Brève Histoire de la Guinée Équatoriale

Brève Histoire de la Guinée Équatoriale

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Date de parution 01 janvier 0001
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EAN13 9782296149489
Langue Français

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Brève histoire
de la
,
Guinée EquatorialeDU M:ÊME AUTEUR
Economie - Géographie -Histoire -Politique
Le self-service en Suisse et dans le monde, Prix «Edouard
Folliet », Université de Genève, 1953.
Les Anniviards. Essai de géographie humaine d'une vallée suisse
(Miméo), Genève, 1958.
Réflexions sur l'antiféminisme suisse, Les Editions du Temps,
Genève, 1959.
Jean-Jacques Rousseau au Val d'Anniviers, ou Les Lettres sur
le Valais, Les Alpes, Berne, 1959.
L'orange d'Espagne sur les marchés européens. Le problème
oranger espagnol, Les Editions du Temps, Genève, 1962.
La Suisse, sa neutralité et l'Europe, Les Editions du Temps,
Genève, 1965.
Méthodologie de l'enseignement de la géographie, Prix «Arthur
de Claparède », université de Genève, Mémoires de l'I.P.N.,
1, Kinshasa, 1966.
Le mythe de l'établissement des Huns et des Sarrasins dans
les Alpes, Les Alpes, Berne, 1966.
De l'Eurafrique. Utopie ou réalité? Les métamorphoses d'une
idée, Editions CLE, Yaoundé, 1972.
The Congo Bassin and adjacent Areas, Textbook for Teaching
Geography of Africa, uNEsco/Longmans, Londres, 1975.
Africana. L'Afrique d'hier à demain, Les Editions du Temps,
Genève, 1977.
Historical Dictionary on Equatorial Guinea, Scarecrow Press,
Metuchen (NJ.), 1979; édition augmentée, 1988.2"
La Guinée Equatoriale. Un pays méconnu. L'Harmattan, Paris,
1980.
Guinée De la dictature des colons à la dictature
des colonels, Les Editions du Temps, Genève, 1981.
De la Guinée Equatoriale. Eléments pour le dossier de l'afro.
fascisme, Les Editions du. Temps. Genève, 1983.
O.N.U. et dictatures. De la démocratie et des Droits de l'Homme,
L'Harmattan, Paris, 1984.
Le pays où les vaches sont reines (Ouvrage collectif). «Où il
est fait référence à la race d'Hérens et aux fantaisies
d'aucuns ». Preiswerk et Crettaz (Ed.). Editions
Monographie. Sierre, 1986.
Connaître la Guinée Equatoriale. Editions des Peuples noirs.
Rouen, 1986.
Small is not always beautifull. The Story of Equatorial Guinea.
C. Hurst & Co. Londres, 1988.
Comment on s'empare d'un pays. L'exemple de la Guinée
Equatoriale. En préparation.
De l'éradication du crétinisme et autres phénomènes
remarquables tels qu'on peut les observer dans la région des
Alpes pennines, à paraître.
(Suite, page 4)Max Liniger-Goumaz
BRÈVE HISTOIRE
DE LA
GUINÉE ÉQUATORIALE
Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 PARISPoésie -Reportages
Soliloque logogriphe d'un géo8raphe enseignant, plaquette
(Emmanuel von Kirchendorf), dessins de GU Pasteur, Les
Editions du Temps, Genève, 1967.
La Pigale fédérale ou, les gaietés du Cameroun, album illustré
(Emmanuel von Kirchendorf), Les Editions du Temps,
Genève. 1970.
Voyez la technique. La ronde des métiers du Cameroun, album
illustré (Emmanuel von Kirchendorf), Les Editions du
Temps, Genève, 1971.
Suivez la mode. La ronde des métiers de C6te-d'[voire, album
illustré (Emmanuel von Les Editions du
Temps, Genève, 1976.
Bibliographies - Statistiques
Pygmées et autres races de petite taille. Bibliographie générale,
Les Editions du Temps, Genève, 1968.
Villes et problèmes urbains de la République démocratique
du Congo, Les Editions du Temps, Genève, 1968.
Préhistoire et protohistoire de la République du
Congo, Les Editions du Temps, Genève, 1969.
Eurafrique. Bibliographie générale, Les Editions du Temps,
Genève, 1970.
Bibliographies africaines, I, Energie, Politique, Population,
Transports, Les Editions du Temps, Genève, 1971.
Henry Morton Stanley (en collaboration avec Gergen Hellinga)
Les Editions du Temps, Genève, 1972.
Bibliographies africaines, II, Frontières, Légendes, Orographie,
Population, Les Editions du Temps, Genève, 1974.
Guinea Ecuatorial Bibliografîa general, I, Commission
nationale suisse pour l'Unesco, Beme, 1974 (1782 titulos).
Guinea Ecuatorial. general, II,
nationale suisse pour Beme, 1976 (2010 tÎtulos).
Kivu-Maniema (République du Zaire), Bibliographie générale,
Les Editions du Temps, Genève, 1976.
Guinea Ecuatorial. Bibliografîa general, III, Commission
nationale suisse pour l'Unesco, Beme, 1978 (1219 titulos).
Guinea general, IV,
nationale suisse pour l'Unesco, Berne, 1980 (1106 tÎtulos).
Guinea Ecuatorial. Bibliograrw. general, V, Volumen
recapitulativo (Referencias 1-8125),Les Editions du Temps, Genève,
1985.
Statistiques de la Guinée Equatoriale nguemiste. Données pour
comprendre un désastre politique, Les Editions du Temps,
Genève, 1986.
Guinea Ecuatorial. Bibliografia general, VI, Les Editions du
Temps, Genève, 1987 (3200 titulos).
@ L'Harmattan, 1988
ISBN: 2-7384-0080-9TOPONYMIE
Le régime des Macias Nguema et Obiang Nguema a
procédé à plusieurs reprises à des modifications de noms
de lieux. Il s'agit de :
Fernando Poo Macias Nguema, puis Bioco en=
août 1979.
Santa Isabel = Malabo, d'après un roi bubi.
San Carlos = Luba, d'après un chef bubi.
Concepcion Riaba, un chef bubi.=
Pagalu, soit «Papa Galu» = Papa CoqAnnobon =
en créole local, rappel d'un sorcier local et de l'emblème
électoral de Macias Nguema, le coq. En 1980, les
Annobonnais ont contraint le gouvernement nguemiste à
rétablir le nom d'Annobon.
Dans ce texte, la toponymie qui avait cours au moment
de l'indépendance est maintenue, les modifications
opérées par le régime du «clan de Mongomo» n'ayant
jamais reçu l'aval d'un parlement digne de ce nom.
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~"t rE"tIoG fINTRODUCTION
Ces pages paraissent l'année du xxe anniversaire de
la République de Guinée Equatoriale. Elles visent à
offrir un tableau succinct du parcours des peuples et
des hommes de ce qui fut naguère la Guinée espagnole,
après avoir, des siècles et des millénaires durant, été terre
pygmée et bantoue. Avant d'être accaparée par des
envahisseurs européens, cette modeste tranche d'Afrique
pratiquait couramment la démocratie. Mais laminée par
la traite et la domination coloniale, la tradition civique
n'est pas encore parvenue à refaire surface. Voici
pourquoi, depuis l'indépendance de 1968, la Guinée
Equatoriale connaît l'horreur de la dictature sous la férule
successive de Macias Nguema (1968-79) et d'Obiang
Nguema (1979- ).
S'il est une portion de la côte occidentale de l'Afrique
où se sont exercées pratiquement toutes les pressions
coloniales européennes, c'est bien dans le golfe de
Guinée, et particulièrement le territoire de l'actuelle
Guinée Equatoriale. Portugais, Espagnols, Hollandais,
Britanniques, Américains, Allemands, Français s'y sont
non seulement succédé, mais affronté dans des luttes
qui ont mis en pièces le vaste territoire que le Portugal
d'abord, puis l'Espagne depuis 1778 détenaient dans la
région. Autant la compétition pour la maîtrise de ce
coin d'Afrique fut le fait des commerçants et des
militaires, autant l'a-t-elle été des missionnaires protestants
et catholiques. Ceux-ci, tout particulièrement les
presby7tériens américains, ont laissé au XIXesiècle de nombreux
travaux sur les populations de la partie continentale,
leurs mœurs, leurs langues. Au xxe siècle, après que
l'Espagne n'ait su conserver de son empire colonial que
les modestes parcelles que sont la Guinée espagnole et
le Sahara occidental, le reste du monde s'en est
pratiquement désintéressé. Au point que jusqu'à
l'indépendance de la Guinée Equatoriale, il n'existait que quelques
rares publications gouvernementales ou
para-gouvernementales, que nous citons dans la bibliographie
sommaire. Le reste était le fruit des travaux d'auteurs
espagnols qui n'ont jamais bénéficié de traductions. De
sorte que la Guinée espagnole, puis équatoriale, reste
aujourd'hui encore largement méconnue.
La Guinée Equatoriale se présente avec une géographie
peu commode: la province continentale, assortie de
quelques îlots au sud-ouest, mesure 26 000 km2; le Rio
Muni - c'est son nom ainsi que celui de l'estuaire du
fleuve Utamboni (ou Mitemele) qui fait frontière avec
le Gabon - est essentiellementle pays des populations
fang et ndowe. La province maritime, composée des iles
de Fernando Poo et d'Annobon, s'étend sur 2 051 km2
et abrite principalement des Bubi et des Annobonais
d'origine angolaise. Alors que l'île d'Annobon se situe
légèrement au sud de l'équateur, le reste du pays s'étend
au nord de cette ligne. L'ensemble du territoire, au
creux du golfe de Guinée, connaît des conditions
climatiques typiquement équatoriales. Avec ses quelque
350000 habitants - auxquels il faut ajouter plus de
100 000 réfugiés politiques vivant dans les pays voisins
ou en Europe - la Guinée Equatoriale bénéficie d'un
vaste domaine forestier, ainsi que d'importantes étendues
de plantations d'autosubsistance (manioc, igname) ou
spéculatives (cacao, café, palmiers à huile), sans oublier
les abondantes ressources de l'océan (poisson, crustacés)
et du sous-sol (pétrole potentiel). Mais en raison des
problèmes que connaît le pays depuis l'indépendance,
il fait partie du groupe des Pays les moins avancés, bien
que disposant de tous les éléments pour devenir une
Suisse de l'Afrique centrale.
Le survol de l'histoire de la Guinée Equatoriale
8que nous tentons ici souffre de diverses imperfections:
une large part des archives espagnoles n'est pas encore
accessible; l'histoire orale n'a pas encore été
sérieusement analysée; nombre de travaux qui font référence
à la Guinée Equatoriale sont marqués par les préjugés
qui imprègnent encore l'histoire coloniale et
post-coloniale ; enfin, comme le signale une Geografia de Guinea
Ecuatorial réalisée par le ministère espagnol de
l'Education et des Sciences, en 1985, dans le cadre de la
coopération technique, «la difficulté d'obtenir des
Idonnées concrètes» est un obstacle majeur. Ce qui
manque aussi à l'historiographie équato-guinéenne, ce
sont des travaux réalisés par des nationaux. Hormis la
remarquable thèse de Valentin Oyono Sa Abegue (1985),
il s'agit encore d'approches européo-centrées. Le présent
livre ne fait d'ailleurs pas exception. En effet, notre
point des connaissances historiques de la Guinée
Equatoriale offre plus une fresque du pays que de la nation
composite qui l'habite. Mais il a pour le moins le
mérite d'apporter la brique manquante à ce type
d'historiographie africaine. Aux historiens équato-guinéens
eux-mêmes de nuancer ce qui n'est ici que généralités.
La Guinée Equatoriale, victime du virus colonial
depuis le xV" siècle, est aujourd'hui encore exposée aux
convoitises. Si dans le cadre local elle a su, récemment,
s'intégrer dans l'Union douanière des Etats de l'Afrique
centrale (UDEAC)et adhérer à la Banque des Etats de
l'Afrique centrale (BEAC), sur un plan plus vaste elle
a été et reste l'enjeu des intérêts du Nord: paternalisme
espagnol fondé sur une longue cohabitation et sur le
poids de l'hispanité; visées stratégiques soviétiques et
américaines à court terme; lente capture du pays dans
la zone franc suite aux premières tentatives du
XIXesiècle; patiente présence de la Chine populaire; visées
à peine déguisées des voisins que sont le Cameroun,
le Gabon et le Nigeria. Tout cela, alors que depuis
l'indépendance le pays étouffe sous une dictature
succes1. Castro AntoUn, MoL. de, Calle Munoz, MoL. de la, Geografia
de Guinea Ecualorial. Ministerio de Educaci6n y Ciencia. Programa
de Co1aboraci6n Educativa eon Guinea Ecuatorialo Madrid, 1985,
p. 3, ill.
9sivement dirigée par Macias Nguema, puis par son neveu
Obiang Nguema.
La Guinée Equatoriale, après l'indépendance, n'a pas
su échapper aux relents de pouvoir absolu laissés par
la monarchie espagnole, ni aux modèles de caudillisme
que furent Primo de Rivera et, peu après, mais pour
37 ans, le généralissime Franco Bahamontes. Tous ces
pouvoirs étaient largement étayés, tant par l'Eglise
romaine que par les oligarchies de propriétaires de
latifundias espagnols. Alors que dans la tradition des divers
peuples composant la nation équato-guinéenne, et en
particulier des Fang, largement majoritaires, la
démocratieexiste depuis des temps immémoriaux, l'impact
espagnol semble avoir momentanément imposé sa
tradition de barbarie et de machisme. Mais il ne fait pas
de doute qu'une fois fissurée la chappe de plomb que
l'emprise néo-coloniale fait peser sur le pays, les
pulsions ancestrales viendront corriger la déviation actuelle.
Il n'y a probablement pas d'histoire sans contenu
idéologique, et tout historien, délibérément ou non, fait
œuvre de combat. Nous ne nous sommes jamais imposé
d'autre combat que celui du triomphe des droits de
l'homme et de la démocratie pluraliste. La gageure du
présent exercice est la proximité d'une large part des
événements politiques relatés, la difficulté de s'informer
et celle, plus fondamentale, de transférer déjà les
événements en fait historique. C'est là d'ailleurs une tâche
qui incombera prioritairement aux historiens
équatoguinéens eux-mêmes, quand le combat pour la liberté
aura abouti.
Quant aux éclairages d'ordre économique, le lecteur
voudra bien se reporter à nos autres livres sur la Guinée
Equatoriale.
10Chapitre premier
La Guinée Equatoriale antécoloniale
Comme souvent en Afrique, les fouilles préhistoriques
se sont limitées, en Guinée Equatoriale, à des sites
d'accès aisé et ont été surtout le fait de la curiosité
de quelques missionnaires. Voici pourquoi, davantage
d'informations sont pour le moment disponibles sur la
banlieue de la capitale, Santa Isabel (Malabo) que sur
le reste du pays. Toutefois, dans la partie continentale
du Rio Muni, on a signalé des gisements préhistoriques,
plus particulièrement dans l'estuaire du Muni, face au
Gabon actuel. Les îlots Ivelo et Ngande, de même que
l'île d'Elobey Grande, au large de l'estuaire, ont livré
quelques vestiges, dont notamment de petites haches en
grès proches de certains instruments dégagés au Ghana
et au Tchad.
À Fernando Poo (Bioko), aucun vestige typiquement
paléolithique n'a été découvert, sinon quelques traces
d'industrie pré-néolithique (Kalino-Iupembien), mises à
jour en 1963, à Banapa, dans la banlieue occidentale de
la capitale, et qui semblent avoir appartenu à des
chasseurs nomades.
Par contre, le néolithique est bien représenté à
Fernando Poo, où il s'apparente aux matériaux laissés par
les populations qui, vers l'an 1000 avo J.-C., occupaient
l'Afrique centre-occidentale: chasseurs, éleveurs,
culti11vateurs. Les gisements les plus connus s'alignent près
de la mer, à Playa Carboneras, à l'ouest de Santa
Isabel, dans l'ancienne finca Simon. Les relations avec
le Rio Muni et le reste du golfe de Guinée semblent
indiscutables.
La plage de Carboneras atteste un peuplement
probablement pré-bubi (l'ethnie dominante à Fernando
Poo). Elle tire !ion nom d'un dépôt de charbon destiné
initialement au ravitaillement des vapeurs civils anglais
sur la route du Cap, autorisé entre 1862 et 1864 par
des ordres royaux espagnols, suite à des négociations
menées par R. Burton, alors consul britannique pour
le golfe du Biafra, et qui résidait à Santa Isabel. Les
dépôts «préhistoriques» de Carboneras semblent, pour
les plus anciens, dater d'il y a quelque 1 300 ans selon
la technique du carbone 14 appliquée à des noix
palmistes. Il s'agirait d'une population d'agriculteurs des
VIIe.XIesiècles, vivant dans des maisons aux fondations
pavées. Leur économie était basée sur la culture de
l'igname, sur l'exploitation des palmiers à huile (elaeis
guinensis), sur la pêche (thon, baleineaux) et,
occasionnellement, sur la chasse et la cueillette. Le fait que
l'igname joue de nos jours encore un rôle essentiel
dans l'alimentation bubi témoigne d'une singulière
continuité.
Les indices préhistoriques relèvent certainement, pour
une bonne part, du peuplement d'agriculteurs-pêcheurs
et forgerons qui, au fil des migrations des premiers
siècles de notre ère, ont peuplé et colonisé l'Afrique
centrale et méridionale. Ils y ont développé un espace
culturel, et plus particulièrement linguistique, en par.
tant du tronc commun que fut le proto-bantu, une langue
dont ils divergèrent voici deux mille ans environ. On
relève ainsi plus de 3 000 racines et de nombreuses
caractéristiques grammaticales communes. Il semble que
le foyer de diffusion de ces populations bantu se situe
entre le Nil et le lac Tchad, voire même entre le Nil
et les grands lacs d'Afrique orientale. Sans aucun doute,
la désertification de l'espace saharien a été un des
moteurs de ces vagues migratoires. Une première vague,
vers les VIlle.xe siècles de notre ère aurait mené les
12Bantu dans la région des Grands Lacs où ils auraient
élaboré les traits de leur civilisation matérielle. Une
seconde poussée les aurait ventilés en trois flux
différents dans ce qui est aujourd'hui le sous-continent
bantu: Afrique orientale, Afrique méridionale, Afrique
centrale et occidentale forestière, entre les xe et
XIIIe siècles. Durant leur migration, les Bantu semblent
avoir affectionné particulièrement les abords des grands
cours d'eau; pendant leur progression, ils diffusèrent
diverses plantes alimentaires originaires d'Asie tropicale.
Les Bantu trouvèrent sur leur chemin des peuples
installés dans la forêt depuis 6 000 à 10 000 ans: les
Pygmées, appelés Bayele en Guinée Equatoriale. Ces
cueilleurs-chasseurs, témoins d'une civilisation
préagricole paléolithique, utilisaient uniquement des
instruments de pierre et de bois; ils avaient, cependant, une
extraordinaire connaissance du milieu végétal et de la
faune. Les envahisseurs bantu, qui apparurent dès le
début de notre ère dans la zone forestière d'Afrique
centre-occidentale, doivent aux Pygmées de nombreuses
connaissances, notamment en matière de pharmacopée.
Mais dotés d'instruments en métal (cuivre et fer), les
Bantu s'imposèrent rapidement à leurs prédécesseurs,
inventeurs probables de l'arc, voire de l'arbalète.
Parmi les Bantu du nord-ouest, les Fang, qui
s'étendent du Cameroun méridional au Congo, peuplent
l'essentiel de la partie continentale de la Guinée
Equatoriale. On les appelle aussi Pahouin, Pangwe ou encore
Pamue. C'est, semble-t-il, au XIIIe siècle que les
avantgardes fang, mêlées de N dowe, sont apparues pour la
première fois dans la région du Rio Muni. Trois siècles
plus tard les Portugais arriveront à leur tour, et depuis
lors de nombreux auteurs ont décrit les aspects
géographiques, historiques, anthropologiques, sociologiques,
philosophiques du pays fang. Pourtant, ce pays reste
un des plus mal connus d'Afrique.
S'étant installés dès le XIIIe siècle dans les régions
forestières de la Sangha, les Fang s'y familiarisèrent
avec l'écologie de la forêt dense. Une partie d'entre eux
ont, pour des raisons inconnues, pris au xve siècle une
direction nord vers les savanes centre-africaines, entre
13Adamaoua et Logone. La tradition rappelle qu'ils y
cultivaient le mil, le sorgho, la banane, et qu'ils
utilisaient le cheval. C'est dans ces savanes qu'entre les XV"
et XVIIIe siècles les Fang ont probablement développé
les structures socio-politiques qui sont aujourd'hui encore
évoquées dans la grande épopée fang des Gestes d'Ekong
d'Akoma Mba. L'économiste et historien équato-guinéen
V. Oyono Sa Abegue signale qu'à partir du XVIIIesiècle
les données de la tradition fang et de l'histoire régionale
permettent de localiser le cheminement des Fang. Sous
la poussée des Foulbé du royaume de Sokoto, en guerre
contre le royaume du Bomou, les Fang, avec d'autres
peuples tels les Babute, Mboum, Baya, Basso, fuirent
vers le Sud. Cet exode se transforma en campagne de
conquête militaire, après qu'ait été brisée la résistance
basso. Puis, par vagues successives, ils franchirent la
Sanaga (Cameroun). Les Fang poursuivirent leur course
selon trois axes auxquels correspondent aujourd'hui les
trois régions principales du pays fang: les aires beti,
bulu et fang-fang, cette dernière comprenant l'essentiel
de la province du Rio Muni ainsi que le Woleu-Ntem
gabonais.
L'avance fang a bousculé nombre d'autres
populations bantu, dont les Basiwo, les Balengue, les Seke et
les Ndowe, ces derniers installés dans la région depuis
le XIIe siècle semble-t-il. Basiwo et Balengue, un temps
réfugiés dans les montagnes de la chaîne côtière -
probablement à cause de la traite négrière qui sévissaitle
long de l'Atlantique - seront refoulés vers la côte par
les Fang; plus tard, les inter-mariages furent si
nombreux qu'au XIXe siècle les Européens confondirent
souvent Balengue et Fang. Les Seke, qui auraient peuplé
la forêt au xe siècle déjà, vont descendre d'un côté dans
la vallée de l'Utamboni, à la limite sud du Rio Muni,
jusqu'à l'estuaire, et de l'autre côté longer la vallée du
Ntem (Rio Campo).
Les Ndowe, qui semblent être venus du sud-éthiopien,
furent également victimes des poussées guerrières et
enfoncèrent dès le XVIIIesiècle le pays seke. Finalement,
les Benga-Bapuku s'installèrent entre Bata et Rio Benito
(Mbini), alors que les Kombe occupaient la côte depuis
14les îles Elobey et Corisco jusqu'au Cap Santa Clara.
A l'arrivée du mercantilisme sur ces côtes, dès le
xve siècle, les Ndowe de Corisco-Elobey s'intégrèrent
au réseau commercial portugais en tant qu'intermédiaires,
alors que les Ndowe des autres régions réagirent comme
les Fang, en se repliant vers l'intérieur jusqu'à la Sangha
et à l'Oubangui.
Sur l'île de Fernando Poo, après les établissements
proto-agricoles déjà mentionnés, émergèrent, vers les
XIIe-XIIIesiècle, les cultures de Balaopi I et Il. Il
s'agissait là d'une civilisation de pêcheurs fabriquant des
poteries très fragiles et des haches en pierre très fine.
Au-dessus. de ces dépôts on rencontre la culture de
Buela, largement représentée sur tout Fernando Poo,
et manifestement antérieure au peuplement bubi. La
civilisation bue1a se localise dans une bande située à moins
de 500 m au-dessus de l'océan, en particulier à
l'embouchure des torrents. A l'intérieur on l'a repérée jusqu'au
village de Bilepila, au sud de Batete (sud-ouest de l'île).
Parmi les divers instruments trouvés sur le site de
Playa Carboneras, à l'ouest de Santa Isabel, figurent des
houes du Tumbien et une hache du type bamenda
(Cameroun occidental). Carboneras correspond
parfaitement à la culture de la houe de l'Afrique occidentale,
sorte d'enclave néolithique dans l'âge du fer; à
remarquer que les navigateurs portugais de la fin du xve siècle
ont rencontré sur Fernando Poo des populations ignorant
l'usage du fer, alors que l'art du forgeron était depuis
longtemps connu des Fang. Quant aux céramiques de
Carboneras, elles se rattachent elles aussi au type de
celles dégagées sur le continent proche, mais semblent
pour la plupart ne dater que du XIve siècle.
Une mention spéciale s'impose pour le gisement de
Rio Esoso, près de l'embouchure duquel on a découvert,
sur un petit dôme volcanique, un important atelier de
polissage de pierres, également néolithique. Il doit s'agir
d'illle manufacture commerciale, mais on ignore à quelle
fabrication elle s'adonnait.
La tradition orale bubi évoque une population
particulière, les Mome, peuple pêcheur qui aurait habité sur
les côtes de Fernando Poo et qui serait l'auteur de
15certaines gravures rupestres. Quant aux menhirs de petite
taille, repérés à divers endroits de l'île, ils semblent
avoir servi à des rites funéraires et relever de la culture
buela.
Les Balaopi et Buela étaient probablement aussi des
peuples bantu. Ils ont atteint l'île par quatre vagues
successives:
1. Celle de Riabba, qui débarqua au sud de l'île et
fonda le village d'Ureka avant de coloniser les hauteurs;
2. Les tribus basakato, baney, basuala, bariobe et
autres occupèrent les côtes occidentale et orientale;
3. Les Bareka, Balacha, Balombe, etc. seraient venus
un peu plus tard pour se fixer au sud-ouest;
4. La dernière vague, arrivée au XIV" siècle, serait
celle des Batete-Bokoko. D'abord installés à côté des
Bareka, ils migrèrent vers l'intérieur de l'île, aux abords
du Massif du Sud. Divers affrontements avec d'autres
occupants de l'île les chassèrent finalement vers le nord.
Ce n'est qu'avec l'émergence d'un royaume héréditaire
conduit par les chefs riabba que l'île fut politiquement
unie.
Les Bubi sont de bons cultivateurs - notamment
d'igname. Ils s'adonnèrent jadis à la pêche avec des
pirogues et des voiliers qui provoquèrent l'étonnement
des navigateurs portugais des xV"-xvue siècles. De leur
côté, les Fang, non tournés vers la mer, excellèrent dans
le travail des métaux. Divers témoignages anciens
montrent que les instruments et armes de fer des Fang
étaient de meilleure facture que les produits importés
d'Europe.
La société fang, lorsqu'elle pénétra dans la zone
forestière, était organisée en tribus, clans, lignages et familles,
un cadre d'institutions gentilices assez proche de ce que
connurent les Grecs et les Romains. Si à la base de
cette société on a affaire à l'Ayong (la gens) réunissant
les consanguins avec le même nom gentilice, on
rencontre au-dessus l'Elat-Ayong (la curia), une association
à finalités religieuses, sociales et militaires, diffusées
dans de nombreuses assemblées populaires. Plus haut
16se situent les tribus (comme chez les Romains), sur le
territoire desquels les chefs étaient élus. Au sommet,
enfin, la nation fang (l'équivalent du Populus Romanus).
Ces institutions avaient pratiquement disparu au
XIXe siècle, sous l'effet des «métissages culturels ~ et
de l'apparition de diverses sociétés secrètes type
«Hommes-Léopards~. Mais l'anarchie fut évitée grâce à
l'émergence d'une caste guerrière qui sut s'organiser à
l'échelle nationale. Outre des fonctions militaires, cette
caste cumulait les fonctions judiciaires et se faisait
l'idéologue d'un système politique étatique. Les membres
initiés (hommes et femmes) étaient groupés dans une
série d'ordres de citoyens à caractère corporatif: Ngil
(guerre, police, justice), Ndong-Mba (confession, pardon,
mœurs), Bebom-Mvet (poètes guerriers: encadrement
idéologique), etc.
Le Ngil incarnait l'appareil d'Etat en tant
qu'institution de contrôle social; le Ndong-Mba est une insti- complémentaire du précédent, en tant que
«police des mœurs»; quant à l'Ordre Bebom-Mvet,
il incarne en fait la culture fang. La transmission, par
voie initiatique, des récits des hauts faits légendaires et
historiques du peuple fang donne aux membres du
Bebom-Mvet le monopole du Cycle des Chroniques
d'Engong. On y trouve toute la cosmogénie du peuple
fang, « Peuple d'Engong », soit Peuple de Fer ou encore
Peuple d'Immortels. La conquête coloniale bloqua
malheureusement l'évolution harmonieuse de cette
civilisation fang.
Le royaume benga, sur les côtes méridionales du Rio
Muni, fut une conséquence de l'action du commerce
de traite amorcé au xv<' siècle. C'est avec les rois benga
qu'à partir de 1840 traitèrent la plupart des puissances
coloniales qui visaient les territoires du golfe de Guinée,
en particulier l'Espagne, dès 1843, puis la France, peu
après. Les rois benga qui gouvernaient alors étaient
assistés par une cour d'Anciens et aidés de vice-rois dans
les diverses provinces et îles.
Quant aux Bubi de Fernando Poo, après une série
d'hégémonies régionales exercées par de grands chefs
de tribu, s'imposa finalement un «chef des chefs ~.
17Mais les guerres tribales et le banditisme déchirèrent
la société bubi jusqu'au XVII" siècle. Sous la conduite
des chefs riabba et de leur police-armée, la Lojua,
l'ordre fut restauré, transmis dans les districts par
l'intermédiaire de chefs (botuku) ayant rang de nobles
(baita). Ces charges étaient héréditaires et se
transmettaient par la lignée maternelle. Avec une propriété privée
de type domanial et de nombreuses inégalités sociales,
la société bubi contrastait fort avec la démocratie fang;
la monarchie héréditaire bubi, limitée seulement par un
Conseil royal, régnait sur une société très inégalitaire.
18Chapitre Il
La colonisation
1. Phase pré- et protocoloniale
On peut négliger la très hypothétique visite au Mont
Cameroun - et à l'île de Fernando Poo qui lui fait
face - par le Carthaginois Hannon. Le premier
Européen à aborder la région, au nom du roi du Portugal
Joao II, le fera en 1471-72. Fin 1469, Alphonse V du
Portugal, dit l'Africain, avait amodié au
navigateurmarchand Fernao Gomez da Minha le commerce de
la côte occidentale de l'Afrique, au sud du Sierra Leone,
pour une durée de cinq ans. Dès 1471, la côte du Ghana
était explorée (d'ailleurs on y trouve encore un fort
appelé Mina). Gomez da Minha, contre le droit de
commercer le long de la côte guinéenne, avait
l'obligation de découvrir chaque année cent lieues au-delà du
Sierra Leone, ce qui lui fit révéler l'existence de Sâo
Tomé et Principe en 1474. Ces deux îles étant situées
plus au sud que Fernando Poo, il semble logique
d'imaginer l'arrivée des premiers Européens dans cette île
vers 1471-72. L'île fut d'abord baptisée Formosa
(Belle-lIe), probablement par l'aventurier Lopo Gonzalez,
accompagné de Fernao do Po dont on ne sait rien de
précis. C'est à partir de la fin des voyages de Pernâo
Gomez da Minha que les rois du Portugal se mirent
à porter le titre de seigneurs de Guinée, principalement
19pour avoir 4: acquis ~ les territoires du district de Biafra.
Sao Tomé devint rapidement le principal établissement
portugais de la région. Un for de 1493 lui attribue la
responsabilité de Fernando Poo, cette île faisant alors
officiellement partie de la sphère commerciale de sâo
Tomé. Sur les deux îles commencèrent alors à se
développer des plantations de canne à sucre. En 1507
déjà, le Portugais Ramos de Esquivel tenta de coloniser
la région de la baie de Concepcion (baptisée ainsi en
1739 seulement, par G. Carbonell, et appelée
ultérieurement Melville Bay par les Anglais), située sur la côte
est de l'île. La baie de Concepcion se garnit de
plantations de canne à sucre et d'une factorerie. Toutefois,
la résistance des Bubi et les fièvres semblent avoir réduit
à néant cette tentative. Par contre, la colonisation
portugaise réussit sur d'autres tronçons de côte d'une île qu'en
1506-1508 Duarte Pacheco Pereira (Esmeralda de Situ
Orbis) donnait pour fortement peuplée. Duarte précise
qu'alors le Mont Cameroun était appelé Serra de Fernao
do Po, soulignant ainsi l' «appartenance:l) portugaise
non seulement de l'île, mais aussi de la partie
continentale qui lui fait face. Plus tard, Pigafetta (Relatione
dei Reame di Congo, 1591) ajoutait que l'estuaire du
fleuve Wouri (Cameroun, 5° N) était initialement appelé
Fernao do Po, précisant qu'en face de son embouchure,
à trente-six milles, émerge «l'île qui porte le même
nom :I).Par une bulle du pape Paul III, de novembre
1534, l'évêché de sâo Tomé put étendre sa juridiction
sur Fernando Poo et Annobon (petite île
équatoguinéenne, légèrement au sud de l'équateur, à 355 km
du continent).
Avec l'occupation portugaise, la région s'enrichit de
végétaux nouveaux apportés d'Asie et d'Amérique, le
plus visible étant le cocotier (alors que l'arbre à pain
n'arrivera qu'au XIX" siècle grâce aux missionnaires
méthodistes de la Jamaïque). Au milieu du XVIIesiècle,
l'embouchure du rio Utamboni et les îles gardant
l'estuaire du Muni (Elobeyes, Corisco, etc.) étaient
occupées par les Portugais et servaient de bases pour
le troc avec les autochtones. En 1656, après le
déploiement de marins hollandais dans le golfe de Guinée, les
20Portugais - par analogie avec la néerlandaise
Compagnie des Indes occidentales - créèrent la Compagnie
de Corisco. Parallèlement aux progrès des commerçants,
l'Eglise catholique tentait de s'implanter partout. Elle
échoua toutefois face à la population de l'île d'Annobon
où, en 1770 encore, les chanoines A.L. Monteiro et
G. Martins das Neves de la cathédrale de Sâo Tomé
durent, après un an de séjour, renoncer à tout
empiètement étranger et ceci en raison de l'hostilité de la
population.
L'île d'Annobon a été aperçue une première fois en
1471-72 par les navigateurs portugais Joao de Santarem
et Pedro de Escobar, mais il semble que c'est un certain
Ruy de Sequeiros, qualifié de domestique du roi du
Portugal, qui foula comme premier Européen le sol de
l'île, le 1 janvier 1474, d'où l'appellation d'Anno
Bom An!}obon. En 1592 fut envoyé de 8âo Tomé=
un gouverneur subalterne, accompagné d'un instituteur
et de quelques Africains, la plupart de Jorge de Melo,
qui revendit ses droits à Luis de Almeida pour 400 000
reales, et qui peupla réellement l'île avec des Noirs
amenés de Sâo Tomé (la plupart issus de l'Angola).
Le 30 octobre 1623 arrivèrent à Annobon onze navires
de l'expédition hollandaise dite de Nassau, dirigée par
l'amiral Jacques L'Hermitte, pour y faire eau et aussi
pour s'approvisionner en oranges, abondantes sur l'île
en ce temps-là, à ce qu'il semble. En raison de vols
divers, le gouverneur portugais dut faire arrêter
quelques officiers hollandais. Le village principal, Palé,
comptait alors 400 habitants. Entre 1645 et 1647, ainsi
qu'en 1654, des capucins en route pour le Congo
tentèrent vainement d'évangéliser la population de l'île.
En 1656, un essai de colonisation par Diego Delgado,
de Sâo Tomé, en particulier avec de la canne à sucre,
devait échouer. On sait qu'à la fin du XVIIesiècle,
Annobon était administrée par un gouverneur originaire de
Galice, Ferrera Velozo. L'île servait alors de relais pour
les navigateurs portugais en route pour l'Angola et les
Indes orientales. A la suite de déviations du
catholicisme pratiqué sur Annobon, diverses expéditions
missionnaires y furent envoyées, dont celle du frère Pinto
21de Fonseca, en 1757, mais toutes échouèrent. Durant
les XVIIe et XVII~ siècles, les Annobonais vendaient
des toiles de c coton ~ à Sâo Tomé, probablement
confectionnées avec le produit des kapokiers (ceiba).
(1erPar le Traité de San Ddefonso octobre 1777),
confirmé par celui du Pardo (24 mars 1778), le Portugal
céda à l'Espagne sa seigneurie de Guinée avec les
droits sur Fernando Poo, Annobon et les côtes et îles
du golfe de Guinée, depuis le Niger jusqu'à l'Ogoowe,
non sans continuer à y pratiquer le commerce, dont la
traite d'esclaves. Le gouverneur portugais de Fernando
Poo et d'Annobon était alors Joâo Manuel de Azambuja,
avec résidence au Dahomey (Bénin), où subsiste une
tour à son nom. Signés peu après l'indépendance des
Etats-Unis d'Amérique du Nord, les deux traités mirent
fin à la vieille controverse hispano-portugaise relative
à la délimitation du Brésil, par le transfert des droits
portugais dans le golfe de Guinée à l'Espagne, en échange
de l'île de Santa Catalina, au sud du Brésil. Le traité
du Pardo, entre Maria I du Portugal et Carlos III
d'Espagne, adjugeait à cette dernière, notamment par
sa clause XIII, la côte africaine entre le delta du Niger
et l'embouchure de l'Ogoowe (Cap Lopez, de Lopo
Gùnçalvez, par contraction). Aucun Etat européen ne
protesta contre ce traité, si.non quelques marchands
négriers non ibériques. Le traité dit: «Sa Majesté
Fidélissime (u.) cède à Sa Majesté Catholique (u.) l'île
d'Anno bon (u.) et de même (.u) l'île de Fernando Poo
pour que les vassaux de la couronne d'Espagne s'y
puissent établir et négocier dans les ports et fleuves du
Gabon, du Cameroun, de Saint-Dominique, de Cap
Formosa et autres de ce District ». Compte tenu de
l'arrière-pays, le domaine hérité par l'Espagne dans la
région du golfe de Guinée a pu être estimé à quelque
800 000 km2.
Les Portugais restèrent nombreux dans la région:
à la fin du XIXesiècle, le consul du Portugal, Diaz de
Acunha, possédait à Concepci6n (Fernando Poo) une
finca (plantation) de cacaoyers de 150 ha. Et durant
la première moitié du Xxe siècle travaillait encore sur
l'île la société portugaise Bon Esperanza, pendant que
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