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ÉGLISE ET SOCIÉTÉ

De
255 pages
Quand la IIème République espagnole est proclamée en 1931, une période de grands bouleversements socio-économiques et politiques s'annonce en Espagne. Ils n'épargnent aucune composante de la société, notamment l'Eglise, et particulièrement le clergé paroissial à Bilbao. Cet ouvrage se veut à la fois une réflexion sur les capacités d'adaptation de l'Eglise aux grands bouleversements de l'histoire et une étude sur les influences réciproques qui lient l'encadrement religieux à son environnement immédiat.
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ÉGLISE ET SOCIÉTÉ

cg L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9812-4

Severiano ROJO HERNANDEZ

ÉGLISE ET SOCIÉTÉ
Le clergé paroissial de Bilbao de la République au franquisme (1931 - années 50)

Préface de Gérard DUFOUR

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Recherches et Documents - Espagne

dirigée par D. Rolland avec J. Chassin et P. Ragon

Déjà parus

BESSIERE Bernard, La culture espagnole. Les mutations de l'aprèsFranquisme (1975-1992), 1992. LAFAGE Franck, L'Espagne de la Contre-Révolution, XVIIIe-XXe siècles (préface de Guy Hermet), 1993. KÜSS Danièle, Jorge Guillén, Les lumières et la Lumière (préface de Claude Couffon), 1994. TODO I TEJERO Alexandre, La culture populaire en Catalogne, 1995. PLESSIER Ghislaine, Ignacio Zuloaga et ses amis français, 1995. SICOT Bernard, Quête de Luis Cernuda, 1995. ARMINGOL Martin, Mémoires d'un exilé espagnol insoumis, 1995. FRIBOURG Jeanine, Fêtes et littérature orale en Aragon, 1996. CAMPUZANO Francisco, L'élite franquiste et la sortie de la dictature, 1997. GARCIA Marie-Carmen, L'identité catalane, 1998. SERRANO MARTINEZ José Maria, CALMÈS Roger, L'Espagne: Du sous-développement au développement, 1998. BARRAQUÉ Jean-Pierre, Saragosse à lafin du Moyen-Age, 1998. LENQUETTE Anne, Nouveaux discours narratifs dans l'Espagne postfranquiste, 1999. DENÉCHÈRE Yves, La politique espagnole de la France de 1931 à 1936, 1999. MARQUÉS Pierre, La Croix-Rouge pendant la Guerre d'Espagne (19361939), 2000.

PRÉFACE
En fusillant en Eus~adi les prêtres qui s'étaient opposés à leur progression, les rebelles franquistes accréditèrent la vision d'un clergé basque différent de celui du reste de l'Espagne, solidaire du peuple pour la défense duquel il était prêt à l'ultime sacrifice. La réalité est évidemment plus complexe, et s'il exista une situation spécifique des ecclésiastiques au Pays basque, en raison notamment de la politique d'affectation et de promotion du clergé menée par la hiérarchie catholique, l'engagement politique des prêtres fut loin d'être uniforme. C'est le mérite de l'ouvrage de Severiano ROJO HERNANDEZ d'avoir abordé cette question, sans préjugé, et en la situant dans la moyenne durée. Le choix de Bilbao doit certainement aux origines de l'auteur. TIn'en demeure pas moins parfaitement pertinent puisque la circonscription ecclésiastique de Bilbao contient toutes les facettes du Pays Basque, citadin, maritime et agricole, bourgeois et prolétaire, ouvrier et paysan. En bon Basque, son mérite aura été -entre autres- l'obstination, qui lui aura permis de forcer bien des portes et de réunir ainsi une importante documentation de première main, même si certaines archives ecclésiastiques restent encore inaccessibles. En attendant que ces sources puissent être mises à la libre disposition des chercheurs, le travail de Severiano ROJO HERNANDEZ constitue un apport essentiel pour tous ceux qui s'intéressent aux rapports Eglise-Etat-Société. On ne peut l'ignorer pour l'étude du nationalisme basque et ses premières manifestations et reveI!dications; pas plus que pour apprécier la situation concrète de l'Eglise sous la Seconde République, ou, enfin, l'imposition du régime franquiste dans une région particulièrement hostile.... Et même si l'ouvrage n'aborde pas l'histoire la plus récente du Pays Basque, il nous fournit bien des clés pour comprendre les mentalités contemporaines en Eus~adi. "Nous sommes tombés sur l'Eglise", disait don Quichotte à son écuyer Sancho Panza en arrivant de nuit au Toboso, le village de Dulcinée. Semblable aventure arrive à quiconque se penche sur l'histoire de l'Espagne et, de ce point de vue, celle du Pays Basque n'en diffère nullement. Sachons donc gré à l'auteur de cet ouvrage de nous en avoir éclairé un pan avec certitude. Gérard DUFOUR

INTRODUCTION
Au début des années 1990, la police espagnole arrête l'archiprêtre de Irun (Guipuzcoa). Il est soupçonné d'avoir hébergé un commando de l'E.T.A. qui venait de commettre un attentat. Cette affaire a un impact considérable au Pays Basque. L'opinion publique l'interprète comme une nouvelle preuve de l'extrême politisation du clergé de cette région. Ainsi, à l'aube de l'an 2 000, l'actualité replonge le Pays Basque dans son passé. Celui-ci est parsemé de conflits dans lesquels le clergé s'est impliqué à maintes reprises et plus fréquemment que dans la plupart des régions espagnoles. L'histoire du Pays Basque semble intrinsèquement liée à celle de son clergé. Les guerres carlistes (XIxe siècle), la guerre civile et le franquisme (xxe siècle) portent la trace de son engagement. Ces év~nements témoignent des rapports étroits entre la société locale et l'Eglise. Ainsi, en se penchant sur l'histoire de la région, le chercheur est amené à s'interroger sur l'originalité des prêtres basques et notamment sur la nature des liens qu'ils entretiennent avec leur environnement. Ces questions ont conduit à entreprendre une étude sur le clergé paroissial. Nous l'avons analysé en tant que groupe social. Sa dimension spirituelle a été, de ce fait, volontairement mise entre parenthèses. Par ailleurs, cet ouvrage ne porte pas sur l'ensemble des prêtres de la région mais uniquement sur le bas clergé séculier de Bilbao 1. Plusieurs raiso~s ont guidé notre choix. D'une part, le bas clergé est la partie de l'Eglise la plus en contact avec la société et donc la plus susceptible d'en subir les influences. D'autre part, les prêtres de Bilbao évoluent dans un environnement qui a été bouleversé par de profondes mutations socio-économiques et politiques. CeJles-ci sont fondamentales pour comprendre l'évolution de l'Eglise dans cette partie de l'Espagne. En effet, à la fin du XIxe siècle, Bilbao est devenu une enclave industrielle importante qui a attiré des individus originaires du reste de l'Espagne dans une province agricole où la culture basque est
1Il a été impossible d'étudier le clergé régulier en raison des difficultés d'accès aux archives (autorisation refusée par les archivistes).

profondément enracinée. Cette ville a connu la plupart des problèmes de société qui ont marqué le passé récent de l'Espagne. En effet, on retrouve l'affrontement entre le nationalisme espagnol et les nationalismes périphériques, la lutte entre l'anticléricalisme et les catholiques, l'opposition entre le monde industriel et le monde rural, le conflit entre la tradition et la modernité. A cela s'ajoute l'existence d'importantes disparités socio-économiques au sein de la population qui ont donné naissance à une segmentation très particulière de l'espace. Les ghettos ouvriers s'opposent de la sorte aux quartiers où résident la classe moyenne et la haute bourgeoisie de Bilbao. Le choix de la période (1931-années cinquante) répond essentiellement à la diversité et à la nature des phénomènes politiques et socio-économiques qui ont eu lieu durant cette étape de l'histoire espagnole. Ainsi, se sont relayés deux systèmes politiques opposés: la IIème République (1931-1937) et la dictature franquiste (1937-années cinquante). Chacun de ces systèmes provoque des ruptures qui mettent en évidence les liens entre le clergé et son Fnvironnel}1ent. La République se traduit par une séparation entre l'Eglise et l'Etat alors que le franquisme rétablit et renforce ce lien. De plus, ces deux régimes sont unis ou séparés par la guerre civile qui se déroule en Biscaye de 1936 à 1937. Elle symbolise parfaitell1ent l'affrontement entre deux conceptions de la société espagnole, l'une démocratique et laïque l'autre autoritaire et religieuse. A Bilbao, ces différents événements se, caractérisent par des attaques contre le clergé. Toutefois, l'Eglise n'est pas uniquement une cible. Elle est également un enjeu. Les partis catholiques (1931-1936) et les franquistes (1937-années cinquante) recherchent l'appui du clergé afin de contrôler les populations, les autorités républicaines luttent contre le cléricalisme afin de consolider le régime dans cette partie du P~ys Basque. Sur le plan des relations économiques entre l'Etat et l'Eglise, on peut observer de grandes différences entre ces deux périodes. Ainsi, la République supprime toute aide financière au clergé. En revanche, Franco la rétablit et l'augmente sous diverses fonnes. Du point de vue socio-économique, Bilbao connaît au cours de cette période une crise éconoll1ique dont l'all1plitude s'accentue nettement sous le franquisme. Entre 1931 et les années cinquante les conditions de vie ne cessent de se détériorer notamment pour les ouvriers et une grande partie des classes moyennes. Par ailleurs, à partir de 1939, le franquisme accentue l'industrialisation de cette ville et met en place les conditions nécessaires à de nouveaux bouleverselnents démographiques.

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Si le choix de 1931 s'impose, le lecteur peut toutefois s'interroger sur les raisons pour lesquelles cet ouvrage s'achève dans les années cinquante. Plusieurs raisons nous ont amenés à effectuer ce choix. D'une part, les années cinquante correspondent à la fin de la période la plus répressive du franquisme. D'autre part, les cérémonies religieuses triomphalistes organisées dans les années quarante sont moins fréquentes à Bilbao1. Le caractère agressif du catholicisme diminue. La Mission du Nervi6n (1953) en sera l'un des derniers vestiges. Parallèlement, les rapports entre le bas clergé et la société tendent à se modifier. Certains prêtres commencent à manifester leur désaccord à l'encontre du régime. Nous entrons dans une période qui va déboucher sur un conflit ouvert entre une partie du clergé de Bilbao et le franquisme2. Afin d'analyser les liens entre les prêtres basques et leur environnement, certains auteurs ont abordé la question essentiellement sous l'angle politique. Tel est le cas de Garcfa de Cortazar dont plusieurs ouvrages et articles portent sur le rôle de l'Église dans le développement du nationalisme basque3. Cet historien considère que le clergé est à l'origine de l'expansion du nationalisme dans cette région. D'autres auteurs (Paulo Iztueta) ont analysé sociologiquement l'affrontement entre le pouvoir et les prêtres basques dans les années soixante4. Néanmoins, à l'exception d'une étude réalisée pour le compte de l'évêché de Bilbao en 19705, aucun chercheur n'a mesuré de façon simultanée et précise l'impact social, économique et politique de la société profane sur le clergé paroissial basque et notamment de Bilbao. Or, c'est une question dont l'importance a été soulignée depuis longtemps déjà par Gabriel Lebras. "Le sociologue recherche les liens entre la société
1Voir: Sanchez Erauzkin (Javier), El nacionalcatolicismo en las vascongadas, Thèse doctorale, Bilbao, Manuscrit, Instituto Labayru, 1993, TIll. 2Voir : Barroso (Anabella), Sacerdotes bajo la atenta mirada del régimen franquista. (Los conflictos sociopoUticos de la Iglesia en el Pals Vasco desde 1960 a 1975), Bilbao, éd. Desclée de Brouver, 1995, 438 p. 3Garda de COrulzar (Fernando), "La Iglesia Vasca ante la implantacion delliberalismo (1808-1876)", P 123 à 160, 1a Semana de estudios de historia eclesiâstica dei Pals Vasco, Vitoria, éd. Arabako Kutxa, 1981, 354 p. -Garda de Corblzar (Fernando), "La Iglesia vasca : deI carlismo al nacionalismo", p. 203 à 278, Estudios de historia contemporanea dei Pals Vasco, Zarautz, éd. Itxaropena, 1982, 260 p. -Garda de COrulzar (Fernando), "Iglesia vasca, religion y nacionalismo en el siglo XX", T 29, p. 191 à 218, in Congreso de Historia de Euskal Herria, Vitoria, éd. Gobierno Vasco, 1988, 327 p. -Garda de COrulzar (Fernando), "Religion y guerra civil en el Pals Vasco 1936-1937", p. 271 à 288, La !f..lesia Catolica y la guerra civil espanola, Madrid, éd. Fundacion Friedrich Ebert, 1990, 346 p. Iztueta (Paulo), Sociologla del fenomeno contestatario del clero vasco: 1940-1975, Zarautz, éd. Elkar, 1981, 471 p. 5Diocesis de Bilbao, Diagnostico sociologico de los conflictos sacerdotales en la di6cesis de Bilbao, Bilbao, éd. Departamento de Investigaciones Sociales, 1971, 323 p.

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catholique et la société profane. Dans quelle mesure la société profane se reflète-t-elle dans la société ecclésiastique"l. Par ailleurs, il nous semble qu'il s'agit là d'une dén1arche fondamentale pour appréhender dans; toute sa complexité l'influence de l'environnement sur les prêtres. En effet, le comportement du clergé ne peut être le résultat de l'influence d'un seul facteur qu'il soit social ou politique. Au contraire, nous estimons que la société profane agit sur les prêtres parce qu'elle a un impact multiple. TIest donc apparu nécessaire d'organiser notre travail autour d'une question: dans quelle mesure, et comment, l'environnement socioéconomique et politique influence le comportement et l'organisation du clergé paroissial? A partir de là, nous avons essayé de répondre à d'autres questions. Sur le plan social, il convenait d'observer, en premier lieu, quel était le lien entre les prêtres affectés à Bilbao et l'environnement dans lequel ils exerçaient leurs fonctions. Nous avons donc analysé l'impact de l'organisation sociale de cette ville et de phénomènes tels que l'anticléricalisme ou l'indifférence religieuse sur le comportement du clergé. En outre, nous nous sommes penchés sur les lieux de naissance, les origines rurales ou urbaines, la fonnation et l'âge des prêtres afin de définir les caractéristiques sociales du clergé et observer les ruptures et les permanences engendrées par les bouleversements de l'histoire locale et nationale. Sur le plan économique, il était indispensable de s'interroger sur l'incidence de la République, de la guerre civile et d}l franquisme sur l'encadrement religieux. Dès lors, on a vérifié si l'Eglise, à cette époque-là, était un corps hermétique à l'abri des mutations socioéconomiques de la société ou, au contraire, si elle évoluait de concert avec son environnement. En répondant à cette question, on appréhende alors la nature d'une institution qui, comme le signale Bourdieu, a "deux vérités: la vérité économique et la vérité religieuse [.. ..mais...J qui fonctionne dans une sorte de dénégation permanente de sa dimension économique, ."2 S'interroger sur cette dimension de l'Eglise conduisait également à étudier l'impact du facteur économique sur le comportement du bas clergé. Dans un contexte de crise, on a donc essayé de déterminer quels sont les liens et les fractures qu'il engendrait. Par ailleurs, la question des solidarités sociales se posait également. En effet, il était nécessaire de rechercher dans quelle mesure les relations entre le clergé et les différents groupes sociaux étaient
~. 47.
lLebras (Gabriel), Etudes de sociologie religieuse, T l, Paris, éd. Presses universitaires de France, 1958, Bourdieu (Pierre), Raisons pratiques. Sur la théorie et l'action, Paris, éd. Seuil, 1994, p. 204.

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altérées ou renforcées par les évolutions économiques qui se produisaient dans la société profane ou dans la sphère ecclésiastique. Sur le plan politique, on s'est interrogé sur l'engagement clérical afin d'établir s'il ne résultait pas au cours de cette période d'une combinaison d'éléments d'ordre politique et socio-économique. Enfin, il semblait indispensable d'aborder la question posée par Jesus Iribaren : "Jusqu'où la société religieuse, en encadrant et en soumettant à la discipline les individus, modifie-t-elle leur individualité et, à travers elle, les collectivités 1"1. En effet, cela permettait, nOJamment sous le franquisme, de vérifier si les pratiques de l'Eglise s'adaptaient ou non à l'environnement local et si le clergé pouvait ralentir ou précipiter les évolutions de la société profane. Ces questions sont à l'origine de cet ouvrage. Celui-ci est l'aboutissement de six ans de recherche en Espagne où nous avons rencontré de nombreuses difficultés concernant notamment l'accès aux archives de l'Église. A maintes reprises il a été refusé. Parfois, le personnel s'est opposé à la consultation de documents que d'autres chercheurs avaient exploités auparavant (rapports des archiprêtres sur la situation religieuse de leur district, comptabilité du diocèse de Vitoria et de Bilbao). Néanmoins, ces obstacles ,ont pu être sunnontés dans bien des cas grâce aux archives de l'Etat espagnol ou à celles d'organismes comme l'Instituto Labayru dans lesquelles nous avons consulté par exemple les fichiers électoraux du Parti Nationaliste basque, les guides diocésains de Vitoria, les registres de comptabilité des paroisses de l~ Biscaye2 ou la correspondance entre le Ministère des Affaires Etrangères et son ambassadeur au Vatican en 1936, 1940 et 1950. Les résultats de nos recherches ont permis d'éclaircir certains points de l'histoire qui den1euraient obscurs jusqu'à présent et de dévoiler les liens étroits entre le clergé paroissial et son environnement. Ceux-ci font l'objet d'une présentation dans la période qui se situe entre le XIxe siècle et l'effondrement de la monarchie (pren1ière partie). La République et la guerre civile les mettent en valeur (deuxième partie). Le franquisme en confim1e la complexité (troisième partie). Au-delà, c~t ouvrage est une réflexion sur les capacités d'adaptation de l'Eglise à la société profane.

1Iribarren (Jesus), lntroduccion a la sociologia religiosa, éd. Sucesores de Rivadeneyra, Madrid, 1955, 23. Toutes les traductions présentes dans cet ouvrage ont été effectuées par nos soins. l' La disparition ou l'état de certains registres ne nous a pas peffilis de connaître la situation économique d'un certain nombre de paroisses de Bilbao et de sa banlieue industrielle.

Il

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PREMIÈRE

PARTIE

Du XIXe

SIÈCLE

À

L'EFFONDREMENT DE LA MONARCHIE
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A la veille de la IIème République, l'Espagne se trouve dans une conjoncture politique délicate. De 1876 à 1923, le système politique instauré par Canovas a montré ses limites. Les différents gouvernements conservateurs ou libéraux ont été incapables de mettre un terme à la détérioration progressive de la situation politique et socio-économ!que. En 1923, le général Primo de Rivera fomente un coup d'Etat en raison des différents problèmes auxquels est confronté le pays (terrorisme, séparatisme, conflit au Maroc) ainsi que pour mettre un terme à la crise qui paralyse l'ensemble du système politique. En dépit de son apparente neutralité, le roi, Alphonse XIII, semble partisan de ce bouleversement politique. Ses déclaratiol}s en mai 1921 ou son attitude complaisante lors du coup d'Etat le confirment. En septembre 1923, un décret royal confie les destinées du pays au général Primo de Rivera. Celui-ci instaure immédiatement une dictature. A partir de cette date, la plupart des institutions représentatives sont dissoutes ou suspendues. L'Espagne vit au rythme de la publication des décrets. Les organisations d'extrême gauche sont durement pourchassées. ,Les nationalistes catalans et basques sont contraints au silence. L'Etat renforce sa présence dans tous les domaines. Cependant, ce système politique n'apporte que des solutions à court terme. Dès 1927, la situation économique se dégrade et les troubles sociaux réapparaissent. L'opposition manifeste son hostilité à la dictature. En janvier 1930, Prin10 de Rivera remet sa démission à Alphonse XIII qui opte pour un retour progressif à la norn1alité constitutionnelle. Afin de sauver la Monarchie, le roi nomme le Général Bérenguer président du Conseil des ministres. Cependant, les troubles persistent. L'opposition (républicains, soci~listes et nationalistes catalans) s'organise et tente un coup d'Etat en décembre 1930. Malgré l'échec de cette tentative, un changen1ent radical de régin1e semble inévitable. Sur le plan religieux, l'Espagne et l'Église sont liées par un concordat depuis 1851. En dépit de la défaite carliste de 1876, l'influence de l'Eglise demeure une réalité. L'institution occupe une place fondamentale dans la société et contrôle une grande partie du

système éducatif. De plus, sa richesse s'est accentuée sous la Restauration!. Son image auprès des populations est contrastée. Vénérée par certains, cette institution représente également aux yeux de nombreux Espagnols la clef de voûte de l'ordre social établi, l'entité qui a anéanti tous les efforts de modernisation de l'Espagne2. De 1876 à 1923, les relations entre les différents gouvernements et le Saint-Siège évoluent en dents de scie. Quand les libéraux dirigent le pays, ils n'hésitent pas à proposer des réfonnes (mariage civil, interdiction de certains ordres religieux, liberté des cultes) auxquelles s'oppose la majeure partie des ecclésiastiques et des catholiques espagnols3. Lorsque les conservateurs se retrouvent au pouvoir, tIs appliquent une politique empreinte de cléricalisme qui satisfait l'Eglise. Ainsi, cette dernière se retrouve au cœur d'un débat qui ne fait qu'attiser l'anticléricalisme d'une partie de la population. Cela se traduit parfois par des insurrections populaires et des incendies d'églises ou de couvents (la semaine tragique de 1909). Les réformes et les contre-réfonnes se multiplient jusqu'en 1923.~L'instauration de la dictature est alors largement approuvée par l'Eglise espagnole. De nombreux prélats n'hésitent pas à soutenir publiquement un dictateur qui a rétabli l'ordre et la morale chrétienne en Espagne. La chute de la dictature provoque donc l'tnquiétude de l'ensemble des ecclésiastiques espagnols. En effet, l'Eglise pressent, à juste titre, que de nombreuses forces politiques tiennent à régler un contentieux historique dont les effets risqu~nt de lui être fatals. Cette perte de prestige que connaît l'Eglise en Espagne ne se vérifie pas au Pays Basque. Dans les années vingt, cette région est considérée comme un bastion du cléricalisme. Pour de nombreux catholiques, cette région est le réservoir spirituel de l'Espagne, un territoire où la n10rale et les valeurs traditionnelles sont préservées. Les liens entre les Basques et le clergé ne sont pas seulement religieux, mais également socioculturels. La plupart des prêtres sont nés au Pays Basque et se reconnaissent dans la culture locale. De plus, l'ascendant du clergé sur les populations notan1n1ent rurales est considérable. Les guerres carlistes (XIxe siècle) en sont la parfaite illustration. Sur le plan politique, le Pays Basque est profondément conservateur. Cependant, l'électorat catholique est divisé. A la veille de la IIèn1e République, une grande partie de la
1Brenan (Gérald), Le labyrinthe espagnol. Origines sociales et politiques de la guerre civile, Paris, éd. Champ Libre, 1984, p 78. 2Villota E1ejalde, (Ignacio), La Iglesia en la sociedad espanola y vasca contemporâneas, Bilbao, éd. Coleccion magisterio Derio, 1985, p. 245. 3Martf Gi1abert (Francisco), PoUtica religiosa de la restauraci6n (1875-1931), Madrid, éd. Rialp, 1991, p. 99.

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population adhère au carlis111eou au Parti Nationaliste Basque. Ce dernier est né en 1895 et revendique l'indépendance de la région. Cependant, cette configuration politique, sociale et religieuse du Pays Basque ne peut être étendue au cas de Bilbao. En effet, dans cette ville, l'anticléricalisme et les formations de gauche font de nombreux adeptes. L'organisation socio-économique traditionnelle de la société basque a disparu au fur et à mesure que Bilbao est devenu un centre industriel fondamental pour l'économie espagnole. Quant à la culture basque, elle a été remise en question par les vagues successives d'immigrants venus du reste de l'Espagne. Ainsi, au cours de la période qui précède la IIème République, Bilbao est en opposition avec le reste du Pays Basque. Ce constat nous aryène donc à soulever plusieurs questions en relation directe avec l'Eglise. Quels sont les particularismes et les évolutions de l'encadrement religieux à Bilbao? Quel est le lien entre l'encadrement religieux et son environnen1ent socio-économique et politique?

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CHAPITRE I LE BAS CLERGÉ DE BILBAO À LA VEILLE DE LA IIÈME RÉPUBLIQUE
Dans les années vingt, Bilbao et sa banlieue connaissent de nombreux clivages socio-économiques engendrés par une industrialisation rapide. Ainsi se dégage une hétérogénéité environnementale qui se répercute sur la structure religieuse (paroisses, clergé, fidèles) de cette partie de la Biscaye.

I. L'environnement socio-économique de Bilbao et de sa banlieue
Le Pays Basque est une région divisée en trois provinces administratives: l' Alava, le Guipuzcoa et la Biscaye. Leur capitale est respectivement Vitoria, Saint-Sébastienet Bilbao.

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A la veille de la IIème République, ces trois provinces se caractérisent par des structures socio-économiques différentes. En effet, en Alava l'agriculture représente l'essentiel de l' acti vité économique. En revanche, en Guipuzcoa et plus encore en Biscaye, elle repose depuis la fin du XIxe siècle sur l'exploitation massive et la transformation du fer. La présence d'un minerai extrêmement riche dans la périphérie de Bilbao a permis à cette ville d'atteindre un développement et un degré de prospérité sans précédent en Espagne. C'est à partir de cette croissance industrielle que se dessine la structure économique et sociale du Bilbao des années trente. En effet, trois zones différentes voient le jour: la première comprend uniquement la ville de Bilbao et regroupe essentiellement l'industrie d'exportation du fer, de la pêche et du secteur tertiaire. La deuxième, dénommée "Zone industrielle", comprend les petites villes de Portugalete, Santurce, Sestao et une partie de Baracaldo. Les usines sidérométallurgiques telles que Altos Homos de Vizcaya (AH V) y sont installées. Le troisième territoire porte le nom de "Zone minière". Il se compose des villages de Las Carreras, Gallarta, Ciérvana, Somorrostro, Ortuella, Pobefia, Regato, San Fuentes, San Salvador deI Valle et l'autre partie de Baracaldo.

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Sur le plan social, Bilbao et sa banlieue ont connu et connaissent des bouleversements comparables à ceux qui se sont produits à la fin du XIxe siècle Qans le nord de l'Europe. Les perspectives économiques et les; emplois attirent de nombreux individus originaires de la Vieille Castille et de la Galice. La plupart d'entre eux sont des hommes célibataires qui repartent dans leur région d'origine à l'époque des moissonsl. Ils occupent en général un emploi de mineur. Ce phénomène provoque une transformation en profondeur de la structure de la population. Composée à l'origine d'autochtones, cette partie de la Biscaye se peuple en peu de temps d'une population étrangère au Pays Basque. Une véritable explosion démographique a lieu notamment dans la périphérie de Bilbao. De 1867 à 1910, certains villages connaissent un accroissement énorme de leur population. Ainsi, San Salvador deI Valle voit sa population multipliée par 8 et passer de 798 à 6 390 habitants2. En 1931, environ 87 000 personnes résident sur l'ensemble de la Zone minière et industrielle. La population de la ville de Bilbao augmente de 83 000 habitants en l'espace de 30 ans, pour atteindre 161 600 habitants en 19313. En 1900, plus de la moitié des habitants de la Biscaye (167 680 sur 311 361) réside dans ce territoire4. Ce n'est qu'à partir des années vingt qu'il se produit une stabilisation de la population en raison notamment de la fermeture de nombreuses mines (épuisement des gisements de fer). Les grandes migrations sont passées. Les conditions de vie dans les localités ouvrières sont des plus précaires. A la fin du XIxe siècle, des centaines d'ouvriers vivent entassés dans des baraquements sans aucune hygiène. Les logements récemment construits ne disposent pas de lumière, de fenêtres, ni de systèmes d'évacuation des eaux usées. La ville de Bilbao connaît également ces problèmes. Les eaux du fleuve El Nervion deviennent en peu de temps in1propres à la consommation. Les épidémies ne tardent pas alors à provoquer de nombreuses victimes. En 1893, le choléra entraîne la mort de dizaines de personnes. La tuberculose devient endémique. Pendant des années, le taux de mortalité à Bilbao et dans sa banlieue est supérieur à la moyenne nationales. A cela s'ajoutent des conditions de travail difficiles. Dans les années 1880, les n1ineurs travaillent plus de 12

lFusi (Juan Pablo), Polttica obrera en el Pais Vasco 1880-1923, Madrid, éd. Turner, 1975, p. 50. 2Villota Elejalde (Ignacio), op. cit., p. 110. 3 Ayuntamiento de Bilbao, Boletin de estadisticas, 1947. 4Fusi (Juan Pablo), op. cit., p. 32. 5/bid., pp. 37-42.

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heures par jour. Ce n'est qu'à partir de 1919 que la journée de huit heures devient réglementaire. Ces bouleversements provoquent par ailleurs, une répartition géospatiale particulière. Ainsi, la population de la Zone minière et industrielle et de certains quartiers de Bilbao tels que Bilbao la Vieja sont à dominante ouvrière. En revanche, les classes moyennes sont bien implantées dans le reste de la ville (San Vicente, El Ensanche) en raison d'activités liées au commerce et à la banque. Les classes aisées sont quant à elles installées dans des municipalités proches de Bilbao, telles que Neguri. Cette zone, la "Rive Droite", est le lieu de résidence de la haute bourgeoisie, par opposition à la "Rive gauche" où vivent les ouvriers. Elles sont séparées par le fleuve El Nervion.

II. Deux archiprêtrés environnements différents

pour

deux

Dans le domaine ecclésiastique, Bilbao et sa périphérie dépendent de l'évêché de Vitoria. Le diocèse administre l'ensemble du Pays Basque (Alava, Guipuzcoa, Biscaye). Depuis 1928, l'évêque est Mgr. Mugica. En 1931, le nombre de paroisses du diocèse s'élève à 714 dont 195 en Biscaye. Bilbao se compose de 8 paroisses tandis que dans la Zone minière et industrielle on en dénombre 131.

10bispado de Vitoria, Gufa diocesana, 1931. Paroisses de Bilbao: San Nicolas, San Antonio Abad (San Anton), San Francisco, Santos Juanes, Santa Maria de Begofia, San Pedro de Deusto, Santiago et San Vicente. Paroisses de la Zone minière et industrielle: Abanto de Suso (Gallarta), Abanto de Yuso (Las Carreras) Baracaldo, Ciérvana, Musques (San Juan Somorrostro), Musques (San Julian), Ortuella, Pobefia, Portugalete, Regato, San Salvador del Valle, Santurce, Sestao.

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L'archiprêtré de Bilbao administre la capitale de la Biscaye alors que sa périphérie dépend de l'archiprêtré de Portugalete. Les archiprêtres sont respectivement Mgr. Galbariatu et Mgr. Santos Ipifia. D'après des ;rapports établis en 1927 par ces deux archiprêtres, Bilbao et la banlieue industrielle disposent d'un nombre de paroisses et d'églises suffisant. Selon les autorités, on essaie dans la mesure du possible d'augmenter leur capacité ou d'en ériger de nouvelles afin de répondre à la croissance démographiquel. Ainsi, l'annexion des faubourgs de Begofia et de Deusto en 1925 permet à Bilbao de se doter de deux nouvelles paroisses. Certaines églises, con1me celle de Zorroza, ont été construites à la même époque2. La "bienveillance" des autorités municipales mais surtout l'exemption de droits de construction facilitent la tâche de l'Eglise3. Parfois, comme cela s'est produit lors de l'érection du couvent des Carmélites en 1928, les autorités municipales ignorent ou contournent les réglementations sur la construction en zone urbaine4. Cependant, en dépit de cette "bienveillance", des problèmes importants subsistent. Ainsi, en 1931, les paroisses de Bilbao sont surpeuplées (20 207 hab/paroisse) et leurs capacités d'accueil sont insuffisantes. Les jours de fête, 139 350 fidèles au maximum peuvent être accueillis alors que Bilbao compte, en 1931, 161 659 habitants5. Ce problème se pose également dans certaines cures de la banlieue industrielle (Baracaldo), même si le nombre moyen d 'habitants par paroisse y est inférieur (6 729)6. Ces différences ne sont pas les seules. Par exemple, certaines églises de Bilbao (Begofia, Santiago, San Francisco de Asis, San Nicolas de Barf) se caractérisent par leur richesse architecturale. Dans la Zone minière et industrielle, il n'en existe aucune présentant un quelconque intérêt dans ce domaine. Cette opposition s'explique en partie par leur coût de construction relativen1ent faible par rapport à celles de la capitale.

lObispado de Vitoria, Relacion dei estado de la diocesis, 1927. 2Cependant, les principales églises telles que Santiago, Santos Juanes ou San Antonio Abad, ont été érigées au XVe et au XVIe siècles. 3Archivo Municipal de Bilbao, Templo de Zorroza, 1927, Secci6n EE, Leg 24-65. 4Archivo Municipal de Bilbao, Convento de las carmelitas descalzas, 1928, Secci6n EE, Leg 65-56. 50bispado de Vitoria, Bolet/n oficial dei obispado de Vitoria, Il juin 1944, n011. 6Chiffre établi à partir de : Obispado de Vitoria, Gu{a diocesana, 1931.

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