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André Malraux et la politique

De
192 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 235
EAN13 : 9782296324077
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,

ANDRE MALRAUX ET LA POLITIQUE

ou

L'être et l'histoire

@L' Harmattan, 1996

ISBN: 2-7384-4534-9

Dominique VILLEMOT

,

ANDRE MALRAUX ET LA POLITIQUE

ou

L'être et l'histoire

L'Harmattan 5-7. rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur

L 'harmonisation fiscale européenne - Presses Universitaires de France (P.UF.) - Collection Que sais-je ? - 1991 mis à jour en 1995 La T.V.A. européenne - Presses Universitaires de France

(P.UF.) - Collectiongestion - 1994
La fiscalité des fusions-acquisitions

- Presses

Universitaires de

France (P.UF.) - Collectiongestion - 1995

Préface de Monsieur Philippe Séguin Président de l'Assemblée Nationale

« Quand mon action se retire de moi, quand je commence à m'en séparer, c'est aussi du sang qui s'en va ». Ce regard que Garine, héros des Conquérants, porte sur luimême, c'est sans doute celui de Malraux. Car la vie de ce prodigieux écrivain qui se mêla aux grands combats de ce siècle, qui fut à la fois intellectuel et ministre, révolutionnaire et libertaire, individualiste et militant, cette vie-là fut bien une authentique aventure... Le premier qui ait admirablement restitué cette dimension d'André Malraux, de son vivant même, fut Roger Stéphane, dans cet étonnant Portrait de l'aventurier (1950), préfacé par Jean-Paul Sartre, où il associait l'écrivain, encore marqué par le soufte de la révolution, aux profils en lame du colonel Lawrence et d'Ernst Von Salomon. Et Malraux lui-même a cultivé cette image, non seulement dans ses romans, mais surtout dans ce Démon de l'Absolu qu'il a consacré à Lawrence, et que parsèment les pièces authentiques d'un autoportrait. C'est peut-être là que réside le piège, dans ce miroir finalement trop commode que nous renvoient l'une des plus belles œuvres de notre littérature et une biographie ponctuée par les grands événements de l'Histoire. Comment saisir réellement Malraux, par-delà cette séduisante

écorce? Car l'homme était, par essence, diversité, se plaisant à brouiller les pistes au fil d'un éclectisme qui ne cédait jamais à l'esprit dilettante. Non seulement romancier, mais aussi philosophe, historien de l'art, orateur... et politique. Et artisan, un rien mythomane, de sa propre légende, selon un trait qu'il prêtait lui-même à l'aventurier. On mesure là tout l'apport des pages que Dominique Villemot consacre à « André Malraux et la politique », et où il cherche à comprendre le sens profond d'un engagement, « audelà du mythe». Le pari était difficile. D'abord parce que le parcours purement « politique» de Malraux n'est pas simple: aux premiers temps, intellectuel de gauche que l'on qualifierait de « classique », tenté ensuite par le communisme, puis réconcilié avec la liberté par la Résistance et le gaullisme, concepteur enfin d'une grande politique culturelle

de la yème République... Voilà qui échappe aux schémas
réducteurs habituels. Rien d'étonnant à ce que cet esprit atypique, rebelle aux normes et aux chapelles, ait séduit le général de Gaulle et entretenu avec lui un dialogue d'un quart de siècle. Et l'on est ainsi frappé par les traits de ressemblance entre les deux hommes: même méfiance envers la politique traditionnelle et ses joutes, même attirance pour l'action et pour cette part d'irrationnel sans laquelle l'Histoire, la vraie, ne saurait s'écrire. Ensuite, parce que Malraux n'a pas laissé, à proprement parler, d'« œuvre» politique, rien qui permette de cerner une quelconque doctrine, moins encore une philosophie. Pour comprendre le sens de son action politique, pour en dégager la cohérence, il n'est d'autre solution que de relire son œuvre entière, de reprendre, aussi, son existence comme un tout, sans rien en retrancher. C'est bien là l'entreprise que conduit Dominique Villemot. Avec succès. De l'engagement politique de Malraux, il parvient 8

à montrer la force et l'originalité. Et malgré les ruptures apparentes, la vraie continuité: le combat constant pour la liberté au travers des aléas de l'Histoire, la lucidité, l'exigence. Et, aussi, cette quête de l'idéal - démon de l'absolu? - que le grand écrivain avait décelée lui-même chez Lawrence, héros dont le drame fut celui « du conflit de l'éthique et de la politique », et qui possédait cette part d'enfance sans laquelle « il n'y a pas de grand art, et peut-être pas même de grand destin. »

Philippe SEGUIN

9

Avant-propos

Le 23 novembre 1976, André Malraux nous quittait. A l'époque André Malraux suscitait encore beaucoup d'incompréhension. La classe intellectuelle ftançaise de sensibilité de gauche n'avait pas toujours compris comment il avait pu devenir gaulliste; les critiques d'art trouvaient ses œuvres trop peu scientifiques; les hauts fonctionnaires estimaient qu'il n'avait pas su gérer avec assez d'efficacité le ministère des Affaires culturelles; les critiques littéraires regrettaient ses romans des années trente... A cette période de flottement a succédé le renouveau d'intérêt puis l'enthousiasme. L'arrivée de Jack Lang au ministère de la Culture en 1981 a permis de renouer avec une grande ambition culturelle et Jack Lang s'est, ce faisant, présenté comme le successeur de Malraux. La crise des idéologies et du marxisme a porté préjudice au rayonnement posthume de Jean-Paul Sartre qui fut, durant les années cinquante et soixante, le rival intellectuel de Malraux. La crise de l'ex-Yougoslavie et les combats autour de Sarajevo durant les années quatre-vingt-dix ont ranimé la mauvaise conscience des intellectuels européens face à la guerre et à la dictature en Europe. Le Malraux de la guerre d'Espagne est alors redevenu un modèle. Cette fascination qu'exerce aujourd'hui l'homme n'est pas facile à expliquer. Probablement est-il le seul intellectuel ftançais du xxme siècle, avec Jean-Paul Sartre, à avoir été à la fois un grand écrivain et un élément marquant de la vie politique de son pays, tout en développant une réflexion sur l'homme et son

destin (la métamorphose et la réflexion sur l'Art chez Malraux, l'existentialisme et la philosophie sartrienne chez le philosophe français). La notoriété n'explique cependant pas tout. On peut avancer quelques tentatives supplémentaires d'explication à l'actualité toujours réelle des écrits et de la référence à Malraux: - il fut un surdoué, connu du tout Paris littéraire à 25 ans, qui obtint le prix Goncourt à 32 ans. Ce prodige a su vieillir. Il s'est reconverti en effet plus tard en ministre, avant de recueillir à 65 ans à nouveau les louanges des critiques littéraires pour ses Antimémoires. Une sorte d'Arthur Rimbaud qui aurait su vieillir; - il était un intellectuel engagé, qui n'a pas eu peur de risquer sa vie. Depuis Voltaire, la France a connu un grand nombre d'écrivains signant des pétitions tout en restant assis confortablement derrière leurs tables de travail, sans prendre de risques pour leur vie. Malraux l'a fait bien sûr. Mais, en plus, il a appris à piloter des avions et à manier des armes en se battant, en Espagne, puis dans la Résistance. Il a su abandonner, quand il le fallait, le confort des hôtels particuliers parisiens pour passer des nuits terribles au milieu des bombardements avec des hommes simples, qui n'avaient jamais entendu parler de lui. De l'Indochine au Bengla-Desh, en passant par l'Espagne, la guerre de 1940 et la Résistance, cet homme s'est battu toute sa vie pour la liberté et pour ce que l'on n'appelait pas encore les droits de l'homme. Il a donné plus d'une fois de sa personne. Combien d'hommes, à commencer par Régis Debray ou Bernard-Henri Lévy, n'auraient-ils pas aimé faire de même? Mais ne faisons pas d'André Malraux une statue momifiée, un mythe intouchable que l'on ne connait qu'à travers des clichés ou quelques citations, plus ou moins déformées. Il convient de relire Malraux pour mieux le connaître, qu'il s'agisse de ses romans, de ses discours et oraisons funèbres, ou des écrits de la 12

fin de sa vie. Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons retrouver le vrai Malraux, celui qui avait le virus de l'action politique, sans pour autant être un véritable politicien. Lui être fidèle ne signifie pas l'idéaliser mais mieux connaître ses références politiques et mieux comprendre les ressorts de son engagement. Cela implique aussi d'aller au-delà du mythe Malraux qu'il a lui-même contribué à bâtir de son vivant, dès la fin des années vingt, en masquant l'homme privé derrière l'homme officiel, en mélangeant souvenirs et rêves, réalité et roman. L'action politique, l'écriture, la réflexion sur l' Art, les événements privés ne peuvent pas être isolés. Cet homme, sérieux et grave, surdoué et rongé par l'angoisse et .parfois l'alcool, fréquentant les grands de ce monde (André Gide, Léon Trotski, Pablo Picasso, Charles de Gaulle), confronté de multiples fois à la mort, n'était pas ce monument sans faiblesses ni vie privée. Il était aussi un homme comme les autres. Il n'a jamais abandonné san côté farfelu de Lunes en papier ou son goût de la comédie. It passait à la fin des. années 20 comme un spécialiste de la. Révolution chinoise, alors qu'il n'était jamais allé en Chine et ne connaissait pas les communistes chinois. En 1971 le Président Nixon, qui entame un rapprochement avec la Chine, écoute doctement ses conseils, alors que lui, Malraux, n'a rencontré Mao-Tsé-Toung qu'une fois, en 1965, lors d'une rencontre protocolaire à Pékin. Malraux a fait croire qu'il avait vécu ses premiers romans alors qu'ils étaient quasiment de pures fictions (Les Conquérants, La Condition humaine) avant de romancer sa vie (L'Espoir, Antimémoires, Les Chênes qu'on abat). N'oublions jamais qu'il fut avant tout en effet un écrivain. Mais il aimait aussi la vie, les bons restaurants et les jolies femmes: Il a ainsi aimé deux des plus belles femmes de Paris, Josette Clotis et Louise de Vilmorin. De très nombreux ouvrages ont été publiés sur Malraux; une liste non exhaustive figure en annexe bibliographique à ce livre. 13

Il s'agit en général de biographies, d'essais sur son œuvre ou de recueils d'actes de colloques. Ils abordent tous bien sûr l'engagement politique d'André Malraux mais sans aller toujours très loin dans l'analyse et la réflexion sur cet engagement. Cet ouvrage cherche alors modestement à atteindre deux objectifs:
~

présenter en quoi l'engagement politique de Malraux a été

original. Il fut en effet successivement ou simultanément un écrivain politique, un combattant et un ministre, ce qui est exceptionnel (Sartre n'a été ni combattant, ni ministre, Camus n'a pas été ministre, Lamartine n'a pas pris les armes...). Il fut catalogué communiste dans les années 30, puis gaulliste à partir de 1945, participant donc aux deux grands mouvements politiques qui ont marqué la France du milieu du XXème siècle; - chercher à répondre à deux questions que toute personne qui s'intéresse à Malraux se pose. Y a-t-il continuité, rupture ou évolution dans l'engagement politique de Malraux, qui s'étend sur environ 45 ans (1925 en Indochine, 1971 en faveur du Bengla-Desh) ? Et plus profondément quelle était la signification de la politique chez. Malraux? S'agissait-il d'une passion, d'une nécessité? D'un goût pour le pouvoir, pour la gloire? La politique était-elle pour lui un divertissement au sens pascalien du terme? Tenter de répondre à ces questions n'est pas facile. Ecrire une œuvre de science politique sur André Malraux impliquerait que l'on puisse considérer André Malraux comme un véritable penseur politique ou comme un homme politique à part entière. Or Malraux n'a bien entendu pas écrit d'ouvrages politiques à proprement parler, même si la plupart de ses écrits comportent des jugements ou des références que l'on peut qualifier de politiques. De même il ne fut pas un homme politique professionnel, mais on verra à la lecture de ce livre que l'engagement politique fut chez lui comme une seconde nature. A la croisée de l'analyse de textes littéraires et de la 14

biographie non chronologique, ce livre essaie de faire comprendre en quoi la politique fut importante chez Malraux.

15

Sommaire

Introduction: de Malraux
ERE PARTIE:

La place de la politique dans la vie et l'.œuvre 21

1

L'ACTION POLITIQUE DE MALRAUX

27

1. Les événements qui ont jalonné l'engagement politique M alra ux L'Indochine ou l'entrée en politique par hasard (1925) L'Espagne et l'engagement dans le combat (1936) La rencontre avec le général de Gaulle et l'exercice pouvoir (1945) 2. L'originalité de Malraux: acti 0n politiq ue L'intellectuel engagé Le combattant Le ministre

de 29 30 34 du 38

les multiples formes de son 41 41 46 49 57 57 59 .61

3. Les limites de son engagement Un autodidacte de la politique La faible pratique des appareils politiques L'absence de mandat électif.

2EME PARTIE:

LA PENSEE POLITIQUE DE MALRAUX

65

1. Les deux engagements conti nuité ? Le communisme Le gaullisme

de

Malraux:

rupture

ou 67 68 74 81 81 85 89 90 95 96 97 98 100

2. La thématique politique de Malraux La liberté L'héroïsme La France La fraternité 3. Les doctrines politiques qui ont influencé Malraux Le jacobinisme Le romantisme Le marxisme - léninisme Le nationalisme français
3EME PARTIE:

LA SIGNIFICATION

DE LA POLITIQUE

POUR

MALRAUX

105

1. La gravité: la politique comme volonté d'exister La rencontre entre l'action politique et l'Histoire Nietzsche plutôt que Marx Malraux et l'existentialisme

107 108 111 116 domaine 121 122 ]24 126

2.

La relativité:

la

politique

comme

d' expression L'importance du farfelu La politique spectacle Un divertissement au sens pascalien

18

3. Le dépassement de la politique Le rôle primordial de la création littéraire La méditation sur le sentiment religieux La réflexion sur l'art et la théorie de la métamorphose La place des femmes dans la vie d'André Malraux Conclusion: Postface L'actualité d'André Malraux

129 130 133 136 142 149 155

Ann exes 157 Texte de Malraux: Transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon 159 Chronologie de la vie et de l'engagement de Malraux 171 Bibliographie . . . o.. . o.o.. . o.. o.. . ... 177 Index des citations 181 Index des noms cités 187

19