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La communauté haïtienne en Ile-de-France

De
192 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 224
EAN13 : 9782296318786
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LA COMMUNAUTÉ HAÏTIENNE EN ILE DE FRANCE

@ L'HARMATTAN, 1996 ISBN: 2-7384-4241-2

Claude DELACHET

- GUILLON

LA COMMUNAUTÉ HAÏTIENNE EN ILE-DE-FRANCE

Co-édition L'Harmattan I S.S.A.B.

Editions L'Harmattan 5-7, rue de L'Ecole Polytechnique 75005 Paris

S.S.A.E.

- Service

Social d'Aide aux Emigrants

Créé en 1924 et reconnu d'utilité publique en 1932, le S.S.A.E. est une association (de loi 1901) qui gère un service social spécialisé. Ses statuts ont été déposés en préfecture le 29 mai 1926. Le S.S.A..E. agit à partir d'un réseau de 47 bureaux départementaux, coordonnés par Il délégations régionales et a pour but de "venir en aide aux émigrants et transmigrants dans les difficultés qu'ils peuvent rencontrer, soit au cours de leur voyage, soit au cours de leur adaptation ou de leur établissement, de s'employer au regroupement des familles, à la protection des femmes et des enfants migrant isolément, de servir de lien entre l'émigrant et les oeuvres d'assistance spirituelle, matérielle, dont il peut avoir besoin, dans un effort nettement respectueux des convictions religieuses de chacun" (article 1 des statuts). L'action sociale du S.S.A.E. est exercée par un personnel qualifié, apportant les garanties techniques et déontologiques de la profession de service social. Ce personnel est constitué d'assistants sociaux, de secrétaires, d'agents administratifs, d'agents d'accueil et d'interprètes.

A travers son activité de service social, le S.S.A.E. analyse les facettes multiples et variées de l'immigration en France. Son expérience lui permet d'adapter ses actions aux besoins des populations étrangères en tenant compte du contexte. Afin de faire connaître ces réalités, le S.S.A.E. a choisi de diffuser des ouvrages de professionnels de service social ou de chercheurs en sciences sociales spécialisés dans les questions de migrations. Cette étude sur la communauté haïtienne en IIe-de-France, réalisée par Claude DELACHET-GUILLON, en collaboration avec l'association Haïti Développement, est un premier pas dans cette direction.

Remerciements: L'auteur remercie toutes les personnes, haïtiennes et fumçaises, qui ont bien voulu répondre à ses questions, et sans lesquelles cette étude n'aurait pu voir le jour. Elle remercie tout particulièrement René Benjamin, Président de Haïti-Dév~loppement, Jean Paul Pierre, Milaine Kalape et Edith Jean Simon, pour leur collaboration et leur participation à l'enquête, ainsi que le Père Clément Méus et le Pasteur Emmanuel Toussaint, pour lui avoir facilité les contacts avec les communautés catholiques et protestantes haïtiennes. Elle remercie également Gérald Chéry pour ses renseignements sur les étudiants, Luc Legoux, démographe, pour ses précieux conseils et Camille Pain, assistante sociale au S.S.A.E, pour ses contributions et sa participation à l'enquête.

L'illustration de couverture est la reproduction d'une carte de voeux, réalisée par des enfants haïtiens.

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INTRODUCTION
La migration des Haïtiens vers la France métropolitaine, dans sa dimension démographique et socio-économique actuelle, est relativement récente. Une remarquable enquête dirigée par Roger Bastide (1) à la fin des années soixante et publiée en 1974 chiffrait à 400 personnes les ressortissants de cette communauté qui était alors composée d'étudiants et de personnes issues des classes dirigeantes et moyennes, parlant bien le français. Dans le courant des années 1970, un flux migratoire nouveau a commencé à s'amorcer, de sorte que les Haïtiens sont devenus trente six fois plus nombreux au recensement de 1990 (14 343). Les nouveaux arrivés sont d'origine semi-rurale et rurale, parlant principalement le créole, donc d'un profil très différent de celui des années 70. Bien que le flux des immigrants haitiens se soit ralenti ces dernières années, en raison de la politique française restrictive en matière d'immigration, il ne s'est pas complètement tari, car la situation politique et économique de Haïti n'a cessé de se détériorer au fil des ans.

1 Roger BASTIDE et al., Les Haïtiens en France, Ed. Mouton, Paris-La Haye, 1974, 229 p. 7

Le but de ce travail est double: Collecter et analyser des éléments de connaissance sur la population haïtienne en France métropolitaine, principalement en Ile de France où elle est concentrée, afin d'en donner une première description pouvant être utile à des intervenants sociaux en contact avec cette population. - Apporter aux animateurs de la communauté haïtienne elle-même, des éléments pouvant les aider à faire connaître leurs compatriotes et à mieux développer leurs actions communautaires. C'est en fonction de ce deuxième objectif, qu'un protocole d'accord technique de participation à l'enquête a été signé entre la chargée d'étude du SSAE et HAITI DEVELOPPEMENT, association connue des Haitiens pour ses activités à caractère social.

-

METHODOLOGIE

L'étude s'est déroulée de mai à septembre 1994, dans un contexte de grande incertitude quant au retour du Président Aristide en Haiti, et de fortes inquiétudes quant au devenir en France des étrangers ayant un statut de séjour précaire. Ce climat a pesé sur les entretiens avec les personnes rencontrées. Au départ, nous avions pensé limiter les investigations. à un repérage de la population, et tenter de répondre aux questions suivantes: Qui sont les Haïtiens qui vivent en France aujourd'hui? Pourquoi y-sont-ils venus? Combien sont-ils? Où sontils? Quel est leur statut? Comment se fait leur insertion locale et professionnelle? Mais lors des entretiens préliminaires, il est vite apparu que ce questionnement était insuffisant aux yeux des Haitiens interrogés, car ils faisaient toujours référence à l'histoire de leur pays, à leur religion, aux obligations familiales et aux relations dans la communauté. Toutes ces questions ont donc dû être abordées dans l'étude, mais dans l'objectif d'ouvrir des pistes, de poser quelques jalons pour des recherches ultérieures plus approfondies. L'étude a fait principalement appel à des méthodes qualitatives, complétées par Unepetite enquête par questionnaire, conduite avec la participation d'enquêteurs haitiens. 8

ETUDE QUALITATIVE a) Recueil des données existantes : Les publications existantes sur les migrants haitiens en France ont été dépouillées. Les chiffres officiels ont été recoupés: recensements de l'INSEE, nombre des titres de séjour délivrés par les Préfectures, demandes d'asile examinées par l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, naturalisations françaises accordées par le Ministère des Affaires Sociales.
b) Entretiens avec des informateurs privilégiés:

Au total, cinquante informateurs, Haitiens et Français ont été rencontrés, à titre individuel, ou en tant que responsables d'organismes, d'institutions ou d'associations divers. des personnalités et animateurs des communautés catholiques et protestantes (prêtres, pasteurs et

.

laïques) .

et travailleurs sociaux. . des responsables et volontaires d'associations haïtiennes et franco-haitiennes. des chercheurs. des membres de l'ambassade de Haïti en France. des représentants :

. des médecins . . .

de la Santé et des Affaires Sociales. - de l'Office des Migrations Internationales (OMI) - de l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA). un maire d'une commune de la région parisienne. des assistantes sociales départementales d'une circonscription de service social du Val d'Oise. des assistantes sociales du S.S.A.E. des bureaux des Hauts de Seine, de Paris et du Val d'Oise.

- du Ministère

. . .

Ces entretiens ont été conduits avec un guide d'entretien unique, en privilégiant les points d'intérêt et/ou de compétence des interlocuteurs. Des notes en abrégé ont été prises pendant les interviews, dont les comptes rendus ont été retranscrits immédiatement par écrit.

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Les entretiens ont insisté, selon les personnes, sur les conditions de la migration haïtienne en France, les difficultés d'insertion et d'adaptation des migrants, leurs relations familiales et communautaires. La santé, en général, et la question du sida en particulier ont fait l'objet d'entretiens particuliers avec les interlocuteurs les plus concernés, en vue d'un autre travail qui ne figure pas dans cette étude.
ENQUETE PAR QUESTIONNAIRE

Le questionnaire a été préparé à partir d'entretiens exploratoires, puis revu, négocié et testé avec les trois enquêteurs hai'tiens un homme et deux femmes: deux appartiennent à Haiti Développement et le troisième à une communauté protestante. Camille Pain, assistante sociale du S.S.A.E. a été la quatrième enquêtrice. Chaque enquêteur a interrogé dix personnes qu'il a choisies dans son réseau de relations (pour les Hai'tiens), ou parmi ses usagers (pour l'assistante sociale). Des consignes générales avaient été données pour que ce choix reflète au mieux les données statistiques générales sur la population.

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La majeure partie des questions étaient fermées. Elles ont été posées en français, puis traduites en créole par les enquêteurs, si besoin était, afin de s'assurer de leur bonne compréhension. Le questionnaire a cherché à cerner les caractéristiques sociodémographiques des enquêtés, la fréquence et la nature de leurs relations familiales et communautaires, certains aspects de leur vie quotidienne, leur attitude générale vis à vis des maladies et de leur prévention, leur opinion sur leur vie actuelle en France. Compte-tenu de la variété des questions posées, et de la façon dont il a été constitué, l'échantillon (de quarante personnes) présente trop de biais et est beaucoup trop restreint pour être considéré comme représentatif de la population haitienne en Ile de France. L'analyse des réponses ne peut que fournir des indications qui illustrent, complètent, ou au contraire interrogent l'analyse des entretiens avec les informateurs privilégiés.

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PRESENTATION DE L'ETUDE
L'étude comporte plusieurs chapitres. Après l'exposé d'éléments sur la situation et l'histoire de Haïti ainsi que sur les migrations haitiennes dans le continent américain, différents aspects de l'immigration haitienne en France sont envisagés: un bref historique, l'arrivée en France, les données chiffrées disponibles, le problème du statut, les difficultés d'état civil et de langue, les liens avec Haiti. Un éclairage est ensuite apporté sur le fonctionnement des réseaux communautaires, ainsi que sur l'insertion locale et professionnelle des immigrants et sur quelques aspects de la vie familiale (dans la tradition, et dans l'immigration).

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Chapitre I
Contexte de Haïti et de sa région
Avant d'aborder la question de l'immigration haïtienne en France, il paraît nécessaire de présenter quelques aspects historiques et socio-économiques de Haïti, qu'il est important d'avoir en mémoire pour mieux comprendre le contexte de l'émigration. Les livres concernant Haiti sont nombreux, tant en français qu'en anglais. Nous avons utilisé pour cette synthèse quelques ouvrages que nous avons particulièrement appréciés, dont les références figurent dans la bibliographie, en fin d'étude.

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1.1- SITUATION

GEOGRAPHIQUE

La République d'Haïti, 27750 km2, occupe le tiers occidental de l'île d'Hispaniola, la deuxième île des grandes Antilles (après Cuba). Cette île est partagée, depuis 1844, entre la République d'Haïti et la République Dominicaine. En dehors de cette voisine, les pays les plus proches de Haïti sont Cuba, située à 90 kIns au Nord-Ouest et La Jamaïque, à 186 kIns au Sud-Ouest. Hispaniola est l'île qui possède les sommets les plus hauts des Caraïbes (3175 m en République Dominicaine). La République d'Haïti est particulièrement escarpée, avec un pic culminant à 2680 m (pic de la Selle). Les trois quarts de la surface du pays sont situés à des altitudes supérieures à 200 m. Compte tenu de sa latitude (18° à 20°) et de sa configuration, Haïti - dont la surface est un peu moins grande que celle de la Belgique -connaît des climats à la fois variés et instables, dus à la complexité des systèmes de vents et aux rapides contrastes d'altitude. La température au sol peut aller de 15° la nuit à 35° ou plus le jour. Par ailleurs elle diminue en fonction de l'altitude, à raison de 1° par 160 m de hauteur. Ainsi, selon l'orientation des pentes et leur hauteur, on observe des microclimats qui vont du tropical humide aux terres desséchées, en passant par des zones quasiment tempérées. De ce fait, les conditions d'existence des hommes varient beaucoup d'un endroit à un autre, en fonction de leur environnement naturel.

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II.2

- HISTOIRE

ANCIENNE ET COLONIALE

L'histoire américaine de l'île commence au XIIIè siècle, avec l'achèvement de l'expansion sur les grandes Antilles de la civilisation amazonienne des peuples Arawaks. En arrivant sur Haiti, les Arawaks auraient trouvé sur place un peuple plus archaïque qu'eux, les Ciboneys, dont il restait encore quelques représentants à l'extrême sud de l'île, lors de l'arrivée des Espagnol, au XVè siècle, deux siècles plus tard. L'histoire européenne de l'île commence par la découverte l'île d'Ayiti (terre montagneuse) par Christophe Colomb, 1492, suivie de l'arrivée des conquérants espagnols à recherche d'or. Sur Ayiti, rebaptisée Hispaniola, ils trouvent Arawaks, qui se dénomment eux-mêmes Tainos. de en la les

En deux siècles, cette population avait constitué plusieurs petits états prospères, organisés en grosses bourgades. Les Tainos pratiquaient une agriculture intensive, par irrigation ou par drainage, en fonction du régime des pluies. Ils vivaient principalement dans les étroites plaines côtières et ne connaissaient pas l'élevage. Le peuple Tainos devait être rapidement rayé de la carte. Les épidémies de maladies inconnues d'eux, venant d'occident (rougeole, variole etc.), la dévastation de leurs cultures par l'importation de bétail que les espagnols lâchaient dans leurs champs, les déportations des hommes vers les mines d'or et les massacres des récalcitrants, devaient venir à bout de ce peuple prospère et civilisé, en moins de cinquante ans. Ils auraient été 60000 en 1508. Ils n'étaient plus que 500 en 1535. Mais la rapacité des chercheurs d'or avait été vite déçue, et Hispaniola devint surtout une base pour la conquête du continent sud-américain. Le XVIè siècle connaît le développement de grands haras, fournisseurs des cavaleries qui seront le fer de lance des nouvelles conquêtes espagnoles. Une tentative de développement de l'industrie sucrière sera entreprise sur la plaine côtière orientale d'Hispanolia. Le port de Santo Domingo, dans l'actuelle République Dominicaine, sera créé de toutes pièces, en partie pour exporter le sucre. Cette ville 17

coloniale nouvelle qui devient un relais vers l'Amérique du Sud et un centre de l'industrie sucrière, nécessite l'importation de main d'oeuvre. Les Tainos n'existant quasiment plus, la traite des esclaves africains s'instaure. On en comptait déjà 30 000 en 1550. La prospérité des Espagnols et leur prétention à garder pour eux seuls le fruit de leurs conquêtes, commencent à déchaîner les convoitises des autres européens. Dans un premier temps, de petits flibustiers anglais, français et hollandais commencent à parcourir les Caraïbes pour y attaquer la flotte espagnole. Ils ont besoin de points de ravitaillement. Or sur Hispanolia, le bétail et le gibier abondent à l'état sauvage dans les forêts, particulièrement dans l'ouest et le sud de l'île, l'actuelle Haiti délaissée par le pouvoir espagnol. Cette situation amène la multiplication des boucaniers d'origine française, qui ravitaillent les flibustiers en viande et en peaux. A la fin du XVIè siècle, les colons espagnols désertent Hispaniola pour se lancer dans l'aventure, beaucoup plus lucrative, de l'Amérique du Sud. Au cours du XVIIè siècle, la ville de Santo Domingo restera néanmoins un relais important pour le pouvoir espagnol, tandis qu'à l'ouest les boucaniers se multiplient, en même temps que s'intensifie leur clientèle de flibustiers. Pour développer leurs activités, les boucaniers font venir, avec des contrats de trois ans, des émigrants français qui s'exilent pour des raisons économiques ou politiques: paysans dépossédés de leurs terres, chômeurs et vagabonds, protestants persécutés. Inquiets de voir tous ces Français s'installer sur Haïti, les Espagnols tentent de s'en débarrasser en exterminant le bétail dont ils vivent. Le bétail est largement exterminé, mais les boucaniers restent dans les parages et ils prospèrent, en devenant flibustiers ou petits agriculteurs. En 1697, un traité entre la France et l'Espagne entérinera cette situation de fait en reconnaissant l'autorité de la France sur la partie occidentale de l'île, l'actuelle Haiti. Au gré des débouchés vers la France, les Français cultiveront successivement le tabac et l'indigo; puis ils réactiveront la production de sucre, dont la demande a augmenté considé18

rablement en Europe au début du XVIIIè siècle. Pour répondre à cette demande, la traite des noirs s'intensifie brutalement; de sorte qu'en dépit des mauvais traitements dont ils sont l'objet des milliers meurent pendant le transport le nombre des esclaves augmente considérablement.

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De 4000 Blancs, 500 Affranchis (généralement métis) et 9000 Esclaves Noirs en 1700, on passe respectivement à 31 000 Blancs, 27 500 Affranchis et 465 000 Esclaves Noirs en 1789. Certaines sources parlent même de 600 000 et même de 900 000 esclaves. De nombreuses ethnies africaines sont déportées, notamment les ethnies Fon, Yoruba et Bantou, originaires de ce qui est aujourd'hui la Guinée, le Bénin, le Ghana et le Nigeria. La cuhure et l'industrie sucrière s'organisent en fonction de la rentabilité maximum. Les anciens boucaniers et petits agriculteurs disparaissent. Les plantations envahissent toutes les plaines ainsi que les collines proches. Elles deviennent d'immenses propriétés, couvertes de la monoculture de la canne et de ses annexes industrielles pour transformer le sucre. Mais les planteurs français s'installent rarement sur leurs plantations. Ils vivent en ville et viennent pour y travailler durement, aux moments critiques, et pour s'assurer que le rendement est maximum. Dès que leur fortune le leur permet, les plus riches laissent un intendant sur place et repartent en France. Dans un tel contexte, chaque plantation sucrière utilise à son maximum la force de travail d'une multitude d'esclaves qu'elle organise de manière concentrationnaire, en leur interdisant toute vie familiale et sociale. Trois villes sont construites dans le pays: Cap-Français (aujourd'hui Cap-Haïtien), Port-au-Prince et Les Cayes. Ce sont trois ports, au service de l'exportation du sucre. Mal organisées, mal tenues, surtout peuplées d'aventuriers et de noirs et mulâtres plus ou moins affranchis, elles ne verront pas se constituer de véritable société coloniale. Aucune infrastructure n'est développée sur le territoire de la colonie: ni système d'irrigation, ni route n'ayant d'autres fins que de relier les plantations aux lieux d'exportation du sucre.

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