ÉVOLUTION DES SYSTÈMES DE PRODUCTION RURAUX EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE POPULAIRE DU LAOS 1975-1995

ÉVOLUTION DES SYSTÈMES DE PRODUCTION RURAUX EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE POPULAIRE DU LAOS 1975-1995

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Les systèmes de production ruraux du Laos, fortement influencés entre 1975 et 1995 par les politiques socialistes et par les nouveaux mécanismes économiques, continuent à s'adapter en fonction des orientations sociales, politiques et économiques du pays et de l'Asie du Sud-est. En s'appuyant sur un travail de terrain, l'auteur analyse dans quelle mesure les politiques, les méthodologies de développement rural et les stratégies de développement humain peuvent accélérer les processus d'intégration des agriculteurs dans l'économie nationale.

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Ajouté le 01 janvier 1999
Nombre de lectures 338
EAN13 9782296376540
Langue Français
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EVOLUTION DES SYSTEMES DE PRODUCTION , , RURAUX EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE POPULAIRE DU LAOS (1975-1995)

...

Collection Recherches Asiatiques dirigée par Alain Forest
Dernières parutions

M.-Odile GÉRAUD, Regards sur les Hmong de Guyanefrançaise, .1997. Jean DEUVE, Guérilla au Laos, 1997. Gérard HEUZÉ, Entre émeutes et mafias. L'Inde dans la mondialisation, 1997. Bernard HOURS, Monique SELIM, Essai d'anthropologie politique sur le Laos contemporain, 1997. Seong Chang CHEONG, Idéologie et système en Corée du Nord, 1997. Michel BODIN, Soldats d'Indochine - 1945-1954,1997. Lionel PAUL, La Question tamoule à Sri Lanka, 1977-1994, 1997. Viviane FRINGS, Le paysan cambodgien et le socialisme. La politique agricole de la République Populaire du Kampuchea et de l'État du Cambodge, 1997. TÙ CHI NGUYEN, La cosmologie Muong, 1997. Marc LEMAIRE, Le service de santé militaire dans la guerre d'Indochine, 1997. Pierre L. LAMANT, Bilan et Perspectives des Etudes khmères (langue et culture), 1997. . Hartmut O. ROTERMUND, «La sieste sous l'aile du cormoran» et autres poèmes magiques, 1998. Luc LACROZE, L'Aménagement du Mékong (1957-1997). L'échec d'une grande ambition ?, 1998. S. PHINITH, P. SOUK-ALOUN, V. THONGCHANH, Histoire du pays Lao, 1998. S. FERHAT-DANA, Le Dangwai et la démocratie à Taiwan, 1998. NGUYEN THE ANH, Alain FOREST (eds), Guerre et paix en Asie du Sud-Est, 1998. DO CHI-LAN, La mère et l'enfant dans le Viet Nam d'autrefois, 1998. Alain FOREST, Les missionnaires français au Tonkin et au Siam (17e-18e siècle). Analyse comparée d'un relatif succès et d'un total échec. Livre I, Histoires du Siam, Livre II, Histoires du Tonkin, Livre III, Organiser une Eglise. Convertir les Infidèles, 1998. A. LE PICHON, Aux origines de Hong-Kong. Aspects de la civilisation commerciale à Canton: le fonds de commerce de Jardine, Matheson &Co (1827-1839), 1998.

@ L'Harmattan 1998 ISBN: 2-7384-7265-6

Collection

"Recherches Asiatiques"

dirigée par Alain Forest

Laurent

CHAZEE

,

,

EVOLUTION

DES SYSTEMES DE PRODUCTION DÉMOCRATIQUE

RURAUX EN RÉPUBLIQUE POPULAIRE

DU LAOS

1975-1995

L'HarmaUan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur

L. CHAZEE * Les mammifères du Laos et leur chasse. Vientiane, 1991. 92 p.

* Les pratiques d'essartage au Laos, les systèmes actuels et leur avenir. Vientiane, 1993. 87 pages. * Oiseaux du Laos. Identification, 48 p. + 1 annexe. distribution et chasse. Vientiane, 1994.

* Guide pratique pour le développement des communautés rurales du Laos. Amélioration des systèmes de production basée sur l'approche participative, l'aménagement des terroirs et la conservation de la biodiversité. Vientiane, 1994.76 p. * Atlas des ethnies et des sous-ethnies carte. du Laos. Vientiane, 1995. 220 p. +

* Evolution des systèmes de production ruraux en République Démocratique populaire du Laos. Volumes 1 et 2. Thèse de Doctorat présentée à L'Université Paris 7 - Denis Diderot. Paris, 1997.380 p. + annexes.

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier les membres des projets de modernisation des petits périmètres irrigués des provinces d'Oudomxay et de Luang Namtha (Lao/89/029 et Lao/89/C03) et en particulier messieurs Saw Lwin, Houmpheng Bouphakham, Bounsouk Vilay et Santi Madagnang qui ont activement participé aux études et réalisations de terrain. Ces études n'auraient pas été permises sans la collaboration continue et la patience des représentants et les agriculteurs des différentes provinces.
Je tiens aussi à remercier monsieur Sitaheng Rasphone, Vice-ministre de l'Agriculture et monsieur Bernard Michel, conseiller technique du FENU pour leur soutien dans le cadre des études et des réalisations de terrain. Enfin, je tiens vivement à remercier monsieur Pierre-Bernard Lafont, directeur de thèse, pour son appui et ses recommendations pour l'élaboration du travail de doctorat dont est issue cette publication. Je remercie également monsieur Vincent Dollé du ClRAD-SAR et monsieur Dirk Van Gansberghe, agronome spécialiste du Laos pour la revue de la partie agronomique du document. Ma reconnaissance va, une fois encore, à Geneviève Chazée pour sa relecture attentive et minutieuse du manuscrit et à Alessandra Tisot pour ses conseils et sa patience.

Sigles et abréviations

ADI: Association du Développement International AFTA: Free Trade Area AIC: Action - Influence - Control ACF (AICF) : Action (Internationale) Contre la Faim ASDI: Agence Suédoise de Développement International ASEAN: Association des Nations d'Asie du Sud-Est BAD: Banque Asiatique de Développement BCEL: Banque pour le Commerce Extérieur Lao BDR: Bureau du Développement Rural BM: Banque Mondiale Banque de Promotion Agricole BPA: BPC: Bureau de Planification et de Coopération CAA: Community Aid Abroad CCL: Comité de Coopération avec le Laos CDR: Comité de Développement Rural CE: Communauté Européenne CEPT: Common Effective Preferential Tariff CFD: Caisse Française de Développement Compagnie Francaise de Développement des Textiles CFDT: CIDR: Centre International de Développement et de Recherche CIDSE : Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité CIRAD : Centre International pour la Recherche Agronomique et pour le Développement CMEA: Conseil pour une Assistance Economique Mutuelle CNRA: Centre National de Recherche Agricole CNS: Centre National de Statistiques CIC: Comité pour l'Investissement et la Coopération Comité du Plan et de La Coopération CPC: CUMA: Centre d'Utilisation du Machinisme Agricole Département de l'Irrigation et des Micro-centrales DIMC: DOl: Département de l'Irrigation EED: Enfants et Développement ESF: Ecoles Sans Frontières FAO: Organisation pour l'Alimentation et l'Agriculture FENU: Fonds d'Equipement des Nations Unies FIAT: Farmer Irrigated Agriculture Training Project FIDA: Fonds International pour le Développement Agricole

FMI:

FNUCAD:
GIE: GOL: GTZ: H/J : INRAF : IRCC: IRCT: IRRI : JICA: JVC: LC: LECS: LSIS: MAF: MAFIC: MARP: MSF: NBCA: NCA: NME: OCDE: OMS: ONG: ONU: ORSTOM : PIB : PMA: PNB: PNUCD : PNUD: PRPL:

Fonds Monétaire International Fonds des Nations Unies pour le Contrôle des Abus de Drogue Groupement d'Intérêt Economique Gouvernement de la RDP Lao Deutsche Gesellschaft fur Technische Zusammenarbeit Homme/jour Institut National de Recherche Agricole et Forestière Institut de Recherche du Café, du Cacao et des autres Plantes Stimulantes Institut de Recherche sur le Coton et les Textiles Exotiques Institut International de la Recherche sur le Riz Agence de Coopération Internationale Japonaise Centre Japonais de Volontaires Internationaux Laurent Chazee Lao Expenditure and Consumption Survey (mars 1992 à février 1993) Lao Social Indicator Survey (mai à juillet 1993) Ministère de l'Agriculture et des Forêts Ministère de l'Agriculture, des Forêts, de l'Irrigation et des Coopératives. Méthode Accélérée de Recherche et de Planification Participative Médecins Sans Frontières Zones Nationales pour la Conservation de la Biodiversité Norvegian Church Aid Nouveau Mécanisme Economique Organisation de Coopération et de Développement Economique Organisation Mondiale de la Santé Organisation Non Gouvernementale Organisation des Nations Unies Organisation de Recherche Scientifique et Technique d'Outre Mer Produit Intérieur Brut Pays les Moins Avancés Produit National Brut Programme des Nations Unies pour le Contrôle International de la Drogue Programme des Nations Unies pour le Développement Parti Révolutionnaire du Peuple Lao

QSL: SAFD: SAFP: SCF: SID : SIP: SPC: SIRAP : SRlDP : UGB: UICN: UNESCO: UNFDAC: UNHCR: UNICEF: UTH: WC: WVL: ZOA:

Quaker Service Lao . Services de l'Agriculture et des forêts (District) Services de l'Agriculture et des Forêts (Province) Save the Children Fund Service d'Irrigation de District Service d'Irrigation Provincial Comité National du Plan Sustainable Irrigated Agriculture Project Strengthening and Restructuring of Irrigation Development Project Unité de Gros Bétail Union Internationale pour la Conservation de la Nature Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture Fonds des Nations Unies pour le Contrôle de l'Abus de Drogue Haute Commission des Nations Unies pour les Réfugiés Fonds des Nations Unies pourl'Enfant Unité de Travail Homme Warld Concern World Vision Lao PDR ZOA Refugee Care Netherlands (ZOArefugiés Hollande)

TABLE DES MATIERES

Contexte de l'étude Objectifs de l'étude Limites de l'étude et difficultés rencontrées

19 21 23

L'ENVIRONNEMENT
Chapitre I

LAOTIEN

25

SURVOL GEOGRAPHIQUE

27
30 30 32 33 35 36 40

Les ressources naturelles Le climat Géomorphologie et topographie Les sols Les ressources en eau Les ressources forestières Les ressources minérales

Chapitre II

LE PEUPLEMENT

43

La population

44 sociales
46 46 49 50

Ses caractéristiques Education Santé Nutrition

Chapitre III

RAPPEL HISTORIQUE

51

Chapitre IV

LA SITUATION ECONOMIQUE d'activités

61 61

Les secteurs

Le secteur agricole Le secteur industriel Le secteur des services

61 64 65 66 72 75 77 78 80

L'évolution économique L'aide extérieure Le contexte politique et de coopération économique Le point de vue de la Banque Asiatique de Développement La situation pour les pays de l'Indochine et pour .

le Laos en particulier

La réalité de l'interprétation du NEM dans les provinces entre 1989 et 1994

LE CADRE AGRICOLE
Chapitre V HISTOIRE AGRICOLE RECENTE

83

85 85

La période 1976-1980 : un programme de collectivisation

La période 1980-1986 : allègement du système collectiviste et réformes à l'intérieur de la structure économique socialiste 86 La période 1986-1992 : les politiques d'économie de marché La période 1992-1996 : sous le contrôle du Parti, restructuration gouvernementale administrative, juridique et un redistribution des responsabilités le développement national en système d'économie une légale et pour gérer de marché 89

95

Chapitre VI

LA STRUCTURE D'APPUI AUX SECTEURS AGRICOLE ET FORESTIER et des forêts (MAF)

99 99

Le Ministère de l'agriculture

Chapitre VII

LA SITUATION AGRICOLE

105
105 107 109 113 118 119 125

Les producteurs agricoles La force humaine et animale Les difficultés agricoles Les territoires de production Les productions agricoles principales Les productions végétales Les productions animales

LES SYSTEMES RURAUX DE PRODUCTION
Chapitre VIII METHODE D'ÉTUDE ET CRITÈRES DE DIFFÉRENCIATION DES SYSTÈMES DE PRODUCTION Méthode utilisée pour différencier les systèmes et les zones de production Les principaux critères de différenciation des systèmes de production ruraux au Laos Méthode utilisée pour les études villageoises L'approche "systémique" L'approche participative Les études de village

127

129

129 129 138 139 140 141

Chapitre IX

L'HISTOIRE AGRAIRES

RÉCENTE DES SYSTÈMES
143 143 145

Les systèmes agraires avant la présence française La présence française et américaine (1859-1974) La période collectiviste et l'assistance vietnamienne (1975 - 1979)

146

La fin de la période collectiviste économique (1980-1996)

et l'ouverture 147

Chapitre

X

LES ORGANISATIONS RURALES ET LES RELATIONS VILLAGEOISES

151 151 151 152 161 161 161 162 163 165

Les organisations rurales Le ménage L'organisation villageoise Les Les Les Les Les Les relations relations relations relations relations relations villageoises économiques politiques d'influence de production sociales

Chapitre XI

L'HABITAT ET LES TERRITOIRES PRODUCTION

DE
167 168 168 172 176 177 182

Le territoire d'habitation Le village La maison Le territoire villageois de production Cas d'un territoire de production d'une communauté d'essarteurs en montagne Cas d'un territoire de production d'une communauté de cultivateurs de plaine irriguée

Chapitre XII

LES SYSTÈMES DE PRODUCTION FAMILIAUX PRINCIPAUX EN MILIEU RURAL

185
186

La diversité des systèmes de production

Les systèmes de production basés sur la production de riz pluvial de montagne Les essarts Le principe de l'essartage Les cultures d'essartage Les techniques culturales en saison des pluies et la destination du paddy Les pratiques de saison sèche La rotation culture - pâturage Les autres activités productrices de l'essarteur Le compte d'exploitation des essarteurs Les systèmes de production basés sur la production de riz en rizière permanente Les périmètres rizicoles Les unités sociales associées aux rizières Le principe de la riziculture Les cultivars de riz Les techniques culturales en saison des pluies et la destination du paddy La riziculture de saison sèche Les autres cultures Les autres activités productrices du riziculteur de plaine Le compte d'exploitation des riziculteurs de plaine

190 195 200 204 215 231 234 235 264

268 270 278 280 283 289 332 334 341 352

Chapitre XIII LES SYSTÈMES DE PRODUCTION DU NORD LAOS Situation géographique et histoire des villages Communautés dont le système de production est basé sur les pratiques d'essartage Communautés dont le système de production est basé sur les pratiques d'essartage et la riziculture permanente en plaine Communautés dont le système de production est basé sur la riziculture permanente en plaine

357 359 359 360 362 365

.

Typologie des exploitations agricoles

Les attitudes face au développement Le développement au niveau familial Le développement communautaire La perception du développement

372 372 373 380

LES PERSPECTIVES DE DEVELOPPEMENT RURAL ET D'AIDE AU DEVELOPPEMENT RURAL
Chapitre XIV L'EVOLUTION DES SYSTÈMES DE PRODUCTION: L'INFLUENCE DOMINANTE DES POLITIQUES ECONOMIQUES L'évolution après 1986 L'évolution actuelle des systèmes de production

385

387 387 389

Chapitre XVII L'ENVIRONNEMENT POUR LE DEVELOPPEMENT DES POPULATIONS RURALES: UN PROCESSUS POLITIQUE ET ECONOMIQUE FAVORABLE, MAIS AVEC LE POIDS DE L'IMMOBILISME PASSE Les atouts pour le développement rural Les politiques de développement Les politiques économiques Le concept d'aide au développement Le dynamisme de l'économie régionale Le support de la communauté internationale La cohésion et la diversité sociales et la symbiose territoriale

393 393 393 394 395 397 398 398 399 399 400 400 400 402

Les ressources naturelles
Les traditions de cultures irriguées Les Les Les Les obstacles pour le développement rural études de base politiques de développement politiques économiques et commerciales

.

Les ressources humaines Le secteur industriel et de transformation L'accès au marché et les filières de productioncommercialisation Les territoires de production La situation socio-économique des agriculteurs Les organisations paysannes Les traditions et les croyances

403 403 403 404 404 405 405

Chapitre XVI LE POTENTIEL

DE DEVELOPPEMENT DES SYSTEMES DE PRODUCTION :LA RIZICULTURE IRRIGUEE POUR LA SECURITE ALIMENTAIRE ET LES ACTIVITES A FORTE PRODUCTIVITE POUR L' AMELIORATION DES REVENUS 407

Les secteurs de développement principaux recherchés Les rizières de plaine L'élevage Les activités non agricoles
Les autres secteurs de développement recherchés La culture maraîchère L'agroforesterie Les cultures de rente semi-industrielles et industrielles La pisciculture L'ethna-tourisme et l'éco-tourisme

408 408 408 408 409 409 409 409 410 410

CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE

411

417

CONTEXTE DE L'ETUDE

Cette publication est issue du travail de Doctorat présenté à l'Université Paris 7 - Denis Diderot le 17 octobre 1997. Elle fait suite à une recherche sur une période de 9 ans, dont 6 ans et demi au Laos. En 1988, lors de mon arrivée au Laos dans le cadre du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l'une de mes tâches fut d'assister le gouvernement, et en particulier le Ministère de l'agriculture, des forêts, de l'irrigation et des coopératives (MAFIC), à identifier et à formuler des projets de développement en milieu rural. Depuis 1986, l'ouverture économique décidée par le parti communiste et le gouvernement, offrait à priori des perspectives intéressantes pour le développement des zones rurales du Laos. Ces perspectives de développement semblaient en effet plus prometteuses que celles de l'Afrique de l'est, où j'avais travaillé trois ans et demi; le dynamisme économique de l'Asie du Sud-est renforcé par le développement de l'ASEAN, la croissance de la demande de produits agricoles liée à l'explosion démographique de la région, l'importance des ressources naturelles du Laos et l'absence de problèmes ethniques et sociaux majeurs constituaient des conditions favorables au développement et à l'intégration des communautés rurales lao dans l'économie de marché. Le développement rural entre 1975 et 1986 avait surtout été assisté par les vietnamiens et les pays du bloc de l'est. De façon à assurer la continuité du développement de type socialiste, le Vietnam et les pays de l'est avaient financé les études de nombreux étudiants et cadres laotiens. Coté vietnamien, cette assistance était liée à leur présence militaire au Laos jusqu'en 1988 et faisait suite aux relations continues politiques, idéologiques et militaires depuis la création en 1930 du parti communiste indochinois. La coopération et ces liens "spéciaux" se sont renforcés en 1945, après la signature du document de coopération Viet-Lao. Depuis 1992, les liens se sont maintenus au niveau politique et militaire et les deux pays ont entrepris de se concerter régulièrement pour discuter, comparer et évaluer les plans et les résultats socio-économiques dans le nouveau contexte d'économie de marché. L'aide Soviétique en milieu rural touchait rarement directement les villageois, mais s'opérait sous forme de subventions, de dons au gouvernement laotien, d'assistance d'urgence et de réalisation de cartes.

19

Les projets d'assistance au développement étaient éparpillés dans l'ensemble du pays, en particulier dans le sud plus accessible, sans qu'ils soient toujours complémentaires ou qu'ils correspondent à des besoins réellement prioritaires. Ce manque de cohérence était favorisé par l'absence de réelle politique agricole entre 1982 et 1991. La Banque Mondiale, la Banque Asiatique de Développement, le Programme des Nations Unies pour le Développement et les autres agences des Nations Unies (FENU, FAO, UNICEF, OMS), les bilatéraux australien, suédois (ASDI) et japonais (JICA) constituaient les principaux organismes d'assistance. Quelques organisations non gouvernementales travaillaient déjà dans le pays, en particulier Quaker Service Laos (QSL), le Comité de Coopération avec le Laos (CCL), la Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité (CID SE) et Enfants sans Frontières (ESF). En 1988, une rapide revue des programmes de développement rural existants depuis 1975 montrait en général des résultats décevants, faisant suite à des identifications et des formulations de projets peu précises, inadaptées ou basées sur des expériences extérieures, ou, au mieux, basées sur l'exemple de la plaine de Vientiane. Les faibles qualités d'identification et de formulation des projets étaient partiellement expliquées par la difficulté logistique et administrative à étudier le pays, par la barrière linguistique, par les méthodes non participatives de développement villageois et par le manque de programmes de développement concertés au niveau provincial. Les références agricoles accumulées lors de la présence française n'étaient plus accessibles dans le pays, la majorité des documents ayant été brûlée lors de l'arrivée des communistes au pouvoir. Les rares ouvrages disponibles à l'Ambassade de France n'étaient de toute façon presque jamais consultés, le développement rural après 1985 étant surtout l'affaire de pays non francophones (Australie, Suède, Japon et USA). Entre 1990 et 1995, mes activités ont principalement consisté à rechercher avec le MAF une méthodologie et des stratégies de développement rural adaptées au contexte laotien. Elles ont été élaborées à partir d'études réalisées dans différentes provinces et appliquées dans les provinces d'Oudomxay et de Luang Namtha. Le système de production constituait l'élément d'entrée clef pour le développement des communautés rurales. C'est lors de ce travail de recherche et de développement que monsieur PierreBernard Lafont m'a proposé de mettre en valeur ce travail en écrivant une thèse de doctorat.

20

OBJECTIFS DE L'ETUDE

Suite aux études que j'ai réalisées entre 1988 et 1991, il s'est rapidement avéré que le système de production était l'outille mieux approprié

pour négocier le développement avec les populations rurales. La diversité des
systèmes de production était largement expliquée par les critères ethnologiques, géomorphologiques, démographiques, par les critères d'accès au marché, puis par les divergences provinciales en matière d'application des politiques agricoles et forestières. A partir de 1993, la politique d'accès à la terre est devenu un critère essentiel d'orientation des systèmes de production. Conseiller technique d'un projet rural concerté dans le nord du Laos entre avril 1991 et avril 1995, il m'a donc été possible d'approfondir la connaissance du milieu rural laotien et de mettre en pratique un système de développement humain participatif basé sur l'amélioration des systèmes de production et un compromis dynamique entre ce qui est techniquement possible, ce qui est socialement souhaité et souhaitable, ce qui est jugé économiquement intéressant et ce qui est écologiquement acceptable. L'objectif global de ce travail est de comprendre comment et pourquoi les communautés rurales lao ont fait évoluer leurs systèmes de production en fonction des forces internes et externes qui se sont succédées entre 1975 et 1995. La thèse veut démontrer que les modifications de comportement de ces populations relatives aux systèmes de production furent et sont en grande partie guidées par l'environnement économique. C'est aussi de montrer que les chemins de développement retenus par les sociétés rurales pour y parvenir résultent d'un compromis où sont incluses des valeurs historique, géographique, sociale et politique. Enfin, en s'appuyant sur un travail de terrain, c'est aussi d'analyser dans quelle mesure les politiques, les méthodologies de développement rural et les stratégies de développement humain peuvent accélérer les processus d'intégration des agriculteurs dans l'économie nationale sans provoquer de phénomènes négatifs d'acculturation et des gestions des ressources naturelles dégradantes pour l'environnement. Ce travail est plus celui d'un développeur que celui d'un agronome. Il a été fait dans l'esprit de connaissance d'un monde rural méconnu et d'analyse des forces qui ont influencé et qui influencent encore les communautés à préserver ou à modifier leurs systèmes de production. Je ne sais pas si j'y suis parvenu, mais j'ai essayé en utilisant une approche inter-disciplinaire intégrant 21

les composantes historique, technique, économique, politique, culturelle et religieuse.

22

LIMITES DU TRA VAIL ET DIFFICULTES
Les limites principales ont été dues à :

RENCONTREES

- La faible disponibilité et fiabilité des données statistiques nationales; - La faible disponibilité d'études sur les fonctionnements institutionnels traditionnels des communautés, l'histoire agraire du Laos et les activités rurales; - La faible disponibilité de cartes récentes concernant l'utilisation du sol, la pédologie, les échanges commerciaux, la répartition ethnique et la végétation. - La moindre expérience de terrain dans les provinces du centre et du sud du pays; - L'accès à une bonne connaissance de l'histoire du Laos avant 1850. Considérant ces limites, les résultats de la recherche sont surtout basés sur les études et les observations des systèmes de production du nord du Laos, en particulier les provinces d'Oudomxay et de Luang Namtha. A titre comparatif, quelques exemples pris dans les provinces de Phongsaly, de Xieng Khouang, de Bokéo, de Louang Prabang, de Sayabury, de Vientiane, d'Attapu, de Champassak et de Xékong seront donnés. Les analyses et les conclusions se basent sur les travaux réalisés jusqu'en avril 1995. Etant donné l'évolution rapide du pays depuis cette date, j'indiquerai aussi dans la première et dans la dernière partie les facteurs qui ont influencé le secteur rural jusqu'en mai 1998. Les références à l'histoire ancienne encore peu sûres seront évitées, en dehors de quelques histoires ethniques qui peuvent expliquer les tendances et les fonctionnements des systèmes ruraux actuels. En dehors de ces limites de fond, il est important de mentionner quatre difficultés principales rencontrées lors des travaux de recherche, et que j'avais sous-estimé au départ. Tout d'abord, la difficulté de compréhension du fonctionnement de la République du Laos vient du fait que le parti décide et que le gouvernement exécute. Au niveau du terrain, il n'est pas toujours aisé de mettre en relation les directives, décrets et activités de développement issus des organes du gouvernement avec une stratégie politique souvent ignorée ou mal comprise par les autorités locales elles mêmes et par les responsables de projets de développement. Cette situation mêne à de nombreuses confusions et mauvaises interprétations qui ne facilitent pas la vérification de certaines 23

hypothèses. Le caractère Lao et les attitudes bouddhiques, quotidien, ne permettent pas de limiter ces risques.

agréables

au

La deuxième difficulté que j'ai rencontré fut d'étudier sans connaissances de base les spécificités ethniques qui pouvaient par exemple expliquer la structure d'un système de production, l'utilisation de telle technique et les conditions de validation religieuse d'un cycle agraire. Les différentes terminologies et approches employées au Laos par les ethnologues et des spécialistes en sciences humaines de différentes nationalités ne m'ont pas permis d'utiliser une terminologie rigoureuse reconnue par tous. Cette difficulté fut permanente et ne sera pas vraiment résolue tant qu'il n'existera pas de publication officielle reconnue par le gouvernement et les différents spécialistes des ethnies du Laos. La troisième difficulté qui existait surtout avant 1991 était issue d'un manque de rigueur dans les méthodes et les concepts de développement utilisés et d'un manque de vision stratégique de la part du gouvernement et des organisations de développement. Ces lacunes laissaient le champs libre aux slogans et aux modes du moment tout en rendant difficile le suivi d'une recherche et d'une approche systémiques identifiées comme les plus adaptées au contexte laotien. Progressivement, une équipe d'agronomes s'est constituée et assure aujourd'hui une consolidation de la recherche et du développement selon cette approche. Enfin la dernière difficulté importante fut liée à l'attitude bouddhique ou d'influence bouddhique de la majorité des communautés avec qui nous avons travaillé. La philosophie bouddhique basée sur le renoncement et la tolérance, laisse trés peu de place apparente à la critique, à la remise en cause des systèmes en place, à l'analyse et à la formulation de souhaits pour le futur. Cette attitude était renforcée par le fonctionnement encore trés communautaire de ces sociétés et par les limites de l'expression individuelle qui caractérisent les structures de communication de ces peuples. Il fut alors nécessaire d'adapter des outils méthodologiques de communication participative à chaque étape de la recherche et du développement de manière à promouvoir le maximum d'expression individuelle et d'analyse. Cette démarche a demandé beaucoup de temps au début, nous ne sommes toujours pas sûr qu'elle fut la plus appropriée.

24

L'ENVIRONNEMENTLAOTIEN

<

-

Chapitre I -

SURVOL GEOGRAPHIQUE

La République Démocratique Populaire Lao s'étend sur 236 800 km2 dans le bassin moyen du Mékong. Le pays s'étire sur 1 700 km du nord au sud et sa largeur est-ouest est comprise entre 100 et 400 kilomètres. Il partage environ 1 957 kilomètres de frontières à l'est avec la République du Vietnam, environ 1 730 kilomètres de frontières à l'ouest avec le Royaume de Thailande, 492 kilomètres de frontières au sud avec le Royaume du Cambodge, 416 et 230 kilomètres de frontières au nord avec la République Populaire de Chine et l'Union de Myanmar respectivement. Environ les deux tiers du pays sont montagneux, avec des altitudes variant de 200 à 2 820 mètres. La chaîne Annamitique sépare le Vietnam du Laos de la province d'Attapu à la province de Xieng Khouang. Le plateau de Xieng Khouang s'ouvre dans toutes les directions et soude la chaîne Annamitique aux trois massifs montagneux du nord; le haut Laos oriental appartenant au bassin du Song Ma et de direction nord-ouest sud-est; le haut Laos occidental traversé par le sillon Lu; le Mékong et ses affluents de direction nord-est sud-ouest; le centre du haut Laos, bassin versant de la Nam Ou de direction nord-sud. Ces reliefs montagneux ne facilitent pas la communication et le transport et ont conditionné la direction des migrations des populations. Ils permettent une diversité des écosystèmes et des climats et une production hydro-électrique à partir des rivières de montagne. Le reste est constitué de plaines entre 80 à 600 mètres d'altitude, dont les plus imposantes sont celles qui bordent la vallée du Mékong. Etroit au nord, le couloir fertile s'élargit au niveau de Vientiane et prend toute son ampleur dans la province de Savannakhet, en particulier avec les plaines de Champone, de Sonkhone et d'Outhoumphone. La vallée se resserre au niveau

27

CARTE GENERALE DU LAOS

LAO PEOPLE'S DEMOCRATIC REPUBLIC
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UNITED NATIONS

28

de la province de Champassak, avec le relèvement du socle primaire qui forme le plateau des Bolovens et les escarpements qui bordent le plateau de Korat. D'autres petites plaines de montagne permettent des cultures sédentaires, en particulier les plaines de Muong Sing, de Namtha, de Muong Xay, de Nam Tan, de Phien et de Nane. Le pays n'a pas d'accès direct à la mer, mais utilise pour son importexport les facilités que lui offre la Thailande (Bangkok) et le Vietnam (Danang et Vinh). Le réseau hydraulique important sert en majorité de bassin versant pour le fleuve Mékong, qui traverse le pays sur 1865 kilomètres. Le Mékong sert de frontière avec le Myanmar et avec la majorité du nord et de l'est de la Thailande. La majorité du Mékong et de ses affluents principaux (Nam Ou (448 km), Nam Ngum (354 km), Xebanghieng (338 km), Namtha (325 km), Xekong (320 km), Xebangphay (239 km), Nam Beng (215 km), Xedone (192 km) sont navigables. Ils apportent des alluvions dans les bas fonds fertiles et permettent de régénérer les nappes phréatiques, les lacs et les étangs naturels et artificiels utilisés pour la production électrique, la pêche, la culture et cueillette aquatiques et la pisciculture. Le réseau routier s'est bien développé depuis les 12 dernières années, passant d'environ 12 983 kilomètres, dont 1 935 kilomètres goudronnés en 1985 à 22 321 kilomètres dont environ 3 502 kilomètres goudronnés en 1996. Les transports de marchandises s'effectuent surtout par route (75% du volume), mais aussi par voie fluviale (24%). En avril 1994, le pont de l'Amitié traversant le Mékong sur 1 170 mètres à une vingtaine de kilomètres au sud de Vientiane, permettait une nette amélioration des communications et du transport entre le Laos et la Thailande. Une moyenne de 12 000 voitures utilisèrent mensuellement le pont en 1995. Le projet de pont à l'étude depuis avril 1995 a été approuvé à Champassak en mai 1997. La construction devrait être achevée en 1999. Ce nouveau réseau constitue l'infrastructure de base permettant de maximiser les bénéfices que le gouvernement attend de sa stratégie politique et économique, c'est à dire: le développement rural, l'accès aux marchés internationaux, les revenus des échanges commerciaux que lui permet sa position carrefour en Asie du Sud-est, l'investissement du secteur privé dans le pays, l'intégration des populations isolées à l'économie nationale, les programmes de réinstallation des populations d'essarteurs le long des voies de communication et le contrôle des populations dans les zones où la sécurité n'est pas encore assurée.

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La voie aérienne est très peu utilisée pour les marchandises, mais le réseau aérien national et international s'est développé pour le transport des passagers. En dehors de Phongsaly et de Xekong, les autres provinces étaient toutes desservies en 1997. Des vols depuis Vientiane permettent de joindre Hanoi, Ho Chi Minh, Phom Penh, Bangkok, Chiang Mai, Yangon, Kunming, Singapour et Kuala Lumpur. Les nouvelles destinations sont Hong Kong et Jinghong.

Les ressources

naturelles

Le climat La RDP Lao possède un climat tropical très largement influencé par un régime de mousson, plus particulièrement du sud-ouest, qui s'étend de mai à septembre-octobre, et qui apporte une pluviométrie importante, des températures relativement élevées et une forte hygrométrie. Un vent plus frais et sec de nord-est, associé au système de hautes pressions de Sibérie commence à influencer le climat dés la mi-octobre dans les régions nord, et un mois plus tard dans les régions septentrionales du pays. Ce vent crée une saison sèche très marquée qui se termine graduellement aux mois de marsavril. On distingue trois grandes régions climatiques: une région subtropicale à saisons humide et sèche, qui s'étend sur les régions montagneuses du nord et du nord-est du pays; une région tropicale de mousson qui couvre la partie centrale et sud-est; et une région tropicale à saisons humide et sèche qui s'étend, en règle générale, sur les vastes plaines alluviales le long du Mékong. La pluviométrie représente un facteur limitant pour l'agriculture, tout particulièrement en raison de sa variation saisonnière importante. Environ 80% des pluies tombent entre juin et septembre. La distribution des pluies varie fortement d'une région à l'autre. Le plateau des Bolovens, par exemple, reçoit en moyenne deux fois plus d'eau (3750 mm) que Vientiane (1 635 mm) et Savannakhet (1 510 mm). Des situations géomorphologiques particulières provoquent des microclimats qui vont du tropical sec recevant 1000 mm par an au tropical humide avec plus de 4 000 mm d'eau par an.

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TEMPERATURES

MOYENNES 1976-1994
Vientiane 0 Savannakhet C Pakse

Il Louang Prabang.

29 28 27 26

22 76 77 78 79 80 81

Source: Département de météorologie nationale, MAP, 1995.

PRECIPITATIONS
-'-LouangP,abang

MOYENNES
__Vientiane

1976 -1994
""'-Savannakhet '~Pakse

3000 2500 2000

./

1500 1000 500

o 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 Source: Département de météorologie nationale, MAP, 1995.

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En saison des pluies, de fortes pluies continues saturent régulièrement les sols, provoquant des inondations importantes comme celles historiques de 1924, 1946, 1966, 1971 et 1996. Des inondations plus localisées sont observées chaque année comme dans les vallées de la Nam Phak en 1990, Huay Lay en 1992, Nam Ou en 1994 et dans les plaines alluviales le long du Mékong entre Vientiane et Savannakhet en 1995 et 1996. A l'inverse, un retard des pluies en début de saison compromet les pépinières de riz, retarde le travail de la terre et le repiquage, alors qu'une saison sèche précoce compromet la récolte dans les terrains chauds et sableux. Le recours à l'irrigation constitue la solution la plus populaire, mais pas toujours la plus rentable, pour parer aux risques pluviométriques. L'hygrométrie ne constitue en général pas un problème, en dehors des zones nord, où elle est responsable à partir de 600 mètres d'altitude de brouillards givrants, de températures basses et de gelées entre novembre et janvier. Ces effets réduisent les possibilités de riziculture de saison sèche et de cultures légumières. Ils permettent par contre la production de fruits de zones tempérées (pommes, pêches et prunes à Xieng Khouang et Phongsaly).

Géomorphologie et topographiel Avec 30% du territoire à plus de 1 000 mètres d'altitude et avec 60% des terrains à inclinaison supérieure à 30%, le Laos dispose de peu de surfaces favorables à une agriculture et à un élevage intensifs. En zone tempérée (Europe) et tropicale (Asie, Afrique), les systèmes polyculture-élevage-forêt sont toujours d'actualité en relief montagneux. Dans certains cas, ils sont aujourd'hui associés à l'éco-tourisme. D'un point de vue purement agronomique, lorsque les sols sont suffisamment argileux et que les ressources en eau sont disponibles, la culture intensive en terrasse peut devenir intéressante, comme aux Philippines, en Malaisie et en Indonésie. La diversité des écosystèmes montagneux peut devenir un avantage matière de pluriactivité agricole. L'altitude, les orientations adret-ubac, microclimats et les différentes couches de sol favorisent une large gamme cultures par étages et un étalement des activités agricoles que le système en les de de

1 Les cartes topographiques couvrent l'ensemble du territoire national aux échelles 1/1 000 000, 1/500000, 1/200000 et 1/100000. Une partie seulement est couverte au 1/50000, 1/25000 et 1/10000. Les photographies aériennes couvrent tout le pays en 1981 et 1989 (1/30 000 et 1/60 000) et une partie seulement en 1960-73 (1/40000 et 1/50 000).

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plaine ne permet pas. Les forêts associées aux reliefs montagneux sont encore utilisées pour les cultures d'essartage et servent, par la chasse et la cueillette, de grenier alimentaire complémentaire et de survie pour les populations ethniques. Les topographies plates (5%) ou à faible inclinaison (35%) comprennent les plaines alluviales du Mékong et de ses affluents, la plaine des Jarres, le plateau des Bolovens et une série de plaines de moyennes et petites dimensions. Les plaines sont recherchées pour la riziculture, d'autant plus si les sols sont fertiles et irrigables. Les plateaux sont recherchés pour les cultures de rente et l'élevage bovin et bubalin.

Les sols En se basant sur les informations disponibles!, sur les enquêtes paysannes et sur les observations de terrain, les sols lao ont des propriétés physico-chimiques peu encourageantes pour l'agriculture. Environ 50% des sols ont une profondeur inférieure à 50 cm, ce qui limite fortement les possibilités d'enracinement des plantes et la capacité de rétention d'eau de ces sols. Les sols profonds et fertiles à meilleur potentiel se situent sur les terres hautes des Bolovens, à l'est de Savannakhet, et dans différentes plaines alluviales de piémont au nord du pays. Près de 80% de la surface montagneuse du pays est couverte par des acrisols orthiques. Les sols podzoliques rouges et jaunes et latéritiques bruns prédominent. Ils possèdent un horizon de surface de texture sabla-limoneuse à sabla-argileuse filtrante et une accumulation de l'argile en profondeur, qui peut créer une couche imperméable et des poches d'eau suspendues favorables à la riziculture, comme dans la plaine de Muong Sing. Une couche latéritique est souvent présente près de la surface. Leur faible profondeur et leur forte teneur en pierres en font des sols peu aptes pour l'agriculture. Ces sols ont été très fortement lessivés et leur PH varie entre 4,3 et 5,8. Ils possèdent de plus une capacité d'échangé limitée, une capacité de rétention d'eau peu importante,
! La couverture pédologique nationale existe au 1/5 000 000 (carte mondiale des sols FAOUNESCO). La carte pédo-morphologique du Secrétariat du Mékong au 1/1 000 000 couvre pratiquement tout le pays, en dehors de l'extrême nord-est. De nombreuses cartes ponctuelles sont également disponibles dans chaque province, en grande partie réalisées par les Sovietiques, les Vietnamiens, ADB, SIDA, le Secrétariat du Mékong, la SOGREAH, Nippon Koei et le Département des sols à Vientiane.

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une faible saturation en bases et une fertilité médiocre. Le taux de matière organique est faible et les carences en phosphore et en azote sont quasigénérales. Ces sols sont souvent utilisés de longue date pour l'agriculture, et en particulier pour la riziculture, et maintiennent malgré le manque d'intrants un rendement de faible à moyen tant que le système reste extensif. Le système extensif consiste à observer une jachère suffisamment longue en système d'essartage ou à ne produire qu'une fois par an avec des variétés peu productives en plaine. En plaine, l'eau d'irrigation, de ruissellement ou de submersion, si elle est bien contrôlée, fertilise régulièrement la couche arable par apport de minéraux en suspension. L'intensification en plaine par l'apport d'intrants, par un système de rotation des cultures, par l'application de techniques culturales adaptées et par l'irrigation, est possible et conseillée dans les zones à forte croissance démographique. Elle doit alors s'accompagner d'un renforcement des mesures communautaires de protection des bassins versants, de gestion des terroirs et de distribution de l'eau. Le plateau des Bolovens reste depuis les années 1920 la seule zone agricole à vocation de rentel. L'intérêt pour cette région résulte de la qualité de ses sols, mais aussi de son climat et de son accès. Le plateau comporte environ 289 000 ha de nitrosols dystriques, dérivés en grande partie de roches basaltiques ayant recouvert des shistes et des grès datant du trias. Les terres rouges profondes et bien drainées occupent surtout la partie centrale du plateau. Leur forte acidité limite la teneur en bases échangeables et le potentiel agronomique. Les terres de type brun-noir se situent surtout sur le pourtour du plateau et sont moins profondes. Elles possèdent un horizon de surface bien structuré de texture argilo-limoneuse et une accumulation d'argile en profondeur. Ces sols sont modérément acides (PH 5,0 à 6,3), ont des bonnes capacités de rétention hydrique et d'échange cationique, et ont bénéficié d'une saturation en bases légèrement inférieure à 50%. Ces sols sont utilisés pour les cultures de rente, en particulier pour le café, le thé et la cardamome, et plus récemment pour la noix de cajou et le ricin. On retrouve des sols fertiles de ce type dans la province de Xieng Khouang (plaine de Kham), dans la province de Phongsaly (plaines de
l Le sud de la province de Sayabury est aussi une zone agricole à vocation de rente (coton, maYs, arachide, tamarin, et.) grâce à ses sols fertiles et à sa proximité près des marchés agro-industriels thai. Cette zone est généralement considérée comme un modèle de développement agroéconomique par les autorités laotiennes.

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Bountai et de Bounneua), dans la province d'Oudomxay (district de Namo). Ces sols irrigués assurent des rendements en riz de 4 à 7 tonnes. Les agriculteurs des districts de Namtha, de Bountay, de Bounneua et de Namo, conscients du potentiel, n'hésitent pas à utiliser des variétés améliorées et même des variétés hybrides. chinoises. Les plaines alluviales du Mékong et de ses affluents entre Vientiane et le sud du pays sont les plus largement cultivées. Selon la classification des sols de la FAO-UNESCO (1974), il s'agit surtout d'acrisols gleyiques et de gleysols eutriques. Les sols des terrasses alluviales et des terrains avoisinants sont des acrisols ferriques et des cambisols ferriques. Les acrisols ferriques sont essentiellement des sols de pauvre fertilité et possèdent un potentiel agricole peu encourageant.

Les ressources

en eau

L'eau constitue certainement la ressource naturelle1 la plus importante du pays. Elle permet non seulement l'irrigation naturelle, gravitaire et par pompage et la production hydro-électrique, mais aussi le transport, la pêche et le tourisme (Mékong, lac de la Nam Ngum, rivière Xeset). La production hydro-électrique constitue la ressource sur laquelle le pays a décidé d'assurer ses recettes d'état et de financer ses programmes de développement socioéconomique2. Son développement est freiné par la faiblesse du budget national et par les conditions dont sont assortis les prêts des banques internationales. Les possibilités d'irrigation se sont bien développées depuis ces 15 dernières années (1980-1996), grâce à la construction et à la réhabilitation d'environ 538 systèmes permanents gravitaires par diversion et par réservoir dans le nord et centre du pays et de 109 systèmes par pompage dans le centre du pays. Ces réseaux permanents d'irrigation permettent 75 000 hectares de
L'ancien Comité interimaire du Mékong basé à Bangkok, représenté par la Thailande, le Vietnam ct le Laos, s'est chargé pendant de nombreuses années de l'utilisation rationnelle des eaux du Mékong et de ses affluents. De nombreuses études hydrauliques, géotechniques, géologiques, météorologiques, environnementales et de faisabilité technico-socio-économiques ont été exécutées ou coordonnées par ce Comité. En avril 1995, le Comité interimaire a été transformé, avec le retour du Cambodge au sein de ce Comité, en Commission du Mékong. La ~résidence en a été confiée au Laos pour un an à partir de juillet 1996. "First public consultations on Nam Teun 2 open in Vientiane" - p.l, 12-14,Vientiane Times,
Vol.4, Number 9,29 janvier

]

- I février

1997.

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culture irriguée en saison des pluies, et 24 000 hectares en saison sèche. Les milliers de structures traditionnelles de déviation dans le nord et le centre nord du pays permettent d'irriguer 2 300 petits périmètres sur environ 58 000 hectares en saison des pluies, et 8 800 hectares en saison sèche. En 1995, la capacité nationale d'irrigation s'élevait à 128 000 hectares en saison des pluies, et à 25 000 hectares en saison sèche. Jusqu'en 1995, les ressources en eau ont aussi permis l'installation de quatre stations hydro-électriques en fonctionnement (Nam Ngum 1, Xe set, Selabam et Nam Dong) et la programmation d'un certain nombre de projets à l'horizon de l'an 2000. En 1994, les 200 MW produits, représentant environ 5% du potentiel hydro-électrique national, sont exportés à 90% en Thailande. Les lois sur l'eau et les ressources en eau en préparation depuis 1992 ont été adoptées par l'Assemblée Nationale lors de la neuvième session en octobre 1996. Elles sont appliquées depuis mars 1997.

Les ressources forestières

En 1940, la forêt du Laos était estimée à 16 millions d'hectares, ce qui représentait 70% de la surface nationale. COUVERTURE FORESTIERE Surfaces Surface nationale Forêt (+ 20% de couverture végétale) - Pourcentage surface Forêt haute densité (+40% couverture végétale et diamètre troncs dominants> 30cm - Pourcentage surface nationale - Pourcentage de l'ensemble forêt Région nord 9821 3563 36,3 EN 1989 (xl 000 ha) Région centre 7229 3739 51,7 Région sud 6630 3866 58,3 Total 23 680 Il 168 47,2

801 8,2 22,5

2178 30,1 58,3

I 548 23,3 40,0

4527 19,1 40,5

Source: Département des Forêts, MAP, 1992 Nord: Bokéo, Houaphanh, Luang Namtha, Oudomxay, Louang Prabang, Xieng Khouang, Sayabury, Phongsaly Centre: Bolikhamxay, Khammouane, Vientiane (province et préfecture) Sud: Attapu, Champassak, Saravane, Savannakhet et Xekong

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Après la période d'étude et d'interprétation satellite financée par l'aide suédoise entre 1987 et 1992, le MAF estimait en 1995 que la forêt recouvrait 47% des surfaces du pays, avec seulement 2 millions de forêts dense à valeur commerciale, dont 1,2 million d'hectares accessibles à la coupe et au transport. L'étude de reconnaissance nationale organisée en 1982 permettait d'estimer la couverture forestière à 11,6 millions d'hectares, soit 49% du territoire national. La forêt est le domaine d'environ 300 000 familles1 d'essarteurs, qui en tirent leur nourriture et leurs revenus. Environ 380 000 hectares de forêt sont utilisés chaque année en système de défriche-brûlis (rây) pour la culture de riz, de maïs, de manioc, de coton, de tabac, de pavot et de légumes. Avec une jachère moyenne de cinq ans et demi et des feux de brousse fréquents, on estime qu'environ 2 300 000 hectares de forêt sont brûlés sur l'ensemble du cycle, ce qui représente 9,7% du territoire national, soit 20,6% de la forêt. Environ 80% de la consommation d'énergie domestique est basée sur le bois, qui au niveau villageois provient le plus souvent des territoires d'essartage. Pour l'usage urbain, il provient de forêts naturelles ou artificielles (bûches ou charbon de bois). Les villageois tirent également bénéfice de la forêt par les activités de cueillette, par la collecte des sous-produits forestiers, par la chasse et le piégeage2. Le gouvernement, dans ses objectifs du deuxième plan quinquennal, prévoyait une réduction de 30% des surfaces vouées à l'essartage. Une directive en a fixé les objectifs à 5 millions d'hectares en forêts de production, 9,5 millions d'hectares en forêts protégées et 2,5 millions d'hectares en forêts conservées.
1 Environ 220 000 familles (1,3 million de personnes) d'après Petsavong Boupha Shifting cultivation extermination program up to year 2000 through permanent occupations in Lao PDR - Octobre 1995. Vientiane, 14 p. 2 Parmi les principaux sous-produits forestiers de rente, on note le bambou, le rotin, la cardamome, le benjoin, la laque, les écorces, les noix, les épices, le miel et la cire. Les sousproduits animaux les plus recherchés pour la pharmacie chinoise et traditionnelle et pour les collectionneurs sont les écailles de pangolin, le foie de loris, d'ours et de gaur, les os, les griffes et les cranes de félin, les trophés de bovidés et de cervidés, l'ivoire d'éléphant, les plumes de paon et les geckos. La vente d'animaux vivants via la Thailande (Natural History Bulletin o/the
Siam Society, Vo140, 1992

-

- Wildlife

Trade in Lao PDR and between Lao PDR and Thailand,

pp. 3-47) est de plus en plus controlée, mais elle fut l'objet d'un sérieux commerce entre 1990 et 1993. Les actions pour la protection des animaux ont été prises en décembre 1986 (décret ministériel 185/CCM), en octobre 1989 (décrets ministériels 47/CCM et II8/CCM), en mars
1993 (instructions du MAF) et en septembre
1996 (réglements

de protection

du MAF).

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Un document de politique et gestion nationale forestière (Tropical Forest Action Plan) financé par les différentes banques et le PNUD a été approuvé en 1991, à la suite de la première Conférence nationale sur la forêt, tenue en 1989. Il permet, entre autre de fixer les quotas de coupe, calculés à 280 000 mètres cube par an pour l'ensemble du pays. Des réglements et des décrets forestiers} ont été régulièrement élaborés depuis 1979. Suite aux abus de coupes et d'exportations, le gouvernement a pris des mesures en 1991 et 1992 (décret No 67 du Premier ministre), parmi lesquelles l'interdiction de coupes et d'exportation de bois brut sans son autorisation, la suppression de scieries, l'interdiction d'importer des tronçonneuses, la mise en place de quotas de coupe par province et de quotas d'exportation favorisant le bois transformé. Le MAF a ensuite publié différents décrets2 visant à renforcer le contrôle forestier, et à favoriser la reforestation3. Il a fallu attendre le 30 octobre 1996 pour que le Ministère de la justice adopte la loi forestière qui était en préparation depuis trois ans. L'application de cette loi est assistée depuis novembre 1996, par le PNUD et la Nouvelle Zélande. La forêt renferme une large variété de bois commercialisables. Il existait environ 106 petites et moyennes scieries au Laos en 1993, une entreprise de contreplaqué, une entreprise de parquet (privée depuis 1993) et différentes entreprises de menuiserie. Les bois durs de la famille des Dipterocarpacées et le bois de rose des genres Pterocarpus (mai doo),
I Règlement 74/CCM sur la protection de la forêt; instructions 24/CCM pour la sauvegarde de la forêt, des animaux sauvages inclus les animaux aquatiques; décret Ol/CCM sur la protection de certaines essences de bois; décret 185/CCM sur l'interdiction de la commercialisation de la faune; décret 147/CCM sur les taxes; décret 117/PCM sur la gestion et l'utilisation des forêts et des territoires forestiers; décret 118/PCM sur la gestion et la protection des animaux sauvages, inclus les animaux aquatiques; code pénal; loi forestière; 2 lA No 728, 730, 698. 3 L'aide bilatérale suédoise (ASDI) assiste le développement du secteur forestier depuis 1979 et a mis en place un programme de coopération forestière Laos-Suède. La BAD s'est engagée, dans Je cadre du projet d'industrie forestière (troisième projet de développement forestier), dans un crédit de I J,2 millions de dollars et dans 2 millions d'assistance technique. UICN travaille depuis 1989 avec le MAP sur les inventaires forestiers et sur les sélections de zones de protection. En 1995, 18 zones de protection totalisant 2,5 millions d'hectares ont été sélectionnnées. En octobre J996, le gouvernement laotien a accepté la représentation de l'UICN et le mémorandum fut signé à Montréal lors du congrès de la conservation mondiale qui se tient une fois tous les trois ans. C'est depuis 1990 que les projets de reforestation se sont développés, en particulier avec l'eucalyptus et le tek. La BAD a prévu 10 millions de dollars pour la plantation de 6 millions d'hectares de bois à croissance rapide entre 1994 et 2000. La société lao-suédoise Burapha Agro-Forestry Co Ltd a lancé à la même période des projets d'agroforesterie avec gestion villageoise.

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Dalbergia (mai khanyung), Smaecygaris (mai long leng) et Afzelia (mai tae) sont les plus précieux. Les conifères et en particulier les pins se trouvent en faible quantité dans les régions nord, en particulier à Xieng Khouang, Houaphanh et Phongsaly. Les forêts naturelles de Tek (mai sak) se situent dans les districts de Phieng et de Pakhlay dans la province de Sayabury. C'est à partir de 1991 que l'on se fixa comme objectif l'éradication totale de la pratique de défriche-brûlis pour l'an 2000. Cet objectif irréaliste avait pour but de faire réagir les essarteurs. Il était motivé entre 1975 et 1991 par des raisons de politique et de sécurité nationale. Entre 1992 et 1993, suite au sommet de Rio, on justifia la sédentarisation des essarteurs par la nécessité de protéger la forêt. Pour accélérer le processus, on entrepris à partir de 1993 un programme de distribution de terres et de réinstallation de villages dans le contexte d'une approche territoriale de développement. Ce programme démarré de manière pilote dans la province de Sayabury pris toute son ampleur à partir de 1995 dans l'ensemble des provinces. Ce programme est particulièrement important dans les zones focales de développement. Il est supervisé par différents comités créés sous le bureau du Premier Ministre. La réalisation de ce plan dépend largement du financement extérieur, qui est pour l'instant concentré dans le bassin de la Nam Ngum. Ce plan est en grande partie éxécuté par le département des forêts. A Luang Prabang, le programme est exécuté par un projet de micro-projets financé par la Commission Européenne. Un Plan National de Développement Rural en préparation depuis 1995 a été approuvé début 1998. Il devrait d'une part permettre une meilleure coordination entre le gouvernement et le parti central et les bureaux provinciaux en matière de développement rural, et d'autre part une meilleure mobilisation des financements internationaux. Certaines organisations internationales n'ont pour l'instant pas répondu positivement au programme du gouvernement car elles ne sont ni certaines que les mesures de réinstallation de populations montagnardes qu'il comporte aillent dans le sens de l'assistance aux minorités ethniques, ni qu'elles participent à la réduction de la pauvreté. Les propositions de développement par zone focale devraient donc être renégociées avec une approche plus participative et suivant un système de planification des activités intégrant une coordination verticale et horizontale. Ce Plan National de Développement Rural est en ligne avec le Plan National de Développement Socio-économique. Il devrait être coordonné avec un Plan National contre la Pauvreté, dont l'ébauche a été préparée en 1997.

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Depuis 1989, suite à la première conférence nationale sur la forêt et l'application des directives du "Tropical Forestry Action Plan", le département des forêts ne cesse de prendre de l'importance. Les programmes d'activités de ce département semblent se renforcer depuis la nouvelle loi forestière passée en novembre 1996. Il a maintenant la charge d'identifier les unités territoriales de développement par bassin versant, de réaliser les études et d'organiser la protection des zones de conservation de la biodiversité nationale (NB CA), de préparer les plans d'aménagement et de protection des forêts, de classer en fonction de différents critères les zones agricoles, les zones protégées et les zones de réserve. Il intervient aussi, avec l'aide de l'ASDI, dans la distribution des terres aux paysans et dans la réinstallation des essarteurs. Toutes ces actions sont pour l'instant orientées vers les zones montagneuses. Depuis 1988, le gouvernement assisté par VICN et les suédois, a sélectionné différentes zones totalement protégées (NBCA) couvrant environ 10% du pays. Depuis 1995, diverses organisations (FAO, UNESCO; CE, Suède, Hollande, Australie, etc.) reprennent ce concept dans leur projet de développement rural. Le découpage d'unités géomorphologiques de développement par bassin versant (protection du sol et des forêts) a été appliqué sur le terrain depuis 1996. Cette stratégie de développement concerne Sayabury (ASDI), le haut bassin versant de la Nam Ngum (BAD, GTZ, JICA, CVSO), Oudomxay (FENU) et Louang Prabang (CE). En 1997, presque toutes les provinces étaient touchées par ce programme.

Les ressources minérales

Le Département de géologie et des mines établi en 1975 assiste le Gouvernement pour préparer les études géologiques et minières, pour évaluer les propositions d'investissement dans le secteur minier, pour négocier les contrats avec les entreprises publiques et privées et pour faire respecter les mesures de protection de l'environnement et de sécurité liées au secteur mImer. Le Laos dispose de nombreux minéraux (479 gisements ont été identifiés en 1993). Parmi les minéraux métalliques présents au Laos (minerai de fer, manganèse, chromite, molybdène, antimoine, étain, cuivre, plomb, zinc, argent, mercure, arsenic, tungstène et or) seuls l'or et l'étain sont actuellement exploités. Tous les minéraux non métal1iques présents au Laos (calcaire, 40

argile, granite, sable et gypse) sont utilisés pour la construction. La cimenterie de Vang Vieng opérationnelle depuis 1994 produisait 250 tonnes par jour en 1995, alors que la compagnie Lao Gypsum Mining à Dong Hène (province de Savannakhet) extrait du gypse pour le Vietnam depuis 1980. L'exploration de l'antimoine a démarré en 1992 à Oudomxay avec une société du Yunnan, qui a comme objectif de l'exploiter et de le commercialiser. Parmi les minéraux chimiques connus au Laos (barite, pyrite, sel de sodium, potasse, phosphate), seul le sel géothermique ou d'évaporation est collecté. Les minéraux siliceux et quartziques ont été observés au nord de Vientiane mais ne sont pas exploités. Parmi les pierres précieuses et semi-précieuses connues au Laos (saphir, rubis, aquamarine et améthyste), seul le saphir de Houey Xay est extrait depuis quelques années. L'amethyste est maintenant prospectée à Champassak. Parmi les composés organiques fossiles, seules la houille, dont le gisement est évalué à 300 millions de tonnes (Xayabury, Vientiane, Xekong, Saravane) et la lignite (Vieng Poukha, province de Luang Namtha) sont exploitées ou exploitables. La prospection pétrolière, démarrée en 1989 dans le centre du pays, est maintenant étendue au sud et au nord. Le premier forage a été réalisé en décembre 1996 dans la province de Champassak. En dehors du calcaire, du sable, du gravier, des pierres pour la construction, de l'argile, du sel de sodium et de l'or, les autres minéraux ne sont pas exploités de manière significative au niveau familial. La chaux est produite pour la construction dans les zones calcaires, et pour la production de papiers à base de bambou dans le nord du Laos. Le sable et le gravier sont collectés en saison sèche par de nombreuses familles sur les berges des rivières et vendus aux sociétés locales de construction. La pierre pour la construction est préparée ou collectée dans les sols rocheux et dans les zones rocheuses. L'argile est surtout utilisé pour la fabrication artisanale de briques, mais aussi pour le torchis des maisons de montagne et pour la confection de fours domestiques. Le sel de sodium de dépôt, d'origine géothermique ou d'évaporation, est collecté par de nombreuses familles. Les zones les plus connues se situent dans les provinces de Vientiane (Ban Keun et Ban Bo dans le district de Thoulakhom), de Savannakhet (Kengkok), d'Oudomxay (Districts de La et de Namo) et de Louang Namtha (Boten). De nombreuses

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familles paysannes habitant à proximité de rivières orifères (Mékong, Nam Ou, Nam Met, Nam Xuang, Nam Phak, Nam Xekong, Nam Xe Kaman) se transforment en orpailleurs entre décembre et avril, lorsque le niveau d'eau est suffisamment bas. Les zones orifères totalisent environ 35 000 kilomètres carrés.

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Chapitre II
LE PEUPLEMENT

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Le peuplement du Laos, d'après le recensement de mars 1995, est officiellement de 4 581 258 habitants, ce qui correspond à une densité moyenne de 19,4 habitants au kilomètre carré, la plus faible de l'Asie du Sudest. L'accroissement démographique annuel moyen des 10 dernières années est de 2,4%. Le recensement organisé en mars 1995 par le Département des statistiques, du plan et de la coopération renseigne aussi sur les conditions de vie, de santé, de nutrition, d'éducation et de production. Il faut noter que depuis 1993, l'accroissement démographique est non seulement naturel, mais provient également du retour de réfugiés et de familles rapatriées. Une importante partie de la communauté laotienne vit cependant encore à l'étranger. En 1995, la municipalité de Vientiane détenait avec une population de 528 109 personnes, une densité de 135 habitants/km2, la plus forte du pays. Les provinces de Xekong et d'Attapu ont la densité moyenne la plus faible (8 habitants/km2), ce qui se traduit par des densités de 2 à 5 habitants par km2 en zone rurale. La province de Savannakhet détient, avec 671 581 personnes, la population la plus forte au sud, celle de Louang Prabang détient la plus forte au nord avec 365 333 personnes. Le nombre total de ménages s'élève à 685 230, ce qui donne une composition moyenne de 6,7 personnes par ménage. En se basant sur l'étude 1993 du LECS, 46,1% de la population lao vit dans la pauvretél. Environ 23,9% des citadins et 53,0% des ruraux se situent dans la catégorie des pauvres. Ces chiffres ne tiennent pas compte de la valeur des produits de la ferme, de la cueillette et de la chasse, ainsi que de la
1 Selon les critères proposés par la Banque Mondiale. Basé sur le revenu limite de pauvreté de Il 472 kips/personne et par mois.

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