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DIEU L'HORLOGER DISCRET

De
192 pages
Déraison que de croire en Dieu ?
Des raisons d'y croire ? Peut-être ?
Mais qu'est-ce que croire ? D'où vient à tous les hommes de toutes peuplades ce sentiment d'une présence qui peut se ramener à l'hallucination ? Qu'est-ce que la croyance pour un incroyant ? Et finalement peut-on être croyant sans être religieux et même peut-on croire en étant antireligieux ?
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DIEU L'HORLOGER DISCRET

Jean PAULHAC

DIEU L'HORLOGER DISCRET

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ L'Harmattan, 2000

ISBN: 2-7384-9490-0

Préambule

Gagner Dieu dans le désordre Pascal, dans son discours sur Dieu, proposait à l'incroyant un pari sans risque, un placement de père de famille, pour gagner à tout coup sa place en Paradis. « Si le néant nous attend, nous ne saurons même pas, à notre mort, que nous avons perdu. Si Dieu existe et que nous l'avons choisi, des félicités éternelles nous attendent ». il ajoutait pour surmonter les doutes des conseils douteux: « Mettez-vous à genoux et priez, la foi suivra ». J'admire Pascal et trouve beaucoup d'intérêt à le lire, mais là, franchement, il me paraît trop roublard. Moins malin que lui et me sentant plus d'esprit provincial que de Port Royal, j'ai décidé de jouer Dieu naïvement, dans le désordre, comme un joueur de Loto confiant dans le hasard. Le désordre de cet ouvrage provient d'ailleurs de la nature même de mes notes, de leur rédaction au petit bonheur du jour et de l'inspiration. Je n'étais pas animé de cette volonté démonstrative, de cette méthode rigoureuse de la dissertation que l'École, notre mère à penser, nous impose depuis la classe de première jusqu'à l'Université et la thèse de doctorat. Le seul lieu commun de toutes ces notes était un dossier intitulé « Dieu» où je les fourrais, pendant l'écriture d'un roman ou d'un essai, un instant interrompue.

Aussi je récuse les questions que l'on peut me poser d'emblée: «Où voulez-vous en venir? Quel est votre plan, votre but? ». Si je m'étais posé ces questions rationnelles, je n'aurais pas persévéré dans l'écriture de ces pages. Je sentais, d'instinct, que la démarche rationnelle allait tout droit m'entraîner vers les autoroutes de la pensée qui conduisent en France, comme les voies ferrées, à Paris la grande ville, où se réunissent les bons becs de l'esprit. En même temps, je pensais ou pressentais que la démarche théologique, derrière les docteurs de la Loi, allait me conduire à Rome, autre capitale et lieu très conventionnel. En fait, c'est ma formation de psychologue qui a dicté la plupart de ces notes, sur un chemin peu fréquenté, un chemin vicinal, sans allusion aux bonnes mœurs. Je me suis posé des questions comme celles-ci : «Qu'est-ce que croire? D'où vient à tous les hommes de toutes peuplades ce sentiment d'une présence qui peut se ramener à l'hallucination? Qu'est-ce que la croyance pour un incroyant? Bref, comment peut-on être Persan? ». Finalement, je me suis demandé: «Peut-on être croyant sans être religieux et même peuton croire en étant antireligieux ? ». Voltaire s'est posé ces questions alors qu'il était croyant. Je me placerai sous sa protection, que je me garderai de qualifier de sainte. II n'aurait pas du tout aimé cela. Quant à la Science, qui m'a apporté la rigueur de sa méthode dans mes raisonnements, elle ne m'a donné que des réponses évasives. Les statistiques, quand on les pratique, nous déconseillent toute affirmation catégorique. Dieu, disent-elles, est une hypothèse qu'on ne peut écarter sans nsque.

8

La Science est une dame bicentenaire, lucide mais très myope, qui ne veut pas voir au-delà de ses microscopes et de ses télescopes. Or, ces derniers, véritables cathédrales optiques, ne voient la plus proche étoile que sous la forme d'un point lumineux, comme notre œil candide. Ils multiplient le nombre des étoiles, qui restent réduites à des points, dont on sait qu'ils n'ont point d'étendue. Le visage de Dieu n'apparaîtra pas dans le miroir du plus grand de ces instruments, braqué vers cet espace qui effrayait tant Pascal. Je suis donc parti, sans viatique, avec un bâton de pèlerin improvisé, coupé aux buissons de mon chemin et dont je n'attendais pas qu'il me mène à une lointaine Compostelle. Le chemin ne figure d'ailleurs sur aucune carte et n'a pas de panneau indiquant une quelconque direction. Qui m'aime me suive, au péril de sa foi ou de son incrédulité, qui est une foi en creux, aussi cramponnée à elle-même que sa sœur de l'autre rive.

9

Introduction

Il est de règle quasi générale qu'un athée touché par la foi cherche une religion pour y abriter son nouveau né. Il choisit alors, toujours en général, la religion «dominante» et se dirige vers la Mosquée, la Synagogue ou l'Église, bref l'édicule de service le plus proche. Ma démarche a été différente, ce qui ne surprend pas mes amis, persuadés que je me détermine surtout par opposition: l'Église étant l'institution la plus proche de moi, je me serais détourné d'elle par un trait de caractère quelque peu pathologique. TIest vrai que j'avais, avant l'accident spirituel qui m'est arrivé, une certaine considération pour l'église catholique et romaine. Je lui appartenais, plus qu'elle ne m'appartenait. Elle m'avait baptisé, j'avais confirmé cet acte d'autorité dans une cérémonie qui m'avait beaucoup impressionné et qu'on pouvait croire choisie. Je m'étais nourri de nombreuses lectures spontanées des Évangiles, mais le goût de la poésie se joignait à la curiosité. Mes parents, instituteurs athées, me protégeaient d'une adhésion automatique par des lectures différentes: celles qui rapportaient les turpitudes des papes de la Renaissance, les atrocités de l'Inquisition, l'obscurantisme politique de l'Église, continuellement rangée derrière le Pouvoir royal; son indifférence à la situation d'exploitation des travailleurs et à leur combat. La découverte ultérieure des Encycliques de Léon 13 ne corrigea pas ces sentiments d'éloignement de l'Église. Quant à l'attitude de celle-ci, vis-à-vis de Galilée, il vaut mieux ne pas y insister. Cependant, mon indifférence polie

faisait pencher le fléau de ma position vers Rome, ou plutôt vers l'église de mon village corse, dont le carillon de huit notes persiste en ma mémoire. Lorsque la foi me vint, lentement, avec des hoquets de matérialisme fréquents, ce ne fut pas vers Rome que mes pas se dirigèrent, ce qui prouve que tous les chemins n' y mènent pas, mais résolument ailleurs et je ne savais où. Instantanément une conviction me vint, avec la foi: les religions étaient trop nombreuses et différentes pour que je puisse me fier à aucune d'entre elles. En même temps, il me semblait que cette multitude de religions témoignait de l'existence de Dieu - il n'y a pas de fumée sans feu, ni d'encens sans divinité pour s'en réjouir ou tousser. Bref, l'universalité du phénomène religieux confortait ma foi nouvelle et, en même temps, me faisait récuser chacune des religions dans sa prétention à dire seule les paroles de vérité. Je me mis donc à contester point par point toutes les affirmations de la Bible. Par exemple celle-ci: « Dieu a fait

l'homme à son image. »
Fallait-il comprendre «image» au sens géométrique et physique de similitude, ou bien d'identité? Si l'identité est exigeante, la similitude est laxiste. Entre un homme, une girafe et un escargot, les similitudes sont nombreuses et le bipède est plus proche de la girafe surtout dans son goût des hauteurs - que du rampant escargot. Mais tous trois se retrouvent en famille devant un caillou. Ce n'est peut-être pas cette similitude dont veut parler la Bible, mais de similitude spirituelle. Un écart se creuse alors entre le grand mammifère, le petit gastéropode et l' homme de taille moyenne. L'amour humain, dans sa splendeur entière, qu'ignore l'animal, est partie plus que reflet de celui de Dieu. Hélas, nous ne sommes pas seulement esprit et amour, mais aussi intelligence et toute image de Dieu en ce domaine 12

nous en écarte. Dans l'approche de Dieu, notre belle intelligence, dont nous sommes si fiers, patine. Essentiellement binaire, comme l'ordinateur qui la prolonge, l'intelligence est exclusive: A est A, nous a dit une fois pour toutes Aristote, dieu de la pensée religieuse et profane. Cette arme dichotomique se montre efficace en
« matière de matière» macrophysiqueoù nous baignons et

que nos sens nous révèlent, assez bien pour en user. Mais ce n'est pas vrai dans l'intimité infinitésimale de l'atome, où les lois sont différentes et dont nous peinons à saisir le concept difficulteux, même pour le physicien qui se refuse à l'imaginer. Une particule peut ainsi se trouver à deux endroits différents à la fois, arriver avant de partir! C'est une injure au bon sens, c'est de l'ubiquité, qualité divine! Appliquée à Dieu, notre intelligence se montre impuissante à le définir, à l'imaginer. Nous le voyons avec le nombril et non pas l'œil de l'esprit, seul instrument qui permette de l'approcher. Non, nous ne sommes pas faits à l'image de Dieu et j'ai de la considération pour l'Islam et les Juifs qui interdisent de le représenter. D'ailleurs quoi de plus ennuyeux que les icônes? C'est à un voyage d'exploration que je convie. Exploration d'une zone blanche, comme il en reste quelques unes sur la Terre - comme au ciel? -. Une région sans routes, sans cartes. Qu'allons-nous y découvrir? Le véritable explorateur part sans le savoir.

13

Chapitre premier
,

DERAISON DE CROIRE

1
C'est si beau de croire!

La foi, la croyance, bénéficient de la considération générale. On a tendance à ne considérer que la foi religieuse. Or, elle concerne la politique, l'art, toutes les activités humaines, qui ont leurs militants, leurs croyants. Le marxisme, le matérialisme procèdent d'actes de foi. Croire, c'est beau. Les images que nous prodigue le «spectacle de la Nature» sont si magnifiques qu'on ne peut que croire en Dieu, nous assurent les croyants. La beauté est divine. Voire ou voir: la Raison, cette pisse-froid, nous met le nez dans les horreurs de cette même Nature et tente de nous ramener au doute. Les Cathares pensaient que le monde est diabolique. La Raison nous dit, sarcastique, que la croyance est sœur de la crédulité. Mais le doute, c'est inconfortable, c'est mesquin, tandis que la crédulité naïve de Chantecler, attendant avec confiance au milieu de la nuit le soleil à paraître, c'est beau. La Raison, qui a les pieds sur terre, nous conseille de voir l'actualité, la réalité politique. Mai 1999. Milosevic, un tyran, un chef d'État meurtrier et récidiviste dans le crime, entend saigner à blanc une de ses provinces, souillée par une population musulmane. Il se découvre opportunément un penchant religieux, jusque-là bien caché, et convie le chef de l'Église orthodoxe à la cathédrale de Belgrade. L'homme au service de Dieu adoube le catéchumène, défenseur de la Sainte Serbie. Les 17

sicaires marxistes de Milosevic, agenouillés dans le lieu saint, se relèvent et tiennent désormais dans leurs mains rouges du sang des infidèles des armes désormais sanctifiées. C'est la pâmoison du peuple serbe, qui mêle, dans un breuvage enivrant toutes les croyances: celle en la supériorité raciale de lui-même, celle de son droit conséquent d'exterminer la gale musulmane, celle de l'excellence d'un régime qui flatte deux autres croyances, dans le marxisme et dans le nationalisme, ce qui s'appelle national-socialisme, mélange inventé par Hitler, bourreau de ce même peuple serbe, lequel croit sans le savoir en cette résurrection. Mais voilà les horribles bombes de l'OTAN, qui tuent aussi bien bourreaux que victimes: Dieu reconnaîtra les siens. Juillet 1999. Le peuple serbe se réveille, renie sa foi toute proche et demande à un dieu déchu des comptes prosaïques. Il ne semble pas près de les lui rendre. Croire n'est donc pas une vertu en soi. L'homme est l'animal crédule par excellence. Il a toujours cru en toutes choses: les animaux et les plantes, les objets inanimés désignés par les Chamans, l'orage et le soleil, bref il a cru et il croit aux forces de la Nature, mais aussi dans le pouvoir en général malveillant des esprits des ancêtres. Il croit en ses chefs et les suit les yeux fermés, ce qui lui permet de ne pas les voir, pour mieux les imaginer selon ses vœux. Maintenant, il a inventé de nouveaux dieux: il croit dans son équipe de football et vomit, insulte l'équipe ennemie, moleste et tue parfois ses infâmes supporters, ces hérétiques. Il conspue l'arbitre, ce démon, et lui colle un carton aux couleurs de l'enfer. Son équipe est sacrée et lorsque son fanion s'agite au vent, il sent des larmes religieuses et délicieuses qui lui montent aux yeux. 18

A Nuremberg, naguère, Hitler, grand prêtre du nazisme, subjugue une foule de jeunes hommes, innocents hippies des années 30, et les lance à la conquête de l'Europe, terminée par le massacre de ces jeunes croyants, poursuivis par la vengeance des troupes alliées, où se mêlent les fidèles de la démocratie occidentale et ceux de Staline, que le Pape dénonçait peu avant comme le suppôt pervers de Satan. Quoi, je mêle le sacré et le profane, les jeux de hasard, la politique avec les règles rigoureuses de la religion? Eh oui,

parce que les hommesles pratiquentavec la même ferveuret
je ne puis distinguer le bon grain de l'ivraie. La croyance, c'est-à-dire l'adhésion inconditionnelle à une foi, des idées, des chants, fait feu de tout bois. Elle est bien plus profondément le propre de l'homme que le rire, malgré ce que l'on dit. Le rire exige une distance, un dédoublement. Le Je se moque du Moi, ou l'inverse. On rit d'autre chose que de la chose que l'on dit. Ce dédoublement, intellectuel, est salutaire, c'est le commencement du dialogue, de la sagesse, de la tolérance. Le rire est du domaine de l'esprit. Or, la croyance ignore le rire: elle est sérieuse. J'ai connu des militants, c'est-à-dire des croyants. Les catholiques étaient parfois gais, mais les communistes montraient des visages inébranlablement sérieux. La raison tourmente la croyance et ne l'aide pas. Aussi la foi n'est-elle pas convaincante pour le sceptique. S'il était le dernier incroyant en terre de foi, toutes les foules chantantes ne seraient pas pour lui le moins du monde persuasives. TI n'entendrait d'ailleurs qu'une cacophonie. Quant à lui, pauvre incroyant solitaire, il serait jugé comme fou. Comme Galilée. Notre démarche, «conséquente », est donc d'explorer les probabilités de l'existence de Dieu en renonçant, le cœur gros, à la prétention d'atteindre à autre chose qu'une conviction approchée, c'est-à-dire raisonnable. La croyance est comme le vin de Noé, dont le patriarche a trop bu. 19

.

2
Celle qui soulève les montagnes...

Il s'agit évidemment de la foi. L'incroyant honnête et de bonne foi - si l'on peut dire - malgré son indulgence, ne peut s'empêcher de la considérer comme une sorte de maladie mentale bénigne. «Comment peut-on croire à l'existence d'êtres quels qu'ils soient, Dieu, Diable ou Esprit quelconque, alors qu' 0n ne peut les voir, les toucher, les entendre, bref dont on n'a pas la preuve de leur réalité? ». Pour cet honnête homme, et pour le psychologue matérialiste, la foi est proche de l'hallucination. Certes, elles ont toutes les deux des points ou traits communs. L'halluciné est persuadé de l'existence d'un objet qu'il croit voir ou entendre et qui, au témoignage d'autrui, n'est pas là. L'halluciné donne à cet objet absent une existence, une actualité virtuelle au plan objectif, mais réelle sur celui du sentiment. Cependant, l'étude de l'hallucination fait apparaître des traits fréquents qui épargnent les fidèles des religions. Le sujet qui la subit est le plus souvent mélancolique, au sens fort de la psychiatrie ancienne, il se croit victime de persécution, il se situe donc aussi chez les paranoïaques. Les voix qu'il entend ou croit entendre (quelle différence ?) sont les plus souvent injurieuses, accusatrices. Le malade leur répond, obéit à leurs ordres imaginaires et accomplit 21