Pollock

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246 pages
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Jackson Pollock
(Cody, Wyoming, 1912 – New York, 1956) Pollock fut le représentant le plus important et le plus influent de l’expressionnisme abstrait. Il avait étudié auprès du régionaliste Thomas Hart Benton, et était également marié au peintre abstrait Lee Krasner (étudiante de Hans Hofmann). Il comptait parmi ses collègues Aschile Gorky, Willem de Kooning, Franz Kline, Robert Motherwell, et d’autres issus de l’école dite de New York. En 1947, il développa l’action painting ou, en termes moins précis, le dripping. Il s’intéressait à un processus de création et d’expression du moment, impliquant le moins de références possibles à la réalité visuelle. Abandonnant les pinceaux, le chevalet et la palette, il contrôlait lui-même les quantités de peinture qu’il faisait couler ou projetait sur une toile généralement très grande qu’il avait l’habitude d’étaler sur le sol. Bien que son obsession première fût l’expression de sa propre vie intérieure (subconscient) à travers son art, sa vie émotionnelle était sans conteste très instable, son approche du processus créatif et la plupart de ses oeuvres bouleversèrent de façon définitive l’évolution de l’art en Amérique.

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Publié par
Date de parution 15 septembre 2015
Nombre de lectures 1
EAN13 9781783108381
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Texte : Donald Wigal
Traduction : Karin Py et Olivier Brossard pour les poèmes d’O’Hara

Mise en page :
Baseline Co Ltd,
61A – 63A Vo Van Tan Street.
e4 étage
District 3, Hô Chi Minh-Ville
Vietnam

© Parkstone Press USA, New York
© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Pollock Estate / Artists Rights Society, New York, USA
© Daros Collection, Switzerland / Artists Rights Society, New York, USA, p. 196
© Barnett Newman / Artists Rights Society, New York, USA, p. 132
© Mark Rothko / Artists Rights Society, New York, USA, p. 235
© Ruth Kligman, p. 246
© Willem de Kooning Estate / Artists Right Society, New York, USA p. 235
© Adolph Gottlieg Estate / Artists Rights Society, New York / ADAGP, Paris, p. 220
© Robert Motherwell Estate / Artists Rights Society, New York / ADAGP, Paris, p. 135
© Rudolph Burckard / Artists Rights Society, New York . ADAGP, Paris, pp. 242-244

Tous droits réservés
Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en
sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteurs
dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison
d’édition.

ISBN : 978-1-78310-838-1
Donald Wigal



Jackson Pollock
La Dissimulation de l’image





R E M E R C I E M E N T S


L’auteur remercie Ruth Kligman, Athos Zacharius, les Art Chronicles of the Smithsonian, Jerry Saltz,
critique d’art au Village Voice, le photographe Robin Holland, les artistes James Cullina du
ArtSleuth, Bob Stanley, Kathy Segall et Bill Rabinovitch, les auteurs Carmel Reingold, James Robert
Parish, George Sullivan, Susan Waggoner et William Kuhns, les agents Stephany Evans, Elaina
Zucker, Robert Markel, Barlow Hartman et Mercedes Ruehl, James Yohe du Ameringer/Yohe/Fine
Art, Tina Dickey, éditrice du Catalogue Raisonné Hans Hofmann, Maggie Seildon de la Jason McCoy
Gallery, Cheryl Orlick de la Albright-Knox Art Gallery, Bradley D. Cook des Archives de l’Université
d’Indiana, Jennifer Ickes du Museum of Art de la Nouvelle-Orléans, Isabelle Dervaux, curatrice du
Modern and Contemporary Art, National Academy Museum, Verity Hawson, Lillian Kiesler,
Cornelia Sontag et Eliane de Sérésin de Parkstone Press pour leur participation aux recherches, Bro.
Frank O’Donnell, Edie LaGuardia Hansen, le docteur Mark Cooper et Gene Carney, Vera Haldy pour
la traduction allemande, Herbert Verbesey et Gerard Sullivan pour la dédicace en latin, Antonio
Bautista, Michael Morris, Cheryl Murray du Entertainment Law Digest, ainsi qu’ Alternative
Research pour les recherches en ligne, Richard Taylor et le Centre Jackson Pollock de l’Université
d’Oregon.
Merci à Catherine O’Reilly pour son dévouement, sa générosité, sa méticulosité et son talent
rédactionnel pour ce livre et une douzaine d’autres ouvrages au cours des vingt-cinq dernières années.
D É D I C A C E
Je dédie ce livre aux collègues avec lesquels je partage des intérêts communs. Leur générosité a rendu
possible mon travail de cette année : Tom Brenn, Paul Cibrowski, Jœ Clark, Richard Csarny, Jim
Cullina, Gene Carney, Jim DeVito, Jœ Fagan, Bill Gannon, Brian Griffin, Bob Higdon, John Kane,
Mel Kubander, Jœ LaSala, Jœ Manzo, Jœ Maurer, Charlie Miller, Bob Moriarty, SM, Frank
O’Donnell, SM, Andy Oravets, Frank Poliafico, Bob Schult, Bruce Segall, Rhett Segall, John
Spellman, Brian Trick, Herb Verbesey, Joe Wessling, Ken White, Jim Wolf. G e s t a s c u m s o c i i s r e s
m e m i n i s s e j u v a t . [Le souvenir de toutes les choses que nous avons partagées me remplit de joie.]
— Donald Wigal
Manhattan, 2005S O M M A I R E


Préface
Introduction
Le mythe de l’artiste cow-boy
La lutte des premieres annees : rendre l’energie visible
Les annees de gloire : l’art comme clef de soi-meme
Le genie de son geste : impliquer l’art et les autres dans son autodestruction
Annexes
Bibliographie
Sources Choisies
Notes
IndexL’auteur a essayé d’être précis en fonction des sources disponibles. Cependant, comme dans les autres
ouvrages sur le sujet, il est possible que des erreurs se soient produites, en particulier dans la
chronologie des faits, les titres et les dates des œuvres. Pendant les deux premières années suivant la
publication, des corrections et des mises à jour seront disponibles en anglais à l’adresse
donwigal@ix.netcom.com.
A b r e v i a t i o n s
AOTC Art of This Century, Manhattan
Benton Thomas Hart Benton
Guggenheim Peggy Guggenheim
Krasner Lee Krasner
MoMA Museum of Modern Art, Manhattan
Pollock Jackson PollockP r é f a c e


Chacune des quatre parties de cet ouvrage traite une période d’au moins dix ans. Chaque sous-partie,
couvrant généralement un an, débute par une énumération d’événements historiques liés plus ou
moins directement à Pollock ou offrant un arrière-plan significatif à sa vie. Les faits mentionnés au
cours de l’année en question ne suivent pas forcément un ordre chronologique, ce livre ne cherchant
pas à proposer une chronologie rigoureuse et détaillée.
Bien que plus d’une vingtaine de biographies de Pollock aient servi de référence à l’élaboration de cet
ouvrage, lorsque les biographes de Pollock sont mentionnés sans citer de nom particulier, il s’agira
du travail approfondi de Naifeh et Smith. De même, les biographes de De Kooning seront toujours
Stevens et Swan. La biographe de Peggy Guggenheim est systématiquement Mary V. Dearborn.Untitled (Self-portrait) (Sans titre (Autoportrait), 1931-1935.
Huile sur gesso sur toile, montée sur panneau de fibres,
18,4 x 13,3 cm. The Pollock-Krasner Foundation, New York.

Ce n’est plus qu’une question de temps et de travail pour que cette connaissance fasse partie
intégrante de moi-même. Encore soixante-dix bonnes années et je ferai un artiste correct. (403)
– 20 ans


Introduction


Il y a cinquante ans disparaissait l’artiste Jackson Pollock, mais il vit toujours grâce à ses biographies,
et surtout à travers son œuvre. Pourtant, son génie s’exprimait essentiellement par sa manière de
dissimuler le visible et de révéler l’invisible.
Une étude des faits marquants de la vie de Pollock pourrait contribuer à lever le voile sur son âme
troublée et son travail saisissant, et éclairerait ses périodes de turbulences. Néanmoins, cet apercu ne
prétend pas proposer une explication définitive du comportement de Pollock ou de son génie. Il
entend nous offrir une opportunité de contempler un homme et son œuvre, de se laisser étonner par
ses aspects négatifs, d’en admirer les facettes positives et de prendre conscience de ses ambiguïtés. Et
on pourra alors peut-être comprendre qu’avec sa manière tellement unique de dissimuler sa personne
et son art, Pollock révéla paradoxalement beaucoup de choses de sa vie intérieure, rendant ainsi
visible et plus compréhensible un peu de sa quête spirituelle – sinon celle, universelle, de l’humanité.
De nombreux événements de la vie de Pollock et la majeure partie de son art radicalement
nouveau se révélèrent mystiques et profanes à la fois, laids et pourtant impressionnants. Par moment,
l’artiste, comme son art, semblaient innocents, gracieux et sensibles. De même, sa vie comme son
travail pouvaient paraître triviaux, machos et corrosifs.
La biographe Andrea Gabor le voyait « intelligent et naïf, doux et agressif, vulnérable et
destructeur » à la fois. Elle constate que « peu d’artistes... personnifiaient aussi parfaitement les
excès masculins de l’époque que Jackson Pollock, qui incarna l’archétype d’une vitalité artistique
débridée ». (427)
Les cycles de la vie et de l’œuvre de Pollock coïncident parfois, le révélant occasionnellement
sous les traits ambivalents d’un enfant / homme, d’un ange / bête ou d’un créateur / destructeur.
Comme tout le monde, on peut être à la fois rebutés par la laideur et attirés par la beauté qui émanent
de la forte présence de l’artiste et de ses splendides réalisations. En même temps, l’ironie du sort veut
que ce soient ses tendances intimes à l’autodestruction et son isolement qui l’ont mené – ou il les
mena – à sa fin extrêmement médiatique, il y a cinquante ans.
Plusieurs aspects secondaires de la vie de Pollock n’ont pas été développés ici, comme sa relation
avec les familles de ses frères, son amour des chiens, sa fascination pour les vieilles voitures ou la
vitesse, etc. L’un des objectifs de cet aperçu concis de sa vie et de cette sélection de reproductions est
plutôt de contribuer à replacer ses œuvres dans un contexte historique. Cependant, ce que Pollock
déclara au sujet de son She-Wolf : « toute tentative de ma part de dire quelque chose à son sujet,
d’oser une explication de l’inexplicable, ne ferait que le détruire », est sûrement vrai pour son travail
en général. Et pourtant, certains spectateurs ont probablement besoin d’aide pour atteindre ce point
où l’art est vécu simplement comme de l’art, si possible aussi avec quelque connaissance en la
matière.
En outre, certains fans de l’art de Pollock pourraient préférer ne rien savoir de la vie turbulente de
l’artiste. L’ébauche biographique qui suit est destinée en particulier à ceux dont la vision est enrichie
par une telle connaissance. Certains amateurs d’art trouveront une analyse scientifique de l’art utile,
d’autres non. Les premiers pourraient bien être fascinés par Richard Taylor, professeur de physique à
l’Université de l’Oregon, dont les recherches étonnantes et cruciales se sont portées sur l’
« expressionnisme fractal » et les processus dits « chaotiques » dans l’œuvre de Pollock. (107).
ReproductionsAux yeux de certains lecteurs, les reproductions, quelle que soit leur qualité, sont au mieux des cartes
postales évoquant l’œuvre elle-même, qui ne connaît, il est vrai, aucun substitut parfait. On a suggéré
de présenter les deux premières reproductions dans leurs formats originaux, car elles sont de petites
tailles. Il faut cependant souligner que les reproductions ne sont souvent pas aux dimensions des
œuvres d’origine ; petites ou grandes, elles paraîtront de la même taille sur les pages du livre. Dans
une biographie de Pollock, par exemple, une reproduction de Guernica, reproduite sur le revers, fait
un tiers de la hauteur de Birth de Pollock. Mais la hauteur réelle de l’œuvre de Picasso est trois fois
supérieure à celle de Birth de Pollock.
La chronologie des principaux événements présentés ici est généralement la même que celle de
douzaines de biographies publiées, bien que d’autres faits et, en particulier, l’ordre dans lequel
Pollock réalisa réellement ses œuvres puissent différer. La chronologie historique est ici souvent
sacrifiée au profit du développement thématique.
Les titres des peintures
Interrogée sur les numéros que portaient les tableaux de Pollock, Lee Krasner déclara que Pollock
désirait avant tout intéresser le public à la « pure peinture » plutôt que le distraire par des titres. En
août 1950, dans une interview au New Yorker, Pollock expliqua : « J’ai décidé de cesser d’ajouter à
la confusion », suscitée par les titres. Mais les œuvres qui suivent furent parfois numérotées, parfois
nommées, parfois les deux.
La même œuvre peut apparaître dans des expositions différentes sous des titres différents. La liste
alphabétique en fin d’ouvrage s’attache plus aux titres attribués dans les expositions plutôt qu’aux
peintures elles-mêmes, bien qu’un rapprochement ait été tenté. Pour des informations plus complètes,
il est possible de se référer au Catalogue raisonné des peintures, dessins et autres œuvres, édité par
Francis V. O’Connor et Eugene V. Thaw, publié aux Presses de l’Université de Yale (1978), auquel
est venu s’ajouter un supplément publié par la Fondation Pollock-Krasner en 1995.
Souvent, les mots utilisés dans les titres de Pollock ont peu, pour ne pas dire rien à voir avec la
peinture. La galeriste Betty Parsons, ajouta la lettre A à certains titres, indiquant qu’ils furent
certainement exposés, mais non vendus, en 1948. Cependant, il se pourrait qu’ils n’aient pas été non
plus peints au cours de l’année indiquée dans le titre. Les titres ultérieurs comportent des chiffres, des
mots ou des combinaisons des deux, certains incluant ou non une date. En outre, ni les chiffres ni les
dates n’indiquent d’ordre chronologique. Néanmoins, l’annexe offre une liste des reproductions
présentées dans ce livre. Les titres sont listés dans un ordre chronologique en fonction de l’année de
leur création, si elle est connue, ou bien de l’année mentionnée dans le titre.
Parmi les titres présentés ici, on compte les deux recueils de séries, Sounds in the Grass et
Accabonac Creek. Certains ouvrages de référence n’indiquent pas le chiffre. Plus d’une cinquantaine
d’œuvres de Pollock sont dépourvues de titres, mais certaines comportent déjà une année dans leur
titre, tandis que d’autres s’en sont (aussi) vu attribuer une.
Biographies
Contrairement à des biographies formelles, le présent ouvrage recourt parfois à des œuvres
fictionnelles ou poétiques pour parler de la vie réelle de Pollock. Il faut cependant admettre que ces
récits fictifs sont moins fiables que ne le seraient des biographies autorisées et, en certains endroits,
ils sont, certes, excessifs. Pourtant, les plus fantaisistes, tel le poème Ode on causality de Frank
O’Hara ou le film PollockSquared (2005) de Bill Rabinovitch, parviennent parfois à un degré de
vérité rarement atteint par les simples faits.
Ces fictions peuvent aussi contribuer à établir des liens entre des faits connus. Pour chaque
information communiquée, ce livre tente de distinguer les faits établis de la fiction, tout en
reconnaissant que, quelquefois, cette dernière est plus fidèle à la vérité que les faits eux-mêmes. Tous
les ouvrages biographiques ayant servi de référence sont réunis dans le premier groupe de notes.Le sol de l’atelier de Jackson Pollock. The spring, East Hampton, Long Island. 1998.

Je viens de me remettre à peindre et l’inspiration est là. C’est un sentiment grandiose quand cela se
pr oduit. (426)
– 36 ansT h e S h e - W o l f ( L a L o u v e ), 1943.
Huile, gouache et plâtre sur toile, 106,4 x 170,2 cm.
The Museum of Modern Art, New York.B i r t h ( N a i s s a n c e ), 1938-1941.
Huile sur toile, 116,4 x 55,1 cm. The Tate Gallery, LondresUntitled, (Scent) (Sans titre (Parfum)), 1953-1955.
Huile sur toile, 99 x 146 cm.
Collection David Greffen, Los Angeles.

Contexte historique
Certaines déclarations de contemporains de Pollock agrémentant cette rétrospective de sa vie et de
son art peuvent ne pas sembler remarquables ou même dignes d’intérêt aujourd’hui ; il ne faut pas
oublier qu’elles ont été faites des années avant que l’héritage de Pollock ne soit complètement
reconnu. Certains propos furent même prophétiques, et prédisaient le succès de l’artiste à une époque
où seuls quelques proches parents et un petit cercle d’amis l’encourageaient.
Certains de ses contemporains ne se contentaient pas de voir le potentiel de l’artiste et nombre
d’entre eux risquaient leur réputation en le soutenant. Ceci était particulièremement vrai pour ses
frères artistes, pour Thomas Hart Benton, Lee Krasner, Howard Putzel, Peggy Guggenheim, Clement
Greenberg et James Johnson Sweeney. Les pages suivantes esquissent un bref profil de chacune de ces
influentes personnalités qui offrirent leur appui à Pollock.
L’évolution de la vision politique de Pollock
Cet aperçu, comme les biographies précédentes, films, pièces de théâtre et autres études sur Pollock,
tombera probablement dans le même travers que le politologue David Walsh décèle dans le scénario
du film d’Ed Harris, Jackson Pollock ; il remarque que le film est « un assemblage de détails
biographiques, dont on ne recherche pas la signification profonde ». (297) Pourtant le film, comme
cette biographie et beaucoup d’autres, laisse une entière liberté de jugement aux lecteurs et aux
spectateurs.
Il est évident que la plupart des personnes qui se penchent sur Pollock cherchent à trouver les
origines psychologiques de sa vie torturée. Cet aperçu en aborde les aspects les plus typiques comme
l’alcoolisme. Il mentionne aussi les découvertes des psychiatres et présente les résultats d’études
comme celles de Francis V. O’Connor, l’un des premiers chercheurs à s’intéresser à Pollock. On
prend également acte du commentaire de Walsh : « Un besoin désespéré d’approbation force
généralement la personne à faire des choses identifiables... » Le besoin d’approbation de Pollock
« frisait la névrose ».
Cependant, Walsh souligne que le problème de Pollock et, plus généralement, celui de
l’expressionnisme abstrait et de la peinture américaine de l’après-guerre, étaient en grande partie liés
eau contexte politique dramatique et difficile du milieu du XX siècle. Il désigne de façon spécifique
le développement du stalinisme en Union soviétique et des Partis communistes à travers le monde, la
nature de l’opposition de Trotsky à Staline et le destin tragique de la révolution socialiste, ainsi que le
caractère conservateur de la société américaine d’après-guerre. (296)
Portraits
De brefs profils des figures-clefs de la vie de Pollock contribuent à animer l’arrière-plan de la vie de
l’artiste en la replaçant dans un contexte historique. Des miniatures des personnages-clefs nommés
cidessus viennent émailler ce livre, ainsi que des notes sur Willem De Kooning, Matta, Ruth Kligman
et Frank O’Hara.
Cycles
Les périodes stylistiques de Pollock se chevauchent parfois. Comme les premières œuvres de
beaucoup d’esprits créatifs – dans le cas de Pollock, son travail avant 1947 env.–, elles suscitent
l’admiration au moment de leur création. Ensuite, les critiques ont pour habitude de les dévaloriser,
principalement parce que les travaux postérieurs sont bien meilleurs. De même, les œuvres produites
après l’apogée – pour Pollock après 1950 env.– sont considérées comme de moindre valeur.
Cependant, il ne serait pas difficile de prouver que même la moins cotée des œuvres de Pollock lui
aurait valu une place permanente dans l’histoire de l’art.
Pepe Karmel observe que « ce qui apparaissait aux observateurs des années 40 et 50 comme une
évolution plutôt imperceptible – de Pollock en tant qu’artiste – s’articulait maintenant en trois phases
distinctes : les premières œuvres, les « classiques » peintures au dripping et ses œuvres ultimes ».
(Le terme ‘dripping’ est utilisé ici uniquement pour citer les autres, car ce n’était pas un termequ’affectionnait Pollock ou Krasner.) Tout en respectant les trois cycles de Karmel, ce livre envisage
la vie de Pollock en quatre sections :
Le mythe de l’artiste cow-boy
La lutte des premières années : rendre l’énergie visible
Les années de gloire : l’art comme clef de soi-même
Le génie de son geste : impliquer l’art et les autres dans son autodestructionReflection on the Big Dipper (Reflet sur la Grande Ourse), 1947.
Huile sur toile, 111 x 92 cm. Stedelijk Museum, Amsterdam.

Oui, l’artiste moderne travaille avec l’espace et le temps et exprime ses sentiments plutôt qu’il ne les
illustre. (406)
– 38 ans


Le mythe de l’artiste cow-boy


En 1912, le Titanic sombre. Picasso n’a que vingt-deux ans, mais son Moulin de la Galette et
Les deux sœurs, antérieures d’une dizaine d’années, ainsi que son récent Harlequin, sont déjà
bien connus.
Naissance
L’année de la naissance de Jackson Pollock fut celle où le démocrate Woodrow Wilson
(1856-1924) devint président des USA, mais c’est la politique du président démocrate
suivant, Franklin Delano Roosevelt (1882-1945), qui influença de façon plus immédiate
Jackson et le monde de l’art. Comme par hasard, lors de l’année de la naissance et
celle de la mort de Pollock, le monde connut des catastrophes maritimes : la première,
le naufrage du Titanic en 1912, pendant son voyage d’inauguration vers le port de New
York, la seconde, celui de l’Andrea Doria en 1956. La principale nouvelle de l’année
1912 fut sans conteste la fin du Titanic durant sa croisière inaugurale. C’est aussi cette
année-là que l’Arizona et le Nouveau-Mexique entrèrent dans la confédération. Mais les
événements de l’année qui marquèrent profondément Pollock, furent la publication de la
Théorie de la Psychanalyse de C.G. Jung et le succès que connut l’œuvre de Picasso,
Violon et feuille de musique.
Cody
Le 28 janvier 1912, Jackson naquit au ranch Watkins à Cody, Wyoming. La ville est située dans le
nord-ouest de l’Etat, à environ quatre-vingt kilomètres du Parc national de Yellowstone. Celui-ci est
universellement connu comme « l’Etat des cow-boys » et fait partie du légendaire far-west. Lorsque
les parents de Jackson s’y installèrent, la ville comptait probablement environ 500 âmes. (334) Les
premières expériences de Pollock furent imprégnées de l’atmosphère des mythes et des romances du
Vieil Ouest. La ville où Jackson vit le jour, fut fondée, à peine six ans avant que la famille Pollock ne
vienne s’y installer, par le colonel William ‘Buffalo Bill’ Cody (1846-1917). Il était, et est
probablement toujours, le personnage historique le plus célèbre de l’Etat. Des dizaines de lieux de la
région portent son nom. C’était un chasseur de bisons et un « artiste » de réputation internationale, le
promoteur – et même le créateur – de certaines icônes légendaires de la culture du far-west
américain. Cody massacra inutilement 6 570 bisons, car, en ce temps-là, on n’était pas très sensible
aux droits des animaux ni même aux conceptions écologiques de l’environnement. Au moment de la
naissance de Jackson, la fin de Buffalo Bill était proche. D’une façon unique, Pollock sut perpétuer
l’esprit de certaines images de Cody sous son jour le plus novateur, rebelle et sauvage, ainsi que des
mythes qui entouraient les légendaires cow-boys américains. Bien que Pollock n’ait passé que les
premiers mois de son enfance à Cody, il ne détrompait pas les gens persuadés qu’il avait vécu dans
cette authentique ville de l’Ouest jusqu’à son arrivée à New York. Dans le roman d’Updike Seek my
Face (2002) (Non traduit, NdT), inspiré du peintre, le personnage de Pollock « disait toujours aux
gens qu’il avait été un cow-boy, et c’était un mensonge, mais son corps en avait bien l’apparence ».
(429) Les biographes de Willem De Kooning déclarent que « l’autodestruction de Pollock avait une
sorte de grandeur que respectaient beaucoup de membres du monde artistique. Pollock apparaissait
comme un personnage typiquement américain, un authentique visionnaire, un cow-boy et un
anticonformiste ». (189)Fiction
Le titre choisi par Updike fait référence à un vers du psaume 27 : « Mon cœur dit de ta part :
Cherchez ma face ! Je cherche ta face, ô Eternel ! » Le psalmiste et le romancier, de même que le
biographe, cherchent à dévoiler l’image de leur sujet, tout en sachant que cette image demeurera
malgré tout un mystère. Toutefois, Updike masque, lui aussi, son sujet – Jackson Pollock –, mais de
façon très subtile. Par exemple, certains noms dans le roman d’Updike sont des allusions plus
qu’évidentes, comme Onna de Genoog incarnant Willem De Kooning, ou Hackmann désignant
Hofmann. Seamus O’Rourke est pratiquement une anagramme de Mark Rothko. Le personnage
principal d’Updike se nomme Zack McCoy dans le roman. Ce nom attribué à l’artiste est une double
allusion à son prénom familier (Jack) et au véritable nom de famille de son père (McCoy).
The Real McCoy
Apparemment, seule sa famille l’appelait Jack. (146) Il signa au moins une lettre « Jacks ». (384) En
1930, Pollock abandonna son second prénom Paul. Des années plus tard, sa femme Lee Krasner
parlera de lui, même en sa présence, en l’appelant « Pollock ».
McCoy était le nom de naissance du père de Jackson. A la mort de ses parents, en 1897, LeRoy
McCoy fut pris en charge par une famille du nom de Pollock. Dix jours avant son vingt et unième
anniversaire, LeRoy fut adopté par les Pollock et prit leur nom. Plus tard, il s’adressa à un avocat
pour reprendre son patronyme d’origine, McCoy, mais la démarche était trop coûteuse. (383)C o m p o s i t i o n w i t h p o u r i n g I I ( C o m p o s i t i o n a v e c c o u l é e s I I ), 1943.
Huile sur toile, 64,7 x 56,2 cm. Smithsonian Institution, Washington, DC.M a l e e t F e m a l e ( M â l e e t F e m e l l e ), 1942.
Huile sur toile, 184,4 x 124,5 cm. Musée d’art de Philadelphie.

Plus étrange que la fiction
Il est vrai que les biographies se servent rarement d’éléments fictionnels, mais certains romans, pièces
de théâtre ou films sur Pollock contribuent, avec la réserve de rigueur en pareil cas, à combler
certaines lacunes. Le critique du T i m e M a g a z i n e trouva le roman d’Updike « agréable et
intelligent ». (63) En réalité, le portrait très imaginatif de Pollock dressé par Updike révèle non
seulement certains détails de façon bien plus claire que certaines biographies sérieuses, mais
confronte les faits aux rumeurs colportées par les tabloïds sur la présumée homosexualité, les
liaisons et les enfants illégitimes de l’artiste. Nombreux sont les fans de Pollock à penser que le
roman, au même titre que les journaux à sensation, propagent inutilement des mythes sans fondement.
Certains trouvent que les faits distillent déjà « assez » de violence, de scandale et de dissolution, pour
qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter.
Il existe un autre roman très original sur la vie de Pollock : T o p o f t h e W o r l d , M a, de Michael
Guinzburg. L’auteur présente plusieurs événements similaires à ceux décrits par Updike dans son
roman. (30) Le titre fait référence à la phrase que dit l’acteur Jimmy Cagney dans le film W h i t e H e a t
(L’enfer est à lui) de 1949. Le texte original est : « Regarde-moi maintenant, m’man ! Je suis au
sommet du monde ! » Cette réplique aurait certainement pu être prononcée par un Jackson auréolé de
succès à sa propre mère à l’apogée de sa carrière.
La famille Pollock
Jackson était le dernier des cinq garçons de la famille fondée par LeRoy McCoy (1876-1933) et
Stella McClure (1875-1958). Ses frères étaient Charles Cecil (1902-1988), Marvin Jay (1904-1986),
Frank Leslie (1907-1994) et Sanford dit « Sande » LeRoy (1909-1963). (Une version abrégée de leur
arbre généalogique est fournie.) Selon Elizabeth, la belle-sœur de Jackson, sa mère désirait que ses
cinq garçons se dédient à une forme d’art. Elle les considérait comme des « génies potentiels ».
Cependant, dans une lettre à Charles, Sanford déclare que les problèmes émotionnels de leur frère
Jackson « remontaient à son enfance, à ses relations avec la famille et notre mère ». (145)
Certains faits concernant la famille Pollock et ses origines apportent quelque éclairage sur leur
plus jeune fils, le ‘cow-boy’. Il perpétua la mythologie entourant ses racines. Ses frères, ayant côtoyé
Cody et la culture du far-west bien plus longtemps que Jackson dans l’ensemble, semblaient être allés
de l’avant, plus aptes à adopter et à s’adapter à leur nouvel environnement. Fort d’un tempérament
rebelle et d’un goût pour l’expression individuelle et l’indépendance, Jackson n’aurait peut-être pas
rechigné à renoncer à son rôle de cow-boy urbain, si ses frères avaient repris le flambeau. Tout au
long de sa vie, Pollock déclara qu’il avait grandi à Cody ; et pourtant, il passa moins de dix mois dans
la ville avant que sa famille ne parte s’installer à National City, près de San Diego en Californie. Ce
fut le premier de la série de déménagements que connut Jackson dans sa jeunesse. Par exemple, après
huit mois à peine passés à San Diego, la famille Pollock déménagea de nouveau. En 1913, LeRoy âgé
de trente-sept ans, acheta une exploitation à Phoenix, en Arizona. Il la revendit quatre ans plus tard,
puis s’installa à Chico, en Californie, où il acheta et vendit une autre ferme, puis finit par acheter un
hôtel à Janesville. Pendant les dix premières années de sa vie, Jackson vécut dans six maisons
différentes, car son père s’essaya à divers métiers dans trois Etats, sans grand succès. Rien qu’en
Californie, la famille Pollock vécut dans huit endroits différents.
Religion
Les parents de Jackson étaient originaires de l’Iowa, situé à l’ouest du Wyoming où naquit Jackson.
Ils étaient d’ascendance écossaise et irlandaise. Presbytériens convaincus, leurs ancêtres étaient des
quakers, mais ils ne cherchèrent pas à imposer à leurs enfants une quelconque religion. Apparemment,
aucun des fils Pollock ne pouvait se rappeler si Jackson avait été baptisé. (Updike rappela à ses
lecteurs que les quakers ne pratiquent pas le baptême.) Dans une lettre datée de 1929, adressée à
Charles et Frank, Jackson confesse qu’il avait « laissé tomber la religion pour l’instant », même si au
cours de l’année précédente il avait été profondément impressionné par la théosophie. Des récits tirés
des Evangiles apparurent dans quelques dessins de Jackson, mais reflétaient essentiellement son étude
des artistes classiques tels El Greco. Le fait que Jackson n’ait pas été baptisé posa problème aumoment de son mariage. C’est pourtant lui, et non sa femme, Lee Krasner, qui désira se marier à
l’église. Lee avait grandi dans la foi juive.
Pollock le ‘cow-boy’
Une photo prise par Lee Ewing en 1927 montre Jackson, âgé de quinze ans. C’est la seule où il posait
en costume du far-west, et elle contribue de façon éloquente au mythe de Pollock le ‘cow-boy’. Il
existe aussi des photos sur lesquelles il apparaissait revêtu du costume fringant d’un jeune aristocrate
européen, une canne à la main. En effet, le traducteur d’une biographie de Pollock écrite par un
Allemand, faisant allusion à ses curieuses photos, confirma qu’à cette époque le jeune homme
« cultivait l’allure dandy ». (123) A la fin de son film, P o l l o c k, le réalisateur Ed Harris regretta que
la célèbre photo du ‘cow-boy’ ne soit pas plus visible dans le film. (Cette remarque fait partie des
commentaires que l’on peut entendre dans l’édition DVD du film.) (45) On aperçoit la photo
ebrièvement et en marge d’une des premières scènes montrant l’appartement de Pollock de la 8 Rue à
Greenwich Village. L’admiration que nourrit l’Amérique pour les pionniers de l’Ouest et le mythe du
cow-boy, expliquerait peut-être que l’on pardonne souvent à Pollock son comportement grossier.
Certains observateurs pourraient même dire que cette tolérance s’appliqua à sa conduite audacieuse
sous l’emprise de l’alcool, allant jusqu’à fermer un œil sur ses ultimes conséquences. Quelques
minutes avant sa mort, alors qu’il était ivre au volant, un policier qui connaissait Pollock ignora,
malheureusement, une dernière fois son ébriété.Easter and the Totem (Pâques et le Totem), 1953.
Huile sur toile, 208,6 x 147,3 cm.
The Museum of Modern Art, New York.

Pas de chaos, bon dieu ! (413)
– 38 ansThe Flame (La Flamme), 1934-1935.
Huile sur toile, montée sur panneau de fibres, 51,1 x 76,2 cm.
The Museum of Modern Art, New York.

Je me sens tout simplement plus à l’aise dans un grand espace que je ne le serais dans une espèce de
truc de 2 x 2; je me sens plus chez moi dans un grand espace.(406)
– 38 ans


A l’instar de certains personnages mal dégrossis issus de l’imagerie du far-west, Jackson faisait en
réalité vivre l’esprit plutôt tapageur et souvent grossier de l’Ouest sauvage, en particulier dans les
bars du bas de Manhattan, pendant que ses œuvres extraordinaires intoxiquaient les spectateurs
sophistiqués des musées les plus civilisés du monde. (290) En vérité, le monde de l’art allait être à
jamais influencé par la contribution unique, conséquente et indélébible de Pollock. De son vivant
déjà, Pollock était devenu la référence dominant le monde artistique et son histoire, qui se divisa
alors en « antérieur à », « contemporain de » ou « postérieur à » Pollock.
Cinquante ans après sa mort, Pollock exerce toujours son influence. En 2005, dans sa critique de
la première exposition à Manhattan des œuvres de la peintre italienne Carla Accardi, Roberta Smith
du New York Times remarque que les tableaux d’Accardi s’inspirent des travaux impressionnants du
milieu des années 50. Les surfaces circulaires, les signes éparpillés et se chevauchant, peints en blanc,
jaune ou noir « suggèrent une réaction maîtrisée à l’œuvre de Jackson Pollock ». (389) Néanmoins,
toutes les références à Pollock ne traduisent pas une compréhension de ce qu’il appelait sa
« méthode ». Pendant la campagne présidentielle américaine de 2004, Daniel Okrent, le médiateur du
New York Times évoqua ce qu’il considérait comme une mauvaise gestion de la couverture
journalistique de la campagne. Il compara son chaos à « une composition à la Jackson Pollock ». Le
titre de son article était « Comment Jackson Pollock couvrirait cette campagne ? »
Sa famille et la politique
Walsh nota que LeRoy, le père de Pollock, avait été socialiste et que son fils l’était également
devenu. Ainsi que le fait remarquer le biographe de Pollock, LeRoy soutint les chefs du mouvement
ouvrier socialiste et « fit la fête à l’annonce que les travailleurs de Russie avaient pris le contrôle de
leur gouvernement ». Des cinq fils, deux d’entre eux devinrent des membres actifs du mouvement
ouvrier et un autre adhéra au Parti communiste. Les deux derniers devinrent des artistes et
s’intéressèrent moins à la politique. (300)Premiers masques
La distinction entre le Pollock authentique et le Pollock fabriqué se mit en place du vivant de
l’artiste. Pollock lui-même entretint le mythe du cow-boy sans prétention. Le pays était avide de
légendes de cow-boy. Cet engouement transparaissait dans la culture populaire à travers les
nombreux films et romans dédiés aux thèmes du western, et les chansons ‘country’ qui avaient intégré
les principaux hit-parades. L’image que la plupart des Américains se font d’eux-mêmes provient
probablement des films dépeignant le Vieil Ouest, en particulier ceux de John Ford (Sean Aloysius
O’Feeny), né dans le Maine en 1895. Il consacra près de la moitié de sa prolifique production au
genre du western américain. Selon son ami, Ted Dragon, Pollock aimait se rendre chaque semaine à
des projections de westerns ou de films de science-fiction, que leur offrait leur ami Alfonso Ossorio
qui en avait les moyens. (318) Le réalisateur de la plupart de ces westerns était sans doute Ford, et ces
films jouèrent certainement un rôle aussi grand dans l’idée que se faisait Pollock du Vieil Ouest que
ses premières années passées dans les Etats de l’Ouest américain. La thématique du western était
même présente dans la musique classique, comme celle composée par Aaron Copeland pour des
ballets dans les années 40. Plusieurs comédies musicales de Broadway de cette époque, puis, dans les
années 50, de nombreux programmes télévisés puisèrent leur inspiration dans les thèmes du western.
Bien sûr, il s’agissait rarement de documentaires, et leur ambition n’était pas de refléter fidèlement la
dure réalité quotidienne des pionniers du far-west.
La version que donnait l’Est, ou la grande ville, des cow-boys se mua en celle de jeunes rebelles
des années 50, pas si éloignés de la véritable personnalité de Pollock. Certains de ses collègues
peintres le comparaient même au personnage tourmenté, Stanley Kowalski, incarné par Marlon
Brando dans la version filmée d’Un tramway nommé Désir. Les critiques voyaient en l’artiste la
source d’inspiration possible du scénario. Tennessee Williams et Pollock devinrent amis en 1944,
plusieurs années avant le film de 1951. Benton réalisa un portrait des acteurs de la pièce d’origine
donnée en 1948. Certains critiques reconnaissent dans les traits du personnage central de Benton,
pour La partie de Poker inspiré par la pièce, ceux du jeune Pollock. (224) La pièce fut montée à
plusieurs reprises, la dernière fois cette année, en février 2005, de nouveau à Broadway. Après que
l’épouse de Tony Smith, un ami de Pollock, l’eut quitté en partant pour l’Europe avec le scénariste
Tennessee Williams en 1950, Smith, esseulé, passa plus de temps encore dans la maison des Pollock.
On voyait souvent Tennessee sur sa bicyclette se rendant ou quittant la maison des Pollock. La pièce
de Williams, La rose tatouée, et son roman, Le printemps romain de madame Spring, deux succès
critiques, furent publiés cette année-là.

En 1913, publication de Totem et Tabou de Freud. A Paris, création du Sacre du Printemps
de Stravinsky. Le révolutionnaire Armory Show de Manhattan choqua le monde artistique
avec ses spécimens fondateurs du post-impressionnisme et du cubisme.
L’avènement de l’expressionnisme abstrait
Pendant les années de pré-adolescence de Pollock, les chocs culturels – comme ceux
provoqués par Freud, Stravinsky et le dadaïsme – semblaient préparer le monde à sa
venue. Ryder et ses autres prédécesseurs disparurent en 1917. Le jeune Pollock les
admira pourtant, tandis que les futurs objets de sa vénération – y compris Matisse et
Picasso – prospéraient déjà. La décennie vit aussi l’avènement des documents fondateurs
de la psychologie jungienne qui allait influencer profondément le comportement et le
travail du futur artiste.N u m b e r 1 ( N u m é r o 1 ) 1 9 4 9 , 1949.
Laque et peinture métallique sur toile,
160 x 259,1 cm. Museum of Contemporary Art,
Los Angeles, collection Rita et Taft Schreiber.White Light (Lumière blanche), 1954.
Huile, laque et peinture à l’aluminium sur toile, 122,4 x 96,9 cm.
The Museum of Modern Art, New York.


Cette année-là, le post-impressionnisme et le cubisme furent introduits dans le monde de l’art
new-yorkais à l’occasion de l’Armory Show de Manhattan. Le « choc culturel » qui en résulta prépara
les esprits à la commotion qu’engendrèrent les remarquables produits du geste créatif de Pollock des
années plus tard. Les peintures à l’allure de fresques qu’il créa révolutionnèrent la manière dont le
monde ressentait l’art. Le séisme qui secoua les galeries fut semblable à la réaction déclenchée dans
la salle de concert par Le Sacre du Printemps de Stravinsky cette même année. L’univers des arts
plastiques de toute l’Europe préparait le monde à une révolution similaire dans la culture populaire.
La surprise vint du fait que « la glace fut brisée » en Amérique – par un invraisemblable cow-boy
rebelle.

En 1914, naissance de Tennessee Williams. En 1915, Marcel Duchamp expose ses premières
peintures dadaïstes. En 1916, Matisse (1860-1954) expose Les trois sœurs. En 1917, C.J.
Jung publie Psychologie de l’inconscient. Picasso crée des objets surréalistes pour un ballet.
Mort d’Albert P. Ryder (né en 1847), qui avait développé une technique de peinture au
couteau. En 1918, premières expositions de Joan Miró. En 1919, Hans Arp et Max Ernst
exposent des collages. Arp explore le dadaïsme à travers la sculpture et les formes issues du
« hasard ». Ernst cherche à faire parler le subconscient. En 1920, C.G. Jung publie Types
psychologiques. A Cologne, on encourage les visiteurs d’une exposition dadaïste à détruire
les tableaux. En 1921, Oskar Kokoschka expose des peintures expressionnistes. Le jazz
domine la culture populaire américaine.
Les premières influences
En 1921, Charles, l’un des frères de Jackson, partit vivre à Los Angeles et travailler pour le Los
Angeles Times. Il s’inscrivit également au Otis Art Institute et envoya régulièrement quelques
exemplaires de la revue d’art, The Dial, à ses frères. Quarante ans plus tard, sur son lit de mort,
Sanford remercia Charles pour les numéros du Dial. « Il avoua qu’ils avaient été très importants pour
Jack et lui », se souvint Charles. (327) Plus tard, Charles leur envoya aussi American Mercury
(1924-33), le magazine littéraire controversé, édité par Henry Louis Mencken (1880-1956),
luimême chroniqueur au Baltimore Sun de 1906 à sa mort. Ces publications offraient un aperçu de la
sophistication des jeunes artistes de la côte Est. Les magazines comprenaient aussi des reproductions
de contemporains européens que le jeune Jackson aperçut probablement, tandis que ses frères plus
âgés admiraient les productions de « l’école de Paris » qui faisait alors fureur. L’intérêt – certains
biographes parlent d’obsession – qu’il porta toute sa vie à Pablo Picasso (1881-1973) pourrait avoir
été suscité par les magazines qu’envoyait Charles.

En 1922, publication à Paris de l’Ulysse de James Joyce. Destruction par la poste américaine
des exemplaires envoyés aux USA. En 1923, fin du mouvement dadaïste. Picasso expose avec
les néoclassicistes, les surréalistes et les expressionnistes. Abrogation de la Loi pour
l’application de la Prohibition dans l’Etat de New York. Réunion du KKK à Kokomo dans
l’Indiana, évoquée dans une peinture murale de Benton.
Préadolescence et premières notions artistiques
En 1922, le père de Jackson installa sa famille dans une nouvelle ferme à Orlando, en Californie.
L’année suivante, c’est près de Phoenix qu’ils prirent leurs nouveaux quartiers. Jackson y fréquenta
l’école élémentaire Monroe, mais il n’y demeura que quelques semaines. Avec ses frères, il visita
pour la première fois des réserves indiennes. Peu après, il fut initié à leurs traditions. Il put observer
la manière dont les artistes indiens intégraient des matériaux bruts dans leurs tableaux et autres
formes d’art. Leurs œuvres étaient véritablement abstraites ou, du moins, comprenaient des motifs
abstraits. Pour travailler, ils disposaient en outre leurs supports directement sur le sol. Dix-huit ans