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HISTOIRE(S) DE GRANDS-PARENTS

242 pages
Cet ouvrage propose une réflexion élargie sur cette place et ces fonctions nouvelles des grands-parents. Le point de vue de la psychologie y a été privilégié, mais d'autres disciplines, plus ou moins proches, apportent également leur angle de vision.
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HISTOIRE(S) DE GRANDS-PARENTS

Collection Espaces Théoriques dirigée par Michèle Bertrand

Partout où le réel est donné à penser, les sciences de l'homme et de la société affûtent inlassablement outils méthodologiques et modèles théoriques. Pas de savoir sans construction qui l'organise, pas de construction qui n'ait sans cesse à mettre à l'épreuve sa validité. La réflexion théorique est ainsi un moment nécessaire à chacun de ces savoirs. Mais par ailleurs, leur spécialisation croissante les rend de plus en plus étrangers les uns aux autres. Or certaines questions se situent au confluent de plusieurs d'entre eux. Ces questions ne sauraient être traitées par simple juxtaposition d'études relevant de champs théoriques distincts, mais par une articulation rigoureuse et argumentée, ce qui implique la pratique accomplie, chez un auteur, de deux ou plusieurs disciplines. La collection Espaces Théoriques a donc une orientation épistémologique. Elle propose des ouvrages qui renouvellent le champ d'un savoir en y mettant à l'épreuve des modèles validés dans d'autres disciplines, parfois éloignées, aussi bien dans le domaine des SHS, que dans celui de la biologie, des mathématiques, ou de la philosophie.

Déjà parus

Jean-Michel OUGHOURLIAN, Hystérie, transe, possession,' un mime nommé désir, 2000. Jean-Michel OUGHOURLIAN, Le désir: énergie et finalité, 1999. Michèle BERTRAND, Gilles CAMPAGNOLO, Olivier LE GUILLOU, Esther DUFLO, Pierre SERNE, La reconstruction des identités communistes après les bouleversements intervenus en Europe centrale et orientale, 1997. Michèle BERTRAND, Les enfants dans la guerre et les violences civiles. Approches cliniques et théoriques, 1997. Jean-Pierre LEVAIN, Développement cognitif et proportionnalité, 1997. Michèle PORTE, Même, Semblable, Autrui, 1997.

Sous la direction de Sylvain Bouyer, Marie-Claude Mietkiewicz, Benoît Schneider

HISTOlRE(S) DE GRANDS-PARENTS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

@L'Harmattan,2000 ISBN: 2-7384-9144-8

Les auteurs
Françoise Augustin, Consultante jJlridique à «Allô gransIs-parents », Médiatrice et formatrice à l'Ecole des Parents et des Educateurs d'Ile-de-France Jean Bouissop, Maître de Conférences en Psychologie, Co-responsable de l'Equipe de recherche en psychogérontologie
« Routine et Création », Université Victor Segalen Bordeaux 2

Pierre-Jean

Bouyer, Scénariste

Sylvain Bouyer, Maître de Conférences en Psychologie Clinique, GROCM, GREPSA, Université Nancy 2 Jacqueline Carr~y, Profe~seur d'Histoire de la rsychologie, Directrice d'Etudes à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales Yvonne Castellan, Professeur Honoraire de Psychologie Clinique, Université Paris X - Nanterre Pascale Commes, Psychologue Clinicienne, Équipe de recherche en psychogérontologie «Routine et Création », Université Victor Segalen, Bordeaux Catherine Karagianni, Psychologue GROCM, GREPSA, Université Nancy 2 Vassiliki Karagianni, Psychologue GROCM, GREPSA, Université Nancy 2 Clinicienne, Clinicienne,

Marie-Claude Mietkiewicz, Maître de Conférences en Psychologie Clinique, GROCM, GREPSA, Université Nancy 2

Alain de Mijolla, Psychanalyste, Membre de la Société Psychanalytique de Paris, Président de l'Association Internationale d'Histoire de la Psychanalyse TulliaMusatti, Maître de Recherches, Psicologia, Consiglio Nazionale Ricerche, Rome Philippe Rebstock, Psychologue, Service Social d'Action Educative de Metz Isabelle Reck, Université Nancy 2 Istituto di

Psychothérapeute,

Maître de Conférences en Espagnol,

Jean-Claude Reinhardt, Maître de Conférences en Psychologie, Co-responsable de l'Équipe de recherche en psychogérontologie «Routine et Création », Université Victor Segalen Bordeaux 2 Chantal Robinet, Psychologue Clinicienne, GROCM, GREPSA, Université Nancy 2 Benoît Schneider, Maître de Conférences en Psychologie du Développement, GROCM, GRC, Université Nancy 2 Helena Tenenbaum, Psychologue, Psychanalyste, Membre sociétaire de l'Association Psychanalytique de France Serge Tisseron, Psychiatre, Psychanalyste Claude de Tychey, Professeur de Psychologie Clinique, GREPSA, Université Nancy 2

8

Sommaire
Introduction
Histoire(s) de Grands-Parents Marie-Claude Mietkiewicz, Benoît Schneider, Sylvain Bouyer Première partie L'art et la manière d'être ~rands-parents

13

17

Y a-t-il un art d'être grand-père... ou grand-mère? Helena Tenenbaum... ..19 Le «fléau» et le «mimosa»: Réflexions sur le rôle des grands-mères dans le consentement à vieillir Jean Bouisson, Jean-Claude Reinhardt, Pascale Commes 29 Deuxième partie Rôles et fonctions

des irands-parents

.4 aspects

Les grands-mères et la garde du petit-enfant: culturels, relationnels et affectifs
Tullia

Musa tti.. .. . ... . . .. . .. ... . ... .. .. ... . . . . . . ... . . . ... . . . . . . ... .. . .. 43

Du grand-maternage Be no ît Sc hne ide r. Les grands-parents Yvonne Castellan

au grand-paternage .. .. .,. ..... .. ..

..... ..... ... .. 55 75

dans le regard des petits-enfants 01.44.93.44.90 ..87

«Allô Grands-Parents» Françoise Augustin

Fonctions grand-maternelles et placement en famille d'accueil Catherine Karagianni, Vassiliki Karagianni, Chantal Robinet, Benoît Schneider, Marie-Claude Mietkiewicz 95

Troisème partie Les erands-parents Les grands-parents d'Œdipe Alain de Mijolla La grand-parentalité pathogène? Claude de Tychey Les grands-parents Serge Tisseron

dans la dynamique psychique dans la préhistoire

l 07

du complexe ..109

: fonction

"pare-excitante"

ou 117

face aux secrets de famille ...129 .143

A propos d'une histoire remarquable Philippe Rebstock Quatrième partie Cultures et représentations

des jlrands-parents

.157

La personne âgée, l'enfant et le conte Pascale Commes Il était une fois... des grands-parents enfantine Marie-Claude Mietkiewicz Grands-parents de " reve ?. ... Pierre-Jean Bouyer Les grands-parents siècle Isabelle Reck cinéma,

..159 de la littérature ...167 de ...183

grands-parents

dans le théâtre espagnol du XXème ..197

10

Cinquième partie Questions d' épistémolo(:ie

et de méthodes de la psychanalyse

2 Il 213 des grands.223

Le familialisme épistémologique Jacqueline Carroy Comment étudier parents Sylvain Bouyer les

représentations

Il

Histoire(s)

de grands-parents.
Introduction

Les grands-parents et la grand-parentalité suscitent des études de plus en plus nombreuses. idéologique des grands-parents Certains ouvrages, principalement sur une fonction et en donnent une vision où le commis par Ségolène Royal à écrits par des non-spécialistes, mettent l'accent

lyrisme confine parfois à l'emphase - nous pensons par exemple au Printemps des grands-parents (1987) -; d'autres approches, plus rigoureuses, commencent

éclairer l'actualité de la grand-parentalité, au-delà des stéréotypes et des fantasmes. C'est ainsi qu'en 1993, Brigitte Camdessus analyse ce qui se passe Quand les grands-parents s'en mêlent. Son livre souligne la dynamique qui émane des grands-parents actuels dans une société en mutation, marquée à la fois par des continuités plus ou moins latentes et des discontinuités parfois brutales: l'espérance des de vie, l'amélioration de communication, entraînent l'allongement de de l'état de santé des aînés, la la une mutation des modes de la de leurs

transformation du rapport au temps, des modes de vie et l'évolution moyens d'organisation temporalité l'encontre familiale modification l'amélioration

vécue des grands-parents;

ressources modifie leur force économique.

Cette évolution va à

des images qui sont associées à la place des grandsimages de stabilité, de sagesse, de

parents - et à leur fonction de transmission de savoirs et de valeurs - dans les générations: permanence du lignage.

Dans des ouvrages récents, d'autres Attias-Donfut parents,

auteurs, telles Claudine la famille à des grands-

et Martine Segalen (Grands-parents, 1998), donnent également

travers les générations, 1998) ou Yvonne Castellan (Les grandsces inconnus, parents contemporains une image plus proche de la réalité. C'est dans cette perspective que nous proposons au lecteur une réflexion élargie sur cette place et ces fonctions nouvelles des grands-parents. Pour introduire cet ouvrage, sorte de panorama de la grandparentalité, nous pourrions rappeler - ce serait un point au moins potentiel; très nous commun - que tout un chacun a des grands-parents décédés) et qu'il est un grand-parent (vivants ou

pourrions également confier avec un sourire au lecteur que l'un de nous est grand-père et que les deux autres ne le sont pas, que l'un des trois a un grand-parent grands-mères... vivant, que deux ne seront jamais compte du Cette allusion rendrait parfaitement

contenu de ce recueil et de l'esprit dans lequel nous l'avons conçu. Le présent ouvrage est le résultat de la rencontre de nos trois champs d'intérêts originels; Benoît Schneider oriente ses recherches du côté de la petite enfance, et rencontre les grandsparents qui se penchent sur les bambins; Marie-Claude Mietkiewicz centre ses intérêts sur la gérontologie, et questionne les sentiments qui accompagnent l'accès à la grand-parentalité; secrets de fami11e. De cette rencontre Sylvain Bouyer et croise les interroge l'axe des transmissions intergénérationnelles,

sont nés des travaux 1998. Les textes

communs, des communications, des articles; puis a émergé l'idée d'un colloque, qui a vu le jour en novembre

14

réunis ici correspondent ont été présentées'.

à la majorité des communications

qm y

Si nous avons choisi de privilégier le point de vue de la psychologie - champ de nos travaux -, nous avons également souhaité que d'autres disciplines, plus ou moins proches, apportent leur angle de vision. C'est ainsi qu'à côté de textes psychologiques destinés à cerner davantage l'identité des grands-parents et à mieux comprendre leurs fonctions, psychiques et sociales, le lecteur trouvera des contributions relatives à la littérature, au cinéma... : il y a des grands-parents Image de la partout, et leur image traduit (trahit 1) la elle-même offrir qm se reflète dans ces la représentation qu'une culture a d'eux. C'est sans doute aussi une culture représentations. gentillesse couverture. Bien sûr, ce projet commun nous a donné du travail, et il serait absurde de prétendre qu'il nous a suffi de lancer l'idée pour que tout s'organise de soi-même; mais un enthousiasme certain et partagé, une répartition spontanée des tâches nous ont permis, dans la bonne humeur, de mener à bien ce projet. Sans doute une proximité de nos points de vue, une certaine complémentarité de nos compétences et une bonne entente font que nous sommes bien décidés aujourd'hui à poursuivre des travaux communs. Signalons au passage que la participation de chacun de nous à ce projet a été L'humoriste Piem, grand-père lui-même, a eu la le dessin original qui illustre

de nous

I

L'esprit d'ouverture que nous avons voulu donner à ce panorama des grands-

parents nous semble assez bien illustré par les contributions rassemblées dans cet ouvrage, même si toutes les communications n'ont pas pu être reprises; c'est en particulier le cas de la contribution écrite que devait nous faire parvenir Joël Dor, dont le décès a brutalement interrompu le projet. Nous tenons à lui rendre hommage ici. 15

totalement équivalente; seules les contraintes matérielles de la mise en page font que nos noms ne peuvent pas apparaître sur un même plan. Un dernier mot peut-être, pour présenter le groupe de

recherches, transversal à nos laboratoires respectifs, dans lequel nous avons souhaité concentrer nos intérêts communs - dans une approche différente - pour les grands-parents et la grandparentalité : le GROCM désigne le Groupe de Recherches Obsolète, Cacochyme et Melliflu. Loin de nous l'idée de donner de notre équipe l'image d'un trio "périmé et hors d'usage", "constitutivement n'est qu'un débile", "fade et doucereux", tant sur le plan cette appellation que nous

scientifique que d'un point de vue personnel;

clin d'œil adressé à ces grands-parents

évoquons dans nos recherches, pour rappeler que nos travaux, s'ils sont sérieux, ne se prennent pourtant pas au sérieux, et que le regard scientifique que nous portons sur les grands-parents pas dénué d'une tendresse certaine pour leur réalité humaine. Pour finir, nous souhaitons que le lecteur trouve autant de plaisir à découvrir ces Histoire(s) de grands-parents avons eu à les réunir. que nous en n'est

M.-C. Mietkiewicz, B. Schneider, S. Bouyer

16

Première Partie
L'art et la nlanière d'être grands-parents

y a-t-il un art d'être grand-père... ou grand-mère?
Helena Tenenbaum
Il y a un certain danger à donner un titre à un article que l'on n'a pas encore écrit. Aujourd' hui je n'appellerais plus mon texte «y a-t-il un art d'être grand-père ou grand-mère? », mais « y a-t-il des conditions psychiques propices à l'art d'être grandpère ou grand-mère? ». Si l'on en croit les témoignages concernant les grands-parents, cet art doit être très bien partagé car il n'y a pas un écrivain, pas un artiste, pas un acteur et, bien sûr, pas un patient qui ne parle de lui-même sans évoquer le souvenir ému des anciens, sans souligner l'influence sur ses choix culturels. Au-delà des références à cette transmission psychique, qUi n'est consciente qu'en apparence, nous verrons comment s' y jouent les investissements affectifs et les problématiques identificatoires, ou, pour le dire autrement, quelles sont les places fantasmatiques occupées autour de ce lien réciproque qui semble faire un bond au-dessus de l'attachement au géniteur. de cette relation sur sa représentation de la famille, sur son image, sur ses repères au passé,

En ce qui me concerne, il y a bien longtemps maintenant qu'une jeune analysante, une de mes premières patientes, est arrivée à sa séance, par un jour d'été étouffant comme on en connaît tant dans notre région. "Comme l'impression d'être revenue mère. "Comme il fait bon? il fait bon ici, bien frais, j'ai eu dans la maison de ma grandqu'il a D'autant plus surprenant

toujours fait trop chaud, bien trop chaud dans mes lieux de travail. Enfin, ai-je pensé, si elle se trouve bien ici, au point de ne pas ressentir le temps qu'il y fait, c'est que la relation transférentieIIe est en ce moment apaisante, peut-être contrairement à ce qu'elle même déconfIictualisée, depuis la vivait avec ses parents

naissance d'un jeune frère. J'étais d'autant plus surprise que je me trouvais pour la première fois placée dans cette situation contretransférentielle, alors que ma patiente, tout occupée à ses difficultés avec ses parents, n'avait jamais encore évoqué ses grands-parents. Puis, en l'écoutant, je me suis prise, moi aussi, à associer sur la maison de mes grands-parents, les séjours si agréables que j' y faisais, la tranquillité, le calme que j'y trouvais, l'armoire pleine de livres, la lecture à plein temps... Alors que, chez mes parents, lire c'était" lire trop ", synonyme de paresse, ce qui me valait Ainsi, à peine étais-je devenue, bien avant quelque réprimande.

l'âge, une grand-mère - symbolique il est vrai - que mes associations ranimaient la nostalgie du temps ancien, le souvenir d'êtres aimés disparus et l'image privilégiés. de lieux perdus, de refuges

En fait, je n'avais jamais réalisé à quel point le souvenir de la maison des grands-parents (les images, mais aussi les sensations, les odeurs) était resté vivace en moi. Une maison qui évoque aussi l'enfance des parents, qui semble avoir résisté au temps qui passe et 20

reste le gage de la continuité d'une génération à l'autre. Et si son souvenir est étroitement lié à des impressions de calme, de solidité, c'est parce que l'enfant, à l'abri de la violence des conflits œdipiens et des angoisses qui s'y associent, y trouve un réel apaisement. Didier Houzel cite le dessin d'une petite fille, dans lequel la maison des parents tombe à cause de la lave (la lave, c'est brûlant) qui l'envahit, alors que la maison de mamie, à côté, reste entière et tient bien debout, même si un peu de lave y est entrée. L'auteur conclut que la maison de mamie peut contenir le feu pulsionnel. C'est sans doute pour cela que nombre d'enfants grincheux, dormant et/ou mangeant mal chez leurs parents, changent totalement, mats malheureusement provisoirement, de comportement lors de séjours chez leurs grands-parents. Revenons à notre jeune patiente. En fait, ce qui m'a transfert/contre-transfert imposées à moi: position paru étonnant dans cette séquence (le contre-transfert se manifestant par mes mêlés. Située dans une disparue qui

propres associations), c'est la simultanéité des images qui se sont enfant, grands-parents c'est grand-parentale, toute la relation

reprend vie, redevient actuelle, et pas seulement l'enfant que j'étais ou l'un des grands-parents décédés. Curieusement, c'est dans un même mouvement que les positions de l'enfant et des aïeux se sont présentées ensemble à l'esprit et ont ranimé les affects oubliés. Ainsi, lorsque l'on m'a proposé de participer à ce colloque, je me suis demandé, un moment, de quelle place j'allais parler de ce sujet, de celle de l'enfant ou de celle de la grand-mère? J'ai réalisé alors combien la position de grand-mère, réelle ou symbolique, s'associe toujours 21

étroitement au souvemr vivace des grands-parents en même temps...

partis depuis

longtemps. Etre le grand-parent en étant le petit enfant, à nouveau, Ainsi, c'est pratiquement à notre insu que notre libido reste liée à ces objets anciens. La situation transférentielle, puis, bien plus tard, l'expérience de la grand-parentalité ont montré que la libido réinvestissait ces objets, au sens analytique du terme, ces objets de l'enfance dans un seul et même mouvement quasi naturel. Ma première hypothèse sera donc que l'accès à la grandparentalité conduit à une position identificatoire spéciale, identification double, symétrique, à la fois à l'enfant qu'on a été et à son propre aïeul disparu. Or, ces identifications particulier: ont ceci de reléguées dans un passé plus ou moins lointain, elles

ont dû, l'une et l'autre, faire l'objet d'un double deuil. Je pense que la position fantasmatique des grands-parents reste marquée du sceau de ce double deuil et d'une double identification; reliquat, fruit de ce double deuil. Nous savons que le travail de deuil réussi permet un nouvel investissement des objets perdus, si toutefois le conflit d'ambivalence est, au moins en partie, résolu. Devenir grand-parent c'est, en quelque sorte, reprendre à son compte tous les éléments de cette relation, qu'elle ait été satisfaisante ou non, et, pour cela, le mouvement psychique consiste à occuper toutes les places de la scène, être le grand-parent de son enfance et en même temps, le petit-enfant de ce grand-parent là. Il y a sans cesse oscillation entre ces deux positions qui font, ont fait, l'objet d'un travail de deuil. Victor Hugo, auquel j'ai emprunté l'intitulé de ce travail, ce double semble avoir surmonté affectivement et poétiquement

deuil. Il est passé résolument du côté des enfants en inversant 22

l'ordre des générations. L'art d'être grand-père, dit-il, «c'est l'art d'obéir aux petits, de se mettre à l'écoute de leur murmure» ajoute: « le babil des marmots est ma bibliothèque ; il ». Il insiste

avec les confitures qu'il chipe dans l'armoire et pour lesquelles - je le cite encore - il« leur fait enjamber toutes les lois et ose pousser aux attentats leur république rose ». «Je suis grand-père mesure », ajoute-t-il encore. Mais, dans le même l'identification l'identification nuit» sans temps,

à l'aïeul disparu le conduit vers le deuil anticipé de à l'enfant terrible, à la froide le - je le cite - «au vieillard qu'attend

sa propre VIe. Il passe de l'identification

.
De ce double mouvement naît chez le grand-parent

sentiment répétitif qu'il œuvre pour la postérité, pour le souvenir. Etre totalement d'au-delà qui du côté de l'enfant, ouvre ? choisissent comme avec en même temps la Est-ce cette dimension la tendresse dénuée de la présence constante en soi de sa mortalité. vers l'indulgence, d'ambivalence, grand-parentalité aptitudes à l'origine

des images d'EpinaI

Il m'a souvent été relaté par des étudiants, des patients et dans ma propre famille, que certains grands-parents dépositaires de leur mémoire, de l'histoire secrète de leur vie, non pas leurs propres enfants, mais les enfants de leurs enfants. Ce n'est pas anodin que la transmission fasse ainsi un saut au-dessus de la génération intermédiaire. Ceci pourrait, à la limite, paraître comme une illustration des hypothèses avancées précédemment. Il semble donc y avoir des conditions, ou plutôt des dispositions psychiques qui favorisent cet art d'être grand-parent. Peut-être est-ce justement cette capacité retrouvée d'être à nouveau l'enfant de ce grand-parent-Ià, et aussi la capacité de retrouver 23

vivant en soi tout ce que les grands-parents

d'autrefois

nous ont

donné, qui peuvent permettre la répétition d'une relation heureuse. Au contraire, si les relations anciennes ont été marquées de trop d'ambivalence inévitablement - et les parents en tant qu'intermédiaires ont leur part dans cette problématique -, alors l'art

d'être grand-parent se dissout dans l'amertume et le regret. Je développerai cette problématique plus loin. Je voudrais aborder maintenant un autre aspect de l'accès à la grand-parentalité, celui des remaniements psychiques nécessaires à l'élaboration rapport proximité. L'arrivée du petit enfant, essentiellement le premier et le plus souvent l'enfant de la fille pour la femme, provoque chez elle un sentiment d'inquiétante étrangeté. Etrange et familière, en effet, cette scène émouvante, connue, reconnue que celle d'un enfant qui naît. Pourtant cette fois-ci «tout se passe comme si » parce que si tout paraît tellement pareil, tout reste en fait, tellement différent. Il y a un tel télescopage du passé sur le présent que l'on ne sait plus vraiment si ce que l'on éprouve d'émotions, de perceptions sensorielles, de sensations affectives est tout à fait actuel, ou seulement le réveil des sentiments que l'on croyait avoir oubliés. Autrement dit, à l'instant où la mère devient grand-mère, elle est envahie d'un SIen. Le premier remaniement nécessaire sera donc lié à la capacité d'intégrer la perte de la position parentale, de renoncer 24 à la certain trouble; les sensations, les souvenirs, les sentiments sont connus, mais cet enfant-là n'est plus, n'est pas le de cette nouvelle fonction. Je prendrai pour cela le parce qu'il est d'une très grande mère/grand-mère,