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Eclipse d'étoiles

De
240 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 225
EAN13 : 9782296338203
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Éclipse d'étoiles
poèmes
Édition définitive

Kama

KAMANDA

,

Eclipse
.

d'étoiles
Poèmes

Édition définitive
Préface de Claude Michel CLUNY

L'Harmattan 5-7,rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

En couverture: peinture de Odile BEHMER

@ Éditions l'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5293-0

DU MÊME AUTEUR

Poésie

Chants de brumes, Éd. L'Harmattan. Préface de Jacques Izoard. Les résignations, Éd. L'Harmattan. Préface de Mateja Matevski. Éclipse d'étoiles, Éd. L'Harmattan. Préface de Claude Michel Cluny. La somme du néant, Éd. L'Harmattan. Préface de Pierrette Micheloud. L'exil des songes, Éd. L'Harmattan. Préface de Marc Alyn. Les myriades des temps vécus, Éd. L'Harmattan. Préface de Mario Luzi. Les vents de l'épreuve, Éd. L'Harmattan. Préface de Salah Stétié. Quand dans l'âme les mers s'agitent, Éd. L'Harmattan. Préface de Jean-Baptiste Tati Loutard. L'étreinte des mots, Éd. L'Harmattan. Préface de Maria Luisa Spaziani. Le sang des solitudes, Éd.L'Harmattan.

Contes Les contes du griot (Torne I), Éd. Présence africaine. Préface de Léopold Sedar Senghor. Les contes du griot (Torne II), Éd. Présence africaine. Les contes des veillées africaines, Éd. L'Harmattan. Préface de Pierre Béarn. Roman Lointaines sont les rives du destin, Éd. L'Harmattan.

PREFACE

L'aveu de survivance

Ces poèmes venus d'ailleurs, qu'ils soient signés Tchicaya U Tam'si, Joseph Rabearivelo, ou Wole Soyinka, nous interrogeons-nous sur la voix qu'ils ont dû emprunter pour venir jusqu'à nous? C'est bien à dessein que le mot est employé: car à seulement l'entendre, il demeure chargé de cette ambivalence liant à la voie de l'écrit la voix de l'homme. Nous avons perdu le sens de cette dualité parce qu'en Occident le verbe ne se détache plus guère pour nous de l'écrit. Mais les civilisations de culture essentiellement orale, les peuples qui, même, se sont trouvés dépossédés de leur langue, comment peuvent-ils ressaisir leur acquit, et dire leur survivance dans la langue de l'autre? Qui plus est, nous avons oublié que nos aïeux ont mélangé leurs langues à celles de leurs voisins et des envahisseurs; qu'ils ont emprunté au grec, au saxon, aux formes romanes... Les strates ainsi accumulées sont multiples... Mais elles ont déposé et mêlé leur humus tout au long de près de deux millénaires. L'Afrique n'a guère disposé que de deux générations pour annexer l'anglais, le français, ou le portugais du colonisateur d'hier. Kama KAMANDA, qui est Zaïrois, a hérité des siens une langue dérivée du bantou, le tshiluba, mais c'était

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alors une langue sans tradition écrite. La littérature à laquelle l'écrivain qu'il est devenu se réfère n'est donc pas celle que sa lignée aurait eu le loisir de forger de siècle en siècle. Or une littérature, nous l'avons appris, se nourrit, pour une part d'elle-même, du terreau multiséculaire dans lequel puise tout écrivain, qu'il veuille rompre avec une tradition ou qu'il ait l'ambition de la prolonger. Un poète africain dont l'oeuvre s'écrit dans une langue européenne, en l'occurrence lefrançais, se trouve donc en porte-à-faux par rapport à la notion d'héritage, et cette notion n'est pas abstraite. Sans doute est-il des cas singuliers d'abandon, de choix, de rejet d'une langue d'origine: Conrad, Nabokov, Cioran, Kundera, Bianciotti ont changé de langue: mais en réalité, ils ne se sont pas séparés de leur héritage mental et culturel. Pour la plupart des Africains, la confrontation brutale du monde de leurs pères à la modernité imposée, ou à tout le moins importée, monde souvent moins assimilé que surimposé, provoqua une solution de continuité destructrice. Les structures du passé apparaissent "comme des arbres effondrés". L'image, simple et forte, désigne, dans le poème "Les croyants", les âmes malheureuses; mais n'exprime-t-elle pas aussi, d'un seul trait, l'arrachement des racines et l'angoisse devant la stérilité, la fructification menacée? La prééminence du réel a mis en péril la force et jusqu'au matériau séculaire véhiculé par le mythe, substitut de l'histoire - "flamme du savoir au fond des ténèbres". La pérennité (relative) de l'écrit a fait du verbe le temple de nos certitudes, de nos mythologies, voire de nos religions, qui ne sont en fait que des mythes détournés: c'est un singulier retournement de civilisation pour un poète africain, et Kama KAMANDA 10

I

l'éprouve à tout instant, comme un vertige, une terrible "assurance d'être précipité dans le temps". Trop souvent - et comment s'étonner que ce soit son cas? -le déracinement s'aggrave de l'exil. Parce qu'ici, la création est aveu D'exercice illégal du pouvoir Entre un passé dès lors insaisissable, dont la survivance échappe au vécu de l'exilé, et une langue qui ne l'a jamais traduit, ou exprimé, mais ignoré - une langue lointaine porteuse d'un autre ordre de pensée -, un poète tel KAMANDA se trouve, a priori, face à une tabula rasa Il affronte l'expérience douloureuse du ''poète, légitimé en exil". Et si, comme je le crois, la véritable patrie de l'écrivain est sa langue, une patrie n'annule pas l'autre; ou pas nécessairement... Dans sa remarquable Histoire de l'Afrique noire Joseph Ki-Zerbo recommande aux écrivains, poètes ou romanciers, de ne pas mésestimer l'apport original d'un vocabulaire et d'une typologie que l'écrit se doit de sauver de l'oubli. Il y a là, en résonance au fragile corpus historico-mythique de l'oralité, estime l'historien, des jalons de mémoire à préserver. Et qui peuvent, à partir de ses racines, nourrir une littérature spécifiquement africaine. Les romans, contes, récits de la jeune littérature
africaine Ousmane tentent de rester en prise sur ce passé

- Kama

KAMANDA

est aussi un conteur, comme Sembène
n'oublions pas les films de ce dernier, ou

- et

ceux, notamment, d'un Souleymane Cissé, autre appropriation heureuse d'un art nouveau inventé avec le siècle.

Il

Encore faut-il que l'exil n'efface pas ce qui, déjà, est tellement fragilisé! D'autre part, tout rituel correspond à unformalisme arrêté. Et il est presque toujours impossible à un langage nouveau de le réinvestir. Tout l'effort de Léopold Sedar Senghor, par exemple, a été gouverné par ce souci d'inventer des équivalences, des "traductions" ou, si l'on préfère, des recréations aux traditions de l'oralité. C'était vouloir faire qu'un monde passât de toute urgence dans un autre registre de mémoire. À l'opposé, lorsqu'on relit les poèmes de Kama KAMANDA, s'ils nous paraissent couler de source, le verbe ne paraît plus avoir choisi d'en traduire un autre. Ils procèdent d'un souffle naturel sans emphase, avec une surprenante fraîcheur d'écriture - comme aussi de la fraîcheur de la blessure quand le poète ne saurait la taire. On ne trouvera, dans ces poésies de forme brève, nulle mise en scène, nul rituel. Le langage nous est immédiatement familier. La prosodie ne tente pas de restituer des rythmes étrangers à la langue mise en oeuvre. On ne rencontre aucune couleur exotique (à nos yeux) qui ne traduise une réalité évidente. Simplement, des mots précis, des images, même si l'usage du génitif reste trop fréquent, nées avec une heureuse économie de "l'effet" au profit du sens: Âme sombre, ô pirogue trouée Dans l'immense mer de nos origines L'espace africain ne s'est pas pour autant dissout dans une sorte de no man's land culturel, il n'a pas été non plus surajouté, théâtralisé. Il s'est fait proche. La voie que le poète a tracée évite les écueils sur quoi ont achoppé, et

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parfois achoppent encore, les tenants d'un systématisme, idéologique ou non. Kama KAMANDA n'a pas eu besoin de recourir à unfacile surréalisme, par quoi s'est masquée quelquefois l'insuffisance d'un niveau de langue, chez des poètes qui ont vécu avec exaltation, mais en subissant ses effets de brisure, la prise d'indépendance des anciennes colonies. Pour la génération de KAMANDA, le travail d'investissement de la langue semble s'être opéré sans heurt. Ses poèmes s'éclairent d'une grâce d'écrire. Par l'effet des charmes, au sens latin de "chants", qui en appellent à la lumière des mots, à la présence élémentaire - celle, justement, des fleuves, des ''forces vitales", du "sable de la lune "... L'insolite renversement du temps, aussi, qui fait écrire audacieusement à KAMANDA : Les aïeux boivent à la source Le sang de nos souvenirs heureux Ce n'est pas, cependant, que le poète ait écarté ni dominé le doute. Un texte, intitulé "La grâce ", résume précisément la dualité de ce que, pour paraphraser une formule de Sartre, nous pouvons définir comme "la situation critique" d'un poète séparé politiquement, ou policière ment des siens - les poètes n'ont pas cessé de payer ce tribut aux divers pouvoirs depuis l'origine des temps: Ô toi, usure du langage, La légende du pouvoir Étend son empire dans le doute. Éloge après éloge, l'homme de l'exil Perd ses mythes et des idéaux.

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Cette langue empruntée, il s'en est emparé, l'a faite sienne à part entière; il ny a de paradoxe qu'apparent. Ne crains pas, écrit KAMANDA dans un de ses premiers poèmes., profession de foi jamais encore démentie D'affronter la parole des dieux Et les versets des maîtres de la tradition. L'objurgation est justifiée par la "situation critique" du poète africain entre les voix de la tradition, leur présence/absence, et les voies offertes par un verbe qui doit s'inventer pour être vrai. Où l'âme natale resurgit, telle l"'herbe (..) du tréfonds ensanglanté du langage". On ne saurait mieux définir l'action poétique que par l'osmose, au sein du livre, quand bien même cela serait-il dit avec douleur dans un beau Chant d'amertume, des forces contraires, et des forces qui réassurent. Ou dans cet Appel où l'enfant convoque le jour, comme en réponse à "l'insolence du doute". Kama KAMANDA en appelle à une renaissance infinie sous le signe de la pureté. Mais ne nous y trompons pas: il ne s'agit pas d'une naïveté "new age", qui laisserait "oublier les énigmes déchiffrables ", ou les moissons de la mort. Ce qui irrigue ces pages c'est, si l'on me passe la figure de style, une soif morale. Tout vrai poète est un moraliste, assurait Paul Eluard. Du moins au sens que le classicisme accorde à cette qualité. L'amour n'est pas un progrès, mais un partage, l'espoir n'est pas une certitude, mais une raison; la justice n'est pas un acquit mais un combat... Poème après poème tout est pesé, sans désespérance, dans les sûres balances du doute. C'est encore cela, le devoir de poésie: nous aider à survivre.
Claude Michel CLUNY

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Éclipse d'étoiles

Pleure, ô arbre sans feuillaison, Sur la terre gourmande de nos saisons! La foudre signe l'horizon! Les éclairs déchirent le masque du ciel Comme le sadique saigne la feuille morte. Moi, je brise les nuées avec mes mains de pierre. Ô éclipse d'étoiles, scelle les élans du chaos. Ma voix close jusqu'aux vérités qui chantent, S'élabore dans la tourmente du crépuscule Qui, incessamment, me hante. Ma vie suspendue aux vents de l'épreuve, Mes rêves aux vagues de mer se mesurent. Repose-toi, ô mort, sur le sable du destin! Les reins du monde s'encastrent dans l'attente Tel un crabe tenace dans le rocher. La jalousie, pieuvre aux inextricables bras, Tisse dans mon âme incertaine Les fléaux du désordre intérieur.

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Le bourreau du temps

Coeur généreux, torturé par la coulée de larmes, Le temps me guette à l'affût de la nuit. Acariâtre, impitoyable et impatient, il s'ennuie; Ses bras déjà fanés se fatiguent de me pendre. Ô incurable solitude des mourants! Mon ombre éperdue, apeurée et mélancolique Face aux efforts du fleuve des mots, Refuse de moisir dans le cynisme de l'abîme. Je me sens abreuvé du sang des épaves, Dont le souffle de l'amour est exténué. Hélas, mon lendemain s'annonce frileux Dans le délire de rafales au fond du désert.

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Quiétude

Le bonheur est une mare D'illusions, Mirage d'un horizon Victime de tourbillons Et de résignations. L'amour est un trou vide Qu'on remplit de sable mouvant, En espérant qu'il sera stable un jour Pour s'ouvrir à la sérénité. L'amour déshabillé de tendresse, Telle une âme que désertent les rêves, Devient un arbre aux racines séchées.

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L'incréé

Le feu me brûle de l'intérieur. Univers maudit de la haine, La colère soulève des montagnes en moi. Le rire, abandonné à la braise, Se couvre de la bénédiction du griot. Chant du pardon, loin de tes notes cristallines, Un Dieu privé de vie se roule dans la boue. Ici s'enfonce l'orgueil du néant. Le jour marqué d'absence Est demeure de vipères. Oracle de la mort, d'où te vient ce sang Lié au vertige de la fin ? Ta filiation au-dessus du gynécée N'est vertige qu'aux scènes de l'enfer. La conscience tendue, tu fleuris Les symboles des bas-reliefs, en creux rehaussés De la poussière écarlate des désirs perdus. À toi revient l'honneur De la dépouille des hommes. Connais-tu la douleur de nos passions? Naissance et mort sont drames illusoires D'une immortalité qui se recrée. Et toi, impeccable incréé, Aucun message n'éclipse ton soleil À l'horizon de nos idoles.

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Le marchand des souvenirs

Sur les sentiers de l'extrême, L'oeil de la mort veille dans les fleurs Ma venue au monde animé des fées. La maison des conteurs interminable en moi-même Engloutit les arbres, les rochers, les évidences. La vie en spectre délivré de la peur Cherche dans mon âme errante Le soleil de la nuit des révérences. Ô boue de nos visions d'aveugles, J'entends sonner les carillons célestes Au-delà des vagues de mer. Une lueur hantée par la conscience éteinte Nous montre l'ouverture du langage à la lumière. Nos esprits en déroute portent La fatigue de l'amour sur les épaules. Le feu des songes fouillant l'absolu Chante sur le vent de l'aube L'épopée du marchand des souvenirs amoureux. Ô plénitude, le gardien des poèmes S'acharne à recueillir toutes nos requêtes.

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Conjuration

L'amour s'est achevé Dans la couche des termitières. Mon esprit dans le sillage de migrations des eaux Rejoint l'immense mer des offrandes aux termites. Frayeurs de la pensée Abandonnée en pâture aux insectes, Les peuples hallucinés nous jettent au visage Les déclins des âtres et les scandales des rumeurs. Le créateur englouti dans les longues luttes S'empare de nos mots de déchéance, Pour interpréter la conjuration des dieux.

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La main fraternelle

Le ciel de l'âme est nuageux! Le fils du prophète Surpris par nos inspirations Tourne la main du fleuve Vers le lever du jour. La durée loin des rêves S'arrache des zébrures Pour jalonner le calvaire de nos vies. La perversité de la fatalité Encombre nos chemins. Adieu, musique de pauvre Dans la cité corrompue, Le souffle du totalitarisme Nous condamne à la dérision.

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Le maître de la parole

N'aie pas peur, poète, D'affronter la parole des dieux Et les versets des maîtres de tradition. L'obscurantisme n'est pas l'allié De ton art ni de ta création. Avance tes idées comme des lumières du soleil, Déchire les voiles de l'obscurité, Et inscris la liberté comme ton nom Sur les feuilles du temps. Le savoir fera de toi un mythe Et le signe de l'Éternité.

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Sous l'orage

Au plus secret de l'orage Je scintille d'extase éclose en mes entrailles. Je suis une étoile à peine éveillée. Je suis messager de l'au-delà, Lié à la pudeur du temps. J'épouse la mémoire vivante, Au milieu de la douleur. Mon coeur frappé des vagues, Je presse le pas vers la liberté, Rallumer ma pensée éteinte Dans l'orgie nocturne. L'ombre du tisseur des remords Célèbre mes angoisses. La mélancolie traverse mes jours Quand l'envahisseur d'esprits imprudents S'empare de mes plaisirs extatiques Pour élever mes chagrins en guirlandes.

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Saisons d'amour

Dieu est l'incarnation De nos saisons d'amour. Ô ciel, le destin réclame Son sourire à l'embarras du regard. Sous la mer de transparences, Je devine le naufrage des remords célestes. Entre les débris et les fantômes frileux, Je contemple la piste du désir. La fleur tachée de sang Cache sa raison sous l'écume de la virginité. Ô Reine des plaisirs, lève tes yeux. J'ai peur de marcher Près des rivières où miroite ton chagrin. La nuit où nul ne voit M'adresse ses prières et ses appels. Mais l'espace au fond du rêve M'exprime sa méfiance des forces occultes. Ô soleil éclaté du poème, Commence un champ que labourent Les interprétations de nos sacrifices.

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Le gouffre

Longtemps déjà dure mon éclipse. Devant moi, l'épreuve sans rivage ni abîme Des hommes sans visages. Je sillonne le gouffre où pleurent leurs songes, Et j'entends chanter les ruisseaux de l'effroi Dans leurs sanglots d'amants déçus. Ô désir, source de nos ivresses, Je sens naître en moi l'aube des fleurs Et la fraîcheur de la lune. Je suis l'ombre des esprits morts, Le cercueil où viennent se reposer Les remords de toutes les femmes oubliées. L'azur de la liberté m'éclaire de ses arcs-en-ciel. Les vents de l'espérance emportent Dans la vallée des entraves Autant de décombres de nos vies Que d'horreurs éternelles de nos amours trahies.

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Femme de mes rêves

Élan du désir dans la halte du temps, J'ai capté le fragment du temps dans mes étreintes. L'écho épars de mon insoumission aux forces du néant S'en est allé au-delà des collines, Répéter mon éclat de ténacité aux forêts. À présent se lèvent les vagues apparentes, Où le mouvement se déchire de mes aveux. J'ai fermé l'oeil du jour sur la mer de tes chagrins. J'ai emprunté l'immobilité du ciel en ton regard. Ma conscience interpellée en est secouée. Déesse à la mesure du sacrifice, J'embrasse l'aube de tes rêves! Un soleil neutre traverse nos traces De ses éclairs de bonté. Pourquoi faut-il un sillage à l'amour? Nuit close, parsemée de zébrures étoilées Comme les scintillements des eaux, Je tresse dans l'éternité Les instants de ma renaissance. Mon geste vers toi, femme, S'allie aux arts de l'esprit Qui interprètent le monde de l'immortalité. L'herbe des mots cheminant Dans ta matrice des vents, Je prends le relais des dieux Qui me nomment roi de tes jours Dénués de toutes les solitudes.

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