Valentin Serov

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Valentin Serov (Saint Pétersbourg 1865 – Moscou 1911)
Parmi les «jeunes Ambulants » qui rejoignirent le Monde de l’Art, le portraitiste le plus brillant fut sans conteste Valentin Serov. Comme beaucoup de ses contemporains, il affectionnait la peinture de plein air, et certains de ses portraits les plus attrayants – Jeune Fille aux pêches, Fillette dans la Lumière du Soleil ou En Été – doivent leur côté naturel au décor ou aux jeux d’ombres et de lumière. En réalité, Serov considérait ces oeuvres comme des études plutôt que des portraits, ce qui explique que le titre ne mentionne pas le nom du modèle. On sait cependant que Jeune Fille aux pêches est Vera, la fille du mécène Mamontov. Et dans En Été, c’est l’épouse de Serov elle-même qui est représentée. Serov fut un enfant précoce. Il commença à montrer des dispositions artistiques dès l’âge de six ans. A neuf ans, il fut envoyé à Paris chez Répine, qui devint son professeur et son mentor. Quand Répine revint en Russie, il emmena l’enfant avec lui et le fit travailler comme apprenti dans son atelier moscovite. Finalement, le maître l’envoya chez un autre professeur, Pavel Chistiakov. Cet homme, qui forma nombre de peintres du Monde de l’Art, allait d’ailleurs devenir un de ses amis intimes. Etant donné la longueur de la carrière de Serov, on ne s’étonnera guère de la diversité de son style et de ses thèmes de prédilection : des peintures mondaines de la haute société (avec le style grandiose de leurs costumes) aux portraits tout en finesse de jeunes enfants. Radicalement différente de toutes ses oeuvres, la fameuse étude de nu de la danseuse Ida Rubinstein, peinte sur toile à la détrempe et au fusain, date de la fin de sa vie. Les premiers tableaux de Serov rappellent le style des impressionnistes français.

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Date de parution 17 janvier 2012
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EAN13 9781783102624
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Auteur :
Dmitri V. Sarabianov

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bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78310-262-4

Dmitri V. Sarabianov




Valentin Serov










Sommaire


Introduction à la peinture russe
Le Premier maître de la peinture russe
Oeuvres graphiques
Biographie


Liste des illustrations

A
À la Fenêtre. Portrait d’Olga Troubnikova (inachevé), 1886
Alexander Serov, père de l’artiste, photographie
Anna Pavlova dans le ballet « Sylphide », 1909
Atelier de Valentin Serov à Paris, photographie
Autoportrait (dessiné avec Ilia Répine), 1883
Autoportrait, 1885
Autoportrait, 1901

B/C
Bœufs (étude), 1885
Catherine II à la chasse au faucon, 1902
Catherine II sortant, 1906
Chevaux sur un rivage, 1905
Concept de décor pour l’opéra « Judith ». Actes I et V : Place dans Béthel assiégée, une antique
ville de Judée, 1907
Concept de décor pour l’opéra « Judith ». Acte III : La Tente d’Holopherne, 1907
La Corneille en plumes de paon. Dessin pour les Fables de Krylov, 1895-1911
La Coupe du Grand Aigle, 1910
Une Cour finlandaise, 1902.

D/E
Dans un Village. Paysanne avec un cheval, 1898
En Été. Portrait d’Olga Serova, 1895
En Hiver, 1898
Enfants (Sasha et Youra Serov), 1899
L’Enlèvement d’Europe (esquisse), 1910
L’Enlèvement d’Europe, 1910
Étang à Abramtsevo (étude), 1886
Étang envahi par les herbes à Domotkanovo, 1888

F/G/H
Fenêtre ouverte. Lilas (étude), 1886
Grange, 1904
Hiver à Abramtsevo. Église (étude), 1886

J/L
Jeune Fille aux pêches. Portrait de Vera Mamontova, 1887
Jeune Fille éclairée par le soleil. Portrait de Maria Simonovitch, 1888
Le Loup et la grue. Dessin pour les Fables de Krylov, 1895-1911Le Loup et les bergers. Dessin pour les Fables de Krylov, 1895-1911

M/N
Maria et Nadezhda Simonovitch, cousines de l’artiste, et Olga Troubnikova (à droite), photographie
Maria Fiodorovna Mamontova à cheval, 1884
La Meule de foin, 1901
Mika Morozov (Portrait de Mikhaïl Morozov), 1901
Modèle féminin, 1905
Un Moulin en Finlande, 1902
Nu, 1900
Nu, 1900

O/P
Octobre à Domotkanovo, 1895
Paysanne dans une charrette, 1896
erPierre I à la chasse à courre, 1902
erPierre I à Monplaisir, 1910-1911
erPierre I , tiré des Séries sur l’histoire illustrée de la Russie, 1907
Pierre II et la tsarevna Élisabeth se rendant à la chasse à courre, 1900
Place Saint-Marc à Venise (étude), 1887
Les Pomors, 1894
Portrait d’Adelaïda Simonovitch, 1889
Portrait d’Alexandre Constantinovitch Glazounov, 1899
Portrait d’Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, 1899
Portrait d’Alexandre Turchaninov, 1906
Portrait d’Alexeï Vikulovitch Morozov, 1909
Portrait d’ Alfred Pavlovich Nurok, 1899
Portrait d’Angelo Masini, 1890
Portrait d’Anna Pavlovna Pavlova, 1909
Portrait d’Anna Staal, 1910
Portrait de Constantin Dmitriyevitch Balmont, 1905
Portrait de Constantin Korovine, 1891
Portrait de Constantin Pétrovitch Pobiedonostsev, 1902
Portrait de Constantin Sergeievitch Stanislavski, 1908
Portrait de Francesco Tamagno, 1891-1893
Portrait de Glikeria Fedotova, 1905
Portrait de Ielena Balina, 1911
Portrait de Ielena Oliv, 1909
Portrait de Ievdokiya Loseva, 1903
Portrait de Isaac Ilitch Levitan, 1893
Portrait de Ivan Zabeline, 1892
Portrait de la grande duchesse Olga Alexandrovna, 1893
Portrait de la princesse Olga Constantinovna Orlova, 1911
Portrait de la princesse Olga Orlova, 1911
Portrait de la princesse Zinaïda Youssoupova, 1900-1902
Portrait de l’empereur Nicolas II, 1900
Portrait de Leonid Andreïev, 1907
Portrait de Margarita Morozova, 1910
Portrait de Maria Akimova, 1908
Portrait de Maria Lvova, 1895
Portrait de Maria Nikolaïevna Iermolova, 1905
Portrait of Maria Pavlovna Botkina, 1905
Portrait de Maxime Gorki, 1905
Portrait de Mikhail Mikhailovitch Fokine, 1909
Portrait de N.Z. Rappoport, 1908Portrait de Nadezhda Derviz et son enfant, 1888-1889
Portrait de Nadezhda Petrovna Lamanova, 1911
Portrait de Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov, 1898
Portrait de Nikolaï Andreievitch Rimski-Korsakov, 1908
Portrait de Nikolaï Pozniakov, 1908
Portrait de Nikolaï Semionovitch Leskov, 1894
Portrait de Pavel Petrovitch Tchistiakov, 1881
Portrait de Piotr Petrovitch Semionov-Tien-Shanski, 1905
Portrait de Praskovïa Mamontova, 1889
Portrait de Savva Mamontov, 1887
Portrait de Serge Diaghilev (inachevé), 1904
Portrait de Sophia Botkine, 1899
Portrait de Sophia Dragomirova-Loukomskaïa, 1900
Portrait de Tamara Platonovna Karsavina, 1909
Portrait de Vasili Ivanovitch Kachalov, 1908
Portrait de Vaslav Nijinsky, 1910
Portrait de Vera Pavlovna Ziloti, 1902
Portrait de Vladimir Golitsyn, 1906
Portrait de Vladimir Osipovitch Girshman, 1911
Portrait de Vladimir Vladimirovitch von Meck, 1901
Portrait de Wanda Landowska, 1907
Portrait de Yekaterina Chokolova, 1887
Portrait d’Élisabeth Karzinkina, 1905
Portrait d’Henriette Hirshman, 1907
Portrait d’Ida Lvovna Rubinstein, 1910
Portrait d’Ilia Iefimovitch Répine, 1901
Portrait d’Ilya Semionovitch Ostroukhov, 1902
Portrait d’Isabella Yulievna Grünberg, 1910
Portrait d’Ivan Mikhailovitch Moskvin, 1908
Portrait d’Ivan Morozov, 1910
Portrait d’Olga Fiodorovna Troubnikova, 1885
Portrait du comte Félix Félixovitch Soumarokoff-Elston avec son chien, 1903
Portrait du grand-duc Paul Alexandrovitch, 1897
Portrait du prince Félix Youssoupoff, comte Soumakoroff-Elston (père), 1903
Poulains à un point d’eau. Domotkanovo, 1904

Q/R
Quai des Schiavoni à Venise (étude), 1887
Le Quartette. Dessin pour les Fables de Krylov, 1895-1911
Le Renard et les raisins. Dessin pour les Fables de Krylov, 1895-1911
Rinçage du linge. Sur la rivière (étude), 1901

S
Sasha Serov, 1897
Le Serviteur d’Abraham trouve une femme pour Isaac, Rebecca, 1894
Soir d’automne à Domotkanovo, 1886
« Soldats, soldats, héros chacun d’eux…», 1905
Le Sommet. Dessin pour les Fables de Krylov, 1895-1911

T
Terrasse avec balustrade, 1903
Troupeau, années 1890

V
Valentin Serov, 1901, Ilya Répine
Valentin Serov (à droite) et ses compagnons d’étude, Mikhail Vroubel et Vladimir Derviz, 1883-1884, photographie
Valentin Serov (à l’extrême droite) lors d’une fête donnée par Savva Mamontov (à l’extrême gauche)
à Abramtsevo, 1888, photographie
Valentin Serov (debout à gauche) avec les membres du cercle d’artistes d’Abramtsevo, 1886,
photographie
Valentin Serov (gauche), Ilya Ostroukhov (au piano) et Sergei, Mikhail et Youri Mamontov à
Abramtsevo, 1888, photographie
Valentin Serov enfant, photographie
Valentin Serov et Piotr Spiro, membre du cercle artistique de Mamontov, photographie
Valentin Serov jeune homme, photographie
Valentin Serov peignant le portrait d’Isaac Levitan, 1893, photographie
Valentin Serov, fin des années 1880, photographie
Valentina Serova, mère de l’artiste, photographie
Version d’un dessin de rideau pour le ballet Schéhérazade (musique par Nikolaï Rimski-Korsakov),
1910, photographie
Vieille Maison de bain à Domotkanovo, 1888
Village, 1898

Ilya Répine, Valentin Serov, 1901.








INTRODUCTION À LA PEINTURE RUSSE

Fenêtre ouverte. Lilas ( é t u d e ) , 1 8 8 6 .
Huile sur toile, 49,4 x 39,7 cm.
Musée des Beaux-Arts de Biélorussie, Minsk.
e eL’intensité spirituelle des icônes, la diversité des portraits des XVIII et XIX siècles, la puissance
d’évocation des paysages, scènes de la vie paysanne et peintures historiques des Ambulants, le
eraffinement des artistes du monde de l’art, l’audace expérimentale du XX siècle… Pour qui n’est pas
familier de la peinture russe, sa richesse se révélera une surprise, mieux, une découverte fascinante.

La décision de Pierre le Grand de construire une capitale qui fût « une fenêtre sur l’Europe » eut une
portée considérable sur le destin de la peinture russe. Tout d’abord, le tsar lui-même attira en Russie
des architectes, artisans et artistes venus des quatre coins d’Europe, tant pour dessiner et décorer les
édifices de Saint-Pétersbourg que pour apporter aux Russes le savoir-faire nécessaire à la vaste
entreprise de modernisation du pays. Dans la même ligne, il finança les études à l’étranger d’artistes
russes et conçut le projet d’intégrer une section artistique à l’Académie des sciences nouvellement
créée.

Ce projet ne trouva son aboutissement qu’après sa mort, dans la fondation, en 1757, de l’Académie
impériale des beaux-arts, qui ouvrit ses portes six ans plus tard. Pendant plus d’un siècle, l’Académie
exerça une influence majeure sur l’art russe. On lui adjoignit ensuite une école préparatoire, où les
artistes en herbe étaient envoyés entre six et dix ans. Les études pouvaient durer quinze ans.

Très hiérarchisée, l’Académie comportait une échelle de titres allant de l’ « artiste sans grade » à
el’académicien, au professeur et au membre du Conseil. Et, jusqu’au dernier quart du XIX siècle, la
doctrine classique y régna sans partage. Pour contraignant, voire frustrant que son enseignement fût
parfois pour ses élèves, l’Académie avait en tout cas pour mérite d’offrir une formation solide et
complète aux jeunes qui faisaient montre de quelque talent.

À l’origine, l’Académie comptait une majorité de professeurs étrangers, principalement français et
e eitaliens. C’est la raison pour laquelle, du milieu du XVIII siècle au milieu du XIX siècle, la
peinture russe doit beaucoup aux courants qui, d’abord en vogue dans d’autres régions d’Europe,
atteignaient ensuite, avec un léger retard, la Russie.

Étant donné la distance entre Saint-Pétersbourg et les capitales d’Europe occidentale, ce décalage
n’est pas surprenant. Pourtant, les peintres russes disposaient de nombreuses occasions de se
familiariser avec l’art russe et étranger, à la fois grâce à la circulation de reproductions (la plupart du
temps sous la forme de gravures et de lithographies) et aux achats d’œuvres d’art par la classe
dirigeante.

Catherine la Grande, elle-même, ne se contenta pas de fonder l’Académie (ce qui impliquait l’offre de
bourses de voyage aux diplômés), elle acheta également des chefs-d’œuvre de l’art français, italien et
hollandais pour l’Ermitage. À la Révolution française, ses agents en particulier – et les visiteurs
russes à Paris en général – réalisèrent d’excellentes affaires lorsque les châteaux furent pillés et leur
contenu mis en vente.

En 1863 – l’année du premier Salon des Refusés à Paris – quatorze étudiants de premier plan (treize
peintres et un sculpteur) quittèrent l’Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg pour
protester contre ses positions conservatrices et la rigidité de son règlement. Leur premier geste fut de
monter une coopérative d’artistes, mais le besoin se fit vite sentir d’avoir association plus large et
mieux structurée : ce sera, quelques années plus tard, la Société des expositions artistiques
ambulantes.

L’association fut officiellement créée en novembre 1870 et la première exposition eut lieu en
novembre 1871 (la dernière date de 1923). Les fers de lance du mouvement étaient Ivan Kramskoï –
(1837-1887) portraitiste, peintre d’histoire et de genre, ce dernier enseigne à l’école de dessin de la
Société d’encouragement des artistes de Saint-Pétersbourg avant de recevoir le grade d’académicien
en 1869 –, Vassili Perov – (1834-1882) peintre de portrait, d’histoire et de genre, de 1871 à 1873, il
enseigne la peinture à l’École de peinture de sculpture et d’architecture de Moscou –, GrigoriMiassoïedov – (1834-1911) peintre de portrait, d’histoire et de genre, il séjourne en Allemagne, en
Italie, en Espagne et en France après avoir fait ses études à l’Académie des beaux-arts de
SaintPétersbourg et compte parmi les membres de la direction de la Société des expositions artistiques
ambulantes – ; enfin Nicolas Gay – (1831-1894) peintre de sujets religieux, de tableaux d’histoire, de
portraits et de paysages, sculpteur et graveur – écrit également des articles sur l’art.

À la base de leur initiative, se trouve la volonté de rendre l’art accessible à un plus vaste public. D’où
l’idée – peut-être inspirée par les n a r o d n i k i, les populistes qui parcouraient alors la Russie pour
propager leurs idées de réforme sociale et politique – d’organiser de ville en ville des expositions
itinérantes. Le nom de la société vient de là. D’abord étudiant à la faculté de physique et de
mathématiques de Saint-Pétersbourg, il rejoint l’Académie des beaux-arts où il enseigne à partir de
1863.

Comme les impressionnistes en France (qui tinrent leur première exposition en 1874), les
p e r e d v i z h n i k i – « ambulants » ou « itinérants » en russe – accueillirent, avec le temps, une quantité
d’artistes aux styles et aux préoccupations de plus en plus divers. Mais à l’origine, au moins, la
Société présentait une certaine homogénéité dans ses objectifs idéologiques.

Contemporains des écrits sociaux de Herzen, Tchernychevski, Tourgueniev, Dostoïevski et Tolstoï, la
majorité des Ambulants s’intéressèrent à la condition du peuple et stigmatisèrent les inégalités,
criantes à l’époque, de la société russe. Les plus radicaux d’entre eux développèrent ensuite ce qui fut
connu sous le nom de « Réalisme critique ».

À la Fenêtre. Portrait d’Olga Troubnikova
(inachevé), 1886.
Huile sur toile collée sur carton, 74,5 x 56,3 cm.
Galerie Trétiakov, Moscou.

Paysanne dans une charrette, 1 8 9 6 .
Huile sur toile, 48 x 70 cm.
Musée russe, Saint-Pétersbourg.

Village, 1 8 9 8 .
Gouache et aquarelle sur papier collé sur carton,
25,5 x 37,5 cm.
Galerie Trétiakov, Moscou.
eDans le premier quart du XX siècle, les peintres du modernisme russe désirent conférer à l’art une
résonance sociale plus large. Leur reste à concilier l’attachement profond qu’éprouvent les Russes
face à la tradition et l’envie de renouveau. Celui-ci s’exprime alors à travers les courants les plus
divers.

L’avant-garde russe offre de multiples facettes, puisant son inspiration aussi bien dans les sources
epropres à son pays qu’étrangères, de sorte qu’au début du XX siècle, l’art russe se trouve à la pointe
du processus artistique mondial.

La Russie se dota de remarquables collections qui s’agrandirent encore, quelque cent ans plus tard,
quand Serge Chtchoukine et les frères Mikhaïl et Ivan Morozov achetèrent une série de toiles
impressionnistes françaises. En 1892, le négociant, et industriel, Pavel Tretiakov, offrit à la ville de
Moscou sa gigantesque collection de peintures (dont plus d’un millier d’œuvres d’artistes russes),
qui sont exposées et entreposées à la galerie qui porte désormais son nom. Enfin, six ans plus tard, le
Musée russe ouvrit ses portes à Saint-Pétersbourg, au palais Mikhaïlovski : il abrite de nos jours plus
de 300 000 pièces, dont 14 000 peintures.

Les expositions jouèrent également un rôle important dans le développement de l’art russe, tel le
eretour de l’icône au début du XX siècle. Pendant deux cents ans en effet, même si elles n’avaient
cessé de faire l’objet de vénération religieuse, les icônes, en tant qu’œuvres d’art, avaient connu une
réelle éclipse. Beaucoup d’entre elles avaient d’ailleurs été endommagées, s’étaient ternies sous la
saleté ou avaient été repeintes mal à propos.

En 1904, une restauration de La Trinité de Roublev lui rendit toute sa splendeur et, en 1913, une
exposition remarquable d’icônes restaurées ou simplement nettoyées se tint à Moscou pour célébrer
le millénaire de la dynastie Romanov. On vit alors plusieurs peintres, et non des moindres,
redécouvrir l’icône, ses tons et sa facture spécifiques. De même, la grande exposition de portraits du
eXVIII siècle organisée par Diaghilev au palais Tauride à Saint-Pétersbourg en 1905 fut à l’origine
d’un net regain d’intérêt pour le portrait et, plus largement, pour le patrimoine artistique russe en
général.

Enfin, les expositions internationales (comme celles organisées par la revue de La Toison d’Or en
1908 et 1909), ainsi que les voyages d’artistes à l’étranger ou, à l’inverse, les visites d’artistes
étrangers en Russie, permirent aux peintres russes de mieux connaître des mouvements tels que
l’Impressionnisme, le Symbolisme, le Futurisme et le Cubisme. Et il est fascinant, aujourd’hui, de
constater comment des artistes aussi différents que Grabar, Vroubel, Chagall ou encore Larionov ou
Goncharova intégrèrent ces influences à leur art personnel, en y mêlant des éléments purement russes.

Jeune Fille aux pêches.
Portrait de Vera Mamontova, 1 8 8 7 .
Huile sur toile, 91 x 85 cm.
Galerie Trétiakov, Moscou.