//img.uscri.be/pth/51a0ff416dc129441411182db415fcf34eddc999
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,59 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Contes de Tombouctou et de Macina

144 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 90
EAN13 : 9782296160545
Signaler un abus

CONTES

DE TOMBOUCTOU

ET DU MACINA

Volume 2

Dans la même collection

-

Albakaye Ousmane Kounta : - Contes de Tombouctou et du Macina, tome 1, 1987.

-

Contes

de Tombouctou

et du Macina,

tome 2, 1989.

Jeanne Delais: - Les mille et un rires de Dj'ha, 1986.
SAHYKOD: - Lundja} contes du Maghreb, 1987. 1988.

~

Solange Thierry : - De la rizière à la forêt, contes khmers, Gérard Meyer: - Paroles du soir} contes toucouleurs,
Alphonse - Contes Leguil berbères : de tAt/as de Marrakech,

1988.
1988.

@ L'Harmattan,
ISBN:

1989

2-7384-0187-2

Collection « La légende des mondes»

Albakaye Ousmane

Kounta

Contes de Tombouctou

et du Macina

Volume 2

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

AVANT-PROPOS

Source de tous les genres littéraires Le conte est assurément Le miroir de l'âme du peuple. Il se perd dans les villes inhumaines Et dans les campagnes troublées Et agressées par mille feux Il se perd à présent même Dans nos cœurs et dans nos rêveries Où allons-nous si nous ne rêvons plus? Il est impératif par tous les moyens disponibles De conserver et de défendre le conte Avec n'importe quel bras Armé de n'importe quelle arme Ceci est bien meilleur Aux petites fâcheries Et aux jalousies fébriles.

7

HAMMADI SINA

Il y avait en ces temps-là

Dans le Kounari 1, au Macina 2
Un puissant Ardo 3, un seigneur téméraire Qu'on appelait Hambodédio. Sa capitale était Goundaka.

Il était né d'un père peulh 4
Et d'une mère bamanan '. Jamais, seigneur n'osa l'affronter Qu'il soit peulh ou bambara. Et d'ailleurs pour exprimer son audace Et mettre à l'épreuve son insolence, Il se refusait de parler bambara A Ségou capitale bambara, Il s'y exprimait en peulh, Il ne parlait dans le Macina, pays des Peulh, Que le bamanan langue de sa mère. Lorsqu'il eut son premier garçon Ill' appela Hammadi Hambodédio Yalla Goundaka.

1. Kounari: région située à l'est du lac Debo, dans le delta intérieur du Niger au Mali. Principale ville Kona. 2. Macina: le Macina occupe presque tout le delta intérieur du Niger. Il est habité principalement par les Peulhs, s'occupant principalement de l'élevage et parlant la langue foulbé. 3. Ardo: suzerain dans le sens féodal du terme. 4. Peulh: les Peulhs se sont dispersés dans plusieurs pays de l'Afrique. On les retrouve du Sénégal en Somalie et en Mrique centrale et de l'Est. Ils ont créé une civilisation très originale. 5. Bamanan: ethnie habitant en Afrique de l'Ouest principalement au Mali. Les Bambaras s'occupent généralement de l'agriculture. 9

Ce mardi matin-là Tout Goundaka fut réveillée Par le tam-tam du crieur public. On entendit battre le tam-tam On courUt aux nouvelles On marcha quand battit le tam-tam On s'arrêta quand il cessa de battre On tendit l'oreille, Pour mieux entendre les paroles Saccadées du crieur public. - Hambodédio, le plus grand des ardos En ce jour mardi a baptisé son fils Hammadi Hambodédio Yalla Goundaka. Hammadi parce qu'il était le premier, l'aîné Hambodédio car il était bien le fils de son père Yalla car celui-ci était bien de Yalla Goundaka car il était bien né à Goundaka Goundaka la capitale de son royaume. Il fit crépiter le tam-tam Et marcha trois pas, puis quatre Et de nouveau fit crépiter le tam-tam. - Ecoutez bien, poursuit-il, Gare à celui qui aura surnommé A partir de ce jour son fils Hammadi, Ce nom est désormais réservé. Qui, transgressera cette loi Verra sa femme condamnée à porter Son fils jusqu'à Goundaka. Là, il sera mis en mortier et pilé Jusqu'à ce que ses os et sa chair Soient transformés en bouillie Bouillie qui sera servie à Bone Youbande Le pur-sang de Hambodédio. Que ceci soit compris de tous Dans tout le rùyaume de Kounari. Vingt années passèrent Puis six autres encore Il y avait non loin de Goundaka 10

Une grande tribu de pêcheurs sorkd Qui s'installa tout au long du fleuve. Elle avait pour chef Sina Sina s'était marié plusieurs fois Mais jamais Sina n'eut un enfant. Cependant un marabout de ses amis Lui conseilla de se marier

Avec une esclave sorko

.

Portant une cicatrice à la joue droite. Sina chercha longtemps Qui cherche trouve Et Sina trouva une esclave sorko Qui portait une cicatrice à la joue droite. IlIa maria et avant que ne se retourne l'année Elle accoucha d'un garçon. Sina convoqua tous les pêcheurs On rasa la tête de l'enfant Et le surnomma Hammadi Sina. Des mois étaient passés Des mois étaient revenus Ils étaient très nombreux pour les compter. Une vieille femme lui vint Ce genre de vieilles femmes Qui arrivent toujours A tirer quelque chose de vous. Elle vint et dit au chef Sina : Ce que tu viens de faire L'as-tu fait par ignorance Ou veux-tu véritablement provoquer le roi ? - Quoi donc demanda le roi? - La loi défend ici depuis plus de vingt ans De surnommer un enfant Hammadi Voudrais-tu peut-être qu'on force ta femme A porter votre enfant unique sur le dos
6. Sorko: ethnie s'occupant principalement Niger. 7. Amirou: roi, roitelet. de pêche sur le fleuve

-

Amirou 7 !

11

Le porter jusqu'à Goundaka Et qu'elle-même le pile dans un mortier Pour le donner à manger Au cheval du roi, A Bone Youbande.

- Tu as raison ma vieille J'ai oublié, Je m'en vais déclarer en public Qu'on n'appelle plus mon fils Hammadi Qu'on l'appelle désormais Marna.
On l'appela Marna depuis ce temps-là Jusqu'au moment où il eut les jambes assez solides Et qu'on lui fabriquât de petits harpons Avec lesquels, il devrait transpercer Carpes et silures. Mais dès le premier jour déjà Faute de poissons, notre héros Qui trouva un vieillard assis, somnolant Derrière une assemblée de notables, Lui envoya son harpon Qui lui transperça et la barbe et la gorge On put heureusement l'enlever Mais la poitrine du pauvre homme Couverte de sang, était inguérissable On dit à l'Amirou : - Voilà ce que votre fils a fait. L'Amirou le battit à grands coups de bâtons Et lorsqu'on lui demanda pourquoi Il avait fait cela, Il répondit: - Tous les autres hommes travaillaient, Seul lui était derrière en train de dormir, Voilà pourquoi j'ai cru devoir le réveiller. Lorsque je l'ai piqué comme un poisson, Il s'est bien décidé à se réveiller. Le lendemain il partit à la pêche. Il revint bredouille 12

Mais il vit sur son chemin de retour Une vieille femme qui se reposait Sous sa paillotte. Il lui envoya son harpon Qui lui transperça le sein et la poitrine. On lui demanda ce que cette vieille Lui avait fait pour mériter un tel sort. Il répondit qu'elle dormait Pendant que les autres travaillaient Et comme il revenait bredouille Il essaya sur elle son instrument - A vrai dire, je ne savais pas Que mon arme était si performante. On lui donna force coups de bâton Et l'Amirou demanda à Dieu De débarrasser ce terrible enfant Du clan des sorko. - Par Dieu, Dieu ne me tuera pas. Il ne tue pas les êtres de mon espèce. Dieu ne tue que les gens hypocrites, Ceux qui sont lâches et qui laissent L'injustice courir pour avoir bonne conscience, Ceux qui se contentent de tout Et se laissent marcher sur les pieds, Ceux qui perdent toute dignité d'être homme Et qui se cachent de la mort Comme si un jour ils ne devraient mourir, Voilà ceux que Dieu tue en les humiliant. Des gens nés le jeudi comme moi, Dieu ne les tue pas ainsi Car ils laissent dans l'histoire Leurs empreintes et leur esprit. Ainsi Marna continua à vivre dans le village. Terreur des rues, terreur des maisons, Terreur des campagnes, terreur des berges, Ses amitiés ne duraient qu'un instant Car il suffisait de le contredire Pour qu'il armât son harpon 13

Et vous en piquât et sans regret. Ainsi un jour, il vit passer Une belle jument accompagnée d'un beau poulain. Séduit par ce dernier, il l'attrapa, Appela ses camarades et alla l'attacher chez lui. - Je briserai les côtes à celui Qui se dira son propriétaire. Le jour où vint dans le village Le propriétaire des chevaux Et qu'il apprit que c'était Marna Qui avait confisqué son poulain Il reprit sa jument bien vite et s'éloigna du village Il n'osa pas parler du poulain. Ainsi grandissait l'enfant terrible du village. Chaque jour il devenait plus fort Et chaque jour il devenait plus insolent. Des années passèrent. Marna était devenu à présent Un jeune homme bien robuste Presque un homme complet. Un jour, pendant que les vieux du village Et le père de Marna causaient d'affaires Communautaires sous l'arbre à palabres Planté juste devant la maison du chef, Mama qui dormait fut réveillé par ce brouhaha. Il descendit au fleuve et revint Ses deux bras chargés des harpons les plus pointus. Il dit à son père: - Abba! Ne vous avais-je pas dit De ne pas faire de bruit pendant que je dors? A présent, je m'en vais un instant fermer les yeux En les rouvrant, si je trouvais ici Quelqu'un d'entre vous, je le transpercerais Jusqu'aux os. Connaissant le sérieux de cet arrogant jeune homme Tous les notables se précipitèrent 14