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Conception du temps et développement intégré

240 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 245
EAN13 : 9782296323223
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MALONGI F.Y.M. MUSAMBI

CONCEPTION DU TEMPS ET " " DEVELOPPEMENT INTEGRE "

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@L' Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4488-1

Du même auteur
.

"Inculturationde la techno-sciencecomme prolégomèneau développementde
l'Afrique", in Pistes Africaines, Louvain, avril 1991, II, 1, pp.29-36. "La perception africaine du temps et le problème du sous-développement", in
Revue Philosophique de Kinshasa, Kinshasa, janvier

- juin

1989, n° 3-4,

pp.123-139. "Une vision prospective du temps pour le développement de l'Afrique", in Zaïre-Afrique, 1986, n° 209-210, pp.549-558. "Tiers-Monde: Sortir du sous-développement", in Philosophie africaine et développement (RPA), Actes de la 8ème Semaine Philosophique de Kinshasa, du 2 au 8 décembre 1984, Kinshasa, Faculté de Théologie Catholique, 1984(sic 1986), pp.343-357. "L'ordre éthique et l'ordre économique", in Crise morale et vie économique au Zaïre (Études des Moralistes Zaïrois), Actes de la 2è Rencontre des Moralistes Zaïrois), Kinshasa du Il au 16 novembre 1985, Kinshasa, Association des Moralistes Zaïrois, 1986, pp.27-33. "Du primat de l'ordre éthique sur l'ordre économique. Guide de réflexion pour une "éthico-économie", in Philosophie morale et ordre social (RPA), Actes de la 9è Semaine Philosophique de Kinshasa, Kinshasa, Faculté de Théologie Catholique, 1987, pp.291-306.

REMERCIEMENTS
Par la rédaction de ce livre, j'ai réalisé combien il est invraisemblable le portrait d'un philosophe, recroquevillé à son bureau, travaillant seul, dont les idées jaillissent d'une source intérieure, sous le charme de l'inspiration. En effet, mes recherches ont bénéficié d'un concours de plusieurs personnes. Je pense en premier lieu au professeur Carlos Bazan de l'Université d'Ottawa, qui a lu minutieusement le manuscrit et y a apporté les corrections nécessaires. Ses nombreuses suggestions pertinentes ont contribué à une plus grande rigueur dans l'énoncé des concepts et dans la formulation de la pensée. Le professeur Crispin Ngwey des Facultés Catholiques de Kinshasa (Zaïre), m'a beaucoup inspiré, tout spécialement dans l'élaboration de la troisième partie qui .porte sur la conception africaine du temps. Je voudrais aussi mentionner l'École des Études Supérieures de l'Université d'Ottawa et le professeur Hilliard Aronovitch, pour le soutien inestimable qu'ils m'ont apporté. Enfin, il Y a ceux dont la contribution reste silencieuse, ou, si l'on préfère, dissimulée, mais sans lesquels je n'aurais pu mener à bien la rédaction de cette oeuvre. Je pense particulièrement à mon épouse, Astrid, et à mes enfants, Christelle, Joël et Dave. Sans leur affection et leur soutien, des pas décisifs n'auraient sans doute jamais été franchis. J'ai quelquefois manqué aux enfants à cause de cette autre progéniture: ce livre. Qu'ils veuillent trouver en celui-ci le couronnement de leur patience. Je ne pourrais malheureusement pas nommer tant d'amis et tant d'autres personnes qui m'ont soutenu et encouragé à quelque stade du cheminement de mes recherches. Qu'ils soient tous assurés de ma reconnaissance.

INTRODUCTION GÉNÉRALE

1. Intérêt et objet de l'étude Le temps est sans doute la notion la plus triviale, cependant l'une des moins faciles à définir. Dans l'immense majorité des cas, la plupart des hommes ne considèrent pas le temps comme un problème. Ils agissent comme s'il leur était donné, comme s'il était tout acquis et toujours disponible. Sans doute, s'aperçoivent-ils de sa limitation quand ils arrivent à en manquer. En somme ils oublient de penser au temps de la même façon qu'ils oublient de penser à l'air qu'ils respirent. Que cet air vienne à leur faire défaut, ils deviennent conscients de son importance. Mais dans les deux cas, manque d'air ou manque de temps, prend-on réellement conscience du phénomène? Et pourtant, un regard plus attentif permet de révéler la place centrale de la question du temps aussi bien dans le vécu quotidien que dans l'histoire de la philosophie. Les philosophes grecs, et particulièrement Aristote, ainsi que ceux du Moyen Âge, notamment Saint Augustin et Thomas d'Aquin, en ont fait l'objet de fines analyses et de longues discussions. Plus tard, nous voyons la même question soulever de longs et passionnés débats, auxquels prennent part Descartes, Clarke, Leibniz, Newton et bien d'autres, sans toutefois se rallier à une conception commune. De nos jours encore, savants et philosophes rivalisent de zèle pour dissiper les apories qui obscurcissent la problématique du temps. Aussi compte-t-on à ce jour plusieurs perspectives de réflexion, dont

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chacune connaît des défenseurs convaincus et acharnés tout autant que des adversaires opiniâtres!. La question du temps a été depuis toujours au centre de l'existence humaine et des préoccupations quotidiennes. Comme le souligne Louis Lavelle2, le temps est le problème central de la philosophie, celui qui engendre tous les autres. En effet, notre vie toute entière n'est un problème que parce qu'elle se déroule dans le temps: le mystère de la vie, c'est celui de son origine et de son dénouement (deux catégories temporelles). C'est pourquoi Grondin écrit:
D'une manière générale, on peut dire que le temps représente le thème capital de la philosophie. Toutes les véritables questions fondamentales prennent en effet source et sens à partir de notre condition temporelle ou finie3.

Les problèmes que posent l'intelligence et la volonté à l'intérieur de notre vie, impliquent le temps comme la condition qui permet aussi bien de les poser que de les résoudre: en effet, connaître c'est chercher la cause des phénomènes - référence au passé -, et agir, c'est choisir une fin que l'on se propose de réaliserréférence au futur. De même, pour Levy-Valensi, «la philosophie a toujours senti que le problème du temps constituait la clef de voûte de ses édifices, la voie royale de ses intuitions»4. Alphonse de Waelhens fait le même constat:
[...] la temporalisation est au centre de la réalité humaine toute entière. C'est à partir d'elle - et d'elle seulement - qu'il nous devient possible de concevoir et d'interpréter tout ce qui fait l'existence de l'homme: sa

I

intérêt: M. Heidegger,Les problèmesfonêlamentaux...,(1985); D. Nys, La notion de temps (1925); P. Ricoe~r, Temps et récit, ~Ol?e1, (1983); P. Ricoeur, Temps et récit, tome j 1..., (1984); P. RIcoeur, Temps et reclt, tome III..., (1985).
2 3

À propos des courants philosophiques sur la question du temps, on lira avec

Cft L. Lavelle, De l'intimité spirituelle, (1955), p.137.

J. Grondin, "L'oubli métaphysique...", dans L'espace..., (1991), p.260.

4 E.A. Levy-Valensi, Le temps..., (1965), p.194.

13 connaissance, son pouvoir d'agir ou de poursuivre des fins siennes, sa liberté, sa capacité d'affection au sens le plus généraJl.

Le problème du temps est toujours d'actualité dans les consciences des hommes et des nations d'aujourd'hui. Le soin si minutieux avec lequel nous plaçons les faits dans leurs cadres temporels marque un des aspects sans doute les plus originaux de notre époque. Tout événement humain est pensé et situé dans son horizon propre. À chacun sa propre lumière: il ne s'éclaire que de certaines simultanéités ou successions précises. On peut s'en apercevoir aisément dans les sciences, où le savant essaye de comprendre et d'expliquer un phénomène en le reliant à d'autres, c'est-à-dire à ses antécédents et ses succédants. C'est en ce sens qu'il faudrait comprendre cette affirmation de Levy- Valensi: «De façon générale, toute cohérence est maîtrise d'un schème temporel, fut-il élémentaire»2. Il n'en va pas autrement pour Chaix-Ruy:
Le temps est la condition même sans laquelle aucun événement ne serait pour nous intelligible; si bien qu'il nous faut le repenser d'une façon en quelque sorte logique pour pouvoir relier les uns aux autres les événements qui s'y succèdent3.

Avant d'être au centre d'un débat théorique, le temps est d'abord vécu. Dans le monde des phénomènes, tout change perpétuellement. Dans le monde des vivants, les êtres naissent, grandissent et disparaissent; dans le monde social, les empires et les civilisations se succèdent; dans mon existence, je ne cesse de devenir. L'existence implique donc une corrélation avec le temps. Louis Lavelle écrit bien à propos:
si le problème fondamental de l'existence, c'est celui de la relation entre l'être et le néant: "pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? pourquoi moi-même, en tant qu'être fmi, ai-je été tiré du néant et dois-je y retourner

1

A. De Waelhens, La philosophie et les expériences..., (1961), p.174.

2

E. A. Levy-Valensi, p.cil., p.13. O

3 J. Chaix-Ruy, Les dimensions de l'être..., (s.d.), p.78.

14 un jour"?, on voit sans peine que cette relation entre l'être et le néant suppose le temps et ne peut être posée et définie que par lui]. Et Lavelle précise: affronter l'être au néant, c'est toujours impliquer que l'être a eu un commencement. Or cette idée de commencement n'a de sens que par rapport au temps2.

Cependant la question du rapport entre temps et existence ne se limite pas à la seule question de l'être et du néant; elle se pose aussi en termes de lien entre conception du temps et vécu sociétal. Parce qu'elle se rapporte à une culture, d'une manière spécifique, la perception du temps conditionne en effet la vision du monde de chaque société et son mode d'être. Suivant le mode d'intériorisation du temps, le rapport entre représentation du temps et existence sociétale peut contribuer, comme nous le verrons, à la promotion intégrale de la personne et de la société, à maintenir un espace de vie archétypal et paradigmatique, ou encore à créer des conditions de perte d'initiative historique. En d'autres mots, la relation entre conception du temps et mode d'être peut être développante ou non-développante, voire sous-développante. Au regard de ce qui précède, notre travail entend s'interroger sur les conditions d'articulation de la conception du temps et du développement intégré. Il s'agit en substance de répondre à cette question: comment concevoir le temps pour que, de ce point de vue, un développement soit possible?

]

L. Lavelle, La dialectique de l'éternel présent..., T.III, (1945), p.23.
pp.23-24.

2 Ibidem,

15

2. Contribution

de la recherche

L'articulation du temps et du développement est un sujet qui a été à peine effleuré en philosophie. L'étude amorcée ici a le mérite de présenter une lecture nouvelle des philosophies classiques du temps; de définir la problématique du rapport entre conception du temps et développement, en identifiant les axes principaux auxquels peuvent se ramener les interrogations soulevées à ce sujet - les travaux antérieurs ayant abordé le thème soit allusivement, soit au passage, soit encore partiellement. Cette étude a également l'avantage de concevoir, à partir de l'analyse du concept de temps chez cinq philosophes, une articulation entre des catégories temporelles et la notion de développement intégré. Enfin, en réponse à la question: «comment concevoir le temps pour que, de ce point de vue, un développement soit possible?», elle élabore une théorie qui consiste dans la formulation d'une conception du temps qui est linéaire et projective; unitaire, continue, cumulative et dialectique; appropriée à la conscience individuelle et sociale; et qui intègre le temps en tant que lieu de plénitude, de socialité et de vitalité. C'est principalement par ce quadruple apport, que le présent travail entend avancer le débat sur le thème général du rapport entre représentation du temps et développement. 3. Développement: définition du concept

Les notions clés de la présente étude demeurent sans aucun doute le temps et le développement. L'analyse du concept de temps devant couvrir la première partie de cette étude, nous nous limiterons maintenant à définir uniquement le terme développement. Alain Ponsl rapporte que le mot développement a été employé pour la première fois dans son sens biologique par Charles Bonnet en 1754.
I

Cft A. Pons, "L'idée de développement", dans Entreforme et histoire..., (1988),

p.187.

16

D'après Olivier Bloch"! ce concept trouve ses origines dans une série de notions et de thèmes, depuis l'antiquité, et qui sont tout aussi de modèle ou d'application biologique: le vocabulaire lucrecien utilise le terme "semence", prolongeant en cela la lignée de la médecine et de la cosmogonie d'Empédocle, pour expliquer l'apparition de toutes choses par l'existence antérieure de germes matériels, toujours présents bien qu'invisibles. L'antimatérialisme n'est pas en reste, notamment avec la thèse aristotélicienne de la préexistence nécessaire d'une forme achevée qui fait passer de la puissance à l'acte les formes virtuelles que recèle la matière, ou encore la notion stoïcienne et augustinienne de "raisons séminales" qui régissent le devenir de chaque individu comme celui du monde dans sa totalite. C'est récemment que les termes développement et sousdéveloppement sont entrés dans la littérature économique tout comme dans le langage courant. Celso Furtado y observe deux sens distincts: le premier se réfère à l'évolution d'un système social de production dans la mesure où celui-ci élève la productivité de l'ensemble de la force de travail; le second concerne le degré de satisfaction des nécessités humaines3. Avec Philippe Hugon4,nous conviendrons que l'essentiel du corpus théorique de l'économie du développement a été élaboré au lendemain de la seconde guerre mondiale. Les théoriciens néoclassiques et keynésiens réduisent la problématique du développement à la théorie de la croissance, aux imperfections du marché et à l'économie internationale; tandis que les «constructeurs» de l'économie du développement, eux, focalisent leur attention sur les
I 2

Cfr O. Bloch, Avant-propos, dans Entreforme

et histoire..., (1988), p.8.

Sur la dimension biologi~ue du concept déVelOP ement, on lira également: J. Robin, De la croissance au developpement humain, 1975); Fr. Peroux, Pour une philosophie du nouveau développement, (1981), pp.1 q -13.
3

Cfr C. Furtado, Brève introduction..., (1989), p.23.

4 Cfr Ph. Hugon, Économie du développement, (1989), p.5.

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structures des économies des pays dits développés ou sousdéveloppés. Les débats sont alors théoriques et conceptuels. Dans un contexte dominé par la décolonisation de l'Afrique, les guerres de libération nationale et l'affirmation des identités, on constate, vers les années 60, une radicalisation du questionnement; les hypothèses des théories du développement portent davantage sur la modélisation. Les débats deviennent plus idéologiques. Vers le milieu des années 70, marqué par l'intérêt pour les questions de gestion, on observe un certain rapprochement théorique des courants sur des questions concrètes; alors qu'au plan de la politique économique, l'universalisme des modèles libéraux contraste avec le particularisme des modèles alternatifs. Les enjeux sont surtout de politique économiquel. S'il ne nous appartient pas ici d'analyser les théories «développementalistes» que nous venons d'effleurer, au moins pourrions-nous dire que le concept de développement a pu signifier, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, «croissance», précisément «croissance économique», qui est un processus quantitatif de l'expansion de la production, c'est-à-dire augmentation du revenu global divisé par le nombre d'habitants; croissance qui se calcule, selon une approche statistique, à partir des indicateurs d'ordre démographique, social (santé, alimentation, instruction, emploi) et économique (revenu ou produit par habitant, distribution de la production, composition des exploitations, niveau des investissements, etc.). Opposée à l'approche structurale qui considère la nature [et non seulement le degré] des économies dites développées, l'approche statistique a longtemps été critiquée, en sa nature, en ses
I Sur les théories du dévelol'pement lire parmi d'autres: Ph. Hugon, Op. cil., pp.39-8D; à la pAD: «Tableau II des écoles de pensée développementaIistes»: lnterventionnistes keynésiens, Libéraux néo-classiques, Réformistes structuralistes, Radicaux marxistes Néoricardiensj Fr. Perroux, Op. cil., pp.81-152, 235-265; Ph. Aydalot, Essai sur la théorie du developpement, (1971); La pluralité des mondes. Théorie et pratiques du développement, tI975); J.-M. Albertini, Les mécanismes du sous-développement, (1971); r. H. Cardoso, Sociologie du développement en Amérique laune, (1969).

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effets, en ses fondements idéologiques autant que dans son mode de calcul, par les tenants des «théories culturelles du développement»1 et plusieurs autres penseurs comme par exemple Fr. Perroux, Pecqueur, Julien, Bungener, Vachon, J.-M. Albertini, Lebret, Samir Amin, Grinevald, Hugon, Fr. Partant, Reynaud, Robin, J. Ki-Zerbo, J. M. Ela, etc. Sans prétendre commenter ici les critiques formulées par ces auteurs, retenons, dans le seul souci de fixer les idées, deux leçons. La première c'est que, pour ces auteurs, non seulement la croissance économique ne signifie pas développement, ne suffit pas à développer une société, et que même elle peut être dévastatrice à certains égards; non seulement elle est un modèle arbitrairement imposé; mais encore son mode de calcul est figé et figeant, son approche réductionniste et simpliste. La deuxième leçon c'est la nécessité d'une préhension plus englobante du développement. De quelque manière qu'on le définisse, il apparaît que le développement déborde la croissance économique, dans la mesure où il entend promouvoir tout l'homme, c'est-à-dire l'homme considéré dans la totalité de ses dimensions matérielle, éthique et spirituelle. C'est dire que le développement est un processus intégral. Aubert écrit bien à propos:
[...j le développement est un processus de valorisation humaine des personnes et des sociétés qui, à travers l'amélioration des conditions matérielles d'existence, permet un épanouissement de l'être individuel et collectif. Processus d'accomplissement humain intégral, il est bien une marche progressive vers une meilleure humanité2.

Lebret dit avec raison que le développement ne consiste pas seulement à élever les éléments matériels des niveaux de vie, mais des hommes en tant qu'hommes avec leurs dimensions intellectuel-

I Nous suggérons sRécialement: L. T. Khôi, Culture, créativité et développement, (1992); X. Dupuis, Culture et développement..., (1991); Spécificité et dynamique des cultures négro-africaines, (1986). 2 J.-M. Aubert, Pour une théologie..., (1971), p.198.

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les, morales, sociales et spirituellesl. Partant parle d'«évolution globale»2; Perroux, aussi de développement global:
global, dit-il, désigne une vue d'ensemble des dimensions d'un tout humain et la diversité des aspects qui doit être assumée dans leurs relations, au-delà des analyses spéciales3.

Certains auteurs utilisent des expressions similaires: «développement global», «développement total», «développement non exclusivement économique», etc. Notons que intégral ne signifie pas seulement «tout l'homme», mais aussi «chaque homme», c'est-à-dire «tous les hommes», «toute la société». Au travers de la notion de développement intégral, se profile une conception de l'homme, de l'homme qui n'est pas simplement «homo consumens», «homo oeconomicus», «homo faber», mais plutôt homme préhendé dans la totalité de son être, comme valeur en soi, sujet et fin du développement. Conquête et quête de plénitude d'être de tout l'homme et de tout homme, le développement doit être un processus intégré. En d'autres termes, la promotion de l'ensemble des dimensions de l'homme doit se réaliser en harmonie les unes avec les autres. Le terme intégré est polysémique comme le remarque Perroux4. Dans les théories du développement, on parle d'«intégration plurinationale», quand des nations sont rassemblées en un tout plus cohérent. Plus généralement, le terme intégration désigne le rassemblement d'unités ou de facteurs en un même ensemble. Le développement intégré signifie alors soit l'intégration plurirégionale, soit la meilleure cohésion des secteurs, régions, et classes sociales. Mais l'usage que nous en faisons ici signifie un développement dans lequel se réalise une cohésion des différentes dimensions de l'homme. D'autres auteurs utilisent les expressions
Cfr L. J. Lebret, Développement..., (1967), p.83. Fr. Partant, Op. cit., notamment à la p.29. 3 Fr. Perroux, Op. cit., p.30.
2 Cfr
I

4 Ibidem,

p.31.

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«développement harmonisé»I, «développement harmonique ou synchronisé», «développement coordonné»2, «développement équilibré», «développement cohérent», etc. Voici comment Julien et Sasseville définissent le développement intégré, définition qui paraît se limiter aux seuls aspects matériels:
Le développement intégré est un développement cohérent, mais harmonisé aux fms d'améliorer la condition de vie des hommes et de leurs institutions, c'est-à-dire, un développement de leur niveau d'accessibilité aux systèmes de production de biens et de services dans la sécurité d'un milieu de vie sain et de salubrité croissante3.

Processus intégral et intégré, le développement doit être endogène. Le terme endogène s'oppose à exogène qui signifie constitué ou dépendant de l'extérieur. Le concept de développement endogène entend mettre en évidence l'idée que le développement procède des aspirations des peuples qui choisissent d'accéder à une forme d'existence supérieure en fonction de leurs idéaux, de la représentation qu'ils se font d'eux-mêmes et des potentialités que leur offre leur espace physique et culturel. Comme le dit Joseph Ki-Zerbo, le développement est un processus authentique et autonome. Il écrit en effet:
[...] le véritable développement ne peut surgir que de son enracinement dans les sources culturelles et traditionnelles de chaque pays. Pour chaque peuple, se développer c'est se découvrir, se renouveler, c'est faire appel au pouvoir créateur des hommes afm que puisse éclore et s'épanouir toutes les virtualités [...j4.

On ne développe pas; on se développe. Le développement est un processus par lequel l'homme accède à plus d'autonomie et à plus de maîtrise de son histoire. Le projet de développement est essentiellement projet de liberté, dans la mesure où progressivement l'homme se libère des contraintes que la nature fait peser sur
I 2
3

Cft P.-L. Reynaud, Seuil de modernisation..., (1969). Cfr L.-J. Lebret, Op. cit., p.83.
P.-A. Julien et J.-L. Sasseville, Théorie de l'action et..., (1979), p.27.

4

J. Ki-Zerbo, Culture et développement, (1976), p.7.

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lui pour pouvoir se sentir davantage épanoui selon ses visées propresl. L'exigence d'un développement endogène ne doit pas cependant céder au relativisme ni au repli sur soi. Le développement est une tâche qui requiert une solidarité et une coopération entre les hommes. Enfin, nous concevons le développement davantage comme un processus continu et dialectique. Continu dans la mesure où le développement est devoir être, quête et conquête permanente de réalisation de soi, jamais figé ni limité à un seul instant. Processus continu, le développement doit s'effectuer par phases: toute étape franchie doit être toujours déjà et nécessairement niée, cependant «sursumée», et servir comme d'un nouveau point de départ, afin d'accéder à un niveau qui apporte plus de dignité humaine, plus de liberté et un meilleur espace vital. C'est dire que le développement est un processus dialectique. Bref, nous estimons que, de quelque manière qu'on le définisse, on devrait avoir conscience du caractère intégral et intégré, endogène et solidaire, continu et dialectique du développement La notion de développement suppose une mise en perception temporelle de l'existence de manière à ce que sa succession chronologique paraisse coïncider avec sa détermination axiologique. Il s'agit d'une conception du mode d'être personnel et social comme impliquant une tendance vers le meilleur. En ce sens, le développement évoque l'idée d'un mouvement de dépassement, d'ascension vers plus de dignité, vers plus d'épanouissement.
1 Pour une analyse approfondie de la notion de développement endogène, dit aussi «développement autocentré» ou «développement par en bas», se rapporter entre autres à: J.-M. Albertini, Op. cil., p.18J; P. Bungener, "Problèmes dans les relations..., dans La pluralité des mondes, (I975), pp.-9-30, spécialement à la p.12 et 22; E. Dussel;.,Histoire et théologie de la libération..., (197 ~); R. Garaudy, Appel aux vivants, (1'179); R. Garaudy, Pour un dialogue des civilisations... (1977); B. Pecqueur, Le développe'!lent laçaI: mode ou modèle?, (1989), particulièrement à la p.47; F. Perroux, Op. elf., spécialement p.19 et 31.

22

4. Problématique La problématique du temps, selon Marcel Conché, se ramène, depuis Aristote et Platon, à ces quatre questions-ci: la réalité du temps, sa nature, son origine et la question de son indépendance à l'égard de l'âme ou de l'esprit!. Nous ne traiterons pas, en ce qui nous concerne, de la question du temps suivant un tel schéma. Sans doute évoquerionsnous, en certains moments, quelques-unes de ces questions; l'objet de notre étude étant essentiellement de définir les conditions d'une articulation entre temps et développement intégré. Se proposer d'entreprendre une étude sur les conditions d'une articulation entre la notion de temps et celle de développement, ne semble pas aller de soi. Cela requiert, comme dit plus haut, l'existence d'un rapport entre la manière de concevoir le temps ou le monde, et le mode d'être d'une société et particulièrement son niveau de développement. En effet, de par son importance et son caractère central, la perception du temps, non seulement modèle notre manière de penser, mais elle marque aussi le mode d'être de l'individu et de la société. C'est pourquoi Alfred Schwartz estime:
Il est donc fondamental, dans l'optique d'une étude de l'incidence du facteur temps sur le développement économique, de connaître les attitudes et le comportement déployés par la population à l'égard de ce conceptZ.

J. S. Mbiti écrit, sur la base des recherches menées sur le terrain, principalement dans l'Est de l'Afrique, que le concept de temps peut aider à expliquer les croyances, les attitudes, les pratiques et toute la façon de vivre des Africains, aussi bien dans le cadre traditionnel que dans un milieu moderne3.

I

Cfr M. Conché, Temps et destin, (1980), p.3.

2 A.
3

Schwartz, "Calendrier traditionnel..., dans Cahiers..., (1968), p.53.

Cfr J. S. Mbiti, Religions et philosophie africaines, (1972), p.25.

23

Pour illustrer cette affirmation, Mbiti signale que la découverte de la dimension du futur éloigné en Afrique, notamment grâce au christianisme, serait en partie à l'origine des sectes sur ce continent, dans la mesure où la déception née de l'attente du messie [qu'on ne voit toujours pas arriver] est compensée par la création des sectes autour des personnages qui "incarnent" le messie. Ce n'est pas le lieu ici de discuter de cette affirmation. Le seul aspect intéressant pour nous, c'est que ce cas atteste qu'une manière de concevoir le temps peut influer sur le vécu, individuel ou collectif. Le temps est, par son rapport avec la vision du monde et l'existence, en liaison avec le développement. Ce rapport mériterait une analyse plus approfondie. En ce qui nous concerne, nous avons pu dégager, au regard des travaux antérieurs sur le sujet, cinq axes principaux, auxquels se ramène la problématique de l'articulation entre conception du temps et développement. Premièrement, pris dans son acception cosmique, le temps est un paramètre de mesure et de périodisation du processus de développement. Il s'agit ici du point de vue mathématique du temps, du temps comme nombre. C'est en ce sens que l'on parle de projets à court, moyen et long terme ou de plan quinquennal, décennal, etc. Le niveau de développement d'une société peut se mesurer par sa capacité de gestion et de maîtrise des schèmes temporels. Deuxièmement, si nous considérons cette fois la perception du cours du temps, certaines conceptions du temps peuvent paraître susceptibles de contribuer au développement des sociétés alors que d'autres seraient sous-développantes ou immobilisatrices. Troisièmement, la manière d'appréhender le rapport et l'articulation entre le passé, le présent et le futur, peut aider à mieux définir et orienter les projets de développement et à assumer le devenir d'une société. Mais elle peut tout aussi générer des para-

24

doxes. D'où la nécessité d'une forme d'intériorisation appropriée des trois dimensions temporelles dans le sens du progrès. D'autre part, les progrès réalisés par la technoscience, en plus de favoriser la rencontre des civilisations, contribuent à transformer le mode d'être et de penser des communautés humaines, et en particulier la perception du tempsl. C'est dire qu'il y a un rapport dialectique entre temps et développement. Le développement, une fois engagé, se présente comme cause de nouveaux aspects qui apparaissent dans l'ordre temporel. Mais ces effets réagissent à leur tour à leur cause: développement et notion sociale du temps s'influencent mutuellement dans leur évolution2. Enfin la notion même de développement, en tant que passage des conditions de vie moins bonnes à des conditions de vie "meilleures", évoque la notion de temps, c'est-à-dire l'idée de succession. La perception du développement résulte en effet de la mise en perception temporelle d'un ensemble de modes d'être tels que, au travers de leur succession, apparaît une détermination axiologique. Le développement est une histoire où l'ordre chronologique et l'ordre axiologique paraissent coïncider. Le développement marque une supériorité du présent par rapport au passé. Si l'on revient au deuxième de ces cinq aspects, à savoir la perception du cours du temps, nous nous apercevons, sur la base des études antérieures, que suivant qu'une société a du temps une conception linéaire, cyclique ou instantanéiste, sa marche dans l'histoire est une existence progressive, répétitive ou hasardeuse. Certaines conceptions du temps seraient donc développantes, tandis que d'autres constituent un facteur de sous-développement. Arrêtons-nous d'abord au concept de temps linéaire. Que signifie temps linéaire? C'est le temps qui va vers l'avenir; c'est le
I Daniel Mercure constate que «l'industrialisation a aussi transformé nos conceptions du temps~ nos temporalités vécues et la nature particulière de nos représentations de l'avemr». D. Mercure, "Les temporalités vécues...", dans Temps et société, (1989), p.25. 2

Cfr R. Rezsohazy, Temps social et développement...,

(1970), p.236.

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temps normal du sujet actif, du sujet intentionnel, qui vise, qui attend, qui va vers. Dans une culture qui intériorise cette forme de temps, la société appréhende le devenir historique comme un processus dynamique cumulatif, une marche progressive vers des horizons nouveaux. Intériorisée dans le substrat des sujets, une telle conception permet une mobilité d'esprit et une appréhension du devenir et du futur humain, conditions favorables pour un mode d'être plus dynamique et ouvert. J. Needhan indique que le temps linéaire, introduit en Occident grâce au christianisme, a contribué de manière directe à la naissance de la science et de la technologie (à la Renaissance), et que l'on peut le ranger à côté d'autres facteurs qui l'expliquent!. Paramètre fondamental de toute pensée scientifique, le temps, ajoute-t-il, est au principe de toute connaissance naturelle, qu'elle soit basée sur des observations réalisées à des moments différents ou sur des expériences qui requièrent un laps de temps pour que toutes les mesures soient faites aussi précisément que possible. La détermination de la causalité, si importante pour la science, a certainement été stimulée par la croyance en la réalité du temps2. Widgery signale pour sa part que les Zoroastriens, appelés de nos jours Parsis, ont joué, grâce à leur conception et à leur attitude envers le temps et l'histoire, un rôle de pionniers dans le développement économique de l'Inde moderne; une conception du temps dynamique, progressiste et mélioriste, qui appelle au dépassement de soi et à la lutte continue contre les fléaux3. C'est par sa capacité à socialiser ses membres dans la conscience du temps linéaire ouvert au futur, qu'une société aménage un espace social favorable à la conception des projets de développement aux fins d'une amélioration des conditions d'existence.
Cfr J. Needhan, La science chinoise..., (1973), p.215. 2 Ibidem, p.216. 3 Cfr A. G. Widgery, Les grandes doctrines..., (1965), pp.125-128.
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On a l'habitude d'opposer à cette forme du temps fléché le temps cyclique. On en trouve la mention dans la description des âges successifs chez Hésiode. Pythagore, Héraclite, Platon, les stoïciens, Nietzsche - pour ne citer que ceux-là - ont eux aussi

professé cette doctrine.

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Dans la mesure où elle saisit l'histoire comme processus nécessaire et répétitif, la conscience du temps cyclique, par un système de paradigmes et d'archétypes qui étouffe la capacité d'initiative historique, est non-développante, voire sous-développante. Certes la notion de développement recèle un aspect cumulatif et intégrateur des valeurs créatrices du passé; mais elle implique fondamentalement l'idée de dépassement, de passage à une existence plus élevée, idée qu'on ne retrouve pas dans le mythe de l'éternel retour du temps cyclique. Le cycle en effet est affirmation du même; il se trouve sacralisé au point de mériter qu'il se répète éternellement. Le retour cyclique exclut toute réalité nouvelle, puisqu'il y a équivalence entre passé et futur. Le présent manque de consistance; il n'est pas un moment unique: les réalités individuelles sont réassumées par le besoin d'un éternel recommencement. Il n'y a donc pas d'esprit critique ni de négativité historique!. Gohau écrit dans un passage sur les stoïciens:
Les stoïciens, par exemple, qui ont noté des signes de dépérissement du globe [...], estiment que le monde est périssable, mais qu'il se régénère périodiquement à l'occasion d'une conflagration universelle [...] Mais ce qui sépare radicalement cette vision de la nôtre, c'est que le globe des Stoïciens ne se construit pas progressivement, à travers la succession des cycles: chaque nouveau monde est identique aux précédents2.

De même, nous pensons qu'une conception instantanéiste du temps, parce qu'elle consacre des décisions et des actions ponctuelles, serait néfaste pour une société soucieuse de son
Pour une analyse plus approfondie, on pourra consulter par exemple: M. Eliade, Le mythe de l'éternel retour, (1969).
2 G. Gohau, "Naissance de la géologie historique", dans Entre forme et histoire..., (1988), p.128.
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développement. Le développement suppose, à notre sens, non seulement que l'on tienne compte de toutes les trois dimensions temporelles, mais aussi exige une conception continue et dialectique du temps, où il y a place pour la liberté et la responsabilité; conception qui doit se traduire, grâce à une rationalité planificatrice, en une maîtrise à long terme du devenir historique. Mais l'instant conserve toute sa valeur en tant que dimension de confluence par rapport au passé et de lumière par rapport à l'avenir. L'esquisse des trois conceptions linéaire, cyclique et instantanéiste du temps dans leur rapport au développement demande quelques remarques pour une compréhension plus juste qui prévienne toute absolutisation. Nous n'entrerons pas dans les détails qui exigeraient de longs. développements. Aussi nous limiterons-nous à quelques brèves indications. D'abord et principalement, il n'y a pas une relation de causalité absolue entre conception linéaire du temps et développement d'une part, ou entre représentation cyclique du temps et sousdéveloppement ou stagnation de l'autre. Trois remarques à dégager de cette observation de base. 1. Le fait pour une société d'avoir une perception linéaire du temps ne suffit pas à l'engager dans la voie du développement. Cette société peut demeurer sous-développée; une telle situation s'expliquerait par d'autres facteurs - le développement, autant que le sousdéveloppement, a été généré par une série de facteurs divers. Par ailleurs, le niveau de vie d'une société ne peut être en croissance linéaire constante; il peut connaître, et connaît en fait, des réajustements et des moments de crise. 2. L'intériorisation d'un temps cyclique dans une aire culturelle donnée ne constitue pas une condition suffisante pour générer un sous-développement. Les autres conditions réunies, la conception de cette forme de temps peut ne pas constituer une véritable entrave à l'amélioration des conditions d'existence et à la capacité créatrice - telle cas de l'antiquité chinoise. Le temps cyclique ne peut être

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réellement sous-développant que dans un contexte de synergie avec d'autres facteurs de sous-développement. 3. Par ailleurs, le fait de trouver une région sous-développée qui a une représentation cyclique du temps ne suffit pas à établir defacto un rapport de causalité entre les deux termes. Il conviendrait, dans un tel cas, d'éviter des conclusions hâtives pour interroger les autres facteurs, par exemple les circonstances idéologiques ou historiques, les structures et les conditions géographiques, sociales, économiques, etc. La deuxième observation c'est que, autant le temps linéaire peut présenter des limites au développement par la mobilisation des efforts pour l'anticipation de l'avenir avec le risque de négliger le passé créateur et le présent, autant le temps cyclique recèle un aspect positif par l'idée de temps de plénitude: temps fondateur de tous les temps, par lequel des moments référentiels sont intensément vécus; une manière de renouer avec un temps où tout s'est réalisé et où tout était possible. La troisième et dernière observation porte sur la tendance si populaire à vouloir assigner à chaque société une forme de temps correspondante, alors que des recherches minutieuses révèlent la coexistence des différents niveaux de perception du temps dans une même société. D'après Alegria, suivant en cela Itéanu, on trouve dans la société occidentale à la fois une conception ouverte du temps (temps du devenir, temps de la non-répétitivité) et une conception fermée et cyclique (temps des rituels religieux et politiques, temps des saisons y. Grossin constate, au sein de certains secteurs de la société française, des variations importantes dans les attitudes à l'égard du temps et dans les représentations selon les différentes catégories professionnelles. Il note avec insistance l'écart profond entre le discours présenté par la société et celui des individus: la planificaI Cfr J. Alegria et Cie, L'espace et le temps..., (1983), voir "L'espace et le temps des autres, entretien avec Itéanu", p.275.