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Guerilla au Laos

De
348 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 114
EAN13 : 9782296330122
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GUÉRILLA AU LAOS

NOTE

DE L'AUTEUR

L'auteur tient à remercier ici et assurer de sa vive reconnaissance tous ceux, Français et Lao, qui ont bien voulu se prêter à des entretiens, communiquer des notes ou des camets de route, effectuer des recherches ou répondre aux minutieux questionnaires posés. C'est grâce à tous ces concours généreux que ce livre a pu voir le jour.

Note additive: Quand cet ouvrage a été publié en 1966, l'auteur était alors tenu par un devoir de réserve. Il avait dû utiliser un pseudonyme (Michel Caply). Il lui est loisible, maintenant, de signer cette nouvelle édition de son 110mpropre.

1° édition, Presses de la Cité, 1966 @ Éditions l'Harmattan,1997 ISBN: 2-7384-4853-4

Jean DEUVE

GUÉRILLA AU LAOS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Mémoires asiatiques Collectiondirigée par Alain Forest

- Philippe RICHER, Hanoi" 1975, un diplomate et la réunification du Viêt-nam. - DONG SY HUA, De la Mélanésie au Viêt-nam, itinéraire d'un colonisé devenu francophile. - Gilbert DAVID, Chroniques secrètes d'Indochine (19281946) . tome 1 - Le Gabaon . tome 2 - La Cardinale

- Robert GENTY, Ultimes secours pour Dien Bien Phu,
1953-1954.

- TRINH DINH KHAI, Décolonisation au Viêt Nam. Un avocat témoigne, Me Trin Dinh Thao.

- Guy
trente.

LACAM, Un banquier au Yunnan dans les années

- KEN KHUN, De la dictature des Khmers rouges à l'occupation vietnamienne. Cambodge, 1975-1979. - Justin GODART, Rapport de mission en Indochine, 1er janvier-1er mars 1937. PrésentéparF.Bilange, C.Fourniau et A. Ruscio. - Joseph CHEVALLIER, Lettres du Tonkin et du Laos (1901 - 1903). américaine (1954 - 1957).

- Alex MOORE,

Un Américain au Laos aux débuts de l'aide

PR~ACE

2I janvier 1945, 16 h 30. Deux Liberator de la Royal Air Force décollent lourdement de la piste de lessore, au Bengale. et mettent le cap à l'est. Dans chacun de ces Liberator 5 hommes de'Lta Force 136. Quelques heures avant de partir, on leur a montré un coin de carte: un nom, Paksane. Une heure après le décollage, les lignes sont franchies, les mitrailleurs essayent leurs engins et prennent leurs postes de combat. Les Liberator, partis séparément, ont pris des itinéraires différents pour dérouter la chasse et la D.C.A. japonaises. Pendant 6 heures et demie, en effet, il faut survoler les territoires de Birmanie et du Siam occupés par l'ennemi. Les appareils montent à plus de 6 000 mètres, altitude que les chasseurs laps n'atteignent pas, mais la température s'en ressent. Les Liberator ne sont pas faits pour transporter des passagers. Les parachutistes sont plutôt serrés dans l'espèce de petite cabine située juste derrière le poste de pilotage et en avant de la longue poijtre centrale, de chaque côté de laquelle s'ouvrent les soutes à bombes, aujourd'hui emplies de containers de matériel. De la tête, les passagers touchent les pieds du mitrailleur dont la moitié du corps dépasse du fuselage à l'intérieur du dôme d'observation et de tir. Les agents ont été présentés au chef de bord, jeune « Pilot

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GUERILLA AU LAOS Officer» de 2I ans. L'équipage est aux petits soins et, sans arr2t, distribue bonbons et thé bouiIIant. Malgré les épaisses pelisses fourrées de la R.A.F. qui donnent l'aspect d'ours en peluche, il ne fait pas trop chaud. Un seul de ces dix hommes est plutôt anxieux: il n'a jamais encore sauté en parachute. C'est le radio, qui a da, au pied levé, remplacer le camarade désigné, tombé subitement malade. 22 heures, le « dispatcher» fait vérifier paquetage et harnachement. Les hommes pénètrent à l'arrière de l'appareil et on ouvre la glissière. Assis en haut à la queue leu leu ils n'ont plus qu'à attendre le signal; une légère poussée des mains, et on glisse gentiment dans l'atmosphère. Le parachute met entre et 4 secondes à s'ouvrir. On tente de jeter un coup d'œil par 3' la trappe, mais on ne distingue pas grand-chose, ce ruban clair doit ~tre le Mékong. Le « dispatcher» a un mot aimable pour chacun. Il s'affaire maintenant auprès du dernier assis en haut de la glissière. Le saut se fera en deux temps: trois hommes d'abord puis deux à un deuxième passage. Lampe rouge... lampe verte. Le dispatcher n'a pas eu le temps de donner le coup de main fraternel sur l'épaule. Le lieutenant Deuve a plongé. La nuit est claire. Il n'y a pas de vent, la descente est douce. Le sol n'est pas très uni, mais l'atterrissage se passe très bien: il est 22 h 40. Le Liberator refait son deuxième passaDe: les derniers sautent. Aux 38 et 48 passayes. Je liberator lâche des containers, puis s'éloiDne. Il a encore six heures et demie de vol à travers les m~mes danDers qu'à l'aIler. Autour des feux vers lesquels les parachutistes se dirigent est le « Comité de Réception» formé de membres civils et militaires de la Résistance; ce comité a balisé le terrain, assuré la sécurité, amené un camion qui permettra d'évacuer rapidement le matériel. A 23' heures, le deuxième Liberator Idche ses passagers et son matériel. Conformément aux ordres, les parachutes sont bralés. On se présente: ingénieur des T.P. Michelin, médecin-capitaine Goerger, lieutenant Teulières. Une demi-douzaine de sous-officiers les accompagnent avec quelques camions camouflés dans un petit bois voisin.

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Il faut maintenant retirer les containers des endroits où ils sont tombés. La Dr'!}Jping Zone - le terrain de parachutage est une vaste criiIrière, masquée de la route Vientiane-Thakhek par de petits bosquets peu denses. Paksane n'est pas à trois kilomètres. Il faut nettoyer le terrain avant le jour; à l'aube, on peut craindre la visite des curieux, même peut-être la visite des gendarmes japonais de Vientiane, pudiquement camouflés sous l'étiquette « Mission minéralogique ». Les contain~rs sont éparpillés sur une surface de un kilomètre sur cinq cents mètres environ. Il fait nuit, Je terrain est pJein de trous et de crevasses; les containers qui font dans l~s deux cent cinquante kilos sont plutôt difficiles à déplacer. On essaye divers systèmes: glisser des rondins dessous, les porter sur l'épaule. Rien n'est vraiment satisfaisant. La procession composée d'un container et de six personnes qui le soutiennent, précédée. d'un porteur de lampe électrique, avance péniblement jusqu'au moment où l'un des porteurs tombe dans un trou. Il doit y avoir une soixantaine de containers, plus un tas de paquets indépendants en paniers d'osier de cent kilos. La meilleure solution consiste à traiter le container comme un tonneau et à le faire rouler sur lui-même. Ça va très bien jusqu'à la prochaine crevasse, où il se plante verticalement en écrasant un pied au hasard. Tout ce travail s'effectue en pleine obscurité. Le capitaine Fabre - dont Je nom reviendra très souvent dans ce récit - qui a une jaunisse et Picot qui sort de l'hôpital en font autant que les autres. Pour se refaire, quelques boîtes de rations K sont ouvertes. Peu à peu, les containers sont garés à proximité des camions. Il est 7 heures; tout le monde (!st vanné. Il reste encore une opération à faire: changer de tenue. Il pourrait sembler anormal aux Japonais d'apercevoir des officiers de la R.A.F. se promenant sur les routes d'Indochine. Le Comité de Réception avait donc été prié de préparer des tenues de brousse d'origine française. Pour ne pas attirer l'attention, on a dû donner l'ordre à un quelconque fourrier de préparer quelques tenues pour de jeunes recrues et le fourrier s'est débarrassé de vieux stocks, à ce qu'il semble. Le pantalon attribué au capitaine Fabre, qui est de haute stature, lui arrive au-dessus des genoux, et les coutures des chemises éclatent. Le spectacle est réjouissant, d'autant plus que, faute de cas-

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ques, chacun s'est confectionné avec un morceau de parachute une coiffure de corsaire. Si un lap passait par là, il attraperait certainement une maladie de cœur, devant cette bande de pirates ou de hors-la-loi, à qui il ne manque qu'un couteau entre les dents et un sabre d'abordage au poing. Les uniformes anglais et les pelisses fourrées sont brf1lés. Le reste de la matinée se passe à vider lt:s containers dans les camions. Ils contiennent une partie du matériel: armes (carabines. mitraillettes Sten, pistolets, armes de chasse) et munitions, ravitaillement, explosifs et pièges, matériel d'habillement et de couchage, poste radio. Le reste composé d'armes et de munitions destinées à l'ensemble des réseaux doit 2tre dirigé sur des cachettes sares de la région de Vientiane. Les containers sont jetés dans le Mékong. Le fleuve est bas, i] y a une bonne dizaine de mètres de berge. Les containers roulent bruyamment le long de cette berge. Quelques pirogues passent au large. Sur l'autre rive, derrière un écran de cocotiers et d'aréquiers, se cachent de petits villages. L'eau coule lentement. Un radeau de bambou se laisse dériver, parIais redressé d'un coup négligent d'aviron. Tout respire le calme et la douceur. Cette sortie brutale hors de l'avion, et ce petit pincement au cœur da à la pensée, chassée par un effort conscient de volonté mais qui revient pendant la descente, que peut-2tre les Japonais sont en bas, d'autres les ont connus avant le groupe Fabre et d'autres les connaîtront après lui. Au seuil de 1915, dans cette Indochine française où les Japonais stationnent, se prépare la Résistance.

PREMIÈRE

PARTIE

LA PRÉPARATION

CHAPITRE

PREMIER

L'INDOCHINE EN DECEMBRE 1944

N Birmanie. l'offensive prévue par les Japonais en janvier 1944 pour s'établir sur la ligne montagneuse de la fronûère indo-birmane et s'emparer de bases de départ vers l'Assam et le Bengale oriental avait bien débuté. " Le 19 mars, les Japonais et des unités de l'armée nationale indienne de Subhash Chandra Bose franchissent la frontière et se lancent à l'attaque d'Imphal. Mais cette ville tient et la mousson de mai arrête les opérations. Malgré les pluies. la 148Armée britannique du général Slim attaque et les Japonais retraitent. Au cours du dernier trimestre de 1944. les Britanniques ont lancé toutes leurs forces dans la bataille et repoussé l'armée japonaise jusqu'à l'Irrawaddy. Sur le front d'Arakan. où le grand nombre de rivières et de torrents a freiné les opérations durant les pluies. Slim lance son attaque en décembre et force. là aussi, les Japonais à la retraite. Sur toute la Birmanie, le front japonais craque, les unités de l'armée nationale indienne fondent ou désertent; les maquis encadrés d'officiers britanniques et levés dans les minorités raciales se développent. En Thai1ande, où le gouvernement du maréchal Phiboun Songkham est allié aux Japonais, ceux-ci maintiennent d'importantes focces et se servent du pays comme d'une base arrière

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J3

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LAOS

pour leurs opérations de Birmanie. Cest en Thaïlande que les Japonais ont parqué leurs nombreux prisonniers britanniques capturés en Malaisiè ou à Singapour et qu'ils les emploient à travailler sur la fameuse « voie ferrée de la mort» que Boulle
a si éloquemment décrite dans « le Pont de la rivière Kwaï
)J.

Le peuple siamois reste indifférent à ces querelles de géants, mais des officiers américains de 1'0.5.5. et britanniques de la Force 136 s'emploient à instruire des guérilleros et à monter des maquis dans la population lao du plateau de Khorat ou dans les minorités Thaï du nord-ouest. Ces groupes ont d'ailleurs davantage d'ambitions politiques que de désir de se battre contre les Japonais. Mais les forces armées siamoises et la police sont aux ordres du gouvernement et collaborent avec les forces nippones. La situation en Chine est très confuse. Trois gouvernements se partagent le pays: les communistes, le gouvernement projaponais, le gouvernement de Tchoung-King. Nankin est la capitale du gouvernement établi par les Japonais. Tchoung-King est le fief de Tchang Kaï-chek qui, allié des communistes, lutte contre les Nippons. Mais, pour compléter la confusion, les gouverneurs de province dépendant théoriquement de Tchoung-King sont souvent de tendance très indépendante. Cest le cas du gouverneur du Yunnan ou du chef de la province du Kouang-Si. Ces deux provinces ne gardent que des liens assez lâches avec le gouvernement central et entretiennent des rapports occasionnels avec Nankin. La capitale de Tchang Kaï-chek est un centre de trafics, de marché noir et d'intrigues internationales. Dès Pearl Harbor, en décembre 1941, les Américains ont installé en Chine et au Yunnan des bases aériennes, des services de renseignements, des missions d'instructeurs et de conseillers, des centres logistiques pour le soutien des armées chinoises. Le général Wedemeyer, chef d'état-major du généralissime Tchang Kaï-chek et commandant des forces américaines stationnées en Chine, fait la pluie et le beau temps sur ce théâtre d'opérations chinois. Quelques unités américaines poursuivent des opérations à la frontière sino-birmane dans le but de protéger la route de Birmanie, qui, par la ville birmane de Bhamo, ravitaille les armées de Tchoung-King. Depuis 1943 le gouverne14

LA PREPARATION

ment de Tchang Kaï-chek a rompu avec la France de Vichy et se montre hostile aux autorités françaises d'Indochine. Dans le sud de la Chine, en fin 1944, l'armée japonaise du Kouang-Si et du Kouang-Tung poursuit sa poussée vers l'ouest en vue de s'emparer des bases aériennes américaines du KouangSi, du Hounan et du Kiang-Si,ou de les forcer à se replier vers le Yunnan. Elle vise, à plus longue échéance, à atteindre la position clé de Kun-Ming, point d'aboutissement de la route de Birmanie. Depuis juin 1944, dans le Pacifique et l'Extrême-Orient, les anglo-américains sont passés partout à la contre-offensive. Les flottes japonaises ont connu de graves échecs. Les bombardements aériens se multiplient, non seulement sur les pays occupés par l'armée japonaise, mais aussi sur le sol nippon. En juin, Saipan, dans l'archipel des Mariannes, a été réoccupé. En juillet, c'est le tour de Guam, en septembre, de Palau. La Nouvelle-Guinée est entièrement libérée au début d'aol1t. Morotaï a été repris en septembre et en octobre, la reconquête des Philippines est entamée. Les japonais qui voulaient chasser les Occidentaux de l'Extrême-Orient et réaliser, à leur bénéfice, la « Sphère de co-prospérité » sont dans une situation grave. De tous les territoires qu'ils souhaitaient conquérir et conserver, c'est-à-dire tous les pays situés à l'est du méridien de Mandalay, un certain nombre leur ont déjà été repris et, ailleurs, ils sont sur la défensive, menacés de nouvelles attaques ou de nouveaux débarquements. Le 26 juillet, jour même où l'offensive pour Imphal est arrêtée, le Premier ministre Tojo remet sa démission et est remplacé par le général Koiso. Les premières fêlures apparaissent dans l'appareil de guerre nippon.

....
L'Indochine française reste un havre de paix, cerné par l'hostilité avouée des pays occupés par les japonais et par celle nuancée de la Chine, seul pays par lequel elle puisse néanmoins avoir des rapports avec l'extérieur. Cette paix est relative, car la guerre généralisée dans l'Extrême-Orient n'a pas pu ne pas y laisser ses traces: stationnement des japonais, incidents francojaponais. campagne franco-siamoise, bombardements américains

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GUERILLA AU LAOS

visant les bases ou les navires japonais, mais tombant parfois à côté.

. .~
La Thailande, qui a préféré ce nom à celui de Siam depuis le nouveau régime de 1932, pour mieux marquer son ambition de diriger toutes les peuplades et les contrées d'origine Thaï, n'a jamais pardonné à la France son installation au Cambodge et au Laos. Le Japon semble, pour l'instant, encourager les visées thailandaises sur les races Thaï, c'est-à-dire sur le Laos, une partie de la Birmanie, une partie du Yunnan, une partie du Haut Tonkin. Dès l'armistice franco-allemand de 1940 et après la signature du pacte tripartite entre l'Allemagne, l'Italie et le Japon (Z7 septembre 1940) Bangkok déclenche une violente campagne antifrançaise, diplomatique et politique, dont les objectifs sont le Cambodge et le Laos. En décembre, une véritable guerre non déclarée s'engage: patrouilles et contre-patrouilles, reconnaissances, coups de mains, bombardements aériens. L'armée siamoise occupe les territoires de Paklay et de Bassac, sur la rive droite du Mékong au Laos, mais ne parvient pas à traverser le fleuve. L'aviation française, pauvre et démodée, n'hésite cependant pas à entreprendre avec succès des bombardements, loin en territoire thaïlandais. Certains aviateurs balancent leurs bombes à la main I Le 17 janvier 1941, alors que les Siamois se préparent à lancer une attaque contre le Cambodge, après une approche d'une difficulté considérable, l'escadre française d'Extrême-Orient, un croiseur et deux avisos, détruit la quasi-totalité de la flotte siamoise, à Koh-i-Chang. Le 19, les Japonais proposent un armistice et un traité franco-siamois est signé le 9 mai 1941; il accorde à la Thailande les territoires de Paklay et de Bassac, la province cambodgienne de Battambang et la partie nord des provinces de Siemreap et de Kompong-Thom.

.. ~

La France avait autorisé en 1937 le transit de matériel à destination des troupes chinoises luttant contre les ]aponais par les

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LA PREPARATION ports du Tonkin et son acheminement par le chemin de fer du Yunnan. A la suite de protestations japonaises, la France déclare en 1938 ne plus autoriser le passage de matériel proprement militaire. Le 19 juin 1940, profitant de la situation en France, le gouvernement japonais adresse au gouverneur général de l'Indochine un ultimatum expirant le lendemain, réclamant l'arrêt de l'acheminement de tout matériel susceptible d'aider la Chine dans son effort de guerre et exigeant le stationnement d'équipes militaires japonaises de contrôle à la frontière. Le général Catroux ne pouvant compter sur aucune aide britannique ou américaine, incapable avec ses seules forces d'empêcher une occupation ennemie de l'Indochine, accepte ces conditions. Malgré le rappel du général Catroux et le désaveu du gouvernement français alors réfugié à Bordeaux, les Japonais installent au début de juillet 1940 des équipes de contrôle à la frontière et à Haiphong, qui se livrent immédiatement à des entreprises d'espionnage, de propagande antifrançaise et de noyautage des organisations annamites. Sous la menace des trois divisions de leur armée du Kouang-Si, les militaires nippons réclamem en juillet les marchandises destinées à la Chine et encore en transit, le droit d'évacuer et de soigner en Indochine leurs blessés et leurs malades et le droit de faire passer des troupes à travers l'Indochine pour se rendre dans le Yunnan. Malgré ses efforts pour résister à ces demandes, l'amiral Decoux, qui a succédé le 20 juillet au général Catroux, ne peut que s'incliner, sauf sur le droit de passage des troupes nippones. Le Japon a accepté, en contrepartie, de reconnaître la souveraineté française sur l'Indochine et les îles Paracels. Après d'autres instances japonaises, un traité est signé le 30 aoüt 1940. Le Japon renouvelle sa reconnaissance de la souveraineté française en Indochine et s'engage à en respecter l'intégrité. Par contre, la France reconnaît la situation prééminente du Japon en Extrême-Orient et lui accorde certaines facilités militaires. Le 22 septembre, après de multiples menaces japonaises, une annexe au traité est signée. Elle stipule que trois aérodromes indochinois sont mis à la disposition de l'armée nippone, que cette armée obtient le droit de faire stationner six mille soldats au nord du fleuve Rouge, et le droit de transit à travers le Tonkin, sans, toutefois, que la totalité des effectifs japonais présents en Indochine puisse dépasser au même moment

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vingt-cinq mille hommes, enfin la faculté de faire transiter par les ports du Tonkin les divisions de l'armée du Kouang-Si, en vue de leur embarquement par mer. A l'entrée en guerre des Eta~Unis, le 8 décembre, l'armée japonaise établit peu à peu des garnisons qui « marquent» les garnisons françaises de près. En fin 1944, soixante mille soldats japonais, sous le commandement du général Tsushihasi stationnent en Indochine. Mais les quarante mille Français et les vingtcinq millions d'autochtones qui vivent en Indochine continuent d'être gouvernés et administrés par le gouvernement général en toute liberté, sans qu'un seul étranger y ait droit de regard.

CHAPITRE

Il

LA RESISTANCE EN INDOCHINE ESconditions prévalant en Indochine de 1941 à 1944sont fort différentes de celles que les Français ont connues pendant l'occupation allemande. Les Japonais ne détiennent pas les pouvoirs administratifs ou même politiques. D'autre part, il n'y a pas de « collaborateurs» pro-nippons dans la population civile ou militaire. Contrairement à ce que certaines propagandes ont pu prétendre tous les Français sont antijaponais et chacun fait ce qu'il peut pour lutter contre l'action des agents japonais et les empêcher de propager au sein des peuplades autochtones les germes insidieux de la Sphère de co-prospérité asiatique et de l'anti-occidentalisme. Des fonctionnaires, des militaires ou d'autres ont été pris par la mystique de Vichy ou de la Légion des Combattants; certains ont prôné une collaboration avec les Allemands et ont montré une forte hostilité envers les AngloSaxons et la France libre. Des partisans du général de Gaulle ont été emprisonnés et parfois traités avec indignité. Le gouvernement général justifiait ces mesures en arguant de l'impérieuse nécessité de maintenir une cohésion sans faille pour empêcher une mainmise nippone et conserver l'Indochine à la France. Mais, à pan quelques rares journalistes opportunistes, personne,

L

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GUERILLA AU LAOS du haut en bas de l'échelle administrative, n'a la moindre sympathie pour l'Empire du Soleil Levant. L'armée, cinquante-quatre mille hommes environ dont douze mille Blancs, souvent affaiblis par un long séjour, est très antijaponaise. Elle envisage évidemment l'éventualité d'un affrontement, rendu aléatoire par le manque d'appui aérien et d'armement moderne. Elle se contente donc de saboter toute collaboration militaire avec les troupes étrangères en stationnement ». Il n'est pas question de se lancer contre ces unités, ce qui n'aboutirait qu'à faire balayer la souveraineté française. Certains milieux pourtant commencent à mener une propagande discrète contre les thèmes de Vichy et décident de freiner certaines mesures du gouvernement général ou même de tenter de les saboter. Dès le milieu de l'année 1941,des civils français de Cochinchine ont déjà pu entrer en contact avec Singapour ou avec des bateaux britanniques et transmettent des renseignements. Mais c'est surtout avec les Américains que s'établissent les permiers contacts. Après Pearl Harbor, en décembre 1941, des bureaux de renseignements s'installent à la frontière d'Indochine, dans le Yunnan et le Kouang-Si. Ces bureaux étaient souvent, au début, des agences demi-privées vendant leurs informations à tout acheteur: S.R. militaire américain, O.N.I. (Bureau de renseignements de la marine), état-major Wedemeyer... Après juin 1942, ils sont pris en charge ou remplacés par des agents de l'O.S.$. (Office of Strategic Services). Le réseau qui travaille surtout sur l'Indochine, dès la fin de 1941, est le réseau Gordon, du nom de son directeur canadien, lié par ailleurs à des sociétés pétrolières américaines. Gordon est installé à Long-Tcheou dans le Kouang-Si; il ({ manipule» des civils et des militaires français. Il a fait passer plusieurs postes émetteurs et recueille des renseignements tant militaires que politiques, aussi bien sur l'activité du gouvernement général que sur l'état d'esprit des autochtones. La plupart des fonctionnaires, planteurs ou militaires qui œuvrent dans ce réseau ignorent pour qui ils travaillent et qui sont les destinataires de leurs rapports. Dans certaines villes, il est de
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bon ton de laisser entendre qu'on

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fait du renseignement» en

liaison avec l'extérieur. En même temps que les Américains, des agents de recherches chinois, britanniques et français s'installent à la frontière sino-

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LA PREPARATION indochinoise et entrent en contact avec des autochtones ou même des Français, civils ou militaires. Ces contacts restent limités et la qualité des informations reçues est faible. Les groupes, d'ailleurs, s'ignorent et parfois s'entrebattent. En 1943. plusieurs officiers et sous-officiers français, impatients de combattre ou craignant d'être arrêtés, s'évadent et passent en Chine. Le capitaine Levain, du Bureau de statistiques militaires, en relations depuis fin 1942 avec Kun-Ming, veut aller au-delà du simple échange de renseignements et mettre fin à l'isolement de l'Indochine. Sur sa demande, le capitaine Milon part pour la Chine le 6 mars 1943 et parvient aux Indes où il rencontre Langlade, chef de la French Indochina Country Section (F.I.C.S.) de la Force 136 (1). L'action de sabotage, d'abord économique, puis graduellement politique ou militaire, dans les territoires occupés, dépend, en Grande-Bretagne, du Minister of Economic Warfare (M.E.W.). Pour l'Extrême-Orient, son représentant est MacKenzie, ancien officier ayant perdu une jambe sur la Somme en 1916 et devenu directeur d'une grande firme écossaise de cotonnades. A Meerut, à côté du Q.G. britannique, il a installé ses services; ceux-ci prennent bientôt le nom de Force 136 et ont la responsabilité du sabotage sur les territoires occupés par les Japonais. A l'intérieur du M.E.W., la Force 136 dépend du S.O.E. (Special Operations Executive).

Mac Kenzie a créé des bureaux

(<<Country

Sections }}), chargés

(1) Force 136 : Organisation britannique ayant la charge de l'action dans les pays occupés par les Japonais: sabotage, propagande, guérilla, sabotage économique... Dépendant du c Special Operations Executive ~ placé au sein du c Ministry of Economie Warfare ~, cette organisation est placée pour les opérations à la disposition du S.E.A.C. (South East Asia Command) (Lord Louis Mountbatten). L'organisation a ses propres chefs, ses propres camps d'entramement, ses propres troupes, dont quelques groupes alliés, français notamment. Ces troupes sont formées de personnel européen, en général non militaires de carrière, recrutés parmi les planteurs, les policiers, les forestiers..., d'une façon générale parmi des gens connaissant l'Asie ou y résidant; il Y a aussi des agents et des groupes autochtones, indochinois, birmans, chinois... qui viennent suivre une instruction technique et sont ensuite renvoyés dans leur zone d'action. 21

GUERILLA

AU LAOS

des opérations dans chacun des pays dont il a à s'occuper: Malaisie, Birmanie, Indochine, Thai1ande, etc. Langlade, directeur général d'une plantation de caoutchouc en Malaisie, a collaboré très tôt avec les Britanniques chez qui il jouit d'une très grande réputation. Il a été nommé chef de la French Indochina Country Section et, à ce titre, a déjà fait prendre des contacts à la frontière. Son adjoint est Léonard, un des principaux agents de sa plantation. En 1943, l'intérêt de la F.I.C.5. est uniquement tourné vers le sabotage. Milon, qui part rendre compte à Alger de la situation en Indochine, y communiquera des renseignements considérés comme très importants, car l'Indochine est une plaque tournante pour le commandement nippon. Pour faire passer ses troupes de Chine en Birmanie, il doit les faire transiter par le Tonkin. Tout mouvement militaire japonais en Indochine revêt donc, aux yeux du commandement britannique, une importance considérable. Milon apporte aussi un compte rendu objectif de la situation politique à Saigon et à Hanoi, de l'action du gouvernement général, de l'état d'esprit réel de l'armée, toutes informations connues jusqu'ici seulement sous une forme fragmentaire et souvent partiale. A Alger, Milon prend de nombreux contacts et rencontre des anciens d'Indochine dont Huard, Crèvecœur, les généraux Blaizot et Catroux. II apparaît vite que la demande de Langlade de ramener cinq sous-officiers pour effectuer des sabotages en Indochine ne représente qu'une contribution ridicule à l'effort que doit faire la France en Extrême-Orient et le commandant de Crevecœur, qui a déjà fait deux séjours en Indochine, part en novembre 1943 avec une équipe de volontaires: Fabre, ancien professeur au Yunnan et au Laos, Mus, savant ayant une grande connaissance de l'Extrême-Orient, le lieutenant Mollo, le lieutenant Stéphane et un sous-officier. Dès leur arrivée le 9 novembre, après un contact avec Langlade, cette équipe part suivre les stages commando. Crèvecœur devient chef du Service français d'action en Indochine et chef du Détachement français des .Indes, en liaison quotidienne avec la F.I.es. de Langlade. Celui-ci, de son côté, a déjà été approché par le Bureau central de renseignements et d'action
~

le B.eR.A. -

dirigé d'Alger par
avec

Soustelle. Dès le retour de Milon, les contacts sont développés

22

LA PREPARATION l'Indochine où le principal travail est fait par le Bureau de statistiques militaires (B.S.M.), organe S.R. camouflé qui dispose en particulier des renseignements fournis par des officiers placés dans les missions de liaison avec l'armée japonaise. Les informations recueillies permettent la destruction de plusieurs convois nippons naviguant au large des côtes d'Annam. L'organisation des réseaux et celle des groupes d'action, chargés spécialement des sabotages, se développent encore à l'insu du Haut Commandement français en Indochine. Des postes émetteurs sont passés clandestinement au B.S.M. et maintiennent une liaison avec la mission française en Chine. Des contacts continuent à se faire, par voie terrestre, à travers la frontière du Tonkin. Crèvecœur et ses camarades d'Alger, qui ont lu les rapports relatifs aux opérations du colonel Wingate sur l'arrière des lignes japonaises en Birmanie, estiment que les Alliés, disposant sur place en Indochine de cinquante-quatre mille hommes, devraient envisager l'entrée en action de cette énorme « Stay

Behind» armée

~

c'est-à-dire installée sur les arrières de l'en-

nemi - en conjonction avec l'avance terrestre alliée au départ de la Birmanie, c'est-à-dire répéter, sur une échelle plus vaste, l'opération d'Arnhem. Il fallait pour cela que la France installât, à proximité, un officier général qualifié pour donner des ordres aux généraux du Tonkin ou de l'Annam et ayant une certaine autonomie vis-à-vis des Britanniques. Le Détachement français des Indes ne devait donc pas être intégré aux forces alliées, mais coopérer avec elles sur un plan d'égalité. La première mesure dans ce sens fut la création du Service d'action, lié à la F.I.es. pour les opérations aériennes, mais gardant une certaine indépendance. La nomination du général de corps d'armée Blaizot à la tête du Corps expéditionnaire français d'ExtrêmeOrient devait en être la seconde étape. Autre conséquence, ce n'était plus uniquement à une activité de sabotage OU de renseignement que l'on devait se consacrer, mais aussi à la mise en condition de toute l'armée française d'Indochine. Ce plan ne pouvait manquer de rencontrer de sérieuses difficultés en raison de la rivalité anglo-américaine dans le Sud-Est astiatique. L'Indochine va être disputée entre South East Asia Command britannique et le théâtre d'Opérations Chine, dont Tchang Kaï-chek est le commandant en titre et l'américain Wede23

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meyer le chef d'état-major tout-puissant. Wedemeyer et les Chinois estiment que l'Indochine est leur affaire; ce sont leurs avions qui effectuent les bombardements et ils pensent être mieux placés que quiconque pour faire du renseignement et de l'action. De leur côté, les Britanniques considèrent une action dans ce territoire comme le prolongement direct de leur poussée vers l'est et de leurs campagnes en direction du Siam et de la Malaisie. Mais, en 1943, ils ne disposent pas d'avions à rayon d'action suffisant pour y intervenir. Ils ne pourront le faire qu'au milieu de 1944, quand ils recevront des bombardiers Liberator. Ayant fini son stage peu avant Noël 1943, Crèvecœur part rendre compte à Alger, après avoir passé un mois à Meerut avec Langlade. Il demeure le mois de février 1944 en Algérie, revient, au début mars, avec deux nouvelles recrues, Deuve et Melchior, qui a dO. changer de nom parce que son père est au Japon, et avec un important document de 14 pages signé du général de Gaulle, destiné au général Mordant, ancien commandant en chef que le gouvernement provisoire de la République française a décidé de nommer au commandement unifié de la Résistance en Indochine. Les parachutages n'étant pas commencés encore, Crèvecœur monte à Kun-Ming pour rechercher comment on pourrait faire passer cet important message à travers la frontière; il a des entretiens avec Fouques-Duparc (1) et ses officiers, sans pouvoir aboutir à une bonne solution, malgré la liaison radio existante avec l'Indochine. A Chung-King, où il rencontre le général Pechkoff, Mr Oarac et le commandant Guillermaz, Crèvecœur ne parvient pas non plus à trouver une voie sare et secrète et il décide de revenir à Meerut. Langlade et Milon se font alors parachuter en avril et remettent le document du gouvernement français au général Mordant, avec plus de deux mois de retard. Crèvecœur se consacre dès lors à son Service d'action, aidé par Laure qui dirige les opérations aériennes de la F.I.CS. Les parachutages directs des Indes sur l'Indochine commencent dès la fin avril 1944. En juin, Langlade se fait de nouveau para(1) Fonctionnaire du Quai d'Orsay à l'ambassade de France en Chine. 24

LA PREPARATION chuter à Langson, rencontre Mordant, puis le général Aymé (1), commandant en chef. Le IO septembre Mordant est nommé délégué général du gouvernement provisoire de la République française en Indochine et chargé de diriger l'ensemble de la Résistance qui comprend encore des organisations S.R., dont certaines travaillent pour les Alliés, les groupes d'Action, l'armée. Le premier contact radio direct entre l'Indochine et Calcutta a lieu le 9 juillet. Par l'intermédiaire des postes émetteurs-récepteurs s'échangent instructions, directives, demandes de matériel, homologations de terrains, annonces de parachutages de personnel, d'équipement ou d'armement, renseignements, perspectives et plans alliés... Fin 1944, treize postes émetteurs-récepteurs assurent la liaison Calcutta-Indochine.

--(1)

Commandant

supérieur des Forces françaises d'Indochine. 25

CHAPITRE

III

LES INDES:

L'ENTRAINEMENT

DES « GAURS »

ARS 1944. - Deux sous-lieutenants de réserve et un sous-officier de l'année coloniale arrivent à Delhi. Trois hommes les attendent: Langlade, .chef de la « French Indochina Country Section» qui est un élément de la Force 136, Léonard, son adjoint et le commandant de Crèvecœur, chef du Service Action. Trois hommes de plus pour ce détachement français qui en compte à peine une quinzaine maintenant. Les premiers, Crèvecœur, Fabre, Mollo, Stéphane, sont arrivés quelques mois auparavant. Tous ont été choisis pour leur valeur militaire, leurs connaissances linguistiques, leur expérience de la jungle ou de l'Extrême-Orient. On leur a seulement confié qu'ils s'embarquaient pour une rude tâche, qu'il faudrait sauter en parachute, combattre dans la jungle contre le Japonais et ne pas compter se battre dans une atmosphère de camaraderie et l'ambiance d'une unité régulière, mais mener, peut-être seuls, des combats souvent obscurs. La Force 136 est composée d'officiers de l'active mais plus encore de réservistes; beaucoup sont écossais. On y rencontre des commerçants, des professeurs, des inspecteurs des chasses, des gens qui ont passé leur vie en Extrême-Orient, des policiers

M

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de Shanghaï ou de Sarawak, des forestiers de Birmanie, des planteurs de caoutchouc de Malaisie, plus simplement de ees Britanniques qui ont parcouru le monde en bateau à voile, grimpé l'Himalaya ou exploré la Nouvelle-Guinée par plaisir. Les Français portent comme insigne distinctif une tête de gaur ~ c'est sous le nom de ce bovidé fréquent en Indochine qu'ils sont connus à la Foree 136. Laissons la parole à un des groupes dont le carnet de bord va permettre de suivre l'entraînement.

Poona
« Nous sommes accueillis sur le quai de la gare par un superbe capitaine écossais en kilt et béret balmoral agrémenté d'une magnifique plume. Une voiture nous conduit à la villa de passage de « l'organisation ». Nous passons là deux jours et profitons du temps libre pour visiter Poona, célèbre ville de garnison britannique et siège d'un commandement territorial important. Nous fréquentons le « West India Oub » dont notre nouvelle qualité d'officiers de l'Armée des Indes nous a ouvert les portes. Nous ne retrouvons pas les difficultés signalées par Philip Gosse (1), alors que, durant la première guerre, les membres de l'Armée des Indes dressaient des paravents pour se protéger des « gentlemen à titre temporaire », autrement dit des officiers envoyés aux Indes mais qui. ne faisaient pas partie de la vraie Armée des Indes. Nous fréquentons aussi le Muratore, restaurant où se coudoient des militaires de toutes armes et même des prisonniers italiens employés à divers travaux en ville. « Un soir, nous grimpons dans la camionnette marquée de la mangouste blanche, insigne du camp où nous allons. Après six milles d'une route de campagne poussiéreuse, nous arrivons à la nuit tombante à un des camps de l'organisation; son nom officiel est : « Eastern warfare school (India) ». « Le camp est établi sur la pente des collines, au bord du lac, et composé de baraquements demi-sphériques en fibrociment. Il est divisé en petits saus-camps (A, B, C, D, E, F), chacun avec sa physionomie, ses allées de gravier et ses plates-bandes de fleurs.
(1) Médecin britannique, mobilisé en 1914-1918 et auteur d'un livre « A naturalist goes to war ~. 28

LA

PRÉPARATION

Nous sommes au sous-camp F, le plus haut placé. Chacun a sa chambre et sa douche. Un « bearer» (ordonnance) indien est affecté à chaque baraque (quatre chambres). Il fait les lits, repasse les vêtements, cire les souliers. Il y a environ cinq ou six baraques dans notre sous-camp. Au centre se trouve le mess, placé sous la haute autorité d'un « Maître d'hôtel» indien, revêtu de ses attributs, turban, longue blouse blanche, ceinture rouge...; il dirige une dizaine de serviteurs, habillés de même, mais sans aigrette. « Dès la tombée de la nuit, le règlement impose les manches longues et le pantalon, une des mesures destinées à la lutte antimalaria. Une autre mesure, qui ne sera appliquée que dans la jungle, est l'objet de plaisanteries dans toute l'Armée des Indes; elle oblige les personnes qui doivent « s'isoler» dans un coin de brousse à recouvrir d'huile antimoustiques « aIl exposed portions ». « All heures, nous sommes avisés que le medical officer va nous vacciner. Sur le bras droit, on nous fait simultanément: variole, peste, typhus; sur le bras gauche, toujours simultanément: choléra, TAB et fièvre jaune. Cela semble parfaitement normal au docteur qui prend un air étonné quand Picot, vieux soldat habitué aux séances de vaccination de l'armée française, demande si on pourra se reposer l'après-midi. Le docteur répond qu'effectivement la première séance d'entraînement ne commencera qu'à 14 h 30 (au lieu de 14 h). « Nous faisons connaissance avec nos instructeurs. Olsen, le chef instructeur, un Danois naturalisé Anglais, nous inculque l'art du S. K. (Silent Killing, judo de combat). Il yale capitaine Campbell, un instructeur de topographie «( map reading») et opérations. Il y a White et Withlow, sapeurs instructeurs en démolitions et sabotage. White est un employé de banque, qui a vécu longtemps à Rouen et au Havre. Withlow appartient à l'Armée active. Il y a un instructeur en « minor tactics» (coups de mains, préparation des opérations de commandos), un capitaine instructeur en navigation (embarcations, nage, raids en mer, débarquements de sous-marins, voile, aviron...) Un capitaine qui n'a pas 20 ans dirige les exercices en brousse. Il y a Lucas, capitaine à lunettes chargé de nous expliquer l'interprétation des photos aériennes. Le colonel Bolden, chef du camp, prend un intérêt extrême au tir; chaque matin il est au stand, prend

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un pistolet dans chaque main et se penchant en avant, nous hurle: « Be aggressive, be aggressive ». « Nous suivons l'entraînement par groupes de six. Barmon est un officier d'acûve, Mollo aussi. Fabre a été directeur de l'ensei. gnement français à Yunnanfou et directeur de groupe scolaire à Luang Prabang. Il a combattu comme réserviste contre les Japonais en 194()-I941 au Tonkin et contre les Siamois au Cambodge. Utard est un ancien H. E. C. C'est un intellectuel à lunettes, consciencieux, gai et enthousiaste. « Il y a l'aspirant Lyonnet, qui a fait l'A. O. F. Réserviste, Lyonnet, parachuté au Tonkin en 1945, sera torturé et tué par les Japonais. Il y a Newland, sous-officier de réserve, originaire des Nouvelles-Hébrides. Il y a un planteur de Guinée (Afrique). Ces deux excellents sous-officiersseront coulés peu de mois après lors d'un torpillage de leur transport par un sous-marin japonais entre l'Inde et Ceylan. Il y a Picot, ancien zouave, ancien spahi et maintenant garde-mobile, rouspéteur mais d'une conscience et d'une compétence rares.

cc Il y a aussi le commandantMilon,distinguéornithologiste.

C'est un vieux d'Indochine, qui a établi en 1943 la liaison avec l'extérieur. « L'horaire est à peu près immuable. Dès le lever, après le rituel thé avec toasts et fruits, cross-country, puis basket-ball, toilette, breakfast; de neuf heures à treize heures, cours théoriques; lunch à quatorze heures; exercices pratiques jusqu'à dix-sept heures. « Les cours théoriques portent sur la tactique des commandos, les démolitions, l'armement (très réduit et essentiellement pratique), les photos aériennes, la recherche et l'interprétation des renseignements, l'organisation des maquis et des groupes de commandos, l'hygiène et les premiers soins, la topographie et les croquis, la technique des débarquements clandestins, etc. Les exercices pratiques ont surtout lieu l'après-midi. Ils consistent en exercices d'orientation, souvent faits sous forme de jeux de type scout, en innombrables exercices de petite tacûque, en démolitions (nous faisons une consommation effrayante de plastic P. E., bientÔt remplacé par le nouveau 808). Nos exercices comportent une demi-heure de pratique de tir au pistolet chaque jour, des deux mains, dans toutes les positions et toutes les situations possibles, puis une demi-heure de S. K. (les coups 30

LA PREPARATION interdits de judo nous sont enseignés et nous sommes théoriquement aptes à nous défendre contre six personnes à la fois). Nous acquérons aussi de la pratique nage (habillée, dans les herbes) et de la pratique aviron et « fold boats» (de longues heures sont passées à pagayer dans des canots pliants), ainsi que la pratique de tous les types d'embarcations utilisées en ExtrêmeAsie. Nous avons, un jour sur deux, parcours de commando, franchissement de tous les obstacles que l'imagination des instructeurs a inventés: passage de murs, reptation dans des conduits souterrains, passages en dessous des barbelés, ou à travers, sauts en profondeur de quatre mètres cinquante, voltige par corde suspendue, etc. Petit à petit, le parcours est rendu plus difficile: on le fait bientôt tout équipé avec trente kilos sur le dos, puis avec tir en cours de route, puis avec explosions à quelques mètres de nous, déclenchées d'un contrôle central. puis avec tir réel à quarante centimètres au-dessus de nos têtes. « Nous nous livrons entre équipes à des concours de vitesse et de précision. « Deux fois par semaine, nous partons pour une manœuvre de la journée (marche en terrain difficile, orientation tactique). Une fois par semaine nous avons un exercice de nuit combiné, amphibie en général (traversée du lac dans sa longueur en « fold boat », puis action de commando). Une fois par quinzaine, nous avons un exercice de quarante-huit heures: traversée de nuit du lac, suivie d'une marche de trente à quarante kilomètres, où nous maudissons les canaux d'irrigation trop nombreux à notre gré, pour aller placer des explosifs (faux) sur des voies ferrées (vraies), la poliee locale étant à notre recherche. Cela amène pas mal d'aventures. « Nous déconcertons souvent les instructeurs. Les Britanniques apportent à l'instruction un sérieux, presque une solennité, que les Français n'ont pas. D'autre part, les instructeurs suivent un programme rigide (tel exercice: trois fois, tel autre: quatre fois). Beaucoup d'entre nous trouvent fastidieux de répéter quatre fois le même exercice déjà parfaitement compris et assimilé. Enfin, il y a la méthode, logique évidemment puisque chacun de nous est plus ou moins appelé à commander un groupe d'action ou de guérilla, qui consiste à choisir à tour de rôle un chef d'équipe pour l'exercice, sans tenir compte des grades. Cela ne choque pas les Britanniques pour qui les grades ne

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GUERILLA AU LAOS représentent pas grand-chose de stable et qui se considèrent dans les stages comme stagiaires égaux. Il en va autrement pour nous, et les Britanniques n'arrivent pas à comprendre la répugnance que montre un sous-officier chargé de commander le groupe et qui doit donner des ordres à un chef de bataillon. On se fait d'ailleurs peu à peu à ce système. « Une des plus intéressantes attractions du camp est « chez Nip» (1). Cest une maison en maçonnerie complètement truquée en vue de la pratique du tir instinctif dans des situations qui nécessitent rapidité de décision et de réflexe.
Il

Une fois la porte franchie, on se retrouve avec un pistolet

à la main et deux chargeurs dans chaque poche, dans un couloir vaguement éclairé par une ampoule bleue. Des portes à droite et à gauche, un escalier qui grimpe et un autre escalier qui va à la cave. Vous ouvrez une porte et vous trouvez nez à nez avec un Japonais (de carton) qu'il faut atteindre de deux balles. Vous avez à peine eu le temps de tirer qu'un bruit, derrière vous, vous fait vous retourner. Un Jap est en train de vous viser avec un fusil. Vous tirez à toute vitesse, juste à temps pour voir un autre Jap descendre l'escalier. Quand vous pénétrez au sous-sol, la première porte que vous ouvrez fait lever deux Japonais couchés sur des lits. Le fin du fin est la dernière pièce où un groupe de Japonais entoure un prisonnier allié. Il faut atteindre les Japs sans toucher ce dernier. Tout ceci se passe dans une pénombre mystérieuse: il y a de mystérieux grincements et c'est certainement une excellente école pour les nerfs. Les premiers essais sont « wild» comme disent les instructeurs, mais peu à peu nous atteignons une maîtrise certaine. »

. ..
Singarh « A la fin de la première période d'entraînement, nous déménageons pour aller dix kilomètres plus loin dans le fort de Singarh, bâti sur une colline escarpée, dominant de quelque deux cents mètres le bout du lac. Les parois sont abruptes; en grimpant à pied le chemin qui y mène, en lacets, il faut une bonne demi-heure pour atteindre la porte.
I (1) Nip pour nippon. Autrement dit « chez les Japonais ~.

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LA PRE'Pt\RATION La fierté de Singarh, c'est un parcours d'obstacles. Au pied d'un mur, une tombe. Le premier jour, l'instructeur s'arrête, se découvre et dit: « Messieurs, un de vos prédécesseurs, qui n'a pas assez baissé !a tête au passage du mur ». On commence par une échelle de corde suspendue dans le vide, au-dessus des deux cents mètres qui nous séparent du lac. Au bas de l'échelle peut-être mètres, une la . qui laa montagne. dix faut s'y laissersimple corde rejoint pied, paroi de Il glisser, reprendre descendre le long d'éboulis instables, remonter la paroi assez raide, grimper sur une des tours de garde par le mur extérieur, marcher le long de la ligne des machicoulis avec un bon vide à sa droite. Ensuite on franchit sur un pont de singes une citerne pleine d'eau. On poursuit par un passage sur une poutre coupée et par un souterrain long et étroit où on ne peut que ramper. Après un passage de rivière à la liane suspendue, on arrive au fameux mur qu'il faut franchir. Un épais réseau de barbelés oblige à sauter de haut et loin. On termine par l'ascension d'une maison avec, de l'autre côté, un saut à terre à partir du toit. Ce parcours est amélioré par l'adjonction de tirs réels par-dessus les têtes et sur les côtés, par des explosions savamment minutées, parfaitement désagréables quand on se trouve en plein tunnel ou au-dessus de la citerne. Ce parcours est fait aussi bien le jour que la nuit.
«

Une des autres attractions de Singarh est la « maison

piégée ». Il s'agit d'une maison de pierre ordinaire à un étage; le jeu consiste, pour une équipe, à piéger la maison de fond en comble avec des pièges reliés à un cordeau détonant instantané dit « cordon orange », en plein air, à un mètre de distance nullement dangereux. Les astuces les plus invraisemblables sont imaginées. L'autre équipe doit visiter la maison et dépiéger en faisant sauter le minimum de pièges, ce qui n'est pas facile. »
..*

*

Chekklala « Nous partons maintenant pour le Nord-Ouest par Delhi, Ambala, Ludhiana, Lahore. A Lahore, entre deux trains nous pouvons visiter un peu la ville, voir le fameux canon et le 33 2

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Musée de Kim (1). Nous sommes maintenant dans un pays totalement différent du Sud, dans le Punjab, en pays musulman et sikh. « Les mosquées, les bazars, les costumes des hommes et des femmes rappellent le Maroc. Ce pays a vu la grande révolte des Cipayes (2); les villes grouillent de populace. De Lahore, nous arrivons à Rawalpindi, belle ville de garnison, siège de l'état-major de la province du Nord-Ouest qui garde les cols. Magnifiques avenues bordées d'eucalyptus, avec des bungalows de chaque côté, au milieu de leurs jardins. Autour de la ville européenne, les maisons punjabis en terre, à toit plat, semblables à toutes celles de l'Asie Centrale, s'étendent en ordre dispersé. « Nous sommes accueillis par le capitaine Thornton, du Q. o. W. K. R. (Queen's Own West Kent Regiment), qui avait déjà fait un peu tous les métiers avant de se retrouver caporal barbotant dans l'eau au large de Dunkerque en 1940. Il a été chasseur de fauves pour un zoo, de serpents pour un autre. « Notre résidence dans un faubourg est une villa, au milieu d'un petit jardin, adossée à un champ de tir. Nous nous installons à deux par chambre, aidés par les habituels « bearers». Thornton est un boute-en-train et un joyeux humoriste. « Le lendemain, nous sommes conduits au terrain, à quelques kilomètres, immense base de la R. A. F.; on y trouve des avions, des planeurs, un régiment de paras gurkha en train de s'entrainer, colonel en tête. Nous passons une stricte visite médicale, puis sommes présentés à nos instructeurs, un Warrant-officer et deux sergents. « Chaque jour: cross de plusieurs kilomètres, breakfast, puis départ en camionnette pour le terrain. Nous passons la matinée à faire des roulés-boulés et de la glissière, à nous familiariser avec les techniques de direction du parachutage et de saut et les incidents éventuels. « Enfin, un beau matin, arrive le jour J. Nous montons deux par deux dans un bombardier Hudson. Nous nous asseyons sur la glissière, sorte de planche inclinée à rebords dont l'extrémité inférieure débouche dans le vide, juste sous le fuselage. Nous
(

(1) Le Musée de Kim n'est pas ainsi nommé en souvenir de Kim. Il s'agit du Musée dont parle Kim dans le livre de Kipling. (2) En 1857. 34

LA PREPARATION sommes dans le dos du pilote et du Warrant-officer qui va sauter avant nous pour que le pilote puisse bien se rendre compte de la force et de la direction du vent. L'avion monte, nous avons une vue superbe des montagnes du Kashmir. Feu rouge. Feu vert. Le Warrant-officer se laisse glisser et de notre place, juste derrière lui, nous le voyons plonger. L'avion fait un nouveau tour de terrain. Les pieds au bord du vide, nous voyons défiler des champs cultivés et des maisons qui semblent des petits cubes d'un jeu de constructions. Feu rouge. Le dispatcher nous dit de nous préparer. Feu vert. Le dispatcher donne une tape amicale sur l'épaule. On se laisse glisser et on est immédiatement aspiré dans un violent remous d'air. En l'air, le parachute s'est ouvert sans la moindre secousse. Au sol, les instructeurs munis de vastes porte-voix hurlent des conseils: « Gardez vos pieds joints. » « Vérifiez votre balancement. » Cest un moment délicieux. « Attention, calculons le balancement pour ne pas atterrir de dos. » Ça y est: roulé-boulé. Le parachute sous le bras, nous rejoignons les instructeurs. »
'"
'"

..

HarnaÏ « Un matin, nous embarquons à Bombay pour HarnaÏ, gros bourg de pêcheurs, à quelque cent cinquante kilomètres au sud. Nous arrivons en fin d'après-midi à HarnaÏ où nous débarquons en plein village. « Notre camp est, encore une fois, installé dans l'enceinte d'un vieux fort, au bord de la plage. L'intérieur du fort contient trois maisons en pierre (mess, logements, magasin). Il n'y a pas beaucoup de place mais nous ne sommes que six. Un seul instructeur, White, nous a accompagnés. Du bord des murailles. la vue est fort jolie: la plage qui s'étend à perte de vue, le « surf » brise sur le sable, la ceinture verte des cocotiers et des

filaos; au nord, des collines, au fond des montagnes. Quelques villages de pêcheurs sont nichés à l'embouchure de rivières. Droit à l'ouest, à quelque trois milles, une île rocheuse couronnée d'une forteresse, ancien repaire de corsaires; la mer est toujours agitée dans ces parages. « Levés au soleil, nous nous précipitons pour un cross le long 35

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de la plage, puis dans la mer; toilette, breakfast et, de nouveau, nous repartons à la mer dans les « fold boats» pour pratiquer la traversée du surf jusqu'à midi. Nous ramons de 9 à I I heures sans arrêt loin au large et passons l'heure suivante à « faire le surf ». Les rouleaux sont d'importance ici et l'exercice est délicat. « Après le déjeuner, nous repartons en bateau sans avoir fait de sieste: longue excursion, soit pour l'île fortifiée avec la traversée physiquement éreintante du détroit, soit pour remonter, pendant plusieurs milles, la rivière située en amont qui serpente entre de hautes collines escarpées. Le courant est violent, nous rentrons fatigués. Après le thé, de nouveau dans l'eau, nage ou exercices d'orientation en mer. Après le dîner, un soir sur deux, exercice de nuit: rendez-vous en pleine mer .avec un sous-marin (faux) ce qui nécessite un bon travail à la boussole, débarquement de commando dans l'île fortifiée ou en amont en vue de procéder à des destructions et sabotages, tandis que la police locale ou des unités militaires voisines cherchent à nous en empêcher. Nous passons une nuit entière, lors d'un exercice, à pagayer contre un très fort courant, ne rentrant que vers 5 heures du

matin... »

. ..
La jungle
« En juin, notre groupe part pour la jungle. Notre nouveau camp comporte seulement une baraque en bois au toit de feuilles, servant de logement pour l'instructeur et de magasin. L'instructeur est Fooks, qui nous a déjà servi d'instructeur à Poona. Cest un ancien du Service Forestier de l'Inde qui a une profonde blessure au mollet causée par un coup de griffe d'un tigre. Fooks est assisté d'un « ranger », métis birman qui connaît toutes les plantes utiles, médicales et comestibles. Un chauffeur de camionnette complète l'équipe. Nous sommes en pleine forêt, au bord d'une route, dans un creux. De l'autre côté il y a un petit ruisseau qui nous servira de salle de bains et où, chaque jour, nous découvrons des traces de tragules (1).

(1) Petit mammifère ressemblant à un daim, mais de taille à peine supérieure à celle d'un gros lapin. 36