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HISTOIRES DE VIE COLLECTIVE ET EDUCATION POPULAIRE

280 pages
Que se passe-t-il lorsque s'écrivent des histoires de village, lorsque des acteurs sociaux tentent d'expliciter l'histoire des collectivités, d'associations, de groupes de travail ou de militants, de communautés dans lesquelles ils ont une part active ?
Quinze auteurs de France et du Québec se proposent ici de dégager les dimensions sociales communes d'expériences d'histoires de vie singulières.
Un panorama d'histoires de vie collectives dans une perspective d'éducation populaire.
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Histoires de vie collective

et
éducation populaire

Collection Histoire de Vie et Formation dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de : Pierre Dominicé, Magali Dubs, Guy Jobert, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Titres parus
Volet: Histoire de vie Claire SUGIER, Haïti terre cassée... Quinze ans dans la campagne haïtienne, 1996. Line TOUBIANA, Marie-Christine POINT, Destins croisés. Elles sont profs, l'une est juive, l'autre est catholique..., 1996. Pierre DUFOURMARTELLE, Globe trotter et citoyen du monde, 1997. Auguste BOUVET, Mémoires d'un ajusteur syndicaliste, 1997. Martine LANI-BAYLE, Defemme àfemme à travers les générations. Histoire de vie de Caroline Lebon-Bayle 1824-1904, 1997. Guy-Joseph FELLER, Libre enfant de Favières. Territoire de serpents, 1997. Malika LEMDANI BELKAÏD, Normaliennes en ,~lgérie, 1998. M. CHAPUT, P.-A. GIGUÈRE et A. VIDRICAIRE (eds), Le pouvoir transformateur du récit de vie, 1999. Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris sous l'Occupation, 1999. Guislaine JOURDAIN, Combat au quotidien dans le Chili de l'aprèsPinochet, 1999. Marcel BOLLE DE BAL et Dominique VESIR, Le sportif et le sociologue,2000. Marie-Jo COULON, Jean-Louis LE GRAND, Histoires de vie collective et éducation populaire. Les entretiens de Passay, 2000.

sous la direction

de

Marie

Jo COULON et de Jean-Louis LE GRAND

Histoires de vie collective

et éducation populaire
Les entretiens de Passay

Editions l'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC, 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

(Ç) L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-8852-8

Introduction
Trois conseillers d'éducation populaire suscitent, depuis 1993, dans le village de Passay, près de Nantes, un petit journal d'une parution au départ régulière qui, à partir des témoignages de ses habitants et de leur participation rédactionnelle, trace des linéaments de mémoire. Ainsi ce village de pêcheurs au bord du lac de Grandlieu, le plus grand site lacustre de France, voit ressurgir les histoires d'autrefois, les personnages connus ou méconnus, les coutumes festives à travers une langue qui tente de rester au plus près des expressions et du parler local, avec ses mots et sa musique particulière. Un ancien membre d'une communauté de l'après 68 produit une thèse d'État sur une histoire communautaire par ailleurs riche et éphémère de la fin des années 70. Monographie d'un groupe de pairs marquée par une expérience forte doublement datée: elle a 25 ans et illustre bien son époque. Histoire de vie d'un groupe dit "contre-culturel" voulant expérimenter une "libre sexualité" et des "thérapies" émotionnelles. Paradoxe d'une utopie vécue environ deux ans, mais plus généralement expression exacerbée des aspirations imaginaires d'une génération précise avec ses espoirs les plus fous mais aussi ses dégâts et ses tracas. Voilà deux points d'ancrage desquels nous sommes respectivement partis pour aborder des histoires de vie communautaire ou collective: collectivité villageoise d'une part, communauté contre-culturelle de l'autre, élargissant le propos à d'autres acteurs, d'autres expériences et analyses. Mais la source de ce livre remonte aux méandres lointains d'une rencontre à Tours, en 1989, où l'un des promoteurs des histoires de vie, Gaston Pineau, propose un séminaire intitulé "Histoires de vie de collectivités" en relation avec son ami québécois André Vidricaire qui avait travaillé sur une opération de production de 7

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POPULAIRE

mémoire ouvrière avec l'écomusée du Fier Monde à Montréal. Il s'agissait d'une exposition consacrée à la vie d'une ancienne manufacture de tabac qui a donné lieu à un manuel Exposer son histoire. Ce travail s'inscrivait dans l'esprit de la vaste opération menée en Suède par Sven Linqvist, animateur culturel et écrivain, qui a pour slogan "Creuse là où tu es". Pour animer ce regroupement, Gaston Pineau demande la collaboration de JeanLouis Le Grand. En novembre 1994, à l'initiative de Marie Jo Coulon, les travaux de ce séminaire sont repris et amplifiés dans le cadre d'un regroupement de conseillers d'éducation populaire du Ministère de la Jeunesse et des Sports, à la Maison du pêcheur, dans le village de Passay. Les arts et traditions populaires, l'expression écrite et orale, le livre et la lecture, les sciences humaines appliquées, le théâtre, la photo, la vidéo sont autant de disciplines à partir desquelles les conseillers d'éducation populaire travaillent avec des groupes dans le domaine de l'histoire de vie collective. Ce regroupement, accompagné par Jean-Louis Le Grand, avait pour objectif premier de confronter les problématiques et les pratiques à partir de la question centrale: dans quelle mesure ces traces de mémoire collective participent-elles ou non d'une démarche d'éducation populaire? Les débats passionnés et passionnants ont suscité un second regroupement intitulé "les Entretiens de Passay". Le présent ouvrage s'inspire en partie de ces débats et offre la parole à quelques acteurs qui n'y ont pas participé mais partagent la préoccupation de transformation sociale. L'éducation populaire est une auberge espagnole où l'on se nourrit volontiers de ce que chacun apporte, il nous a semblé opportun de solliciter des contributions qui enrichissaient le propos, d'autant que ce qui est présenté ici est une première étape de recueils de réflexion, de formalisation avec des approches parfois contradictoires, tel l'infléchissement de la notion d'histoire de vie collective. L'éducation populaire est centrale dans l' histoire de l' éducation dans la mesure où elle génère ce qui deviendra ultérieurement l'animation socioculturelle d'une part, et l'éducation per8

INTRODUCTION

manente dont on voit surtout les formes les plus instituées de l' activité sociale, parties les plus émergentes propres aux rapports marchands et ses circuits de financement. Mais qu'en est-il de ses fonnes souterraines qui perpétuent le projet initial? Des communautés rurales, urbaines, des tribus d' affinités, des collectivités de travail, des groupes de militants, des personnes partageant ensemble une condition sociale, une aventure, s'approprient une histoire commune, y tracent des lignes de sens. Dans les fonnes expressives choisies on pense d'abord à l'écrit, s'ajoutent le théâtre, la vidéo, la photo, et pourquoi pas la danse, le mime, les marionnettes..., toutes formes d'écritures (1), de pratiques culturelles d'amateurs qui ne renvoient pas systématiquement à la médiocrité ou la maladresse, comme le laisse à penser un clivage "professionnels / amateurs", souvent méprisant, et largement entretenu. L'étymologie du mot "amateur" renvoie à celui, celle qui aime, et cette racine est à réévaluer. Généralement, écrire l'histoire est un enjeu redoutable qui est confié à des professionnels soit de la science historique ou de la
.

sociologie, soit de la culture ( romanciers, dramaturges,

artistes).

L'essentiel de la mémoire collective est produite par ces personnes "autorisées". À l'exception d'une intrusion dans les sphères politiques, les histoires qui nous intéressent ici au premier chef sont celles produites par des acteurs sociaux, sans grades de l' écriture ou de la production reconnue par la culture légitime. Au travers de l'expression "histoire de vie", nous sommes sensibles à une culture qui se pense et se dit "du bas") qui sort des tréfonds du social et du quotidien pour dessiner des lignes de sens, produire des traces. Cette production de mémoire collective est, au sens fort, un acte éducatif: enquête sur le monde environnant, sur l'entourage, par des témoignages de proches, de vieilles personnes dans un
1 - écritures au sens contemporain du terme "toute création artistique qui utilise des signes spatiaux ou temporels" in Robert: Dictionnaire historique de la langue française, 1998 9

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DE VIE COLLECTIVE ET ÉDUCATION POPULAIRE

lien intergénérationnel, consultation d'archives et autres marques laissées là de manière fortuite ou volontaire. Souvent, il sera question de recueillir une parole qui, sans cette intervention, s' évanouirait dans la mort des derniers protagonistes. Dans une culture à projets où il est demandé de plus en plus d'envisager des avenirs là où il y a faillite d'un sens collectif fort, cette opération de production de mémoire collective est une exigence vitale. Même exigence vitale là où un passé pourtant pas si lointain est en train de disparaître définitivement. La mémoire sert dès lors de relais. La transmission civilisationnelle et générationnelle est à ce prix. Plus la modernité de la communication virtuelle s'impose (rencontre des cultures par le biais d'un clavier et de l'Internet), plus la recherche de racines devient pressente. D'un côté, l'illusion de repli identitaire à travers une certaine idée de droit du sol et du sang, de l'autre, une participation à un concert collectif qui ne peut se faire que si l'on est reconnu, à commencer par soi et à ses propres yeux. La métaphore écologique de l'arbre et de ses racines fait ici figure d'image forte quant à l'éducation. Certes un des risques est ici de cultiver des images d'Épinal: celles d'une vie toute entière vouée à la recherche de ses racines. La présente entreprise privilégie la recherche de l'histoire collective produite par les acteurs eux-mêmes, dans un but éducatif, revendicatif, voire politique. Cette démarche n'est pas exempte de dérives, de risques, d'exagération. Le populisme incite à glorifier une histoire qui viendrait du peuple; on en connaît les dérives. Il n'y a pas, clivées, une histoire populaire et une histoire savante. Ce qui nous intéresse ici, c'est, dans une visée démocratique, l'analyse des modes de production collective, de coproduction, intégrant les richesses et les limites, les ouvertures et les écueils d'une telle entreprise. Produire une histoire quand on est soi-même membre de la collectivité, quand cela constitue une part de son vécu, ne va pas sans contradictions, sans doutes, sans secrets. L'interprétation et l'autocensure sont à l'œuvre dans des proportions importantes. A dessein, cet ouvrage se propose de collecter quelques expé10

INTRODUCTION

riences, de les présenter, d'ouvrir les questions qui se posent, questions théoriques ou encore éthiques mais aussi quelques réflexions méthodologiques ou pratiques sur les modes de mise en œuvre.

À l'instar de la démarche d'éducation populaire qui part de l'action, nous avons choisi d'ouvrir cet ouvrage par les pratiques. Reprenant à notre compte les mots de Michel de Certeau : .les lecteurs sont des voyageurs,. ils circulent sur les terres d'autrui,
nomades braconnant à travers les champs qu'ils n'ont pas écrits..."

(2), nous espérons que ce choix n'altérera pas la compréhension et qu'il reste loisible de commencer la lecture par la seconde partie. Dans cette première partie, nous avons donné la parole à ceux qui ont accompagné la production de l'histoire de vie collective, qui en ont été les médiateurs. La seconde partie s'éloigne d'un terrain précis pour appréhender les notions d'éducation populaire et d'histoire de vie collective, pour aborder les aspects méthodologiques, voire théoriques relatifs à ces notions. Enfin, nous avons inclus des "résonances", c'est à dire des expériences traitant l'histoire de vie de façon subsidiaire et cependant manifeste. La notion de réseaux y est particulièrement présente qu'il s'agisse de réseaux de solidarité et d'échanges de savoirs ou de réseaux d'influence politique. Marie Jo Coulon - Jean-Louis Le Grand, 19 mars 1999.

2 - de CERTEAU Michel.- L'invention du quotidien,. les Arts defaire.10/18,1980 chap. XII, "Lire: un braconnage"

Il

Partie 1

Pratiques

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Chapitre 1

Parole de Passis !
L'histoire d'une rencontre entre un village d'éducation de pêcheurs et des conseillers populaire

par Marie Jo COULON
avec la collaboration Jacques de

ANDRÉ et Claude NAUD

Conseillers techniques et pédagogiques à la direction régionale de la jeunesse et des sports des Pays de Loire.

e village de Passay sur les bords du lac de Grandlieu attire journalistes, naturalistes, photographes, biologistes, cinéastes, ethnologues et autres experts ou avertis. C'est un des rares points à partir duquel on peut entrevoir ce lac secret et le village a longtemps vécu centré essentiellement sur les activités liées à la pêche. Films, vidéos, thèses, expositions, ouvrages divers: les productions sur le lac et ses rives sont abondantes, et depuis de nombreuses années, les pêcheurs professionnels voient défiler les curieux. Ils sont sollicités pour raconter, témoigner: ils sont les seuls à avoir le privilège de fréquenter régulièrement le lac classé réserve naturelle, donc protégé au-delà du rivage. Conscients de l'originalité du lieu et de la fascination qu'il exerce, ils entretiennent, avec parfois des talents de conteur, l'histoire un peu mythique de leur lieu de vie, ce village en bordure des sept mille hectares d'eau douce quand le lac fait le plein. Pourtant, leur métier se meurt. De cent vingt pêcheurs au début du siècle, ils se comptent aujourd'hui, sur les doigts des deux 15

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mains. Le village a perdu l'allant qui faisait sa fierté. Et tandis qu'ils parlent de la vie du lac qui s'envase, qu'en est-il de leur vie d'homme?

Les Passis, des histoires singulières
Quand la chèvre est présente, il ne faut pas bêler à sa place.

AmadouHampatéBâ Désinvestis de leurs témoignages par les divers experts cités, les habitants de Passay se sont habitués à juger l'intérêt de leur dire public à l'aune du lac, au détriment de leurs vies d'hommes et de femmes d'un village, au fil des saisons et des ans. Ce sont ces vies que nous leur avons proposé de recueillir pour qu'un livre, leur livre, voie le jour. Pas de grand discours sur l'identité, l'émancipation et autres concepts qui nous agitent, pour expliquer notre démarche; en éducation populaire, c'est le faire qui est probant. Un minimum de présentation et d'a priori de confiance est nécessaire, le reste arrive, en son temps, par surcroît. Nous nous sommes présentés comme" conseillers d'éducation populaire", venus de la Direction régionale de la jeunesse et des sports pour les "aider à faire et non pas faire" pour les "aider à dire et non pas dire à leur place"... pour partager quelques tranches de leur vie et "faire notre travail" qui ne pouvait prendre sens qu'avec leur désir, leur motivation propre. Accueillie avec un mélange d'étonnement amusé et d'appétence dubitative, l'idée a été acceptée par le réseau de pêcheurs contactés qui se sont prêtés aux entretiens non directifs. Après chaque rencontre, nous repartions avec quelques noms de personnes à solliciter et les cassettes s'accumulaient. L'accueil avait été ouvert, il nous restait à faire nos preuves. Conseiller d'éducation populaire,

un métier singulier Le conseiller d'éducation populaire n'est pas institutionnellement investi d'une mission de recherche scientifique au sens 16

PAROLE DE P ASSIS!

où il aurait à produire, par l'observation objective des réalités, des connaissances relatives aux groupes avec lesquels il travaille. Pourtant ses missions de conseil, d'expérimentation et de formation inscrites dans les statuts de la profession, toujours contextualisées dans un projet collectif, ne peuvent se départir des apports multiples des sciences sociales et de l'éducation, références incontournables de son intervention. En effet, comment prétendre accompagner ou susciter des démarches d'émancipation collective, d'éveil à la conscience critique sans un recul permanent que permet la réflexion théorique? Les connaissances scientifiques contribuent ainsi, irréfutablement, sur fonds de garantie et d'emprunt, à la légitimité de son investissement, aux yeux, tant de l'Etat qui l'emploie que du citoyen qui le paie. Et il inscrit ses missions statutaires dans une action collective impliquante qui n'est pas sans produire, de façon interactive, de nouvelles connaIssances. En partageant l'histoire de vie d'un groupe, le conseiller d' éducation populaire participe alors directement au processus de capitalisation des connaissances et par là même à l'enrichissement du champ de la connaissance au sens où il favorise l'émergence de savoirs nouveaux dans leur double acception de connaissances nouvelles, "ré-investissables", et des nouveaux savoirs, multiplicateurs de connaissances. En mêlant son histoire à celle des groupes qu'il accompagne, le conseiller d'éducation populaire élargit son propre champ de connaissances au champ des connaissances indéfiniment renouvelables. Il fait siens les mots de Ferrarotti, non dénués de polémique: "La connaissance devient alors ce que la méthodologie a toujours voulu éviter qu'elle soit: un risque. "

Et la perspective émancipatrice?
Au-delà de sa définition institutionnelle, le métier de conseiller d'éducation populaire est avant tout le produit d'une histoire, celle de l'éducation populaire que l'Etat a repris partiellement à son compte au cours du vingtième siècle mais qui l'a précédé en s'y opposant pour finir par s'imposer à lui comme dimension sociale 17

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et politique incontournable. Ainsi, par sa définition même, le conseiller d'éducation populaire se place dans une perspective d'implication, indissociable d'un engagement dans un projet social et éducatif à visée émancipatrice. Le fait de collecter des paroles singulières à Passay pour susciter l'émergence d'une parole plurielle de Passis engage un processus de ré-appropriation collective de l'histoire du village et favorise ou renforce la prise de conscience d'une identité commune. Le groupe réalise alors son histoire collective par l'entrecroisement de ces histoires spécifiques et chaque récit est une fenêtre qui s'ouvre sur le village pour en donner une vision holographique. Mais il faudrait les avoir toutes pour obtenir l'effet kaléidoscopique recherché. Ici, la démarche d'éducation populaire privilégie les conditions de production des savoirs sur les savoirs eux-mêmes et suscite le contrat entre tous les acteurs: entre Passis eux-mêmes et entre Pas sis et conseillers d'éducation populaire. S'enclenche dès lors une dynamique auto-formative où les regards se croisent et se modifient, vont et viennent du passé au présent pour mieux appréhender l'avenir. Il appartient au conseiller, à ce moment de transformation sociale, d'accompagner le changement par une action de médiation qui valorise chaque initiative en l'inscrivant dans l'histoire de vie collective.

Le p 'tit journal, pour tenir la route
Cet accompagnement, nous l'avons pensé dans la durée: quatre ans - qui vont devenir six - avant d'aboutir au livre annoncé. Mais, très vite, nous avons compris que personne ne tiendrait la distance, sans miroir, sans résonance. Tenir la route, c'était ne pas la perdre et ne pas s'essouffler. L'idée féconde de "la gazette de Passay" a permis de poursuivre l'aventure, nous apportant plus encore que nous lui demandions.
Pour tenter d'approcher le ton utilisé et l'interactivité que nous sollicitons auprès des Passis, nous proposons, en parallèle au texte,

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PAROLE DE P ASSIS!

quelques éditoriaux des numéros passés.

À vos souvenirs
Rares sont les villages qui arrivent à raconter leur histoire. Bien souvent, ce sont des chercheurs, des spécialistes-historiens, ethnologues, journalistes qui retracent le passé de ces communautés. Et pourtant, chaque femme, chaque homme a des expériences, des connaissances qui peuvent servir à éclairer l'histoire de son village,. ils ont la possibilité de témoigner de toute cette richesse. Mais vous pensez peut-être qu'il est trop difficile d'écrire vos souvenirs. Nous souhaitons voir publier, ici, dans ce journal - et plus tard, dans un ouvrage plus conséquent des témoignages simples et authentiques de votre jeunesse, de votre famille, de vos conditions de vie, de vos activités professionnelles, des changements qui ont eu lieu au cours de votre vie, dans votre foyer et à Passay. Votre vie est essentielle et la valeur historique de votre témoignage augmentera avec le temps. Le but, ici, n'est pas de faire de la littérature ou d'écrire un roman: chacun peut s'exprimer comme il le veut. Vous pouvez écrire, vous pouvez dire, vous pouvez dicter. Nous intéressent aussi" les photographies de votre jeunesse, des fêtes familiales ou religieuses, les documents professionnels que vous avez pu conse rve r et qui montrent l' entiè re réalité de votre vie à Passay. Que vous soyez pêcheur, artisan, commerçant, ouvrier, mère de famille. Si vous souhaitez participer à l'écriture collective de cette histoire de votre village, faites-vous con19

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naître à la Maison du Pêcheur. Notre métier, ce n'est pas de FAIRE, mais d'AIDER À FAIRE..
Marie Jo Coulon Jacques André Claude Naud* * Conseillers d'Éducation Populaire, direction régionale de la Jeunesse et des Sports dê Nantes. Parole de Passis nOO - Janvier 1993

"Parole de Passis!" est un quatre pages bimestriel dont le douzième numéro est sous presse. Chaque fois, nous nous réservons l'éditorial, le choix des extraits d'entretiens, la mise en pages: c'est le gage patent de notre implication. Les images sont, la plupart du temps, choisies avec un Passis retraité, passionné et collectionneur de cartes postales anciennes qui assure un commentaire écrit; elles proviennent parfois - et de plus en plus souvent des fonds privés que les personnes nous prêtent volontiers, à la suite des entretiens. Nous les recevons comme une preuve de confiance. Chaque maquette est présentée, avant tirage, à l'ensemble des personnes qui ont contribué au numéro, pour d'éventuelles retouches. Puis, à la sortie de l'imprimerie, la gazette est distribuée dans toutes les boîtes à lettres de Passay, par quelques personnes du village. C'est souvent, à leurs dires, un moment d'échanges, de critiques, de suggestions. Les pêcheurs, qui sont la référence, la "personnalité du village", ont d'eux-mêmes souhaité que nous élargissions le réseau à d'autres personnes originaires de Passay ; ils ont ainsi ouvert la voie et la voix à ceux, de plus en plus nombreux, qui acceptent de témoigner. À ce jour, nous sommes loin d'avoir fait le tour des narrateurs volontaires et des nombreuses activités passées ou présentes du village.

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PAROLE DE P ASSIS!

Les règles du jeu
Chaque fois qu'un Passis accepte de nous recevoir pour un entretien, les règles du jeu sont énoncées: parole libre, enregistrée, parfois relances de notre part ou nouvelles pistes; toute utilisation ultérieure leur sera soumise lorsque l'entretien sera décrypté. Mais lorsque nous arrivons, le bouche à oreilles a déjà fonctionné et nous avons été "introduits" par les personnes qui les ont recommandés. Ils savent donc qui nous sommes et l'accueil est alors bienveillant. Quelques échanges sur nos lieux de vie respectifs, le temps qu'il fait, parfois des précisions sur notre métier, amorcent la prise de parole enregistrée. Parfois, nous essuyons des refus. À nous de discerner s'il s'agit d'un véritable désir de silence ou d'une crainte à témoigner, quel qu'en soit le motif. "Ce que j'aurais pu dire a déjà été dit. Je n'ai rien à ajouter" n'est pas forcément une fin de non recevoir. L'intuition, la qualité de contact déterminent à chaque fois l'intérêt et la profondeur de l'échange, donc de l'entretien. Notre rôle de médiateur, de passeur de leur histoire de vie collective nécessite à la fois présence et distance. Il s'agit d'assumer nos intentions sans les asséner, de partager le pouvoir de la parole sans démagogie, de réveiller le passé en pensant au futur. Peu à peu, nous apprenons la patience, le silence. De notre part, une attitude de neutralité bienveillante est incontournable. La qualité de la relation à chaque fois instaurée est proportionnelle à l' authenticité de cette écoute attentive et chaleureuse.

Sous le regard des autres
La rétroaction que permet le journal donne des paroles en échos, et d'entretien en entretien nous savons que les mots qui y figurent

sont lus et relus avec la plus grande attention. Qui parle, combien
de fois, combien de pages, pour dire quoi... et nous ne savons qu'une infime partie de ce que suscitent ces paroles croisées. Preuve d'une lecture attentive, il est fréquent d'entendre des références aux numéros passés dans les entretiens actuels, souvent pour confirmer, parfois pour infirmer. Par ailleurs, les retours cri-

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tiques, sans complaisance, qu'ils nous font, directement ou non, témoignent de leur implication. Ce sont leurs propos signés qui circulent dans toutes les maisons du village; cette parole est la leur, ils la revendiquent: "c'est vrai, c'est bien ce que j'ai dit." est un leitmotiv de leur relecture. Ils sont donc, à juste titre, exigeants à l'égard des "scribes" qui permettent cette circulation d'écrits. En parallèle au journal, un va-et-vient de commentaires s'est mis en place, qui utilise différents acteurs à différentes fins, suivant des codes dont nous ne connaissons pas les clés; ces propos tenus sont destinés à nous revenir ou non. Ils nous permettent de rester attentifs aux conditions de production de cette gazette, à son sens plus qu'au produit lui-même. Avec une certaine candeur, qu'ils disent intéressante, nous abordons parfois des sujets ou des événements sensibles qu'ils choisissent de traiter ou non. La relative confiance amusée du départ fait place peu à peu à un investissement individuel et collectif dont nous ne maîtrisons ni les enjeux, ni les formes. Car si l'implication dans une démarche de ce type se doit d'être réfléchie et cohérente, elle garde inévitablement une part de risque qui exclut la maîtrise. Mais peut-il en être autrement quand on prétend travailler dans la complexité du vivant?

La parole et l'exactitude
Le "petit journal" est lu avec attention: des lecteurs ne sont pas toujours d'accord avec la manière dont certains faits ou événements sont décrits. Dans le numéro un, nous avions déjà plaidé l'indulgence pour celles et ceux qui ont témoigné. Parole de Passis n'est que le brouillon de la mémoire du village. Il ne prétend ni à l'exactitude de l'ethnologue, ni à la véracité de l'historien. Il y tend, certes, dans la mesure où nous souhaitons tous que le livre à venir soit le reflet le plus fidèle de votre histoire. Mais votre histoire, ce sont les histoires de vie de chacune et chacun d'entre vous.

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Tout autre point de vue sur la pêche, les laveuses, les épiceries, les surnoms ou sujets déjà abordés, sera le bienvenu. Il s'agit de faire entendre la parole des Passis et chaque Passis voit midi à sa porte et les grenouilles dans "son" lac... Ce numéro trois en est une illustration,. il Y sera beaucoup question du mariage passis et de la cérémonie de transmission du feu: celle d'hier et celle d' aujourd' hui.

la tradition, aujourd'hui
À ce propos, l'un d'entre vous a eu ces mots d'une grande justesse pour qualifier ce que nous faisons ensemble: " La tradition, aujourd'hui ". Eh oui! Vous pencher sur le passé de votre village, c'est préparer l'avenir,. car, ne pas avoir de 111émoire, c'est se priver de cet avenir. En retraçant ensemble, au risque de quelques gaucheries, le vécu commun de Passay, peut-être parviendrons-nous à éclairer les changements qui surviennent autour de votre lac de Grand'Lieu ? Les rédacteurs Parole de Passis N° 3 - juillet 1993

Le temps qui dure Le temps qui dure est notre allié; il permet de nous jauger réciproquement. La confiance se gagne ou pas, les elTeurs se pardonnent ou pas et les témoignages se méritent. Depuis peu, nous avons instauré quelques jours de permanence par mois dans le village. Rares sont ceux qui franchissent spontanément la porte malgré nos sollicitations. En revanche, leur accueil est ouvert et leur disponibilité assurée lorsque nous les croisons dans la rue. Là encore, nous jouons avec le temps pour instaurer des interactions plus dynamiques. 23

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Le temps qui dure, c'est aussi les événements heureux ou tragiques auxquels nous sommes plus ou moins associés. On nous téléphone pour" le mariage de Catherine qui se fait dans la tradition", ou pour le décès brutal de l'un d'eux. Et nous avons parfois le privilège de croiser leur joie ou leur chagrin, ce qui crée des liens indicibles permettant de situer notre accompagnement ailleurs que dans la simple transcription. "L'ethnologie ne s'intéresse pas au chagrin (affect individuel -l'universel) mais au deuil (institution sociale - le spécifique), c'est-à-dire au traitement du chagrin." WILLIAMS Patrick, Nous, on n'en parle pas. L'ethnologie, en tant que science sans doute, mais non pas la personne ethnologue qui dans certains cas parvient à cette relation inductrice d'une profondeur et d'une authenticité d'entretiens auxquelles nous aspirons, de notre place de conseillers d'éducation populaire.

Les larmes et le sourire
À l'égal de la vie quotidienne, voici ce sixième numéro : entre rires et drame, mort et upetits moulins". Il ne dément pas son titre: être un carrefour des paroles passis. Il autorise même ses rédacteurs à entendre ce que ses lecteurs en disent. Donc, un lieu d'échanges. Vous avez trouvé certains articles passés, un peu longs,. vous préféreriez des chroniques plus courtes, des entretiens à suivre. La responsabilitédes Ulongueurs" n'est attribuable qu'aux seuls rédacteurs, qui rêvent peut-être trop du livre futur, alors qu 'il leur faudrait penser davantage aux lecteurs d'aujourd'hui. Cause entendue! Les longues Utrajectoires sociales" seront pour le livre. Il a été question aussi de la manière dont parlent les Passis dans ce petit journal. Délicat problème que celui de la langue: de NOTRE langue multiple, variée. La langue que je parle, ici à Passay, celle que je parle quand je vais ailleurs ou que j'accueille des

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étrangers, celle que j'écris... Il serait bon d'en débattre un jour prochain afin de mieux saisir ce problème complexe et décider des orientations pour les écrits à venir: sefaire comprendre de tous et exprimer la richesse toute particulière du "parler" passis, dans le rire et dans les larmes. Au printemps qui vient! Parole de Passis n° 6 -février 1994

L'histoire de vie collective des Passis n'est pas la somme de leurs vies privées
Elle les intègre en partie mais elle est ailleurs. Ceux qui parlent ont une conscience aiguë, parfois empreinte de nostalgie, d' appartenir à un village" à part" qui a eu, par le passé, une réputation de forte personnalité, de gaieté et de solidarité. Cette appartenance à un groupe affleure à chaque entretien et prévaut sur leur vie privée. "Quand le narrateur potentiel est uniquement habité par son devenir individuel il ne peut pas y avoir de transmission d'une expérience sociale." M. CATANI et Suzanne MAZE, Tante Suzanne, Ed. Librairie des Méridiens. Cette transmission d'une expérience sociale est au cœur de leurs témoignages. Le journal, dans la forme qu'il a prise, induit à coup sûr ce mode de parole mais pour nombre d'entre eux, perce le sentiment d'une nécessité de dire, d'une urgence à dire leur village. Au long des entretiens, nous entrevoyons les rejets, les écarts, les dissidences de leurs parcours personnels et chacun choisit le degré de transparence qui lui convient. Nul doute que, ici comme ailleurs, plus la trajectoire de vie s'éloigne des normes et des usages, plus la prise de parole est difficile. Il faut un minimum d' adéquation - voire d'intégration -aux valeurs d'une collectivité dans laquelle on vit pour accepter de nourrir son histoire. Parfois, "hors antenne", nous recevons des bribes de confidences qui, nous précise-t-on, n'ont pas leur place dans le petit journal.

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DE VIE COLLECTIVE

El' ÉDUCATION POPULAIRE

Ce qui peut se dire et ce qui doit se taire fait l'objet d'un accord tacite ou verbal entre nous et se reconduit au fil du temps, sur le fil du rasoir. Ni eux, ni nous, ne sommes à l'abri d'un faux pas qui peut blesser quelqu'un ou remettre en cause la démarche engagée, mais nous sommes de part et d'autre, d'une grande vigilance sur ce point. Leurs paroles en témoignent: "Le petit journal, c'est pas pour les règlements de compte." "C'est bien dommage, on peut pas tout dire, il y a encore des gens vivants." "Il Ya du passé qu'il ne faut pas remuer." "C'est ma vie, c'est pas la vie du village."

Entre le Dire et l'Écrire
Reconnaissez-vous vos "ancreaux" quand ils sont écrits ainsi? Au dire de certains, ils s'habillent de "os" ou de "ot", Inais à chaque fois, la question semble un peu incongrue: ce mot est fait pour servi1; pas pour être écrit. Et le dictionnaire ne sait même pas qu'il existe! Lorsque vous parlez entre vous, les ancreaux ressemblent davantage à des "ancraôs" ? Mais la langue écrite, malgré tous ses efforts, ne pourra jan1ais restituer totalement le vivant des accents, des intonations, des inflexions de voix. Le "pout" dans le n06, le "pavoï" dans celui-ci, sont logés à la même enseigne et les rédacteurs tentent de les transcrire d'aussi près qu'ils les entendent. À vous de corriger si vous le jugez nécessaire! Tout au long de cette aventure collective qui nous mènera au livre, nous aurons à gérer cet écart entre le dire et l'écrire, écart déjà nommé dans le numéro précédent. Nous ne serons pas trop de tous pour y parvenir. Les rédacteurs
Parole de Passis n° 7

- lnai

1994

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PAROLE

DE PASSIS!

Les nés natifs ont parlé
Peu à peu se dessine la vie sociale de Passay telle que peuvent la penser ceux qui l'ont vécue il y a cinquante, trente ou vingt ans, s'appuyant sur leur propre expérience et sur les récits dont ils sont les dépositaires. "Souventes fois, ma grand' mère m'a raconté... " À ce jour, les préséances ont été respectées. Les anciens ont parlé, la plupart des pêcheurs aussi et c'est assez naturellement, mais avec le temps, toujours, que les nés natifs ont autorisé la parole des "sorvenus" en nous les indiquant comme "des gens qui ont sûrement des choses à dire." La parole publique est un attribut social et ne parle que celui qui se sent habilité à le faire: partager une identité ne va pas de soi. Ces témoignages en échos donnent cohérence et vérité à l' ensemble des propos qui constitueront l'histoire de vie du village, car la pertinence n'est pas dans la verve des "vedettes", des narrateurs privilégiés mais dans la série, la concordance et surtout dans l'adhésion des Pas sis à cette parole sociale et socialisée.

Nés natifs et survellUS
Eh, oui! Dans toute cOlnlnunauté humaine, il y a les nés-natifs et les survenus -les "sor'venus" dirait un Passis. Et ce numéro, lien entre deux années, ne donne plus seulement la parole aux seuls nés-natifs. Un village, n'lêlne cette «nasse» de Passay, se construit avec celles et ceux qui, pour Inille et mille raisons, sont venus jusqu'aux rives de Grand' Lieu et y sont restés, imprégnés petit à petit par l'horizon quotidien de la communauté, ses bonheurs, ses tensions, ses ambiances, ses fêtes. Que le veuille ou non le né-natif, le «sor 'venu" se tisse un vêtement de Passis et le village se Inétisse de nuances nouvelles. Ce dixième nUlnéro s'ouvre à la parole de femmes

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HISTOIRES

DE VIE COLLECTIVE ET ÉDUCATION

POPULAIRE

qui sont venues, de plus ou moins loin,

il y a plus ou

moins longtemps, s'établir à Pas say. Survenus, à vos plumes! Et que les nés-natifs continuent de nourrir les chroniques passis ! Pour tous, anciens et nouveaux habitants de Passay, Bon vent pour 1995 ! Parole de Passis n09 - décembre 1994

Aujourd'hui, les Passis conservent soigneusement ces quelques cinquante pages de l'histoire vivante du village. Pas d'une histoire abstraite et distante écrite par d'autres mais de cette histoire dont chacun a le sentiment d'être témoin et acteur. Pas d'une histoire passée, figée dans les souvenirs, mais d'une histoire en marche où s'interpénètrent passé, présent et futur dans une mémoire collective sans cesse réactivée. Ce que sera le livre, car il sera, c'est le contrat de départ, nous ne le savons pas encore, ni eux, ni nous. Tout reste à penser, y compris notre place. Quoi qu'il devienne, il reflétera une dynamique d'action largement alimentée par le petit journal. Pour Mino et Marcelle, Tino et Layoutte, Rouzinard et Pêchou, Jeanne et Zinet et tous ceux qui ont bien voulu dire, les trois rédacteurs de "Parole de Passis!" espèrent qu'ils éprouvent déjà des satisfactions à cette aventure commune. Nous n'étions pas venus, disions-nous, pour vous observer de l' œil curieux de l'ethnologue, pour fouiller dans votre passé afin de satisfaire quelque appétit d'historien, pour livrer vos histoires singulières à la plume journalistique. Mais nos gratifications ne sont pas des moindres. Celles d'accomplir notre travail en toute conscience professionnelle, de contribuer à une démarche d' émancipation sociale sont déjà source de satisfaction. Mais l' enrichissement personnel que procurent ces rencontres multiples associées à la nécessaire réflexion permanente sur le sens de cet accompagnement est peut-être le plus grand bénéfice que nous gagnerons dans cette quête commune de lien social. Nantes, janvier 1996 28

PAROLE DE P ASSIS!

Trois ans plus tard, en janvier 99, l'aventure perdure et an10rce son dénouement. Le comité de rédaction s'est élargi et une association vient de voir le jour, con1posés tous deux essentiellement des gens du village, les plus actifs dans cette entreprise. La relève se prépare et le livre annoncé en janvier 92 devrait sortir au premier trimestre 2000, mettant un terme à l'implication directe des conseillers de Jeunesse et Sports.

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