//img.uscri.be/pth/31c822ba72a7696b407860418a0af5784c74f7ac
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT PRIVÉ ET OFFICIEL À MADAGASCAR (1820-1995)

De
338 pages
Au moment de son accession à l’Indépendance en 1960, Madagascar se lace au premier rang des pays d’Afrique par son degré de scolarisation. L’auteur recherche l’origine de cette position, il étudie le travail des missions protestantes, l’action des ordres religieux catholiques et la promotion de l’enseignement laïque. D’autre part, il s’interroge sur les problèmes politiques sous-jacents. Cet ouvrage traitant de la pédagogie et de la refonte de l’enseignement colonial comble une absence de synthèse sur l’enseignement malgache.
Voir plus Voir moins

Histoire de l'enseignement privé et officiel à Madagascar
(J 820-1995) Les implications religieuses et politiques dans la formation d'un peuple

@L'Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-7416-0

Francis KOERNER

Histoire de l'enseignement privé et officiel à Madagascar
(1820-1995)
Les implications religieuses et politiques dans la formation d'un peuple

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris -FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Aux collègues malgaches du Lycée Rabearivelo Aux enseignants et amis de la coopération à Madagascar Au regretté Samuel Rajoana

Remerciements

Je remercie toutes les personnes qui ont facilité ce travail, en particulier les archivistes des Archives Nationales de Madagascar, M. Jean Valette et Mme Raziharinoro-Randriamboary de même que Mme Menier de la section d'Outre-Mer des Archives Nationales à Paris. J'ai également reçu un accueil sympathique auprès des conservateurs des archives de l'Archevêché de Tananarive, de l'école protestante d'Ambohijatovo, du Grand Séminaire, de la Maison Laborde et de la Bibliothèque Nationale de Tananarive qui comprend, en autres, les archives personnelles du pasteur Rabary. Cette documentation a pu être complétée grâce à Mme H. Prince, responsable du Département Évangélique Français d'Action Apostologique (DEFAP, 2 bd Arago, Paris 11). Pour la période du XIXe siècle, les bibliothèques et missions anglaises n'ont pas ménagé leur peine, spécialement Mme Tabitha Driver (Friends House), Mme Clare Brown (Rhodes House, Oxford), Gail F. Muller de la SOAS Library et John Creasy de la Dr William's Library (LMS). L'époque actuelle doit beaucoup au concours de Mme Françoise du Pouget de l'Institut International de l'Éducation (UNESCO) et aux services de la Documentation française de la BIRD qui a servi de relais pour les publications de la Banque Mondiale. Mais toutes ces contributions n'auraient pu aboutir sans le dévouement de Melle J.-M. Lavialle et de Mme J. Briaire du Prêt extérieur et de la Bibliothèque de la Faculté de Droit. Les bibliothèques les plus sollicitées ont été celles de Lille, Reims, Strasbourg, Montpellier et du Museum de l'Homme. Mon épouse a corrigé le manuscrit et Mme Lacot du département de philosophie a eu la lourde charge de le mettre en forme. 7

Le travail très méticuleux du CRDP de Clermont-Ferrand permet aussi, j'allais l'oublier, de consulter des dossiers très substantiels sur la Coopération et la Francophonie. A tous ma plus sincère reconnaissance.

8

Avant-propos

Les pages qui vont suivre n'étaient pas destinées, au départ, à former un ouvrage sur l'enseignement à Madagascar. Il s'agissait simplement dans l'esprit de l'auteur de mettre en parallèle la montée du nationalisme malgache et les réactions d'auto-défense de la colonisation française (1914-1940). Mais les allusions récurrentes à la pensée de Gallieni et aux affrontements entre missions au moment de la conquête (1895-1997) exigeaient un approndissement des textes fondateurs de l'enseignement colonial. A ce stade un élargissement du travail pouvait être envisagé. Il a été grandement favorisé par les missions-mères anglaises, et particulièrement la mission Quaker, qui m'a fait parvenir en plus des orientations bibliographiques toute une série de documents de première importance. Le déclic définitif est venu de l'ouvrage de M.M. Rémi Clignet et B. Ernst qui déplorent dans leur rapport de 1991 .sur l'école à Madagascar l'absence d'une synthèse sur l'enseignement malgache et le peu de publicité faite aux chercheurs malgaches sur les thèmes de la pédagogie et de la refonte de l'enseignement colonial. L'auteur s'estimerait amplement récompensé pour ce travail si les éventuels lecteurs voudront reconnaître qu'il a été fait sans parti pris et sans ces « relents de néo-colonialisme» que redoutent toujours les chercheurs des organismes internationaux. On sera peut-être surpris que le titre de l'ouvrage ne reproduise pas la distinction classique entre enseignement privé et laïque. En fait, cette formule n'a pratiquement pas été utilisée à Madagascar, l'Administration coloniale voulant signifier que 9

l'école publique était fortement recommandée par le gouvernement français, et que les fonctionnaires malgaches avaient tout intérêt d'y faire admettre leurs enfants.

10

Introduction

Les missions protestantes naissent tardivement, près de trois siècles après la prédication de Luther. Certes des appels sont faits dès le xvr et XVIIe siècle, mais sans grand succès. Les premières missions apparaissent en relations étroites avec les migrations aux U.S.A. ; des groupes d'Anglicans créent au tournant du XVIIIe siècle la Society for Promoting of Christian Knowledge (S.P.C.K 1698) et la Society for the Propagation of the Gospel (S.P.G.170l). A la même époque, la compagnie hollandaise des Indes Orientales contribue à la formation de pasteurs à Leyde pour le service des employés autochtones à Ceylan et en Indonésie. A la fin du XVIIIe siècle W. Carey donne une « constitution» aux missions protestantes. Il se rend en Inde et sa correspondance suscite un enthousiasme sans précédent en plein « revival» évangélique 1.Elle détermine la création de la London Missionary Society (1795), suivie par la Scottish Missionary Society (1796) et la Church Missionary Society (1799). Ces mouvements ne s'érigent pas en églises, mais en associations autonomes, très jalouses de leur spécificité religieuse2. La London Missionary Society joue un rôle essentiel dans l'évangélisation et l'instruction à Madagascar. Elle appartient au mouvement congrégationnaliste prêchant, au début du XVIr siècle, le retour au puritanisme. Dans la doctrine de ses adeptes chaque fidèle peut s'élever au rang de pasteur. Les Congrégationnalistes, connus plus communément sous le nom d'Indépendants gagnent en influence sous Cromwell, déclinent, puis renaissent avec le Toleration Act de 1689. Au
1. W. Carey, fondateur de l'église baptiste, professeur à Calcutta et traducteur de la Bible en de nombreuses langues indiennes. 2. Encyclopédie de la civilisation britannique sous la direction de Monica Charlot, Larousse, 1976. Il

XVIII" siècle, ils entretiennent de très bonnes relations avec les Méthodistes, de sorte qu'ils sont appelés à Madagascar - Méthodistes, par confusion. Au départ, ils n'envisagent pas de missions lointaines; ils concentrent leur travail sur les banlieues ouvrières du pays. Par la suite, ils s'établissent en Afrique, en Inde, en Chine et en Papouasie. Ils gagnent Madagascar et la Côte de l'Or (Ghana) à peu près au même moment (18171-820)3. A Madagascar, ils oeuvrent d'abord seuls (1818-1835) puis appellent en renfort, au moment de la réouverture du pays (1862), d'autres missions, spécialement les Friends (Quakers) avec lesquels ils collaborent fructueusement au sein des synodes semestriels et annuels. Les Friends sont apparus au

XVII"siècle, avec George Fox. Ils prêchent la responsabilité
individuelle et croient que la « Lumière intérieure» peut les rapprocher de Dieu. Leur venue à Madagascar est, en partie, due au hasard. Comme en Angleterre ils se révèlent à Madagascar d'excellents connaisseurs des problèmes pédagogiques. Ils sont partiellement concurrencés par les Luthériens norvégiens qui étendent leur champ d'activité depuis l'Afrique du Sud et occupent les régions méridionales des Hauts-Plateaux. Le mouvement missionnaire norvégien doit son essor au piétisme éclos au XVII" siècle en Allemagne. Cette tendance religieuse s'introduit par le biais de la Cour de Danemark à la recherche de missionnaires pour les populations tamoules en Inde du Sud. De là, le piétisme fait son apparition en Suède, avec le retour de ses prisonniers de guerre internés en Sibérie (1707). La Norvège ne se préoccupe alors que de ses territoires du Nord, habités par les Lapons. Toutefois des engagements individuels dans les missions allemandes les orientent vers l'Afrique du Sud4. La plupart de ces missions vont se heurter à Madagascar aux Pères Jésuites qui, à la suite de leur expulsion d'Europe, ont un~ expérience de premier ordre des continents nouveaux, et en particulier de l'Asie (Chine et Inde du Sud). Ils sont appelés au
3. J.T. Hardyman, The London Missionary Society and Madagascar, (17951818) revue de la Faculté de Lettres de Tananarive, O.S.A., 57, 1978. Christlische Mission in Ozeanien, Museum für Vôlkerkunde, Abteilung Sudsee, Dahlem, Berlin. 4. G. Hastings, Encyclopedia of Religion and Ethics, Edimbourg, 1959. Dictionnaire de la Spiritualité T. X, 1980. 12

milieu des années 1840 par les Pères du Saint-Esprit et attendent avec impatience la conversion du dauphin merina à la religion catholique. Leurs espoirs sont partiellement déçus, en 1862, au moment de l'arrivée au pouvoir de Radama II et ils cohabitent dès lors, de façon conflictuelle, avec les missions protestantes. Mais qu'elles soient protestantes ou catholiques les missions vont devoir surmonter à Madagascar des obstacles infiniment plus grands encore, de nature physique, matérielle et politique. Sur les côtes, les difficultés sont inouïes. A l'ouest convergent les grands fleuves du pays peu navigables. Les fièvres y sévissent et les populations, attirées par l'appât du commerce des esclaves, sont à ce point turbulentes que les installations se révèlent précaires, particulièrement à chaque changement de règneS. La côte Est sort difficilement de son anarchie entretenue par le commerce des esclaves en direction des plantations de canne à sucre des Mascareignes. Les traitants européens sont les plus souvent sans aide pour les missions qu'ils ne manquent pas de dénigrer à l'occasion. Les Hauts-Plateaux doivent leur isolement à des pistes très pénibles qui escaladent la falaise Est, mais des changements notables se produisent à l'orée du XIXe siècle. La monarchie merina, née au XVIe siècle, se fortifie. Son grand roi Andrianapoinimerina (1787-1810) assure l'unité du pays, restaure la vie agricole grâce à la maîtrise de l'eau et crée des marchés. Par des expéditions militaires d'une ampleur inusitée il soumet des régions voisines dont le Betsileo*5a. Il ouvre la voie à Radama 1er (1810-1828) qui s'engage par convention du 23 octobre 1817 à abolir la traite. En contrepartie, l'Angleterre fournit des indemnités, du matériel d'équipement et des missionnaires afin de promouvoir la civilisation européenne. Les missionnaires de la L.M.S. débarquent en 1818 à Tamatave. Ils vont bouleverser la civilisation traditionnelle des Hauts-Plataux jusqu'à ce qu'une première réaction nationaliste, fondée sur les fomba (les coutumes) jette à bas leur œuvre en 1835. L'enseignement européen réapparaît sous Radama II (1864-1863). Les missions protestantes dissidentes (L.M.S. et F.F.M.A.) gagnent en vi5. R. Decary, « La première mission catholique à la baie de Saint Augustin en
1845 », Bulletin de Madagascar, août 1966. *5a A. et G. Grandidier, Madagascar, histoire naturelle, physique et politique, Imprimerie Nationale, 1908. 13

gueur grâce au pasteur William Ellis; elles sont renforcées par la présence luthérienne norvégienne et américaine. Ensemble elles arrivent à contenir la poussée des Jésuites qui ne 'pardonnent pas leur évincement partiel depuis la conversion de la royauté malgache au protestantisme. Les rivalités autour des écoles et des temples déclenchent une guerre larvée, particulièrement dans le Vakinankaratra et le Betsileo avec de sempiternelles récriminations et bagarres pour s'approprier et les élèves et les terrains cultuels. Le coup de force de 1894-1895 où les catholiques de France et les francs-maçons de la Réunion forment un front uni fait pencher la balance en faveur de la France. La période coloniale s'ouvre sur une valse hésitation autour du type de gouvernement, protectorat ou colonie d'exploitation. Le résident général Laroche, de confession protestante, est écarté au profit du pouvoir militaire plus expéditif. Le « proconsulat» de Gallieni assume l'héritage anglais et norvégien tout en le combattant. Ses successeurs les « frères» Augagneur et Picquié, ulcérés par l'emprise religieuse et les dépenses inconsidérées mettent en place la philosophie rationaliste qui profite à une partie du corps enseignant. L'apaisement ne se produit qu'en 1913 avec la loi de séparation des églises et de l'État. Au cours de ces affrontements l'enseignement laïque émerge lentement, trop lentement au gré des gouverneurs généraux qui bâtissent leur carrière sur des rapports de complaisance. L'éducation nouvelle est donnée dans des écoles de 1er,2e et 3e degré. En 1926 quand la Colonie semble entrer dans sa phase de

production capitaliste, Madagascar possède 856 écoles du 1er
degré, d'un niveau sans doute supérieur aux écoles congréganistes. Les écoles de 2e degré, remaniées en 1916, doivent assurer à leurs élèves un métier ou une qualification au service de la colonisation. Les écoles du 3e degré telles Le Myre de Vilers et l'École de Médecine ne doivent pas faire illusion. Cet enseignement très surveillé, soumis à des « quota» de races est largement décalé par rapport au niveau de France. Instituteurs et médecins malgaches de l'AMI, sortes d'infirmiers de qualification supérieure sont affectés de préférence à leur région et sont autorisés à user de leur dialecte particulier afin d'anéantir l'avance acquise par les gens des Hauts-Plateaux. Parfois en vain. «Voyez-vous, proclame le G.G. Cayla, aux colonies, il nous faut moins de 14

lettrés que de bons ouvriers» (Gazette coloniale, 26 novo 1931). Quelques poètes, dûment triés, dédouanent l'administration centrale. Leur avancement est garanti par Vichy. La deuxième guerre mondiale, désastreuse pour la Colonie, inaugure une période de réflexion. Au sortir de la guerre, les gaullistes et le MRP optent pour une francisation complète. Elle se met en place, en 1951, quand les effets d'une répression sanguinaire du nationalisme malgache commencent à s'estomper. Les Malgaches qui n'ont pas le choix se rallient à cette politique et les statistiques de l'époque débordent, au moment de l'Indépendance, sur une image flatteuse des progrès de l'enseignement. Madagascar se trouve au premier rang des pays africains, en 1960. Conscients du retard dans la scolarisation, les gouvernements malgaches successifs essaient d'étendre l'enseignement jusqu'aux villages les plus défavorisés. Sous Tsiramana des progrès quantitatifs notables sont enregistrés, mais la politique incarnée par le Ministre de l'Education Nationale Botokeky bute avec les problèmes de la Coopération et de la malgachisation jugée trop laxiste. La tentative du président Ratsiraka (1975-1991) est plus sérieuse. Elle soulève d'abord l'enthousiasme du peuple, mais se trouve minée par l'ajustement structurel mis en place par les organisation internationales et les rivalités ethniques. L'option pour le malgache comme langue véhiculaire conduit à des impasses d'autant plus qu'elle n'a été suivie qu'imparfaitement dans les écoles des missions. L'enseignement malgache entre dans une phase de récession en 1985. Les années récentes, malgré de nouveaux espoirs, n'ont pas opéré de changement radical. Elles semblent s'être passées en luttes stériles entre le président Albert Zafy et le Premier Ministre. Les élections actuellement en cours (décembre 1996) diront si la Banque Mondiale et la Coopération internationale peuvent imprimer un nouvel élan au désir réel d'instruction du peuple malgache (Jeune Afrique, n° 1864).

15

Première partie

Les Ecoles missionnaires sous la monarchie Merina (1820 - 1895)

I
La London Missionary Society et les premiers pas de l'enseignement à Madagascar (1820-1835)

Au sortir des guerres napoléoniennes, l'île de Madagascar n'entre pas dans les préoccupations majeures des gouvernements européens. La politique malgache est laissée aux soins des gouverneurs de Maurice (anglaise) et de la Réunion (l'ancienne île de Bourbon française). Sir Robert Farquhar mène une politique active, reconnaît l'antériorité des tentatives catholiques d'évangélisation de la Grande lIe et pense s'entendre avec Rome pour inclure Madagascar dans lajuridiction catholique de l'île Maurice. La Curie romaine temporise, mais le gouverneur de la Réunion n'arrive pas à exploiter la tension momentanée dans les rapports anglo-malgaches sous le gouverneur par interim Gage Hall. Six jeunes Malgaches venus faire leurs études à Maurice sont renvoyés 1 En août 1820, le gouverneur Farquhar revient dans l'île

après un long congé, renoue les contacts avec la monarchie
merina et renouvelle le traité de 1817. Il suit les instructions de Londres et facilite la montée à Tanarive du missionnaire, le Rev. David Jones, «le missionnaire de Madagascar ». Le nouveau roi, Radama 1er, privilégie à partir de ce moment les relations avec l'Angleterre et proclame que les métiers et les arts doivent être la chose la plus importante et en même temps la
1. J. Valette, «La rivalité franco-britannique au sujet de Madagascar », Bulletin de Madagascar, n0236, mars 1966. J. Valette, Études sur le règne de Radama 1er, Tananarive, Imprimerie Nationale, 1962. 19

plus urgente2. Une lettre adressée aux directeurs de la L.M.S. promet aux futurs missionnaires et artisans, « protection, respect et tranquillité ». Dès le 8 décembre 1820, Jones ouvre une école à Tananarive. Il a parmi ses élèves les fils de familles aristocratiques et le propre neveu du roi. Celui-ci explique le nouveau plan à son peuple: «Je veux faire venir les Européens pour équiper et instruire nos soldats qui seront les cornes du pays et de l'État »3. Du côté anglais, le soutien à la L.M.S. s'inspire de l'idée d'apostolat religieux assortie sans doute de raisons politiques, sinon commerciales, aux dires des catholiques4. Les impressions du nouveau missionnaire sont très favorables : gentillesse du roi, aspects positifs de la civilisation de l'lIe supérieurs en quelques points à ceux du pays de Galles. De son côté le roi Radama 1er qui avait eu des maîtres arabes et avait trouvé l'écriture arabe très difficile, s'aperçoit que les jeunes Malgaches se prêtent avec aisance à l'alphabet romain de sorte qu'il n'hésite à aucun moment dans son choix de nouveaux maîtres, venus d'Europe5. Le travail du Rev. David Jones consiste à donner à la langue malgache sa forme écrite et à enseigner les bases de l'écriture à ses élèves. Très favorable au travail fourni, le roi continue à s'adresser à la direction londonienne de la L.M.S. pour qu'elle envoie des hommes de métier afin de faire de ses sujets de bons ouvriers et accessoirement de bons chrétiens. Les directeurs de la Société réagissent avec rapidité à la requête et font partir un charpentier, un forgeron, un tisserand et un tanneur-cordonnier. En 1826 ils seront renforcés par deux autres ouvriersmissionnaires dont le fameux Cameron qui devait jouer un rôle de premier plan dans la formation des artisans6.
2. J. Valette, « Lettre de Radama 1er à Farquhar », dans Revue de Madagascar, n029, 1965. 3. G.S. Chapus, « Quatre-vingts années d'influences européennes en Imerina », Bulletin de l'Académie malgache, t. VIII, 1925. 4. V. Belrose-Huyghes, «Fondation des premières communautés congrégationalistes (1818-1835) », dans B. Hübsch, Madagascar et le christianisme, Karthala, 1993. 5. B.A. Gow, Madagascar and the protestant impact. The work of the British Missions (1818-1895), London, 1979. 6. H.E. Cousins, David Jones, The pioneer of protestant missions in Madagascar, London, 1908 - H.E. Cousins, James Cameron of Madagascar, s.d. (vers 1908). 20

~

MADAGASCAR vers 1800 Populations et royaumes
Carte dressée A. Grandidier, H. Descamps. d'après: A. Dandouau,

Fitt6.II"

L'enseignement général est donné à la Royal School. Il débute modestement dans la banlieue de la Capitale (à Ivato, puis Ifidirana) avec seulement trois élèves choisis par le roi. L'instruction se fait d'abord en anglais. L'assistance grandit: certains élèves sont attirés par la curiosité, essaient éventuellement d'apprendre, mais la plupart assistent au cours sur ordre de leurs familles, pressées par le roi. La deuxième école est ouverte par le Rév. David Griffiths, arrivé à Tananarive en mai 1821. Elle débute le 23 octobre 1821
avec Il garçons et 4 filles. Les deux écoles augmentent peu à

peu leurs effectifs et les épouses des missionnaires ouvrent à leur tour un enseignement destiné uniquement aux filles. Le fonctionnement des deux écoles est particulièrement bien connu grâce à un rapport d'inspection rédigé par l'agent consulaire James Hastie et un missionnaire nouvellement débarqué, John Jaffreys7. L'école de Jones qui vient de quitter ses locaux situés à la périphérie, s'est installée dans l'enceinte du Palais d'où son nouveau nom «École du Palais ». C'est une maison d'un étage dont le rez-de-chaussée sert de salle de classe: l'école comporte cinq divisions avec un total de 47 élèves (24 garçons et 23 filles). La première classe comprend les proches parents du roi, cinq garçons et une fille. Ils sont le noyau le plus ancien. Les exercices comportent des mots à épeler, des opérations de calcul. Le maître corrige la lecture, la prononciation. Le texte à travailler est un chapitre de l'Évangile selon St Jean. Il y a aussi un cours d'instruction religieuse, en malgache, d'après un catéchisme sommaire, rédigé dès ce moment par le Rév. David Jones. Les autres élèves recrutés un peu plus tardivement montrent le même zèle dans l'apprentissage de la langue. Le chant porte sur des Psaumes. Les classes absorbent une partie importante de l'emploi du temps du missionnaire qui, parallèlement, approfondit sa connaissance de la langue malgache. L'école du Rév. David Griffiths se tient dans un local provisoire. Arrivé depuis un an à peine, les effectifs du missionnaire sont plus nombreux (une soixantaine d'enfants), mais d'origine plus diversifiée. Les leçons sont à peu près identiques. «L'ordre et la propreté créent une sensation de plaisir ».
7. J. Valette,« L'état de la scolarisation à Tananarive en juin 1922 », Bulletin de Madagascar, n0285, février 1970. 22

Le roi est impressionné et s'étonne de l'intérêt de ces instituteurs étrangers pour l'instruction des jeunes enfants malgaches. Dès 1823, chaque enfant fréquentant l'école est capable de lire et écrire le malgache, un petit nombre d'entre eux sachant aussi écrire un peu d'anglais. Jones et Griffiths sont avant tout soucieux de former des instituteurs et des catéchistes bien que l'instruction religieuse soit peu avancée. Jones est frappé par l'aisance des Malgaches à s'adapter à l'éducation occidentale. Les missionnaires prennent assurance en eux-mêmes, adoptent définitivement le malgache comme langue d'enseignement et incluent dans leur programme la géographie et l'arithmétique. L'adoption de la langue vernaculaire exige la mise au point d'un matériel pédagogique nouveau. Sous la surveillance du roi, l'orthographe malgache, d'abord fantaisiste, se fixe progressivement et les deux missionnaires, aidés de leurs meilleurs élèves, s'attaquent à une œuvre ambitieuse: la traduction intégrale de la Bible, texte de base de la connaissance. Comme jadis en Europe orientale et centrale, la Bible fixe la langue. Parallèlement les missionnaires s'attachent à rédiger des dictionnaires. Jones prend pour base le dictionnaire de Froberville qu'il avait pu consulter à Maurice; d'autres missionnaires collectionnent le vocabulaire ambaniandro (terme betsileo pour les Merina). L'élaboration de ces outils indispensables devient une affaire d'État. Le 1er dictionnaire voit le jour en 1835 ; il est édité sur les presses de la L. M.S. installées depuis 1827 à Ambatonakanga. TIregroupe à peu près 9 000 termes8 En attendant ces parutions, le roi continue à donner son impulsion à l' œuvre scolaire. En 1824, à son instigation, les écoles de Tananarive se regroupent en une vaste École Centrale, modèle des futures écoles. Au même moment il exprime son désir de voir se créer des écoles dans les principaux bourgs de l'Imerina. Les nouveaux maîtres, formés depuis deux ou trois ans seraient subventionnés par le gouvernement. II incite même les missionnaires à gagner les régions côtières, le pays sakaIava et Fort-Dauphin.

8. F. Raison-Jourde, A Madagascar, l'échange inégal de la langue, Annales E.S.C. n04, 1977.

23

Un rapport conservé dans les Archives londoniennes de L.M.S. fournit la liste complète des écoles et des instituteurs malgaches en service en 18269. Situation scolaire en 1826 (Extrait)
Noms des bourgs ou villaees 1. Antananarivo 2. Ambohimarina Date de création 1820 1824 Noms des maîtres Ratsimihara Tsimandisa Ramaka Tsilainga Ratsisatraina Mananari vo Rakoto Zafinirina Rasoamanana Tsaramanana Ramaholy Ramarotafika Ramanana Maizaka Tsimahabefo Nombre d'élèves 205 84 Assiduité

179 66

3. Anosizato 4. Ambohimanga 5. Ilafy

1824 1824 1824

83 124 82

27 110 76

6. Namehana 7. Betsizaraina 8. Ambohipiainana 9. Amboatany 10. Ambohidrabiby

1824 1824 1824 1824 1824

79 41 40 62 85

68 40 35 46 46

La promotion de 1824 est affectée à 25 écoles. Six autres sont encore ouvertes en 1825 et 1826. Les instituteurs sont assistés d'instituteurs adjoints. Un seul missionnaire figure parmi les enseignants à temps complet: M.T. Rowland à Antsahadinta. Un rapport annuel de la L.M.S. pour l'année 1829 mentionne un total de 957 garçons et 480 filles dans les 38 écoles de l'Imerina. Elles sont alors dirigées par 44 maîtres malgaches. On envisage prochainement des écoles dans le Betsileo.
9. J. Valette, « Scolarisation en Imerina en 1826 », Bulletin de Madagascar,
n0274, mars 1969. 24

-'.;;

.. ~.. ~"ii 0ë..

:7)

.D :..ë
..

-.E 0 JJ

.... " ï:> "

:7)J>

." :.ë 0 " ~..D ~e Ë<! . ".i 0

~E q .

E "
:.c

0 J> E < .

c E

" l.

et

"g-. «

~0
L. ." c

0

E

ï::

E "
CI }: '" "ë

.. L.

~]0 ~JJ

"~.
0E <!

<!

E

c " o
c «
...

en ~.

~

------------------

ImpJantation des écoJes en Imerina en 1826 BuHetin de Madagascar (mars 1969)

Cette œuvre, loin s'en faut, n'est pas du goût de tous les parents. Ils ne désirent pas que leurs enfants apprennent les coutumes des missionnaires. Aussi déclarent-ils souvent qu'ils n'ont pas d'enfant, que leurs enfants sont peu doués pour les études ou encore qu'ils ne possèdent pas de vêtements propres. Comme en Afrique occidentale certaines familles préfèrent envoyer les enfants de leurs esclaves. D'ailleurs les bruits courent que les enfants qui suivent l'enseignement des missionnaires seraient prochainement vendus comme esclaves. D'autres encore sont réticents à adopter les concepts et les valeurs chrétiennes. Certaines familles se montrent parfois plus ouvertes à l'enseignement technique. On a vu plus haut que la L.M.S. avait envoyé, dès 1822, des artisans missionnaires habiles dans la charpenterie, le travail du fer, le tissage, le tannage et le travail du bois. Les noms de certains d'entre eux ont été conservés: Brooks, Chick, Rowlands, et Canham. Ils sont rémunérés 20 piastres (100 F) par mois par le gouverneur de MauricelO. Leur travail suscite un réel intérêt. George Chick ouvre un atelier de forgeron dans le quartier d'Amparibe qui emploie bientôt plusieurs centaines de Malgaches requis pour la construction du palais de Soanierana. Par contre les tentatives pour faire du coton échouent tout comme celles qui prévoient l'introduction du mûrier ou l'ouverture d'une manufacture de souliers dans un pays où tout le monde va nu-pieds. L'Écossais James Cameron remporte plus de succès: on admire chez lui la diversité des dons: constructeur de palais, fabricant de poudre et de savon, artisan du fer. En fait, cette initiation à la technologie ne remporte pas non plus l'adhésion de tous les Malgaches. Elle est même très sérieusement critiquée par Raombana, un pur produit de l'enseignement de la L.M.S. Celui-ci estime que l'apprentissage des métiers n'entraîne aucun bénéfice pour le peuple, écrasé de charges par les féodaux et exploité à un degré absolument intolérable alors que par le passé les conditions de travail étaient fort acceptables. Les réalisations de Cameron, l'usine de poudre et de savon, avec leurs corvées renforcées, ne servent en fait que les desseins du roi. Le despotisme s'étend jusqu'aux pays sihanaka et bezanozana, forcés d'approvisionner Tananarive
10.J. Valette, les instructions de Sir R.T. Farquhar à James Hastie du 30 avril 1822, Bulletin de Madagascar, n0270, novo 1968. 26

tous les mois en bois. Or, tout ce travail n'est en rien rémunéré Il. Toutefois les talents des apprentis malgaches sont très réels, surtout chez ceux qui ont été formés à Maurice ou en Angleterre, suivant les dispositions du traité de 1817. Le gouvernement anglais s'était formellement engagé à apprendre le tissage aux Malgaches expatriés. Certains de ces jeunes gens acquièrent un savoir-faire remarquable: « John» (Raobombeloma) se spécialise dans la filature et le tissage et Joseph Verky (Ravarikia) est engagé à la Manufacture Royale de Poudre, à Waltham Abbey. Il est absolument indispensable après son retour, quand l'armée merina se lance à la conquête des régions côtières. L'enseignement général et technologique enregistre ainsi une certaine réussite. Il n'en va pas de même de l'enseignement de la doctrine chrétienne qui débute en février 1824. Les conversions s'avèrent très difficiles par suite des exigences des missionnaires, mais surtout de l'indifférence des populations, sinon de l'hostilité des tenants de la tradition. Les missionnaires sont traités des termes les plus injurieux; les enfants en classe, sermonnés par leurs parents, tombent en catalepsie; quatre mille femmes se révoltent dans les quartiers orientaux de la ville en 182812. Dans ces circonstances les missionnaires perdent une partie de leurs illusions et deviennent très critiques à l'égard des Malgaches. L'enthousiasme de David Jones s'évanouit et se mue en colère au vu de la polygamie, des formes traditionnelles du divorce, des cérémonies de circoncision. Les avertissements aux directeurs de la L.M.S. soulignent les pièges et les tentations de Madagascar. Son collègue David Griffiths juge les Malgaches orgueilleux, jaloux, extrêmement ignorants et superstitieux. A bout de ressources, ils escomptent pour redresser la situation, une intervention royale, qui ne vient pas. C'est que le roi, représentant de ses ancêtres, protecteur des ancêtres de son peuple et gardien des sampy (idoles) ne peut encourager les conversions. La formation de clans chrétiens favoriserait ses adversaires et conduirait inévitablement à des révoltes fomentées par ses rivaux. Soucieux d'introduire l'enseignement dans le pays il ne peut aller au-delà d'une tolé11. S. Ayache, Raombana, l'historien 1809-1855, Fianarantsoa, 1976. 12. Ratrimoarivony-Rakotoanosy M., Historique et Nature de ['Enseignement à Madagascar de 1896 à 1960, thèse de 3e cycle, Sorbonne, 1986.

27

rance bienveillante à l'égard des chrétiens. Certains missionnaires tel Jaffreys ont tendance à adopter une attitude agressive à l'égard des coutumes malgaches. David Jones lui-même ne peut admettre des entorses au genre de vie européen qu'il veut imposer aux Malgaches éduqués en Angleterre (habitudes alimentaires et vestimentaires, obligation d'assister à toutes les réunions religieuses). Les disputes entre missionnaires à propos des questions d'enseignement sont connues des Malgaches13. Le roi Radama 1er meurt le 27 juillet 1828 à l'âge de 36 ans. La succession est reprise par Ranavalona 1er; la Reine se dégage de l'influence anglaise, renvoie le représentant consulaire Robert Lyall et interdit la prière chrétienne en 1835. L'année suivante, les missionnaires sont chassés. A en croire W. Ellis, les Indépendants ou congrégationalistes auraient appris à lire à 10 000 ou 15000 Malgaches et enseigné un métier à plus de 10 000 jeunes gens. Bien des historiens sont d'accord pour dire que l'école a servi à glorifier le règne de Radama et à justifier ses conquêtes. Sous le règne persécuteur de Ranavalona 1er la recherche et la lecture de la Bible, échappée aux auto-dafés, est le seul lien qui unit certaines élites au monde occidental (1835-1861). Pendant toute cette période, les progrès de la mission protestante sont suivis avec aigreur par les missions catholiques de la Réunion. Dès 1820, l'abbé Pastre, des Missions Étrangères, avait dû renoncer à évangéliser le pays devant le refus de Radama de faire appel à des religions rivales. La Congrégation du St Esprit, installée de 1815 dans l'île voisine, n'est pas moins vigilante. Elle obtient par décrets de Rome l'extension de sa juridiction sur Sainte-Marie et Mada-

13. RA. Gow, Madagascar

and the protestant

impact, op. cité.

28

gascar (1829). Une longue attente devient exaspérante pour tous les ordres soucieux de gagner l'amitié du nouveau monarque14.

14. Lintingre. Note sur la rivalité franco-britannique. L'entrée en scène de la congrégation du Saint-Esprit, Bulletin. de Madagascar, n0257, 1967. [Les religieux reprochent au gouverneur de la Réunion sa rigidité administrative pour n'avoir pas soutenu, en 1820, les efforts du sergent déserteur Robin bien introduit à la Cour et donnant des leçons de français au RoL]

29

II
Le retour et le renforcement des missions dissidentes anglaises
(La London Missionary Society et les Friends) (1861-1895)

La fin du règne de Ranavalona r est entourée de sombres intrigues où les Français Laborde, Lambert et de Lastelle jouent les premiers rôles. Grâce à eux, les missionnaires catholiques et en particulier le Père Finaz arrivent à s'introduire dans la Capitale et même à la Cour. Ils approchent le prince Rakoto (futur Radama II), homme «plein de bonté et d'humanité ». Il suit les cérémonies religieuses secrètes et semble pencher en faveur du catholicisme. Mais, comme en 1820, la mission catholique est stoppée dans son élan et le missionnaire dissident William Ellis peut s'appuyer à Tananarive sur un «parti» protestant influent constitué par les familles des « vieux croyants» échappés aux persécutions. Peu à peu les missionnaires anglais arrivent à regagner le terrain perdu au milieu des complots et des ultimatums français et à bénéficier du traité anglo-malgache de 1865, suivi en 1869 par la conversion de la nouvelle Reine et du Premier Ministre au protestantisme. Du côté catholique, on ne pardonnera jamais à W. Ellis d'avoir joué un jeu plus jésuitique que celui des Jésuites!.
1. P. Suau, La France à Madagascar. Histoire politique et religieuse d'une colonisation, Paris, Perrin, 1909. Cet ouvrage est la réunion des articles du même auteur parus dans Études (années 1907-1908). Ida Pfeiffer, Voyage à Madagascar, avril-septembre 1857, Kartha1a, 1981. Introduction d'Esoave1omandroso qui la présente comme protestante. A. Boudou, « Le prince Rakoto (Radama Il) et ses relations avec les mission31

Le rôle primordial malgache

de la L.M.S. dans l'enseignement

Parmi les premiers arrivants, en octobre 1862, figurent M. et Mme Toy, W. Cousins, Duffus, Parrett, Ie Dr Andrew Davidson et Charles Stagg. Le roi Radama II (1861-1863) distingue parmi eux le Dr Davidson et Stagg pour le concours important qu'ils peuvent apporter dans la transformation du pays. Le Dr Davidson est prié de s'adonner avant tout à la médecine. Le pasteur Stagg est invité à faire un exposé sur les structures de l'enseignement en Angleterre, puis de jeter les bases de celui de Madagascar2 Toutefois, comme par le passé, la majorité de la population en lmerina regarde avec suspicion les appels en faveur de l'enseignement. Elle n'y voit que de basses manœuvres du gouvernement, de la noblesse et des notables pour se procurer, l'un de meilleurs soldats et les autres, des « deka » plus capables (subordonnés gratuits). Dans l'esprit du peuple les intentions des missionnaires sont tout aussi louches car ils ne penseraient qu'à emmener les enfants les plus instruits andafy (au-delà des mers) pour les attacher à leur service. Cette hostilité persiste sous la reine Rasoherina (1863-1868). Pareille attitude disparaît sous Ranavalona II (1868-1883). Son couronnement, le 5 septembre 1868, suivi par son baptême et son mariage avec le Premier Ministre en février 1869 conduisent en fin d'année, à la destruction des idoles royales. Dans de pareilles circonstances les réticences des populations sont balayées et la soif d'instruction devient débordante. L'écrit acquiert un pouvoir magique, «la feuille est un ody (charme) supérieur ». L'enseignement profane devient la base de la formation religieuse3.
".'t.

naires catholiques (1854-1857) », Bulletin de l'Académie Malgache, 1931. Rutherford (T.), William Ellis, missionary Statesman, London, 1908, 2. F. Koerner, «La protection sanitaire des populations à Madagascar (18621914) », Rev. historique, 1995, 3, Gustave Mondain, Un siècle de missions protestantes à Madagascar, Paris, 1920. Cette première édition est plus complète que celle de 1948

- Mme F. Raison-lourde,

Bible et pouvoir à Madagascar au XIX siècle. Invention d'une identité chrétienne et construction de l'État, Karthala, 1991. - B.A. Gow, Madagascar and the protestant impact, op. cité. 32

La mort de Charles Stagg, qui succombe en 1864 aux assauts de fièvres, laisse la L.M.S. désemparée, faute de personnel assez versé dans l'enseignement. William Ellis s'adresse alors à son parent, Joseph Sewell de la Société des Friends et lui confie à son arrivée en 1867 une partie des écoles de la L.M.S. A cette date, la L.M.S. ne contrôle que 18 écoles qui passent, au moment de la destruction des idoles, à 331 fin 1869, et à 359 en 1870. Devant une pareille «explosion », le comité local de la L.M.S. demande à ses directeurs de Londres une aide exceptionnelle de 150 livres sterling et fait imprimer 10000 livres de lecture supplémentaires, 500 copies de la grammaire élémentaire de Sewell et 250 copies de la géographie rédigée par Street (FF.M.A.).
Statistique de la croissance des écoles (1870-1880)4

Nombre des écoles Nombre d'écoliers Nombre de maîtres de la L.M.S. Nombre d'écoliers boursiers

1870 359 15 837 -

1875 543 34 150 343 22 719

1879 580 35 380 449 27 858

Cet afflux d'écoliers et de fidèles dans les églises entraîne une double conséquence: un travail d'organisation incessant et des appels pressants à Londres pour l'envoi d'auxiliaires afin de faire face à l'extension de l' œuvre missionnaire depuis l'Imerina jusqu'au Betsileo et aux régions périphériques ancrées pour longtemps encore dans leurs croyances païennes. Débordé par les demandes émanant de nombreuses communautés villageoises, le comité de la L.M.S. pense associer le gouvernement malgache à la grande entreprise de l'enseignement. En mai 1870, il demande une entrevue au Premier Ministre pour conférer sur ce problème. Un peu plus tard la L.M.S. lui soumet une liste des bourgs et villages de l'Imerina qu'elle assure pouvoir prendre à sa charge. Le Pre4. Rapport de MM. Thome et Lord, surintendants des écoles de l'Imerina.

33