée vers l’homme, qu’elle
travaille l’homme ; qu’ils font œuvre commune. Or, dans la
réalité de ce monde machinique, « lire, c’est faire, défaire,
refaire », dit-il. Et c’est exactement de cela dont il est question
avec le selfie. Produit, reproduit, réajusté, modifié, partagé, il
est l’instance paradigmatique qui lit, fait, défait et refait le récit
de l’individu.
Enfin,si l’on fait le diagnostic de l’époque de son
apparition, il convient alors de se demander si le selfie est un
aveu de la perte de l’individu, une réification de l’être dans le
monde, une forme de plus de l’individualisme tyrannique et
narcissique consacré par le monde moderne, ou un sursaut
vital d’ouverture au monde. Un peu de tout cela peut-être ?




6
Yves-Charles Zarka, « De l'homme-machine à la machine post-humaine :
o
La vision machinique du monde », inCités, n55, mars 2013, p. 3.

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