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Femmes providentielles, enfants et parents à charge

246 pages
La progression de l'activité professionnelle féminine pose la question des soins aux enfants et aux personnes âgées dépendantes. Comment doivent se répartir les rôles et les responsabilités de l'État, de la famille, du marché du travail ? Quels processus politiques, institutionnels et culturels participent de la construction de ces modèles d'État-providence et notamment de la prise en charge des enfants et des personnes âgées ? L'intervention de ces différents acteurs est un élément structurant du statut des femmes sur le marché du travail. Au sommaire également : Où en est la bataille de la contraception ? Le plein emploi : avec ou sans les femmes ? etc…
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TRAVAIL, GENRE ET SOCIETES
L a r e v u e d u M a g e

Fe m m es providentielles, enfants et parents à charge

6/2001

L’Harmattan 5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris - France

L’Harmattan Inc 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9

TRAVAIL, GENRE ET SOCIETES
L a r e v u e d u M a g e

Directrice de la Revue : Margaret Maruani Directrice de la Rédaction : Chantal Rogerat Secrétaire de Rédaction : Anne Forssell Comité de Rédaction : Philippe Alonzo (sociologue, Université de Nantes) Tania Angeloff (sociologue, Université Paris-Dauphine) Marlaine Cacouault (sociologue, Université Paris V) Delphine Gardey (historienne, CRHST-CNRS/Cité des Sciences et de l’Industrie) Jacqueline Laufer (sociologue, Groupe HEC) Margaret Maruani (sociologue CSU-CNRS) Monique Meron (statisticienne, INSEE/INED) Chantal Rogerat (sociologue, CNRS) Rachel Silvera (économiste, Set/Matisse-Université Paris I et ISERES) Comité de Lecture : Marzio Barbagli (Italie), Christian Baudelot, Alain Chenu, Anne Cova (Portugal), Anne-Marie Daune-Richard, Cécile Dauphin, Marie Duru-Bellat, Annie Fouquet, Geneviève Fraisse, Annie Gauvin, Madeleine Guilbert, Helena Hirata, Marie-Claude Hurtig, Jane Jenson (Canada), Annie Junter-Loiseau, Danièle Kergoat, Beate Krais (Allemagne), Michel Lallement, Marie-Thérèse Lanquetin, Catherine Marry, Danièle Meulders (Belgique), Janine Mossuz-Lavau, Catherine Omnès, Michelle Perrot, Inga Persson (Suède), Carlos Prieto (Espagne), Jill Rubery (Royaume-Uni), Carola Sachse (Allemagne), Sylvie Schweitzer, Olivier Schwartz, Catherine Sofer, Teresa Torns (Espagne), Michel Verret, Eliane Vogel-Polsky (Belgique). Couverture : Maxime Apostolo Maquette : Anne Forssell
Note aux auteurs et bulletin d’abonnement en dernières pages de numéro.

Revue semestrielle publiée avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique et du Centre National du Livre © L’Harmattan, 2001 ISBN : 2-7475-1124-3 ISSN : 1294-6303 2
s Travail, Genre et Sociétés n° 2 - Novembre 1999

SOMMAIRE

5 PARCOURS La bataille de la contraception entretien avec Lucien Neuwirth propos recueillis par Jacqueline Laufer et Chantal Rogerat

17 DOSSIER Femmes providentielles, enfants et parents à charge 19 Le travail centré sur autrui et sa conceptualisation en Europe Marie-Thérèse Letablier 43 D’un régime de citoyenneté à un autre : la rémunération des soins Jane Jenson 59 Politique sociale et maternité : le cas de l’Allemagne à l’Est et à l’Ouest Ute Gerhard 83 Les politiques de prise en charge des personnes âgées dépendantes Claude Martin 105 La politique d’accueil de la petite enfance en France : ombres et lumières Jeanne Fagnani

121 MUTATIONS 123 Genre et économie : des rendez-vous manqués Rachel Silvera 145 Les emplois d’exécution dans les télécommunications : comparaisons France-Allemagne Isabel Georges

167 CONTROVERSES Le plein emploi : avec ou sans les femmes ? Le rapport de Jean Pisani-Ferry Lu par Pierre Concialdi, Annie Gauvin, Danièle Guillemot, Margaret Maruani, François Michon. Réponse de Jean Pisani-Ferry

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219 CRITIQUES Comptes rendus de lecture : Prête-moi ta plume ... de Cécile Dauphin par Françoise Battagliola Le temps partiel : un marché de dupes ? de Tania Angeloff par Francine Muel-Dreyfus Marchandes dakaroises entre maison et marché. Approche anthropologique de Mireille Lecarme-Frassy par Michèle Ferrand 229 AUTEURS

235 OUVRAGES REÇUS

237 THÈSES

239 RÉSUMÉS 243 SUMMARIES 247 ZUSAMMENFASSUNGEN 251 RESUMENES

255 COUPON D’ABONNEMENT ET CONSIGNES AUX AUTEURS

4 s Travail, Genre et Sociétés n°

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PARCOURS

LUCIEN NEUWIRTH, LA BATAILLE DE LA CONTRACEPTION
ENTRETIEN AVEC JACQUELINE LAUFER ET CHANTAL ROGERAT

C

e fut Lucien Neuwirth qui, au début des années soixante, mit en évidence sur la scène politique la nécessité d’une loi sur la contraception. Parlementaire, il la fit voter. Non sans mal, nous le verrons. Il se fera même traiter de “malfaiteur public” par un membre éminent du Sénat. Il aura fallu quarante années pour ébranler la loi de 1920 qui réprimait avec sévérité contraception et avortement. Pourtant, des féministes et des associations laïques, puis des médecins franc-maçons s’étaient battus dès 1930. Sans succès, il est vrai. Après la Seconde Guerre mondiale, le combat reprit avec l’aide éminente du Docteur Lagroua Weill-Hallé. Il faudra cependant attendre 1969, Lucien Neuwirth parlera alors de “sabotage délibéré”, pour que les deux premiers décrets de la loi votée en 1967 soient publiés, l’un sur la fabrication, l’importation et la vente des contraceptifs, l’autre sur les modalités de leur délivrance aux patientes. Et ce n’est qu’en 1972 que les derniers décrets paraîtront, ouvrant la décennie de la lutte pour la légalisation de l’avortement. “Trop nombreux sont ceux qui pensent encore comme des hommes du XXème siècle, alors que nous venons d’être projetés dans le XXIème” écrira Lucien Neuwirth dix ans plus tard. La contraception tant en pratique qu’en droit est-elle aujourd’hui véritablement reconnue ? Il y a toujours débat. La bataille continue. Jacqueline Laufer et Chantal Rogerat
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Parcours

Chantal Rogerat : Vous avez déposé une proposition de loi le 18 mai 1966 sur la contraception. Pourquoi vous ? Pourquoi une telle proposition ? Lucien Neuwirth : C’est mon anniversaire le 18 mai, c’était symbolique. CHR : C’était symbolique … LN : J’ai la chance d’avoir eu des parents exceptionnels, surtout une mère, j’ai été élevé par ma mère et ma marraine, c’était deux femmes exceptionnelles. D’ailleurs j’avais pris l’habitude depuis que j’étais petit, le jour de mon anniversaire j’apportais des fleurs à ma mère parce que je considérais qu’elle m’avait mis au monde et que c’était sa fête à elle aussi. Pour moi, c’était symbolique, dans la lignée de la Maternité Heureuse 1 : avoir un enfant quand on voulait, quand on pouvait surtout, c’était une chance de donner naissance à un enfant heureux et c’était l’objectif de ma loi : avoir des enfants quand on voulait les avoir. CHR : vous avez milité pour une maternité heureuse dès le début ? LN : Oui, j’avais connu Madame Lagroua Weill-Hallé, j’avais cela en tête depuis longtemps. J’étais dans les Forces Françaises Libres à 17 ans, j’ai traversé l’Espagne, je suis allé à Gibraltar, puis en Angleterre. Mais en Angleterre, quand je suis arrivé, c’était les balbutiements de la contraception. Les femmes avaient à l’époque la Gynomine, des comprimés effervescents. J’avais 17 ans, c’est l’âge des premiers émois, mes camarades qui étaient mariés et avaient des enfants, ne décoléraient pas, ils disaient “mais enfin c’est formidable pourquoi on n’a pas ça en France ?”. Ensuite je suis allé travailler aux Etats-Unis tout de suite après la guerre, j’ai découvert la contraception. Je suis rentré en France en 1947, donc assez tôt. Là j’ai été élu adjoint au maire de Saint-Etienne, le plus jeune de France, j’avais 23 ans. Le maire de l’époque était un ancien déporté, Monsieur de Fraissinette, il m’avait confié ce qu’on appellerait aujourd’hui les Affaires sociales. Je m’occupais de l’assistance judiciaire. J’assistais auprès des huissiers à ce qu’on appelle la commission des divorces, des gens à qui on donnait l’assistance judiciaire (la ville y participait). J’ai vite découvert que l’enfant non désiré était l’une des causes de séparation, ou de divorce. Je me souviens surtout, pourtant il y a déjà plus de 50 ans, d’un jour où une femme m’a dit : “Vous comprenez, moi j’en ai assez, chaque fois que mon mari rentre saoûl, il me fait un gosse”. Ça m’avait frappé. Comme j’étais aussi vice-président des HLM, on a construit à Saint-Etienne le premier groupe industrialisé, ce qu’on
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Fondée en mars 1956 par le docteur Lagroua Weill-Hallé, la Maternité Heureuse deviendra en 1960 le Mouvement Français du Planning Familial. Ses débuts furent marqués par une intense activité d’information sur les méthodes contraceptives et l’organisation de débats dont l’essentiel était de mobiliser l’opinion afin d’obtenir la révision de la loi de

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Entretien avec Lucien Neuwirth

appelle industrialisé de HLM. J’ai reçu la visite un jour d’une femme enceinte, qui me dit : “oui, monsieur l’adjoint, je viens vous voir parce que j’ai deux petits, et vous voyez je vais avoir le troisième et je vis dans deux pièces, alors il me faut un appartement”. Moi, spontanément je lui dis “vous auriez mieux fait de demander d’abord l’appartement avant de commander le troisième”. “Ah ben vous êtes bien malin, ça, ah si vous avez des recettes, vous me les donnez, hein”. Et en moi-même je me suis dit “tiens, qu’est-ce que c’est que ça ?”. La semaine suivante, au palais de justice, je l’ai dit à l’assistante sociale et je lui ai demandé : “la contraception, ça n’existe pas dans ce pays, chez nous ?”. Elle me dit : “vous ne connaissez pas la loi de 1920 ?”, “non je ne connais pas la loi de 1920”. Elle me dit “écoutez, demandez à votre maire, il est avocat, il vous expliquera”. En rentrant à la mairie je dis à Monsieur de Fraissinette : “qu’est-ce que cette loi de 1920 ?”. Alors il m’a expliqué que c’était une loi qui faisait l’amalgame entre la contraception et l’avortement, mais surtout qu’on n’avait pas le droit d’en parler, que c’était défendu. CHR : La propagande anti-conceptionnelle réprimée et l’avortement sanctionné … LN : c’était l’amalgame, et je lui dis “mais ça ne tient pas debout cette histoire-là, ils sont fous, qu’est-ce que ça veut dire ?”. Monsieur de Fraissinette me dit : “écoute Lucien je vais te dire quelque chose, celui qui changera la loi de 1920 il n’est pas encore né”. J’ai gardé ça dans ma tête, j’étais jeune et on constituait une petite équipe de jeunes. Parmi eux, il y avait une petite jeune fille de Firminy, qui était gentille comme tout ; elle s’est retrouvée enceinte, ses parents l’ont mise à la porte. A cette époque-là, c’était courant. Elle s’est suicidée. Alors pour nous ça a été une révolution, c’était monstrueux. Quand j’ai été élu député en 1958, je suis tout de suite entré en contact avec Madame Lagroua Weill-Hallé et sa petite équipe. Il y avait une équipe de Maternité Heureuse qui est devenue ensuite le Planning Familial, et surtout j’ai été présenté à Pierre Simon, médecin qui présidait le collège médical du Planning familial, qui avait pour but d’apprendre aux médecins ce qu’était la contraception, comment ça fonctionnait. Il leur faisait les cours qu’on ne leur faisait pas quand ils préparaient leur diplôme de médecin. Et donc j’ai connu cette équipe, Jean Cohen, Pierre Simon, les trois prix Nobel sont venus, et puis j’ai préparé ma proposition de loi. Mais il y avait un problème. Jacqueline Laufer : A quel moment avez-vous commencé à la
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Parcours

préparer cette proposition de loi ? LN : La première ébauche c’était en 1964, et puis je l’ai redéposée en 1965. En 65 il y a eu la dissolution, alors tout ce qui avait été déposé devenait caduque, donc j’ai recommencé en 1966. Mais un beau jour, j’ai été à un déjeuner privé à l’Elysée, le Général De Gaulle m’a dit : “dites-donc Neuwirth, je crois que vous vouliez me parler de votre affaire”. Alors j’ai demandé une audience, il m’a reçu, c’était un vendredi, on avait bien préparé le dossier avec Pierre Simon d’ailleurs pour pouvoir bien répondre aux objections que je pouvais recevoir, et j’ai plaidé mon dossier. Le général était silencieux, avec ses grandes jambes sous le bureau qui se pliaient et se dépliaient, c’est difficile quand vous n’êtes pas relancé, alors j’ai essayé vraiment de suivre mon dossier et comme je n’avais plus rien à dire, j’ai conclu : “écoutez, mon général, j’ai une idée, à la Libération on a donné le droit de vote aux femmes, elles l’avaient bien gagné dans la Résistance, vous avez bien fait, elles l’avaient mérité. Maintenant, les temps sont venus de leur donner le droit de maîtriser leur fécondité parce que c’est leur fécondité”. Silence. Le Général dit “vous avez raison, transmettre la vie c’est important, il faut que ce soit un acte lucide, continuez”. Je ne sais pas comment je suis sorti de l’Elysée, j’étais sur un petit nuage rose, je crois que je me suis retrouvé dehors mais je ne sais pas par où je suis passé, … et puis j’ai téléphoné à Pierre Simon et aux autres en disant “c’est bon”. Et le mercredi suivant au Conseil des Ministres, le Général a posé le problème en disant (c’est Monsieur Peyrefitte qui me l’a raconté et puis Monsieur Jeanneney aussi) “oui, il y a un problème qui se pose ce n’est pas un problème de gouvernement, c’est un problème de Parlement, c’est au Parlement d’en débattre, il s’agit de la proposition de loi sur la régulation des naissances de Lucien Neuwirth”. Alors là, tollé, parce qu’à part trois ministres, tous étaient contre et certains d’entre eux parce qu’ils se figuraient que le Général était contre, que le Conseil des Jeunes était contre. Il y a un des ministres importants qui lui a dit : “mais enfin mon général, on ne va pas aller jusqu’à rembourser la pilule”. Le Général a dit “allons, allons, on ne rembourse pas les taxis” et puis il s’est tourné vers Georges Pompidou : ”Monsieur le Premier Ministre, vous ferez inscrire à l’ordre du jour prioritaire de l’Assemblée Nationale la proposition de loi de Lucien Neuwirth”. CHR : Et le discours à l’Assemblée ? LN : Alors le fameux mercredi du Conseil des Ministres, on devait déjeuner, parce que j’appartenais au bureau du 8 s Travail, Genre et Sociétés n°
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Entretien avec Lucien Neuwirth

groupe, l’UNR. On était invité à déjeuner chez Georges Pompidou et d’habitude les conseils des ministres, à midi et demie c’était terminé, et à 13 heures, Georges Pompidou n’était pas encore sorti. J’étais dans le petit salon à côté de la salle-à-manger, j’ai vu la porte s’ouvrir, et Monsieur Pompidou a passé la tête, il cherchait quelqu’un, il me voit, il m’entraîne dans l’embrasure de la fenêtre qui donnait sur Matignon et me dit “alors, vous allez être aussi célèbre que Wallon”. Je lui dis alors : “quel Wallon ?” parce qu’à l’époque Louis Wallon avait déposé un amendement sur l’intéressement du personnel que contestait Monsieur Giscard d’Estaing. Il me dit : “celui de la République”. Il a ajouté que ma proposition allait être inscrite à l’ordre du jour. CHR : Pendant le débat à l’assemblée, il y a eu des arguments très conservateurs … JL : Comment caractériseriez-vous votre position par rapport aux autres ? LN : Ce que j’écrivais à l’époque n’a pas changé d’un iota. Ma ligne était la suivante, je crois que c’est un peu dû au fait que j’ai été élevé par deux femmes. Ensuite, dès le début de la Résistance entre 40-41, on a formé les premiers groupes de jeunes et il y avait des femmes avec nous, et ensuite quand j’ai rejoint les Forces Française Libres, j’étais parachutiste, des femmes se faisaient parachuter, d’autres étaient dans des services. Quand nous avons été parachutés, la veille du débarquement en Bretagne, dans le Morbihan exactement, notre objectif était d’empêcher les forces allemandes (il y en avait 150 000) de descendre et de s’opposer au débarquement en Normandie. C’était très dur et en même temps il fallait armer les maquis et tous nos agents de liaison étaient des femmes. Quelques-unes se sont fait tuer, les conditions étaient épouvantables, Gestapo etc. ce qui fait que pour moi hommes et femmes c’est pareil. Quand j’ai parlé au Général, avec la sincérité qu’il m’accordait, il l’a ressentie, je présume, et j’ai dit “il faut donner le droit aux femmes de maîtriser leur fécondité, parce que c’est leur fécondité à elles” (sous-entendu on n’a pas à leur imposer l’enfant). JL : Mais les personnalités qui étaient plus radicales, qui allaient dès 1967 jusqu’à l’avortement … LN : On n’en était pas là, nous. L’avortement est venu en 1971, au moment du procès de Bobigny. D’ailleurs Gisèle Halimi, que je connais bien, avait dit dans sa plaidoirie : “si la loi sur la pilule avait été votée, la petite ne serait pas devant vous”2.

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Cette année 1971 est importante car elle a vu naître de multiples protestations amorcées par le Manifeste des 343 (salopes) suivi par un autre manifeste de 252 médecins qui soutiendront que l’avortement est un droit. Le procès de Bobigny en 1972 (une jeune fille de 16 ans qui s’était fait avorter avait été dénoncée par le responsable de sa grossesse ; elle sera acquittée) montrera que la loi de 1920 est devenue inapplicable.

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Parcours

CHR : Et pourtant vous aviez dit à un moment, est-ce que c’est vrai, que la loi n’était pas conforme tout à fait à ce que vous aviez pu souhaiter. LN : Oui parce que j’ai été contré par le Sénat. Au Sénat, un sénateur a demandé le recours contre moi comme malfaiteur public. CHR : En ces termes ? LN : Comme malfaiteur public. Puis on me reprochait de faire baisser la natalité, de mettre les petites jeunes filles sur le trottoir, enfin j’ai tout entendu ! C’est un droit des femmes, comme des hommes, un enfant ça se fait à deux. Il ne faut pas imposer aux femmes d’avoir un enfant si elles ne veulent pas l’avoir. Un enfant, c’est un projet de vie. Quand on met cet enfant au monde, il faut qu’on le mette au monde pour être heureux, on ne le met pas au monde pour qu’il soit malheureux, ce qui se passe dans les pays en voie de développement où malheureusement ils ne connaissent pas tout ça. CHR : Qu’est-ce qui a été le plus mutilé dans votre proposition de loi ? LN : J’avais fait deux propositions, deux articles ont été supprimés : l’un qui prévoyait la création d’un conseil supérieur de l’information et de l’éducation sexuelle. Mon argument était qu’à partir du moment où on donne une liberté, il faut encadrer cette liberté, l’expliquer. Quand Madame Veil est arrivée au pouvoir, on a créé ce fameux conseil supérieur, c’était nécessaire. Deuxième article : je voulais qu’il y ait quelque chose qui pourrait ressembler à un observatoire, un observatoire qui étudie les conséquences de l’utilisation de la contraception : avec ses problèmes médicaux, ses problèmes psychologiques… de telle façon qu’on puisse éventuellement intervenir à temps. Ça a été refusé aussi. CHR : Pourquoi ? LN : Parce que certains trouvaient que c’était déjà beaucoup de licence, d’aller dans ce sens. CHR : Et vous avez eu une forte opposition de la part du Conseil de l’Ordre … LN : Le président du Conseil de l’Ordre était Monsieur de Vernejoul. Mais le premier auditionné fut Jean-Louis LortatJacob qui était contre. Finalement, le Conseil de l’Ordre des Médecins a accepté le principe de délivrance de contraceptifs sur ordonnance. Sur la natalité aussi, je me suis beaucoup battu. J’avais expliqué à Michel Debré qui 10 s Travail, Genre et Sociétés n°
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Entretien avec Lucien Neuwirth

était, lui, un nataliste convaincu, que ce n’est pas par la contrainte qu’on pouvait avoir des enfants. Quand une femme réalise qu’elle ne veut pas de l’enfant qu’elle porte, qu’elle ne peut pas l’avoir, elle fera n’importe quoi mais elle ne l’aura pas et là, elle va risquer sa vie. On ne veut pas qu’elles risquent leur vie. La natalité ce n’est pas la contrainte, c’est une politique de la famille, quand on donne les moyens à une famille d’avoir des enfants, la natalité repart, et c’est à partir du moment où ont existé les premières allocations familiales, qu’on a eu un arrêt de la chute de la dénatalité et une remontée de notre natalité. CHR : Et dans les lois qui se sont succédées depuis, en particulier la loi Veil, qu’est-ce qui vous apparaît comme étant dans la lignée la plus évidente du travail que vous aviez amorcé. Toutes ?… LN : Je dirai qu’il y a un manque dramatique d’information. Au seuil du troisième millénaire, on continue de parler à mots feutrés de la transmission de la vie. C’est pourtant un phénomène naturel qui depuis la nuit des temps est le même, on hésite à en parler, à reconnaître qu’il est lié à deux phénomènes indissociables mais en même temps maîtrisables l’un et l’autre, qui sont la fécondité et la sexualité. Ce sont deux phénomènes indissociables de la transmission de la vie. Il y a eu un manque considérable d’information qui peu à peu nous a produit la situation que nous avons connue. C’est-à-dire ce grand nombre d’IVG, les femmes n’étant pas protégées, parce que souvent elles étaient mal informées, les structures que les différents gouvernements auraient dû mettre en place n’ont pas été mises en place, et on est arrivé à la situation d’aujourd’hui, dont il va falloir s’occuper. CHR : Ça paraît aujourd’hui … LN : Il n’est pas normal qu’en France, où la contraception existe depuis quand même plus de trente ans, il y ait le plus grand nombre d’interruptions de grossesse d’Europe. C’est lié au manque d’information, au manque de conscience … CHR : Mais est-ce qu’il n’y avait pas la peur que se crée, par un tel acte, l’ébauche d’une mini-révolution dans les rapports entre les hommes et les femmes ? LN : Alors ça c’était le caché, le dissimulé. C’était le pouvoir mâle, le pouvoir macho, le patron c’est l’homme. C’était des intégristes. Pour eux, la femme est faite pour avoir des enfants, point final. On était scandalisé. CHR : Dans les comparaisons que vous avez pu faire avec les Etats-Unis qu’est-ce qui vous avait le plus frappé ? LN : Aux Etats-Unis, il y a une très grande liberté, il n’y a
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Parcours

pas de gêne pour aborder ces problèmes là. Alors qu’en France il y a cette espèce de retenue qui est peut-être due à notre latinité, à nos “humanités”. Ce sont les sujets, que même encore aujourd’hui, en 2001, on n’ose pas aborder franchement. On n’en parle pas alors qu’aux Etats-Unis, tout est très libre. Il n’y a aucun mystère. Les femmes savent se protéger. CHR : Mais justement, enfin, est-ce qu’une initiative, comme celle que vous avez portée, qui a eu donc un impact certain, cette initiative a-t-elle une influence sur les rapports hommes-femmes ? Pas simplement du point de vue sexuel … dans la vie sociale … LN : Moi je le pense. Je crois qu’à partir du moment où on a rétabli dans sa vérité, c’est-à-dire dans sa nudité, cette connaissance de la transmission de la vie, les gens seront plus décontractés entre eux, ils seront libérés de certaines pesanteurs sociologiques qui existent chez nous et qui n’existent pas par exemple aux Etats-Unis. Chacun peut avoir désormais la maîtrise aussi bien de sa sexualité que de sa virilité, on vit notre vie librement et on s’épanouit. CHR : Il y avait aussi l’influence de l’Église. LN : C’était un autre problème que j’avais traité entre autres avec celui qui est devenu le Cardinal Etchegarray. Mes rapports avec la hiérarchie étaient serrés mais je discutais, je défendais mon point de vue face à leurs raisons morales. Mais ce qui m’a encouragé c’est que j’ai fait le tour de “mes curés”, j’étais député dans ma circonscription et les curés de ma circonscription m’ont tous répondu la même chose : “Vous savez nous on est dans les confessionnaux, on sait ce qu’est la vie, alors vous faites ce que vous avez à faire”. Enfin c’était le curé de Saint-Etienne, qui était une ville ouvrière, c’était peut-être différent… Je me rappelle aussi la position du Révérend-Père Riquet3. Le jour de la publication de ma loi, il a fait un très bel article dans le Figaro dans lequel il disait “Qu’une communauté religieuse ait des règles et soit respectée par ceux qui vivent dans cette communauté, c’est tout à fait naturel, mais dans une république laïque et même ailleurs, une communauté religieuse ne peut pas imposer ses règles à l’ensemble d’une population”. J’avais été défendu par les protestants, dont le pasteur Dumas. JL : Et votre projet est passé à beaucoup, à peu ? LN : Jacques Chaban-Delmas m’a dit “Tu sais, pour un certain public ça va être dur”. Je suis allé voir les présidents de groupe pour leur demander de ne pas faire de scrutin public. J’ai observé, bien sûr, dans tous les groupes que 12 s Travail, Genre et Sociétés n°
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Essentiellement connu pour être l’un des grands prédicateurs de Carême à Notre-Dame de Paris.

Entretien avec Lucien Neuwirth

certains étaient pour, d’autres contre. Et tous m’ont répondu “Si d’autres présidents de groupe ne demandent pas de scrutin public, je n’en demanderai pas”. Tous les présidents de groupe m’ont dit “d’accord” et j’ai vu en dernier Monsieur Ballanger4. J’aimais bien Ballanger, même si on n’avait pas les mêmes opinions. Il me dit : “Je vais demander un scrutin public, parce que je veux que tes amis se démasquent”. Et à ce moment-là je vois arriver MarieClaude Vaillant-Couturier, députée communiste, qui avait été déportée et elle lui dit “C’est nous qui faisons les enfants, il n’y aura pas de scrutin public !”. CHR : Il n’y a pas eu de scrutin public ? LN : Non. Parce que les gens sont courageux mais pas téméraires. JL : Une dernière question. Une question qui concerne le maintenant. Est-ce que ce combat est fini, est-ce que vous êtes amené encore à prendre des positions sur un certain nombre de choses ? LN : C’est moi qui ai rapporté la loi sur la contraception d’urgence au Sénat. On me disait “ce sont des sénateurs, ça ne passera pas, tu vas voir”. J’ai eu la chance, je crois, d’expliquer les choses comme il fallait pour les petites jeunes filles. J’ai d’ailleurs rappelé les violences sexuelles à l’école de plus en plus graves, de plus en plus nombreuses, qui faisaient que ces malheureuses se retrouvaient enceintes. De plus, elles ne sont pas informées parce que beaucoup de parents ne savent pas ou n’osent pas par pudeur expliquer à leurs filles comment se passent les choses. J’ai demandé qu’il y ait une information qui soit faite par les parents, par l’école et qui soit bien faite. Il faut que les garçons soient en face de leurs responsabilités aussi bien que les filles. Quand ils seront informés, à ce moment là, on verra décroître le nombre de demandes d’IVG parce que les filles seront mieux protégées. Alors finalement j’ai essayé d’expliquer les choses simplement à mes collègues sénateurs, et à ma grande surprise, ils ont accepté. Vous savez au Sénat j’ai fait passer la loi sur la douleur, la loi sur les soins palliatifs, les lois que je fais sont des lois pour l’homme, pour l’humanité. Non seulement j’ai fait adopter la proposition de loi au Sénat, mais en plus j’ai introduit ce qu’à l’Assemblée ils n’avaient pas fait, la gratuité de délivrance. CHR : Pourquoi dans les pharmacies ? LN : Parce que dans leur proposition de loi ils avaient tout simplement oublié les vacances et les week-end sans service

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Président du groupe communiste.

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scolaire. Et comme le Norlevo doit être pris dans les 72 heures après un rapport sexuel, il n’y a pas de temps à perdre. Donc j’ai vu l’Ordre des Pharmaciens, et ils ont accepté qu’il y ait la gratuité, les remboursements différés. Ils se sont engagés, ils l’ont fait d’ailleurs et j’ai pu vérifier qu’ils le faisaient dans les pharmacies. CHR : Le combat n’est pas terminé. Le problème des jeunes filles reste très important … LN : Oui, tant qu’il y a encore je dirai cette hypocrisie qui existe, ce manque de confiance dans la jeune fille. Parce que je suis persuadé qu’à partir du moment où la jeune fille est bien informée, qu’on lui explique les choses clairement, naturellement, ce qu’elle est, je suis sûre qu’elle se sentira plus sûre d’elle, c’est ça qui est important. Et à partir du moment où quelqu’un se sent sûr de lui, il agit
Débat à l’Assemblée en 1967 … “Il est regrettable qu’un tel propos ne puisse être discuté à huit clos, comme aux Assises quand il s’agit d’une affaire de mœurs” … “Les maris ont-ils songé que désormais c’est la femme qui détiendra le pouvoir absolu d’avoir ou de ne pas avoir d’enfants en absorbant la pilule, même à leur insu ? Les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde et les femmes ne seront plus qu’un espace de volupté stérile” … Débat parlementaire 1-7-1967 - p. 25-69.
5 Le dossier de la pilule, éd. de la Pensée Moderne, 1967 ; voir également : Neuwirth Lucien, Que la vie soit ! Grasset, 1979.

différemment en toute quiétude. CHR : Vous avez parlé dans votre livre5, à plusieurs reprises, du décalage qu’il y a entre notre aptitude globale à analyser le monde et d’autre part, les moyens scientifiques et techniques qui sont mis à notre portée. LN : Ce qu’il y a actuellement de dramatique, c’est qu’à la télévision, sur Internet, des spectacles s’offrent à vous, à des enfants, à des jeunes, qui voient ce qu’ils ne sont pas préparés à voir, et qui sont emportés par une espèce de vertige qu’ils ne connaîtraient pas s’ils avaient été informés. CHR : Mais j’ai été frappée, en lisant les passages cités du débat à l’Assemblée, parlant de la volupté, etc., est-ce que vous croyez que ça existe toujours ce type de … LN : Mentalité vous voulez dire CHR : Si vous voulez LN : Ça existe toujours, je vais vous dire pourquoi. Tant qu’il n’y a qu’un aspect des choses qui est révélé, que le tout n’est pas expliqué. Les gens qui ne sont pas préparés sont déstabilisés. On devrait dire les choses telles qu’elles sont, mettre en place une information dès les petites classes parce

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Entretien avec Lucien Neuwirth

que les enfants, intuitivement, sentent qu’on leur cache quelque chose et quand quelque chose est caché … CHR : C’est le “on t’expliquera quand tu seras plus grand” LN : Voilà, c’est ça. Quand les choses sont naturelles, elles ne sont plus malsaines. CHR : Et dans le cadre de toute cette action menée depuis ces années 1965 et votre collaboration avec les femmes militantes, comment vous êtes-vous compris ? Comment avez-vous été accepté, comme un homme politique, dans le cadre de ce combat ? LN : Il n’y a jamais eu d’ambiguïté, parce que mes positions ont toujours été claires, expliquées, j’ai toujours dit ce que je pense. Il n’y a pas de faux-semblant, de faux-fuyant, ce que j’avais à dire je l’ai dit, si j’ai encore à dire, je redis, c’est tout. Je suis bien dans ma peau. Mon petit-fils dirait “Tu es bien dans tes baskets !” CHR : Quand il a été discuté des décrets d’application, dans les faits ça a été très difficile … LN : Vous savez, quand le Ministre de la Santé s’appelle Jean Foyer, son Secrétaire d’État, Marie-Madeleine Dienesch, vous imaginez qu’avec leur éthique ils n’allaient pas se précipiter à faire des décrets d’application. Au contraire tout ce qui pouvait freiner l’arrivée de ce que Jean Foyer appelait une loi scélérate … CHR : Vous avez vraiment été insulté … LN : Je crois que j’en ai entendu de toutes les couleurs. Mais j’avais ma conviction, vous savez c’est ce qui est important dans la vie d’une homme ou d’une femme. En plus quand on mène un combat d’opinion, un combat politique, il faut réfléchir et quand on a bien réfléchi, on fait ses choix, on acquiert des convictions, et quand on a des convictions on les défend. Voilà. C’est pourquoi je suis à l’aise, je me suis battu pour mes convictions.

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DOSSIER

FEMMES PROVIDENTIELLES, ENFANTS ET PARENTS À CHARGE

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lus que jamais la prise en charge des enfants et des personnes âgées pose la question du statut des femmes et celle de leur égalité dans la famille et le travail. En effet, la progression de l'activité professionnelle féminine conduit à éclairer d'un nouveau jour la question des soins aux enfants et aux personnes âgées dépendantes : ces femmes de plus en plus actives sont en effet très souvent des mères, qui sont aussi et par ailleurs des filles et des belles-filles dont les parents sont ou peuvent être à charge. Qui doit payer pour les enfants et pour les personnes âgées ? Comment doivent se répartir les rôles et responsabilités de l'État, de la famille, du marché du travail ? Quels sont les processus politiques, institutionnels et culturels qui participent de la construction de ces différents modèles d'Étatprovidence et notamment de prise en charge des enfants et des personnes âgées ? L’intervention de différents acteurs dans la prise en charge des personnes dépendantes est un élément structurant du statut des femmes sur le marché du travail. Les objectifs de ce dossier sont donc multiples. Il s'agit tout d'abord d'analyser les différents modèles européens de protection sociale à l'aune de la question du genre. Comme le souligne Marie-Thérèse Letablier, que nous remercions ici de l'aide qu'elle nous a apportée dans la construction de ce dossier, la confrontation des systèmes de
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Dossier

protection sociale et des conventions de genre qui les fondent, mettent en évidence diverses orientations normatives qui touchent à la division du travail dans la famille, dans l’activité professionnelle et dans la société. Selon les pays, on peut ainsi analyser comment se construit la notion de "care" à l'intersection de la famille et des politiques sociales. Jane Jenson montre également la diversité des réponses données par les différents "régimes de citoyenneté" tant pour la prise en charge des personnes dépendantes et des enfants, que pour le rapport entre aide informelle et formelle, entre services publics et services privés - l'intensité relative de l'aide et des services informels assignés aux femmes se révélant déterminante pour leur autonomie sur le plan économique et professionnel -. Cette construction sociale, qui participe de la conception du rôle des mères (et des filles) ainsi que l'élaboration des normes en matière de "conciliation" de leur rôle maternel et professionnel, est mise en évidence par Ute Gerhard dans le cadre d'une comparaison entre l'ouest et l’est de l’Allemagne. En analysant, dans le cas de la France, les politiques destinées aux personnes âgées dépendantes, Claude Martin analyse les incidences sur le statut des femmes de ces choix politiques : selon que les soins sont donnés par les femmes de manière professionnalisée ou en tant que soignante bénévole ou encore en tant que membre rémunéré d'un réseau de parenté, les conséquences sont bien différentes. Enfin, Jeanne Fagnani met en évidence toute l'ambiguïté des politiques familiales françaises. Celles-ci sont caractérisées à la fois par une volonté d'éviter d'enfermer les femmes dans la problématique de la conciliation travail-famille et par un consensus plus ou moins implicite entre les divers acteurs sur le fait que les soins aux enfants doivent rester l'apanage des femmes dans la sphère familiale ou dans la sphère publique. Cette situation se traduit par une difficulté permanente à arbitrer entre les différentes priorités de la politique familiale. Au-delà de la connaissance de politiques et de dispositifs qui peuvent apparaître complexes, nous avons voulu ici souligner une fois encore les enjeux d'une lecture sexuée des modèles d'État-providence. En matière de prise en charge des enfants et des personnes dépendantes, qui est providentiel : l’État ou les femmes ? Jacqueline Laufer et Rachel Silvera

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LE TRAVAIL CENTRÉ SUR AUTRUI ET SA CONCEPTUALISATION EN EUROPE
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a progression généralisée de l’activité professionnelle des femmes, et en particulier des mères, pose en des termes nouveaux la question des obligations familiales et de leur partage. La question se pose à la fois au niveau macro, celui du partage entre l’État, la famille, le marché et la société civile, et au niveau micro, au sein de la famille, entre ses membres et notamment entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les générations. Qui doit prendre en charge les enfants et les personnes dépendantes, handicapées ou âgées ? Qui prodigue les soins qu’elles requièrent ? Comment ce travail est-il reconnu, par une forme de rémunération et par l’accès qu’il ouvre aux droits sociaux ? Ces questions sont soulevées dans tous les pays de l’Union Européenne mais à des degrés divers selon l’urgence des problèmes posés par le vieillissement démographique ou par l’absence d’équipements et de services permettant de prendre en charge une partie de ce travail de reproduction, tel qu’il était désigné dans les recherches féministes des années soixante dix et quatre vingt. Longtemps invisible car considéré comme relevant de l’entraide familiale ou des obligations familiales, consignées ou non dans le droit ou incorporées dans les systèmes de
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La notion de travail non rémunéré est très extensive. Elle recouvre aussi bien le travail dans le secteur informel que le travail domestique, les activités bénévoles ou encore les activités qui contribuent à l’économie de subsistance. Le point commun à ces activités est d’être effectuées par les femmes, presque exclusivement. Nous limitons notre propos à la question des activités domestiques, c’est-à-dire au travail effectué dans la sphère familiale, qui contribue directement et essentiellement au bien-être des proches. La proximité constitue une dimension importante de ce travail qui varie selon les formes familiales et les frontières de la famille. Autre caractéristique : ce travail est lié aux obligations familiales, c’est-à-dire à la manière dont sont codifiées dans le droit ou dans les systèmes de protection sociale, les responsabilités qui incombent à la famille dans l’octroi de protection et dans la prise en charge des enfants et des personnes dépendantes. Il convient aussi de tenir compte de la difficulté de l’évaluation de ce travail, car sa valeur n’est pas mesurable avec les outils utilisés pour la mesure du travail de production.

valeurs d’une société donnée, ce travail désigné comme “unpaid work” 1 dans les recherches anglo-saxonnes, était considéré comme une affaire de femmes, en contrepartie de la “protection” du chef de famille et de sa contribution économique à la vie des siens. Dans les principes qui fondent les systèmes nationaux de protection sociale dans la plupart des pays européens, il se trouve associé à une conceptualisation de la différence des sexes, hommes et femmes ayant des rôles économiques et sociaux différenciés et complémentaires, dans la famille comme dans la société. Dans ce modèle de Monsieur Gagnepain, appellation française du “male breadwinner model” de Jane Lewis (1993), la famille est non seulement une unité sociale fondamentale pour la société mais aussi une unité de production économique de biens et de services. La remise en cause de ce modèle et des conditions de sa reproduction par les évolutions socio-démographiques et la participation accrue des femmes à l’emploi, conduit à repenser la question de ce qui est appelé le “care” dans les recherches anglo-saxonnes. Cette notion appartient désormais au langage communautaire européen. Elle est reprise dans tous les pays sans être traduite la plupart du temps, faute d’équivalent simple dans les autres langues. Si tous semblent s’accorder sur la nécessité d’une telle notion, son contenu, sa définition et ses frontières sont pourtant loin de faire l’objet d’un consensus. Néanmoins, les conditions de son usage contribuent à en faire une norme, véhiculée tant par les chercheurs que par les instances politiques. Nous proposons d’examiner cette notion et de voir comment elle est devenue un concept-clé dans les recherches féministes sur la protection sociale et le genre. Dans une première partie, nous retraçons la genèse du concept. Nous mettons d’abord en évidence le caractère multidimensionnel de la notion, avant d’en suivre l’élaboration progressive à partir d’une lecture des travaux les plus marquants. Nous limiterons notre lecture aux travaux européens, laissant de côté les recherches nord-américaines qui mériteraient un travail à elles seules. Nous n’évoquerons pas non plus les recherches menées en France qui nous sont plus connues. A l’origine de la réflexion sur le “care” se trouve la notion de travail bénévole (“unpaid work”), mais la mise en forme du concept est surtout associée à la critique féministe des recherches comparatives européennes sur les systèmes de protection sociale. Le concept a donc une double filiation : le travail bénévole des femmes au sein de la famille ou de la communauté pour aider et prodiguer des soins à ses membres, et la mise en évidence du rôle de la famille dans la protection sociale des individus. Le concept est donc
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Le travail centré sur autrui et sa conceptualisation en Europe

l’instrument de réhabilitation de la famille en tant que source de protection sociale pour les individus, au même titre que l’État ou le marché. Il vise à donner une place économique (une valeur) et sociale (fabrication de lien social) à une certaine forme de production domestique, et ce faisant aux femmes qui en sont toujours les principales pourvoyeuses. Dans une deuxième partie, nous verrons comment le “care” est au centre du débat sur la restructuration des systèmes de protection sociale dans un contexte où l’emploi est promu comme objectif de la politique européenne. Nous verrons enfin comment la question du “care” interroge la question de l’accès à la citoyenneté sociale pour les femmes. LE “CARE” : UNE CATÉGORIE DESCRIPTIVE OU UN CONCEPT ? Comment ce concept synthétique a-t-il émergé ? Comment s’est construite la problématique du “care” qui a généré de nombreuses recherches dans les pays de l’Union Européenne, notamment au Royaume-Uni et dans les pays scandinaves ? Le “care” est loin d’être un objet consensuel. Le débat académique sur son contenu et ses frontières remonte aux années soixante-dix dans les pays anglo-saxons, impulsé par le courant féministe en sciences sociales. Une notion polysémique Le concept renvoie selon les cas, aux soins, à leur prise en charge, ou aux services d’aide aux personnes, ou aux trois à la fois, en référence à ce que nous pourrions appeler le travail pour autrui. Sans en proposer une définition, nous dirons que le “care” désigne l’action d’aider un enfant ou une personne adulte ou âgée dépendante pour le déroulement et le bien-être de sa vie quotidienne. Il englobe aussi bien la prise en charge matérielle (le travail), économique (le coût) et psychologique (l’affectif, les émotions, les sentiments). Il peut être effectué par un proche bénévole dans la famille, ou bien par une personne rémunérée, dans ou hors de la famille. La nature de l’activité varie selon qu’elle s’effectue au sein de la famille ou qu’elle est déléguée à des personnes autres que les proches, selon aussi qu’elle est rémunérée ou non. La spécificité du travail de “care” est d’être encastré dans le relationnel, que ce soit dans ou hors de la famille. Dans la famille, son caractère à la fois obligatoire et désintéressé lui confère une dimension morale (dévouement, devoir, etc.) et émotionnelle (amour, compassion, reconnaissance …). Il
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Les économistes néoclassiques invoquent l’altruisme pour expliquer cette assignation des femmes au travail de “care”. D’autres ont parfois invoqué des déterminants biologiques ou culturels. Les recherches dont nous parlerons ici réfutent ces approches et mettent en avant les normes sociales de masculinité et de féminité (de genre) pour expliquer les affectations sexuées de ce travail. Il faut toutefois noter que la question de l’altruisme est reprise par certains courants féministes que l’on qualifiera de “différentialistes”. Ils ancrent l’affectation sexuée des obligations familiales dans l’inclinaison “naturelle” des femmes à “s’occuper des autres”, à mettre des émotions dans ce travail enraciné dans le relationnel et les valeurs de don de soi, de dévouement aux autres. Ce sont sur de telles valeurs que se sont fondés les politiques au RoyaumeUni et en Allemagne (ex-RFA) pour justifier l’absence de services et d’équipements pour l’accueil des jeunes enfants, au nom de la nécessité de “l’amour maternel” pour leur développement.

n’est pas qu’un fait juridique (l’obligation d’aide et d’assistance) ou économique, car il engage aussi les émotions qui expriment le lien familial en même temps qu’elles contribuent à le construire et à le maintenir. Et hors de l’enceinte familiale, le travail de “care” est largement marqué par la relation de service faite d’attention, de souci des autres, voire de don de soi. Le travail s’effectue dans le face à face entre deux personnes situées dans un rapport de dépendance puisque l’une est tributaire de l’autre pour son entretien et son bien-être2. Toutefois, ce qui unifie la notion de “care”, c’est que ce travail soit essentiellement le fait des femmes, qu’il soit maintenu au sein de la famille ou bien qu’il soit “extériorisé” sous la forme de services aux personnes. Si le concept s’est précisé et enrichi au cours du temps, il n’est toujours pas bien défini et reste l’objet de controverses, entre ceux qui cherchent à lui donner une portée théorique capable de sublimer les différences nationales, et ceux qui en limitent la portée en en faisant une catégorie de description située dans un contexte précis. Mary Daly et Jane Lewis (1998) plaident en faveur de la pertinence du concept et de sa capacité à soutenir une théorie des services aux personnes. A l’appui de leur position, elles avancent le fait que le “care” définit un “champ de recherches” avec ses acteurs, ses institutions, ses formes relationnelles ; un champ qui se situe à l’intersection de la famille et des politiques sociales et qui s’articule aux questions de la citoyenneté sociale et aux problématiques de l’insertion sociale. La double filiation du concept A l’origine, le concept cherchait à mettre en forme le travail non rémunéré d’aide et de soins aux personnes et à rendre compte de la manière dont ce travail renforce la position de subordination des femmes. La notion recouvrait le travail quotidien de soins aux personnes dépendantes, enfants, adultes et personnes âgées, dans le cadre de ce que les féministes appelaient le travail de reproduction dans la famille. Le “caring” était référé à la question du travail domestique non rémunéré et à celle des services aux personnes prodigués dans le cadre des obligations familiales découlant des liens de mariage. Défini ainsi, le concept mettait l’accent sur les processus matériels et idéologiques qui confortaient les femmes en tant que “carers”, et les assignaient au pourvoi de soins et de bien-être. Cela explique que les travaux pionniers sur la question aient été consacrés essentiellement au travail domestique non rémunéré effectué dans la famille. Ce constat permettait de mettre en évidence le fait que la famille a été, et reste encore, le plus important
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et le plus constant, pourvoyeur de “welfare”. Le concept de “care” s’est donc construit progressivement, en prenant appui sur l’observation des pratiques quotidiennes, et en montrant la complexité des arrangements permettant de couvrir le besoin de soins et de bien-être. Mais ces recherches étant circonscrites à un pays, ce sont les recherches comparatives qui ont enrichi la réflexion et permis l’élaboration théorique du concept en le détachant de la seule référence aux pratiques quotidiennes et en le situant dans les diverses configurations d’État-providence. La plupart des approches féministes concernant le travail de reproduction des femmes se situaient, en effet, dans la ligne d’un courant qui considérait l’État comme un épiphénomène du patriarcat qui, de ce fait, laissait de côté la question des formes diverses d’intervention de l’État et des effets sur la situation des femmes. Et, comme le souligne Diane Sainsbury dans l’introduction à son ouvrage, les recherches sur les politiques étaient dominées par les chercheurs(es) anglophones, qui en partant des analyses faites sur leur propre pays en faisaient la référence obligée pour les recherches féministes menées dans les autres (Sainsbury, 1996, Introduction, p. 1). Ces recherches étaient en effet marquées par les débats des années soixante-dix au RoyaumeUni sur le “community care” et la restructuration du système d’aide aux personnes âgées : le passage du “care in the community” au “care by the community”. Ces débats ont abouti à une valorisation du “care” au sein de la famille, ceci au nom de l’importance de l’environnement affectif et émotionnel dans l’accomplissement de ce travail. La qualité de la relation, jugée meilleure dans la famille, et la confiance réciproque étaient considérées comme une condition essentielle du bien-être des personnes âgées. Bien que sous des formes différentes, ce débat a eu lieu dans de nombreux pays ; en France à propos du maintien à domicile des personnes âgées, en Suède à propos du “time to care” et du partage des responsabilités entre les pouvoirs publics et la famille. Mais au Royaume-Uni, l’objectif était plus clairement de revitaliser les liens familiaux et de responsabiliser la famille, alors que dans les pays nordiques, il s’agissait plutôt de prendre acte du rôle du travail bénévole et de le reconnaître dans l’accès aux droits sociaux. Alors que ces derniers posaient la question de la répartition du “care” entre la famille et les pouvoirs publics, au Royaume-Uni, on prenait comme un fait l’engagement bénévole des femmes dans la prise en charge des membres de la famille. Ces débats ont généré divers courants de recherche : sur la professionnalisation des services aux personnes, sur la
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Marie-Thérèse Letablier

relation de service et l’étude des compétences spécifiques des femmes, et sur la maternité, la compétence maternelle et l’identité maternelle (mothering). Les recherches comparatives sur les États-providence La pertinence du concept a été mise à l’épreuve au sein des réseaux européens de recherche, dans la confrontation des expériences nationales, la mobilisation des pratiques locales et l’intégration de la variété des contextes. Il s’est forgé dans les travaux sur la comparaison des systèmes de protection sociale en Europe et sur les politiques d’aide aux familles3. Ces confrontations ont fait avancer la réflexion mais ont aussi complexifié le débat. Plus précisément, la diffusion de l’expérience des pays scandinaves concernant la garde des jeunes enfants a permis de sortir la question du “care” de la sphère privée de la famille pour la situer dans les États-providence. En interrogeant le rôle de la collectivité et des pouvoirs publics dans l’octroi d’aides aux familles, les scandinaves ont déplacé le débat sur le “care” et en ont permis la reformulation en termes de partage des responsabilités entre diverses institutions : l’État, la famille, le marché et le tiers secteur. Depuis longtemps les féministes n’avaient cessé d’élaborer sur la question du travail de reproduction au sein de la famille et sur le rôle des femmes dans ce travail invisible. Elles avaient aussi mis en évidence les interactions entre travail rémunéré et travail non rémunéré qui construisent la frontière entre sphère privée et sphère publique et ce faisant construisent aussi la division sexuée du travail. En reprenant ces questions mais en les situant par rapport aux systèmes de protection sociale, un tournant a été pris qui permet de réintroduire sous un angle renouvelé la question de l’État et de son rôle, et celle plus générale des institutions et de l’enracinement de la division sexuée du travail (et non plus des rôles sexués) dans les systèmes qui fondent la protection des personnes. Le renouvellement problématique réside à la fois dans la reconnaissance de la pluralité des systèmes de protection et des modes de relations entre l’État et la famille, et dans l’affirmation du caractère unique du travail induit par les situations de dépendance des personnes et des enfants, quand bien même ces deux populations sont traitées séparément dans la plupart des systèmes de protection sociale à travers la politique familiale ou la politique de l’enfance d’un côté, et celle de la vieillesse de l’autre. L’apport réside enfin dans le fait d’avoir introduit une approche en termes de genre dans un champ scientifique qui ignorait cette dimension, celui des politiques sociales et des États-providence. Enfin, les recherches comparatives ont permis de
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En ce qui nous concerne, nous nous appuyons pour cet article, sur le travail réalisé au sein du réseau thématique européen Working and Mothering : Social Policies and Social Practices, coordonné par Ute Gerhard. Nous mobilisons également les contributions au séminaire européen organisé par Linda Hantrais à l’European Research Center de l’Université de Loughborough au cours des années 1996 et 1997, et publiées dans les séries des Cross National Papers de ce centre.

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réinterroger les notions de “reproduction sociale”, de “travail domestique”, de travail rémunéré et non rémunéré, d’activités formelles et informelles, de privé/public, c’est-àdire les oppositions binaires sur lesquelles la critique féministe s’était construite. Toutefois, si les recherches comparatives n’ont pas produit une définition standardisée, elles ont en revanche montré le caractère situé du concept, et son encastrement dans des configurations institutionnelles, culturelles et sociales. En conséquence, il ne peut se comprendre que relié aux “caring regimes” qui englobent, non seulement les prestations publiques, mais aussi les “caring packages” c’est-à-dire toutes les formes imbriquées d’octroi d’aide et de soins dans et hors de la famille, et les “caring cultures” faites des représentations collectives des responsabilités vis-à-vis des enfants et des personnes dépendantes. Les “caring cultures” s’appuient sur des valeurs présentes dans chaque société et souvent institutionnalisées dans le droit, dans les constitutions des États et dans les contrats de mariage ou de mise en couple. L’amour maternel est l’une des composantes de cette “caring culture” dont les historiens nous ont montré qu’il variait aussi selon les périodes historiques. Les tentatives de conceptualisation : du “care” au “social care” Trop diversement utilisé, le concept a perdu progressivement son sens et son efficacité. Plusieurs tentatives ont été faites pour produire une définition, et en reserrer le sens. Celle de C. Thomas (1993) était sans doute la plus aboutie mais trop confuse. Sept dimensions étaient prises en compte dans la définition du “care”: l’identité du pourvoyeur et du receveur de soins, le type de relation entre les deux, le contenu social de “care”, le contenu économique de la relation et du travail, et le cadre institutionnel dans lequel prennent place les soins et services. Jane Lewis (1997) a tenté de la recentrer en l’inscrivant plus nettement dans la relation à l’État-providence. Pour cette auteure, l’économie politique du concept ne peut pas se comprendre en dehors d’une représentation du rôle de l’État, c’est pourquoi elle se démarque en parlant de “social care” (Lewis, 1997). Trois dimensions fondamentales contribuent à sa définition : - le contenu en travail : la nature du travail et les conditions dans lesquelles il est effectué. L’accent est mis sur l’action (le faire) et sur les “actants” ou les “aidants” (les “carers”). En termes de recherche, il débouche sur l’étude des professions de services aux personnes et de l’accueil de la petite enfance.
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