William Blake

-

Livres
283 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Figure majeure du mouvement romantique, le britannique William Blake (1757-1827) fut à la fois peintre, dessinateur, graveur et poète. L’artiste s’attachant à illustrer lui-même son Œuvre littéraire, les textes de Blake se développent suivant les lignes de ses gravures et dessins hallucinés, et deviennent, dès lors, de véritables enluminures. Inspiré des thèmes bibliques et prophétiques (Proverbes de l’Enfer, L’Évangile éternel, Les Portes du Paradis, etc.), l’art de Blake mélange
subtilement la modernité de son époque et de la révolution romantique au classicisme des thèmes qu’il explore. Doté d’un imaginaire et d’une originalité sans égal, l’artiste joua de la diversité des médiums afin d’extérioriser, au mieux, les démons qui le hantaient et de plonger, ainsi, le spectateur ou le lecteur dans une profonde mélancolie. C’est toute la vie et l’art de cet artiste incontournable, qu’Osbert Burdett met en lumière au fil des pages de cette monographie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 septembre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9781783108749
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

Auteur : Osbert Burdett

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
ème4 étage
District 3, Hô Chi Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
I m a g e - B a r www.image-bar.com

Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en
sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans
certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison
d’édition.

ISBN : 978-1-78310-874-9OSBERT BURDETT




WILLIAM BLAKE





S o m m a i r e


I. Une Révélation précoce
Enfance, 1757-1771
Apprentissage et mariage, 1771-1787
Les Poèmes lyriques
II. Visions poétiques
Poland Street et les premières prophéties, 1787-1792
Lambeth
Les Idées de Blake sur l’art
À Felpham avec Hayley, 1800-1803
III. Le Crépuscule d’un prophète
M i l t o n et J é r u s a l e m
Encore Londres, 1804-1809
1810-1818
Disciples et décès
Blake et le Sublime
Bibliographie
Liste des illustrations
NotesWilliam Blake, David délivré des grandes eaux,
« Il était monté sur les chérubins », vers 1805.
Plume avec encre et aquarelle sur papier,
41,5 x 34,8 cm. Tate Gallery, Londres.


I. Une Révélation précoce


Enfance, 1757-1771

La mort de William Blake, en août 1827, dans un petit deux-pièces de Fountain Court, une ruelle
située à quelque distance de la Strand, passa inaperçue, excepté pour un petit cercle d’amis, cercle qui
s’élargit peu à peu. C’étaient de jeunes artistes qui l’admiraient et se considéraient comme ses
disciples. Blake, en effet, sut éveiller un grand intérêt chez tous les esprits raffinés qui eurent la
chance de découvrir son caractère et son œuvre. C’est ainsi que son héritage commença à être
communiqué au monde. En 1828, 1830 et 1832, J. T. Smith, Allan Cunningham et Frederic Tatham
publièrent leurs souvenirs sur le poète et artiste qu’il avait été. Les nombreuses années qui se sont
écoulées depuis ces premiers admirateurs ont vu l’intérêt pour Blake croître considérablement.
Aujourd’hui, des livres ont été écrits à son sujet, des bibliothèques et des musées dans le monde
entier sont consacrés à son œuvre. L’ensemble des écrits publiés de Blake est, aujourd’hui encore,
incomplet. Il subsiste néanmoins une chance de voir certaines de ses œuvres disparues sortir un jour
ede l’oubli. Nous le considérons désormais comme un « prophète » du XIX siècle, le précurseur du
mouvement romantique, indépendamment de Chatterton et des « Lake Poets », celui qui formula le
principe d’énergie, utilisé avec plus de pertinence chez Nietzsche dont la pensée et le style
aphoristique ressemblent curieusement à ceux de Blake, et qui redécouvrit l’esprit du pardon. Blake
était un poète, un artiste, un visionnaire et un excentrique dont les derniers écrits tourmentent les
universitaires avides de vérités intelligibles et appréhensibles. Blake demeure pour toujours un poète
et un mystère. En fait, ces bizarreries qui échappent au domaine artistique ne font qu’accroître encore
sa réputation.
L’histoire de sa famille est peu connue. Les registres paroissiaux, découverts par M. Arthur
Symons, révèlent que William Blake naquit le 28 novembre 1757 et qu’il était le troisième enfant de
James et Catherine Blake, résidant alors au numéro 28 de Broad Street, non loin du Golden Square à
Londres. Ces registres indiquent également que le futur poète avait deux frères plus âgés et deux plus
jeunes. Deux d’entre eux, le second et le quatrième, avaient été baptisés « John ». M. Symons en a
déduit que le premier John était décédé avant l’âge de cinq ans et que son nom avait été donné au
quatrième fils, probablement celui que Blake appelait « le mauvais ». Le cinquième fils est répertorié
sous le nom de Richard. C’était le frère préféré de Blake. Après ces cinq garçons naquit une petite
fille, Catherine Elizabeth.[1]
Le 11 décembre, William Blake, âgé d’une quinzaine de jours, fut baptisé, en même temps que
cinq autres enfants, à l’église St. James de Westminster, l’une des églises de Christopher Wren. À
cette même époque naquit le sculpteur italien Canova. Les futurs amis de Blake, le peintre et graveur
anglais Stothard et le sculpteur et dessinateur Flaxman étaient âgés de deux ans, tandis que le poète
Thomas Chatterton, de Bristol, était déjà un petit garçon de cinq ans. Une anecdote retrouvée dans le
journal intime de Crabb Robinson permet de se faire une idée de l’atmosphère qui berça l’enfance de
Blake. Elle rapporte en quels termes l’épouse du poète lui rappelait sa toute première vision : « La
première fois que tu as vu Dieu, disait-elle alors que son mari lui décrivait son étrange faculté, tu
avais quatre ans. Il a passé sa tête à la fenêtre et tu t’es mis à hurler de frayeur ». Lorsque Blake avait
huit ans, ces visions lui étaient devenues familières.
À cette époque, Camberwell, Dulwich, Sydenham et Newington Butts étaient encore des villages
et l’enfant débordant d’énergie qu’il était pouvait atteindre rapidement, depuis Golden Square, les
champs situés aux abords de Londres. Au retour d’une de ces promenades, Blake revint en courant à
la maison et affirma à sa mère qu’il avait vu le prophète Ézéchiel sous un arbre. La brave femmebattit l’enfant pour cette déclaration, sans aucun doute scandalisée de ce qu’un prophète puisse être
plus réel pour son fils que pour elle-même. Cependant, elle semble avoir éprouvé pour lui de la
compassion, car, environ un an plus tard, lorsque Blake revint de Peckham Rye annonçant qu’il avait
vu un arbre chargé d’anges, et que son père s’apprêtait à lui donner le fouet pour le corriger de ce
mensonge, elle plaida en sa faveur. Une autre fois, par un clair matin de début d’été, alors qu’il
observait les paysans en pleine fenaison, l’enfant vit des êtres angéliques marchant parmi eux. Nous
ignorons l’accueil que reçut l’annonce de cette troisième vision dans son foyer, mais il est évident
que ses deux parents devenaient de plus en plus conscients des dons étranges du jeune garçon et
commençaient à les tolérer. Ainsi, son père, connaissant par expérience le tempérament difficile du
jeune Blake, refusa de le scolariser. Il y avait probablement eu des explosions à la maison. Perplexes,
ses parents, renonçant à le battre, hésitant même à le punir, n’envisagèrent cependant pas de le confier
à des étrangers qui auraient été moins patients qu’eux-mêmes. L’imagination du garçon et
l’impulsivité avec laquelle il exprimait ses sentiments étaient probablement ses plus grands défauts.
Blake fut donc éduqué chez lui. Il y apprit à lire et à écrire, mais rien de plus. La précocité avec
laquelle il commença à écrire de la poésie, montra qu’il avait développé ce talent avec une grande
facilité. De plus, étant donné la fécondité de son imagination, l’étendue de son environnement et la
symbolique religieuse dont était empreinte la conversation de son père et de ses amis, il semble que
Blake aurait eu besoin d’autres compagnies, ou d’un maître. S’il eût appris le grec et le latin dès son
enfance, l’étude approfondie de ces littératures et des récits historiques qui y sont liés aurait peut-être
offert un contraste bénéfique avec les centres d’intérêts exclusivement religieux de son cercle
familial. Une autre mythologie, une autre symbolique, auraient alors été présentées à son esprit. Les
choses étant telles, il n’y eut aucun point de comparaison au regard duquel l’influence excentrique de
Swedenborg[2] eût pu être corrigée. Le père de Blake n’était pas conscient d’une quelconque lacune
dans l’éducation de son fils. Savoir lire et écrire suffisaient, en effet, pour lui permettre d’aider son
frère aîné dans la bonneterie familiale, puisque c’était là, naturellement, l’avenir auquel le père les
destinait tous deux.
Cependant, William crayonnait au dos des factures des clients et dessinait des esquisses sur le
comptoir. On en vint à se demander s’il ferait un bon bonnetier. Dans le cas contraire, que faire de
lui ? Allan Cunningham, à qui nous devons tous ces détails, évoque les conversations anxieuses entre
les différents membres de la famille et les partis pris par les uns ou les autres. Il ajoute, par exemple,
que la passion du garçon pour l’art était « secrètement encouragée par sa mère » et que « Blake
devint un artiste à dix ans, un poète à douze ». L’ordre dans lequel ces deux talents se sont développés
a son importance. L’unique instruction formelle que Blake eût reçue était, bien entendu, celle d’un
artiste et non celle d’un homme de lettres. De sa double prédisposition à l’art et à la poésie, la partie
artistique a été cultivée, la partie littéraire, laissée à l’abandon. Son sens de l’observation fut nourri
de ce qu’il voyait dans la nature, des hommes dans les champs et dans les rues, son imagination, déjà
stimulée par ces images, fut alimentée par la contemplation de tableaux, son intelligence fut éveillée
par des conversations religieuses, par le partage d’opinions et par une lecture de livres totalement
dépourvue de regard critique.
Selon les spécialistes, les lectures favorites de Blake furent Vénus et Adonis, Tarquin et Lucrèce,
et les Sonnets de Shakespeare, ainsi que les Sous-Bois et les Anthologies de Johnson. C’est
probablement à cette époque que Blake commença à écrire, mais son penchant pour le dessin fut plus
précoce encore. Étant donné qu’il n’y avait pas d’apprentissage formel des lettres, son père, de plus en
plus résigné devant les désirs évidents de Blake, l’envoya, lorsqu’il eut dix ans, dans une école de
dessin tenue par le maître et dessinateur M. Henry Pars, située sur la Strand. Le bien-fondé de cette
décision fut confirmé par la manière dont le garçon occupait ses loisirs. Lorsqu’il ne se promenait pas
dans la campagne et qu’il n’était pas à la maison en train de lire, il visitait des galeries de peinture
privées ouvertes au public, ou assistait à la vente aux enchères de gravures anciennes chez Longford
et chez Christie’s. Longford, déclare Malkin, « l’appelait son petit connaisseur, et abaissait souvent
son marteau avec une précipitation toute amicale pour que lui fût accordé un lot bon marché. Blake
copiait Raphaël et Michel-Ange, Martin Heemskerk et Albrecht Dürer, Giulio Romano et les autres
peintres ayant marqué l’histoire de la peinture, refusant d’acheter toute autre gravure. Ses choix
étaient en général condamnés par ses jeunes compagnons qui se moquaient de ce qu’ils appelaient son
goût mécanique. » Personne, hélas, ne critiquait les modèles littéraires de son père, et la rigueur de
ses goûts en matière d’art était l’exact opposé de ses goûts littéraires. Il ne changea jamais de
position, ni pour l’art, ni pour les lettres. « Je suis heureux, écrivait Blake longtemps après dans sesnotes sur les Discours de Sir Joshua Reynolds, de dire que Raphaël ne m’était pas inconnu et ce,
depuis ma plus tendre enfance. Je vis et compris immédiatement la différence entre Raphaël et
Rubens. » Blake s’était fait une idole de la cohérence, et empêchait ainsi toute évolution et toute
intrusion de solidarité dans sa pensée. Selon Gilchrist[3], les ventes aux enchères autorisaient des
enchères de « threepenny »[4]. On devine donc sans peine à quoi Blake employait son argent de
poche.William Blake, La Crucifixion,
« Voici ta mère », vers 1805.
Plume avec encre et aquarelle sur papier,
41,3 x 30 cm. Tate Gallery, Londres.William Blake, La Pitié, vers 1795.
Estampe en couleur rehaussée d’encre et d’aquarelle
sur papier, 42,5 x 53,9 cm. Tate Gallery, Londres.William Blake, La Nuit de la joie d’Enitharmon
(anciennement appelée Hécate), vers 1795. Estampe en couleur rehaussée
d’encre et d’aquarelle sur papier, 43,9 x 58,1 cm. Tate Gallery, Londres.William Blake, Newton, vers 1805.
Estampe en couleur rehaussée d’encre et d’aquarelle
sur papier, 46 x 60 cm. Tate Gallery, Londres.


L’institution de M. Pars était reconnue comme l’école préparatoire à l’académie de peinture et de
sculpture de St. Martin’s Lane, une excroissance de la Société des Artistes qu’Hogarth avait aidé à
fonder. L’académie royale elle-même n’ouvrit ses portes qu’un an plus tard, en 1768. Le fondateur de
cette école préparatoire était le peintre William Shipley. À son départ, Pars en avait repris la direction.
Grâce à la générosité de son plus jeune frère William, portraitiste très en vogue à l’époque, Pars avait
pu auparavant se rendre en Grèce pour y étudier les ruines. Il revint avec des porte-documents chargés
de dessins qui contribuèrent sans nul doute à l’instruction des élèves de son école. C’est
probablement de ces ébauches que Blake tint les connaissances précaires qu’il confirma avec
beaucoup d’assurance dans la suite de sa carrière. Les élèves de M. Pars apprenaient à dessiner
d’après les moulages en plâtre que leur maître réalisait des modèles antiques. Ils ne dessinaient jamais
d’après des modèles vivants, et l’absence de ce type d’exercice donna au père de Blake l’idée de
proposer à son fils des copies du Gladiateur, de l’Hercule et de la Vénus de Médicis, pour que son
fils pût continuer à dessiner à la maison. À cette même époque, Blake était soucieux d’agrandir sa
petite collection de gravures. Son père lui donnait de petites sommes à cet effet. Ses parents, ayant
compris vers quoi le portaient son cœur et ses talents, se montrèrent encourageants et désireux de
l’aider.
Blake resta chez M. Pars de l’âge de dix ans jusqu’à ses quatorze ans. Lorsqu’il n’était pas à
l’école, il était toujours très occupé à dessiner, à collectionner des gravures et à contempler des
tableaux. Il lisait aussi et avait vraisemblablement commencé à écrire des vers. L’avis au lecteur des
Esquisses poétiques, imprimées par ses amis en 1783, puis données non reliées au jeune auteur pour
qu’il pût les organiser comme il le souhaitait, affirme qu’elles contiennent « la production d’une
jeunesse sans éducation, débutée à douze ans, parfois reprise par l’auteur avant sa vingtième année ».
À douze ans, Blake devait encore passer deux ans à l’école de Pars. La charmante chanson « Quelle
douceur d’errer à travers champs » qui, aux dires de Malkin, « fut composée avant ses quatorze ans »,
doit donc avoir été écrite au cours de sa scolarité. Si nous admettons cette datation, ce chant devientreprésentatif du lyrisme de son enfance avec ses promenades et ses visions, et rappelle les poèmes
élisabéthains dont le jeune garçon se délectait. Tandis que les premiers chefs-d’œuvre de génie sont
généralement inspirés de souvenirs, ceux de Blake mettent en valeur sa sensibilité et combien il était
important, surtout pour lui, de tomber sous les meilleures influences. Le désir de surpasser tous les
modèles qu’il se choisissait atteignait, chez lui, un degré exceptionnel, et il n’est pas exagéré de dire
que les influences qui croisèrent sa route ont été, pour le meilleur ou pour le pire, des facteurs
déterminants de son œuvre. Si son père avait eu d’autres goûts et si lui-même n’avait pas découvert
Swedenborg par hasard, l’œuvre de Blake eût été très différente, car il se laissait facilement influencer
par son entourage. Tombé sous le charme des Élisabéthains, Blake produisit de nombreuses œuvres
illustrant son amour de la nature. Dans ses premiers poèmes, déjà, cette nature est présente, bien que
légèrement transfigurée. Dans les dessins qu’il réalisait à l’école, il devait travailler pour contrôler
son imagination exubérante. Ses écrits, quant à eux, étaient à la merci de ses lectures fortuites
d’enfance. Ils laissent deviner une imagination qui s’oriente, dans un premier temps, vers des thèmes
plus traditionnels, bien que démodés. Lorsqu’il échappa finalement à cette première influence, il ne
lui resta plus que ses propres caprices comme guides. Livré à sa solitude et au hasard, il pensait que le
meilleur moyen de progresser était de chérir et de forcer les traits de son idiosyncrasie. S’il était né à
l’époque des humanistes, il aurait accepté de se discipliner dans une école favorable à son
imagination, mais il se retrouva seul et confirma, au fil de son évolution, ses extravagances comme
s’il s’agissait de vertus supplémentaires. Les résultats, en littérature, furent une explosion
d’expériences, rarement réussies en soi, voire négligeables de par leurs implications. Peu d’hommes
ont réussi dans deux arts. Très peu s’avèrent être également doués pour les deux. Lorsqu’à l’instar de
Blake, un artiste possède cette double faculté, il n’est guère étonnant que le don le plus discipliné des
deux soit le plus glorieux.William Blake, Illustration pour Le Livre de Thel,
frontispice, 1789. Gravure en relief, colorée à
la main, 29,6 x 23,2 cm. Houghton Library,
Harvard University, Cambridge (Massachusetts).William Blake, Illustration pour Le Livre de Thel,
planche 4, 1789. Gravure en relief, colorée à
la main, 29,6 x 23,2 cm. Houghton Library,
Harvard University, Cambridge (Massachusetts).William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 1, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 3, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).


Les Esquisses poétiques révèlent Blake dans la seule période de sa vie où il lisait des livres
simplement comme des œuvres d’art. Son zèle artistique avait déjà été reporté sur le dessin.
Entièrement livré à lui-même dans ses études intellectuelles, soutenu par son entourage familial
quant à l’étrangeté de sa pensée, il en vint bientôt à lire dans le seul but de confirmer ses opinions
excentriques, jamais de les corriger. Son apprentissage volontaire de la littérature prit fin lorsqu’il
quitta l’école de Pars. Lorsque Blake fut sorti de l’enfance, il lut pour justifier son intuition
visionnaire, non pour apprendre le meilleur moyen de toucher ses lecteurs en adaptant ses idées à
leurs attentes. Il écrivait parfois très bien, malgré son caractère imprévisible. Peut-être aurait-il, en
des circonstances plus favorables à son développement, pu atteindre un accomplissement égal en
lettres et en art, pour peu qu’on lui eût enseigné l’art de l’écriture comme on lui enseigna celui du
dessin. Ce qui fit sa gloire d’écrivain, c’est d’avoir évoqué l’âge de l’innocence et l’aurore de la
réflexion. Ses dernières œuvres étaient vouées à devenir le monument du génie parmi les ruines de
l’intellect, et il faut peut-être une énergie intuitive aussi intense que celle de Blake pour rappeler au
monde que les excès d’intuition et de jugement privé ne sont pas moins désastreux que le formalisme
contre lequel il protestait. Il était parfaitement équipé de talents et d’aptitudes pour écrire les Chants
d’innocence. Il était suffisamment équipé pour prédire l’âge de l’expérience qui venait
immédiatement après. Il n’était pas du tout équipé pour créer une nouvelle forme littéraire adaptée
aux produits de sa profonde imagination. Son exemple constitue un avertissement : un génie qui
dédaigne les outils traditionnels et rejette toute discipline critique, risque d’être puni pour sa beauté.
Tenter, comme Blake l’a fait, de faire du sublime le fondement de la poésie plutôt que son aura,
revient à sacrifier les moyens à la fin, à rebâtir la tour de Babel et à risquer la confusion. Au lieu du
temple épique qu’il avait promis, il nous laissa des ruines sublimes, certes moins artificielles et
pittoresques que ces constructions visibles qui charmaient l’imagination des aristocrates ambitieux
dans les propriétés rurales de l’époque.
Même dans les Esquisses poétiques, le conflit qui oppose l’imagination galopante de Blake et sa
technique fragile est visible. Avant que sa technique fût submergée par un urgent message intérieur,
les productions littéraires de Blake ont atteint, un court instant, leur point le plus proche de
l’équilibre. Trop spécifiques quant à leur contenu, elles méritent d’être étudiées brièvement pour
leurs formes et pour les indications de mauvais augure qu’elles donnent sur son style ultérieur.
Toutes les caractéristiques de l’accomplissement ultime de Blake en littérature, sa musique, sa magie,
ses éclats d’imagination, ses vers soudain incohérents, s’y retrouvent, sous une forme ou sous une
autre. Dans son premier chant, daté approximativement :
Quelle douceur d’errer à travers champs,
De goûter à l’apogée de l’été.
J’y ai vu le Prince de l’Amour
Planer parmi les rayons du soleil...William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 5, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 2, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).


Les deux derniers vers sont déjà une image, une vision aux contours clairs qui semble destinée au
dessinateur et graveur que devait devenir le jeune Blake. Une telle qualité picturale est caractéristique
de toutes les Esquisses poétiques. Non que la métaphore devienne un simple symbole, mais le
symbole est une image assez vivante pour posséder une existence indépendante qui lui soit propre. Ce
chant et ceux qui l’accompagnent pourraient presque appartenir à un recueil élisabéthain, n’était cette
mystérieuse lueur qui, par une note d’extase surnaturelle, fait du poème plus qu’un chant, mais moins
qu’un hymne. Déjà la franchise des Élisabéthains, son regard empli d’innocence naturelle jaillissent
avec une particularité qui vient de loin, une étrange touche de magie, plus subtile que le plus simple
enchantement de l’époque de Spenser[5], et dépourvue de la métaphysique grotesque de Donne[6]. La
troisième strophe me semble suggérer cette transfiguration :
Avec les douces rosées de mai, mes ailes étaient mouillées,
Et Phébus enflamma ma fureur vociférante ;
Il m’attrapa dans son filet de soie,
Et m’enferma dans sa cage dorée.
Ici, ce qui frappe, c’est davantage l’aura d’enchantement que la magie immaculée de l’enfance ou
la fantaisie des Élisabéthains. Il y a là une ombre dans le rayonnement d’une présence mystérieuse,
ombre qui provient du vide que dissimulent ses rayons. Le poète est déjà possédé et tourmenté par un
démon.
Ces vers portent déjà les échos de Fletcher[7] et de Chatterton[8]. Étudions maintenant un extrait
d’un autre poème, la Chanson folle et son merveilleux « poème-frère » :
Viens par ici, ô souvenir,
Ton gai refrain, fais retentir :
Tandis que, par le vent portée,
Ta mélodie dans les airs plane,
J’irai me plonger dans le flot,
Où les amants, soupirant, rêvent,
Tout en pêchant les fantaisies
Qui passent au fil de l’eau cristalline.William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 6, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 10, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).


Ces vers suggèrent des comparaisons similaires, avec une complexité qui dénote, en général, une
forme retravaillée, non un simple original. De nombreuses impulsions ont marqué cette époque dans
l’imagination anglaise. Nous savons, en effet, bien que Blake n’ait probablement pas entendu parler
de lui avant 1777, que Chatterton aussi en était possédé. Son chant Chante mon virelai pourrait être
le frère de la chanson de Blake. Chatterton mourut en 1770, et son premier recueil de « poèmes
peutêtre écrits à Bristol par Thomas Rowley »[9] ne parut pas avant que Blake eût atteint l’âge de vingt
ans. À cette époque, si l’on en croit l’ « Avis au lecteur » des Esquisses poétiques, imprimées en
1783, le contenu du premier ouvrage de Blake avait déjà été écrit.
Les chants L’amour et l’harmonie s’unissent et J’aime la danse joyeuse sont pleins d’une
simplicité enfantine, propre à Blake lui-même, enfant moderne non perverti, vivant toujours en Éden.
Dans les chants écrits pour les quatre saisons se trouvent ses premiers essais de vers non rimés,
peutêtre inspirés par la lecture de la préface de Milton. La légère irrégularité de ces poèmes, fluctuant à
partir de la mesure normale, fascine par ses variations sur un rythme soutenu, jamais abandonné mais
sans cesse modulé. Le premier vers du chant :
« Hiver, scelle-les, tes portes de diamant ! » évoque un autre tableau et les talents de graveur de
Blake seraient presque superflus pour en faire une image visible à l’œil nu. Dans la strophe suivante,
la créature « dont la peau colle / à ses gros os [et] enjambe les rochers gémissants » est le père de tous
les monstres de Blake, un monstre dont le créateur est déjà amoureux des anatomies musclées de
Michel-Ange. Ces quatre chants marquent une pause à la fin de chaque strophe. Toutes les strophes
sont des quatrains ou des sizains, et ces pauses rendent l’absence de rimes presque imperceptible. À
l’Étoile du soir et Au Matin sont en vers blancs, avec une différence lyrique magique. Dans le
premier chant, on aperçoit « l’œil du lion (qui) flamboie », préfigurant déjà la venue du tigre. Seuls
La Belle Éléonore et Gwin de Norvège semblent être des imitations non inspirées. Il faut mentionner,
sans s’y appesantir, l’admiration que Blake, comme il l’avoua plus tard, portait à Ossian[10], révélé
en 1760, et l’impact probable des Reliques d’ancienne poésie anglaise(1765) de Thomas Percy. Si
l’on omet ces deux poèmes et le burlesque imparfait, à la mode de l’époque, de Colin-maillard, les
Esquisses poétiques ne sont pas le reflet de son époque, mais se situent plutôt au-delà.
La muse devenait lasse de voyager avec des mesures formelles. Elle voulait se libérer de l’étreinte
du couplet, pour jouer, pour danser, pour retrouver un nouvel enthousiasme. Elle enviait l’énergie
« barbare » des Élisabéthains, leur esprit d’aventure, la grâce simple de leurs chants et leur musique
naturelle, elle y aspirait comme le citadin quittant la ville poussiéreuse pour de vertes collines.
erCependant, la Réforme la séparait désormais des troubadours du règne de Jacques I . Impossible
pour elle de capturer de nouveau les délices humanistes dans la vie naturelle, dans le monde que nous
connaissons, dans le simple plaisir de sens vigoureux. L’ordre ancien de la foi avait été bouleversé
par l’invasion des doutes, des faits, de la science. L’enthousiasme s’était substitué à l’énergie, et bien
peu faisaient leurs délices de la beauté visible et l’estimaient suffisante pour combler les désirs du
cœur. La joyeuse Angleterre avait à jamais disparu et, dans l’âme des hommes, s’élevait un trouble,
ensorcelant les vieux refrains même lorsqu’ils étaient joués par ceux qui les aimaient le plus. Le désir
ede fuir : tel était le nouveau motif poétique. Blake prend congé du XVIII siècle par la critique
magnifique, adressée à lui-même, du poème Aux Muses :
Que vous marchiez, joyeux, dans le ciel,
Ou dans les verts recoins de la terre,
Ou dans les régions bleutées de l’air
Où naissent les vents mélodieux ;
Comment as-tu pu abandonner ton ancien amour
Que les bardes aimaient seul en toi !
Les cordes languides vibrent à peine !Le son est forcé, les notes sont rares.
L’expérience de Colin-maillard a dû convaincre Blake qu’il ne pourrait rien tirer du couplet du
eXVIII siècle tant qu’il n’aurait pas transformé son pas tranquille en un rythme galopant, et modifié
son but d’une réalité prosaïque en quelque évangile éternel de vie poétique. Mais son temps n’était
pas encore venu. Son Imitation de Spenser est plus heureuse, bien que le deuxième vers : « diffuse
les rayons de la lumière et de la vérité » eût sans doute semblé grossier à Edmund Spenser, tout
comme les vers semblables parurent grossiers à ceux qui regrettèrent d’avoir imprimé les Esquisses
poétiques.
Les deux chants, qui introduisent la figure de la « mie aux yeux noirs », comptent probablement
parmi les Esquisses les plus tardives, les seules où l’amour, ou plutôt l’amour qu’un jeune garçon
attend d’une femme, apparaît pour les premières fois. Le charme de l’amitié entre un garçon et une
fille, le plaisir de se promener ensemble dans la campagne transparaissent dans ces vers :
Lorsqu’elle parle, j’entends la voix du Ciel ;
Nous marchons et rien d’impur ne nous approche.
Éden paraît en chaque champ, chacun semble calme retraite ;
En chaque village nous voyons l’empreinte de pieds sacrés.
Tout ceci est bien enfantin : cette romance rougissante de plaisir balbutie à peine un salut ! On y
trouve autant d’inexpérience que d’innocence. Elle constitue l’instant rédempteur d’une époque
mauvaise.
Nous en avons assez cité pour rappeler la promesse, absolument inestimable, que contenait le
premier ouvrage imprimé de Blake, assez pour montrer combien il était à la merci de ce qui
l’influençait. En fait de beauté, de mystère et de précocité, seul Chatterton, décédé à dix-sept ans,
pourrait lui être comparé. Chatterton le surpassait en précocité, mais ce jeune garçon de Bristol se
contentait d’un seul art, tandis que Blake, ses pouvoirs à peine prouvés, abandonnait déjà la
littérature pour le dessin, art auquel il a dû consacrer la plus grande partie de sa formation.William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 14, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 7, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 28, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 17, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).William Blake, Chants d’innocence et d’expérience,
planche 29, 1789 et 1794. Gravure en relief,
avec plume et aquarelle, rehaussée d’or.
King’s College, Cambridge (Royaume-Uni).


Apprentissage et mariage, 1771-1787

Blake avait quatorze ans lorsqu’il quitta l’école de dessin pour commencer un apprentissage formel
chez le graveur James Basire[11] en vue d’adopter, à son tour, cette profession. C’est probablement
au cours de cet apprentissage que furent écrites la plupart des Esquisses poétiques. Nous nous
sommes déjà attardés sur certaines d’entre elles, les plus anciennes ayant été écrites à l’école de
dessin, afin d’illustrer ce que les écrits de Blake auraient pu devenir s’il avait exploité plus avant son
talent pour la poésie et la littérature. Toutefois, l’écriture devint un loisir qui lui procurait une
satisfaction intime. Voyons donc maintenant ce que Frederick Tatham[12] peut nous apprendre sur
l’arrivée de Blake chez Basire et sur son apprentissage :
« Son amour pour l’art ne cessant de croître et le temps étant venu où il fut jugé
nécessaire de le placer auprès de quelque tuteur, on proposa un peintre de valeur, et les
candidatures nécessaires furent déposées. Avec cette générosité qui lui est propre, il
demanda que son père ne dépensât pas tant pour lui et ce, sous aucun prétexte. Il pensait,
en effet, que ce serait là une injustice vis-à-vis de ses frères et sœur. De lui-même, il
proposa la gravure comme vocation future, activité moins onéreuse et qu’il jugeait
cependant convenable. Il apprit donc l’art de la gravure chez Basire, pour cinquante
guinées. »
On avait définitivement renoncé à le garder dans la boutique et, à en croire J. T. Smith, le garçon
avait été « renvoyé du comptoir comme un nigaud ». Le père de Blake n’en continua pas moins de
soutenir son fils. Il le conduisit d’abord chez Ryland[13], qui avait introduit en Angleterre la
technique de la gravure au pointillé et était graveur du roi. Blake n’éprouva visiblement pas une
grande sympathie pour cet homme car, en quittant l’étude de Ryland, il déclara : « Père, je n’aime pas
le visage de cet homme. On dirait qu’il vit pour mourir pendu. » De fait, douze ans plus tard, Ryland,
confronté à des problèmes financiers, falsifia des documents de la Compagnie des Indes Orientales et
fut condamné à la potence. Le père de Blake, se conformant aux désirs du jeune homme, le plaça
ensuite chez James Basire. Ce James, le plus connu de quatre graveurs, avait son échoppe au 31 Great
Queen Street et était professionnellement lié à la Société des antiquaires. Il avait cinquante et un an
lorsque Blake commença son apprentissage et était très estimé par William Hogarth et plusieurs
autres. Basire avait étudié à Rome et était particulièrement admiré pour son style sec, qui lui valait,
sans nul doute, d’avoir une bonne réputation chez ceux qui, à l’instar de la Société des antiquaires,
s’intéressaient aux monuments anciens.
En effet, les principaux clients de Basire étaient des antiquaires qui avaient toutes les raisons
d’apprécier la précision de ses gravures. Le style austère de Basire confirma l’accent que Blake
mettait déjà sur la forme stricte et les contours nets dans tous ses dessins. Basire était un bon
enseignant et un maître aimable ; les sept années que Blake passa chez lui furent très formatrices.
L’imagination débordante de Blake accepta cette influence régulatrice, sans laquelle son exécution
n’eût jamais atteint la puissance créatrice d’art qui lui était propre.
Le jeune homme s’avéra être un élève capable et studieux, qui ne tarda pas à apprendre à copier
tous les travaux qui lui étaient confiés, à la grande satisfaction de Basire. L’atelier avait aussi son
intérêt car il était fréquenté par différents types de personnes, notamment par Emmanuel Swedenborg,
qui vivait toujours à Londres et qui y demeura jusqu’à sa mort en 1772. La rencontre fortuite avec le
célèbre romancier est le seul événement externe qui nous soit rapporté des trois premières années de
Blake chez Basire, mais elle est d’une grande importance car elle arrêta Blake dans la course placide
qu’il suivait, depuis deux ans qu’il travaillait à l’atelier.
Il y avait, nous l’avons dit, d’autres apprentis que Blake et la tranquillité de l’atelier dépendait de
la bonne entente entre les adolescents. En 1773, deux apprentis nouvellement arrivés commencèrent à
chercher fréquemment querelle à Blake « à propos de débats intellectuels ». Ces disputes semèrent ledésordre et lorsque, selon Malkin[14], Blake refusa de se mettre du côté de son maître contre les
autres apprentis, Basire commenta gentiment : « Blake est trop simple, eux sont trop fourbes. » Pour
restaurer l’harmonie sans prendre parti d’un côté ou de l’autre, Basire, qui connaissait le zèle de
Blake et savait qu’il n’abuserait pas de ce privilège, l’envoya hors de l’atelier dessiner les monuments
gothiques de l’abbaye de Westminster et d’autres vieux édifices, monuments dont les clients de
Basire, les antiquaires, réclamaient toujours des gravures. Blake allait donc passer l’été à réaliser ces
dessins et une partie de l’hiver à les graver. Perdue dans les recoins de ces vieilles églises,
l’imagination romantique de Blake fut tout imprégnée de gothique et, à l’avenir, il ferma sa pensée
ou interpréta toute autre influence à la lumière de ces impressions, auxquelles l’atmosphère
religieuse de son foyer l’avait inconsciemment prédisposé.William Blake, Illustration pour Le Mariage du ciel et
de l’enfer, frontispice, vers 1790. Gravure en relief,
imprimée en couleur, avec plume et aquarelle,
20,9 x 17,9 cm. The Morgan Library & Museum, New York.