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ETUDE SUR LE COMPORTEMENT DU DROMADAIRE AU SAHARA

De
144 pages
Le dromadaire est trop souvent mal aimé, calomnié parce que mal connu. Au cours de ses sept années de vie saharienne, dans l'Ouest et au Hoggar, l'auteur a eu l'occasion et le temps d'étudier cet animal au cours de longue méharées dans des terrains différents. L'auteur, comme tous les méharistes et, en premier lieu, les nomades, était bien conscient que la survie dans le désert n'est possible que grâce à la remarquable adaptation de l'animal à cet habitat spécial.
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Étude sur le comportement du dromadaire au Sahara 1949 à 1960

~ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8727-0

Général (C.R.) Pierre DENIS

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Etude sur le comportement du dromadaire au Sahara 1949 à 1960

L'Harmattan 5-7. rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

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L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

l'ai servi pendant sept années aux unités sahariennes. l'ai en particulier été chef de peloton à la Compagnie méhariste de la Saoura, d'octobre 1949 à juillet 1952, puis ai commandé la Compagnie méhariste du Tidikelt-Hoggar de juillet 1958 à mai 1960. A la Saoura, j'ai eu l'occasion de nomadiser dans tout l'ouest saharien, dans un immense quadrilatère dont les quatre sommets étaient l'embouchure de l'oued Draa au nord-ouest, Tabelbala au nord-est, Taoudenni au sud-est et Fort-Gouraud au sud-ouest. Je disposais alors en permanence d'une soixantaine de dromadaires et vivais en contact avec les Reguibat Lgouacem I et leurs troupeaux. A part le chameau2 touareg qui me servait pour les défilés, les autres bêtes étaient du type saharien courant, parfois dénommé arabe. Elles étaient assez petites, endurantes, servant à la monte ou au bât, habituées à un sol sablonneux et non pierreux. Mais ces animaux étaient rarement dociles, leurs éleveurs se contentant d'un dressage sommaire. A Tamanrasset, j'avais la responsabilité d'un quartier d'environ cinq cent mille kilomètres carrés, centré sur le massif du Hoggar et s'étendant de l'Adrar des Ifoghas au Tassili des Ajjers. La majorité de mes méharistes était des Touareg et la plupart de leurs montures était arabe. Ce sont surtout les "grandes tentes" nobles et les Touareg du
1 Pour faciliter la lecture, les mots arabes sont écrits d'une façon simple et invariable. Par exemple, il est fait mention de Reguibat et non de Reguibi. Reguibia ou Reguibat suivant le cas. 2 Dans cette étude, les termes de "chameau" et de "dromadaire" sont utilisés indifféremment. Ceci n'a pour but que d'éviter une répétition abusive du mot "dromadaire". C'est toujours bien de lui dont il est question. 5

sud qui disposaient de dromadaires dits touareg ou soudanais, eux beaux méharis, de grande taille, sveltes et souvent bien dressés. Je dois préciser que tous mes chameaux étaient hongres et n'eurent vraiment jamais à souffrir de la faim ou de la soif. Il n'existe plus de méharistes français et les conditions du nomadisme en Algérie ont bien changé. J'ai donc pensé qu'il était utile de ne pas laisser mes observations "sous le boisseau" . En effet, au cours de mes séjours au désert, vivant souvent avec les nomades, j'ai pu observer leurs nombreux troupeaux et les questionner à leur sujet, parfois lors de véritables cercles d'études. C'est cet important ensemble d'informations, alors soigneusement notées, qui m'ont permis de présenter ce texte portant sur le comportement individuel puis social de ces animaux.

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I. COMPORTEMENT INDIVIDUEL

A. MOUVEMENTS a) Positions au sol Le dromadaire affectionne la position accroupie dans laquelle il passe au moins un tiers de son existence. C'est dans le décubitus sternal qui est chez lui normal et habituel qu'il se repose, qu'il rumine, qu'il dort. Dans cette position parfaitement symétrique il étend parfois son long cou et le pose par terre, dans l'axe de son corps; il ne rumine alors pas. Lorsqu'il fait chaud, c'est toujours dans cette position qu'il se place, face au soleil, pour lui présenter une surface minimum. Pour éviter la chaleur, il arrive que ces quadrupèdes "baraquent" tout près les uns des autres, l'ombre ou le contact des voisins leur apportant moins de calories que les rayons de l'astre. Lorsqu'il ne fait pas très chaud, l'animal se couche parfois sur le côté pour s'étendre au soleil ou se frotter sur un sol meuble. C'est ce qu'il fait encore lorsque ses callosités se trouvent atteintes de blessures ou d'affections quelconques qui les rendent douloureuses. b) Agenouillement et relèvement Les chameaux examinent avec soin l'emplacement où on les arrête et appréhendent toujours de s'y agenouiller quand il ne leur convient pas parfaitement. C'est pourquoi les nomades choisissent et éventuellement nettoient grossièrement les emplacements où ils veulent faire accroupir leurs montures. Très souvent cependant les conducteurs pressés ou n'ayant pas le choix font baraquer 9

précipitamment leurs animaux n'importe où alors que, livré à lui-même, le méhari choisit avec soin son terrain et prend son temps. Dans un endroit auquel il est habitué, c'est toujours à la même place tourné du même côté et dans les mêmes conditions qu'il aime se reposer. Ces mouvements d'agenouillement et de relèvement sont plus ou moins lents et décomposés, plus ou moins brusques suivant la vigueur et la souplesse de l'animal, sa hâte de partir, la crainte qu'il a de l'appel de langue ou du bâton de son conducteur, suivant le poids de son chargement, la nature du sol, le dressage et toutes les circonstances qui les accompagnent. Ce n'est que lorsqu'il est pressé de baraquer qu'il se laisse tomber sur ses deux genoux pliés à la fois. Ce peut être un signe de fatigue. Pour s'accroupir, l'animal tombe donc sur ses carpes puis plie ses postérieurs et les repousse vers l'arrière pour disposer de la distance nécessaire à son corps qui repose sur la large callosité du sternum. Pour se relever, le dromadaire fait les mouvements inverses. Il lève d'abord brusquement ses postérieurs, pivotant en somme sur ses antérieurs repliés puis se dresse sur l'un puis les deux antérieurs. c) Pas Le pas ralenti est celui qu'exécute le chameau tenu en bride par un conducteur qui marche à allure très lente, ou lorsque l'.animal pâture. Dans ce cas, le mouvement . exécuté par les membres. èst assez irrégulier. Les deùx pieds dU'même.côté n'agissent point ensemble; l'antérieur se lève avant le postérieur; Ce n'est que 10rsqueT animal est un peu pressé qu 1 il va l'amble, qu'il s'agisse du pas normal ou d'un pas allongé que l'on peut appeler trot. 10

L'accélération de la vitesse de la bête au pas se produit tant par l'allongement de chaque foulée que par la répétition plus fréquente des enjambées. Il est rare que ces quadrupèdes marchent droit; ils évitent les pierres, les plantes, les accidents du terrain quand ils peuvent et appuient dans ce but à droite ou à gauche. Ils cherchent également à manger en marchant et font de petits écarts à chaque mouvement de leurs méharistes. Il en résulte que les sentiers du désert tracés par les caravanes sont tortueux. Les dromadaires les suivent néanmoins avec grand soin pour profiter de leur sol relativement dégagé. On admet généralement que, sur une piste normale, des chameaux moyennement chargés parcourent quatre à cinq kilomètres en une heure. Le méhari monté, lorsqu'il est poussé et qu'il ne peut s'arrêter en route pour brouter, fait jusqu'à six kilomètres à l'heure et même un peu plus. En peloton, ma vitesse moyenne de déplacement a toujours été exactement de cinq kilomètres soixante-quinze à l'heure, que l'on marche à pied ou que l'on soit monté, et cette vitesse m'a toujours donné satisfaction. Le pas ralenti et le pas normal sont des allures assez douces, mais si l'animal accélère ses mouvements (les traces de ses membres de derrière dépassent alors celles de devant), sa marche devient au contraire fort saccadée par suite des mouvements énergiques de propulsion imprimés par les jarrets. C'est pour cette raison qu'il faut s'en tenir à une vitesse de quatre kilomètres et demi à six kilomètres à l'heure. Au-delà, le dromadaire se fatigue plus qu'au petit trot, ses mouvements saccadés rompent facilement l'équilibre toujours douteux du chargement, l'animal ne peut poser ses pieds où il veut et peut donc se les abîmer et 11

les bêtes se blessent la face interne de leurs antérieurs au frottement du bord de leur callosité du sternum. d) Trot Le trot est une allure généralement douce pour le méhariste mais, comme chez le cheval, les divers animaux présentent entre eux de grandes différences. On distingue généralement trois degrés de trot, suivant qu'un pied postérieur vient se placer en arrière, à hauteur ou en avant de l'empreinte laissée par le pied antérieur du côté opposé. Cela donne une vitesse moyenne variant de 9 à 20 km à l'heure. Le méhari s'excite beaucoup aux allures vives, surtout s'il est avec d'autres animaux de son espèce. Il devient même parfois très difficile de l'arrêter et c'est une des raisons qui rendent indispensable l'emploi de l'anneau de nez. Signalons de plus que dans les cortèges et les défilés les méhara, par leur allure noble et fière, sont extrêmement décoratifs mais, aux allures vives, il est beaucoup plus difficile de les maintenir en rang que des chevaux. Les chamelles ont généralement des allures plus douces et plus agréables que les mâles. On dit également qu'elles sont plus résistantes, en particulier les premiers mois de la gestation. Par contre on ne peut les employer lorsqu'elles sont pleines de plus de six mois et leur présence fait entrer les étalons en rut. Au Sahara, on préfère donc les montures mâles. e) Galop Pour aller au galop, le chameau est dans la nécessité d'allonger fortement l'encolure et de porter la tête en avant et en bas pour soulager son arrière main. Il est donc

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nécessaire de laisser une grande liberté à la tête du méhari que l'on veut faire galoper. L'animal va généralement moins vite au galop qu'au trot allongé et il soutient moins longtemps cette allure. Le galop semble être une allure que les dromadaires ne prennent surtout, et pour peu de temps, qu'en cas de peur, comme moyen de défense contre leur méhariste ou au cours d'accès de gaîté. Il s'agit alors plus de sauts désordonnés que d'une allure régulière. Dès les premiers jours de son existence, le jeune chamelon esquisse des petits temps de galop autour de sa mère. Plus tard, quand il joue avec ses jeunes camarades, quand toute la bande rejoint les mères, lorsqu'un objet insolite ou un danger la menace ou l'épouvante, elle prend tout naturellement le galop. Un chameau mal dressé qui s'est échappé et qu'on cherche à rejoindre prend le galop lorsqu'il est poursuivi par son maître, à moins qu'il ne soit alourdi par l'âge. Des bêtes altérées peuvent enfin accourir aux puits au galop. Par suite de l'équilibre plutôt instable dans lequel on se trouvait lorsqu'on était en selle, il fallait être excellent méhariste pour rester sur un dromadaire au galop! j) Performances Précisons dès l'abord qu'une étape moyenne journalière de trente à quarante kilomètres (soit mille kilomètres par mois) était à mon sens une saine base de calcul pour le déplacement d'un troupeau, convoi ou caravane ou d'une unité méhariste. De telles étapes laissaient le temps aux bêtes de pâturer et de se reposer ce qui permettait de tenir ce rythme plusieurs mois de suite. Les nomades pour lesquels le petit trot était l'allure habituelle et préférée au cours des déplacements de quelques kilomètres, de campement en campement, ne 13

l'employaient plus longuement que pour des trajets urgents, inférieurs à cent cinquante kilomètres et après lesquels un repos immédiat de la monture était possible; par exemple, quand il s'agissait de porter un message, de reconnaître un puits, etc. C'est cette allure qui, avec des bêtes de choix bien conduites, permettait à des isolés ou à de très petits groupes de couvrir cent cinquante kilomètres en moins de quinze ou vingt heures. Le trot allongé est une allure régulière. Mais elle ne peut être soutenue que pendant une ou deux heures, rarement plus et ne peut être demandée qu'au méhari légèrement chargé. Elle occasionne souvent des blessures et constitue pour l'animal un effort intense après lequel il doit se refaire. Voici quelques records de fonds. Certains chameaux ont parcouru six cent quarante kilomètres en quatre jours ou cent soixante kilomètres en seize heures. En 1913, le capitaine Charlet, commandant la Compagnie saharienne du Tidikelt revenant du Soudan à Bir Zmila, a couvert huit cents kilomètres en onze jours avec soixante-dix méharistes sans laisser un seul animal en arrière. En ce qui concerne la vitesse, les records signalés font état d'une vingtaine de kilomètres à l'heure, allure assez modeste mais qui peut être soutenue pendant quelques heures. A Ouargla, où le terrain est favorable, cinq kilomètres cinq cents ont été parcourus le 12 Avril 1918 en quatorze minutes par des méhara touareg et en dix -sept minutes par ceux du pays. En 1916, au Souf, le parcours El Oued - Guemar aller et retour (trente-six kilomètres), comprenant le passage de plusieurs fortes chaînes de dunes, fut effectué par le 14