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HOMMAGE À ADHÉMAR ESMEIN (n°22-23)

231 pages
Adhémar Eismen fait partie de ces très grands juristes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle que beaucoup de contemporains ont lu, car nombre de ses analyses éclairent encore la réflexion actuelle. Les articles réédités dans le présent volume ont tous trait à l'Antiquité principalement classique. Par leur variété, ils permettent de mettre en lumière le talent de ce professeur, tour à tour technicien, philosophe, historien, philologue ou épigraphiste.
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Revue du Centre d'Etudes Internationales PubHêe avec le concours de l'Université

sur la Rom.anitê de La Rochelle

N° 22-23 - 2000

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Revue

du Centre d'Etudes

Internationales

sur la ROlDanitê

N° 22-23 - 2000

EcUtions L'Hannattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

L'illustration de couverture est extraite de l'Hypnerotomachia PoliphUi (le son~e de Poliphile)l, ouvra~e de Francisco Colonna, écrit en 1467 et imprimé par le Vénitien Alde Manuce en 1499.
@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9577-X ISSN: 1259 - 1874

1 Curieuse fantaisie alléaoriquet en un mélanae de latin et d'italien (avec des passaaes ~ec et en hébreu) ; rouvraae, illustré de belles ~vures sur bois d'un artiste inconnu, considéré auJourd'hui comme l'un des meilleurs livres illustrés de la Renaissance.

en est

Membres d'honneur : GulDaume CARDASCIA (professeur émérite d'Histoire du Droit Jean GAUDEMET (professeur émérite d'Histoire du Droit

- Université
- Université

Paris II - Assas) Paris II - Assas)

DIrecteur de pubUcatlon : Jacques BOUINEAU (professeur d'Histoire du Droit- Université de La Rochelle) Comité de lecture
Hassan :

ABD ELHAMID (maître de conférences d'Histoire et de Philosophie du Droit - Université Ain Chams du Caire) Claude ANDRAULT (professeur d'Histoire de l'Art - Université de Poitiers) Ivan BILIARSKY (attaché de recherches - Académie des Sciences de Bul~arie) Jean-MarIe CARBASSE (professeur d'Histoire du Droit Université de Paris Il - Assas) Plerangelo CATAlANO (professeur de Droit romain - Université La Sapienza de Rome) Jean CEDRAS (professeur de Droit Privé - Université de La Rochelle) Jean-MarIe DEMALDENT (professeur de Sciences Politiques - Université de Paris X - Nanterre) Jean DURUAT (professeur d'Histoire médiévale - Université de Toulouse- Le Mirail) Nicolas FAUCIlERRE (maître de conférences d'Histoire moderne - Université de La Rochelle) Jean-Loms GAZZANIGA (professeur d'Histoire du Droit - Université de Toulouse I) Gérard GUYON (professeur d'Histoire du Droit Université Montesquieu - Bordeaux IV) Andréas IlELMlS (professeur d'Histoire du Droit - Université d'Athènes) Sopbie IAFONT (professeur à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes) Bernadette MENU (directeur de recherches au CNRS) Cem.D OKTAY (professeur de Sciences Politiques Université d'Istanbul) MarIe-Luce PAVIA (professeur de Droit Public - Université de Montpellier I) Laurent VIDAL (maître de conférences d'Histoire contemporaine - Université de La Rochelle)

-

-

-

Secrétaire

de rédaction: Solange SEGAlA (maître de conférences d'Histoire du Droit

- Université

de La Rochelle)

.
Jacques Bowneau Notice biow-aphique sur Adhémar Esmein
13

Adhêmar Esmein Les coutumes primitives dans les écrits des mytholo~es w-ecs et romains NouveUe revue historique de droit français et étrangel; 19 T. XXV, 1901, 121-135; T. XXVI, 1902,5-31 et 113-146 Le jugement de Daniel NouveUe revue historique de droit français et étranger, T.~, 1907,729-754

83

Un contrat dans l'Olympe homérique
Mélanges d'Archéologie T. VIII, 1888, 426-436 et d'Histoire de l'Ecole Française de Rome, 105

La propriété foncière dans les poèmes homériques Nouvelle revue historique de droit français et étrangel; T. XXV, 1890, 821-845 Sur quelques lettres de Sidoine Apollinaire La revue générale du droit, 1885, 301-316 et 431-443 Sur l'histoire de l'usucapion Nouvelle revue historique de droit français et étrangel; T. XX, 1885, 261-302 Un fra~ment de loi municipale Journal des savants, février 1881, 117-130 romaine

113

133

157

191

BibUographie sur Adhêmar Esmein Travaux d' Adhêmar Esmein

205 207

«A la Sainton~e, à l'An~oumois, Au coin de terre un peu sauv~e, Où je naquis en sol ~aulois, Enfant de la lande et des bois, J'offre cet humble et tendre homm~e»

Adhémar Eismen «La Vieille Charente», Ed. L. Larose et L. Tenin (paris)

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Jean Imbert, de l'Institut

UnJour; c'était lors d'un coUoque, pendant une pause autour d'un café, il était entouré de la foule ordinaire de ses admirateurs. Une voix plus perçante que d'autres a dominé les babillages: " Comment doit-on vous appeler ? " il a souri. Certains lui disaient "Président" car il a beaucoup présidé ; en dernier temps l'Académie des Sciences Morales et Politiques, ce qui représentait la consécration de la communauté scientifique. D'autres préféraient "Monsieur le Recteur" ;j'en étais resté à ce titre pour ma part, puisque mon maître, pour lequel il avait beaucoup d'amitié, m'avait présenté à lui en le nommant ainsi. D'autres encore se contentaient du titre de "Professeur", auquel il a su toute sa vie apporter le prestige que tant d'événements contraires se sont acharnés à tenter de lui faire perdre. Jean Imbert était un homme de pouvoir et, à cet égard, avait froissé plusieurs ennemis. Comme il n'était pas démagogue, certains s'étaient retrouvés blessés à l'issue d'un affiontement où, nécessairement, il avait le dessus. Une longue pratique des fonctions universitaires, de sa hiérarchie et de ses hommes avait nourri un talent naturel dans l'art du commandement. il usait avec discernement des prérogatives qu'on lui avait conférées, se tenant pareillement éloigné de l'autoritarisme aveugle des maladroits, de la fausse proximité des sycophantes et de la démagogie de certains autres. il aimait à compter ses troupes, les "siens" comme il disait, ne leur ménageant Jamais son soutien, ses remarques. A côté de l'homme de pouvoir; l'homme de science étonnait par sa culture et son activité. Quand on évoquait les hôpitaux, tous les regards convergeaient vers lui, mais quel domaine du savoir en Histoire du Droit lui est demeuré étranger? Du Droit de l'Eglise au Droit Privé, des Idées Politiques au Droit Public, il s'est, à un moment, QJTêté sur chaque sous-branche de sa spécialité, a parcouru toutes les éPOClues,avec un talent que même les esprits chagrins ne pouvaient lui contester. Certes, les comptes rendus bibUogra-

phiques qu'ilfaisait pour la Revue d'Histoire du Droit depuis tant d'années mettaient à sa portée les dernières réflexions nées dans les cerveaux de ses collègues, mais ilfallait tout son talent pour évoquer le travail ou l'œuvre, en un style d'une diplomatie àfaire parfois pâlir le Quai d'Orsay. Et derrière l'homme de pouvoir et l'homme de science, veillait un esprit particulièrement curieux. Ouvert à toutes les idées nouvelles, il les encourageait toutes, pourvu qu'elles fussent sérieuses. C'est ainsi qu'il s'enthousiasma pour "Méditerranées" lors de sa création. Il était dès lors naturel qu'on lui olfrît d'en être membre d'honnew: n a rendu compte de notre revue à plusieurs reprises dans la Revue d'Histoire du Droit ; il nous afait obtenir une aide précieuse de lafondatiOn Singer-Polignac lorsque, dans nos débuts, le chemin était bordé de plus d'épines que de roses. A celui qui me disait unjour : " Mon pauvre ami, que voulez-vous que je fasse de tous ces bouquins? Tout le monde m'en envoie, et sur tout ",Je voudrais dire, au nom de tous: que ces mots accompagnent les pensées que nous adressons à votre mémoire, Monsieur le Recteur; et que ces feuillets tombent comme d'ultimes Irommages sur les rayons débordants de votre bibliothèque. Jacques Bouineau

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Jacques

Lafon

Jacques Lafon est mort à l'étranger, au Caire, à la tête de l'Institut de Droit des Affaires Internationales. Cette mort uyuste, parce qu'elle afauché trop tôt, beaucoup trop tôt, un esprit briUant dont on attendait encore les écrits, afrappé à un moment symboliquement très fort. Jacques Lafon s'intéressait à un aspect peu étudié en Histoire du Droit: la diplomatie. Ayant vécu plusieurs années à l'étranger comme conseiller culturel, a nourrissait un amour particulier pourl'Orient, dont il parlait quelques langues, et c'est dans ce pays si oriental, même si le hasard de la géographie l'a fait glisser jusqu'en Afrique, qu'a a achevé son parcours. On regrettera àjamais le manuel de Droit colonial qu'il voulait écrire: nul doute que la finesse de ses jugements, l'étendue de sa culture et la précision de son style n'en aientfait un élément de référence. Nul doute que l'auteur n'y ait mis deforts développements, propres à faire réjléchb; au prix même d'un inconfort. Car Jacques Lafon était un homme de conviction. il avait osé dire, voicipeu, lors d'un colloque, que l'on pouvait désormais parler de Droit colonial, car les déchirures nées de la colonisation étaient cicatrisées. Unfrémissement avait plané, difjus, sur l'assistance suspendue à ses lèvres. De telles phrases contribuent, précisément, à atteindre le but qu'elles décrivent; üfaut avoir le courage de les prononcer. Jacques Lafon était un homme courageux. Hp partie des premiers à se rallier au lancement de "Méditerranées". H rentrait tout juste de Damas et se proposait de réintégrer l'Enseignement après W1e très longue absence. L'ouverture d'esprit du prqjet, sa nouveauté et donc la dtfficulté qu'a y avait à en poursuivre la réalisation, le séduisaient. Non seulement il a participé à plusieurs de nos rencontres, mais encore il a fourni des pages à notre revue en dehors même des congrès. Il avait regretté profondément de ne pas pouvoir nous accompagner à Komotini, en novembre dernier; sur un thème fait à sa mesure, mais les tâches cairotes le clouaient à un poste dont a ne pouvait plus se distraire. Néanmoins, malgré

la charge de cette administration égyptienne, a avait accepté de faire partie du Centre d'Etudes Internationales sur la Romanité auquel l'association Méditerranées vient de donner le jour à l'Université de La Rochelle. n avait promis une participation active, sous forme de conférences et de cours. Dans ces entreprises qui sont les nôtres, Jacques Lafon retrouvait un amour de la langue française, une poursuite de l'innovation, dans le respect d'une certaine idée de lafonction universitaire, de sa qualité et de son prestige. Car notre ami possédait un grand sens de la dignité et de la respectabilité. n accordait beaucoup d'importance au titre de professeur et n'oubliait jamais que le bon goût est une valeur à laquelle la France a beaucoup veillé. L'association Méditerranées et le CEIR perdent avec lui un membre qu'il ne sera pas possible de remplacer: Ce qu'il avait à proposer, mais surtout lafaçon qu'a avait de le proposer, était unique et nousmet l'âme en deuil.

Jacques

Bouineau

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Jean Paul Hippolyte

Emmanuel

(dit Adhémar1)

Esmein

est né le 1er

février 1848 à Touverac2 en Charente d'un père notable (propriétaire, ju~e de paixet conseiller ~énéral). Docteur en Droit3 en 1872 avec une thèse en Droit romain intitulée: De la Collatio bonorum et de la collatio dotls, et une thèse en ancien Droit français intitulée: Des rapports à succession; aw-é~é4 en deuxième position en juillet 1875 après deux échecs5, il est attaché à la Faculté de Douai. Il est char~é de cours de "Droit criminel" (25 octobre 1875), puis char~é d'un cours complémentaire d'''Histoire du Droit romain et d'Histoire du Droit français" (17 juillet 1877)6. Attaché à la Faculté de Paris (8 août 1879), il enseiW1e d'abord le "Droit commercial et industriel" (9 novembre 1880), puis 1"'Histoire ~énérale du Droit français public et privé" (19 octobre 1881)7 ; il est nommé professeur-adjoint le 24 mars 1888. Le 8 novembre 1890 son cours prend pour intitulé "Histoire ~énérale du Droit français et éléments de Droit constitutionnel"8. Il est titularisé comme professeur d'Histoire du Droit dans une chaire nouvelle le 16 mai 1891. Assumant le cours de doctorat d'''Histoire du Droit public français" à compter du 27 juillet 18959, il est titulaire de la chaire d'Histoire du Droit public français à partir du 26 novembre 1898. A soixante ans (27 mai 1908) il est en con~é avec demi-traitement. A l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, il est d'abord maître de conférences pour l'enseiW1ement de l'''Histoire du Droit canonique" lors de sa fondation en 1886, directeur d'études adjoint (15 juillet 1891), puis directeur d'études en "Histoire du Droit canon" (26 février 1903), avant de devenir président de la cinquième section (Sciences reliweuses) le 27 novembre 1906. Il fait aussi des leçons d"'Histoire léwslative et parlementaire de la France" (sur le XIXe siècle) à l'Ecole Libre des Sciences Politiques à partir de 1904. Officier d'Académie, officier de l'Instruction publique, il est aussi chevalier de la Léwon d'Honneur le 31 décembre 18971°, commandeur de l'ordre de Léopold de Belwque et membre de l'Académie des Sciences morales et politiques (1904). Il décède le 20 juillet 1913 à Paris.

13

Ap,rép,éà une époque où le concours était commun pour tous les professeurs de Droitll, Esmein a très vite porté une attention particulière à l'Histoire du Droit, sans doute sous l'influence de son maître Paul Gide, peut-être en raison de la défaite de 187012, à coup sûr à cause de sa vision du Droit constitutionnel "produit de l'histoire", "sédimentation pro~ressive de textes, d'idées et de pratiques"13 : "Il conçoit le droit public de l'ancienne monarchie comme la préparation du droit de l'Etat moderne, qui en est le formidable successeur; ce droit, ~joute-t-il, a été véritablement créé par la Révolution"14. A partir du moment où il enseiW1e en doctorat15, il porte son attention sur la période moderne: institutions judiciaires, administratives, financières, reliweuses, maissurtout doctrines politiques, esprit de réforme, principes ~énéraux de l'ancien Droit public; quant à son enseiW1ement à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, il porte sur les sources du Droit canon, sur l'œuvre canonique dYves de Chartres, sur la coutume ecclésiastique et sur bien des points de Droit Privé dont s'est occupé le Droit de l'Ewise (maria~e, testament, contrats...). Au tout début de sa carrière il souhaite aller à la Faculté de Bordeaux16, mais peu après (1877) il est intéressé par Paris. Dès 1879 les renseiW1ements confidentiels17 que nous possédons sur lui sont élo~eux : "caractère excellent, élocution facile,...enseiW1ement des plus substantiels" dit le doyen, "savant et distin~é" ~joute le recteur; "il a, sous tous les rapports, une situation exceptionnellement bonne", ~joute le vice-recteur en 1882, après avoir émis une petite réserve: "Peut-être, cependant, s'adressant à des élèves de première année, donne-t-il trop d'importance aux détails d'érudition, pas assez aux idées ~énérales, à la partie politique et philosophique du s~jet"18. Adhémar Esmein ne se contente pas d'être un professeur estimé de ses élèves et de l'administration, c'est un homme de conviction et de combat; Jean-Louis Halpérin met l'accent sur sa "fibre républicaine"19 et rappelle qu'il a participé au lancement de la Revue trimestrielle de droit civil, de la Revue du droit public et de la science politique en France et à l'étranger, de la Revue politique et parlementaire et l'on sait que Dareste lui demande de partap,er avec lui la direction de la Nouvelle Revue historique de droit et qu'il s'en occupe jusqu'à ses derniers jours. Homme de combat il est, sinon un homme de plume20, du moins un homme à la pensée claire et précise; surtout il suit une démarche lo~que : il veut d'abord rechercher ridée ou les idées ~énérales qui conditionnent l'apparition d'une institution, avant d'en mesurer la technique, la lettre. C'est un esprit français, attaché à son pays et à sa culture, méfiant devant l'invasion des nouveautés, mais pourtant attentif aux évolutions; ainsi participe-t-il à plusieurs instances administratives21 et prend-il part à la réflexion sur le devenir des études de Droit (doctorat et a~ré~ation notamment). 14

Notice biographique

Mais Adhémar Esmein est aussi un Sainton~eais resté fidèle à sa patrie. Membre du Comité de patrona~e de la Revue des Charentes en 1903, du Pays d'Ouest en 1910, président de l'amicale des Charentais de Paris, il a rédi~é un hymne à la woire du sol charentais, la VieiUe Charente, comme aimaient à le faire les folkloristes de son époque. C'est en tant que Sainton~eais que la revue du Centre d'Etudes Internationales sur la Romanité tient à l'honorer d'abord, pour illustrer son premier numéro22. C'est aussi en tant qu'admirateur de Rome: "Je ne crois pas e~érer, ~loutait Gustave F~ez lors de ses obsèques, en disant qu'Esmein appartenait à cette forte li~ée de léwstes qui, à travers notre histoire, de Philippe le Bel à Napoléon, ont for~é l'unité politique et administrative de notre pays, qui, justes admirateurs de la ~andeur romaine, ont fait confiance, pour vaincre l'anarchie spontanée où dérive toute société laissée à elle-même, moins à l'or~anisation libre qu'à l'Etat présumé plus clairvoyant, plus désintéressé et surtout plus fort"23. Mais en outre la revue MéditelTanées ne peut que s'intéresser à cet homme qui étudiait toutes les branches du Droit, qui réfléchissait en comparatiste et qui innovait dans sa démarche; Jean-Louis Halpérin souli~e : "Esmein fait, d'abord, preuve d'ori~inalité dans le choix des limites chronolowques : il débute par l'étude des institutions romaines en Gaule au IVe et au Ve siècles..."24. Nous choisissons de republier ici les textes liés à l'Antiquité W-écolatine25 qui démontrent des qualités variées chez l'auteur. Philosophe dans "Les coutumes primitives dans les écrits des mytholo~es ~ecs et romains" ou "Le .1u~ement de Daniel", philolo~e dans "Un contrat dansl'Olympe homérique", historien dans "La propriété foncière dans les poèmes homériques" ou dans "Sur quelques lettres de Sidoine Apollinaire", technicien dans "Sur l'histoire de l'usucapion", épiwaphiste dans "Un fr~ent de loi municipale romaine", Adhémar Esmein demeure to~jours juriste.
Jacques Bouineau

(1) Ce pseudonyme provient de l'ancêtre mythique d'Esmein, Ademarus Emeno (al. Emenanus), journalier au seMee des moines de l'abbaye de Bai~es, cité au XIIIe siècle; v. Patrick Hureau : "Esmein, chevoscheurs du roy", Bull soc. Arch, Rist. et Littéraire de Barbezieux et du Sud Charente, n° 1, T. XXXIII, 1990, p. 75. (2) Au lo~s de la Graulle, très exactement. (3) Son directeur de thèse fut Paul Gide. (4) Le président de son jury de concours fut Charles Giraud. (5) La première fois en 1873, la seconde en 1874, sans avoir été admissible ni tUle fois ni l'autre; v. Arch. nat. AJ/16/1907. (6) Dans lequel il succède au chartiste Barthélémy Terrat. (7) Lorsque ce cours est introduit dans les pro~mmes de première année de Droit avec le décret du 28 décembre 1880.

15

(8) Cet intitulé ne chan~e pas ~rand chose à la réalité: le décret de 1880 avait introduit un ensei~ement semestriel d'Histoire du Droit en première année et Esmein devait compléter son ensei~ement par un cours semestriel de Droit constitutionnel français. Lorsqu'il devient titulaire de sa chaire, il peut faire apparaître le cours de Droit constitutionnel comme la continuation du cours d'Histoire du premier semestre. (9) Ce cours a été créé lors de la réforme des études de doctorat et ouvert pour les candidats au doctorat ès sciences politiques et économiques. (10) Arch. nata LH 904, dossier 52. (11) Le sectionnement date de 1896 et Esmein a été un de ses défenseurs les plus convaincus ; v. Patricia Ducret, Le Concours d'Agrégation des Facultés de Droit de 1856 à La Première Guerre Mondiale, Mémoire DEA Paris X-Nanterre, 1999, p. 142. (12) "La.~énération qui souffrait de voir la France humiliée dans le présent se r~jetait dans le passé pour y retrouver la France ~orieuse", Paul Fournier, "Esmein historien du droit", Revue internationale de l'Enseignement, 1916, p. 4. (13) Jean-Louis Halpénn, fA. Esmein et les ambitions de l'histoire du droit», RHD 1997, p. 422. (14) Paul Fournier, op. cit., p. 6. (15) Et seulement en doctorat puisque nos prédécesseurs n'étaient tenus qu'à un cours annuel. (16) Rensei~ements confidentiels du 17 mai 1876 ; Arch. nata F/17 /25770.
(1 7) Ibid (18) Ibid loco loco

(19) Op. cit., p. 416. (20) Ses productions littéraires ne sont pas écrites dans un style remarquable. (21) Membre de la Section permanente du Conseil supérieur de l'Instruction publique (1896), président de la Commission du contentieux et de la discipline du Conseil supérieur, membre de la Commission du Droit du Comité consultatif de rEnsei~ement public (1898). (22) La revue Méditerranées appartenait jusqu'à maintenant à l'association du même nom; elle est désormais la propriété du centre rochelais d'Histoire du Droit. (23) Revue internationale de l'Enseignement, p. 5 (C~jas 305403, pièce 1). (24) Op. cit., p. 430, (25) Indiqués en ~ras dans la biblio~aphie ci-dessous.

16

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J'ai précédemment essayé, ici-même (1) de retrouver l'expression de la coutume primitive dans un conte populaire français; Je prenais pour point de départ la théorie professée par M. Andrew Lan~, d'après laquelle les invraisemblances et les énormités, les traits de sauva~erie et d'immoralité dont fourmillent ces sortes de récits, étaient pris très au sérieux par les hommes anciens qui les ont inventés: ils étaient empruntés à la vie réelle ou aux croyances ambiantes. Je voudrais aujourd'hui étudier, dans le même sens et dans le même but, des contes populaires d'une autre provenance et même, en apparence, d'une autre nature. Les Grecs nous ont laissé un certain nombre de contes, qu'ils nous ont transmis comme tels. On les a siW1alés depuis lon~emps et le plus célèbre, le plus caractéristique, est cette belle histoire de Psyché, qu'Apulée nous a conservée. Mais un bien plus w-and nombre ont été recueillis par les mytholo~es Wecs et latins sous forme de lé~endes divines: ce sont alors des dieux qui en sont les personna~es principaux ou, parfois, le conte est introduit comme un incident dans une lé~ende d'un autre caractère. Ce n'en sont pas moins de vrais contes. On l'a reconnu depuis lon~emps et des érudits, en s'efforçant de leur rendre leur forme oriwnale, les ont mis in~énieusement à la portée de nos enfants (2). Mais il y a plus. Ce sont souvent de vrais contes populaires, semblables à ceux qui ont été de nos jours recueillis dans les divers pays du monde. Ce sont de part et d'autre les mêmes procédés, souvent les mêmes thèmes et les mêmes détails; je ferai plus loin ressortir cette parenté. L'élément reliweux n'y fi~e que pour une faible part. Le dieu très souvent n'inteIVient qu'à la fin du conte, pour
(1) Janvier-février 1900, p. 5 sq. (2) Griechische Heroengeschichten von B. G. Niebuhr an seinen Sohn erzhiilt, Hambur~, 1842 ; Cox, Les dieux et les héros, contes mytholo~iques. 19

Adhémar Esmein

transformer un ou plusieurs des personna~es en bête, en plante ou en pierre ; lorsqu'il joue lui-même le principal rôle, il a.Wt exactement comme un mortel. Les contes de cette espèce présentent, pour les études que je poursuis ici, un avanta~e particulier. Recueillis et fixés par l'écriture depuis une lonW1e suite de siècles, ils n'ont depuis lors subi aucun chan~ement ; ils ont, dans cette mesure, échappé aux actions déformantes qu'ont subi, selon quelques-uns, les contes restés dans la seule tradition orale. Lorsque dans ces textes, d~là si vieux, et dans les contes recueillis de nos Jours, totalement indépendants les uns des autres, se retrouve un même trait archaïque, il est impossible de ne pas le faire remonter à un ~e de l'humanité très ancien. fi faut d'ailleurs reconnaître que, dans les uns comme dans les autres, se trouvent souvent amal~amés ou rapprochés des éléments fournis par des époques distinctes, appartenant à des phases successives de la civilisation; mais il est rare alors qu'il n'en résulte pas une dissonance qui trahit le remaniement. Les quatre mythowaphes que je compte utiliser danscette étude sont (2), Parthenios (3) et Antonius Liberalis (4). Le plus Apollodore (1), HYWn ancien de beaucoup est Apollodore, qui appartient à la seconde moitié du second siècle avant Jésus Christ; mais, il n'est point certain que la Bibliotheca soit son ouvra~e oriwnal. Les trois autres s'échelonnent dans une période qui va d'AuW1ste aux Antonins, sans qu'une date précise, puisse être assi~ée avec certitude à chacun d'eux; cela n'a pas d'ailleurs beaucoup d'importance pour l'étude que nous entreprenons. Antonius Liberalis écrivait à Rome et HYWn a écrit en latin; mais ce qu'ils reproduisent comme les autres, d'après des écrits plus anciens, c'est presque uniquement ce que fournit la mytholowe ~ecque.

~I
Les contes populaires dans les écrits mythographes. I J'ai dit plus haut que les écrits de ces mytho~aphes contiennent un w-and nombre de contes populaires, tout à fait semblables à ceux qui ont été recueillis dans les temps modernes. Les rapprochements que je ferai au cours de cette étude le prouveront dans le détail. Mais tout d'abord et pour
(1) (2) (3) (4) 20 ApoUodori bibliotheca ex recensione Imm. Bekkeri, 00. Teubner. Hygini.fabul.œ, éd. Mauricius Schmidt, Lipsiœ, 1872. ParthenU UbeUus itSpl ~pw'ttx(j)vx«lJ"lp.œ'twy,00. P. Sakolowsky, Teubner, 1896. Antoni Uberalis, fJ.E'tœp.O?~wO'EWY CNvœyw'Y7l Edp;. Martini, Teubner, 1896. éd. '

Les coutumes primitives dans les écrits des myt1wlogues grecs et romains

prouver mon dire, je voudrais établir cette parenté, par un certain nombre de ressemblances frappantes. Je voudrais aussi montrer au vif, dans ces textes ~ecs ou latins, l'esprit vraiment populaire, le même qui éclate dans nos contes. Qui n'a présent à la mémoire le début du conte de La belle au bois dormant - les fées invitées faisant à la petite princesse leurs dons précieux et la fée oubliée jetant sur elle un sort qui ne peut être entièrement co~luré? Voici maintenant ce que raconte Antonius Liberalis (1). «Chez les hommes qu'on appelle Pywnées, était une fille nommée Anoé, assez belle, mais d'un caractère revêche et or~eilleux : elle n'avait aucun souci d'Artémis et de Héra. S'étant mariée à Nicodamos, citoyen de condition moyenne et plein de douceur, elle mit au monde un enfant du nom de Mopsos. Les Pywnées par bonté lui firent tous des dons nombreux, à l'occasion de la naissance de l'enfant; mais, Héra, irritée contre Anoé, parce que celle-ci ne l'honorait pas, la chan~ea en w-ue ; elle lui donna un lon~ cou, renvoya voler très haut dans les airs et établit la ~erre entre elle et les Pywnées. » Niera-t-on la ressemblance? Une fable d'Hy~, combinée avec la précédente, va fournir ce qui manquait au tableau (2) : « Lorsque Thétis épousa
Pélée, Jupiter, dit-on, invita au banquet tous les dieux, excepté Eris, c'està-dire la Discorde. Celle-ci, étant arrivée après les autres, et n'ayant pas été admise au banquet, lanca de la porte une pomme au milieu de la salle, en

disant que la plus belle la ramassât.

»

Enfm voici ce qui se passa d'après

Hy~, à la naissance de Méléaw-e : «Aussitôt apparurent dans le palais les Parques: Clotho, Lachésis, Atropos. Elles prédirent ainsi le sort de l'enfant. Clotho dit qu'il serait ~énéreux, Lachésis qu'il serait brave; Atropos vit

dans le foyer un tison enflammé; elle dit: «il vivra tant que ce tison ne sera pas consumé '6. Entendant cela, sa mère Althea sauta du lit, éteiWllt le tison
fatal et l'enfouit au milieu du palais, pour qu'il ne fût pas détruit par le feu (3). » Ne voilà-t-il pas, disje eta membra, tous les éléments qui constituent la scène première de la Belle au bois dormant? Antonius Liberalis nous a décrit dans les termes suivants la lutte des Muses et des filles de Piéros (4). «Jupiter, ayant connu Mnemosyne en Piérie, en~endra les Muses. En ce temps là, réW1ait en Hémathie Piéros, autochtone. Il eut aussi neuf filles qui firent un chœur rival de celui des Muses, et une lutte musicale eut lieu sur l'Hélicon. Lorsque les filles de Piéros chantaient les nu~es obscurcissaient tout et rien ne suivait la mesure. Au chant des Muses s'arrêtaient le ciel. la mer et les fleuves. L'Hélicon, charmé s'a1lon~eait vers le ciel, Jusqu'à ce que, sur ravis de Poseidôn, Pé~a(1)C. XVI,P. 91. (2)C. 92, P. 87. (3)C. 171, P. 27. (4) C. 9, p. 80. 21