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Approche Sémiotique de Maurice Blanchot

De
176 pages
S'il est périlleux de lire Maurice Blanchot, en tenter l'analyse sémiotique l'est bien davantage. Cet essai confronte l'oeuvre aux méthodes de la sémiotique discursive pour dégager des intérêts communs: le statut de l'instance énonçante et sa mise en question. Resituant les lectures de Blanchot par Foucault, Lévinas, Derrida et spécialistes de l'oeuvre, cette approche sémiotique en complète les points de vue philosophiques et littéraires.
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APPROCHE SÉMIOTIQUE DE MAURICE BLANCHOT

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Sémantiques

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La collection

est née du constat qu'il est pour les chercheurs

devenu de plus en plus difficile

linguistique de faire paraître en librairie des ouvrages un tant soit peu pointus alors que leurs travaux souffrent énormément du manque de publicité, tant pour s'exposer à la critique de leurs pairs que pour être appréciés hors du premier cercle des spécialistes. Collection ouverte à toutes les recherches en cours, Sémantiques a pour but de faire connaître ce qui se passe dans les

universités, les instituts et les laboratoires dans les domaines qui sont les siens: linguistique générale et appliquée-

confrontée à la psychologie, à la sociologie, à l'éducation et aux industries de la langue. Le rythme de parution adopté - un titre par mois - permet la publication rapide de thèses, mémoires ou recueils d'articles. Sémantiques s'adresse principalement aux linguistes, mais

son projet éditorial la destine aussi aux chercheurs, formateurs et étudiants en lettres, langues et sciences humaines, ainsi qu'aux praticiens lexicographes, traducteurs, interprètes, orthophonistes... Contact: M. Arabyan IUT de Fontainebleau Route forestière Hurtault 77300 FONTAINEBLEAU

o L'Harmattan, 1998

-

ISBN:

2-7384-6648-6

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WANG Lunyue

APPROCHE SÉMIOTIQUE DE MAURICE BLANCHOT

L'Harmattan 5-1, rue de l'Ecole-Polytechnique F - 15005 PARIS- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques MONTRÉAL (Qc) - CANADAH2Y 1K9

Introduction

Ce travail est issu de notre thèse intitUlée Entre le sujet et le nonsujet dans Celui qui ne m'accompagnait pas de Maurice Blanchot, soutenue en 1993, à l'Université Paris VIII. Nous avons remanié notre thèse en essayant de faire de l'appareil conceptuel néces saire à la lecture de Blanchot une application plutôt qu'un point de départ, en déplaçant l'accent de l'illustration d'une probJé matique sémiotique vers les aspects Httéraires du problème. Nous avons modifié Je titre de la thèse de façon à pouvoir introduire d'autres références nécessaires. Notre rencontre avec Blanchot n'est qu'un pur hasard. C'est Jean Levaillant qui en 1988, dans un séminaire de Paris VIII intitUlé «(Figural, figure, marque », nous a fait découvrir cet auteur. En soulignant l'intérêt des travaux sur Blanchot, il nous a enseigné pourtant que Je texte de ce dernier n'est pas sémiotisable. Le séminaire de Marie-Claire Ropars, «(La Pensée et J'écriture de Maurice Blanchot» (1988-1989), a montré égaJement l'incapacité du carré sémiotique greimassien à prendre en charge les rapports textuels de Blanchot. Certes, si comme le disent certains spécialistes il est périlleux de lire Blanchot, le traiter sémiotiquement l'est encore davantage. C'est justement cette double difficulté, ceUe de J'auteur et ceUe de la théorie eUe-même, qui nous a amené à cette confrontation « audacieuse ». II est vrai que la sémiotique, dont l'objet est les systèmes de signification, fait penser de prime abord au structuralisme auquel elle se rattache par ses méthodes. Le modèle épistémologique que la sémiotique a adopté dans les années 60 est essentieUement descriptif, présupposant une structure interne stable. Telle a été l'atti tude de Louis Hjelmslev et d'Algirdas Julien

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Greimas. Or, le développement récent de la sémiotique nous parait susceptible de relever un défi tel celui posé par J. Levaillant. La sémiotique est peut-être capable, aujourd'hui, de traiter un discours difficilement structurable. Car non seulement elle peut se donner une structure dynamique, comme le montrent les théories de la morphogenèse inspirées de la théorie des catastrophes (ce courant est représenté surtout par René Thom et Jean Petitot) ; mais elle peut encore aller plus loin: briser la structure, dépasser le structuralisme statique. On peut cerner ainsi une continuité mouvante, un mouvement sans

doute

(c infini

., dirait Blanchot, telle est la proposition sémio-

tique de J.-C. Coquet. Même s'il existe des divergences théoriques et épistémologiques entre les sémioticiens d'horizons souvent différents, il nous paraît aujourd'hui impossible de ne pas tenir compte de l'au-delà et de l'en-deçà de la structUre interne d'un discours à traiter, face aux phénomènes discursifs devenus de plus en plus complexes. Comme le constatait à plusieurs reprises P. Fabbri dans les séminaires d'A.-J. Greimas (Séminaire de «Sémantique générale., EHESS), dans cette discipline des sciences humaines considérée' par certains comme la plus objectivante et la plus objectaliste qu'est la sémiotique, l'intersubjectivité était en train de devenir une notion clé. Ce qui rapproche Blanchot de la sémiotique, c'est justement cette importance de la problématique du sujet, de son évolution, bref de son (cdevenir .1, pour utiliser un terme cher à J.-C. Coquet. Le temps est venu pour les sémioticiens de travailler sur des discours (littéraires entre autres) qui sont plus difficilement narrativisables que des contes, même savants, comme ceux de Maupassant merveilleusement analysés par Greimas2. De nombreux travaux sémiotiques, notamment sur le discours littéraire témoignent déjà de l'insuffisance du schéma narratif proppien, ce qui est reconnu par Greimas lui-même. S'engage depuis les deux dernières décennies une analyse discursive, plus
Gaston Bachelard postule que f l'être, l'avoir et le faire ne sont rien devant le devenir t, La Transformation de l'esprit scientifique, Vrin, 1975, p. 183. Ce que Bernard Pottier considère comme. un malaimé de la sémiotique t est en train de devenir son. bien-aimé t, in Recueil d'hommage pour A. -J. Greimas, J. Benjamins P. C., Amsterdam - Philadelphia, 1985, p. 500-504. A.-}. Greimas, Maupassant: La Sémiotique du texte, Seuil, 1976.

2

INTRODUCTION

7

proche de la structure superficielle. Ainsi J.-C. Coquet qualifie sa sémio tique de sémiotique subjectale et discursive (de la seconde génération, autre terme employé par lui, parce qu'elle est développée, dit-il, à partir des années 1970), en opposition à la sémiotique greimassienne qu'il considère comme objectaJe et narrative (sémiotique de la première génération). L'objectif de ce travail n'est pas de cerner la différence inter sémiotique, ou de discuter de positions épistémologiques, ce qui a été fait dans une certaine mesure par certains sémioticiens, et ce qui ferait encore J'objet de débats épistémologiques. Ce qui nous importe le plus ici, c'est l'appli cabilité de ces théories, la possibilité de travaiIIer sur Blanchot, avec Blanchot. Cela ne veut pas dire que nous allons imposer la sémiotique au texte de Blanchot. Il s'agit seulement d'essayer de voir l'intérêt commun unissant une analyse sémiotique et un texte blanchotien, d'établir une communauté (, inavouable &probablement, si l'on emploie le terme de Blanchot. C'est de ce point de vue que certains aspects de la théorie sémiotique de J.-C. Coquet nous paraissent plus sensibles au texte de Blanchot. Cela dit, nous n'hésiterons pas à introduire le point de vue d'autres sémioticiens, lorsque cela nous semble utile à la lecture du texte. Au lieu d'aborder l'œuvre entière de Blanchot, analysée avec des points de vue différents par certains spécialistes, tels Françoise Collin3 et Jean-Philippe Miraux4, nous nous contenterons de traiter un texte narratif précis (un récit de Blanchot) : Celui qui ne m'accompagnait pas, sans vouloir gommer toutes les traces contextuelles qui l'entourent. En effet, bien que le système soit loin de la conception blanchotienne, certaines problématiques deviennent systématiques chez lui. Même si Celui qui ne m'accompagnait pas n'est qu'un court récit, il contient d'une manière condensée beaucoup de réflexions critiques de Blanchot et on trouve en lui des caractéristiques assez générales du récit blanchotien. Nous n'allons pas segmenter le texte dans notre analyse, comme on le faisait souvent chez les sémioticiens pour les analyses structuralistes. Toute sorte de segmentation semble contredire la pensée de
3 F. Collin, Maurice Blanchot et la question de l'écriture, Gallimard, ~ Le Chemin ~, 1971, ne lie éd. coll. ~ Tel~, 1986. colI.

4

J.-Ph. Miraux, Ecriture et étrangeté dans l'œuvre narrative de Maurice Blanchot, thèse d'Etat, Paris VIII, 1988.

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Blanchot) même si ses textes sont souvent des fragments fragmentaires. Nous analyserons) à travers tout le texte, même audelà du texte, étant donné que le texte de Blanchot ne ~e ferme jamais) s'inscrivant dans L'Entretien infini5) le problème du sujet) ses simulacres, des marqueurs linguistiques comme les pronoms qui occupent une place primordiale chez Blanchot (ce qui sera l'objet de la première partie) ; et puis du non-sujet qui est l'une des propositions importantes de la sémiotique subjectale et discursive (la deuxième partie). Nous mènerons dans la dernière partie de ce travail une discussion sur le neutre) l'intervalle, c'est-à-dire l'entre (ici, entre le sujet et le non-sujet), et leur frontière dans l'œuvre de Maurice Blanchot. Disons que notre analyse sera un essai sémiotique sur un texte de Blanchot, sans prétention à une généralisation théorique. Nous essayerons tout simplement d'expliciter, dans la mesure du possible, certains phénomènes blanchotiens sous l'angle sémiotique. Bien entendu, certains problèmes littéraires que nous allons traiter dépasseront le seul cadre sémiolinguistique. Dans la dernière partie de ce travail, une confrontation de la pensée blanchotienne et de la réflexion traditionnelle chinoise sur les notions du neutre et de l'intervalle sera proposée.

5

Gallimard, 1969.

PREMIÈRE

PARTIE

SUJET

. 1.
Qu'est-ce qu'un sujet sémiotique?

Le concept de sujet est d'un maniement difficile et donne lieu à multiples ambiguïtés1. En philosophie, le terme de « sujet» renvoie à un « être» ou un « principe actif» susceptible non seulement de posséder des qualités, mais aussi d'effectuer des actes. Autrement dit, ce qui caractérise le sujet, c'est les prédicats « être» et « faire ». Cette définition est plus contraignante que celle de la sémiotique réduite au seul critère du jugement ou à la modalité du vouloir2. En sémiotique, la conception du sujet s'inscrit dans une théorie plus large qui est celle des actants. D'inspiration linguistique, la sémiotique a emprunté le terme d'actant à L. Tesnière pour qui « les actants sont les êtres ou les choses qui, à un titre quelconque et de quelque façon que ce soit, même au titre de simples figurants et de la façon la plus passive, participent au procès »3. « Dans cette perspective, l'actant désigne un type d'unité syntaxique, de caractère proprement formel, antérieurement à tout investissement sémantique et/ou logique »4. Les actants sont traités chez les linguistes comme Tesnière et FiIIemore, dans le cadre phrastique où ils sont attribués à différentes fonctions syntaxiques (sujet, objet, complément...). Pour les sémioticiens, ce qui importe, c'est le discours considéré par J.-C. Coquet comme ({organisation transphrastique

2 3 4

A. J. Greimas et J. Courtés, Sémiotique, Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, l, Hachette, 1979, p. 370. J.-C. Coquet, Le Discours et son sujet, I, Klincksieck, 1984, p. 15. L. Tesnière, EUmenls de syntaxe structurale, Klincksieck, 1959, p. 102. Greimas et Courtés, op. cit., p. 3.

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rapportée à une ou plusieurs instances d'énonciation It 5. Le syntagme CIinstances d'énonciation. a été remplacé depuis
1988, par (cinstances énonçantes .6, pour éviter les effets d'oralité produits inévitablement par les expressions traditionnelles, reprises par la pragmatique, telles que les (cinstances d'énonciation It, ou (cinstances de paroles It. En sitUant l'actant au niveau discursif et narratif, le sémioticien le dote d'un investissement sémantique. Ceci est d'une importance considérable, car, ce faisant, le sémioticien se démarque des linguistes de tradition phrastique. Cela dit, tous les sémioticiens ne sitUent

pas l'actant au même niveau. Chez Greimas,

CIles

rôles actan-

tiels, relèvent de la syntaxe narrative de surface, associés à un ou plusieurs rôles thématiques (qui structurent la composante sémantique du discours), ils permettent, avec ceux-ci, la constitution d'acteurs (comme lieux de convergence et d'in-

vestissement des structures narratives et discursives) It7. Chez J.-C. Coquet, l'actant est considéré comme le (c lieu d'une
combinatoire modale »8, lié ainsi à une théorie des modalités, une grammaire modale comme l'indique le sous-titre du deuxième volume de Le Discours et son sujet (KIincksieck, 1985), il est devenu CI la pièce maîtresse du théâtre sémiotique It. Ajoutons aussi que I.-C. Coquet a réduit le schéma actantiel greimassien de six actants (sujet/objet, adjuvant/opposant, destinateur/destinataire) à trois actants qui sont le prime actant (sujet ou non-sujet), le second actant (objet), et le tiers actant (destinateur). Il distingue d'après ces instances deux relations sémiotiques fondamentales propre& au discour&. L'une e&( la relation binaire: sujet-objet, R(S, 0) ; l'autre, une relation ternaire: destinateur-sujet-objet, R(D, S, 0). Cette distinction pourrait, semble-t-il, revêtir une interprétation philosophique: si la relation ternaire reflète une philosophie métaphysique, la relation binaire s'inscrit plutôt dans une philosophie subjectale voire subjectaliste. Par ailleurs, la différence entre acteur et

5

6 7 8

J.-C. Coquet, $ Instances d'énonciation et modalités: Le loup et l'agneau de La Fontaine _, in Cruzerio sémiotico, n° 6, 1987, p. 5-14, Porto, p. 5. }.-C. Coquet, $ L'Etre et le passage d'une sémiotique à l'autre _, TLE, n° 6, 1988. Greimas et Courtés, ibid., p. 4-5. J.-C. Coquet, Le Discours et son sujet, l, Klincksieck, 1984, p. Il.

QU'EST-CE

QU'UN SUJET SÉMIOTIQUE?

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actant qui relèvent des deux niveaux différents chez Greimas: structure discursive pour le premier, structure narrative pour le second, n'a plus de sens chez J.-C. Coquet dont l'intérêt se centre sur les instances énonçantes du discours, donc sur une structure plus proche de la surface. C'est pour cela aussi que la sémiotique subjectale et discursive travaille de près sur le problème de la réalité longtemps exclu dans les études des structures profondes linguistiques ou sémiotiques. S'il est vrai que l'actant est « la pièce maîtresse du théâtre sémiotique -, comme nous l'avons cité plus haut, l'actant-sujet constitue sans dOUte l'acteur principal de ce théâtre, car J.-C. Coquet considère que la présence du sujet est la « condition nécessaire et suffisante à l'actualisation du prédicat verbal ou non verbal.9. Pour autant, cette présence n'impliquant pas forcément l'existence d'une forme « je -, il couple le sujet et le nonsujet comme le prime actant. Cette brève introduction de la notion du sujet sémiotique nous permettra de mieux appréhender le problème du sujet qui est fort complexe dans Celui qui ne m'accompagnait pas. Le sujet se constitue sans pouvoir finir parfois son parcours entier, il se dénie, se détruit, ou bien est détruit en chemin. Cette complexité de la typologie subjectale est riche de conséquences et mérite un examen dynamique, c'est-à-dire sous l'aspect évolutif du sujet. Comme il n'existe que trois figures de personnages dans ce récit, « je _, « il . et «(quelqu'un -, nous essayerons d'étudier les différents statuts de sujet de ces marqueurs linguistiques et leur relation réciproque avant de discuter de la relation entre sujet et espace-temps, entre sujet et langage.

9

Ibid., p. 4-5.

.2.
Relation entre ccje » et ccil »
Celui qui ne m'accompagnait pas est un titre énigmatique. Il pose d'emblée deux protagonistes du récit, mais sous forme d'objet: « lui » et « m(e) ». « Celui» s'impose sans aucune présupposition, comme s'il existait avant le récit, ou « hors récit ». Normalement, on utilise « ce » ou II.Celui» quand on les aura évoqués précédemment. Ce « lui» qui est défini d'une façon négative pourrait signifier « Celui qui m'avait accompagné t ou « Celui qui m'accompagne ». Ainsi, « lui t devient-il mon ex-compagnon ou le compagnon du temps de l'écriture. Les questions se posent tout de suite, qui est ce « lui t, qui est ce « moi t et quelle est leur relation? Curieusement, « celui It suit immédiatement le nom de l'auteur Maurice Blanchot de telle sone qu'on peut lire « Maurice Blanchot, celui qui... It. Ce « luj It est-il donc Maurice Blanchot? Les réponses à ces questions - qui n'ont peut-être pas de réponses - véhiculées par le titre, ou Je véritable incipit pourraient sans doute être cherchées dans l'autre incipit, celui du texte: Je cherchai, cette fois, à J'aborder. (p. 9) Cette phrase instauratrice du livre, très proustienne d'une certaine manière, nous pose dès Je départ un « je» très affirmatif, un sujet plein en quelque sorte. D'autre parr, « je cherchai à... cette fois» suppose l'exécution d'autres programmes que celui-ci dont on ne sait rien de précis. Il s'agit donc d'une identité fondée sur une compétence pas encore révélée it ce stade du texte. Le « je It se situe par conséquent dans une problématique de quête sans que son objet à quêter soit précisé, car, son objet à aborder reste encore indéfini, à cause du pronom neutre « le t. Même si ce « le » pourrait renvoyer à « celui

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qui... . de telle sorte que l'objet d'aborder est peut-être l'excompagnon (le rendre présent?), la neutralité intacte gardée par « le . et « celui. nous met en garde de décider qui aborder ou quoi aborder. Cela dit, le « je . aura affaire au futur, il se trouve ainsi dans une visée prospective, il est donc sujet de

quêtel dans une visée syntagmatique2.

(

Cette fois. implique

qu'il y a eu d'autres fois, ou d'autres essais d'« abord. qui ne peuvent qu'appartenir à un temps précédant le récit. II est clair que le « je . ne se soumet à aucune contrainte préalable, sans avoir posé d'autres relations transcendantes, à savoir que ce sujet « je . se situe ici dans une relation sémiotique binaire que nous pouvons noter R(S, 0). Cette interprétation préliminaire semble logique dans la mesure où le « je . se pose comme un ( Je. majuscule affirmatif. Par rapport à « m(e) » énoncé dans le titre, ce ( Je. marque une grande évolution. Or, on ne sait rien de plus jusqu'à maintenant sur sa véritable compétence. Pour cela, nous faisons appel à la suite du texte pour voir si le « je . se met en action ou non: Je veux dire que j'essayai de lui faire entendre que, si j'étais là, je ne pouvais cependant aller plus loin, et qu'à mon tour, j'avais épuisé mes ressources. La vérité, c'est que, depuis longtemps, j'avais l'impression d'être à bout. (p. 7) On s'aperçoit que le ( je. évolue très vite du point de vue de son statut actantiel. Il se plaçait dans la position de sujet de quête supposant une certaine compétence acquise, même si

imprécise. Il dit ici qu'il est ( à bout., et ceci depuis longtemps. ( A bout» pourrait être interprété comme le programme accompli, le terme de la quête, une quête achevée en quelque sorte. De ce point de vue, il a accompli le programme prévu au départ. Ce qui est étonnant, c'est que ce programme est à peine commencé, il a « épuisé ses ressources ., il devient ainsi un sujet incompétent pour la suite du programme ou d'autres programmes, il redevient par conséquent sujet zéro qui n'a aucune compétence. Cette transformation du statut actantiel est Pour J.-C. Coquet, le sujet de quête s'oriente vers le futur, alors que
2 le sujet de droit assume un acquis, tourne vers le passé. A la différence des linguistes traditionnels qui utilisent axe (axe paradigmatique et axe syntagmatique), les sémioticiens préfèrent le terme de visée qui implique l'orientation. La visée syntagmatique se situe sur le procès du devenir.

RELATION ENTRE ~ JE» ET ~ IL»

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bien caractéristique dans J'œuvre de Blanchot. Un programme à peine annoncé, il se boucle immédiatement, ou il y est renoncé par le sujet instaurateur, ou bien encore, un programme est toujours à J'état de commencement. Comme nous pourrions le voir plus loin dans ce travail, le changement de compétence du sujet blanchotien est souvent brusque. « A mon tour» suppose l'existence d'un ou de partenaires, «(Jui » ou ce « Jui » en désigne plutôt un. Par consé quent, il y a dès le départ de ce récit une relation intersubjective impliquée, déjà annoncée par le titre, qui tirera une grande importance du texte fondé sur une sorte de dialogue entre le «( je » et le « il ». Ce qu'on pourrait se demander, c'est si l'épuisement de « mes ressources» veut dire la cessation des miennes aux siennes. Du moins, on a déjà pu constater le parcours d'un type de sujet (sujet de quête) à un autre type de sujet (sujet zéro) à J'intérieur d'un même indicateur linguistique (e je », ce qui accompagne toute l'écriture blanchotienne. D'autre part, le « je » est sujet compétent en fait lorsqu'il y a l'existence d'un « il » qui l'affirme et qui témoigne de sa subjectivité. Tout le récit manifeste cette intentionnalité, cette sorte de subjectivité et d'intersubjectivité, si l'on ose dire, entre « je» et «(il », à teJ point qu'on peUt considérer le « il » comme un terme modalisant du « je », et vice-versa. Notre texte ne contredit pas J'hypothèse précédente, et le « il» ne tarde pas, cette fois sous forme de sujet, à faire son (eapparition» sans être vraiment visible: «Mais vous ne J'êtes pas [au bout] », remarquait-il. En cela, je devais lui donner raison. Pour ma part, je ne l'étais pas. (p.7) Le « je » qui arrive à rendre présent le « il », cet ancien compagnon, au moins apparemment présent, s'assume donc à la fois comme l'instance narratrice (narrateur principal) et l'instance actrice (acteur). Vu la forme dialogale du texte, Je « il » pourrait être considéré pour l'instant comme une instance projectrice, étant un « tu » ou un « vous» projeté, si nous acceptons que la forme de dialogue devrait être de type « Je-tu ». Néanmoins, cette communauté restreinte entre « je » et (eil » ne se fonde pas sur le principe du contrat où les sujets sont tous sujets de droit et se trouvent dans une relation sémiotique égalitaire. En fait, ces deux marqueurs linguistiques occupent des positions totalement différentes et inégalitaires dans le texte de