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L'art du théâtre

De
231 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
Lecture(s) : 34
EAN13 : 9782296276567
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L'ART DU rrHÉATRE

se La collection" Les Introuvables 81 propose de rééditer des ouvrages épuisés) voire inédits) d'auteurs connus ou oubliés sur différents ,sujets touchant les arts, l'histoire, l.essciences hUll1aines et l'ésotérisme. Son seul souci est d'offrir aux amateurs des livres curieux ou originaux que les aléas de l'édition ont rendus indisponibles.

Jean Philippe Bouillaud

@ LII I~lnna(tan,

I <)())

IS I3N : 2-7~X4- J ~46-5

SARAH BERNHARDT

L'Art du Théâtre
LA VOIX - LE GESTE LA PROf\IONCIATION
Avec une introductiQnpar M. MARCEL BERGER

LE'!)' INTROUVABLES'

INTROD1JCrrION
.- . -'*".'-

suis il1corrjgihJelllcllt jeulle, disait-elle avec son sourjrc el peirlc rnélancoliclue. A soixarlte-quÎl1ze ans passés, elle déJ)ordajt d'énergie, de vitalité, el' allégresse. Pourqlloi, si
--

.Je

tard,

nlise, a\.Tcc talTt de passion, à ~ é cri e~? NOll, cell é ta it I)as, e Il fIépi t des Ia rge sse s de l'Al11érique, par l}esoin d~argent, elle dOllt }'apparitioll Athalie, d'llne foule guichets. en scène, lnellblai t adoratrice
m'amuser!

s'était-elle

dans

Daniel

COU1Ine dans SGJl or aux

<1'irllll1CnSef5 alnp]li tlléâ tres }Jrodigu311t

-

POlIr

« Pour

s'amuser»,

cI le dictait,

infatiga))}e,

ces ron1allS (l'uI} romanesque ,relIes scnlill1cl1tales relevées I}lOt1j' (.lonl les leetriees ou {l']!;xcelsiQr, si j'en l\afToJale]}t. juge

attendri, ces nou.. de pointes d'hu.. du Gaulois, de lettres, par tant

(les ~4nnales,

8

INTRODUCTION

Et puis un jour-c'était elle achevait Petite Idole.

all pril1temps

1920.

Ce n'est pas tout de s'amuser, me dit..elle, il faut tâcller (le se rClldre utile. J'ai au moins un peu d'expéricllcc, et qui n1'a coûté assez cller. II y a des conseils que j'aimerais donner aux débutallts, surtout parce Clll'011ne lne les a guère donnés. J'ai })38 mal réfléchi. Oil ! Je 11esuis pas une philosopllc ! Mais Sllr le théâtre, sur ses lois, ses à côtés, sur ses gloires en tant qu'allteurs ou artistes, sur les grandes œuvres dll répertoire COlllffie sur les pièces contcInporaincs, il y a des clloses <lue je SCI1S...que je sens... Elle portait la main à 5011cœur: -- Croycz..vous f[Ue cela ferait un livre? [~USClllblc, IlOUS C11c]lcrchûlllcS le plan. Elle parcourut l'excellent traité de ~-felchissédec :

-

-

Eh ! JIDIl,je ne serai jan1ais capable d'écrire

sur canevas arrêté... ! --- Eh bien, fis-je, dictez des c}lapitres S11rles CIucstions qui vous attire!lt, et cela dans Il'im.. porte (lucl ordre. Ensuite, 110UStâcherons de faire un « puzzle» avec tout cela. A partir de cette date, chaqlle fois qu'elle eut lIne heure libre, et qu'on se représente sa vie, sa vie de fen1me morte]lement n1alade astreinte

INTROt>UCTION

9

à des soins incessants, avec les lect111'es de pièces, avec ses rôles à al)prendre, ses conférences à prél)arer, ses rOlnans, ses scénarios qu' elJe ne lâchait pas d'u11e ligne, ses voyages, ses soucis d'affaires, les visites, soit de ses inti111es, soit de tant d'illustrations ll10ndiales passant par Paris L.. Cela, c'était le trantran courant. A ses heures .libres, dis..je, elle appe]ait sa secrétaire; ce fut quelque telnps l\~le Gourjon, avant d'être Mme Norlnand. -- Si 011 s) occupait (le choses sérieuses! I.Ja IJIus sérieuse, c'était l'Art du Théâtre. Je l'ai entendue dicter, de sa voix souvent radieusement claire, })arfois légèrement voilée n1ais repl'enal1t de son timbre unique au moment de franchir la magnjfique }Jarrière des dents. Elle jetait lIn titre de chapitre; elle anlorçait lin déveloPIJement, et puis, tel souvenir éveillé, telle anecdote rapPoltée dé-.;lal1c}laient une C)étaient Hll ta})!eall, lIn trait, un digression... I)ortrait enlc,'é en trois lignes, avec ce don caricatural qui était lIne des facettes de son esprit. IJ3 secrétaire s'arrêtait, distancée rJar la narra.. trice ou levait les )reux, stupéfaite de la ,'crdeur d'une appréciation. Sarah riait:

10

INTRODUCTION

.- NOTI, 1)3S cela, chérie!
gens qui Ine détcsten serait là, je le lui dirais

Il Y a déjà assez ùe t ! Cela ne s'éerit 1)38. X... ell face, et. 'reut-êt~"e 110118

ùeViC11dl'jons })ons an1is ! (~ue je vous disp COIn.. n1cÙt nrisson nl'a réeoneiJiée avec J3ul'f.hOl.L... [ACchapjtr(~ terlniné qui, s01lveut, l~'avnit plus qu.' il n liell bicJl f t'agiJe avpc so n t i l.l'P, eHt~ se le faisait reJi.~e, et, au 'l}Hssage, avec un sens indi~.. llial}]e de la COJ11positio\1 et du styJe, eJle CÛl'L'igeait, tai t : -- Est-cc (11lCça se dit Î) JLsl-ec fruuçais? On ChCl'c!1aÎt ÙUllS le Lillr(L J~t, r..éq ucnllIlen t, elle sc reprenait: elle rectifiait.. Qllel(lue !Otll'1111rC l'irl<lllié-

-

r

i' ant

Ainsi, d ul'a nt ses JftOjg cs Liva IIX it l~elle- Isle, elle a'ccoucha, }Jribe }Jar ])ribe, LIe la nlatièl'e ùu livre (1'auj ouI'd' hui. Ell oe tol)l'e, l'urlnée dernière, mOIl Dieu, (lire qu'elle était tics l1ÔtFCS! Elle partai t l}our cette tourllée. d Italie qlli allait être tl'iOnlp!lale. Elle l11e parla cle ~I ussolilli, qu' clle adrairait, dont je lui dis CI 'il dCI11311.. n derait à lui être présellté peut-être, de l'Améri(luÜ où el t e espérait tU11t retourrler : .-- C'est le })lus gi'and peuple! Ils l' OIlt lllOl1"
~

Il Il est pas . ' 0tl'01S'alllH~es, etgralnlnall'lCnlle , penùal1l pl'jl1cipalclllcllt

.

rHS.

..

INTRODUCTION

Il

tré pendant la guerre. '-ferribles quand il a fallu; puis, les prenlÎers à causer de paix. Il y a quinze ans, c'étaient encore de sYInpatlliques barbares; aujourd'llui, ils nous rattrapent en fillesse et ell courtoisie. J'aimerais leur redire que je les alBle... Il fut encore question de Sacha dont elle commençait à répéter un Roman d'AnlOU,., de Maurice (Maurice Rostand) qu'elle ainlait comme un fils gâté. A l'issue du déje\lner, avant cIe gagner son théâtre~ où elle répétait à trois Ilcllres : - Apportez Mme Normand. le fatras, chérie! dit-elle à

Fatras, oui; il Y avait peut-être pages d'une large écriture.

là cinq cents

- Cela se termine, me dit-elle. Il faudrait r11aintenant, tout de Inême, introduire de l'air daJ1S tout cela. J'y ai songé. Elle me montra, tracés de sa main sur une petite feuille, ces mots: 10 Qualités physiques
2° Qualités morales 3° Sou~enirs et ilnpressions Nous devions reprendre rendez-vous à son l~etour d'Italie, distri})ller ensemble à leur place,

12

INTRODUCTION

en supprimuIlt ccrtaines l'edites, en réduisaJlt Cel'taÎl1s eInpiéternents, ectte I11asse ùe notes dans son cadre.. Hélas, ç' allait être la tragique crise (!'urérrlie la foudroyant à ]a veille de sa générale, les coups de télépllone assofIlbrÎs de l\tlme de COlIrnay m'a})portant des cral11tes fU11èLres, Ina suprême entrevue, en InarS,. avec la grande InouraIlte qll'étaÎt en trail1 d'abandonner sa géniale ardc'ur de vi vre, qlli, su r lIne coue he

déjà parée et froide COlnlnecelle (l'une Jéfunte,
en écartant de fades }}oissons, 111edit:

.

-

Et l'Art

du Théâtre,

alnÎ, je eorl1pte sur

vous pour arranger cela...
... '* ~

Ce n'est pas sans un serrement de cœur que je suis retourné Boulevard Pereire dans l'abandon d'une delneure elnpoussiérée, morte, elle aussi. Nous avons, Mme Normand et moi, feuilleté J'amas des docurnents réllnis avec U116 pieuse sollicitlide par M. ~laurice Bernl1ardt. J'ai cITlporté Je (c fatras» dont le nom seul m'eût tiré des larmes. Il s'était grossi de fiJaintes pages, de notes griffonnées, certaines de la rna-LI1

INTRODlTCTION

13

de l'illu~ tre artjste, certajnes de relIes cIe ses secrétaires et, dont quelqupg.unes a,yaie!1t déjà sr~rvi à la préparation de l(~lIes de ses cOllférel1ces, de tel fr.aglIlent (le ses M élTl.oires... Travail ingrat, considérable, mais qui TiC dé}Jassait IJas les ressourees de mon courage et de njon affection. 1\1. Georges Ribemont-11cssaignes, allX curiellx essais dllquel Sarah Ber1111ardt s).était allssi i11tércssé~ ces clerniers ternps, Jn'y a aidé de toute sa clair,royance. Nous avons rél)art1~ classé; 110US3"0118, d'llne Inairl discrète, esquissé quelqtles tl'ansitio11S; ))Cllt-être nous est.il arrivé de retoucller quelque pJ1rase, mais jarrlais quand se reflétait, dans le texte original, une l)arcelle (le l'individualité (le la g]oriellse disparlle. Et voici ce livre. OIl! sans douLe, 11'y trou"" ,rera-t-on }Jas l'artÏc\llation rigourellse de cel't3ins traités de ])l'ofessioI1ne]s. l\.fais 011 y "erra "ivre et parlcr du sujet qui lui était le plus cher, (le ce théâtre qll' elle a ad oré, fil)!Jrofondi et illustré, ta l)lus grand (~ nrtjs te elU 111onde. « Je SCI1S..., je sens... » disait-elle. Cet o\l,rrage -j'évoque S011geste, -- cHe l'a fait. jaillir (le SOIl cœllr.. l\larcel BEHGER.
2

L'ART

DU THÉATRE

PRElVIIERS CONSEILS

Ce livre n'est pas écrit pour attirer la jeunesse vers l'Art du C0111édien,rnais pour lui donner des conseils amicaux, et la guider de Inon expérience. Voici plus de soixante ans que j'exerce ma profession, et dès ma première apparition le public In'a témoigné sa faveur. Je me suis remémoré toutes les études que j'ai ajoutées à Illes dons nat.urels et je me fais une joie de préparer des étriers so1.ides pour tous les néophytes qui veulent chevaucher sur Pégase, conducleurde l'Aurore et des Muses. Je voudrais aussi mettre lea jeunes gens en garde conlre lout ce que nolre art éV0que de brillant, de joyeux, de flatteur. Que d'êtres cllarmants et nuls j'ai vus se noyer à jamais dans le barbotage de la scène, que de ravissantes et pures jeunes filles se sont perdues il tout jamais par des compromissions enveloppées d'espérance. Pauvres petites !)roies facHes à prendre all moil1dre piège, et pour les-

16

],'ART

DU

THÉATHE

quelles les braconniers d'amour qui pullulent autour des théâtres n'ont aucune pitié. Ilélas il y a dans l'Art dramatique beaucoup d'apppl{~s el peu d'élus; il est certain que tOU8les élus ne le sont pas au même degré; il Y a parmi eux les étoiles qui Ll'illcn t d'une lU1l1ièreplus éclalante que les aulres. l\'lais il ne devrait y avoir dans le ('icI artistique que des astres et des étoiles, rien d'aulre. 011 t vous qui ne voyez qnc le beau côté de notre art, c'est-à-dire le succès, ]a popularité, vous qui n'êtes entrés que dans l'an1biance parfunlée du grand salon n10ndain où se meuvent des femn1es vÔt.ues de gazes, de ,relours, chargées de dinmant5 et de perles, ou dans ]e palais ducal d'un grand du xve sièel(~ dans lequel les plus ]~eaux brocarts sc déroulent ù chaluÇ InOU\Tement d'une patricienne {\légantc saluée par une nuée de grands seigncurs. \TDUSqui avez entendu les n10ts sortir des lèvres de l'héroïne avec la légèreté d'un vol de papillons hlancs (car seuls les papillons blanes ont le vol réellement léger), vous qui avez vu tout cela de v'otre fauteuil un soir de première, dans la brillante atn10sphère des inlellectuels, ,.rous qui avez frémi, pleuré, vous qui avez batt.u fébrilement vos mains j'une contre l'autre pour extérioriser votre admira-

L'AH.T

DU THÉATHE

17

tion reconnaissante, vous qui avez vu lout cela, ùonncz-llloÎ la lnain et veIlez avec lTIoi. Il est Inidi et derni ; vous n'y voyez pas? C'est cependaIlt le Inêmc sa.\on que vous avez vu hier au soÏr. On n~y voit rien? Ah voilh ! le InaLin le salon n'est éclairé que par la servant.e; oui, c'est celLe petiLe an1poule 'pendue au bout de ce fil, on ja nomIne aussi la Ba]adeuse ! Mais que fail-on CIl ce moment? On fail un raccord parce que l'arli8Lc qui jouait la jeune Américaine est enrouée, jJ faut la remplace!'. J\h ! mon salon esl dans un trou! Non c'est U11ecoslière ; on s'y tord souvent le pied, ce 11'esL heureusement pas votre cas) Inais lirez doucelnent. i\h ! m011pied est libre, mais 1110nlalon est res,LÔ ùans la costière. Oui, il faut avoir des talons Louis XV de c}lez le grand boltier. l\h 1 Oui! lllon Dieu, comn1C cela sent mauvais, ~Iadarne. Ol1i, lous les LhéâLres sent.ent mauvais. Oh ! Il Ille semblait, que cela sentait bon quand le rideau s'esL ouvert sur la fête. Et vous avez raison, les artistes se parfulnen~ beaucoup le soir.

18

L'ART

DU TIIÉATRE

Quels sont ces vilaines gens assis en rond? Ce sont les Ducs, Duchesses, Princes, Princesses, Comtes et aulres mondains el mOIldaines qui encombraient le salon, hier soir; pendant la fête du f{uatrièlnc actc. Nom de D... qu'est-ce qui s'appuie à la coionnc, on a f... tout le dauxième plan par terre. Vous vous êtes fait mal, l\lademoiselle? lVlaisnon, merci, merci. Il m'a semblé être sous lu pression d'un vertige, je me suis appuyée à la colonne, elle a cédé. Elle supportail hier une grosse corbeille de fleurs Ilaturelles, c'est lourd cependant! Non, ma jeune amie, celle-là est en toile peintc, elle supporte des fleurs peintes; il Y en a une au pren1ier plan le soir, elle esl en marbre réel et sout.ient en effet une cOl'beille. Mais le théâtre conllllC ]a vie a plusieurs plans ; il ne faut s'appuyer que sur le réel qui est le premier, et se méfier des autres qui sont l'irréel. Puisque vous ne vous êtes pas fait I1Ial et que vous n'avez plus qu'un talon, asseyez,rous là et écoutez. Quel est le Monsieur qui s'approche de nous? C'est Je second régisseur, c'est lui qui a prononcé ces paroles grossières que vous avez entendues. Oh! le vilain homme! Oui, nIais il y a encore plus mal. Bonjour, Benoît!

L'ART

DU THÉATRE

19""

Oh I Madame, je ne vous savais pa's là I Excusezn10I. Puisque vous savez vous contellir qualld je suis là, ce qui est presque toujours, vous êtes sans exeUSJ et. très grossier. Continuez la répétition sans dire que je suis ici. Mais pourquoi parle-t-elle ainsi cette dame qui répète le rôle de l'Américaine? Elle mâche ses mots pour être plus maîtresse d~ soi. l'lais pourquoi est-ce l\1onsieur Benoît qui lui dit toutes ces jolies choses, e' est ridicule. Pauvre den10iselle. AIl! la voilà qui se fâche... Non, j'y renonce, je ne ,reux pas, je ne peux plus. Ah ! comme elle pleure! Venez, venez, je ne veux plus qu'elle me sache là. (~ela prendrait des proportions trop graves "; ça s'arrangera, car tout s'arrange au théâtre. Les comédiens sont trop honnêtes et ont une grande probité, ce n'est que très rarement qu'on porte })réjudice \Tolontaire à une œuvre ou à la solidarité. Venez, ,TOUE> prête et déconfite et cela n'est voilà que le côté matériel, la laideur des choses et des gen"s. IVlaisil y a pis: ce sont les déboires moraux, les déboires inteIJectueIs, les injustices, les froisse-

20

L'AHT

DU

TIIÉATHE

menls d'éducation, la peLite presse de cllantage qui vous traîne ùans la houe si vous avez ]a chance de devenir quelqu'un: jJ y a J'audace de cerlaines filles Lontre lesquel1es vous ne pouvez lutter, ne voulant

pas vous scrvir des rnêrnes arnles, et puis il )T a le je n~ sais quoi qui suspend l'aLLention du public. Faute d'avoir trouvé le Inot réel, 011a dénonln1é cc je ne sais quoi «Charme». Il faut ravoir cc c.harJne pour arriver au pinacle. Il est faiL de Loul et de riell, la volonté combattive, le regard, la dÔlnarche, les proportions du corps, le son de la voix, Ja joliesse dl~ geste; point n'est be'Roin d'être beau, ni d'être jolie, il faulle charlllc) le charme qui fige l'altenlion du Rpeclalcur: il sc cale, il écouLc el sorLj ùu théâtre il s'jsolc pour goûter encore l(~ eharme ressenti. Cependant, ce charnle a des lnallifc~tal.ions Jiffél'ùutcs. Il yale eharnlc qui s'Îlnposc p:lr une grâce l'élinc faite de jolis n10UVelTICnls, le charlne qui prend possession de vous par le son n1usical de la voix. Le eharJne propre el loyale, qui émane d'un être à J'âme prenant le ebarll1c non nloins

d'un cerveau (:fHnpJiquÔ, subLil, le charrne poét.ique qui est le plus rnenteur de tous car il n'est qu'une armure nature; légère COIllre les tares le charlne matérielles de la Iléannloin? ùe poésie répandu de tous. Il yale

sur une femme est le plus prenant

L'AHT

DU TIIÉATRE

21

charIne q~i se d{~gagc el'un être sain et gai; celui-ci est- Je moins durable. Au Théâtre Français en plusieurs catégories. nous à "ions divisé le public Alors que la Croizette et

1110inous jouions ensemblr, le pubJjc se partageait parfois en deux can1ps. Ainsi dans le Sphillx d'Octave Feuillet, ou l'É/i.angère de Dunlas fils. Il y avait les gros banquiers, les congestjonnés, les jouisseurs, ceux-là formaient le canlp de Sophie C~roiiette ; puis les poètes, les rêveurs, les neurasthéniques sent3ient et les jeunes mon canIp. Et tout ce monde les étudiants, d'une menfilles qui repré-

talité si diverse an1algnnlait ses adn1Ïrations à doses expansives. Les erânes dénudés rougissaient de plaisir à ,rail' et entendre se soulevait leurs mains lourdeur et s'abaissait s'ébrouaient. Croizette, l'une leur ventre l'autre repu avec essoufavec un rythme contre bruyant,

et ]cs cris de « Bravo! Admirable»

flaient vit~ ces graves viveurs.lVlais

lTIOnpublic aux

têtes chevelues, aux ventres creux, se dressait COlfiIlle électrisé, et Jes jeunes mains claquaient con1me des fouets, et les jeunes filles me jetaient des fleurs; et toute cette animation forçait les plus récalcitrants à nous confondre dans un même succès alors que ~out avait été préparé pour n'élever (pl'Un pa'Tois.

I-AE 1'IIÉATRE

Cet art est le plus difficile d'enLre tous les .l\rts, et voic.i pourquoi: la sculpture, le dessin, la peint.ure, trouvent tous les éléments nécessaires à leur manifestation dans la nature: la bête et }'être humain. La musique a le clavier, la littérature peuL puiser ses forces vilales dans tous ]cs milieux, toutes les classes. E!le a même-le droit de voler à J'histoirc ses tragédies, ses anecdotes. La vie de ehacun et de tous lui fournit d'jnnolnbrables et nouveaux canevas, et enfill l'ilnagination est son domaine absolu. L'Art du théâtre comprend tous les Arts, c'est vrai, mais il exige tous les dons. naturels, et ne peut se compléter cependant que par l'acquit de d0ns fabriqués. Une toile, un pinceau suffisent au peintre; de la lerre à modeler, un ébauchoir, un ciseau sont les outils convenus du sculpteur. Une feuille de papier, une plume contentent le littérateur; les sept octa-

L'ART

DU THl~ATRE

23

"es d'un piano facHit.ent l'inspirat.ion du con1posileur 1 et-.les 3pâtres de ces arts différents ont le droit el'être bancals, bossus, difTornlcs, et même s0urds comIne Beethoven sans que leurs œuvres aient à en souffrir. Les néophytes de l'Art fJhéâtral doivent posséder une mémoire dé\reloppée, de belles proportions du corps, une belle v.oix. Ces trois POilltS sont les qualités pl-inlordiales indispensabJes à l'avenir d'un grand artiste. Chez l'adulte qui choisit la carrière drarnatique ce sont des avantages très perfectibles par l'ét.ude. l\lais encore faut-il les avoir de l1aissanec. Il faut y joindre d'autres qualités I)lus faciles à ac.quérir. Ce sont celJes de J'émission du son, de la prononciaLion, de la respiration, du geste et du regart.I. Je ne dis pas, ,'ous COll1prenezbien, (ju'on est un artiste de t.alent parce qu'on répond à tous

ces desiderata; non certes; cet assemblage ùe dOllS
n'est que le tremplin qui servira de base à toutes les autres manifestations nécessaires à l'exLériorisation de l'amour, de la haine, de la colère, de la joie, de la douceur, de la duplicité, de la franchise, de l'esprit et de la sottise. Parmi ces manifestations, l'art de dire est le plus difficile à conquérir, et beaucoup de jeunes artistes