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HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DES RÉGIONS AUSTRALES

De
349 pages
Ce livre est la première traduction française du récit de trois voyages espagnols organisés depuis le Pérou à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècles à travers l'Océan Pacifique, et qui permirent la découverte d'archipels aux noms aujourd'hui célèbres, comme les îles Salomon (en 1567-1569), Marquises et Santa Cruz (en 1595), Tuamotu, Cook du nord et Vanuatu (en 1605-1606). Son auteur, rédigea également de nombreux textes destiné à son souverain, pour le convaincre d'organiser l'exploration et l'évangélisation des terres qu'il avait découverte et qui étaient, selon lui, " un Paradis Terrestre ".
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HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DES RÉGIONS AUSTRALES
lIes Salomon, Marquises, Santa Cruz, Tuamotu, Cook du nord et Vanuatu

Pedro Femandez de Quiros

HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DES RÉGIONS AUSTRALES
lIes Salomon, Marquises, Santa Cruz, Tuamotu, Cook du nord et Vanuatu

Traduction et notes de Annie Baert Préface de Paul de Deckker

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0429-8

Préface
Cet ouvrage est la première traduction française d'un récit de trois voyages dans le Pacifique insulaire, rédigé en 1607 par Pedro Fernandez de Quiros, navigateur espagnol d'origine portugaise. Ces trois expéditions furent toutes entreprises au départ de Lima où, vers le milieu des années 1560, des rumeurs couraient sur les mines d'or du roi Salomon, censées se trouver à l'ouest dans la Mer du Sud. Le gouverneur du Pérou prit l'initiative du premier périple, qui eut lieu de 1567 à 1569 sur un financement royal. Il confia le commandement de celui-ci à son neveu, le jeune gentilhomme Alvaro de Mendafia. C'est à lui que l'Occident doit la première rencontre et l'exploration de l'archipel qu'il baptisa les îles Salomon. Vingt-cinq ans plus tard, en 1595, Alvaro de Mendafia fut autorisé par le roi Philippe II à organiser, à ses frais, une nouvelle expédition pour installer une colonie espagnole dans les terres qui l'avaient séduit mais qu'il ne retrouva pas. En effet, après une brève escale aux îles qu'il dénomma Marquises, il trouva la mort à Santa Cruz (aujourd' hui dans l'Etat des Salomon), et c'est son chef-pilote, Quiros, qui conduisit les survivants de l'expédition aux Philippines, puis au Mexique. Mû tout à la fois par la recherche géographique et par le désir d'évangélisation, Quiros obtint de la Couronne le financement d'une troisième flotte pour les îles de la Mer du Sud (1605-1606) dont il reçut le commandant. Après diverses découvertes dans les Tuamotu et les îles Cook du Nord, il arriva à Espiritu Santo (île de Santo à Vanuatu), qu'il prit pour un poste avancé du Continent Austral. Il revint au Pérou, puis se rendit à Madrid pour annoncer sa «découverte d'un Paradis terrestre» et préparer un nouveau voyage. Proposé à une Espagne en proie à de nombreuses difficultés, ce projet ne suscita que peu d'enthousiasme. Et c'est donc pour lui donner plus de poids, et le situer dans une 7

continuité historique censée obliger Philippe III à suivre les pas de son père, que Quiros rédigea le récit qui est ici présenté par Annie Baert. Il s'agit donc de la relation de la première exploration européenne du Pacifique Sud. Ce récit présente plusieurs intérêts d'ordres historique, géographique et anthropologique puisqu'il relate les premiers contacts entre les Océaniens et des Européens, perçus certes au travers du prisme occidental. Ce récit n'est pas le seul qui relate les voyages espagnols dans la Mer du Sud des XVIe et XVIIe siècles, et de nombreux autres auraient mérité d'être traduits. Celui-ci présente l'avantage de réunir en un tout cohérent les trois voyages organisés dans la Mer du Sud avant ]a déferlante . du Siècle des

Lumières.

Ces trois expéditions sont en fait peu connues des lecteurs ou des chercheurs francophones, obligés de se référer à des sources de seconde main, à une édition ancienne et pratiquement introuvable du texte espagnol ou encore à sa traduction anglaise, pas toujours satisfaisante d'ailleurs. Par une traduction fine et précise, Annie Baert resitue les événements dans leur contexte historique et politique grâce à de nombreuses notes; elle met aussi en parallèle les affirmations de Quiros avec les écrits laissés par ses compagnons. Agrégée d'espagnol, Annie Baert possède une connaissance intime de ces trois expéditions puisqu'elle en a fait le sujet d'une remarquable thèse de doctorat, soutenue à l'Université Française du Pacifique à Tahiti en octobre 1998 et publiée l'année suivante sous le titre Le Paradis Terrestre, un lnythe espagnol en Océanie, L' Harmattan (collection «Mondes Océaniens »).

Paul de Deckker

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Prologue
Ce livre est le récit de trois voyages espagnols organisés depuis le Pérou à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècles, et qui permirent la découverte de plusieurs archipels du Pacifique aux noms aujourd'hui célèbres, comme les îles Salomon (en 1567-1569), Marquises et Santa Cruz (en 1595), Tuamotu, Cook du nord et Vanuatu (en 1605-1606). Pedro Fernandez de Quiros, qui ne participa personnellement qu'aux deux derniers, le conçut dans un but clairement militant: voulant obtenir de la Couronne l'autorisation d'en réaliser un quatrième, financé sur fonds publics, il lui fallait montrer que ces trois expéditions constituaient un tout cohérent, et que de son achèvement dépendait l'intérêt de l'Espagne et de son souverain, aux plans politique et religieux, alors inextricablement mêlés. Il s'ajoute donc aux nombreuses requêtes qu'il adressa aux rois Philippe II, puis Philippe TII, visant à l'obtention de nouvelles décisions favorables - textes assez répétitifs et portant parfois sur des points de détail, ce qui en rend la lecture relativement fastidieuse, quoique indispensable pour une bonne compréhension de ces aventures. Cet ouvrage présente ainsi pour le lecteur l'avantage d'être un récit linéaire et événementiel, caractère absent des autres écrits de Quiros. Il demande cependant quelques éclaircissements préalables, quant à la rédaction et à l'histoire de son manuscrit. Il en existe aujourd'hui à Madrid trois exemplaires, qui ne sont que des copies d'un original apparemment perdu à tout jamais, à la Bibliothèque du Palais Royal, à la Bibliothèque Nationale et au Musée Naval, Le premier est intitulé Varios diarios de los viajes a la mar deI sur y descubrimientos de las islas de Salomon, las Marquesas, las de Santa Cruz, Tierras dei Espiritu Santo y otras de la parte Austral incognitas, ejecutados por Alvaro de Mendafia y Fernando de Quiros desde el anD de 1567 hasta el de 606 [sic], y escritos por Hernan Gallego, piloto de Mendafia, (Divers journaux des voyages dans la mer du sud, et de la 9

découverte des îles de Salomon, Marquises, Santa Cruz, des Terres du Saint-Esprit et d'autres inconnues, situées dans la région australe, exécutés par Alvaro de Mendafia et Fernando de Quiros de 1567 à 1606, et écrits par Hernan Gallego, pilote de Mendafia). Ce titre contient évidemment plusieurs erreurs: d'une part, il parle de Fernando de Quiros, au lieu de Pedro Fernandez de Quiros; de l'autre, il attribue à Heman Gallego la rédaction de tous ces récits, alors qu'il ne participa qu'au premier voyage, et mourut probablement avant le départ du deuxième. Les deux autres, intitulés Dos relaciones deI viaje del ilustre Alvaro de Mendana en el descubrimiento de las islas de Poniente 0 Salomon, ano de 1567 (Deux relations du voyage de l'illustre Alvaro de Mendafia à la découverte des îles du Ponant, ou de Salomon, en l'an 1567), ne sont pas plus exacts: il s'agit en fait de trois voyages, échelonnés jusqu'en 1606, dont seuls les deux premiers furent dirigés par Mendafia. Ces observations confirment l'idée qu'il ne s'agit que de copies, réalisées par un scribe peu au fait de son sujet; on peut même supposer que le titre donné aux liasses de documents est dû à une autre personne. Si ces individus peu rigoureux n'ont pas non plus indiqué la date à laquelle ils ont réalisé ce travail, on peut cependant la déduire du Prologue qui précède le texte de la Bibliothèque du Palais Royal, et dans lequel on peut lire:
«

Ce récit, qui offre un caractèrede grandevéracité, comprendla

découverte des îles et des terres situées entre douze degrés de latitude méridionale et trente degrés de latitude septentrion~le, et qui ont été reconnues ces dernières années par les capitaines anglais Byron, Wallis, Carteret, Cook et Clark, par les capitaines français Bougainville, SurviIle et quelques autres, qui ont l'audace de leur donner de nouveaux noms et de se présenter comme les découvreurs de terres dont les Espagnols prirent possession. au nom de leur monarque en ce temps-là. [ ...] Chaque étranger donne aujourd'hui de nouveaux noms aux îles qu'ils ont vues ».

Il est ainsi évident que ces copies datent de la fin du XVIIIe siècle, soit environ deux siècles après le premier départ de Mendafia. Il ressort des certaines remarques ajoutées en marge que }'auteur de celle qui est conservée au Musée Naval avait

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l'intention de faire imprimer le texte qu'il avait ressuscité: il ne put mener à bien son projet. Celui-ci ne vit le jour qu'une centaine d'années plus tard, en 1876, grâce à Don Justo Zaragoza qui en fit le premier volume de la Biblioteca HispanoUltramarina, sans nom d'auteur, et sous le titre Historia dei descubrbniento de las regiones A ustria les, hecho por el capitan Pedro Fernandez de Quiros (Histoire de la découverte des régions australes, réalisée par le capitaine Pedro Fernandez de Quiros) - dont le professeur José Manuel G6mez-Tabanera vient de réaliser un très. beau fac-simiJé à Madrid -, prêtant le flanc à la critique, puisqu'il ne mentionne pas Mendafia et semble attribuer ces découvertes (descubrimiento hecho por...) au seul Quiros. Un nouveau siècle passa avant qu'une autre édition de ce récit ne fût publiée à Madrid par Roberto Ferrando dans la collection «Cr6nicas de América» de Historia 16, en 1986, sous un titre plus court, et moins ambigu: Descubrimiento de las regiones austriales (Découverte des régions australes), qui présente Quiros comme l'auteur de l'ouvrage. Le titre retenu pour cette traduction, «Histoire de la découverte des régions australes », est en quelque sorte un compromis entre les deux précédents, et qui nous semble mieux convenir à son contenu. il requiert cependant une explication liminaire, qui repose sur un échec de la traduction qu'il faut confesser d'emblée. . En effet, Quiros expliqua clairement, en décembre 1607, dans ]a première des requêtes qu'il adressa à Philippe III après son retour de Santo, qu'il avait inventé un nouvel adjectif pour désigner 1es régions découvertes dans la mer du Sud: austriales, combinant l'adjectif australes et Austria, le nom de la maison d'Autriche qui régnait a10rs sur l'Espagne, les Habsbourg. Ce jeu de mots est malheureusement intraduisible en français: «austriales» n'évoquerait en rien le nom de }'Autriche, tout comme il serait impossible de faire un lien entre « Austrichales » et « australes ». Nous nous sommes donc résolus à donner raison à la malédiction' qui pèse sur le traducteur traduttore, tradittore - et à trahir le souhait de Quiros, qui voulait honorer son souverain et le situer dans la continuité de son père, en l'honneur de qui avaient été baptisées les îles Philippines.

-

Il convient à présent de s'interroger sur l'auteur de cet ouvrage. Si Quiros écrivit au roi dans cette même requête, de décembre 1607, que «Je récit de ces trois voyages [était] en sa

Il

possession» mais qu'il fi' avait «pas d'argent pour le faire imprimer ou copier », cela ne signifie pas qu'il l'ait écrit luimême. Il semble assez clair que c'est son secrétaire, le poète sévillan Luis de Belmonte Bermudez, né vers 1577 et embarqué pour le troisième voyage, qui rédigea, sinon la totalité, du moins une bonne partie du récit: c'est l'opinion de son premier éditeur, Zaragoza, et du professeur Pinero Ramirez, spécialiste du dit poète. Certains passages, écrits à la première personne du singulier, donnent la parole à Quiros. C'est le cas du chapitre XXXIX, où il expose les raisons pour lesquelles les îles Salomon n'ont pas été retrouvées: «J'ai pensé qu'il convenait de donner ici mon opinion », mais on pourrait en citer d'autres exemples. D'autres passages sont rédigés par un narrateur anonyme, membre de l'équipage, et qui parle de Quiros à la troisième personne du singulier. On lit ainsi au chapitre XL VII: « ... nous trouvâmes une île... » Puis, un peu plus loin: «... le capitaine demanda combien il restait [d'eau] à bord. ». Il est encore des pages fort élogieuses sur Quiros qui ne peuvent être dues qu'à Belmonte, comme celle du chapitre LXXIV où il compare son capitaine à Georges Castriote, dit Scanderberg, sur qui il écrivit en 1634 une comédie Ïntitulée El gran Jorge Castrioto y principe Escanderberg. Belmonte parle parfois de lui-même, mais à la troisième personne du singulier, comme le passage du chapitre XLVIII où il raconte qu'en débarquant à la nage sur le récif de Hao,
,

les vagues malmenèrent si bien le dernier, qui s'appelait Belmonte que, s'il n'avait pu saisir l'extrémité de la lance que lui tendit un certain lieutenant Roja, son voyage se serait terminé là..

Et même lorsqu'il écrit en poète, au chapitre LXVIII, il ne se cite que comme «un homme tout dévoué à ce voyage », auteur d'une poésie 'qui répondait à La Araucana d'Ercilla. Les exemples cités dans le paragraphe précédent sont tous tirés du troisième voyage, celui auquel Belmonte participa personnellement. Il semble qu'il rédigea Je récit du deuxième d'après les papiers de Quiros, qu'il cite ~ystématiquement comme « le chef-pilote », dès le chapitre IV :
[Mendafia] demanda instamment à Pedro Fernandez de Quiros d'être son chef-pilote et le capitaine [de son navire] : celui-ci souleva quelques objections sur le voyage d'aJ1ercomme sur le retour, mais

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elles furent toutes résolues, et il décida finalement de participer à cette expédition. [...] Pendant ce temps-là, le chef-pilote, qui était en train de parler avec Doiia Isabel...

ce qui ne l'empêche pas d'intervenir et de donner son opinion:
Ce voyage connut un grand nombre de désordres, et il faut bien, pour répondre aux buts de ce récit, en évoquer quelques uns car, à mon avis, c'est là ce qui provoqua son issue malheureuse.

Ces emplois de la première personne du singulier ou du pluriel sont souvent assez ambigus, et peuvent traduire des réflexions de Quiros lui-même que Belmonte aurait recopiées mot pour mot, comme aux chapitres X, XI, XVII ou XL, au sujet du maître de camp, de la disparition de la Santa Isabel, des désordres de Santa Cruz ou de l'escale aux Philippines:
Je me contenterai de dire que son attitude faisait naître contre lui la haine, la rancœur et même des menaces. ... j'ai toujours eu des doutes sur la perte de ce navire, que l'on annonça à Sana, à 1 850 lieues de là. Je rapporte ces paroles du maître de camp grâce aux souvenirs œ certains, car les miens sont insuffisants. Nous séjournâmes quelque temps, comme on l'a dit, dans la ville œ Manil1e...

Mais Belmonte semble reprendre son rôJe de narrateur extérieur aux événements, lorsqu'il évoque les désordres de Santa Cruz ou fait l'éloge de Quiros (chapitres XVII et XVIII) :
Le chef-pilote déclara, pour finir, que tout ce qu'il avait dit se rapportait au service de Dieu et du Roi et qu'il le maintiendrait jusqu'à la mort, comme i1l'a prouvé. ...une balle passa en sifflant au dessus du chef-pilote, qui se trouvait sur la capitane, l'autre balle passa au-dessus de]a frégate, mais je ne sais sur quels oiseaux on tirait.

Il laisse aussi percer sa culture d'homme de lettres et de poète réputé pour Je piquant de ses pièces de théâtre, citant Didon, Zénobie et Sémiramis au chapitre XXXI pour donner du relief à sa critique de Dona Isabel, ou racontant, au chapitre XXXV, les préparatifs du châtiment d'un soldat désobéissant:

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La comédie en était là quand sortirent d'une écoutille un enseigne accompagné de hallebardiers [...] Il Y avait aussi un tambour [...], parce qu'il n'y a pas de représentation théâtrale sans intermède musical.

Un autre détail semble corroborer l'idée que c'est bien Belmonte qui rédigea cet ouvrage, qui est en fait un «collage}) à plusieurs auteurs. Après avoir repris les notes de Quiros décrivant le fruit de l'arbre à pain, observé aux Marquises puis à Santa Cruz en 1595, où il n'était pas (chapitres IX et XV), iJ décrit le même fruit, qu'il a personnellement vu à Santo en 1606 (chapitre LXIX), mais il ne lui vient pas à l'idée de faire le moindre rapprochement entre les deux. Quant au très bref récit (trois chapitres) du premier voyage, qui eut lieu alors que Quiros avait environ sept ans et avant même la naissance de Belmonte, il débute par une précision fort claire: il a été rédigé « conformément à la relation de son chef-pilote, Hernan Gallego. », ce qui explique pourquoi la première personne n'y apparaît pas. Ces renseignements de seconde main expliquent aussi certaines aberrations, comme la transcription absurde du nom indigène de l'île de San Jorge, ou les caractéristiques d'une île attribuées à une autre (voir chapitre I, notes 16 et 17, pp. 14-15). De manière générale, dans les chapitres I à XXXIX, les événements, auxquels Belmonte ne participa pas, sont souvent

racontés à la forme impersonnelle, équivalent du « on » français:
se vio un puerto, di6sele por nombre, se hallaron los nziSln.oS vientos... (on vit une baie..., on l'appela..., on trouva les mêmes vents...) ou à la troisième personne du pluriel, sous-entendant comme sujet « les hommes, les équipages, les nôtres» : hallaron un puerto en donde entraron, quisieron elofro dia salir en tierra (ils trouvèrent une baie et y entrèrent..., ils voulurent descendre à terre le lendemain), etc. Bien que son premier éditeur, Justo Zaragoza, en ait jugé autrement, Quiros est ici présenté comme l'auteur de cet ouvrage parce qu'il le voulut ainsi lui-même. Qu'il ait eu recours à une tierce personne - on dirait aujourd'hui un «nègre» - pour sa rédaction ne lui en enlève pas la paternité. Cet ouvrage est divisé en 81 chapitres, dont la longueur varie d'une à dix pages, que l'on peut répartir ainsi: les trois premiers, qui concernent le voyage de 1567-1569, constituent en queJque sorte l'introduction au récit des deux expéditions

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auxquelles participa Quiros en qualité de chef-pilote puis de commandant, en 1595 et en 1605-1606, construit en deux parties égales de 37 chapitres (IV à XL et XLI à LXXVll), tandis que les quatre derniers, consacrés à ses dernières négociations, forment la conclusion: c'est cette construction, bien qu'absente de l'édition de Zaragoza, que nous avons voulu faire apparaître clairement dans notre présentation. On constate également que les titres des chapitres ne correspondent pas toujours précisément à leur contenu et ne comportent que peu d'indications géographiques ou temporelles, ce qui ne facilite pas la lecture ou la recherche. C'est pourquoi nous avons divisé chacune des deux parties

principales en trois étapes: « De Callao aux îles Marquises» (IV
à X), «Santa CruZ» (XI à XXVIII) et «De Santa Cruz à Madrid» (XXIX à XL) pour l'expédition de 1595, tandis que celle de 1605-1606 se décompose ainsi: «De Madrid aux Tuamotu» (XLI à XLVII), « De Hao à Santo » (XL VIII à LXX) et «De Santo à Acapulco» (LXXI à LXXVII). Nous avons enfin relaté ce que l'on sait de la fin de la vie de Quiros dans un bref épilogue. Sont absentes de ce récit les découvertes réalisées par Luis Vaez de Torres et Diego de Prado y Tovar, auxquelles fait allusion le chapitre LXXIX, et que l'on peut résumer ainsi: après le départ de Quiros (chapitre LXXI), ils quittèrent Santo le 27 juin 1606, mirent le cap au sud et constatèrent ce n'était qu'une île; ne voyant aucune teITe, ils remontèrent vers le nord et, le 14 juillet, découvrirent l'île de San Buenaventura, abordèrent la Nouvelle-Guinée, passèrent le détroit qui porte aujourd'hui le nom de Torres et atteignirent Manille le 22 mai 1607, après avoir parcouru plus de 3 000 milles nautiques et découvert environ trente îles et îlots. La simple lecture de ce récit n'en offrirait qu' une compréhension bien incomplète si nous ne disposions pas de nombreux documents qui en éclairent les zones d'ombre, et sur lesquels reposent les notes de bas de page. Outre les requêtes de Quiros, il s'agit principalement des autres relations d~ ces trois voyages écrites par certains de leurs acteurs: Alvaro de Mendafia, Hernan Gallego, Gomez Hernandez de Catoira ou Pedro Sarmiento de Gamboa pour Ie premier, Gaspar Gonzalez de Leza, Diego de Prado y Tovar, Luis Vaez de Torres, Juan de

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lturbe ou Fray Martin de Munilla pour te dernier (voir en fin de volume les références bibliographiques correspondantes). On constate ainsi que, pour ce qui concerne l'expédition de 1595, nous n'avons pratiquement pas d'autre source que les chapitres IV à XL du présent ouvrage, que nous ne pouvons pas recouper avec d'autres relations, et dont nous avons vu qu'ils' ont été, au moins en partie, rédigés par un homme qui n'en fut crédibilité. Il nous faut donc les considérer avec précaution, en n'oubliant jamais que, tout comme les autres documents d'ailleurs, ils ne furent pas forcément composés dans un but de « vérité historique» mais pour faciliter à leur auteur l'obtention d'une faveur royale.

pas membre, ce qui pose évidemment le problème de - leur

TI existe deux traductions anglaises, pas toujours très satisfaisantes, des récits du premier voyage (Amherst & Thomson: The Discovery of the Solomon Islands by Alvaro de Mendana in 1568) et des deux derniers (Clements Markham: The Voyages of Pedro Fernandez de Quiros, 1595-1606), publiées à Londres par Hakluyt Society en 1901 et 1904. Celle-ci est donc la première en langue française. Elle n'a d'autre prétention que de mettre à la disposition des 1ecteurs francophones une histoire extraordinaire, aux plans maritime et humain, et bien peu connue, qui concerne en particulier des archipels qui ont été ou sont encore partie du territoire national, et qui vit les tout premiers contacts entre leurs habitants et des navigateurs européens. Ses acteurs et auteurs étant des marins et des soldats, certains termes, qui demandent à être précisés, figurent dans un bref glossaire en fin de volume. Annie Baert

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Premier voyage

I. - Le premier voyage que fit f'adelantado Alvaro de Mendaiia à la découverte des îles Salomon, selon le récit de son chef-pilote, Hernan Gallego

Comme cet ouvrage traitera de la découverte des régions australes inconnues, il convient, semble-t-il, tant pour la clarté de ce qui va suivre que pour répondre aux désirs du lecteur, d'exposer les découvertes réalisées auparavant dans cette mer. Il s'agira donc dans ce chapitre du premier voyage, conformément à la relation de son chef-pilote, Hernan Gallego. L'an 1567, la vice-royauté étant vacante, c'était le licencié Castro, président de l'Audiencia, qui gouvernait à Lima; pour des raisons qu'il jugea sans doute importantes, il fit partir du port de Callao son neveu Alvaro de Mendafia, lui donnant le titre de généraIt et l'ordre de découvrir, dans les régions inconnues du sud, les terres qu'il supposait devoir s'y trouver.
ISLA DE JESUS (île de Jésus).

-

Le général

partit,

comme le dit Gallego, de Callao2 et, le vendredi dix janvier 1568, reconnut une petite île, dont les habitants avaient le teint des mulâtres, et qui est située par 6° 3/4 de latitude, à 1 450 lieues de Lima. IlIa nomma Isla de Jesus. C'est là qu'ils subirent les premiers grains de ce voyage, avec tonnerre et
éc lairs3 .
1 Bien que le titre de ce premier chapitre p!"ésente Mendafia comme adelantado, il n'était effectivement que généraI lors de l'expédition œ 1567. 2 Port de Lima. L'appareillage eut lieu le mercredi 19 novembre vers 16 h. La flotte se composait de deux navires, le Los Reyes (capitane) et le Todos los Santos (navire-amiral), sur lesquels se trouvaient environ 160 hommes. 3 L'île de Nui (Tuvalu) fut ainsi ap{X?lée parce qu'eUe fut découverte le 15 janvier - erreur de transcription d'un copiste - .our où on fête le « saint Nom de Jésus ». Située par 7° 15' S et 1770 l 'E, à 6 200 milles de Callao. Un coup de vent de nord-ouest empêcha les navires ~ s'approcher de l'île car, dit Gallego, «on ne pouvait pas aller face au vent» .

d

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BAJOS DE LA CANDELARIA. (Les Bancs de la Chandeleur). - A 160 lieues de cette île, il y a des hauts-fonds orientés du nord-est au sud-ouest, avec un îlot au milieu: ce qu'ils en virent faisait bien 15 lieues, mais ils se prolongeaient encore plus IQin. Ils furent nommés les Bajos de la Candelaria. Leur centre se trouve par 6° 1/4 de latitude. La traversée depuis la première île avait pris 17 jours, marqués par de fortes renverses de vents et de gros grains dtouest, d'ouest nord-ouest et de nord-ouest4. ISLA DE SANTA ISABEL. (île de Sainte-Isabelle). Ayant aperçu une autre terre, ils se dirigèrent vers elle et y trouvèrent un mouillage, dans lequel ils entrèrent le jour de la Sainte-Apolline, juste au moment où s'écroulait dans la baie une masse de terre plus grosse que le navire. Ce mouillage se trouve sur la côte nord, presque au milieu de l'île, qui fut appelée Santa Isabel; les Indiens l'appellent Samba, et leur chef Bille-banarra. Elle se trouve à 26 lieues dans le sud quart sud-est des Bajos de la Candelaria5. Ces gens adorent dans leurs temples des couleuvres, des crapauds et d'autres choses semblables; ils ont le teint des mulâtres et les cheveux crépus; ils vont nus, les parties couvertes. Ils se nourrissent de noix de coco et de racines, qu'ils appellent renau. Ils ne consomment pas de viande ni de boissons toxiques: ce sont des gens sains. On comprit clairement qu'ils mangeaient de la chair humaine lorsque le chef indien offrit le bras d'un jeune garçon, avec sa main, au général, celui-ci le fit enterrer devant ceux qui l'avaient apporté; ils s'en montrèrent fort peinés et, la tête basse, repartirent tout penauds. Ils sont divisés en clans rivaux, qui se font la guerre entre eux et qui, semble-t-il, se capturent les uns les autres: comme les nôtres en attrapèrent quelques uns devant des amis à eux, ils les réclamèrent comme prisonniers, mais le général ne voulut pas les leur donner, et ils s'en retournèrent tout tristes à 1eurs villages. Ils appellent leur capitaine Jauriqui6.
4 La distance exacte est de 1 065 milles entre Nui et ces bancs (60 10' S et 1590 20' E, îles Salomon), ainsi baptisés parce qu'ils furent découverts le dimanche 1erfévrier, veille de la fête de Notre-Dame de la Chandeleur. 5 Sainte Apolline se fête le 9 février, mais Santa Isabel, qui a conservé son nom espagnol et se trouve par 70 55' S et 1590 20' E, fut aperçue le samedi 7. 6 Renau, noté par d'autres auteurs binau ou benau : il s'agit probablement du taro, Colocasia Esculenta. Jauriqui, parfois écrit tauriqui est sans doute ta 'u ariki, expressi.on polynésienne, qui signifie mot à mot « mon roi». 20

Le général fit dire la première messe sur cette île puis, comme il y avait là les matériaux nécessaires, il fit construire un brigantin sur lequel, !e 4 avril, il envoya en exploration le maître de camp Pedro Ortega Valencia, avec dix-huit soldats, douze marins et le chef-pilote Heman Gallego'. Ces hommes longèrent la côte [de Santa Isabel] vers l'est sud-est et, à six lieues du mouillage, par 80 de latitude, ils trouvèrent deux petites îles couvertes de vastes palmeraies. Poursuivant sur le même cap, ils trouvèrent ensuite de nombreuses autres îles et virent, dans une grande baie, sept ou huit petites îles, toutes habitées de gens armés de casse-tête, d'arcs et de flèches8. ISLA DE RAMOS. (île des Rameaux). - A 14 lieues à l'est de cette baie, ils virent une grande île que les Indiens appellent Malaita. A mi-chemin, on trouve deux îlots, puis six encore, à deux lieues les uns des autres: l'un d'eux, situé par 8° de latitude, fut appelé Isla de Ramos9, car c'est ce jour-là qu'il fut découvert. CABO PRIETO. (le Cap-Noir). - En suivant la côte, par environ 9° de latitude, et à 14 lieues de la dernière baie, ils virent un mouillage et un cap, qui fut appelé Cabo Prieto10.
ISLA GALERA. (la Galère).

-

Au sud-est de ce cap, à

une distance de neuf lieues, se trouvent des îles échelonnées du nord au sud, d'autres du quart nord-ouest au sud-est, et d'autres encore du nord nord-ouest au sud sud-est. Celle qu'ils touchèrent en premier, qui doit avoir un périmètre d'une lieue et demie, complètement entourée de récifs, fut appelée La GaleraIl. BUENA VISTA. (Belle-Vue). - A une lieue de cette île, en allant vers le sud-est, et à neuf lieues du Cabo Prieto, se trouve une autre île, qui fait 12 lieues de long. Très peuplée, avec de gros villages proches les uns des autres, elle fut appelée Buena Vista, parce qu'elle offre une belle vue, et qu'elle est très fertile. Elle se trouve par 9° 1/2 de latitude, est entourée de
7 La construction du brigantin, avec du bois apporté de Callao à cet effet, dura du 13 février au 3 avril. TIfut mis à l'eau Je 4 avril, baptisé Santiago, Fartit pOUfsa première expédition le 7 et ne revint que le 5 mai suivant. TIne s'agit ici que de petits îlots côtiers. 9 C'est Malaita que Gal1ego appela Ramos, quoique les cartographes aient donné ce nom à une petite île sItuée entre elle et Santa Isabel. lOTIs'agit de l'extrémité sud-est de Santa Isabel. Il Parce qu'elle leur rappelait la fonne d'une galère: groupe des îles Nggela, ou Florida, à environ 30 milles du Cabo PrIeto (estimation exacte). 21

nombreux îlots habités, et on en trouve cinq autres échelonnés d'est en ouest12.. ISLAS FLORIDA, DE SAN DIMAs, DE SAN GERMAN et GUADALUPE. (îles Fleurie, de Saint-Dismas, de SaintGermain et de la Guadeloupe). - Les hommes du brigantin débarquèrent sur la première de ces îles, dont les habitants se blondissent les cheveux, fuient l'arquebuse, donnent l'alarme au son de coquillages et de tambours, et mangent de la chair humaine. Elle fait 25 lieues de tour, et se trouve par 9° 1/2 de latitude: ils l'appelèrent La Florida. Une autre île plus à l'est, de cinq lieues de tour, fut appelée San DÙnas, puis ils nommèrent les autres, où ils n'allèrent pas, San German et Guadalupe13. ISLA SESARGA. - Au sud de ces cinq îles, il y en a une autre qui fut appelée la Sesarga ; elle fait huit lieues de tour, et se trouve par 9° 3/4 de latitude, à cinq lieues au sud-est de Buena Vista. C'est une île haute, ronde et très peuplée, où on trouve beaucoup de vivres: des iianles, des pana es et quelques porcs. En son centre, un volcan vomit en permanence une épaisse fumée14. ISLA GUADALCANAL. RIO (rivière) DE ORTEGA. Ils virent ensuite une grande île, où coulait une grande rivière. Beaucoup d'hommes, de femmes, et d'enfants vinrent les voir à la nage. D'antres, venus en canoë, attachèrent un cordage au brigantin et, quand il fut près du rivage, le criblèrent de pierres, en disant mate, mate; les arquebuses en tuèrent quelques-uns et, sur ce, ils se retirèrent. Le maître de camp débarqua dans un village où il trouva une bonne quantité de racines, des petits paniers pleins de gingembre vert, ainsi que des porcs. Cette île fut appelée Guadalcanal, et la rivière Ortega. Elle est située par environ 100 de latitude, à neuf lieues au sud de.Buena Vista15. ISLA DE SAN JORGE. (île de Saint-Georges). - Le brigantin, avec tous ses hommes, reprit alors la direction du mouillage où ils avaient laissé les navires. Conformément aux
.

12 Buenavista est aussi appelée Vatilau, dans les Florida ou Nggela Islands. 13 Archipel nommé aujouJ:d'hui Florida Islands. Dismas est le nom traditionnel du Bon Larron (Evangile de saint Luc). 14 Savo (90 10' S ; 1590 50' E, altitude: 510 m.). Gallego la baptisa ainsi parce qu'elle ressemblait à l~î]e Sesarga, de Galice, d'où il était originaIre. names: ignames, panaes : patates douces. 15 Les Espagnols comprirent d'autant plus facilement mate, qui signifie « mourir» dans plusieurs langues des Salomon, qu'il coïncIde avec le verbe es:pagnol matar, «tuer ». Guadalcanal (9° 30' S, 1600 E) fut. ainsi appelée au nom du village andalou où était né Pedro de Ortega. 22

ordres reçus, ils firent le tour de Santa Isabel, passant près du Cabo Prieto. A sept lieues de celui-ci, et à cinq lieues dans l'ouest sud-ouest de J'île, se trouvait une terre que ses habitants nomment Varnesta et dont le chef s'appelle Bene-bonafa. Il y a un chenal entre cette île et celle de Santa Isabel: on y entre par le sud-est, il fait six lieues de long, et offre un mouillage sain, par 8 à 12 brasses, où pourraient tenir mille navires; à sa sortie, située au nord-ouest, et qui fait une lieue de large, il y a un bourg de plus de trois cents maisons. Sur cette île, les hommes du brigantin virent quelques perles, dont les Indiens font bien peu de cas: ils voulaient toutes les leur donner en échange d'un canoë qu'ils leur avaient pris. Ils leur apportèrent aussi des dents, qui semblaient être celles d'un grand animal, qui avaient beaucoup de valeur à leurs yeux et qu'ils voulaient échanger contre leur canoë. Elle a une latitude de 90 1/3. Elle s'appelle San Jorge16. , ISLAS DE SAN NICOLAS et DE ARRECIFES. (îles de Saint-Nicolas et des Récifs). - En naviguant à l'ouest quart nord-ouest, à peu près par le travers de Santa Isabel, ils virent au sud-ouest deux grandes et vastes îles, mais n'y allèrent pas, par manque de temps, et aussi parce que leur côte n'était formée que de hauts-fonds, au point que parfois c'est à peine s'il y avait assez d'eau pour le brigantin. Elles se trouvent à peu près à six lieues de Santa Isabel, par 90 1/3 de latitude, proches l'une de l'autre, orientées est-ouest, et montrent une grande étendue de terre du côté ouest. Ils appelèrent rune d'elles San Nicolas, et les autres, au Ponant, Islas de los Arrecifes, car il y en a beaucoup. [...]17. Ils y virent des chauves-souris qui mesuraient cinq pieds d'une extrémité à l'autre des ailes18. En longeant la côte de Santa Isabel, après avoir parcouru 40 lieues, ils aperçurent beaucoup de hauts-fonds sur lesquels de nombreux Indiens en canoë étaient en train de pêcher; ceux-ci
16 Varnesta est un toponyme invraisemblable: Gallego écrit Beru, les autres auteurs Borue, Boru ou Veru, qui est peut-être une déformation du nom d'un village du sud..est de J'île, Poro. Elle a gardé son nom espagnol. Le chenal entre Santa Isabel et San Jorge s'appelle aujourd'hui Thousand Ships Bay. 17 TIs'agit peut-être de divers îlots du groupe New Georgia. Les crochets volontairement omis car, selon le récit de Gallego (A.F., op. cit. ID, p. 125), il se réfère à Santa Isabel, et non à une des îles évoquées dans œ ~aragraphe. 8 Des roussettes, chiroptères frugivores, de la faune indigène des Salomon, qui peuvent effectivement mesurer environ 1,5 m d'envergure. 23

signalent un fragment de phrase

(<< ~lle

fait 20 lieues de large»)

vinrent tous lancer des flèches sur le brigantin, puis se retirèrent. Sur ces récifs, il y a de nombreux îlots, les uns habités, les autres non. A l'extrême pointe de Santa Isabel, qui se trouve par 7° 1/2, il Y a un grand nombre d'îles, toutes habitées. Santa Isabel fait 95 lieues de long, 20 de large, plus de 200 de tour19. On y vit des chauves-souris pareilles à celles dont on a déjà parlé. ISLA DE SAN MARCOS. (île de Saint-Marc). - A six lieues dans l'ouest quart sud-ouest de ce cap, ils virent une grande île, mais n'y allèrent pas, pour ne pas prendre de retard et parce que beaucoup d'hommes étaient très affaiblis. Ils l'appelèrent San Marcos: elle se trouve par 7° 3/4 de latitude20. Ils ne purent savoir si les habitants de toutes ces îles avaient un chef. Après avoir contourné l'île par l'ouest, ils retrouvèrent les vents d'est et d'est sud-est des traversées précédentes. Il leur fallait revenir vers l'est pour rallier le mouillage où étaient restés les navires, mais le vent était si contraire que le maître de camp envoya un canoë avec neuf soldats, un marin et un Indien de Jeurs amis, qui était toujours resté avec eux, prévenir le général de leur départ et lui expliquer pourquoi ils tardaient tant. Comme ils longeaient la côte, le canoë se brisa sur des récifs, où quelques uns perdirent leurs affaires, mais tous eurent la vie sauve et, la poudre étant mouillée, ils décidèrent de rebrousser chemin à la rencontre d~ brigantin. L'Indien s'échappa, quoiqu'il ne fût pas de cette île21. Ils passèrent toute la nuit à le chercher, marchant sur les crêtes coupantes d'une longue côte sans chemin, et redoutant à tout moment d'être attaqués par les Indiens. Ils trouvèrent une croix, qu'ils avaient érigée là à leur premier passage et, après l'avoir adorée, ils décidèrent d'attendre le brigantin pendant trois jours, ou de construire un radeau pour rejoindre les navires. Alors qu'ils étaient en proie au désespoir, Dieu eut la bonté de leur faire voir le brigantin, ce qui leur causa une joie facile à imaginer. Ils avaient fabriqué une bannière pour lui faire des signaux: les ayant aperçus, il s'approcha et les embarqua. Ils continuèrent alors leur route jusqu'au mouillage où ils découvrirent que, parmi les hommes des navires, certains étaient morts et d'autres malades.

19 Santa Isabel fait 145 km de loner et 30 de large. 20 C'est probablement la grande îfe de Choiseul (70 30' S ; 1570 30' E). 21 Il avaIt été capturé sur un îlot de la Baie de l'Etoile (Santa Isabel), où étaient mouillés les navires, pour servir d'interprète. 24

II. -

Le général quitta le mouillage et poursuivit ses découvertes

RIO GALLEGO. PUERTO DE LA CRUZ. (Rivière de Gallego et Mouillage de la Croix). - Le samedi 8 mai, le général décida de quitter la baie où étaient ancrés les navires et le brigantin, en passant au milieu des récifs qui en forment l'entrée. Luttant contre les vents qui soufflaient de l'est, parfois fort, il alla d'abord jeter l'ancre devant une plage de Guadalcanal. Mais [le chef-pilote] chercha un autre mouillage, et le trouva dans la baie qu'il nomma de La Cruz, près d'une rivière qu'il appela Rio Gallego, par 10° 8' de latitude. Le lendemain, il prit possession de cette terre au nom de Sa Majesté, et fit ériger une croix sur une colline, devant quelques Indiens qui lançaient des flèches; [les soldats] en tuèrent deux à l'arquebuse et tous les autres s'enfuirent, puis nos gens regagnèrent les navires. Le lendemain, ils voulurent descendre à terre célébrer la messe mais y renoncèrent parce que les Indiens avaient ôté la croix et l'emportaient; ceux-ci les ayant vus remonter dans les chaloupes, ils remirent la croix à sa place et s'enfuirent. Le 19 mai, le général envoya don Fernando Enriquez, porte-enseigne royal, avec 30 soldats, reconnaître cette terre: comme ils voulaient s'approcher d'une grosse rivière, ils furent attaqués par un si grand nombre d'indigènes qu'ils durent s'en abstenir et se défendre. Les mineurs affirmèrent qu'il devait y avoir de l'or dans ce fleuve. Ils rapportèrent deux poules et un coq, les premiers qu'ils aient vus, et le généraI s'en réjouit vivement, considérant qu'ils n'allaient pas cesser de découvrir de nouvelles terres et des choses de plus en plus belles. Le général fit partir don Fernando Enriquez, avec le chef-pilote, sur le brigantin22. Ils naviguèrent vers l'est sud-est et, à une lieue de là, trouvèrent une rivière près de laquelle il y avait de nombreux villages. A une autre lieue, se trouve la rivière Ortega. Il y a des villages tout le long de la côte [de Guadalcanal]. Plus loin, près d'une autre rivière, à 12 lieues des
22 Deuxième expédition du brigantin, du 19 mai au 9 juin, avec 30 hommes à bord, consacrée pnncipalement à l'exploration de la côte de Guadalcanal. 25

navires, le porte-enseigne royal descendit à terre, où deux cents Indiens lui apportèrent des bananes en signe de paix mais, alors que les nôtres revenaient à bord, ils leur jetèrent des pierres. A quatre lieues dans l'est sud-est, ils virent une autre rivière bordée d'habitations, qu'ils appelèrent San Bernardino23 : elle se trouve par 10° 1/3 de latitude, et coule du nord-est vers ]e sud-ouest, près d'une très haute colline ronde. Deux lieues plus loin, au bord d'un ruisseau, ils virent un gros village. Plus de six cents Indiens se rassemblèrent au son de leurs instruments dès que nos gens débarquèrent puis, alors qu'ils remontaient dans leur chaloupe, ils leur lancèrent force pierres et flèches. Malgré cela, don Fernando EnrIquez ordonna qu'on ne leur fit point de mal. Quelques uns vinrent à la nage sur le brigantin réclamer, en usant de flatteries, un de leurs canoës24 et, voyant que nos hommes ne le leur donnaient pas et qu'ils les menaçaient, ils repartirent à terre. Peu de temps après, deux d'entre eux apportèrent sur la plage un gros paquet suspendu à un bâton puis, revenant au brigantin, deman-dèrent [aux Espagnols] de leur rendre leur canoë et d'aller chercher ce porc. Les nôtres virent que c'était un paquet de paille, et eux virent que leur ruse était éventée: poussant de grands cris, ils se jetèrent tous à l'eau et, tout en lançant des flèches et des pierres, ils regagnèrent le rivage sans qu'on leur fît aucun mal. RIO SANTA ELENA (Rivière de Sainte-Hélène). Poursuivant leur chemin, [les hommes du brigantin] arrivèrent devant une grosse rivière pleine de bancs de sable, où ils virent une foule innombrable, et qu'ils appelèrent Rio de Santa Elena. Tout au long de la côte, ils virent de nombreuses plaines et palmeraies et, à huit lieues vers l'intérieur des terres, ils découvrirent une chaîne de très hautes montagnes formant de profonds ravins, d'où coulent les rivières25. Plus loin, ils virent l'extrémité d'un récif, où plus de mille Indiens se mirent à leur lancer des flèches tandis que d'autres plongeaient pour se saisir de leur grappin. Il y avait à terre un grand nombre d'hommes: deux furent abattus par les arquebuses et.les autres s'enfuirent. Pour se protéger, ils érigèrent des remparts de sable sur le rivage mais les nôtres, qui les avaient vus; ne leur firent aucun mal. Quand ils débarquèrent pour aller chercher de l'eau, un grand nombre d'hommes se rassembla derrière ces remparts,
23 Parce_qu'on fête Saint Bernardino le 19 mai. 24 Dont Enriquez s'était emparé pour l'échanger contre des vivres frais. 25 On fête Sainte Hélène le 22 mai. Quiros considérait que de hautes montagnes ne pouvaient se trouver que sur un grand continent. 26

mais un tir de verso chargé de chevrotines tua un Indien et en blessa plusieurs, et Hs s'enfoncèrent dans la brousse. Nos hommes continuèrent de longer la côte sur six lieues, puis ils aperçurent trois mille Indiens qui leur offrirent un porc et quantjté de noix de coco, remplirent d'eau leurs jarres, les apportèrent au brigantin sur leurs canoës et montèrent à bord, sans armes, pour le regarder. Leur chef s'appelait Nabalmua. Une demi-lieue plus loin,. se trouvent deux îlots habités, au nord-ouest desquels il y en a un autre, tout de sable. En suivant la côte jusqu'à l'extrémité de l'île, au milieu de nombreux îlots, ils en trouvèrent un plus grand, qui offre un bon mouillage, situé par 10° 3/4 de latitude. Après cette pointe, la côte continue vers le sud-est à perte de vue. Cette pointe et ce mouillage sont à 40 lieues de l'endroit où étaient restés les navires26. A sept lieues au sud-est quart est, ils virent une île, où ils n'allèrent pas, et se dirigèrent vers celle de Malarta ou de Ramos, qui est au nord-est de l'extrémité de Guadalcanal, d'où ils étaient partis. A 16 lieues dans le sud-est, par 10° 1/4 de latitude, ils trouvèrent un bon mouillage, dont l'entrée était presque fermée par de nombreux récifs, c'est pourquoi ils l'appelèrent Puerto Escondido (le Mouillage-Caché). Là, les Indiens vont complè-tement nus et portent des casse-tête de la taille d'une orange et faits d'un métal qui ressemble à du faux or21 : ils les fixent sur des gourdins et s'en servent d'armes quand ils livrent bataille. En quittant ce mouillage, ils naviguèrent pendant quatre lieues vers le sud-ouest, puis trouvèrent l'embouchure d'une grosse rivière au courant si fort qu'ils ne purent y pénétrer. Ils découvrirent, quatre lieues plus loin, par 10° de latitude, un bon mouillage à l'entrée duquel il y a une île qu'il faut longer de près en la laissant à tribord et qu'ils appelèrent Puerto de la Ascencion (le Mouillage de l'Ascension)28. En suivant la côte, cap au sud-ouest, on arrive à l'extrémité de cette île de Ramos, par 10°1/4 de latitude, à 85 lieues au sud-ouest de la Isla de JesUs, la première qu'ils
26 La plus grande longueur de Guadalcanal n'est que de 150 km. 27 Malayta ou Malaita, nom indigène de l'île découverte le Il avril, jour des Rameaux. Ce «faux or» est de la chalcopyrite, de la couleur du laiton. 28 Quiros écrit Puerto de la Asuncion (de l'Assomption) mais Gallego précise qu'il baptisa cette baie du nom de la fête du 27 mai (l'Ascension). 27

découvrirent29. Comme ils n'allèrent pas dans sa partie nord, on ignore sa largeur. Hernan Gallego dit que pour parcourir toute l'île de Guadalcanal, dont il avait reconnu le nord sur 35 lieues, il faudrait la moitié d'une année, et qu'à l'ouest, il y a sur la côte un grand nombre de villages, où l'on voit des perroquets blancs et multicolores. ISLA TREGUADA (île de la Trêve). - A huit lieues dans le sud-ouest de l'extrémité de cette î1e de Malarta, ils aperçurent une autre île: quand ils y allèrent, près d'une rivière, tous les Indiens, avec femmes et enfants, vinrent vers eux pacifiquement, et complètement nus. Cette île, que les indigènes nomment Brava, fut appelée Treguada dans notre langue, parce que ses habitants accueillirent nos hommes par une fausse trêve. Elle est située par 10° 1/2 de latitude, est très peuplée, on y trouve beaucoup de vivres et on y fait beaucoup de commerce avec les îles de la région; elle fait environ 25 lieues de tour30. ISLAS TRES MARIAS, SANTIAGO et SAN URBAN (îles des Trois-Maries, de Saint-Jacques et de Saint-Urbain). A trois lieues de cette île, au sud quart sud-ouest, se trouvent des îles basses, entourées de nombreux hauts-fonds, et habitées. Elles furent appelées les Tres Marias. Dépourvues de tout mouillage, elles sont orientées du nord-ouest vers le sud-est3l. A trois lieues des Marias, il y en a une autre qui fait six lieues de tour; située par 10° 3/4 de latitude, elle offre un bon mouillage32. Deux lieues plus au sud, est une autre île qui fut appelée Santiago: à peu près par 10° 3/4 de latitude, elle fait 40 lieues de long, et sa côte nord s'étire de l'est vers l'ouest33. A 10 lieues au sud-ouest, se trouve une autre grande île, qui
29 Passa$e problématique: les copistes font dire à Gallego que Malaita (90 S,100° 30 E) fait 114 ou 144 lieues de long, qu'elle est à 85 ou à 135lieues de Nui - eueur que reprend Quiros. Mals eUe fait 165 km œ long et se trouve à environ 1 000 milles de Nui. 30 Il s'agit de Ulawa (90 45 S ; 1610 E, 20 km de long). Son nom indigène a sans doute été correctement entendu, et mal retranscrit par la suite - Gallego l'écrit Uraba. 31 Les îles DIu Malau, atolls suré1evés, sont aussi appelées de leur nom espagnol ou The Three Sisters. 32 Gallego écrit qu'ill'ap~ela San Juan, parce gu'ily aborda le 1er juin ~veille de la Saint Jean d'Ortéga) : DId Ni Masi, ou Ugi. 3 Il s'agit probablement de l'île qui fut appelée plus tard San Crist6bal. 28

s'étend de l'est sud-est à l'ouest nord-ouest, par 12°1/2 de latitude, à seulement quatre lieues de Guadalcanal, et qui
s'appelle l'île de San U rban34

.

Ceci fait, le brigantin revint vers les navires, où on découvrit que les Indiens avaient tué neuf hommes partis chercher de l'eau avec le cambusier, seul un [esclave du] chefpilote35 ayant pu s'enfuir à la nage. Le chef de cette partie de l'île se comportait en ami du général, allait et venait fréquemment sur les navires, et ses hommes, quand nous allions chercher de l'eau, remplissaient nos jarres. Quand les nôtres partirent au secours de leurs compagnons, ils furent reçus par les cris et les tambours d'environ quarante mille Indiens qui s'étaient rassemblés là. On sut ensuite que la cause de ce drame était qu'on avait capturé un de leurs garçons et que le général ne voulait pas le leur rendre, quoique le chef indien l'en eût supplié et lui eût offert un porc. Ils avaient pris son porc et lui avaient dit d'aller voir le général, qui était à terre, et c'est parce qu'il ne le lui rendit pas qu'arriva le malheur qu'on a raconté, comme on le comprit ensuite. Le lendemain de cet événement, le général envoya à terre le capitaine Pedro Sarmiento avec tous ses hommes exercer des représailles sur les Indiens et sur leurs maisons: il en tua vingt, incendia de nombreux villages, puis revint à bord. Il fut de nouveau envoyé à terre avec cinquante soldats: il mit le feu à tous les villages qu'il vit, y ayant retrouvé des morceaux des pourpoints et des chemises de ceux des nôtres qui avaient été tués. Comme, en signe de mépris, les Indiens avaient fiché des morceaux de noix de coco en haut de grands piquets, le général crut qu'il s'agissait des têtes de nos compagnons et envoya Sarmiento avec vingt soldats voir ce que c'était: il incendia alors huit villages. Ce châtiment, qui fut suivi d'autres représailles, exécutées chaque fois qu'ils allaient à terre, inspira une grande peur aux Indiens.
34 Gallego écrit qu'HIa vit parce qu'un fort vent d'est nord-est les fit dériver vers le suà-ouest, et qu'elle est à 18 lieues de la précédente: il pourrait s'agir de Rennel Island. La deuxième expédition du brigantin se tennine là, parce que Gallego, malade, décide de revenir à Guadalcanal. 35 Les mots entre crochets, omis par Quir6s, ont été rétablis d' ~rès les relations du chef-pilote, qui décrit ainsi ce drame: «ils les avaient mis en pièces, leur avaient cou~é la tête, les bras et les jambes, leur avaient arraché la langue et mangé la cervelle, avec une grande cruauté». 29

III. - La suite des découvertes du général, après qu'il eût quitté son mouillage, une forte tempête et son arrivée en Nouvelle-Espagne et. au Pérou
ISLA DE SA~ CRISTOBAL (île de Saint-Christophe). Le 13 juin, les navires mirent à la voile et, à une demi-lieue au vent, ils virent de nombreux villages et un îlot où les nôtres avaient été auparavant avec le brigantin36. De là, ils se dirigèrent vers une île qu'ils appelèrent San Cristobal. Après avoir jeté l'ancre, le général descendit à terre et les Indiens firent signe [aux Espagnol~] de s'en retourner. Voyant que ceux-ci n'en avaient pas l'intention, ils exécutèrent d'étonnants gestes de menace à leur adresse: ils grimaçaient, tremblaient, se . roulaient dans le sable qu'ils griffaient des pieds et des mains, s'en allaient vers la mer, jetaient de l'eau vers le ciel, et to~tes sortes d'autres gesticulations incroyables. Notre trompette sonna la retraite, et Pedro Sarmiento se rendit là où était le général, avec tous ses hommes: les Indiens vinrent vers les nôtres, prêts à se battre, les armes à la main. Chacun avait deux ou trois lances, d'autres portaient des casse-tête, des arcs et des flèches. Ils s'approchèrent tant que, s'ils les avaient tirées, ils n'auraient pas manqué de blesser nos hommes. Le général leur faisait signe de reculer, qu'il ne leur voulait aucun mal, mais cela ne servait à rien, bien au contraire: ils bandaient leurs arcs et faisaient mine de jeter leurs lances. Comme ils ne voulaient pas partir, les arquebusiers firent feu, en tuant un et en blessant beaucoup d'autres: ils s'en allèrent alors tous. Les nôtres pénétrèrent dans leur village, où ils trouvèrent une grande quantité de panaes et de names, et assez de noix de coco et d'amandes pour ravitailler un navire: aussi, ce jour-là, ils ne firent rien d'autre qu'y apporter les provisions avec les barques, et les Indiens ne s'enhardirent pas une seule fois à revenir. Cela fait, nos hommes regagnèrent Je bord, car la nuit tombait. Ce mouillage se trouve par Il 0 de latitude, au sud-est de l'île de
36 Les navires longèrent la côte de Guadalcanal, en remontant contre un vent fort pendant 14 jours, avant de mouiller dans une baie de la côte ouest de San Cristobal, que Gallego appelait Santiago, la prenant pour une île différente. 30

[San Crist6bal]3?, qui est très étroite et montagneuse, et ses habitants ressemblent à ceux des autres îles.
,

ISLAS DE PADRO et DE SANTA CATALINA (lIes de

Pauro et de Sainte-Catherine). Le 4 juillet, le général envoya douze soldats et treize marins, sous le commandement de Francisco Munoz Rico, en exploration, sur Ie brigantin38. Il longea la côte de cette île de Pauro, comme l'appellent les indigènes, et dont la première moitié est orientée du nord-ouest au sud-est quart est, sur 20 lieues, et l'autre moitié, de l'ouest quart nord-ouest à l'est quart sud-est. L'extrémité de cette île se trouve par Il °1/2, elle a un périmètre total de 100 lieues, et fait sept lieues de large. Elle est très peuplée39. Ils découvrirent ensuite deux autres îlots, et allèrent vers Je plus petit, situé au sud: ayant jeté l'ancre, ils virent venir à la nage douze Indiens, qui montèrent. à bord du brigantin, et y demeurèrent un moment. Les nôtres leur demandèrent par signes s'il y avait d'autres terres plus loin: ils répondirent que non mais, par gestes, leur firent comprendre qu'au sud-est, il y avait une grande terre. Heman Gallego dit qu'il l'a vue, mais qu'il n'y alla pas par manque de temps. Ils voulurent s'emparer des Indiens, mais ceux-ci résistèrent si bien qu'ils s'enfuirent à la nage et retournèrent sur leur île. Les nôtres descendirent à terre et prirent quelques porcs, et beaucoup d'amandes et de bananes. Ils firent monter un marin sur un palmier pour voir s'il apercevait une terre au sud, au sud-est, à l'est ou à l'est nordest, mais il ne vit rien. On appela Santa Catalina cette île dont le nom indigène est Aguari. Elle fait quatre lieues de périmètre, c'est une île basse et plate, où poussent beaucoup de palmiers; elIe est très peuplée et entourée de récifs. Elle se trouve par Il 0 2/3 de latitude, à deux lieues de l'extrémité de l'île de San Cristobal40. ISLA DE SANTA ANA (lIe de Sainte-Anne). - A trois lieues de là, presque sur la même latitude, se trouve une autre
37 Quiros, suivant Gallego, écrit Santiago, mais il s'agit de San Crist6bal (100 30 S, 1610 45 E). 38 Troisième expédition du brigantin, du 7 au 14 juillet, au sujet Œ laquelle Quir6s omet de signaler la particiration de Gallego. 39Le nom indigène de San Cristobal (10 30 S ; 1610 45 E, 112 km Œ long par 38 km de large), est Makira. La province où se trouve la capItale s'ap~ne Bauro, ici défonné en Pouro. Galle~o surestime la longueur de l'île, mais il est Elus près de la vérité guant a sa largeur. 40 Santa Catalina (atoll surelevé, 10° 54 S, 1620 27 E), à hUIt km cE San Cristobal a gardé son nom et est aussi appelée Owa Riki. 31

île, qu'on appela Santa Ana et que les naturels appellent [tapa. Elle fait sept lieues de périmètre, elle est basse et ronde, avec en son centre un promontoire qui ressemble à un château; elle est très peuplée, fertile, on y trouve des porcs et des poules, et elle offre un très bon mouillage sur la côte est41. Le caudillo descendit à terre et les Indiens, poussant des hurlements, attaquèrent les nôtres avec leurs lances et leurs flèches; ils portaient des sortes de bandes sur le corps, qu'il avaient enduit de teinture rouge, et avaient la tête couverte de feuillages. Quatre rondachiers et quatre arquebusiers, accompagnés de trois Noirs, le caudillo en tête, allèrent à leur rencontre, et luttèrent tous vaillamment, sans l'aide de leurs compagnons qui étaient à terre et se préparaient. Le chef-pilote leur criait depuis le brigantin de ne pas reculer d'un pas. Voyant que trois des nôtres et un Noir avaient été blessés, le caudillo passa à fattaque et tua deux Indiens: les autres s'enfuirent, non sans lui jeter une lance avec une telle ardeur et une telle force, car ces gens sont ainsi, qu'elle traversa son bouclier et son bras, dépassant de la largeur d'une main de l'autre côté, en raison de quoi, après avoir fait de l'eau, les nôtres incendièrent leur village. Montés sur une hauteur, ils l1e virent aucune terre: ils retournèrent donc à bord, puis longèrent l'île de San Cristobal, s'emparant de deux Indiens dans leur pirogue. Une fois arrivé au mouillage où attendaient les navires, le chef-pilote rendit compte au général de ce qui avait été fait. Puis, comme ils ne voyaient aucune autre terre, et qu'il y en avait beaucoup à l'ouest sud-ouest, le général convoqua pilotes et capitaines à une réunion générale, où il fut décidé de réviser les gréements et d'alléger les navires, qui furent carénés aussi bien que possible. Au sujet de la traversée vers le Pérou, les avis divergèrent: certains voulaient rentrer par le sud, mais il fut décidé d'aller au nord sans perdre plus de temps, pour ne pas se trouver à court de vivres et pour ménager les gréements, ce qui fut mis à exécution. Le mercredi Il août, les navires hissèrent les voiles: ils mirent sept jours à remonter au vent le long de l'île de San Cristobal, puis s'en écartèrent, par fort vent d'est sud-est, mettant le cap au nord-est quart est. Comme le vent changeait, ils naviguèrent de conserve entre l'est nord-est et le nord. Entre 2° et 4° de latitude sud, ils trouvèrent beaucoup de fagots de
41 Santa Ana (atoll surélevé, 100 50 S, 1620 28 E, altitude 143 m.), a gardé son nom espagnol et est aussi appelée Owa Raha ou Owa Rafa. 32

palmes, des bois brûlés et d'autres débris flottants rejetés par les rivières, signe qu'il y avait des teITes à l'ouest: ils pensèrent qu'il s'agissait de la Nouvelle-Guinée. Le 4 septembre, alors qu'ils étaient sur l'équateur, les pilotes présentèrent une requête au général, parce qu'ils n'avançaient pas et pensaient qu'il valait mieux mettre franchement le cap au sud ou au nord; ils s'accusaient les uns les autres d'être les ennemis de Dieu, disant que celui qui agissait autrement était le leur. Il fut décidé de mettre cap au nord nord-ouest, selon ce que le vent permettrait. Ainsi, en Il jours, ils firent 25 lieues et se retrouvèrent par 50 de latitude nord, ce qui n'est pas étonnant, car il est bien connu que dans ces basses latitudes, les vents sont faibles et souvent contraires42. Un grain leur permit de recueillir de J'eau, puis la brise passa au secteur est, avec quelques averses. Ils virent une terre et se dirigèrent vers elle, mais ne purent jeter l'ancre car il y avait trop de fond: quelques hommes allèrent en chaloupe chercher de l'eau, ce qui mit les indigènes en fuite. Ils virent aussi naviguer une de leurs embarcations à la voile. A terre, nos gens trouvèrent un outil fait avec un clou, un coq, de nombreux morceaux de cordages ainsi que beaucoup de noix de coco trouées, preuve que c'est là que les Indiens prennent l'eau qu'ils boivent; ils virent aussi des sortes de pignes dont les Indiens faisaient d'autres breuvages, mais ils revinrent à bord sans eau. Cette terre est faite de deux îles, qui sont situées par 8° 2/3 de latitude, font 15 lieues de long, sont bordées de récifs et séparées par un chenal; à leur extrémité, on trouve deux autres îlots43. Les nôtres naviguèrent ensuite cap au nord et, comme le pain et l'eau manquaient, ils souffraient beaucoup, et quelques uns moururent. ISLA DE SAN FRANCISCO (île de Saint-François). Ils trouvèrent un peu plus tard une île basse et ronde, couverte de sable et de broussailles, entourée de récifs, habitée seulement d'un grand nombre d'oiseaux de mer, qui fait deux

42 Ils se trouvaient alors dans le «pot au noir», zone de vents changeants, où les navires avancent difficilement. 25 lieues en Il jours donnent la désespérante moyenne de 0,3 nœud, ou 0,55 kmIh. 43 Mendaiia les apee1a Los Bajas de San Mateo (Hauts-fonds de SaintMathieu) parce qu'ds furent découverts Je 21 septembre, fête de ce saint, mais Gallego parle des Bajos e islas de San Bartolomé (de SaintBarthélémy) : atolls Maloelap et Aur (80 40 N, 1710 E, îles Marshall). 33

lieues de périmètre, et qui se trouve par 19° 1/3 de latitude: elle fut appelée île de San Francisco44. Puis ils naviguèrent vers le nord et le nord-est jusqu'à 30° 1/3. Là, le 16 [octobre ]45, il se mit à pleuvoir faiblement. Ils réduisirent la voilure et, le lendemain, au lever du jour, [ceux de la capitane] voyaient encore le navire-amiral. C'est alors que se déclencha un coup de vent de sud sud-est, si fort que le chef-pilote affirme qu'en 45 ans de navigation, il n'en a jamais vu de semblable, et qu'il en fut effrayé. Le bateau plongea le flanc dans l'eau jusqu'à la moitié de l'écoutille et, si elle n'avait pas été calfatée et clouée, il aurait coulé sur le champ. Les marins et les soldats nageaient à l'intérieur du navire, et la chaloupe, pleine de cordages et d'eau, fut jetée par dessus bord. On fit hisser à grand peine un peu de toile sur le mât de misaine, mais ils n'avaient pas encore largué deux garcettes que la voile éclata en lambeaux qui s'envolèrent, ne laissant que les ralingues à nu. Le navire fut en grand danger de couler pendant une demi-heure, jusqu'à ce que le capitaine fit abattre le grand mât, qui partit à la mer avec tout son gréement et emporta au passage le pavois, qui était alors sous l'eau de presque un mètre. Ils démolirent le château-arrière et, ayant ainsi allégé le navire, hissèrent une couverture de lit en guise de voile, ce qui leur permit d'abattre et de faire route au SUd46cette nuit-là et le lendemain, revenant sur leurs pas et perdant 50 lieues, sans apercevoir le navire-amiral. Ce méchant vent se calma puis tourna: ils purent alors reprendre leur cap, avec comme seule voile celle dont on vient de parler. Le 19 octobre, le vent tourna à l'est nord-est en forcissant, et ce jusqu'au 29. Comme la houle de travers faisait souffrir le navire, ils changèrent de cap et reperdirent le chemin gagné la veille: triste affaire. Le 29 octobre, le vent revint au sud-est avec rage, soulevant une mer forte, accompagné d'éclairs et de tonnerre, au point qu'on aurait dit la fin du monde. Chaque fois qu'une voile était hissée, le vent l'emportait, et il y avait en pennanence un demi-mètre d'eau dans les fonds. La civadière fut dégréée et envoyée en guise de misaine afin de pouvoir marcher vent arrière, mais le vent du
44 Atoll de Wake (Marshall, par 19° 20 N et 1660 30 E), ainsi appelé Raree qu'il fut découvert le 3 oct~bre, v~il1~dç la Saint..François. 5 Sans doute une erreur du CopIste, qUI a ecrIt « 16 septembre». 46 Quiros a omis de signaler que, pendant cette tempete, le vent avait tourné au nord-est, c'est pourquoi les navires fuient âevant lui, cap au sud. 34