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Rires d’Afrique

128 pages

Dossier, correspondances et cahier critique de l'actualité africaine.

Publié par :
Ajouté le : 19 mars 2011
Lecture(s) : 176
EAN13 : 9782296370128
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n012, novembre

1998

Dossier Riresd'Afrique
5 ll 15

ID o-

m

Le Pleurer-Rire des écrivains africains Boniface Mongo-Mboussa Duparc a-t-il le rire ambigu ? Entretien avec Henri Duparc Olivier Barlet Rires dansés Le rire et la mémoire archaïque du corps Entretien avec Koffi Kôkô Une danseuse qui ose faire rire Entretien avec Julie Dossavi Au carrefour de la danse, du mime et du théâtre Entretien £tvec Faustin Linyekula Ayoko Mensah Des Africains au nez rouge Entretien avec Marième Faye et Patricia Gomis Sylvie Chalaye Satire et chanson à Kin-la-Belle Luigi Elongui Le rire dans l'art africain Jacques Binet Sac à malice Jean-Louis Favier Entretien avec Ahmadou Kourouma Ahmadou Kourouma : un parcours atypique dans les lettres africaines Boniface Mongo-Mboussa La mode vue par l'autre trou... Entretien avec Sakina M'sa Disques Quand Passi le fils d'immigré passe le message: entretien Soeuf Elbadawi

E E o Cf)

20 .2 .2 .2 28 30 34 ..39 Rebonds .4 .44

Diaspos
.4 48 50

Cahier Namur: un festival tous azimuths Raoul Peck: une leçon de cinéma; Corps plongés Entretien avec Georgette Paré (Casting Sud) Slam, Baby Mother Olivier Barlet Premiers romans: Kossi Efoui et Alain Mabanckou La polka au pays de la rumba Entretien avec Kossi Efoui Taina Tervonen De Casa à Pointe à Pitre Fayçal Chehat Limoges 98: le zèbre a soufflé sa 15ème bougie Fama, Tout bas si bas, 1962 Sylvie Chalaye Musique La vie des labels Nouveautés du disque Luigi Elongui Une maison de la danse renaît au Sénégal... Ayoko Mensah Art tribal, Boucliers, Outremer. Jacques Binet Batéké, Africabrak Isabelle Merle des Isles

critique cinéma 54 55 58 .60

Littérature / Edition
63 .64 68 Théâtre 72 74 / Disques .80 .81 Da nse 83 Arts plastiques 86 87

Corresoondances La rencontre internationale de poésie de Medellin 89 Tanella Boni La présence africaine en Colombie 95 Denise Mendez Evénements culturels / Informations Agenda Novembre / Décembre .99 Murmures .121
Couverture: Affiche de la Wamer Bras pour le film Le Chanteur de jazz. Anonyme, 1927.

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Editorial:

le courage
de rire
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Peinture rupestre Afrique du Sud

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sauvetage. J'exige le courage tragique de se marrer en connaissance de cause. " Sony Labou Tansi. Note au metteur Moi
veuve

J'en appelle au rire de

de l'empire,

en scène, oct. 1987.

Quoi? Ces Africains qui rigolent tout le temps auraient le rire tragique? Que cherche donc encore à nous faire gober cette équipe d'Africultures ? Pas de panique: une idée simple s'impose, inexorablement, celle du poids de l'Histoire, celle du poids du présent. Fautil pleurer? Faut-il en rire? Nous aurions pu critiquer une fois de plus l'image du Noir hédonique, éternel Vendredi antimatérialiste vivant uniquement de chaleur sociale... Nous avons préféré tenter de cerner, en trop peu de mots, surtout en trop peu d'humour, les rires d'Afrique, leur spécificité, leur parole pour le monde. Bien sÛT qu'il faut en rire! Parce que, comme le rappelle Koffi Kôkô, le rire plonge ses racines dans l'enfance de l'humanité. Comme une mémoire archaïque

qui remonte, d'un quelque chose de terrible, de jamais oublié, qu'il faudrait sans cesse exorciser, extirper pour le maîtriser, le reconstruire, en saisir l'énergie pour la canaliser vers un devenir plus humain. Pour nous qui ne croyons plus au Père Noël, qui ne brûlons plus le Carmentran, qui n'écoutons plus nos grands-mères, qui ne nous rendons plus au bois sacré, pour nous qui négligeons tout ce qui nous permettait de revisiter en mythe nos vieilles pulsions de mort, et qui du coup avons tendance à les détourner sur d'autres groupes et sur d'autres peuples, pour nous le rire est la dernière thérapie possible, la dernière voie de salut. Ce " rire de sauvetage" dont parlait Sony Labou Tansi, l'Afrique nous l'apprend. Elle est bien placée pour cela: elle en a

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tellement besoin elle-même! De tous temps, le fou du roi fut le guide lucide. Il avait" le courage tragique de se marrer en connaissance de cause ". Accueillons donc sans mégoter les clins d'oeil des artistes de tous poils! Faisons nôtres leurs rires extravagants:

nous ne nous en sentirons que mieux. Même, faisons-en le drapeau de nos révoltes en ces temps où la résistance devient si terriblement nécessaire. Olivier Barlet Rencontres Africultures : Soeuf Elbadawi Rédacteurs associés: Abidjan: Tanella Boni, Jean-Servais Bakyono Dakar: Baba Diop y : Alfred Dogbé ela Mezani -Wilfrid

ri,

:~
Rédaction décentralisée: Les Pilles F - 26110 Nyons Tel: ++33 (0)475 27 74 80 Fax: ++33 (0)47527 75 75 E-mail: barlet@ho1.fr Directeur de la publica Fayçal Chehat Responsable de la rédact Olivier Barle Comité de Arts plasti Cinéma: ier Danse: 0M Musique igi E gui Littérature/éditio ayç Boniface Mongo-Mbouss Taina Tervonen Reportages: Soeuf Elbadawi Théâtre: Sylvie Chalaye Relations extérieures: Laure Dosseh, Hammouda Chaib Publicité: à la rédaction Site internet: Melissa Thackway et J.M Mariani Agenda: Jean-Marc Mariani

pa Veau éro : en librairies ou à L'Ha attan (+ 8 F port). Tous droits de reproduction réservés, sauf autorisation préalable. n012 - ISBN: 2-7384-6956-6 ISSN : 1276-2458 Revue publiée avec le concours du Centre nationale du Livre et du F.A.S.

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Le Pleurer-Rire* africains
Par Boniface

des

écrivains

Mongo-Mboussa

Le rire africain n'est pas forcément de l'humour. Et ne peut être analysé hors de son contexte: réponse à une domination d'abord puis distanciation face aux cataclysmes du continent. Qu'est ce que l'humour? Epineuse question à laquelle les spécialistes refusent de répondre. Qu'il s'agisse de Louis Cazamian (1906), de Robert Escarpit (1960), etc. les théoriciens de l'humour éprouvent une difficulté à le définir. Il en est de même pour ceux qui travaillent sur un cas typique de cette catégorie du risible. Dans son livre consacré à l'humour juif, Judith Stora (1984) refuse d'entrée de jeu de définir l'humour juif. Pour elle, lorsqu'il s'agit d'humour, la définition est un mot plein de dangers. Au regard

de ce qui vient d'être dit, on peut se demander si un humour spécifiquement nègre existe. Oui, répond Leopold Sedar Senghor (1964). Selon lui, celui-ci est différent de l'humour occidental: alors que l'humour occidental se fonde sur un j eu de mots, l'humour nègre procède par le rapprochement de deux faits. En d'autres tennes, l'humour nègre est affectif; l'occidental intellectuel. Un humour spécifiquement nègre (pas noir) existe-t-il ? Une telle approche de l'humour nègre répond plus à une stratégie senghorienne du discours opposant la raison Hellène à l'émotion Nègre qu'aux présupposés théoriques de l'humour. Dans son célèbre livre sur l'humour, Robert Escarpit distingue deux phases intimement liées du processus humoristique.
ce titre au roman d'Henri Lopès.

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* Nous empruntons

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Le stade intellectuel généralement critique qu'il appelle: le Paradoxe humoristique, et l'étape affective qu'il nomme le rebondissement humoristique. Ce qui rend inopératoire la distinction senghorienne entre l'humour nègre et occidental, puisque les phases intellectuellc et affective sont associées dans le processus humoristique. En réalité, si humour nègre il y a, il nc sc situe pas dans cette distinction senghoricnne, mais dans la capacité des Nègres à prendre leurs propres souffrances comme objet de dérision. Cette capacité d'autodérision n'est pas l'exclusivité des Nègres. Elle est consubstantielle au genre humain. La spécificité nègre de cette autodérision réside dans cc que Mongo Beti appelle l'habitude du malheur du Nègre. Confronté perpétuellement à une histoire insoutenable (l'esclavage, la colonisation, les dictatures, les guerres tribales), le Nègre a trouvé en l'humour une des réponses possibles à sa tragique destinée. Cet humour anonyme est souvent d'origine populaire. Ce qui ne veut pas dire que tous les Nègres ont le sens de l'humour. Et chaque rire nègre n'est pas forcément de l'humour. De ce point de vue, celiains critiques qui se sont intéressés à ce qu'ils appellent l'humour négroafricain n'ont pas échappé à de telles confusions. C'est le cas de Fernando Lambert (1983), qui dans un article, au demeurant remarquable, parle de l'humour de Bernard Dadié dans Un nègre à Paris et Monsieur de New York alors que ces deux chroniques sont ironiques. C'est aussi le cas de Jean-Claude Nicolas (1985) qui évoque l'humour de Kourouma dans Les Soleils des indépendances, alors qu'on est en face d'un texte ironique, voire sarcastique. Pour éviter une telle confusion, nous nous proposons de parler de la littérature africaine à partir d'une notion que nous emprunterons à

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Jean Fourastié: le risible. Cette notion a l'avantage d'englober un rire protéiforme. Le deuxième parti-pris que nous prenons ici consiste à analyser le risible dans la littérature africaine dans une perspective historique. Le rire est un phénomène social lié à l'identité d'un peuple, aux événements historiques qui l'ont marqué. C'est pourquoi, il est intéressant de restituer les textes comiques dans leurs contextes d'énonciation. Les écrivains de la Négritude et le rire. Comme toute littérature mineure, la littérature négro-africaine d'expression française est née dans un contexte de domination sous le signe du "militantisme". Hantée par le sens du destin collectif, elle se propose dès sa genèse avec le mouvement de la Négritude de libérer le peuple noir de "l'aliénation coloniale" et de réhabiliter par là même la civilisation nègre. Aussi refuset-elle de dissocier l'esthétique de l'éthique. De la sorte, la protestation contre la situation coloniale apparaît comme le premier fondement à partir duquel on pourrait la définir. C'est dans g ce contexte colonial et en réaction contre des ~ textes produisant un certain discours sur les " £ Africains et les Noirs, que les écrivains de la @ Négritude vont prendre la parole. Prise de parole se proposant de démonter, de réécrire certains lieux communs véhiculés par l'exotisme, l'ethnologie et la littérature coloniale sur l'Afrique et les Noirs. De ce point de vue, la Négritude apparaît comme une contre-littérature qui conteste l'image idyllique du Nègre dans une perspective d'appropriation de l'Histoire. D'une manière générale, cette appropriation de l'Histoire se réalise de façon violente, au point que Senghor, réputé pour sa mesure, menace de déchirer les "rires Banania" sur tous les murs de France. Comme le note si

lCI.) Cf) Cf)

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bien Nicolas Martin-Granel comprendre son ironie, il convient (1991), cette première génération de s'arrêter sur certains aspects de pratique la poésie, genre qui sa biographie. s'accorde mal avec le rire. Mais Métis de Blanc, de Nègre et deux poètes de la Négritude: d'Indien, issu d'une famille bourLéon-Gontran Damas et Guy geoise et éduqué par une mère féTyrolien vont déroger à cette règle rue de bonnes manières, Damas est identifiant la poésie un enfant à la santé au sérieux et adopfragile, souffrant Ni,"!", Ma,tin-Grand ter respectivement d'asthme infantilc. l'ironie et l'humour Marqué par les pour témoigner de décès de sa mère et l'aliénation du nède sa grand-mère, il gre dans le contexte reste muet jusqu'à colonial. l'âge de six ans, rom!Jllcé< d." L'amère ironie de avant de faire de Damas brillantes études secondaires au Lycée Même s'il est Victor Schoelcher moins célèbre que en Martinique, puis Senghor et Césaire, à Meaux. Venu à Damas reste l'une Paris pour poursuides figures emblé.. vre des études de gEIJ[.. droit qu'il abandonmatiques de la Négritude. D'abord, ne assez vite pour se parce qu'il sert de "courroie" entre consacrer à l'ethnologie, Damas le mouvement de Légitime mène une vie de bohème dans la Défense et la Négritude. Ensuite, capitale française. Ce qui conduit parce qu'il est le premier poète de ses parents à lui couper les vivres. la Négritude à publier un recueil: Toutes ces difficultés personnelles Pigments, qui, par ses thèmes: liées à l'angoisse existencielle du révolte contre la culture institutioncolonisé font de Damas un écorché nelle, revendication de la dignité vif. D'où son adoption de l'ironie de l'homme noir, etc., préfigure comme un moyen de lutte contre déjà cette "Bible" de la Négritude les valeurs que lui impose la qu'est Le Cahier d'un retour au colonisation. Dans un poème, Pays natal de Césaire. Hoquet (identifié par Césaire à la Poète amer, voire maudit par sa Nausée sartrienne), Damas se fascination pour le sang et la mort, montre très critique à l'égard de Damas est également le poète le son assimilation culturelle et plus ironique de la Négritude. Pour tourne en dérision le snobisme de

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sa mère qui veut faire de lui un nègre blanc au sens où l'entend Fanon. L'humour de Tyrolien Le deuxième poète de la Négritude qui dénonce l'aliénation coloniale est le Guadeloupéen Guy Tyrolien. Mais cette dénonciation est différente de celle de Damas sur deux aspects. D'abord le canal par lequel cette aliénation s'opère. Alors que chez Damas, l'aliénation s'effectue par le biais de sa famille, elle se réalise chez Tyrolien par la médiation de l'école. Ensuite par la forme du risible dont les deux poètes se servent. Si Damas pratique l'ironie, Tyrolien se sert de l'humour pour décrire avec beaucoup de détachement son malaise au sein de l'école coloniale dans un célèbre poème: Prière d'un petit enfant nègre. Tout se passe comme si l'humour de Tyrolien visait à atténuer l'amertume de Damas. A ce titre, la critique de l'aliénation du Noir proposée par Guy Tyrolien paraît plus élégante que celle de Damas. Car si l'ironie de Damas se pratique toujours aux dépens de sa mère ou de la colonisation, l'humour de Tyrolien est une autodérision. Contrairement à Damas qui a du mal à rire de son vécu quotidien, Tyrolien réussit à dresser une barrière mentale entre lui et ce réel douloureux qu'est la condition du Noir des Iles. Là réside la différence

entre lui et Damas. Cette capacité de Tyrolien à se dédoubler et regarder sa souffrance en spectateur amusé fait de lui un humoriste au sens où l'entend Freud. On l'aura compris: la critique que font les écrivains de la Négritude de la situation coloniale est d'abord un acte de revendication identitaireo Mais cette revendication est ambigu. En fait, tout en arrachant à l'homme blanc le droit à la parole, le mouvement de la Négritude se nourrit d'une thématique proche,de celle du bon sauvage. Marqués par les travaux des ethnologues occidentaux et plus particulièrement par la fameuse "mentalité primitive" de Levy-Bruhl, les écrivains de la Négritude vont célébrer cette primitivité censée les caractériser, qui est pourtant l'une des justifications apportées à l'entreprise coloniale par l'Occident. L'exemple le plus édifiant à cet égard est celui de Césaire qui hait la raison occidentale et "réclame" la démence précoce. C'est aussi le cas de Senghor qui s'attire les foudres de Marcien Towa et d'Adotevi, lorsqu'il affirme que l'émotion est Nègre comme la raison est Hellène. Cette ambiguïté de la Négritude, par rapport au discours que l'ethnologie développe sur le primitif va être levée par les romanciers négroafricains des années 50 : Ferdinand Oyono, Mongo Beti, etc.

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Le rire des romanciers. Ces derniers ne cherchent plus à réhabiliter la culture nègre comme le font les poètes de la Négritude. Leur démarche consistera à décrire de façon ironique et humoristique les rapports conflictuels entre le colonisateur et le colonisé dans le contexte de la situation coloniale. Au nègre simplet, riant de tout et de rien, qui fonde l'image d'Epinai de l'idéologie coloniale, les romanciers opposent un nègre spirituel, sarcastique. Par là, ils déconstruisent le discours civilisateur de la colonisation. Mais ce rire glisse parfois vers un manichéisme assez facile (par exemple chez F. Oyono) qui fait du Blanc un méchant et du nègre son éternelle victime. Ouologuem et Kourouma : deux démystificateurs Cette vision du monde sera remise en question par Le Devoir de violence (1968) de Yambo Ouologuem. Ce roman opère une véritable rupture dans la littérature négro-africaine. Rupture sur le plan thématique, parce qu'il met en scène une Afrique précoloniale, traversée par des violences qui n'ont rien à envier à celles de la colonisation. Rupture sur le plan du risible, parce qu'il introduit dans la littérature négro-africaine une esthétique du grotesque. Comme Ouologuem, Ahmadou Kourouma réalise lui aussi une

rupture. Il fera de l'indé-pendance (avec Les Soleils des Indépendances, 1968) la principale problématique de la littérature africaine - le tout dans un sty Ie sarcastique. Sony, Lopès, Bolya, Sassine et les autres Les années 80, sont considérées dans la littérature négro-africaine comme les années des désillusions. Il ne s'agit plus ici de dénoncer seulement les conséquences des indépendances comme chez Kourouma, il faut dorénavant s'attaquer directement aux Pères des Nations (les dictateurs). Et le rire qui se dégage d'une telle littérature est décapant, désacralisateur, total. On le retrouve dans Le Pleurer-Rire (1982) chez Henri Lopès, La Vie et

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demie de Sony Labou Tansi (1979), Cannibale de Bolya Bayenga (1983), etc. Si on assiste dans les années 80 à un déferlement de ce qu'on pourrait appeler le rire carnavalesque) les années 90, qui sont pourtant les plus sombres de l'Histoire de l'Afrique indépendante, sont paradoxalement marquées par la présence de l'humour dans les textes littéraires. Pour s'en convaincre, il suffit de lire Le Nègre Potemkine (1990) de Blaise N'Djehoya, La Légende de l'Errance (1993) d'Alain Mabanckou, Mé-

moire d'une Peau de Williams Sassine (1988), Cahier nomade de Abdourahman Waberi, L 'histoire du fou (1994) de Mongo Beti, ou encore Le Lys et le Flamboyant (1998) d'Henri Lopès. Ni misérabilisme ni mélancolie dans cette écriture nouvelle: cette capacité d'autodérision et cet humour ne correspondent-ils pas à une volonté de prendre distance avec les cataclysmes qui secouent l'Afrique aujourd'hui et ne représentent-ils pas finalement une réaction contre l'afropessimisme ambiant? D

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Q) Cf) Cf)

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Duparc a-t-il le rire ambigu?
par Olivier Barlet
Le rire cache les larmes jusqu'à en pleurer de rire... L'exagération produit un contre-discours fort sérieux. Ambigu? Tout est bien sûr, une fois de plus, affaire de perception. La sali es' esclaffe et en redemande. Une couleur caft, le dernier film de l'Ivoirien Henri Duparc, déchaîne à Ouagadougou, Abidjan, Dakar comme dans les festivals occidentaux un éclat de rire général. Pourtant, des voix critiques s'élèvent pour dénoncer un rire trop gras pour être honnête, un rire" lepeniste " qui renforcerait des clichés déjà bien inscrits dans

les imaginaires collectifs. De qui, de quoi rions-nous? Docteur, c'est le surnom que lui ont donné ses concitoyens du foyer de Montreuil-sous-Bois rebaptisé Mon treui 1- sous -B amako. Travailleur immigré en France, garçon de salle dans un hôpital parisien, marié, sans enfant, il décide, à l'occasion de vacances en Afrique, de convoler en secondes noces. Mais voilà que l'Ambassade de France refuse le visa de séjour à une nouvelle épouse, la polygamie étant tolérée mais non autorisée sur le territoire français. Docteur s'arrange pour falsifier les documents et voilà Kada changée Il

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de seconde épouse en sa fille pour l'état civil. Une fois en France, alors qu'elle va encore au lycée, elle tombe enceinte. Qui est le père? La justice s'en mêle et Docteur est accusé d'inceste...

Dérision tragi-comique En fait, le sujet est grave: " Je me demande si dans la culture française, il y a une place pour les immigrés! " fait dire Henri Duparc à un personnage de son film qui se

chanté sur une société meurtrie. Le rire et les larmes font bon ménage. L'excision dans L 'Herbe sauvage, la polygamie dans Bal Poussière (1988), le sida dans Rue Princesse (1993)... Duparc enfourche les grands sujets sur le mode de la dérision. Mais n'est-ce pas l'Histoire de l'Afrique, passée comme présente, qui rend son rire plus tragique qu'un autre? Et qui le rend plus nécessaire encore? Et pourtant, le pathos est chassé d'un revers de parole. Duparc détourne volontiers les locutions pour servir la satire: " J'ai tellement tiré le diable par la
queue

que la queue est restée dans

termine par une reconduction à la frontière. Si grave qu'il était suffisamment suspect pour déclencher, malgré l'indéniable succès des films de Duparc, la frilosité des habituels financeurs institutionnels du cinéma africain. Il réussira finalement à le réaliser grâce à une production sud-sud et le postproduira dans un laboratoire marocam. Comme l'écrivait Gérard Genette" le comique n'est qu'un tragique vu de dos" (Palimpsestes, la littérature au second degré, Le Seuil 1982). Derrière leur moquerie des conservatismes traditionnels, les humours noirs cachent souvent un regard désen12

ma main ", s'exclame Docteur, lorsque son personnage comique laisse percer son amertume. Les exemples ne manquent pas dans les cinémas d'Afrique: aux pires moments de tension, I'humour vient désamorcer le pathos qui menace. Sangaré, le terrible gouverneur de Finye (Souleymane Cissé, Mali 1982), après avoir projeté de détruire la maison du vieux Kansayé et de le réduire à la misère, finit par ajouter: " Même les édentés riront de lui! " Une distance est rétablie, qui favorise la démystification. Après les funérailles du mari de Nanyuma dans Finzan (Cheikh Gumar Sissoko, Mali 1989), un homme ironise: " Un fossoyeur qui bande du sexe pense à la veuve! " Le rire conjure le tragique: le "sorcier" d'une fête de quartier de Macadam Tribu (José

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