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Différences et proximités culturelles: L'Europe

271 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 2001
Lecture(s) : 308
EAN13 : 9782296161481
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Différences et proximités culturelles: l'Europe
Espaces de recherche

~L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-0197-3

Coordonné par Gloria PAGANINI

Différences et proximités culturelles: l'Europe
Espaces de recherche

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3

1026Budapest
HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(~e volume, coordonné par Gloria Paganini, prolonge la Journée européenne jeunes chercheurs orgaJlÎsée à l'E.N.S. de Fontenay / St.(~loud le 15juin 1998, at'ec le concours de Muriel Molinié et du groupe de recherche ''Frontières culturelles et diffusion des langues ». Cette rencontre a été parrainée par un Comité scientifique international, composé de :
Michael Byram, l!niversité d£ Durham (GraJld£-Bretaglle) Daniel Coste, E.N.S.de Fontenay / St.Cloud Peter Cryle, l!niversité de QueenslaJld, BrisbaJle (Australie)

Danielle Lévy, lJniversité de Macerata (Italie) - Do.Ri.F.- Centre de
Documentation et de Recherche pour la Didactique d£ la Langue FraJlçaise dans l'lJniversité Italienne François Poirier, l!niversité de Paris XIII-Villetalleu.se Louis Porcher, lJniversité de Paris III Sorbonne Nouvelle AlvaroRocche~ l!ni11ersitée Paris III - SOrbOll1le Nouvelle d

-

Geneviève Zarate, E.N.S. de Fontenay / St.Cloud La réalisation de l'ouvrage a bénéficié du soutien de : o l' l!niversité de Durham, School qf Ethlcation, représentée par Michael Byram o l'Équipe ''Plurilinguisme et apprentissages" (EA 2534, E.N.S. de Fontenay / St.(~IOIld),dirigée par Dalliel (~oste
o l' l!ni11ersité de Macerata, Dipartimento di Studi .t;1I1 lltamento sociale m

-

« Recherche sur lieux et discours de la proximité », représentée par Danielle Lévy o du (~IRRMI ((~entre intenlniversitaire de recherche pour la .formation continue des enseignants d'italien) de 1'(Jniversité de la Sorbonne Nouvelle - Paris III, dirigé par Alvaro Rocchetti
o ml Groupe de recherche "Frontières culturelles et t4ffusion des langues" dirigé par Geneviève Zarate

DIFFERENCES ET PROXIMITES CULTURELLES: L'EuROPE ESPACES DE RECHERCHE
Sommaire
Gloria PAGANINI Avant-propos

p. 7

p. de l' étranger et mobilité traosfrontalière

9

I. Représentations

Autour d'un mot : « Proximité », par DQ11ièle LEVY
Anna MONDA VIO La pluralité linguistique et culturelle de l'Europe vue par les étudiants hongrois. Étude conduite à / 'Université de Budapest Catherine BERGER Des lycéens et l'anglais. Rôle d-es variables socioculturelles dans la représentation des pays anglophones

p. 13

p. 19

p. 39

Catherine CARLO et Sylvie POISSON-QUINTON L'Université: un 'creuset unificateur' pour l'itientité européenne? Rachel RIMMER Parcours d'étudiallts en mobilité Autour d'un mot : « Étranger », par Elisabeth MURPHY-LEJEl1NE IL Interactions linguistiques et rencontres internationales
Autour d'un mot : « Colloque », par Michael BYRAM Annette LANG Echanges scolairesfranco-allemands : les élèves-voyageurs Roberta PIAZZA Une analyse contrastive des questions posées par les enseignants dans les séminaires universitaires anglais et italiens

p. 53 p. 65

p. SI

p. 95

p. 97

p. 115

Christine GEOFFROY Anglais et Français partenaires de travail. Regards croisés sur quelques pratiques linguistiques et communicatives Chiara MOLINARI Face à un accent étranger. Analyse ethnographique des attitudes vis-à-vis de la prosodie d'une langue étrangère

p. 137

p. 153

Autour (l'un mot : « Échanges », par Christian ALIX

p. 169

m. Régional, national, international: frontières et passeurs
Autou.r d'u.n.mot: « Triangles », par Daniel (~OSTE
MnaBUTASOVA Projets européens et formation initiale en contexte slovaque Emmanuelle MAÎTRE de PEMBROCKE Forger une conscience et une citoyenneté européennes: le rôle de l'enseignant de langue? Jacqueline BREUGNOT Ellrope des régions versus Europe des nations: quelles conséquences pour l'enseignement des langues? Mathilde ANQUETIL Sur la ligne de contact entre deux langues-cultures : la fonction des lecteurs étrangers dans J'université italienne

p. 181

p. 185

p. 195

p.209

p.223

Autour d'un mot : « Risque », par Geneviève ZARA 1E
À SUIVRE : RECHERCHES EN COURS Evelyne ARGAUD L P;urope à travers une revue pédagogique Mathilde LENOIR A.wects socio-cu/turely d'un déplacement temporaire Vassiliki PAPA TSmA Être étudiant Erasmus, écrire son expérience Amaryllis STERGIOU Langues et représentations: le cay de la Grèce vue par des non hellénophones.
LES JEUNES CHERCHEURS

p.241 p.249

p.251 p.255 p.259

p.263 p.267

8

AVANT-PROPOS

Gloria PAGAMNI, Groupe de recherche «Frontières culturelles et diffusion des langues ))

On dit d'un individu ou d'un groupe qu'il appartient à une culture difPrente lorsque, à partir d'une culture de référence, on relève un ensemble d'écarts significatifs. Selon l'mnpleur de l'écart, on aura tendance à qualifier de proches et semblables les cultures que l'on ressent comme peu différentes, et de lointaines ou autres, celles qui paraissent, à nos yeux, comme très différentes. La perception de la différence culturelle, on le sait, est toujours relative, toujours solidaire, comme l'écrit Lévi-Strauss (1952), de la culture prise comme référence, ~ en raison de cette solidarité, rarement exempte des risques de dénégation et de hiérarchisation auxquels les anthropologues et les sociologues nous ont désonnais rendus attentifs. La perception de la différence culturelle est aussi variable. Plus nous partageons d'intérêts avec une société, poursuit Lévi-Strauss, plus celle-ci nous semble progresser au même rythme que la nôtre. Si les paramètres de telle ou telle culture, les valeurs de telle ou telle société nous semblen~ à un moment donné, lointains, étranges ou différents, les ressemblances surgissent et les proximités s'affinnent lorsque les relations commerciales, économiques, diplomatiques, militaires ... entre les deux sociétés se resseITent. Ainsi, la distance culturelle varie-t-elle autant en fonction de la géographie que de l'histoire et de la géopolitique.

-

Altérité, d!Uerence, distance, proxi111ité: s'agit-il de notions pertinentes dans l'analyse des relations entre les hommes, les cultures et les sociétés, lorsqu'on s'intéresse, aujourd'hui, à un espace en voie d'unification, non seulement économique et juridique, comme celui de l'Europe? L'évolution en cours dans le continent européen est supposée réduire les distances entre les membres de cette communauté: les

résonances de cette dynatnique peuvent dès à présent être décelées sur le plan culturel et identitaire. Le concept même d'Europe, fait l'objet de représentations collectives renouvelées: les psychosociologues soulignent les transfonnations sensibles au niveau des valeurs, des attitudes, des images du monde et des Autres qui, dans les pays engagés dans ce processus d'unification, accompagnent et soutiennent la construction de la réalité environnante. Chez les jeunes Européens, notammen~ l'affiliation à la communauté supranationale semble se réaliser par étapes, à travers l'identification préalable et progressive de réseaux préférenciels d'affinité entre les pays se percevant réciproquelnent comme « proches » (TAPIA, 1997). Aussi, les liens, les coopérations, les échanges entre ces « étrangers» devenus « voisins» dessinent-ils, en raison précisément des variations perceptibles sur le plan des distances culturelles, des convergences partiellement inédites, mais aussi, en dépit des rapprochelnents déclarés et encouragés, des résistances, des divergences, voire de nouveaux clivages. Dans un cas COmInedans l'autre, ces Inouvelnents incitent à analyser les aires de contact lieux de travail, d'apprentissage, de fonnation dans lesquelles les « différences» et les « proximités» se révèlen~ se creusen~ se détenninent Inutuellelnent.

-

-

C'est l'objectif que nous nous sommes fixé en réunissant des chercheurs qui - à divers titres, dans différents pays, à partir de parcours professionnels et d'horizons scientifiques variés situent leur investigation dans le même champ d'observation privilégié, qui est celui de l'enseignement des langues et des cultures étrangères. Les travaux ici présentés abordent le contact inter-langues et inter-cultures en Europe comme un lieu d'interconnaissance spécifique et caractérisé; ils souhaitent inaugurer ainsi un « espace de recherche» qui se veu~ à la fois, international (en référence aux diverses provenances géographiques et appartenances nationales des auteurs, Inais aussi à la mobilité inhérente à leur trajectoire professionnelle), interdisciplinaire (valorisant autant les points d'ancrage que la lnise à distance exploratoire), et dialectique, dans l'aspiration, ici partagée, de

-

nouer entre spécialistes des langues et cultures chercheurs»

- chercheurs

confinnés,

étudiants, directeurs de recherche, doctorants, «patTainS» et «jeunes

- un dialogue

créatif: sensible et fécond.

10

.1. Représentations de l'étranger et mobilité transfrontalière

Autour d'un mot : ,

« PROXIMITE

»

Proximités et différences culturelles: dynamiques, tensions et paradoxes

par Danièle LÉVY Università di Macerata, Italie.

Si au premier regard, le concept de proxitnité suggère d'une part le mouvement., la tension vers quelque chose ou quelqu'un de « saisissable », et par conséquent la facilité du contact sensoriel ou mental, et d'autre part , atténue jusqu'à l'annuler cette même tension en évoquant l'idée de voisin, commun, voire semblable (dans le temps, dans l'espace, dans les comportements et dans les sentiments), l'analyse de la proximité ainsi que la pratique de cette dernière implique une remarque propédeutique: où finit le soi? jusqu'où est-on chez soi ? peut-on faire, et de quel droit, de l'ethnologie chez soi (AUGE, 1994)? Simultanément, poser la proximité, à savoir appréhender un premier degré d'altérité, c'est aussi mesurer la distance nécessaire pour qu'une observation soit possible et ne s'apparente pas à la simple autoréflexion. Mais la coupure fonctionnelle pratiquée par le linguiste ou l'ethnologue pour organiser le champ de son étude, la définition d'espaces d'analyse pertinents parce qu'homogènes ne correspond pas toujours à la coupure qu'en font les sujets de l'observation (BOURDIEU, 1970, AUGE, 1994): différences cachées et identités montrées lorsqu'on se trouve face à un autre menaçant et/ou se posant comme différent, différences montrées et identité cachée si cet autre se rapproche, et/ou me ressemble, ou encore prétend me ressembler, soutenant sa présence par son discours. Toutes les catégorisations ou les dénominations collectives sont sujettes à la remise en question ou à l'éclatement, par ceux-là mêmes que le regard d'un autre englobe: catégories sexuelles, sociales, politiques, métiers, lieux« communs »

de travail ou de retraite, nations, peuples et continents sont autant de mosaïques soumises simultanément et à l'amalgame, et à la ftagmentation. Par ailleurs, la pratique intellectuelle, « physique», topologique de la proximité ne peut traverser son auteur sans faire éclater sa méthode, son statu~ son vécu. En effet., vivre la proximité, puis vouloir la mettre en perspective, la distancier pour la saisir, en faire son objet d'étude, naviguer aux endroits des interférences culturelles est rendu possible, entre l'observateur et l'observé en situations de proximité, par la réciprocité toujours potentielle des regards. Ainsi l'observateur est transfonné en sujet ou dans la distanciation extrême, objet d'observation, mais il lui arrive aussi de découvrir en soi un « observé », jusqu'à se découvrir au coeur de l'observé. (MEMMI, 1958).

Ni l'observateur ni l'observé ne sont un monde clos et il est toujours possible de situer ou de construire l'identité ailleurs que dans l'univers envisagé par la recherche. Une conception dynamique, attentive au travail incessant des singularitésdes cultures plutôt qu'au repérage de totalités construites par le croisement du discours de classe, exacerbé par les médias, de catégories encore plus extensives comme l'âge ou la nationalité,ou d'idées, retire a ses «improvisateurs le monopole du sens, du déchiffrement du social, la définition même
de l'autre» (AUGE 1994).

Que serait donc une approche décloisonnante de la proximité et des différences culturelles et comment peut-elle fonctionner? C'est une approche multiple et interdisciplinaire plutôt que pluridisciplinaire, qui emprunte les méthodes, et les croise, ainsi que les résultats. C'est une approche spéculaire qui suppose que l'autre a le droit d'exercer sur moi le même regard. C'est une approche réflexive où je porte sur moi-même un regard qui peut à tout instant me dédoubler, me révéler mon étrangeté. C'est une approche relativi.yte où mon point de départ (et mes échelles, qu'elles soient qualitatives ou quantitatives, charnières de mes comportements et de mon identité) peut être à chaque instant remis en question par la présence, l'action et la réflexion du « proche» qui guident le retour-à-soi. C'est une analyse qui tient en compte la dissymétrie des thèmes et des ensembles du «tiSSU» constitutif de l'observateur et de l'observé et 14

qui s'efforce de ne pas réduire l'autre sur la base de modèles simples, ou familierset maniablespour l'observateur. C'est une analyse empirique qui privilégie le projet sur le produit, et qui tient en compte, même lorsqu'elle présente pour les besoins de la recherche, une vision synoptique,le temps et le véc~ et du proche, et de soi.
L'étude de la proximité et des différences culturelles modifie le goût, les aff~ les idées reçues et les autres: et, tout au long de son parcours, elle pose ftontalement le problème de sa légitimité et de son pouvoir quand on compare les uns aux autres, soi-même à l'autre et l'autre à soi ; celui de la place de l'observateur: à côté, en face,
dans l'observé ( MEMMI, 1958, TODOROV, 1987) ; de lafonction du

chercheur quand il interprète et gère la différence et la proximité, c'est-à-dire lorsque, exposé au monde qui bouge plutôt qu'expérimentateur en laboratoire affinant sa méthode, il va devoir mettre en acte et parfois improviser un scénario qu'il élabore en le jouant et qui par ricochet pennanent, rélabore et le transfonne. L'infinie typologie des échanges, la mobilité du tout-venant, et dans le domaine qui nous concerne de plus près, celle des éducateurs et des étudiants, la réduction des frontières traditionnelles monétaires et politiques sur un continent varié et plurilingue, berceau des nationalismes, font aujourd'hui de tout chercheur un agent et un acteur des mobilités et des échanges sans qu'il soit pour autant exempté de sa tâche d'analyste et de constructeur dans un contexte où la revendication de la singularité identitaire et son contraire, la recherche des similitudes, sont également promotionnelles; où de nouvelles frontières réelles et symboliques, se dressent, à mesure que les anciennes s'effacent Penseur engagé ou acteur pensant, le sociologue des processus culturels, l'éducateur-enseignant-chercheur en langues vivantes modifie et enrichit ses disciplines de référence ainsi que sa recherche tout en exerçant des fonctions de décideur à court ou à moyen tenne dans l'école, l'université, les communautés interpellées, autant de lieux de réception qui émettent du sens, manifestent et détenninent des comportements. Une approche de type pragmatique ou sémio-pragmatique ne peut faire l'économie d'un univers dynamique de conflits, d'actions de force, d'imposition de codes. Et l'étude de la réalité en mouvement s'implique dans le mouvement lui-même. 15

Le temps n'est plus, heureusement, à s'excuser lorsqu'on « habite» tout près de sa recherche ou à J'intérieur de ceIJe-ci: un espace fertile s'est ouve~ équidistant de l'anesthésie distante et objective et de la douleur du sujet identifié à son objet d'étude. C'est dans cet espace plus serein, parce que reconnu par la recherche socio-anthropologique et que les linguistes et didacticiens acceptent d'intégrer dans leurs hypothèses ou leurs vérifications, qu'un nombre remarquable d'enseignants de langues, à la fois médiateurs culturels, chercheurs, éducateurs placent leurs enquêtes sur les lieux, les langues, les sujets, les représentations, l'évolution des mentalités, et s'attachent à débusquer les ressemblances et les différences dans ce continent de la différenciation extrême qu'est l'Europe et qui construit depuis les années cinquante un projet connnun, économique et stratégique certes, mais culturel et éthique, dans un laboratoire permanent (GALISSON,1990,1998 ; LEVY, 1988, 1994 ; ZARATE, 1986, 1992.) Les «jeunes» chercheurs qui prennent la parole ici affirment par leurs discours en construction la « jeunesse» de toute recherche en cours, à savoir son caractère éternellement provisoire et témoignent de la proximité de leur condition (géographique, linguistique, professionnelle, affective) par rapport aux situations qu'ils analysent Cette jeunesse se manifeste également dans le fait que tous assoient leur statut de chercheur, soit parce qu'ils entreprennent, en orthodoxie, après leurs études universitaires, une recherche reconnue par l'institutio~ soit parce qu'ils conceptualisent à rebours, après une existence de « chocs» linguistiques et culturels, une expérience faite d'histoires vécues et vraies, parfois dues au hasar~ d'amours et de conflits avec les langues, les personnes, les institutions scolaires et politiques dont ils nous rendent comptent aujourd'hui, essayant d'ériger, à la manière kantienne, la maxime de leur action à l'état de « loi universelle». La jeunesse des chercheurs présente et dans l'étude et dans le projet, se lit dans le risque qu'ils prennent à se situer dans la proXÎ1DÎté« en mouvement », qu'ils creusent les lieux étrangers où ils ont décidé de vivre, lieux en mutation comme d'anciens pays de l'Est, pris entre le désir de promotion socio-cuIturelle et l'aliénation à la « nouveauté », qu'ils intetTogent des lieux de mouvance et de contestation, comme les terres de frontière, théâtres de gueITes de 16

langues et de désastres planétaires, les lieux du quotidien comme l'école ou on enseigne et où le désir du voyage fait dériver, au moins en rêve, la fixité sans pour autant faire bascuIer les idées reçues, ou, à l'opposé, qu'on tente de fixer dans un contour géographique un concept., comme celui de «cuIture européenne» ou la notion d'« appartenance» à l'heure de la mobilité internationale des étudiants. Ces études s'accompagnent toutes de la saveur du vécu où l~immunité du chercheur n'est pas de règle, mais toutes manifestent la conscience de la vigilance méthodologique et de la rigueur des concepts sans laquelle les différences se dressent et l'étude de la proximité glisse vers l'indiscrimination du vécu, du chercheur et de son objet

17

LA PLURALITE LINGUISTIQUE ET CULTURELLE DE L'EUROPE VUE PAR LES ETUDIANTS HONGROIS ETUDE CONDUITE A L'UNIVERSITE DE BUDAPEST

Université

Anna MONDA VIO « Elitvos Lonind », Budapest

Résumé
Profitant de notre point d~observation, c'est-à-dire l'enseignement supérieur en Hongrie, et de notre statlll de lectrice d'italien auprès de la Faculté de Lettres de /.'Université de Budapest, nous nous sommes interrogée sur la perception que les étudiallts hongrois Ollt de.ydifférentes langues et cultures

à l'intérieur de l 'Europe .~ comment ils envisagent de construire leur futur
dans cette Europe élargie de l'après 2000, par qllels pays et quelles langues ils sont attirés, quel rôle jouent la proximité et l'éloignement géographiques, culturels et/ou linguistiques dans leurs relations avec les différents pays et, e1rfin.les critères de variabilité de leurs attirances géographiques, culturelles et/ou linguistiques~ Pour essayer de répondre à ces questions, nous avons choisi d'explorer deux terrains spécifiques par le biais d'une enquête qualitative auprès des étlldimlty francisllnts et italianisant Yde la faculté de Sciences Economiques et de la FaCIlité de Lettres de Budapest. Le débat politique et culturel de la société hongroise se reflète dans les motivations et les perS/Jectives de ces deux microcosmes OIJposés dont les enjeux nous relwoient l'image d'IIII pays et d'une culture à la recherche de leur propre identité et de leur propre place ail sein de l'espace européen. Because of our stahLYof italian language lecturer at Humanities Faculty of Budapest lJniverj'ity, we have investigated about the perception that hUIJgarionstudents have about different languages and cultures ill Europe: how they think to build their fuhlre in this new larger Europe of after 2000, by which COUlltriesthey are attracted, which role plays the geographic, cultural and/or linguistic proximity and distance in their relations with the different countries and, at the end. the variability of criteria of their geographic, cultural and/or linguistic attractiol'. In order to amwer these questions:, we have cho.wn to explore two different contexts by a qualitative j'llrvey about the french and italian speaking students of Faculty of Humanities and Economics ill Budapest. The cultural and political debate of hungarian society can be seen towards the motivations arid the perspectives of these two oppo.wte microcosmos whose o~jective.s draw the image of a country, a culture looking for their identity, their place in the european .¥Xlce.

1. Perspectives d'avenir et langues étrangères
1.1. Economie et société Depuis la proclamation de la IVème République hongroise en 1989 et les premières élections libres de 1990, des changements considérables se sont produits dans le système politique et économique. La Hongrie qui, jusqu'à cette époque, avait une économie planifiée et basait son commerce extérieur essentiellement sur les échanges avec les pays de l'Europe Centrale et Orientale, est devenue un pays à économie ouverte et libéralisée: datlS le cadre des lois du marché, elle réalise désonnais la tnajeure partie de son commerce extérieur avec les pays membres de l'Union Européenne en tant que membre associé. Par ailleurs, les différents gouvernements qui se sont succédé jusqu'à aujourd'hui ont pris des mesures pour adapter l'espace institutionnel à la nouvelle donne économique et le système législatif hongrois au droit communautaire afin de renforcer la confiance des investisseurs étrangers et de rendre l'environnement économique dans l'ensemble plus attrayant pour les capitaux étrangers, indispensables pour restmcturer l'économie du pays. Cette stratégie a bien fonctionné car la Hongrie est à l'heure actuelle, panni les Pays d'Europe Centrale et Orientale, celui qui attire la plus grande partie des investissements étrangers. Sur le plan social aussi, les pouvoirs politiques ont pris des mesures sévères pour résorber la dette accumulée pendant les années du régime communiste: par conséquent, les salaires d'we grande partie de la population subissent une baisse progressive et systématique de leur pouvoir d'acbat Parallèlement, des mo4ifications se sont produites dans la composition de la société hongroise: à côté des classes sociales les plus faibles qui s'appauvrissent rapidement, we nouvelle classe sociale est apparue, dotée de moyens économiques consistants lui pennettant d'avoir un niveau de consommation très élevé. Ainsi, en très peu de temps, les strnctures sociales ont éclaté, accélérant tous les mécanismes classiques de la compétition sociale. C'est pourquoi les nouvelles générations se tournent plutôt vers des professions censées pouvoir satisfaire en même temps, dans le moyen tenne, leurs nouveaux besoins de consommation et de statut social : les professions libérales, les emplois dans les domaines de l'économie, du droit et du commerce.

20

1.2. Environnement

et enseignement des langues étrangères

Ces transfonnations politiques et économiques ont modifié radica1ement le paysage de l'enseignement des langues étrangères dans le système éducatif hongrois. En particulier, avant 1989, le statut de chaque langue étrangère était détenniné en fonction du caractère obligatoire de la langue russe, étudiée dès l'école primaire par tous les jeunes hongrois. En 1990, la décision du gouvernement de ne plus considérer le russe comme langue seconde a eu deux conséquences immédiates: d'abord, le russe a été brutalement marginalisé et a rapidement perdu son statut privilégié de langue véhiculaire des pays liés par le Pacte de Varsovie; ensuite, les autres langues, dont l'expansion avait été freinée par la suprématie du russe, se sont retrouvées en compétition pour la conquête du territoire abandonné par cette langue. Parallèlement, le choix de se tourner vers l'Union Européenne et de la considérer comme nouveau point de repère politique va de pair avec le processus de restructuration économique soutenu par les nombreux investisseurs étrangers. Pour cette raison la présence plus ou moins importante de sociétés et de capitaux provenant de pays étrangers a induit des besoins linguistiques qui influencent au niveau conscient et inconscient le choix des langues vivantes à étudier de la part des jeunes hongrois et de leurs parents. Les statistiques relatives à l'enseignement des langues étrangères dans le primaire et dans le secondaire montrent l'évolution des différentes langues depuis 1989: l'anglais et l'allemand s'affinnent sans aucun doute comme les langues les plus demandées; le ftançais, l~ita1ienet I~espagnol, tout en ayant bénéficié de la baisse des effectifs du russe, et choisies souvent au seuil du secondaire, ne semblent pas de toute façon constituer une menace pour l'anglais et l'allemand. Au niveau des études supérieures, les statistiques confinnent dans l'ensemble la situation existant dans le primaire et le secondairel. L'évolution et la progression rapide des langues étrangères « occidentales» dans le système éducatif et dans J'environnement socio-économique ainsi que l'orientation « européenne» en politique nous pennettent d'apprécier l'enjeu lié à la maîtrise des langues étrangères dans le cadre des stratégies de canière des nouvelles générations. Dans le nouveau système de valeurs, le capital
J

Services Culturels de l'Ambassade de France en Hongrie, Statistiques sur le français en 21

Hongrie") Année Scolaire 1996/1991.

linguistique « occidental» représente désonnais un bagage indispensable dans la perspective de J'adhésion définitive à l'Union Européenne, que l'on partage ou non ce projet. 1.3. Stratégies de carrière et langues étrangères Poussées par les changements et la nécessité de s'y adapter, conscientes des retards de la Hongrie dans beaucoup de domaines, motivées par le désir de satisfaire leurs besoins de consommation de la même façon que leurs voisins de l'Occident les nouvelles générations n'échappent pas à la pression de l'environnement et doivent construire leur identité et leur futur professionnel en évoluant dans un contexte de transition, souvent contradictoire, dominé par la loi de marché et, donc, par les règles implacables de la compétition. Par conséquen~ avec la complicité d'un âge qui leur pennet une adaptation plus rapide aux mutations de la société, beaucoup de jeunes qui veulent accéder à des fonnations supérieures se sont tournés vers les facultés susceptibles d'assurer un emploi intéressan~ avantageux sur le plan économique et prestigieux sur le plan social Ainsi, malgré le nwnerus clausus et la rude sélection lors du concours d'entrée à l'université, les filières universitaires offiant des fonnations dans le domaine du droi~ du commerce et des sciences économiques sont l'objet d'une demande croissante de la part des jeunes. En effet, dans une société où tout se qui se rattache à l'économique est extrêmement valorisé, où les salaires les moins élevés dans le monde des sociétés mixtes privées dépassent largement ceux de l'administration hongroise dans tous les domaines, même à des hauts niveaux, on peut comprendre facilement le choix de ces jeunes qui cherchent à construire leur avenir avec un maximwn de chances dès le départ. Cependant, à côté de cette tendance, toujours nombreux sont ceux qui choisissent des études de littérature, de philologie, d'histoire, de langues et littérature étrangères, etc., c'est à dire des filières qui généralement offrent des opportunités plutôt limitées sur le plan professionnel. En effet, l'enseignement représente presque le seul débouché pour ceux qui ont fait le choix de la faculté de Lettres; mais aujourd'hui, comme beaucoup de métiers rattachés à l'éducation et à la culture, cette profession a perdu son aura de prestige de l'ancien régime et son niveau salarial se situe de loin panni les plus faibles de la pyramide sociale hongroise. Il n'en reste pas moins que les facultés 22

de lettres sont toujours demandées par les jeunes hongrois qui, malgré l' « hostilité» de l'environnement à l'égard des professions intellectuelles, n'hésitent pas à faire un choix à contre-courant. Mais, que l'on choisisse la filière économique/juridique ou la littéraire, il est évident que la connaissance d'une ou plusieurs langues étrangères, de préférence occidentales, sera en mesure de modifier le portefeuille de compétences d'un jeune, de multiplier ses opportunités professionnelles et sociaJes. La valeur ajoutée de son capital linguistique lui pennettra de mieux pénétrer un marché du travail dominé par les sociétés mixtes, où souvent les salaires sont beaucoup plus élevés que dans les emplois publics, mais où, pour cette raison, la maîtrise d'une ou plusieurs langues étrangères devient un prérequis incontournable. Les enjeux liés à la connaissance linguistique sont donc considérables et certainemen~ lors de la définition de projets professionnels à moyen ou long tenne, les nouvelles générations attribuent à cette compétence un rôle qui est loin d'être accessoire. Ainsi, dans les stratégies de carrière des jeunes hongroi~ l'Europe et sa multiplicité linguistique (et culturelle) finissent par représenter une sorte de tremplin vers le futur, l'occasion à ne pas perdre si l'on veut atteindre ]a même qualité de vie, c'est à dire le même niveau de consommation que les autres pays de l'Union Européenne. Cependant, pour l'instant, aux yeux de beaucoup, l'Europe est plus un concept qu'une réalité et la relation que les individus entretiennent avec une certaine langue, avec un certain pays ou un certaine culture peut être parfois plus importante que le discours politique dominant ou l'environnement économique. Pour cette raison, il peut s~avérer intéressant de comprendre comment, lors de la conception et de la mise en pratique d'un projet professionnel, la variable de la maîtrise des langues étrangères intervient à l'intérieur de champs disciplinaires différents tels que les sciences économiques et les lettres, en quoi elle modifie les perspectives et les attentes par rapport au futur et, surtou~ par quels critères notre public étudiant hongrois opère ses choix linguistiques et culturels au sein de cette mosaïque de langues et des cultures qu'est J'Europe des Quinze.

23

2. La relation à l'étranger
2.1. Contexte de l'enquête: objectifs, publie, méthodologie

En ce qui concerne les hypothèses sur lesquelles se fonde notre enquête, nous postulons que la maîtrise des langues étrangères occidentales est une variable considérée comme prioritaire dans les nouvelles stratégiesde carrière et qu'elle intervientdifféremmentdans le choix des langues à étudier selon le champ disciplinaire d'appartenance des étudiants.De plus, nous croyons que l'exploration des motivations à propos des langues apprises peut faire émerger les critères conscients et/ou inconscients qui poussent les étudiants à « choisir» ou à « refuser» une langue, un pays ou une culture au sein de l'Europe. Ainsi, lors de la mise au point de notre enquête nous avons défini les caractéristiquesdu public, la méthodologie suivie et
les résultats escomptés. En ce qui concerne le public destinataire de notre enquête nous avons pris des décisions en tenant compte de trois variables: 1) l'appartenance à la filière universitaire, 2) le niveau des études et 3) les langues parlées. Tout d'abord, l'appartenance des sujets interviewés aux filières littéraire et économique s'explique par le choix d'étudier les éventuelles différences d'attitude vis-à-vis des diverses languescultures européennes en fonction du champ disciplinaire dans lequel s'inscrit la trajectoire professionnelle des étudiants. Ensuite, nous avons décidé d'Ïntetpel)er pour nos entretiens, indépendamment de leur âge, les jeunes en fin d'études car à ce moment de leur vie ils sont mieux en mesure d'évaluer les décisions prises dans le passé et de se représenter leur futur. Et enfin, les langues française et italienne ont été choisies comme filtre à travers lequel observer le champ en question et sélectionnées dans le but de privilégier un point de vue autre: celui de deux langues moins diffusées que l'anglais ou l'allemand, afin d'explorer les raisons qui poussent les étudiants hongrois à apprendre ces deux langues dans le cadre de leur stratégie de carrière. La typologie de notre public définie, nous avons mis au point un protocole de questions pour ml entretien semi-directif concernant quatre thèmes principaux dans le but de dessiner un profil presque historique de nos enquêtés: 1) les études, 2) les langues et l'étranger, 3) l'Europe et 4) les perspectives professionnelles. 24

Après avoir expérimenté avec deux étudiants le protocole pour l'entretien, nous avons demandé à des jeunes francisants et italianisants de )a faculté de sciences économiques et des départements de langue et littérature française et italienne de la faculté de lettres de Budapest, sur le point de terminer leurs études, s'ils voulaient bien répondre à notre sollicitation: les seize personnes (9 fi]les et 7 garçons), âgées de 23 à 28 ans, qui ont répondu ont été interviewées en acceptant de se faire enregistrer. Les transcriptions intégraJes de ces interviews, d'mte durée comprise entre 30 et 45 minutes, constituent le corpus de base de notre étude quaIitative. Mais, avant d'aborder l'analyse des résultats issus des entretiens, il est important de souligner le caractère particuIier de cette recherche, qui ne concerne qu'Wl fragment d'une réalité universitaire complexe, multiple et en pleine transition. D'autre part, notre échantillon ne prétend pas non plus être représentatif de l'ensemble de la population étudiante, ni même des filières économique et littéraire. Face à un contexte en mouvement, le chercheur isolé essaie de ne pas se fier aux apparences, de ne pas s'arrêter aux premières réponses et de dépasser les «évidences », tout en étant conscient des dangers de généralisation et des risques encourus du fait de ses propres intuitions. Si Je choix des privilégier le :filtre des langues française et italienne pour réaliser notre étude peut sembler partial et relever d'une forte subjectivité mais nous partons de la réalité biculturelle qui est la nôtre il n'en pennet pas moins de rendre compte de certaines tendances qui jouent en profondeur chez les individus et qui, autremen~ poumUent ne jamais émerger et rester cachées dans les plis de la façade du réel.

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2.2. Le poids des langues dans le choix de la filière À l'issue de l'école d'école élémentaire, à l'âge de 13/14 ans, le système scolaire hongrois ottte deux possibilités: d'une part le lycée (gil1'lnaziul1'l) t de l'autre le lycée professionnel. Ce demier e pennet l'accès immédiat au monde du travail, tandis que le lycée est choisi par ceux qui envisagent de poursuivre des études supérieures. Dans les lycées il est possible de s'inscrire dans des classes spécialisées où l'on accorde plus d'importance à certaines disciplines en prévoyant un nombre d'heures conséquent par selnaine. Depuis la

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moitié des années 80 sont apparus en Hongrie les lycées bilingues auxquels on accède par la voie d'un concours très sélectif et où, à côté d'une fonnation intensive dans une langue-culture étrangère, plusieurs disciplines, y compris scientifiques, sont enseignées dans la langue étrangère. Le choix de la filière pent donc s'amorcer lors de l'entrée au lycée, même s'il faut penser que déjà au niveau de l'école élémentaire les élèves (ou leurs parents) doivent indiquer la langue ou les langues étrangères de leur choix, ce qui peut être également déterminant pour les projets futurs. Nos étudiants ont tous choisi au lycée une classe spécialisée, généralement en langue étrangère (anglais, allemand, français, italien ou même latin) mais aussi, pour trois d'entre ~ en mathématiques, histoire et théâtre, o~ carrément, un lycée bilingue, français ou allemand. En l'absence de vocation spécifique, les parents on les jeunes se tournent vers les langues, censées de toute façon apporter un plus à la fonnation de base. Cet engouement pour les langues s'explique de plusieurs façons. D'abord, l'apprentissage des langues étrangères a toujours été une tradition propre à la Hongrie, petit pays dont la langue est très peu apprise par les étrangers et qui a donc besoin de communiquer avec les autres, ne serait-ce qu'à cause de ses 7 frontières. Ensuite, il faut tenir compte du fait que, étant donné l'âge de nos étudiants, la plupart ont commencé l'école secondaire entre la fin des années 80 et le début des années 90, c'est à dire à un moment où on commençait déjà à parler de glastnost et de perestroika, où l'on constatait les premiers symptômes de cbangements au niveau, par exemple, de l'obtention du passeport, de l'assouplissement du passage des frOtltières vers l'Occident, etc. qui ont pennis de considérer les voyages à l'étranger connne une possibilité concrète et non plus lointaine: d'où la nécessité de maîtriser les langues étrangères. En outre, pendant les longues années du communisme, apprendre les langues était un moyen pour avoir des contacts avec l'étranger et, en définitive, pour rêver d'une vie différente: en eff~ seule ]a connaissance d'une ou plusieurs langues pennettait d'envisager un projet d'expatriation; d'autant plus que, après la révolution de 1956, beaucoup de hongrois ayant de la famille à l'étranger ont appris la langue du pays de résidence de leur famille pour pouvoir y séjourner plus facilement et avoir des contacts professionnels sur place dans la perspective de s'expatrier

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définitivement. A cela s'ajoute un très fort désir d'étranger interdit, impossible, inaccessible~ rêvé, désir dont la force était proportionnelle à l'impennéabilité du rideau de fer, triste symbole du partage entre l'Est et l'Ouest. Fina1emen~ aujourd'bui aussi, les langues pennettent un contact avec l' étranger ou avec ce qui est étranger en Hongrie et, par l~ augmentent les chances d'une possible réussite professionnelle et fmancière. Cela nous permet de mesurer le rôle joué par les langues étrangères dans la mise en place, de la part des parents, d'une stratégie pour assurer un avenir meilleur à leurs enfants. En ce qui concerne l'orientation vers la filière universitaire, les étudiants de Sciences Economiques semblent avoir fait un choix bien ca1cuIé et Inûrement réfléchi, pas du tout au hasard en évaluant les opportunités offertes par le contexte; en revanche, le parcours des étudiants en Lettres et Langues est souvent le résultat d'une véritable passion pour les études littéraires, d'une vocation pour le métier d'enseignant ou d'une attirance très forte pour une langue étrangère (dans notre cas J'italien ou le ftançais), indépendamment des difficultés que cela implique. Mais il y a aussi des jeunes qui se sentent au contraire trahis par leur choix désintéressé, qui abandonnent au fur et à mesure le projet de devenir enseignant pour se consacrer à des professions plus avantageuses dans le domaine de la traductio~ de l'interprétariat, du commerce ou du tourisme auxquelles ils peuvent accéder car ils connaissent bien ooe ou plusieurs langues étrangères. Questionnés sur les opportunités offertes par les deux filières, économique et littéraire, nos jeunes semblent tout à fait conscients de la différence d'enjeux rattachés aux deux fonnations: en fait, les étudiants en Sciences Economiques ne se sentent pas en décalage avec la société et se considèrent comme des privilégiés car ils savent que le domaine leur offre le maximum de chances, tandis que les littéraires ressentent un écart par rapport à leur environnement et, tout en assumant avec fierté leur choix, savent que leur chemin sera plus difficile que pour les autres. Cependant, en ce qui concerne notre enquête, le choix de la filière est lié directement à une langue (ceci est naturellement valable pour la faculté des Lettres et de Langues) et indirectement au nombre de langues étudiées en fonction des choix faits à l'école ou détenninés par l'entourage familial. En effet, les connaissances linguistiques engrangées dans le passé permettent d'emblée d'envisager non 27