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LA FORCE PUBLIQUE AU TRAVAIL

De
272 pages
A quoi sont employés les policiers et les gendarmes ? Comment travaillent-ils dans leurs commissariats et leurs brigades ? Quels sont les paramètres permettant de mesurer et d'évaluer leur activité quotidienne ? Cet ouvrage apporte des éléments de réponse à ces interrogations, à partir des résultats de deux enquêtes de terrain réalisées pour l'Institut des Hautes Études de la Sécurité Intérieure.
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LA FORCE PUBLIQUE AU TRAVAIL

Collection Sécurité et Société dirigée par Michel Bergès et Jean-Louis Loubet deI Bayle
La collection Sécurité et Société publie, en relation avec les activités du Centre d'Études et de Recherches sur la Police (CERP) de l'Institut d'Études Politiques de Toulouse, les travaux de chercheurs de toutes disciplines intéressés par les problèmes de sécurité. Elle se propose d'aborder ces questions en toute liberté de problématique et de méthodologie, en étudiant notamment le développement des fonctions et des institutions policières et militaires, les politiques publiques de sécurité intérieure et extérieure, les manifestations de violence individuelle ou collective, les phénomènes de réaction sécuritaire, les formes de corruption sociale, économique et politique qui menacent les sociétés contemporaines, les risques techniques et les systèmes de protection qu'ils suscitent.

Déjà parus
François DIEU, Politiques publiques de sécurité, 1999. Michel BERGES, Le syndicalisme policier en France, 1999.

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@ L'Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-8342-9

François DIEU Paul MIGNON

LA FORCE PUBLIQUE AU TRAVAIL
Deux études sur les conditions de travail des policiers et des gendarmes

Préface de Philippe Melchior

L'Harmattan 5-7, ruede l'École Polytechnique 75005Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Ouvrage publié avec le concours de l'Institut des Rautes Études de la Sécurité Intérieure (IRESI)

PREFACE
Pour présenter les études de François Dieu et de Paul Mignon sur les conditions de travail des policiers et des gendarmes, il faut se remémorer le contexte de l'année 1998 où cette commande négociée eut lieu. Le rapport remis au Premier Ministre par les parlementaires Carraz et Ryest en avril 1998, dont l'objet était de proposer une meilleure répartition des effectifs de Police et de Gendarmerie afin d'adapter la sécurité publique aux évolutions démographiques et territoriales, avait suggéré d'instituer des groupes de travail mixtes: charges respectives de travail des personnels en heures/années, méthodes de travail et d'organisation, harmonisation des modes de recueil statistiques des faits de délinquance et répartition géographique des effectifs. Cette dernière proposition trouva sa concrétisation rapide au début de l'été, car une première carte du redéploiement des effectifs y fut rendue publique. Pour contribuer à la réflexion, l'Institut des Rautes Études de la Sécurité Intérieure (IRESI) passait commande à François Dieu et à Paul Mignon, de lui apporter quelque lumière, à partir de terrains soumis ou non à redéploiement, à la question de la diversité des tâches et des charges de travail policières et gendarmiques. On se rappelle les protestations syndicales et les manifestations de l'attachement des élus au service de sécurité auquel chacun était accoutumé, manifestations au demeurant symboliques qui marquèrent une considération plus forte pour les services qu'on ne dit communément et que leurs membres ne le croient, mais qui ne simplifient pas la tâche de l'autorité publique.

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Laforce publique au travail

Nos chercheurs eurent du mal, dans pareille conjoncture, à se "faire ouvrir les terrains" dont ils avaient besoin pour mener à bien leur propre mission. Leur rapport est particulièrement novateur et original, car on doit convenir que rares, dans la littérature spécialisée, sont les regards extérieurs croisés sur des institutions de service

public quand chacun préfère faire ressortir, sans doute avec
quelque malice, ce qui les distingue plutôt que ce qui les fait se ressembler. Paul Mignon a su habilement élargir son investigation autour de la "demande sociale" de sécurité dans quatre petites villes de province en zones de Gendarmerie et de Police, en comparant systématiquement les réponses apportées aux attentes des populations concernées. Son hypothèse étant que "l'environnement" et "le contexte local" conditionnent les réponses de sécurité à des besoins spécifiques, il montre comment les services publics de la Défense ou de l'Intérieur se mobilisent au quotidien. Nul doute que le lecteur reconnaîtra une bonne compréhension des contraintes organisationnelles auxquelles sont soumises les deux forces, et saura apprécier la peinture minutieuse des atouts et des handicaps qu'elles sont capables, chacune à leur manière, de valoriser et de compenser sur le terrain pour déterminer ce qui, de l'environnement ou du poids de leurs encadrements respectifs, différencie leur action. François Dieu, de son côté, concentrant son attention sur le travail des gendarmes, apporte des éclairages décisifs sur le calcul de leurs charges de travail quotidiennes au sein des différentes brigades étudiées en Haute-Garonne. Selon les services imposés, les services d'initiative et les réactions aux événements imprévisibles survenant quotidiennement, il montre, par le biais d'une "échelle d'intensité de service", des services maîtrisés, équilibrés ou plutôt réactifs en zone périurbaine, autre manière d'évoquer les degrés d'autonomie relatifs des différentes brigades. Soient trois modalités du vécu du travail d'une typologie que des recherches ultérieures viendront sans doute affiner.

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Préfoce

Quelle peut être "l'utilité pratique" de ce nouvel apport de connaissances pour des commanditaires cherchant à opérationnaliser ces nouveaux savoirs dans une pratique réformatrice de leurs troupes? Ils y ont en effet trouvé matière à en améliorer le fonctionnement sur le terrain, en acceptant de voir jaugés les points faibles et forts de la Gendarmerie (par exemple, l'accueil téléphonique problématique, la carence des formateurs relais anti-drogue auprès des jeunes, la longueur des délais d'intervention nocturne avec le centre opérationnel Gendarmerie ou le meilleur partenariat des gendarmes avec les policiers municipaux) et de la Police (Ie nombre insuffisant d'officiers de police judiciaire par rapport à la Gendarmerie, les investissements défaillants en matière de sécurité routière, etc.). Mais auprès d'un cercle plus élargi de connaisseurs, on peut aisément imaginer comment les sciences du "management" policier sauront à l'avenir tirer leur parti de ces recherches empiriques, relativement pionnières en leur genre. De même, et plus largement, comment sociologie du travail et sociologie des organisations sauront creuser plus profondément dans le sillon de ces nouveaux labours; enfin, comment les analystes des politiques publiques disposeront d'éléments supplémentaires pour piloter la mise en œuvre d'une indispensable sécurité de proximité. Sans compter les policiers et les gendarmes qui trouveront peutêtre là matière à mieux se connaître et donc à se comprendre. Mais n'allons pas trop solliciter les imaginations opérationnelles ou scientifiques. Laissons plutôt au lecteur le soin d'entrer dans le vif du sujet et de découvrir par luimême un nouveau pan de connaissances de la vie des professionnels de la sécurité publique. Philippe MELCHIOR Directeur de l'IHESI

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Paul MIGNON

POLICE ET GENDARMERIE DANS LES PETITES VILLES

INTRODUCTION L'objet de cette étude est de fournir des éléments d'appréciation sur le service rendu à la population en matière de sécurité publique, dans des petits centres urbains ou périurbains, situés aussi bien en;zone de Police nationale (ZPN) qu'en zone de Gendarmerie nationale (ZGN), à titre de comparaison et compte tenu de la diversité des formes d'organisation et d'action. Pour ce faire, il a été procédé à une enquête de terrain, réalisée au moyen d'une observation directe et d'entretiens semi-directifs. Sur chacun des sites, les investigations ont débuté par un suivi approfondi des différents types d'activité réalisés par les personnels en service, pendant plusieurs jours et nuits: accueil du public, accueil téléphonique, prise de plaintes, auditions et investigations, patrouilles, interventions, réunions internes, etc. Ces observations étaient ensuite suivies d'entretiens réalisés spontanément ou après prise de rendez-vous, tant avec les personnels concernés qu'avec toutes les personnes ressources, acteurs sociaux signalés ou repérés, qui, par leurs responsabilités, leurs fonctions ou leur simple personnalité et expérience, pouvaient être considérés comme susceptibles d'apporter des éléments d'appréciation, d'analyse ou d'évaluation sur la présence et l'action des forces de l'ordre sur les sites d'étude: élus, commerçants, gérants de boîtes de nuit, chefs d'établissements scolaires, présidents d'associations sportives et culturelles, parents d'élèves, patrons de bars, policiers municipaux, journalistes de presse locale, éducateurs de rue, pompiers, particuliers victimes de cambriolage ou d'effraction sur véhicule, fonctionnaires, chefs de gare... Ce sont ainsi plusieurs dizaines de personnes qui ont été écoutées, parfois quelques minutes, parfois plusieurs heures. Tant
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pour les observations que pour les entretiens, une grille d'analyse avait été préalablement constituée, avant d'être affinée, puis simplifiée au fur et à mesure de l'enquête, ainsi que de la classification des informations recueillies, jusqu'à devenir le plan de la présente étude. Les sites ont été choisis dans le sud de la France par commodité géographique, mais aussi pour la cohérence de l'ensemble, par les directions de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale, sur la base de critères définis d'un

commun accord avec l'Institut des Hautes Études de la
Sécurité Intérieure (IHESI), commanditaire de cette recherche. Deux sites ont été choisis en zone Police et deux autres en zone Gendarmerie. Le premier des sites Police est la ville de Limoux, de huit à dix mille habitants, sous-préfecture de l'Aude, excentrée des voies de communication et des centres de forte vitalité démographique du département. Ce site est l'idéal-type des petites villes-centres de pays ruraux, qui perdent au fur et à mesure, et par pans entiers, leur tissu économique traditionnel sans trouver les moyens de se repositionner, et qui sont d'autant plus attachés aux attributs urbains que constituent les services publics présents: tribunal, centre des impôts et, bien sûr, le commissariat de Police. Ce site est doté d'un lycée important et d'un tout aussi important centre hospitalier psychiatrique. Le carnaval, qui s'échelonne durant trois mois, est célèbre et draine de l'animation. Quelques hippies, marginaux et autres exclus hantent le centre ville, cause de problèmes sociaux dus au sentiment d'insécurité relative que cela crée dans la population. Le deuxième des sites Police est la ville de Castelnaudary, environ treize mille habitants, à mi-chemin entre Carcassonne et Toulouse, et bénéficiant ainsi d'une gare SNCF où s'arrêtent les trains circulant entre Bordeaux et Marseille comme entre Paris et Perpignan, ainsi que d'un raccordement autoroutier. Castelnaudary voit sa population augmenter régulièrement et sa zone artisanale et industrielle se développer, notamment dans l'agro-alimentaire. Aux habitants officiellement recensés, il convient d'ajouter près - 12-

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de deux mille légionnaires en caserne. Comme à Limoux, la population est essentiellement autochtone et le contrôle social local traditionnel fonctionne encore très bien. Le premier des sites Gendarmerie est Lattes, commune limitrophe de Montpellier située à proximité immédiate des plages de la Méditerranée (Palavas les Flots). Lattes est une ville dortoir, à l'urbanisation récente et pavillonnaire, totalement dépourvue de centre ancien. La population est peu investie socialement et anonyme. Cette population, qui augmente assez rapidement, est d'environ quatorze mille habitants. La commune voisine de Pérols, qui a les mêmes caractéristiques urbanistiques et sociologiques, bien que ne comptant que huit mille habitants environ, est rattachée à la même brigade. L'intérêt propre que représente cette deuxième commune pour l'étude réside dans le fait que la brigade de Gendarmerie n'est pas sur place, contrairement à tous les autres sites étudiés. Les communes de Lattes et de Pérols sont le siège d'importantes zones d'activités commerciale et artisanale, sur des dizaines d'hectares. Plus d'une dizaine de boites de nuit y sont recensées. Ce secteur est aussi doté de l'aéroport international de Montpellier-Méditerranée, du parc d'expositions de l'agglomération et de plusieurs bretelles de raccordement autoroutier. Le second site Gendarmerie est celui de Lunel, centre urbain autonome de vingt-deux mille habitants, à égale distance entre Nîmes et Montpellier, et lui aussi à proximité immédiate de stations balnéaires du littoral (La Grande Motte). Lunel a la caractéristique, remarquée des délinquants autant que des gendarmes, d'être à la fois en limite de deux départements (Hérault et Gard), mais aussi de deux circonscriptions de cour d'appel, et donc de cadre d'action judiciaire (consignes données par le procureur général, compétence des sections de recherches...). Le centre ville, vétuste, tout comme certains quartiers périphériques d'habitat social sont largement investis par des populations d'origine maghrébine, qui font de ce site, non seulement le plus peuplé, mais aussi celui qui a les caractéristiques urbaines les plus affirmées: centre administratif, commercial, de services, diversité des
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populations, etc. Lunel est dotée d'une gare SNCF où s'arrêtent les trains de grandes lignes entre Paris et Montpellier, et entre Marseille et Bordeaux. L'autoroute passe à proximité immédiate. La brigade territoriale assure ses missions sur l'ensemble du canton de Lunel, soit treize autres communes, pour un total (Lunel compris) de quarante mille habitants. Les problèmes de délinquance, qui se concentrent cependant essentiellement sur Lunel et sa périphérie immédiate, ont considérablement baissé ces dernières années, après un important déploiement d'effectifs de Gendarmerie (les effectifs de la BT ont doublé, les effectifs globaux de Gendarmerie ont quadruplé) pour lutter contre ce que beaucoup qualifiaient, à propos de la ville, de "zones de non-droit". L'histoire récente des forces de l'ordre est originale, à Lunel, puisque jusqu'en 1993, la sécurité était assurée par la police municipale dirigée par deux inspecteurs de Police qui géraient directement les aspects judiciaires. Les deux inspecteurs sont ensuite partis, laissant une importante équipe de police municipale toujours en activité, et ils ont été remplacés par une brigade de Gendarmerie. Deux ans après, face aux besoins, une compagnie de Gendarmerie a été créée, ainsi qu'un peloton de surveillance et d'intervention de la Gendarmerie (PSIG), une brigade de recherches (BR) et une brigade motorisée (BMo). Ce site est donc maintenant pourvu de l'ensemble des moyens ordinaires que peut déployer la Gendarmerie pour assurer ses missions de surveillance générale, d'intervention, d'enquête judiciaire et de police de la route. Sur les zones de Police étudiées, les polices municipales n'ont de police que le nom, leurs effectifs étant extrêmement limités (quatre ou cinq agents) et leurs missions sont celles de gardes champêtres et de surveillance du stationnement. Sur les zones de Gendarmerie où l'enquête a été menée, les effectifs de police municipale sont importants (quatorze à Lattes, vingt-neuf à Lunel), ils sont très bien équipés et assurent une présence permanente. Les zones de Police étudiées présentent une grande similitude de contexte urbain et sociologique (gros bourgs ruraux relativement paisibles) : les deux sites étudiés sont donc
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abordés dans ce rapport sans distinction. Les zones de Gendarmerie qui ont servi de terrain d'enquête sont, par contre, très différentes l'une de l'autre (des cités dortoir et une zone commerciale de première couronne périphérique d'une grande métropole régionale, d'une part ; une petite ville autonome porteuse de. toutes les caractéristiques des problèmes urbains de la France contemporaine, d'autre part) : à chaque fois que cela s'est avéré nécessaire, les descriptions faites précisent le lieu concerné. Les lignes qui suivent ont pour objectif de présenter, dans une démarche de sociologie çompréhensive, ce qu'est la réalité quotidienne, dans les faits comme dans les représentations, des tâches professionnelles des forces de Police et de Gendarmerie, ainsi que la manière dont elles sont perçues par tous leurs interlocuteurs, partenaires officiels ou acteurs sociaux. La présente étude est organisée en deux grands chapitres, le premier consacré à la Police (I.), le second, à la Gendarmerie (II.). Chacun de ces chapitres aborde une série de thèmes similaires (accueil du public, police judiciaire, action auprès des jeunes, etc.) qui sont autant de sujets sur lequel l'attention a été portée. Ces thèmes correspondent aux principales missions confiées aux forces de l'ordre, mais aussi à ce qui est attendu par les acteurs sociaux et la population dans son ensemble. Le choix de cette forme de présentation a été fait pour permettre de mieux resituer l'activité de ces forces dans leur globalité et leur cohérence générale. La seule comparaison thématique générale n'aurait pas été possible, tellement l'organisation, les pratiques et la culture des deux institutions sont différentes. D'autre part, les prestations assurées et la doctrine d'emploi des personnels qui les guident sont aussi étroitement liées au contexte territorial: la comparaison directe est donc souvent relativement hasardeuse. Le fait que cette étude ait été réalisée dans le contexte de préparation d'un plan de redéploiement des forces de l'ordre a encore davantage incité à la prudence dans la réalisation de l'enquête et dans la rédaction de ses conclusions, tellement le climat social était tendu, en - 15-

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particulier dans les commissariats et les mairies concernés. Indépendamment du contexte socio-politique du moment, le rapport au territoire pratiqué par les forces de l'ordre produit ce qui est un des principaux enseignements que cette étude permet de tirer: si chacune des forces de l'ordre a ses forces et ses faiblesses, ce qui fait la réussite ou les lacunes de leur action, telle qu'elle peut être perçue par les acteurs sociaux, dépend surtout de leur proximité avec le territoire dans lequel elles évoluent et dont elles assument la responsabilité pour tout ce qui concerne la quiétude et la sécurité publiques.

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I. LA POLICE: UNE GESTION LOCALE DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE
L'organisation générale du commissariat

La pleine lune rayonne dans le ciel bleu nuit. Le gardien de la paix qui veille derrière le standard téléphonique grommelle dans un bâillement réprimé: "C'est la pleine lune, forcément il y en a qui vont disjoncter cette nuit". La grande fenêtre du hall d'accueil du commissariat est ouverte des deux battants, malgré l'heure avancée de la soirée. L'équipe de nuit a pris le relais depuis 20 heures. En ce début novembre, c'est encore l'été indien dans cette petite ville du sud méditerranéen de la France. Dehors, l'éclairage public qui se reflète sur les façades des bâtiments dégage une atmosphère ocre, tranquille et chaleureuse. Tout est calme: depuis plus d'un quart d'heure, il n'y a pas eu un piéton, pas une voiture qui soit passée devant le commissariat situé en bordure d'une placette, en plein centre ville, entre la Poste et une école maternelle. Au même endroit, dans la journée, c'est la grande affluence, avec les flux de parents d'élèves et d'enfants, aux heures d'entrées et de sorties des classes, avec toute la journée les allers et venues à la Poste, et surtout le vendredi, jour de marché, les rues et places de stationnement encombrées des étals et de la présence vive, sonore et animée de tous les habitants de la ville et de toute la vallée qui viennent faire leurs pr<;?visions t échanger les nouvelles. e A l'intérieur du commissariat, il règne la même sérénité, renforcée encore par le décor au charme désuet des années 50. Un vieux néon disperse péniblement sa lumière blafarde sur une partie de la salle, et notamment sur le - 17-

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comptoir central en formica écaillé où le public est accueilli. Les larges ailes d'un ventilateur ornent le plafond, dont les ombres apportent une sensation encore plus méditerranéenne, presque mexicaine, de voyage hors du temps présent. Au mur, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est en bonne place, au centre de la pièce; elle est solidement encadrée par les arrêtés préfectoraux d'ouverture et de fermeture des périodes de chasse, et par les photographies et signalements d'enfants disparus. Derrière le comptoir, une large vitre laisse apercevoir le local radio. Au-dessus de cette vitre, un tableau de style bande dessinée humoristique représente deux jeunes et joyeux gardiens de la paix, avec en arrière plan un décor représentant une petite ville ensoleillée et parcourue par une rivière ondulante: le paradis perdu de policiers qui se souviennent de leur jeunesse qu'ils ont pourtant passée dans des commissariats de grande banlieue, à compter les jours et les années qui leur permettraient de revenir au pays... Empilées dans un coin, par liasses de feuilles qui correspondent à un mois chacune, ce sont les pages à archiver des "mains courantes" où sont consignés chronologiquement les moindres faits signalés, relevés, constatés chaque jour. Une patrouille s'en va sillonner la ville; du fait des personnels en congé, des repos compensateurs et des congés de maladie, elle n'est composée que de deux gardiens de la paix, tandis que le troisième veille seul au commissariat pour l'accueil du public, la réception des appels téléphoniques, la gestion du fichier national informatique, la surveillance des alarmes et la liaison radio avec la patrouille. Le matin, le rythme de jour s'instaure dès 8 heures: le service des brigades se double d'un autre fonctionnement, au premier étage du commissariat. Ce petit commissariat comprend trois officiers de police judiciaire (un commandant, un capitaine et un lieutenant de Police), un brigadier major, quatre brigadiers, vingt-huit gardiens de la paix et deux policiers auxiliaires. La circonscription de Police ne comprend qu'une seule commune, ville sous-préfecture. Le commandant de Police, plus haut grade des officiers de Police prévu par la réforme - 18-

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de 1995, est Je chef de service et, par là même, de la circonscription de Police. Il assure l'ensemble de la direction des policiers et des activités du commissariat: "11 nous donne les grandes orientations d'action, les lieux, les moments où il faut davantage patrouiller selon les indications que lui ont données la lecture des mains courantes ou autre. Il dit aussi comment il voit, comment ça doit se passer pour la rédaction des procédures... Il intervient sur tout". Sur l'un des sites, il est de plus officier du ministère public, ce qui signifie dans cette ville souspréfecture d'un arrondissement qui comprend trente mille habitants et cent cinquante communes, qu'il siège six ou huit fois par an aux côtés du juge d'instance par délégation du procureur de la République, pour réclamer des peines contre les contrevenants appelés à comparaître. Le commandant de Police est assisté dans cette tâche par une secrétaire du ministère public, qui, avec les deux autres secrétaires du commissariat, constituent le personnel non policier de la "maison". Le capitaine de Police, adjoint au commandant pour la direction du commissariat, est aussi responsable de l'unité d'investigations et de recherches (UIR), où il est secondé par le lieutenant, et à laquelle sont affectés également deux enquêteurs. Ce sont eux qui traitent les affaires qui dépassent la simple plainte pour tapage nocturne. Deux gardiens de la paix sont affectés au traitement judiciaire en temps réel (TJTR), service qui accueille les usagers avec ou sans rendez-vous (auteurs ou victimes), pour les petites affaires ne nécessitant pas plus de trois enregistrements de plaintes ou dépositions. Tous ces services sont situés à l'étage du commissariat, et travaillent essentiellement en civil, tandis que "la tenue", comme certains l'appellent encore, est installée en première ligne, au rez-de-chaussée. L'unité voie publique (UVP) est commandée par un brigadier-major, assisté d'un brigadier. Le chef de l'UVP et son adjoint organisent et gèrent ce service, notamment par la tenue du cahier de service dit "P4" ; ils assurent la prévision et tiennent à jour les registres du personnel, comptabilisent les heures faites par chacun, les congés, les repos compensateurs, les absences syndicales, etc. Ils assurent - 19-

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également la gestion du matériel. D'un point de vue opérationnel, ce sont eux qui donnent les consignes aux brigades pour l'activité à mener (surveillance accentuée de tel secteur à tel moment, par exemple) : "Les patrouilles sont à l'initiative ou dirigées par note, en fonction des faits relevés ou problèmes particuliers signalés,. sinon, elles sont laissées à l'initiative et à l'expérience des gardiens". Le commandant de l'UVP traduit, en fait, très concrètement dans l'organisation du service les consignes descendues de la hiérarchie, qu'il s'agisse du commandant de circonscription ou du directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), qui tiennent compte tous les deux des directives préfectorales et du parquet. Tous ceux qui ont été cités jusqu'à maintenant travaillent, sauf nécessité particulière, aux heures de bureau. L'UVP, mis à part son encadrement administratif, travaille, quant à elle, vingtquatre heures sur vingt-quatre, par rotation d'équipes: une brigade le matin, une brigade l'après-midi et une brigade de repos. Pour la nuit, il n'y a qu'une seule brigade composée de volontaires qui se relaient entre eux. Les policiers auxiliaires sont affectés auprès de l'UVP, et ils effectuent leur service uniquement en journée. Le deuxième commissariat qui a servi de site d'enquête est composé sensiblement de la même manière, d'une part, en ce qui concerne aussi bien le personnel que les locaux, mis à part que le bureau TJTR, qui est amené à recevoir des usagers tout au long de la journée, a l'avantage d'être situé au rez-de-chaussée, ce qui distingue encore davantage l'activité de l'étage de celle du rez-de-chaussée: pour l'un, le quotidien; pour l'autre l'administratif et le judiciaire des crimes et délits. D'autre part, ce deuxième commissariat est d'aspect extérieur comme d'aménagement intérieur beaucoup plus moderne, accueillant et fonctionnel. Une grande baie vitrée permet de voir les visiteurs avant qu'ils n'entrent dans les locaux, la porte d'entrée est commandée par une ouverture électrique à distance, et une vitre de protection surplombe le comptoir d'accueil.

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Les personnels L'âge du personnel des commissariats étudiés est assez avancé, compte tenu de l'âge de la retraite fixé à cinquante-cinq ans. Un brigadier précise même: "La moyenne d'âge est trop élevée. On ne dit plus, j'ai trente ans de carrière. On dit, il me reste deux ans". Un autre, dans un autre commissariat: "Ceux qui ont de l'expérience ne l'exploitent pas, ayant cherché leur mutation pendant vingt ou vingt-cinq ans, ils prennent leur retraite à cinquante-cinq ans, souvent cinquante dès que possible. Les policiers, quand ils arrivent là, ils ont envie de foutre le camp, ils ont passé leur vie professionnelle à se regarder comme la poubelle de la société qui part en déliquescence. On nous reproche tout,' dès qu'on intervient sur la voie publique, on parle de bavures". Le maire, pourtant virulent défenseur du maintien du commissariat menacé par le plan de redéploiement: "Quand ils reviennent, ils n'ont plus suffisamment de capacité physique. Il manque des jeunes policiers. Le taux d'absence pour maladie est trop important. Il faudrait mettre en application ce système de recrutement régional". Un policier, lui même à quelques mois de la retraite, à propos de ses collègues: "Ce sont des vieux qui attendent la retraite, même s'ils sont consciencieux, et qui font un boulot de garde champêtre". Face à cette présentation dévalorisante des caractéristiques physiques et psychologiques du personnel des commissariats, quasi unanimement partagée, au moins pour regretter et dénigrer le système de fonctionnement des mutations pour les gardiens de la paix, il y a aussi tous ceux, presque aussi nombreux, qui trouvent des vertus à la situation présente: "Nos policiers sont adaptés à la situation. Je ne crois pas qu'ils courent tous très vite, mais avec eux on a une Police plus humaine que répressive, plus ouverte, plus accessible", selon un président d'association. Pour ce policier: "Il y a moins l'autorité du bâton, et davantage un homme en tenue qu'on connaît et qui est là pour aider. C'est le côté humain qui est le plus important". Un commandant de Police ajoute: "Quand on arrive, on est un peu surpris, il y a des tenues pas très réglementaires. - 21-

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Mais quand on le dit et qu'on donne l'exemple, il n'y a pas de problèmes. Il y a ici de très bons policiers, et qui sont bien adaptés au travail qu'il y a ici". Un capitaine de Police conclut: "Ici, on a des archives vivantes, sur un fait, ils reconnaissent immédiatement qui en est l'auteur.. ils connaissent tous les délinquants. C'est des centres de documentation vivants.. ils les reconnaissent comme d'autres reconnaissent Strauss ou Mozart dès les premières notes ". Pour ce qui concerne l'entraînement physique et sportif, il est certain qu'il ne s'agit pas là d'une priorité pour la grande majorité des gardiens de la paix rencontrés: "Nous n'avons pas le temps. Je sais qu'à Carcassonne, il y a une salle de sports, mais même ceux de Carcassonne n'y vont pas. Je sais que la salle est plus souvent vide qu'utilisée". Il Ya toutefois une exception notable à ce fait qui est l'entraînement au tir : "Ici nous avons deux moniteurs de tir. Chaque gardien de la paix y va au moins quatre fois par an. On s'y tient". Ces séances sont pour le moniteur l'occasion de rappeler les gestes à faire et ceux à ne pas faire, ainsi que toutes les précautions à prendre dans le maniement des armes, qu'il s'agisse du pistolet que chacun porte en permanence durant le service ou du pistolet mitrailleur utilisé dans des interventions particulières ou lors de contrôles routiers. C'est aussi l'occasion de perfectionner la rapidité et la précision du tir dans des conditions de mobilité, de situations en mouvement censées se rapprocher de la réalité. En observant la vie du commissariat de plus près, et notamment de l'unité de voie publique, et en se référant plus précisément aux besoins effectifs du service, ce n'est pas le supposé manque d'entraînement sportif qui apparaît, mais plutôt la méconnaissance, bougonnante pour le moral et enlisante pour le rythme de l'activité, de l'utilisation de l'outil informatique. Il a même été donné à l'auteur, à plusieurs reprises, d'observer deux gardiens de la paix, côte à côte, les yeux rivés sur l'écran d'un ordinateur, se donner mutuellement des conseils pour renseigner le logiciel de la main courante, pendant qu'un doigt de l'un des policiers, à tour de rôle, tâtonnait sur le clavier... C'est - 22-

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justement sur le maniement de l'outil informatique qu'apparaît le mieux l'apport des policiers auxiliaires au fonctionnement de l'UVP, en insufflant un dynamisme tous azimuts, piaffant d'impatience à aller sur la voie publique, assurant l'accueil; et surtout en instaurant implicitement une sorte de tutorat et de parrainage inversé par la prise en charge de l'assistance informatique au profit de leurs aînés, leurs supérieurs hiérarchiques. L'action incontournable réalisée sur cet aspect central de l'activité de l'UVP assure aux policiers auxiliaires une position renforcée dans leur négociation implicite permanente pour la répartition des tâches et la participation aux activités du service. Cet élément, ajouté au caractère nécessairement moins formaliste d'un petit commissariat où les aspects humains et interindividuels prennent plus facilement le dessus sur la seule organisation fonctionnelle, font que malgré leur niveau hiérarchique, et grâce à la motivation dont ils font preuve autant que par leurs capacités en informatique, les PA rencontrés font plus baisser la moyenne d'âge du commissariat que ne le laisserait croire, d'un point de vue strictement mathématique, leur nombre. Le commandant de Police qui dirige le commissariat est en poste depuis moins d'un an. Son adjoint n'est arrivé depuis guère plus longtemps. Tous les deux sont en provenance de la région parisienne. Le commandant a eu sa mutation dans le cadre de la mobilité qui accompagne une promotion de carrière, tandis que le capitaine est venu ici par choix de vie personnel, au détriment de sa carrière. Tous les deux ont, de l'avis unanime, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du commissariat, fortement redynamisé l'activité. Le commandant de Police gère ce qu'il appelle "le service" en bon père de famille, selon l'expression consacrée et, ici, parfaitement adaptée. Il cherche en permanence, et en s'adaptant d'heure en heure, à mettre en application les directives et orientations que lui transmet la hiérarchie, avec laquelle la liaison est incessante. Le commandant définit l'action de ses hommes en fonction des consignes reçues, mais aussi en les concrétisant de manière adaptée aux caractéristiques particulières tant qualitatives que quantitatives, tel qu'il les perçoit, de la ville, d'une - 23-

Laforce

publique au travail

part, et de ses hommes, d'autre part: Au début, j'ai vu des choses pas très réglementaires. Il a fallu arranger ça. Ça passe bien quand on montre l'exemple". "Moi, ma porte est ouverte, dès qu'un délégué syndical en fait la demande, je le reçois aussitôt". "On est une petite équipe, on est tous ensemble". Tout autant que des consignes et des demandes de compte rendu qui lui parviennent en permanence, le commandant se montre soucieux de l'efficacité de son service qu'il cherche à <¥lléliorer,et de l'image de la Police qu'il tient à affirmer: "A chaque manifestation officielle, je suis là, en uniforme, pour qu'on voie que la Police est là. Il faut qu/on tienne notre rang. Au monument aux morts, à chaque fois, je suis là, aux côtés du sous-préfet et du maire. Chacun son rang, chacun son rôle, mais la Police a le sien, et ilfaut le tenir". "Quandje suis arrivé, le maire avait notre compte rendu d'activité en même temps que le sous-préfet. J'ai arrêté ça. Ici, on est Police nationale, on n'a pas à donner notre compte rendu d'activité au maire. Par contre, s'il y a un problème, on se téléphone ou on se voit aussi souvent que nécessaire". Sur un autre site le maire qui, lui, reçoit le compte rendu d'activité, commente ,: "Tous les jours, j'ai la main courante du commissariat. A sa lecture, on peut se téléphoner avec le commissaire pour échanger sentiments ou renseignements. C'est important de savoir ce qui se passe". L'accueil du public L'accueil physique du public est organisé différemment selon les heures, mais il est toujours et avant tout, pour qui approche le commissariat, sensoriel. La façade est grise d'un crépi de ciment qui n'a toujours pas été coloré. On entre par une lourde porte qui donne sur un petit hall relativement sombre fermé à son extrémité par une porte à commande électrique, et ouvert sur le côté vers la réception. C'est là, derrière le comptoir, que veille vingtquatre heures sur vingt-quatre un gardien de la paix chargé d'accueillir le public, aussi bien physiquement que par téléphone. De nuit, cette personne est seule dans les locaux - 24-

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et assurera l'intégralité de l'accueil des usagers (renseignements, prise de mention en main courante, voire prise de plainte), sauf à appeler la patrouille en renfort, si cette dernière est disponible... Par contre, aux heures de bureau, ce qui se traite à ce niveau est plus restreint: l'usager venu dans le commissariat pour y rechercher un simple renseignement, l'obtiendra ici même; si sa venue nécessite un quelconque autre traitement, il sera dirigé vers différentes destinations selon le moment et la raison de cette venue. Le premier accueil, même s'il n'est plus qu'un moment d'aiguillage dans la jOllI'D;ée, 'en reste pas moins n stratégique pour l'activité du commissariat: c'est ici que se décide l'impression ressentie par l'usager; c'est aussi ici que viennent s'échanger des potins, et où on discute à bâtons rompus avec des habitués ou avec des simples particuliers venus ramener un trousseau de clés, donner un renseignement qui n'est peut être pas anodin, ou encore avec ceux qui viennent se plaindre de l'inactivité, de la mauvaist'( foi des policiers, comme cela arrive de temps en temps. A chaque fois que quelqu'un se présente, le fonctionnaire qui assure l'accueil doit tenter de déceler, surtout si cela n'est pas formulé clairement, la raison véritable, et les implications éventuelles, de la visite de son interlocuteur, avant éventuellement de le diriger vers un bureau, un autre, ou traiter l'affaire ici même. Le commissariat est organisé selon un fonctionnement différent aux heures et jours ouvrables traditionnels, et le reste du temps. Aux heures de bureau traditionnelles, toute personne venue pour le traitement d'une affaire, quelle qu'elle soit, est dirigée vers l'un des bureaux du premier étage où sont installés les fonctionnaires de Police, chacun spécialisé dans un domaine particulier. Du guichet d'accueil, le fonctionnaire chargé de la réception appelle par téléphone interne le collègue en charge du secteur correspondant à la requête de l'interlocuteur: police judiciaire, secrétariat des contraventions, accidents de la route, direction du commissariat, enregistrement des plaintes ou signalement en main courante. Certains usagers se présentent - 25-

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spontanément, d'autres répondent à des convocations qui leur ont été adressées ou des rendez-vous qui ont été fixés entre l'intéressé et le fonctionnaire de Police en charge du dossier. Ces rendez-vous, très habituellement fixés pendant les heures de bureau, peuvent aussi être prévus à d'autres moments: des policiers peuvent ainsi attendre après 18 heures la venue d'un "client" difficilement disponible à un autre moment. L'usager, une fois annoncé, se rend seul à l'étage, dans le bureau qui lui a été indiqué. Cependant, dans le cas où il vient seulement signaler un fait pour une mention de main courante, sans qu'une plainte soit déposée, il est conduit en passant devant le local de garde à vue dans une petite salle voisine, au rez-de-chaussée. La salle contiguë à celle qui fait office de réception est découpée en trois parties: au fond, l'espace de garde à vue séparé par une cloison en épaisse menuiserie vitrée en plexiglas; au centre, un hall de passage où sont installés notamment les panneaux d'affichage syndicaux, mais aussi un téléviseur pour les longues nuits de veille et enfin l'éthylomètre dans lequel viennent souffler tous ceux qui sont suspectés d'avoir abusé de consommation d'alcool avant de prendre le volant; côté façade, seule partie éclairée naturellement, un petit bureau doté d'un ordinateur. C'est là que tout au long de la journée, et surtout en fin de service, la brigade de service tape son rapport d'activité et enregistre les petits et grands événements qui constituent la main courante; c'est là aussi que sont reçus toutes celles et tous ceux qui viennent faire part d'un fait anormal ou inadmissible constaté, ou encore de menaces, insultes, dégradations... dont ils ont été victimes. Par exemple: "Se présente X qui nous signale que Y son voisin de la même rue le harcèle et n'arrête pas de l'insulter. D'autre part, l'accuse aussi du vol d'un pot de fleurs. Fait cette mention à toutes fins utiles et si de tels faits se reproduisent, déposera plainte" ; ou encore: "Se présente M.Z qui nous déclare que le chien de M.W est rentré dans son jardin et a mordu le chat au niveau des lombaires occasionnant des blessures graves. Certificat du vétérinaire V., M.W propriétaire du chien a été avisé ce jour à 9 heures 50 et fera le nécessaire pour un arrangement amiable avec la victime. Déclaration - 26-

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faite à toutes fins utiles", Cela peut être aussi plus sérieux: "Se présente U, domicilié 9 rue de T, qui nous déclare: je fais l'objet depuis plusieurs mois de dégradations répétées sur ma voiture (deux fois pneus crevés) et une fois obstruction du siphon de sortie de l'égout. Ce fait a provoqué un début d'inondation dans mon garage (...)". En dehors des heures ouvrables, c'est également ici que sont prises les plaintes, quel qu'en soit le motif: "On a beaucoup de plaintes malgré tout qui sont prises entre midi et deux, et
le soir, pour tous ceux qui travaillent".

L t accueil téléphonique
Le commissariat est doté de deux numéros d'appel grand public: un numéro classique à dix chiffres et le 17 "Police secours", Ces deux numéros aboutissent à la réception où est assurée la permanence d'accueil, à toute heure du jour ou de la nuit. Il s'agit de deux combinés différents, d'ailleurs tous les deux dédoublés afin de garantir une plus grande souplesse d'utilisation et surtout une plus grande rapidité de réponse. Il paraît cependant surprenant que les combinés ne soient pas équipés de lecteurs d'affichage du numéro de l'appelant qui permet une identification et une localisation immédiate de l'appel. Le jour, un grand nombre d'appels ont trait à des affaires en cours suivies par les policiers, qu'il s'agisse d'enquêtes judiciaires ou de sujets administratifs, et les appels entrant sont donc aiguillés vers les différents services du commissariat. Dès 18 heures, mais plus encore quand passent les 20 heures, la nature des appels change, et tout appel doit trouver sa réponse dès le standard: demande de renseignement, besoin d'intervention... Les appels peuvent être certains soirs extrêmement rares, et dans d'autres cas, alors que rien ne le laissait prévoir de quelque manière que ce soit, ceux-ci sont au contraire plus nombreux, voire incessants, au moins en début de soirée. Il est difficile de faire des statistiques de la qualité ou de la quantité de ces appels, puisque curieusement aucune comptabilité n'est réalisée à ce sujet. Tant d'après les
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