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ETATS D'AME D'UN INSTIT

De
128 pages
L'auteur dresse, dans ce livre satirique mais très proche des réalités quotidiennes, une sorte d'état des lieux de l'école, drôle et désespéré. Y sont notamment évoqués l'échec scolaire, le racisme, Internet, la responsabilité des enseignants, les parents, les élèves, les inspecteurs, l'égalité des chances, les réformes, la laïcité, les manuels scolaires, Allègre et bien d'autres sujets brûlants.
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ETATS D'AME D'UN INSTIT
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@L'Hannattan, 1999 ISBN: 2-7384-8458-1

Ivan Salfay

ETATS D'AME D'UN INSTIT

A.

L'Hannattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qe) - Canada H2Y IK9

Ce livre n'est pas politiquement correct. Il n'est destiné à plaire à personne en particulier mais je suis presque sûr que des gens qui s'y retrouveront, en premier les enseignants!
Je ne roule pour personne: je déteste la droite et vomis l'extrême-droite, quant à la gauche je n'ai aucune raison de la ménager. A chaque fois qu'elle est au pouvoir, elle réussit à faire passer des mesures que la droite n'oserait pas imaginer et tout le monde (ou presque) se tait. C'est un livre de l'intérieur, sans démagogie ni illusions. S'il égratigne, pique, agace, dérange, met mal à l'aise, rien d'étonnant! Chacun sait que les zones sensibles sont de plus en plus nombreuses au M.E.N. (Ministère de l'Education nationale )! Je revendique le droit d'être provocateur, pamphlétaire, caricatural (mais si peu), de noircir le tableau ( normal pour un instit!). Je remercie la dérision et je me rends compte que j'ai abusé des parenthèses, aussi je tiens ici, solennellement, à leur demander pardon (ainsi qu'au lecteur!). J'arrête là. Les préfaces, personne ne les lit!

7

J'ai fait mon service national dans la gendannerie, je suis instituteur et j'habite à la campagne, c'est dire si dans ma vie j'en ai entendu des conneries! (Hommage à Michel Audiard! )

Je suis un pommier qui fait des bananes. ( Serge Gainsbourg)

L'ironie ne dessèche pas, elle ne brûle que les herbes sèches. (Jules Renard)

A mon père, Martine et Nicolas...

8

ALLEGRE Claude (bouffon dégraisseur) Prenez un scientifique de renom, sans mandat électif et placez-le à la tête de l'Education nationale sous un gouvernement de gauche. Deux ans plus tard, observez les premiers résultats de l'expérience: Une avalanche de propos populistes, démagogiques et souvent totalement inexacts qui le font applaudir d'une partie de la droite et de l'extrême-droite, un chantier, ouvert à tous les vents, de la maternelle aux classes préparatoires, et imposé contre l'avis de tous les spécialistes, une volonté farouche de limiter les dépenses et par conséquent les résultats, des fermetures de classes rendant les conditions de travail plus difficiles que jamais et enfin un mépris affiché pour les enseignants occupés à ramer à contre-courant du libéralisme planétaire. Cependant s'agit-il bien d'un problème de personne? Quand on est l'ami du premier ministre (ami de quarante ans !), on agit en service commandé et l'on pose des jalons pour le futur. Qu'une privatisation partielle se dessine ne surprendra que quelques naïfs. Déjà on envisage de confier des parties de classe aux aides-éducateurs et sans doute à terme des remplacements de maitres absents. Les régions, les départements sont appelés à se substituer à l'état dans la gestion des écoles primaires avec toutes les disparités de moyens que cela suppose. Le remplacement du bouffon paraissant pourtant probable, il serait souhaitable que sa sortie s' opére en beauté, aussi voici quelques suggestions de déclarations lui permettant de tirer définitivement sa révérence: Les enseignants sont tous plus ou moins pédophiles. Si les enseignants forçaient plus au travail, ils n'auraient pas envie de défiler dans la rue.

9

Les aides-éducateurs s'y prennent souvent mieux avec les enfants que les enseignants eux-mêmes. Les enseignants doivent être notés par les parents, pas les élèves. Je vais m'employer à ce que les enseignants aient cinq semaines de vacances seulement comme tous les Français. Je propose de réduire le traitement des enseignants de moitié.

Avec Allègre, on a inauguré véritablement l'ère anti-profs (déjà amorcée sous Chevènement en 1984). Explications: les profs ne sont pas aimés (vacances, sécurité de l'emploi...), leur tirer dessus ne peut que réjouir une partie de la population. Bon choix électoral ou pas? Il est vrai qu' avec la droite le plus bête du monde, le jeu est faussé! Qu'attend donc le ministre de l'agriculture pour en faire autant avec les paysans? Non ? Pourquoi ?! Et pourquoi ne pas mettre Allègre à l'agriculture? Il est géologue ....

Exercices pratiques Qu'a-t-il vraiment dit? 1 Ce que je veux, c'est muscler le mammouth, le rendre plus effilé, un peu plus souple. 2 Il ne faut pas compter l'anglais comme langue étrangère. 3 Il n'y a rien de nouveau en pédagogie depuis 5000 ans. 4 Je vais interdire aux enseignants de noter leurs élèves, en tous cas les écoliers de moins de 9 ans. 5 Je vais créer une épreuve de morale civique au concours d'entrée à l'LUF.M. Comme ce sera au concours, ils apprendront la matière. 6 Je veux instiller l'esprit d'entreprise dans le système éducatif.

10

7 Il faut savoir que dans l'enseignement secondaire, il y a un prof pour onze élèves. 8 Catherine Trautmann, c'est la seule erreur de casting du Gouvernement. 9 Il y a 40 000 lycées en France. 10 Quand on ne sait pas marcher, qu'on est gros et bedonnant, on ne monte pas sur un volcan.

Réponses: Tout!
Notez comme la dernière citation, datant de 1977 et prononcée à l'encontre d'un vulcanologue, a gardé toute son . , ., actual lte ... pour Iw.

11

LE BLED ( rural!) Le plus gros succès de librairie scolaire du siècle. Très moralisateur, poujadiste voire pétainiste, il a fait (et fera encore) les délices de générations d'enseignants rassurés par la progression sinon logique du moins classique et le grand nombre d'exercices proposés. On y lisait des phrases telles que: "Je vais plutôt dans mon jardin qu'au café." ou bien: "Le charretier ne rudoiera pas son cheval." Certaines éditions rajeunies proposent quelques prénoms maghrébins : "Ahmed ne rudoiera pas son V.T.T" ou encore, féminisme oblige, : "Fatima regarde la télévision pendant que Mustapha fait la vaisselle." Quelques suggestions pour l'édition 2010 ? Farid va plutôt à la M.J.C que sur le parking. Dylan ne rudoiera pas l'éducateur de rue. A qui veut se replonger dans la France rurale des années cinquante, celle qui sent bon les Tractions, le crottin sur la route, les blouses grises et les tables noires, la foi en la science et le progrès social, la réclame sur tôle émaillée et l'encre violette, les pique-nique au bord de la nationale 7, je conseille une cure de Bled. Une authentique institution franchouillarde qui a résisté à toutes les réformes, ainsi qu'à mai 68, et qui illustre bien cette pensée de Goethe: "Le vrai génie c'est de durer." Quand on change d'école, on retrouve toujours quelques vieux Bled qu'on est bien obligé d'utiliser en attendant mieux.

12

CAMPAGNE (Quandj'entends le mot "cultures",je sors mon revolver!)

J'habite à la campagne et j'y travaille depuis vingt-trois ans. La vraie, la profonde, pas celle où le maïs et le colza reculent devant les Décathlon, les Norauto et les Carrefour. Pauvre campagne! Entendez-vous mugir ses féroces soldats? ( Non, pas les agriculteurs qui savent si bien défendre leurs intérêts à grands coups de manifs destructrices épongées par le contribuable! ) Les féroces soldats ont pour noms: diktat des Etats-Unis, aliments transgéniques, primes, aides et subventions, surproductions, cours mondiaux, surendettement, élevages industriels et pollution des nappes phréatiques, pesticides et irrigation, engrais et drainage, destruction des haies et lobby de la chasse, vaches folles et poulets aux antibiotiques, main-mise des industries agro-alimentaires, chimiques et de la grande distribution, désertification et enrichissement des plus gros. Vivre à la campagne, aujourd'hui, en France, c'est être un peu marginal, c'est avoir une qualité de vie appréciable ( ne pas fermer sa voiture et la retrouver le lendemain, avoir de l'espace autour de soi, entendre la chouette, le rossignol, le geai des chênes et le silence, manger ses radis et ses tomates, voir pousser ses bouleaux et ses épicéas ), c'est aussi être loin du ciné, du théâtre, des expos. Entre la nature et la culture, il faut choisir! C'est aussi être le témoin d'une lente agonie, des villages sans école aux friches subventionnées par Bruxelles, des routes départementales défoncées aux fermettes qui s'écroulent, de la R16 qui sert de poulailler au château qui perd ses ardoises. 13

C'est aussi vivre avec la xénophobie qui tend à faire passer les habitants du village voisin pour des Barbares et ceux de la ville voisine pour des extra-terrestres, avec le sentiment de faire partie des oubliés de la croissance, de la modernité, du futur, d'être des acteurs sans public jouant leur dernière pièce avant la fermeture du théâtre. Il ne faut pas sortir les mouchoirs non plus: l'image encore en vogue dans quelques films ( et au salon de l'agriculture) du paysan rougeaud, en tricot de corps rapiécé et casquette grasse, fumant des maïs, battant le chien et engrossant la jeune bonne est bien finie: aujourd'hui l'agriculteur roule en 4/4, a des logiciels de gestion, part en vacances aux Seychelles, traite ses cultures en U.L.M, possède des hangars plus grands que le Palais de la Découverte ( avec, à l'intérieur, l'équivalent de trente vies de salaires de smicard en matériel) et téléphone depuis ses champs au secrétaire d'état ou au président du conseil général! Dans trente ans, il ne restera plus que quelques hobereaux locaux dont les revenus pourront faire frémir n'importe quel cadre supérieur et des R-mistes ou des retraités encore valides et capables de faire soixante kilomètres aller-retour pour aller se ravitailler en ville ( là où on trouve du pain de campagne et des produits bioI). Beaucoup de résidences secondaires aussi, où des citadins stressés, souvent étrangers, viendront chercher dans ce désert vert l'image idyllique de la campagne véhiculée par la publicité. Avez-vous remarqué que pour vendre de la lessive, du café soluble, du fromage, des tampons hygiéniques c'est toujours la campagne ensoleillée qui sert de décor? Plus les produits sont fades, industrialisés, neutres, aseptisés, plus les publicitaires ont besoin de grands-pères à l'accent rocailleux, de vieilles paysannes mafflues, d'intérieurs rustiques, de hameaux typiques. 14