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La Chine économique en l'an 2000

De
224 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 40
EAN13 : 9782296344556
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,

LA CffiNE ECONOMIQUE

EN L'AN 2000

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5621-9

A. WILMOTS

LA CHINE ÉCONOMIQUE EN L'AN 2000

L' Hannattan 5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

L'Hannattan Inc 55, rue St-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Avant-propos

Les jeux sont faits estiment presque avec résignation les décideurs économiques et financiers. Il faut donc s' y adapter. La Chine de l'an 2000 sera la troisième puissance économique mondiale, peut-être la deuxième. Ainsi l'anticipent les sommités responsables des affaires des principales nations de la planète qui annuellement célèbrent à Davos au Forum Économique Mondial, une grand-messe aux vertus du libéralisme triomphant. Opinion qui n'a rien d'original, elle est aussi celle de la Banque Mondiale. Ni rien d'académique, les investisseurs étrangers y conforment leurs plans, fin 1995 leurs engagements directs dépassaient les 360 milliards de dollars, 1 800 milliards de francs. La globalisation c'est pour les multinationales l'entrée dans le circuit industriel et commercial mondial d'un vaste continent, la Chine, en tant que client et fournisseur des biens et services. Elles n'hésitent plus à y financer des complexes industriels qui n'entreront en production qu'aux environs de l'an 2000. Leur action renforçant ainsi même la validité des prévisions.

Fiabilité de la prognose

Le discours a changé par rapport à celui tenu il y a à peine dix ans quand l'on avançait que le taux de croissance chinois était insoutenable. Il s'agissait d'une économie éminemment fragile, fissurée, prête à craquer. Aujourd'hui un tel point de vue est moins fréquent. Mais ce changement d'opinion est-il raisonnable? 5

Chacun le sait, la prudence s'impose quand on essaye de déterminer les perspectives économiques d'une nation. Malgré le raisonnement sophistiqué des économistes, l'utilisation d'une quantité accrue de variables dans les programmes de calcul, la prévision n'est jamais qu' un exercice qui se borne à extrapoler intelligemment les données disponibles. D'où sa précarité. La fiabilité s'améliore au fur et à mesure que le futur se rapproche et que les séries statistiques utilisées sont plus profondément enracinées dans le passé. Prognoses à moyen terme qui se renforcent aussi lorsqu'elles concernent de vastes économies. Moins sensibles aux aléas que celles portant sur des ensembles de moindres dimensions. Dans les premières l'on voit mieux «venir le futur ». Un peu à l'image du porte-avion dont le changement de cap s'esquisse bien avant celui plus soudain d'une simple vedette. La crise économique russe actuelle s'inscrivait depuis longtemps dans la paralysie croissante de son vaste appareil de production, la carence de nouveaux investissements. Par contre dans un petit pays adoptant une politique de développement aussi sage que la Tunisie, peu de facteurs - une bonne ou mauvaise récolte d'olives ou d'agrumes, un événement bouleversant le flux touristique - peuvent soudainement altérer les calculs faits sur le moyen terme. Préambule destiné à justifier la validité de l'anticipation d'une Chine de l'an deux mille, troisième ou deuxième puissance économique mondiale, l'un des principaux centres de gravité économique de la planète. D'abord parce que l'an 2000, s'inscrit déjà dans le présent, les projets en cours d'exécution, et que les données de base de cette croissance sont maintenant ancrées depuis près de vingt ans. Enfin est-il besoin de rappeler les gigantesques dimensions de l'Empire du Milieu où aucune modification fondamentale de politique favorisant la croissance économique ne semble envisagée. Seules les méthodes pour la réaliser se modifient, s'adaptent aux circonstances. La manière mesurée d'avancer de cette nation est un autre facteur de consolidation que l'on ne souligne pas suffisamment. Prudence qui pousse à rectifier le tir à la moindre menace de capotage. Ainsi le montrent les décisions prises au cours des récentes années. Prudente marche arrière 6

en matière de libéralisation du prix des céréales en 1993 quand il s'avéra qu'elle entraîna une pénurie spéculative dans quelques provinces. Reprise en mains fiscale des ERM (Entreprises rurales et municipal~s) pour éviter que le déficit. budgétaire national ne grimpe au-dessus de 3-4 % du pm en 1994. Élimination graduelle des privilèges associés aux ZES (Zones Économiques Spéciales), peu de nouvelles installations autorisées parfois le retrait des autorisations existantes, le tout dans le but d'atténuer le déséquilibre de prospérité entre régions. Et puis il faut bien le constater avantages ZES ou par les investisseurs affluent de toute façon. On le sait par de multiples exemples ell 1994-1995 quand Pékin estima que l'emballement de la hausse des prix dépassait les limites du tolérable - pas nécessairement selon le critère occidental - il y eut immanquablement de brutales restrictions de crédit, arrêt de types de constructions, des blocages en tous genres. Prudente politique de privatisation, en contraste avec la précipitation russe. Les entreprises du secteur public qui représentaient il y a près de vingt ans 75 % du secteur productif, interviennent encore pour la moitié. Ce n'est pas un secret, beaucoup sont déficitaires. Pékin l'admet mais résiste aux conseils de démantèlement invoquant les retombées négatives qui en résulteraient, notamment une aggravation du chômage. Elles assument un rôle sécurité sociale qui s'il était pris en charge par l'État, ne ferait que déplacer le déficit. Tout au plus le congrès du parti acceptera en 1992 l'évolution de la «gestion étatique» vers la «propriété étatique ». Ceci sans faire l'injure à ceux qui veulent précipiter le changement de montrer du doigt le chaos russe créé entre autre par la brusque embrassade de l'économie de marché. N'empêche que même, après les incidents de Tiananmen, et la réaffirmation du Congrès du Peuple de suivre la « voie socialiste ». C'est à Pékin et non à Moscou que les candidats investisseurs font la queue. Peut-être faut-il éviter de transférer au politique ce qui se passe en matière économique, se rappeler la remarque de Malraux à Richard Nixon à propos de l'obsession qui hantait Mao en fin de parcours d'améliorer le niveau de vie des Chinois «Ce n'est pas parce qu'ils ne sont plus

7

révolutionnaires qu'ils sont devenus néo"capitalistes» 1. Aujourd'hui beaucoup d'hommes d'affaires et politiques occidentaux sont convaincus du contraire. Ce livre La Chine économique en l'an 2000 ne prend en considération que les conditions objectives c'est-à-dire l'ensemble des éléments plus ou moins quantifiables qui au cours des 3-4 prochaines années influenceront le destin matériel de ce continent. Il ne présente pas d'analyse des facteurs de politique intérieure et extérieure, particulièrement imprévisibles qui pourraient affecter le futur du géant mais également celui des autres nations asiatiques et occidentales.

1. Conversation Malraux-Philippe Labro - repris dans «Malraux, une vie dans le siècle» de J. Lacouture, Le Seuil.
8

1 L'étonnante économie chinoise

Il y a peu d'exemples dans l'histoire économique contemporaine d'une expansion économique similaire à ce que connaît la Chine depuis 1978. Même le taux de croissance qui a propulsé le Japon au rang de deuxième puissance mondiale ne dépassa guère en moyenne la moitié des 9 % du PIB chinois. Dans le tiers-monde où les augmentations et régressions sont plus fortes, plus saccadées que dans les économies à plus grande maturité, seuls les tigres asiatiques s'en rapprochent et en Amérique du Sud, le Chili mais depuis peu de temps seulement. Par contre, les « grands », l'Inde, le Brésil, sont à croissance médiocre, alternance cyclique de prospérité et de stagnation, sinon de recul. Pendant vingt ans presque - de 1978 à 1996 -la hausse du Produit Intérieur Brut (PIB), de l'investissement net, de la consommation fut quasi ininterrompue. Et tout aussi surprenant sans déséquilibre inflatoire catastrophique. Ajusté pour tenir compte d'une inflation qui a oscillé entre 23 et Il %, les trois composantes-clés. furent de : PIB (Produit Intérieur Brut) 9 %2 Investissement net 10,5 % Consommation 8%
l. Sauf mention contraire, les données de base ont pour source la Banque Mondiale, le FMI, les Nations-Unies, ou les départements du commerce des États-Unis, l'observateur extérieur le plus attentif à ce qui se passe dans l'Empire du Milieu. 2. Selon les périodes et années de référence, ces indicatifs varient de quelques dixièmes de pour cent, celui du PIB oscillant par exemple entre 8,5 et 9,5 %. Variations qui n'altèrent en rien le phénomène. 9

Pendant la même période une expansion quatre fois moins élevée a suffi pour hisser l'Allemagne et la France respectivement au troisième et quatrième rang des plus riches nations du globe (G7). Rappelons que dans ce classement G7 l'Angleterre et l'Italie alternent pour la cinquième et la sixième place, les États-Unis sont les premiers bien que leur part ait décliné, le Japon étant le deuxième et le Canada le septième. Situation qui outre-Atlantique inspira la suggestion3 d'inviter la Chine aux réunions post G7, aussi valable, estima-t-on que d'y convoquer la Russie. Un premier pas vers l'entrée de la Chine dans les instances de décisions économiques internationales fut l'invitation en septembre 1996 de rejoindre le club très sélect presque exclusivement occidental, de la Banque des Règlements Internationaux à Bâle. Quid du futur? Difficile de ne pas reconnaître l'exceptionnel de l'événement. Mais quid du futur? Ne serait-ce pas logique qu'apparaissent enfin les signes d'épuisement de cette montée ininterrompue? Comme on ne sait vraiment pas jusqu'à quel point il faut se réjouir ou craindre un tel succès on se rassure en se référant à l'adage boursier « Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel»; la croissance chinoise finira bien par s'arrêter. Vrai sans doute à long terme mais peu probable avant l'an 2000 - à moins de très graves bouleversements politiques ou internationaux -. Une réponse partielle à cette interrogation montre que le temps du ralentissement n'est pas arrivé. L'on s'attendait après les restrictions de 1994 et du début 95, pour freiner la hausse des prix, à un fléchissement. Il n'en fut rien l'augmentation du PIB - 1994: 10,2 % - fut même supérieure à la moyenne quinquennale. Basée sur des données de mi-année, elle devait être de 9,8 % en 1996 grâce à une bonne récolte agricole et une poussée de 13 % des investissements étrangers.
3. Notamment par Z. Brzezinski, ex-conseiller du président J. Carter et de Robert Hormat, ex-sous-secrétaire au Trésor des États-Unis et viceprésident de la banque d'investissement Goldman Sachs. 10

A la fin de la période 1990-1995 le pm, 5 800 milliards de yuans4, était en valeur réelle supérieur de trois quarts à celui du début. En l'an 2000, il est probable qu'il dépassera les 9600 milliards de yuans de l'estimation officielle. Un pronostic trop raisonnable, pense-t-on qui part de

l'hypothèse de 8 %/an, un taux de croissance en dessous de
la précédente moyenne. Un ralentissement souhaité pour juguler l'inflation qui bien qu'en régression de 21,7 % en 1994 à 15,8 % en 1995 devrait être ramenée à un maximum de 10 %. Tels sont les traits essentiels. Un pm notoirement sousévalué quand exprimé en dollars dont les fortes variations annuelles par rapport aux autres devises créent des distorsions artificielles dans les comparaisons internationales. D'où le recours par la Banque Mondiale au calcul en Parité de Pouvoir d'Achat (PPA) sur cette base l'économie chinoise serait déjà la troisième mondiale. Plus prudents les économistes Paul Armington et Uri Dadush, eux aussi de la Banque Mondiale, ne déclaraient la Chine «que quatrième». Quoi qu'il en soit, personne ne conteste que le niveau de richesse du Céleste Empire dépasse celui qu'indique la
« statistique-dollar

.

». de la croissance

La demande,

stimulant

Si avec le temps d'autres éléments ont contribué à l'expansion chinoise, elle fut essentiellement conditionnée par une forte demande intérieure largement insatisfaite. En soi un facteur qui est loin d'être positif; souvent cause de désordres quand elle ne va pas de pair avec une offre suffisante. En Chine deux atouts majeurs favorisent le maintien d'un certain équilibre demande (consommation) /offre (production). D'abord la forte propension à épargner, suppléée par de larges et grandissants apports de capitaux et de transferts technologiques extérieurs. Et l'engouement pour la connaissance d'ordre pragmatique en contraste avec celle plutôt littéraire d'antan. Deux points forts qui jusqu'à
4. Un peu plus de mille milliards de dollars sur la base du cours officiel moyen du yuan et du dollar au cours de la période considérée ou près de 700 milliards de dollars calculé sur le cours « flottant» yuan/dollar fin de période (en juin 96 de 8,3 yuans). 11

présent contrebalancent ce qui pourrait faire capoter ce développement fulgurant. Les deux cinquièmes de l'enrichissement sont épargnés. Un potentiel renforcé dès le milieu des années quatre-vingts par le flux de capitaux étrangers - la moitié de ceux qui se dirigent vers le tiers-monde. L'investissement net (abstraction faite des amortissements correspondants au renouvellement des équipements) s'est développé au rythme annuel de 10,5 %, supérieur à celui du PIB (9 %) et de la consommation (8 %). Au lieu de se stabiliser, la contribution extérieure continue de croître, avec un record de 95 milliards de dollars d'engagements pour 1996 qui traduit en réalisations, les dépenses réelles, devraient dépasser les 50 milliards de dollars. Une brusque accélération qui s'explique aussi par le désir de s'installer avant le resserrement fiscal, les restrictions aux importations détaxées d'équipements annoncées. Apports extérieurs qui permettent la création de nouvelles capacités de production au-delà de ce qui aurait été possible tenant compte de l'épargne interne mais ont eu aussi pour effet de constituer des réserves de change de près de cinq cent milliards de francs. Incontestablement, le commerce extérieur a aidé mais moins que ne l'incite à croire ses performances au cours des dernières années. Les échanges ne représentent que 30 à 40 % du PIB de la Chine5, loin en dessous de la moyenne de 130 % du sud-est asiatique. Très peu comparé à Singapour (284 %), Hong Kong (248 %), la Malaisie (160 %), la Corée du Sud (80 %). Même ailleurs dans le monde cette relation est plus importante, en Europe le cas de la Hongrie et de la Pologne, en Amérique Latine du Chili et du Mexique.
Une économie de la demande

A la différence des nations occidentales et depuis une décennie des «tigres asiatiques» dont les économies sont essentiellement basées sur l'offre, en Chine c'est avant tout, la demande interne qui en est le propulseur. Rappelons que dans le premier cas la production (offre) poursuit la
5. En 1995 les exportations + les importations représentaient 287 milliards de dollars pour un PIB soit de mille milliards de dollars (cours moyen du yuan) soit 700 milliards, cours flottant du yuan fin 1995. 12

consommation/l'investissement (la demande) qu'elle n'atteint que par davantage de concurrence, agissant sur les coûts de production, une plus grande variété et une meilleure qualité des produits offerts. A l'inverse, c'est la production (offre) qui est poursuivie par la consommation/ l'investissement (demande) qui doit être freinée. Un choix qui n'est pas délibéré, dépend certes d'une orientation de politique mais aussi du «possible », l'existence d'un marché non saturé pour les biens offerts. On souligne avec raison qu'en Chine les besoins à satisfaire sont immenses. Un stimulant vigoureux avec en contrepartie le danger permanent d'inflation. D'où la nécessité d'éviter que l'économie de la consommation ne devienne purement et simplement une économie de la spéculation. L'on en connaît les exemples notoires. Dans un récent passé le Brésil, l'Argentine, le Mexique où existèrent de généreux programmes de dépenses publiques, des taux d'intérêts réels parfois négatifs (emprunter pour spéculer sur les hausses de prix devenant l'opération sûre la plus rentable), la demande dépassait largement les capacités de la satisfaire; les effets inflatoires en étaient devenus incontrôlables par les moyens traditionnels. L'on comprend que l'une des obsessions de Pékin soit d'éviter la surchauffe. La rengaine du discours officiel étant de contenir les hausses en dessous d'un certain seuil, un maximum de 10 % en l'an 2000. Pour contrecarrer les emballements, des coups de freins brutaux sont donnés. Du jour au lendemain des programmes de construction précipitamment qualifiés de «luxe» sont éliminés, l'octroi de prêts suspendu, marche en arrière de la libéralisation des prix des céréales. D'amères potions qui dans beaucoup de pays seraient politiquement difficiles à administrer. En général des restrictions quantitati ves plutôt que les manipulations subtiles des taux d'intérêt en usage pour calmer l'activité dans les économies de l'offre. A souligner qu'en cette fin de siècle le taux d'autosuffisance de l'économie chinoise, s'améliore. Élargissement de l'éventail des activités productrices, leur plus forte imbrication, l'une alimentant l'autre. D'où une meilleure capacité interne à satisfaire la demande qui d'ailleurs devient plus exigeante. Ce qui suggère que le PIB 13

ne déclinerait pas de beaucoup par un blocage partiel du commerce extérieur - un embargo complet se révélant irréalisable à moins d'une gigantesque opération militaire ou par la désaffection des investisseurs étrangers - qui .devraient poursuivre l'entretien de leurs équipements déjà installés sous peine d'en éroder la valeur. Par contre des circonstances ou diktats produisant une stagnation ou une baisse de la demande interne affecteraient considérablement la croissance.
Amélioration du standard de vie

L'ampleur de la demande se perçoit mieux à travers le bond extraordinaire du standard de vie d'une nation où en nombre - mais non en moyens - les consommateurs sont aussi nombreux qu'en Europe auquel il faut ajouter l'Amérique latine et quelques autres pays pour faire bonne mesure. Malgré l'inquiétant élargissement récent du fossé de bien-être entre citoyens (examiné dans le chapitre 15 sur l'instabilité), les revenus furent très largement diffusés et non concentrés en une mince frange du milliard d'habitants. La vague qui a élevé les conditions de vie à un niveau précédemment jamais atteint a touché la grande majorité, en premier lieu les ruraux, qui il y a quinze ans représentaient les trois quarts de la population. Aussi intéressantes qu'elles puissent être, les statistiques n'ont de résonance que traduites en termes de niveau de vie. Selon le critère «revenu vital» Banque MondialelPNUD 170 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté absolue. En vingt ans le revenu individuel a presque triplé en valeur réelle. Il devrait quadrupler pour l'an 2000. Ce qui d'ailleurs ne ferait que le hausser au cinquième de celui du citoyen d'un pays industrialisé européen. A l'exception de celui du Russe qu'il dépasse, le récent effondrement du rouble et de l'économie rendant toute comparaison avec l'ex-URSS quelque peu irréaliste. Les salaires augmentent annuellement d'environ 10 %, une hausse légèrement supérieure au taux de croissance (PIB) : un surplus qui grâce à la solide épargne n'exerce qu'une relativement modeste pression sur le coût de la vie. Aucun doute, le faible taux de chômage (2,5-2,9 %) camoufle la réalité. Il ne tient pas compte du surnombre de 14

.

personnes employées dans les entreprises publiques mais qui
par leurs salaires restent néanmoins dans le circuit de la consommation (demande). Même dans les organisations internationales où l'on collationne les statistiques qui viennent des quatre coins de la planète ce bouleversement humain sans précédent surprend. En moins de deux générations, l'espérance de vie de plus d'un cinquième de la population du globe, antérieurement peu élevée à cause des fréquentes famines, purges, hostilités, atteint 71 ans pour les hommes et 73 ans pour les femmes. A titre de comparaison en ex-URSS elle est tombée à 58 ans pour les hommes en 1995. La mortalité infantile a régressé de 75 %. Fabuleux accroissement de longévité qui explique que malgré la pénalisante politique de planning familial la population du Céleste Empire s'est accrue de 1980 à 1995 de près de 250 millions de personnes. Le taux net d'augmentation de la population de 1,6 % en 1980 est en déclin. Le FNUAP (Fond des Nations Unies pour l'Aide à la Population) estime que la Chine est le plus fervent adepte des pratiques anti-conceptionnelles; elles touchent 83 % de la population en âge de procréer la plus forte proportion au monde, précédent l'Angleterre et la France (81 %) devançant les États-Unis (73 %) et en fin de liste le pays pauvre qu'est Haïti (10 %). Raison qui incite les démographes à prévoir une atténuation de l'expansion de la population mais qui du fait de l'allongement de l'espérance de vie devrait atteindre 1 300 millions au début du prochain millénaire. Dans cette partie du globe aux famines récurrentes - la dernière celle associée au «grand bond en avant », fit dans les années soixante une trentaine de millions de morts - où l'obsession alimentaire est immémoriale, l'équivalent du «comment ça va» sous nos cieux est le «avez-vous bien mangé récemment» on n'a en général plus faim. Avec 2 700 calories/jour/personne, plus élevée que dans la plupart des pays du tiers-monde, la diète est riche - comme en Occident trop riche même pour les jeunes citadins privilégiés gavés par les «fast food» - En quinze ans la consommation par personne et par an de céréales fut quasi stagnante (passant de 165 kg à 179 kg) tandis que doublait presque celle des œufs (passant d'environ 2 kg à un peu moins de 4 kg) et de viande (16 kg à 28 kg). Illustrant les changements, les achats 15

de cacao, un produit de luxe quintuplèrent au cours des cinq demièœ années, même s'ils ne dépassaient guère les 2 500 tonnes en 1995. Les grandes carences restent le logement, les services publics, le transport mais l'ambition de doter chaque ménage «d'une machine à laver, d'une TV, d'un réfrigérateur» est quasiment réalisée. Équipement presque comparable à celui dont dispose le ménage d'un pays occidental moyennement développé. Sauf pour la bicyclette déjà largement répandue à la veille des réformes de 1978, la possession des «biens de consommation durables» s'est accrue dans les proportions suivantes6 :
Équipement des ménages: Biens de consommation durables (par cent ménages - 4

Années

personnes) (x)

Bicyclettes Motocyclettes Voitures TV couleurs Réfri,gérateurs Machines à laver Cassettes audio Vidéocassettes Caméras
N.B. : neg

1987 176 ne,g ne,g 35 20 66 57 ne,g 14

1992 190 3 0,6 75 53 83 74 10 24

= négligeable

La demande de biens plus sophistiqués tels les ordinateurs personnels se développent. Les achats, 350 000 unités en 1993, furent de 550000 en 1994, 1 100000 en 1995, et devraient atteindre 1 700 000 en 1996. Près de 2 500 000 en l'an 20007,
6. Hong Kong Trade Development Council 7. «Chine Research Corp, «et «Olivetti Home Computers ». A titre de comparaison, le parc PC était fin 1995, de 7 500 000 en Grande

Bretagne, - 7 300 000

en Allemagne 4 700 000

en France et de

1 400 000 en Espagne moins que la vente annuelle estimée pour 1996 en Chine. 16

Le succès du téléphone mobile est foudroyant, la Chine étant en 1995 le troisième marché mondial, une situation nonnale admettent les fabricants, conséquence de la difficulté d'obtenir un raccordement téléphonique privé. Il devrait s'atténuer au fur et à mesure de la mise en service de 12 à 15 millions de nouvelles lignes/an, cadence actuelle des installations.
Comportement de croissance

Pas un manuel qui ne souligne l'importance de l'épargne et de l'éducation dans le développement matériel d'une nation. L'épargne pennet l'expansion des investissements générateurs de nouvelles richesses et l'éducation est garante (en principe) d'une utilisation efficiente des ressources. Ce sont là deux des caractéristiques du comportement des citoyens du Céleste Empire. Le désir de consommer tellement apparent aux visiteurs des grandes villes ne contredit-il pas cette volonté d'épargner? Si l'on se rend dans les centres commerciaux8 c'est autant pour voir que pour acheter. Une réaction spectacle, surtout pour les plus de quarante ans, suscitée par le contraste entre la situation présente et l'absolue pénurie d'il n'y a pas si longtemps9. Il s'agit du comportement d'une population surtout des grandes villes qui ne fait que 10 à 15 % de la Chine, le reste étant des ruraux et habitants de centres urbains secondaires. Le taux d'épargne est l'un des plus élevés d'Asie: investissement dans des millions d'Entreprises Rurales et
8. De nouveaux et vastes intérêts commerciaux y répondent. Shanghai héberge le plus grand magasin urbain à rayons multiples du monde (Yachan department stores du Japon - 12 Ha de rayons - 20 % de plus que le Macy's de New York). 9. Pour qui a connu la Chine il y a quinze ans, les choses ont changé d'une manière inimaginable. La pénurie inspirait alors des comportements déroutants qui aujourd'hui provoque l'hilarité des Chinois. Ainsi en 1981, dans un magasin d'État à Pékin, de bonne foi la vendeuse essayait de me vendre des chaussures pointure quarante alors que je chausse du 44, Il lui semblait invraisemblable que je ne saisisse pas l'occasion d'une disponibilité momentanée de chaussures noires (sans doute la perspective qu'un jour prochain je pourrais les échanger quand seul du 44 serait disponible). 17

Municipales (ERM), gonflement des comptes d'épargne environ 4000 milliards de yuans dans les banques fin 1995 ; sursouscription aux bons d'obligations et bons du trésor, acquisition depuis peu d'assurance vie. Une masse énorme de ressources disponibles pour les investissements publics mais aussi d'une manière croissante privée, notamment par les placements boursiers.
Priorité au savoir pragmatique

La révolution culturelle n'a pas effacé le respect séculaire pour le savoir, mais a peut-être contribué à sa réorientation. La supériorité du «lettré », Chou-en-Lai en fut le dernier grand symbole, a été cassé. L'art pour l'art a perdu de son attrait. L'instruction, la soif de la connaissance pragmatique a pris le pas sur le littéraire. Les 151 millions d'écoliers et étudiants - le dernier recensement - sont avant tout attirés par le technique-scientifique, l'économique/gestion. Loin est le temps où l'excellence du graphisme poétique dans l'expression du langage, était la source principale de prestige social. Engouement informatique dans les écoles urbaines où l'usage du PC pour répondre aux examens écrits se répand remarque avec satisfaction Apple Computer qui y voit d'heureuses perspectives de marché pour ses produits. Pour l'individu et indirectement la famille l'instruction, est le passeport de promotion matérielle et sociale. A part la possibilité qu'offre la relation politique au plus haut niveau, pour la grande majorité des citoyens le diplôme est la seule voie d'accès à de meilleures conditions de vie. La limitation des naissances focalise l'ambition de toute une famille sur ce est souvent l'unique rejeton, c'est-à-dire de l'unique possibilité de réaliser cet objectif. Tout comme au Japon les claviers d'ordinateurs utilisent les phonétiques et non comme en Occident les lettres. Au-delà d'un certain niveau d'instruction, celle-ci est moins affaire de gouvernement que de l'individu d'où la part importante qu'elle occupe dans le budget familial; les familles paysannes consacrent d'une manière prioritaire une partie de leurs ressources monétaires au paiement de services de «tuteur », à l'achat de livres (tous ne sont pas gratuits).

18

La conviction que- l'instruction est par excellence instrument de promotion se traduit dans le sondage Gallup (1996). Pour 63 % des 3400 ménages interrogés sélectionnés selon un échantillonnage reflétant la composition sociale, l'éducation de( s) enfant( s) était prioritaire précédent l'acquisition d'un logement, des biens de consommation durables. C'est l'intérêt des proches d'assurer le succès de celui qui devra prendre soin d'eux dans une société où selon Chong Chan-yau (directeur de mobilisation de fonds de Oxfam à Hong Kong) -. « Dépendre de l'État notamment pour la retraite plutôt que de la famille est encore considéré comme une honte ». Tendance à la responsabilisation de la famille qui vient d'être renforcée à Singapour - souvent présenté en Chine comme un modèle de «développement harmonieux» - où une nouvelle loi prévoit des sanctions pénales pour qui ne respecterait pas cette obligation. Les résultats de cette généralisation de l'instruction ne se sont pas fait attendre. Si en 19951°, un Chinois sur huit était analphabète, globalement leur nombre diminue annuellement de 4 %. Si à la fin de la précédente décennie, 33,4 % de la population obtenait un diplôme d'éducation secondaire, aujourd'hui 35,9 % l'ont et cela malgré cent millions de citoyens en plus. Dans l'enseignement supérieur, l'accroissement est spectaculaire: 25 millions en 1995, contre 16,12 millions en 1990. Annuellement 128000 ingénieurs sortent de grandes écoles. La popularité du technologique doit beaucoup au programme «863» lancé il y a dix ans par Deng Xiaoping afin de remédier à l'anarchie de l'enseignement, séquelle de la révolution culturelle. Une demi-douzaine de domaines furent déclarés prioritaires: automatisation, informatique, matériaux nouveaux, laser, biotechnologie, espace -. Plus d'un million de chercheurs et de scientifiques dans près de 900 instituts. Dans ce contexte 170 000 étudiants furent envoyés aux USA et 70 physiciens en stage au CERN (Centre d'études et de recherches nucléaires) de Genève. Il ne s'agit pas de porter un jugement sur la qualité ou les méthodes de cet enseignement relativement peu coûteux, les
10. Bureau d'État de la statistique - repris par l'UNESCO. 19

salles de classe sont pour le moins spartiates, les salaires des

chercheurs peu élevés mais de - souligner sa généralisation et
ses inévitables conséquences sur le développement. Un effort qui paraît semblable à celui qui existait dans nos régions à la -veille du grand décollage économique du siècle passé.

20

2 La demande de l'an 2000

Esquisser les contours de la demande est indispensable pour apprécier de ce que sera l'économie chinoise en l'an 2000 la croissance en dépend beaucoup plus que chez ses voisins du sud-est asiatique où elle relève davantage du commerce extérieur. Dans le secteur lourd, les ordres de grandeur des besoins sont plus ou moins prévisibles; inscrits dans les travaux en cours de réalisation, contrats signés ou en négociation. Ce sont essentiellement les projets industriels, souvent initiés par les multinationales, et les travaux d'infrastructure; les contreparties en sont les besoins en équipements, matériaux de construction, matières premières, main-d'œuvre qualifiée. Le total en est évalué à quelque 5 à 600 milliards de dollars, la moitié à charge de l'État central, excluant ce qui est imputable aux communautés rurales et provinciales qui disposant en partie des contributions/surplus ERM (Entreprises Rurales et Municipales) pour les financer. Se basant sur le rythme des mises en œuvre, des retards, des abandons, de la disponibilité en temps opportun des ressources nationales et étrangères nécessaires, il est raisonnable d'estimer que les réalisations d'ici l'an 2000 seront de 400 milliards de dollars (2 000 milliards de francs)1. Témoignant de l'optimisme américain, il n'est pas sans intérêt de relever l'estimation de John Reed, le PDG de la Citibank, institution impliquée dans le développement de la
1. Voir à ce sujet le tableau en fin du chapitre propulseur de l'économie). 21 18, l'infrastructure,

Chine. Pour la hisser en une quinzaine d'années au niveau d'un pays moyennement développé,. il faudrait des investissements globaux de 55 000 milliards de dollars; annuelle~ent un peu plus de trois mille -milliards de dollars. Ce qui ne lui paraissait pas du domaine de l'impossible. La demande associée à la satisfaction des besoins essentiels sera moins forte qu'antérieurement. Les chiffres indiquent une saturation de la consommation de produits alimentaires. Et dans une moindre mesure de biens de «consommation durable» (télé, frigidaires...) pour lesquels le taux de pénétration/ménage se rapproche de celui qui prévaut d'un pays moyennement développé ainsi que le montre le tableau sur l'équipement des ménages. (chapitre 1) Stagnation ou régression de la demande unitaire de produits alimentaires de base et au mieux faible augmentation des articles «équipement ménager» trouve confirmation dans la légère baisse des prix de vente des appareils TV et frigidaires. Une demande qui globalement se développera d'ici l'an 2000 par l'addition de cent millions de nouveaux citoyens ou de près de «Dix Portugal ». Comparaison assez valable car pour le type de biens précités - alimentation de base, équipement ménager - la consommation du Chinois n'est pas inférieure à celle d' un Portugais. Si en termes relatifs l'on parle de stagnation, en termes absolus l'accroissement - et son impact notamment sur les échanges mondiaux - sera non négligeable.
Les céréales

Parce qu'aussi vitale la demande de céréales est symbolique. Il faut la satisfaire coûte que coûte. Le déficit de la Chine est de quelques dizaines de millions de tonnes/an. Mais de blé seulement. Par contre, la production des deux

autres graminées entrant dans l'alimentation

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le riz et le

maïs - est le plus souvent excédentaire et exportée. Offredemande de blé à placer dans ce contexte plus général. Sans être totalement compensatoire, le déficit ou le surplus de l'une des trois principales céréales a des répercussions sur l'offre-demande des deux autres. On le remarqua surtout en 1995, quand la récolte fut exceptionnelle, 465 millions de tonnes, alors qu'ailleurs dans le monde elle avait été 22