William Blake

-

Livres
256 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Figure majeure du mouvement romantique, le britannique William Blake (1757-1827) fut à la fois peintre, dessinateur, graveur et poète. L’artiste s’attachant à illustrer lui-même son Œuvre littéraire, les textes de Blake se développent suivant les lignes de ses gravures et dessins hallucinés, et deviennent, dès lors, de véritables enluminures. Inspiré des thèmes bibliques et prophétiques (Proverbes de l’Enfer, L’Évangile éternel, Les Portes du Paradis, etc.), l’art de Blake mélange
subtilement la modernité de son époque et de la révolution romantique au classicisme des thèmes qu’il explore. Doté d’un imaginaire et d’une originalité sans égal, l’artiste joua de la diversité des médiums afin d’extérioriser, au mieux, les démons qui le hantaient et de plonger, ainsi, le spectateur ou le lecteur dans une profonde mélancolie. C’est toute la vie et l’art de cet artiste incontournable, qu’Osbert Burdett met en lumière au fil des pages de cette monographie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 mai 2012
Nombre de lectures 1
EAN13 9781781602935
Langue Français
Poids de l'ouvrage 97 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
WILLIAM BLAKE
Osbert Burdett
Auteur : Osbert Burdett
Mise en page : BASELINE CO LTD 33 ter – 33 bis Mac Dinh Chi St., e Star Building, 6 étage District 1, Hô-Chi-Minh-Ville Vietnam
© Parkstone Press International, New York, USA © Confidential Concepts, Worldwide, USA
Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays. Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.
ISBN : 978-1-78160-293-5
OSBERT BURDETT
WILLIAM BLAKE
Sommaire
I. Une Révélation précoce
II. Visions poétiques
III. Le Crépuscule d’un prophète
Notes Bibliographie
Liste des illustrations
7
77
169
252 253
254
6
I. Une Révélation précoce
Enfance, 17571771
La mort de William Blake, en août 1827, dans un petit deux-pièces de Fountain Court, une ruelle située à quelque distance de la Strand, passa inaperçue, excepté pour un petit cercle d’amis, cercle qui s’élargit peu à peu. C’étaient de jeunes artistes qui l’admiraient et se considéraient comme ses disciples. Blake, en effet, sut éveiller un grand intérêt chez tous les esprits raffinés qui eurent la chance de découvrir son caractère et son œuvre. C’est ainsi que son héritage commença à être communiqué au monde. En 1828, 1830 et 1832, J. T. Smith, Allan Cunningham et Frederic Tatham publièrent leurs souvenirs sur le poète et artiste qu’il avait été. Les nombreuses années qui se sont écoulées depuis ces premiers admirateurs ont vu l’intérêt pour Blake croître considérablement. Aujourd’hui, des livres ont été écrits à son sujet, des bibliothèques et des musées dans le monde entier sont consacrés à son œuvre. L’ensemble des écrits publiés de Blake est, aujourd’hui encore, incomplet. Il subsiste néanmoins une chance de voir certaines de ses œuvres disparues sortir un jour de l’oubli. Nous le considérons e désormais comme un « prophète » du XIX siècle, le précurseur du mouvement romantique, indépendamment de Chatterton et des « Lake Poets », celui qui formula le principe d’énergie, utilisé avec plus de pertinence chez Nietzsche dont la pensée et le style aphoristique ressemblent curieusement à ceux de Blake, et qui redécouvrit l’esprit du pardon. Blake était un poète, un artiste, un visionnaire et un excentrique dont les derniers écrits tourmentent les universitaires avides de vérités intelligibles et appréhensibles. Blake demeure pour toujours un poète et un mystère. En fait, ces bizarreries qui échappent au domaine artistique ne font qu’accroître encore sa réputation. L’histoire de sa famille est peu connue. Les registres paroissiaux, découverts par M. Arthur Symons, révèlent que William Blake naquit le 28 novembre 1757 et qu’il était le troisième enfant de James et Catherine Blake, résidant alors au numéro 28 de Broad Street, non loin du Golden Square à
Londres. Ces registres indiquent également que le futur poète avait deux frères plus âgés et deux plus jeunes. Deux d’entre eux, le second et le quatrième, avaient été baptisés « John ». M. Symons en a déduit que le premier John était décédé avant l’âge de cinq ans et que son nom avait été donné au quatrième fils, probablement celui que Blake appelait « le mauvais ». Le cinquième fils est répertorié sous le nom de Richard. C’était le frère préféré de Blake. Après ces 1 cinq garçons naquit une petite fille, Catherine Elizabeth. Le 11 décembre, William Blake, âgé d’une quinzaine de jours, fut baptisé, en même temps que cinq autres enfants, à l’église St. James de Westminster, l’une des églises de Christopher Wren. À cette même époque naquit le sculpteur italien Canova. Les futurs amis de Blake, le peintre et graveur anglais Stothard et le sculpteur et dessinateur Flaxman étaient âgés de deux ans, tandis que le poète Thomas Chatterton, de Bristol, était déjà un petit garçon de cinq ans. Une anecdote retrouvée dans le journal intime de Crabb Robinson permet de se faire une idée de l’atmosphère qui berça l’enfance de Blake. Elle rapporte en quels termes l’épouse du poète lui rappelait sa toute première vision : « La première fois que tu as vu Dieu, disait-elle alors que son mari lui décrivait son étrange faculté, tu avais quatre ans. Il a passé sa tête à la fenêtre et tu t’es mis à hurler de frayeur ». Lorsque Blake avait huit ans, ces visions lui étaient devenues familières. À cette époque, Camberwell, Dulwich, Sydenham et Newington Butts étaient encore des villages et l’enfant débordant d’énergie qu’il était pouvait atteindre rapidement, depuis Golden Square, les champs situés aux abords de Londres. Au retour d’une de ces promenades, Blake revint en courant à la maison et affirma à sa mère qu’il avait vu le prophète Ézéchiel sous un arbre. La brave femme battit l’enfant pour cette déclaration, sans aucun doute scandalisée de ce qu’un prophète puisse être plus réel pour son fils que pour elle-même. Cependant, elle semble avoir éprouvé pour lui de la compassion, car, environ un an plus tard, lorsque Blake revint de Peckham Rye annonçant qu’il avait vu un arbre chargé d’anges, et que son père s’apprêtait à lui donner le fouet pour le
William Blake, David délivré des grandes eaux,« Il était monté sur les chérubins »,vers 1805. Plume avec encre et aquarelle sur papier, 41,5 x 34,8 cm. Tate Gallery, Londres.
7
corriger de ce mensonge, elle plaida en sa faveur. Une autre fois, par un clair matin de début d’été, alors qu’il observait les paysans en pleine fenaison, l’enfant vit des êtres angéliques marchant parmi eux. Nous ignorons l’accueil que reçut l’annonce de cette troisième vision dans son foyer, mais il est évident que ses deux parents devenaient de plus en plus conscients des dons étranges du jeune garçon et commençaient à les tolérer. Ainsi, son père, connaissant par expérience le tempérament difficile du jeune Blake, refusa de le scolariser. Il y avait probablement eu des explosions à la maison. Perplexes, ses parents, renonçant à le battre, hésitant même à le punir, n’envisagèrent cependant pas de le confier à des étrangers qui auraient été moins patients qu’eux-mêmes. L’imagination du garçon et l’impulsivité avec laquelle il exprimait ses sentiments étaient probablement ses plus grands défauts. Blake fut donc éduqué chez lui. Il y apprit à lire et à écrire, mais rien de plus. La précocité avec laquelle il commença à écrire de la poésie, montra qu’il avait développé ce talent avec une grande facilité. De plus, étant donné la fécondité de son imagination, l’étendue de son environnement et la symbolique religieuse dont était empreinte la conversation de son père et de ses amis, il semble que Blake aurait eu besoin d’autres compagnies, ou d’un maître. S’il eût appris le grec et le latin dès son enfance, l’étude approfondie de ces littératures et des récits historiques qui y sont liés aurait peut-être offert un contraste bénéfique avec les centres d’intérêts exclusivement religieux de son cercle familial. Une autre mythologie, une autre symbolique, auraient alors été présentées à son esprit. Les choses étant telles, il n’y eut aucun point de comparaison au 2 regard duquel l’influence excentrique de Swedenborg eût pu être corrigée. Le père de Blake n’était pas conscient d’une quelconque lacune dans l’éducation de son fils. Savoir lire et écrire suffisaient, en effet, pour lui permettre d’aider son frère aîné dans la bonneterie familiale, puisque c’était là, naturellement, l’avenir auquel le père les destinait tous deux. Cependant, William crayonnait au dos des factures des clients et dessinait des esquisses sur le comptoir. On en vint à se demander s’il ferait un bon bonnetier. Dans le cas contraire, que faire de lui ? Allan Cunningham, à qui nous devons tous ces détails, évoque les conversations anxieuses entre les différents membres de la famille et les partis pris par les uns ou les autres. Il ajoute, par exemple, que la passion du garçon pour l’art était « secrètement encouragée par sa mère » et que « Blake devint un artiste à dix ans, un poète à
8
douze ». L’ordre dans lequel ces deux talents se sont développés a son importance. L’unique instruction formelle que Blake eût reçue était, bien entendu, celle d’un artiste et non celle d’un homme de lettres. De sa double prédisposition à l’art et à la poésie, la partie artistique a été cultivée, la partie littéraire, laissée à l’abandon. Son sens de l’observation fut nourri de ce qu’il voyait dans la nature, des hommes dans les champs et dans les rues, son imagination, déjà stimulée par ces images, fut alimentée par la contemplation de tableaux, son intelligence fut éveillée par des conversations religieuses, par le partage d’opinions et par une lecture de livres totalement dépourvue de regard critique. Selon les spécialistes, les lectures favorites de Blake furent Vénus et Adonis,Tarquin et Lucrèce, et lesSonnetsde Shakespeare, ainsi que lesSous-Boiset lesAnthologiesde Johnson. C’est probablement à cette époque que Blake commença à écrire, mais son penchant pour le dessin fut plus précoce encore. Étant donné qu’il n’y avait pas d’apprentissage formel des lettres, son père, de plus en plus résigné devant les désirs évidents de Blake, l’envoya, lorsqu’il eut dix ans, dans une école de dessin tenue par le maître et dessinateur M. Henry Pars, située sur la Strand. Le bien-fondé de cette décision fut confirmé par la manière dont le garçon occupait ses loisirs. Lorsqu’il ne se promenait pas dans la campagne et qu’il n’était pas à la maison en train de lire, il visitait des galeries de peinture privées ouvertes au public, ou assistait à la vente aux enchères de gravures anciennes chez Longford et chez Christie’s. Longford, déclare Malkin, « l’appelait son petit connaisseur, et abaissait souvent son marteau avec une précipitation toute amicale pour que lui fût accordé un lot bon marché. Blake copiait Raphaël et Michel-Ange, Martin Heemskerk et Albrecht Dürer, Giulio Romano et les autres peintres ayant marqué l’histoire de la peinture, refusant d’acheter toute autre gravure. Ses choix étaient en général condamnés par ses jeunes compagnons qui se moquaient de ce qu’ils appelaient son goût mécanique. » Personne, hélas, ne critiquait les modèles littéraires de son père, et la rigueur de ses goûts en matière d’art était l’exact opposé de ses goûts littéraires. Il ne changea jamais de position, ni pour l’art, ni pour les lettres. « Je suis heureux, écrivait Blake longtemps après dans ses notes sur lesDiscoursde Sir Joshua Reynolds, de dire que Raphaël ne m’était pas inconnu et ce, depuis ma plus tendre enfance. Je vis et compris immédiatement la différence entre
William Blake, La Crucifixion,« Voici ta mère »,vers 1805. Plume avec encre et aquarelle sur papier, 41,3 x 30 cm. Tate Gallery, Londres.
9
10
William Blake, La Pitié,vers 1795. Estampe en couleur rehaussée d’encre et d’aquarelle sur papier, 42,5 x 53,9 cm. Tate Gallery, Londres.