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La tragédie rwandaise

488 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 168
EAN13 : 9782296309777
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La Tragédie Rwandaise

BURUNDI ET RWANDA À L'HARMATTAN derni~res parutions

BEN HAMMOUDA Hakim: Burundi - Histoire économique et politique d'un conflit, 204 p. ERNY Pierre: Rwanda 1994 - Clés pour comprendre le
calvaire d'un peuple, 256 p. GASARABWE Edouard: Parlons Idnyarwanda et Idrundi,

290 p. GUICHAOUA André: Destins paysans et politiques agraires sur les hautes te"es du Burundi et du Rwanda, 240 p.
MARYSSE, HERDT NDA YAMBAJE : Rwanda Appauvrissement et ajustement structurel, cahiers Africains n° 12, Bruxelles, 86 p. MBONItdP A Melchior: Ethnici(é et Démocratie en Afrique -L'homme tribtJ! contre l'homme citoyen? 128 p. MBONIMPA Melchior: HUtU,Tursi, Twa. Pour une sociétl sans castes au Burundi, 110 p.

MAUREL Auguste: Le Congo de la colonisalion belge d l'intUpendance, préfacé par J.-Ph. Peemans, 352 p. NAHIMANA Ferdinand: Le Rwanda Émergence d'un
État, 346 p. NDEGEY A Vénérand: Rlpression au Burundi, journal d'un prisonnier vainqueur, 160 p.

-

NIEMEGEERS Marcel:

Les trois dlfls du Burundi:
224 p.

Dlcolonisation-Dhnocra.tie-Dlchirure,

RUMIYA Jean: Le Rwanda sous mandat belge (1916. 1931), 250 p. Wll..LAME Jean-Claude: Aux sources de /'hlcatombe Rwandaise, cahiers Africains n° 14, Bruxelles, 174p. Etc. de DORLODOT Philippe: Les rijugiés rWandais d Bukavu (Zaïre), préface de R. Minani, postface de F. Reyntjens, 320 p.

Emmanuel NKUNZUMW AMI

La Tragédie

Rwandaise

Historique et Perspectives

Éditions L'Harmattan 5-7, roe de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Emmanuel NKUNZUMW AMI est né au Rwanda où il a vécu les violences et les massacres des années 1960 et 1970. Il a fait ses études au Collège de Gahini et au Collège Officiel de Kigali (COK) au Rwanda. Il est ingénieur, diplômé de Troisième Cycle de Physique et de Management du Groupe HEC en France où il vit depuis vingt ans. Il exerce une profession d'ingénieur~conseil dans le domaine des télécommunications d'entreprises. Il a publié beaucoup d'articles sur la tragédie rwandaise dans divers organes de presse nationaux et internationaux. Il est par ailleurs président de l'association humanitaire SOLIDARITE PICARDIE-RWANDA oeuvre pour l'action sociale et la scolarisation qui des jeunes rescapés des massacres et du génocide au Rwanda.

LE CAMP
@

DES REFUGIES
Mac-orlan80090

RWANDAIS
AMIENS

A BENACO

Photos inédites, propriété de SOLIDARITE
3, rue Pierre

-

PICARDIE-RWANDA 2247 5080

.

@ L'Harmattan, ISBN:

1996 2-7384-3697-8

A la mémoire de ma mère Evaste à qui je dis encore ce dicton rwandais: "akabura ntikaboneke ni nyina w'umuntu". (ce que l'on perd et qu'on ne retrouve jamais, c'est une mère).

A la mémoire de mon frère Manassé qui a été emporté dans les massacres le génocide de 1994.

et

A la mémoire. des habitants du Gisaka, envahisseurs extrémistes rwandais.

victimes des barbaries des

Cet ouvrage est dédié à ma chère et tendre famille au Rwanda,

mes parents, mes frères et soeurs, mes neveux et nièces qui ne m I ont
pas tous revu depuis vingt ans, Il est dédié à ma compagne Anatolie, membre-fondatrice de l'Association Générale des Etudiants Rwandais (AGER) en 1974, militante active contre la dictature militaire au Rwanda, pour la défense des droits et des libertés démocratiques, Il est dédié à ma fille Eglantine qui nourrit toujours son rêve de vivre au Rwanda qu'elle aimerait connaître, à Eugénie et à Moïse qui nous entourent de leur chaleur rwandaise, Il salue la mémoire de toutes celles et tous ceux qui ont combattu au Rwanda et au Burundi pOUf l'instauration des libertés, de la démocratie et de la justice, des victimes connues ou anonymes des luttes pour la construction d'une république démocratique moderne, débarrassée de tous les conflits ethno-régionalistes et obscurantistes du passé, Enfin, il s'adresse à tous les africains pour leur lancer un cri dl alarme contre les luttes tribales, ethniques, régionalistes, les conflits d'intluences et les intégrismes religieux qui ensanglantent notre cher continent et endeuillent des millions de familles.

7

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(1945-1968)

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Préambule
Ce livre s'adresse d'abord aux personnes qui ont découvert le Rwanda à l'occasion de la tragédie d'avril-juillet 1994 sans comprendre les origines d'une telle folie humaine en cette fin du vingtième siècle, et qui voudraient mieux comprendre le Rwanda et les rwandais. Il s'adresse ensui te à tous ceux et à toutes celles qui se posent des questions sur l'histoire récente de ce peuple "barbare", les raisons de la haine et des dernières atrocités, les relations séculaires entre les bahutu et les batutsi, et leur propose d'entrer dans les labyrinthes du pouvoir rwandais tel qu'il a été exercé depuis le onzième siècle jusqu'à nos jours. Qu'ils soient européens, africains, etc., les élèves, les étudiants et leurs enseignants qui étudient l' histoire de l'Afrique contemporaine pourront y puiser des éléments pour nourrir leurs analyses sur le Rwanda. Les étudiants en droit et en sciences politiques pourront confronter leurs connaissances sur la pratique de certains pouvoirs; une abondante documentation est fournie en annexe. Les membres d'organisations humanitaires y découvriront des compléments d'informations sur ce pays. L'ouvrage est conçu comme un outil de rétlexions sur la pratique du pouvoir politique au Rwanda pendant la période de la monarchie, dans les régimes des deux Républiques, dans la transition politique actuelle et esquisse l'avenir de ce pays. Trois parties le composent: la première partie présente l'histoire de la fondation du royaume Rwanda jusqu'à la République. La deuxième partie s'intéresse au cheminement vers le génocide comme aboutissement de la dictature. La troisième partie analyse le Rwanda et propose des actions face à son futur.

9

Notre souci est d'éclairer la pratique du pouvoir politique au Rwanda, depuis la constitution de la monarchie organisée dans ce pays vers le 11ème siècle, de comparer les différents règnes et les différents régimes jusqu'à la République, en partant de l'analyse des événements politiques. Nous plongeons ainsi dans les coulisses des conflits politico-ethniques, assistons à la constitution et au développement des partis politiques, à la naissance et à la mort de la démocratie, à la construction des dictatures à travers les partis-Etat, et
aux origines de la tragédie d'avril

- juillet

1994...

Les rwandais qui aimeraient replonger dans leur passé récent y trouveront des rappels et des commentaires sur la vie politique, économique et sociale de leur pays. Les jeunes, éduqués selon les préceptes et la doctrine de l'ancien parti unique MRND, Y trouveront tout ce qu'ils auraient aimé savoir et comprendre sans oser le demander, car ils ne savaient pas à qui s'adresser qui puisse alors s'exprimer objectivement. Ecrit par un rwandais qui a vécu directement ou indirectement par la famille les événements récents racontés, après vingt ans de séjour en France pour se mettre à l'écart et vivre le Rwanda en observateur critique du régime socio-politique rwandais, cet ouvrage vise à apporter des réflexions et des propositions pour la construction d'un Rwanda moderne, débarrassé de tout esprit d'ethnisme, de régionalisme et de défense d'intérêts partisans. Nous pensons qu'il y a des raisons d'espérer la reconstruction d'un nouveau Rwanda et la réconciliation des rwandais entre eux et avec leur histoire.

10

Qu'est-ce que le Rwanda
Le Rwanda est un petit pays montagneux, situé en Afrique centre-orientale, coincé entre l'Ouganda au nord, le Burundi au sud, le Zaïre à l'Ouest et la Tanzanie à l'Est. Il fait partie des pays de la région des grands lacs du continent africain avec lesquels il a participé, à côté du Zaïre et du Burundi, à la création de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs -la CEPGL- au cours des années 1970. Il est très éloigné des océans Atlantique et Indien, à plus de mille kilomètres, et son accès à la mer dépend des infrastructures de ses voisins. Aussi accède-t-il au port de Mombasa au Kenya à travers l'Ouganda et le Kenya. Il a souvent subi les conséquences des tensions internes à ces pays et, pendant la crise des années 1980, des mésententes entre l'Ouganda et le Kenya. L'accès au port de Dar-es-Salaam en Tanzanie est assuré soit directement par voie routière à travers ce pays dont la tenue des routes est très mauvaise, soit par le Burundi et la Tanzanie avec une partie effectuée par voie ferrée en Tanzanie. Les voies de communications avec les pays voisins sont essentiellement représentées par les routes dont le niveau d'entretien est très disparate, selon le tableau ci-dessous: Pays (en 1990) Rwanda Burundi OU2anda Kenva Zaïre Tanzanie superf. km2 longueur (km) longueur densité rou(km) couverte tes/l00 km2 (des terres) des routes 26.338 13. 173 4,8 , 1.264 3,9 25.949 6.300 1.008 2,6 241. 040 28.332 6.233 582.646 1,4 54.700 8.205 2.345.095 146.500 0,8 17.580 883.749 0,4 82.114 3.450

11

Malgré ses anciennes bonnes relations avec le grand frère Zaïre, le
Rwanda ne recourt que très peu à ses services portuaires de Matadi. L'Union Européenne, notamment la France, la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne, a largement participé au désenc1avement économique de ce petit Etat perdu au coeur du continent africain. Le Rwanda, c'est: Un pays d'une superficie de 26.338 km2, soit la Picardie+le Pas-de-Calais + 3 fois la Ville de Paris. Une population de 7.943.960 habitants, soit 14% de la population Française, qui parlent le Kinyarwanda, fortement christianisés depuis 1900, Francophones et Kiswahiliphones. Une cohabitation de trois groupes socio-ethniques : Bahutu, Batutsi et Batwa, d'importance numérique variable selon les régions; il n'existe ni village, ni ghetto, ni zone circonscrite hutu ou tutsi, ni hétérogénéité culturelle dans le pays. Il est donc totalement insensé, si ce n'est pour faire preuve d'incompréhension à l'égard de ce pays, de parler de peuple hutu ou de peuple tutsi. Le brassage culturel, linguistique et ethnique qui a traversé tout le pays, notamment au sud et à l'est du Rwanda, faisait dire, il y a encore peu, que le problème ethnique était renvoyé aux archives de l'histoire. C'était alors oublier que lors des événements de 1959-1961, les batutsi du nord du pays, rescapés des massacres, étaient reconduits hors des frontières pour être exilés en Ouganda. Ce phénomène a créé artificiellement une région qualifiée de "hutu" alors que les régions du sud et de l'est du pays s'épanouissaient dans un multiethnisme positif. Des extrémistes hutu profitaient sporadiquement de ce déséquilibre de peuplement et des blessures encore ouvertes pour soufner sur la braise des contlits ethniques, en évoquant les travers de la féodalité durant la monarchie, en vue de bloquer toute solution de rapatriement des réfugiés rwandais. Une économie essentiellement agricole (92% de Rwandais sont ruraux), alimentée par l'exportation du café, du thé, des fruits et légumes. Les gisements de cassitérite, de wolfram et d'or se sont évanouis au profit des exploitants belges. Peu après sa création, la société minière du Rwanda et de droit rwandais -la SOMIRWA-, honteusement déficitaire, a été mise en liquidation judiciaire en 1985. Le pays a alors été obligé de se tourner vers d'autres sources

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de survie d'origine agricole, en pleine crise économique mondiale. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, les désordres économiques et politiques provoqués par le dictateur Idi Amin Dada en Ouganda et la destructuration économique du Zaïre, ont trouvé des amortisseurs au Rwanda par le jeu de la contrebande de 1975 à

1985. L'Ouganda ayant repris son souffle avec l'arrivée de Yoweri
Museveni à la tête du pays, le Zaïre étant totalement mis à genoux, la survie économique et politique du Rwanda est étroitement liée à la santé du Burundi, de l'Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. Le Rwanda, c'est aussi le ssème sur les 225 pays du monde par sa population, le 16ème par sa densité de 302 habitants au km2 (ler en Mrique), le 222ème par son taux d'urbanisation, 14()èmepar son Produit National Brut -PNB (La France est 4ème, après les USA, le Japon et l'Allemagne), mais le 206ème par son PNB par habitant (La France est 16 ème), 55% de taux d'alphabétisation des plus de 15 ans (98% pour la France). Il détient le plus fort taux de croissance démographique du monde: plus de 3,5% par an. Le Rwanda cumule tous les obstacles au développement. Il ne devrait que compter sur ses ressources humaines mais les massacres et le
génocide d'avril

-

juillet

1994,

et leurs

prolongements

dans les

massacres pratiqués actuellement dans le pays et l'accélération de la mortalité dans les camps des réfugiés, en auraient amputées plus d'un million d'âmes. Il conserve, cependant, la fierté de présenter la plus forte densité de routes goudronnées en Mrique et le plus fort taux de croissance de la capitale, qui est passée de 7 à 10 mille habitants en 1962 à plus de 500.000 habitants à Kigali au début de 1994, auxquels s'ajoutaient les déplacés des conflits depuis 1990. La répartition géographique de la population rwandaise présente des. disparités dans les préfectures. Il y a des régions qui vivent au bord de l'explosion humaine avec plus de 400 hab/km2 (Ruhengeri, Butare, Gitarama) ; des régions de fort étouffement, comptant de 300 à 400 hab/km2 (Kibuye, Kigali, Gisenyi) ; des zones saturées, peuplées de 2()() à 30() hab/km2 (Gikongoro et Cyangugu en bordure de la forêt naturelle dense de Nyungwe) et des zones équilibrées avec moins de 200 hab/km2, proches du Parc National de la Kagera, le long du Nil-Akagera dans l'Est du pays.

13

Les données générales sont résumées dans le tableau ci-dessous: Données Générales KlBUNGO (sud-est)
BYUMBA

Population 90 655 368 783 350 1156651 766 112 734 697 470747 464 585 515 129 766 839 851 516 7164994

Population 94 726618 868514 1 282401

Superficie (km2) 4134 4987 3251

Densité (Hb/km2) 176 174 394 482 340 395 234 256 464 421 302

(nord-est) (centre-sud)

KIGALI

RUHENGERI (nord) GISENYI (nord-ouest) KIBUYE (ouest) GIKONGORO (sud) CYANGUGU(sud-ouest) BUTARE (sud) GITARAMA (centre) RWANDA

849 403 1 762 814572 515094 2395 2192 521 926 1320 571 133 2226 850 208 1 830 944 091 2241 7943 960 26338

La superficie utile, soit la superficie totale moins les parcs, les forêts et les lacs, est estimée à 18.750 km2. Cela ramène la densité réelle moyenne à 424 habitants au km2. Quant aux cultivateurs, ils représentent 92% de la population sur près de 9.700 km2 de terres cultivables, soit une densité de 753 habitants au km2. Le graphique ci-dessous montre les disparités superficies et les populations dans certaines préfectures: Répartition des populations et des superficies
1 400 000 1 200 000 1 000 000 800 000 600 000 400 000 200000

entre

les

populations

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Mini-guide de lecture de l'ouvrage
Le Rwanda connaît historiquement trois groupes socio-ethniques arrivés à des époques différentes: hutu, tutsi et twa. Il est communément admis que le groupe hutu représente de 85% à 87% de la population, le groupe tutsi de 12% à 14% et le groupe twa 1%. Les rois du Rwanda sont dits: Mwami pour un roi, Rami pour des rois. Les noms dynastiques des rois du Rwanda sont: Gihanga, Kanyarwanda I, Yuhi I à Yuhi V, Ndahiro I et Ndahiro II, Ruganzu I et Ruganzu II, Cyilima I et Cyilima II, Kigeri I à Kigeri V, Mibambwe I à Mibambwe IV, Mutara I à Mutara III suivis du nom propre du roi. Certains ajoutent un autre identifiant spécifique au nom dynastique tel que Gahima I, Sekarongoro I et II, Nsoro I et II, Mutabazi I et II, Gahima I et II. Seuls ceux qui ont marqué les événements politiques majeurs sont présentés dans cet ouvrage. Une succession officielle est arrêtée sous Mutara I Nsoro I Semugeshi (1543 - 1576). Seuls 5 noms dynastiques sont alors maintenus selon la succession: Mutara - Kigeri - Mibambwe - Yuhi Cyilima ; puis Kigeri - Mibambwe - Yuhi. Ensuite on recommence la série: Mutara - Kigeri - etc. Mutara et Cyilima n'apparaissant qu'une fois sur deux dans le motif de succession, soit: .Mutara - Kigeri Mibambwe - Yuhi - Cyilima - Kigeri - Mibambwe - Yuhi..... En Kinyarwanda, un homme tutsi est un mututsi ou encore umututsi, une femme tutsi est dite umututsiko.zi. De même, un homme hutu est un muhutu ou encore umuhutu alors que la femme est dite umuhutukazi ; un twa est dit umutwa et une femme est dite umutwako.zi. Au pluriel, le umu devient aba tel que umuhutu qui devient abahutu au pluriel, umututsi donne abatutsi, umutwa devient abatwa, etc. Nous utilisons indifféremment dans cet ouvrage hutu,

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tutsi, twa pour muhutu, mututsi, mutwa ou pour bahutu, batutsi, batwa. Cependant, le lecteur trouvera souvent hutu, tutsi, twa utilisés comme adjectifs tels que dans les leaders hutu, les monarchistes tutsi, le chef militaire twa, etc. Les préfectures du Rwanda sont: Kigali, Gitarama, Butare, Gikongoro, Cyangugu, Kibuye, Gisenyi, Ruhengeri, Byumba et Kibungo. Pour la prononciation, Butare se lit "Bouta ré" , Kibuye se lit "Quibouillé", Gisenyi se lit "Guisségny", etc. Les noms des personnages de l'histoire politique rwandaise, les noms dynastiques des rois et des symbolismes du pouvoir monarchique, et les noms des lieux rwandais ont été écrits en Kinyarwanda. Nous nous excusons auprès des lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec la prononciation de ces noms rustiques, en leur conseillant de prononcer e comme é, u comme ou,Rwa comme Roua, Mwa comme Moua...

16

CARTE

ADMINISTRATIVE

DU

RWANDA

UGANDA

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BURUNDI

Limite du pays Limite des prffectures

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PREMIERE PARTIE

DE LA FONDATION A LA REPUBLIQUE

I. LE RWANDA SOUS LA MONARCHIE

Plus de 900 ans de monarchie absolue, de féodalité et de' guerres de conquêtes. Le Rwa~da se constitue peu à peu au gré des conquêtes de territoires, tant à l'intérieur de l'espace rwandais actuel qu'à l' extérieur de ses frontières avec le Zaïre à l'ouest et avec l'Ouganda au nord. Le Rwanda s'étend jusqu'à trois fois sa superficie actuelle, issue du découpage colonial de la fin du siècle dernier, sous le règne du roi Kigeri IV Rwabugiri. Il devient ensuite une colonie allemande 18941918, avec le Burundi et le Tanganyika, faisant partie constitutive de la Deutsche Ost Afrika. Il est placé sous la tutelle de la Société des Nations (SDN) et de la Belgique de 1919 à 1945 selon la décision des puissances alliées à l'issue de la première guerre mondiale de 1914 à 1918, lors du Congrès de Versailles du 28 juin 1919. Il reste sous la tutelle belge et de l'ONU, après la deuxième guerre mondiale jusqu'en 1962. La Belgique s'installe alors en vrai colonisateur et impose son système d'administration, pratiqué dans sa colonie du Congo (Zaïre), qu'elle adapte au nouveau territoire colonial baptisé "Ruanda-Urundi". Pendant toute cette période pré-coloniale "(avant 1894) et coloniale (de 1894 à 1962), le régime féodo-monarchique rwandais connaît des guerres de conquêtes et d'invasions, des intrigues de la cour, des exécutions et des oppressions diverses. Nous présentons, dans le tableau suivant, les principaux événements qui ont jalonné l 'histoire de ce pays. Le lecteur se rend compte que le pays "Rwanda" n'est ni une création coloniale, ni une fédération d'ethnies. Une analyse politique des conflits accompagnant la fin de la monarchie, clôt ce chapitre.

21

1.1 La sanglante expansion du royaume rwandais

Le Roi ré2nant

1 Le Roi
Gihanga
(1091 - 1124) le Rwanda actuel est déjà peuplé de ses. bahutu, batutsi et batwa.

0

(Il est probablement mythique et a pris le nom de
Gihanga

Les Principaux Evénements Le roi Gihanga est considéré comme le Fondateur du Royaume Rwanda et de la dynastie de Banyiginya dans le Centre-Est du pays actuel. Il introduit le Tambour, le marteau et un instrument de musique nyamlnnga comme symboles du Pouvoir. Il imprime les guerres de conquête et d'expansion du Royaume "Rwanda". Il convient de constater que différents royaumes existent dans le pays à cette époque, tel qu'il est connu dans son étendue actuelle, dirigés par les monarques bahutu ou batutsi, selon les régions. Le Roi envoie ses fils conquérir les royaumes voisins du Rwanda: Kanyandorwa I Sabugabo hérite du Ndorwa dans le sud de l'Ouganda, Kanyabugesera I Mugondo hérite du Bugesera au sud du Rwanda, Kanyabungo I Ngabo s'empare du Bunyabungo dans l'est du Zaïre, Gashubi fait fortune au Bushubi en Tanzanie. Ces espions, selon la tradition orale rwandaise, faciliteront ultérieurement les réussites dans des conquêtes d'expansion du Rwanda. Ce fils de Gihanga qui hérite du Rwanda reçoit l'ordre de son père d'agrandir le petit royaume. Il l'étend sur le Nduga au sud du Rwanda. Désormais les guerres de conquêtes sont lancées.
Le roi fait face aux royaumes voisins plus puissants du Bugesera et du Gisaka (dans le sudest) couvrant les régions du sud de Kigali actuel à tout l'est du Rwanda. Le roi rwandais est tué par l'armée du puissant royaume du Gisaka sous Kimenyi I Musaya.

=

créateur,
fondateur).

20 Kanyarwanda I Gahima I (1124 - 1157) 80 Ruganzu I Bwimba (1312 - 1345)

22

Le Roi ré nant 90 Cyirima I Rugwe
(1345

- 1378)

110 Mibambwe I Sekarongoro I Mutabazi I (1411

- 1444)

110 Mibambwe I Sekarongoro I Mutabazi I (1411

- 1444)

Les Princi aux Evénements Le nouveau roi se rabat sur de petits royaumes voisins: il conquiert les petits royaumes de Nyamweru, Bwanacyambwe et Buriza tous proches de Kigali actuel. Leurs rois sont tués, les chefs politiques rescapés sont contraints à l'exil et les responsables administratifs sont déposés, remlacés, uis maltraités, torturés sur ordre du roi. A cette époque, le Rwanda est limité au nord par le Bugara, à l'ouest par le Nduga (partiellement conquis), au sud par le puissant Bugesera et à l'est par le Grand Gisaka. Ce dernier se révélera très redoutable contre les appétits expansionnistes du Rwanda. Le Nduga est totalement conquis après une longue période de guerre et son roi Nkuba est tué par les rwandais. Mais à son tour, le Rwanda est attaqué par le Bunyoro (du sud de IlOuganda actuel). Le roi rwandais demande alors les renforts de ses nouvelles terres conquises du Nduga qu'il obtient facilement, mais il reçoit un refus du Bugesera qui laisse le Rwanda à son triste sort, alors que le roi du Gisaka lui propose l'annexion du Rwanda par son royaume. Vaincus par les conquérants, le roi rwandais et son armée se réfugient au Bunyabungo (dans l'est du Zaïre actuel) d'où ils attendent la mort de leur vainqueur Cwa. Au retour d'exil, les rwandais ingrats font exécuter le nouveau roi Mashira du Nduga pour occuper définitivement son royaume avant de récupérer leur pays. Cependant, pendant l'exil du roi rwandais et son armée, le Gisaka avait conquis contre le Bunyoro (occupant du Rwanda) les royaumes (autour de Kigali actuel) de Buganza, Rukaryi et Bwanacyambwe attachés au Rwanda. Ce dernier ne peut désormais que s1étendre vers Ilouest, sur des ro aumes u uissants, à artir du Ndu a.

23

Le Roi régnant 120 Yuhi II Gahima II (1444

- 1477)

Les Principaux Evénements Il étend le royaume du Rwanda à l'ouest vers le lac Kivu. Il s'attaque à la principauté de BudahaBwishaza pour accéder à la côte du lac Kivu en conquérant les petites principautés: Bugamba, Hare, Cyingogo, Bwanamukari, Bushiru et Buhoma, en assujettissant leurs monarques. Ensuite, il rassemble toutes ses armées renforcées pour conquérir le Bugara, le Murera (dans l'actuel Gisenyi- Ruhengeri) et le Mubari de l'actuel Byumba dans le Nord du Rwanda. Il est le plus célèbre des rois de la lignée des Banyiginya au Rwanda. Il mène une guerre contre le Ndorwa (au sud de l'Ouganda actuel), instaure une réorganisation administrative et change le nom du tambour dynastique du Rwoga en Kalinga assisté des tambours subalternes du pouvoir. Il réorganise l'armée, accrue des milices, en 8 compagnies pour conquérir le Bunyabungo (dans le Zaïre actuel), le Bunyambiriri (Gikongoro) et tout le nord-ouest du Rwanda proche des volcans. I Il poursuit la conquête de l'Ouest par le Bufundu et le Busanza dans le Sud-Ouest. Il signe le premier accord de non-agression avec le Burundi au sud et de leurs échanges économiques. La succession des cinq noms dynastiques du Rwanda avec leurs symbolismes est désormais arrêté: Mutara et éyirima sont attachés à la prospérité des vaches, base des échanges socioéconomiques du royaume; Kigeri et Mibambwe sont destinés aux conquérants et Yuhi est réservé au roi du feu chargé de pérenniser la lignée en éliminant les autres prétendants au trône.

140 Ruganzu II Ndori (1510 - 1543)

150 Mutara Semugeshi (1543 - 1576)

24

Le Roi ré nant 16° Kigeri II Nyamuheshera (1576

Les Princi aux Evénements Il étend toujours le Rwanda à l'ouest vers le Busozo et le Bukunzi dans le sud-ouest, près de Bukavu au Zaïre, puis Kamuronsi, Gishali et Tongo dans le Masisi, toujours au Zaïre. Le Ndorwa, longtemps resté en conflits avec le Rwanda, attaque le Gisaka et contraint son roi à se réfugier au Rwanda avec lequel il signe une restitution du Bwanacyambwe conquis du Rwanda sous le règne de Mibambwe I Sekarongoro I Mutabazi I, condition d'alliance pour chasser l'armée de Ndorwa du Gisaka. C'est le premier dialogue entre le Gisaka et le Rwanda. Il s'illustre comme le roi qui a légalisé la peine capitale. Il institue divers échelons des juridictions et introduit le droit dans le royaume. Ce droit n'a pourtant jamais empêché les barbaries et les exécutions sommaires, souvent consécutives à des rè lements de corn tes de familles. Après l'extension du Rwanda vers l'ouest, le royaume tente de s'étendre au nord vers le Ndorwa, à l'est vers le Gisaka et au sud vers le Bugesera et le Burundi. Il ouvre la guerre contre le Ndorwa. Le Gisaka qui avait été victime d' agressions du Ndorwa et du Rwanda, coalise avec le Bugesera et le Burundi contre le Rwanda. Celui-ci ne con uiert finalement ue le Ndorwa. Après l'implantation des rwandais dans le Ndorwa, le Rwanda poursuit les guerres vers l'est et le sud. Une attaque en étau sur le Bugesera, allié du Gisaka, par le Burundi au sud et le Rwanda au nord, se conclut par l'occupation du Bugesera sud par le Burundi et le Bugesera nord par le Rwanda, déterminant ainsi une frontière définitive entre le Rwanda et le Burundi aux lacs Cyohoha et Rweru. Cette frontière a été maintenue et res ctée' u u' au' ourd' hui.

- 1609)

17° Mibambwe II Sekarongoro II Gisanura (1609

- 1642)

19° Cyirima II Rujugira (1675

- 1708)

21 ° Mibambwe III Mutabazi II Sentabyo (1741

- 1746)

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Le Roi régnant 210 Mibambwe III Mutabazi II Sentabyo (1741

- 1746)

220 Yuhi IV Gahindiro (1746 - 18(2)

Les Principaux Evénements Le roi du Bugesera et sa suite s'installent au Gisaka. Pour venger son allié, le roi du Gisaka offre une étoffe empoisonnée au jeune roi du Rwanda qui meurt avec son frère et son fils unique. La reine-mère se suicide. Le deuil national dure alors quatre mois, conformément à la tradition rwandaise. Le bébé héritier, né d'une femme rencontrée pendant les sessions de chasse du roi, à peine intronisé, le frère du roi quitte le Gisaka pour revendiquer le trône par les armes. L'on sacrifie une autre femme et un autre bébé pour exorciser les malheurs de la cour. Le prétendant, vaincu, avec son armée, est noyé dans le puits de Bayanga dans la province du Bugesera. Son arrestation est due à son échanson qui le ramène à la cour lors de la fuite vers le Gisaka , l'échanson est ensuite exécuté, à son tour, par le bourreau au service et sur ordre de la reine-mère pour trahison. Après la mort du roi et quatre mois de deuil national, le Rwanda connaît une grande famine. Eprouvé et affaibli, il signe alors un pacte de non agression avec les royaumes du Karagwe, du Bushubi et du Bujinja dans l'ouest de la Tanzanie actuelle. Le Rwanda est l'objet d'une attaque surprise du Burundi pendant la nuit, et la capitale rwandaise est incendiée. L'armée burundaise est ensuite décimée par les guerriers de l'armée rwandaise en colère: le pacte de non-agression est rompu. Cette armée irritée tente d'attaquer le Gisaka, allié du Bugesera déjà partagé entre le Rwanda et le Burundi, par rétorsion et incendie la province du Gihunya, proche du Buganza et frontalière avec le Rwanda. Cependant, le royaume du Gisaka résiste à la conquête du Rwanda.

230 Mutara Rwogera (1802 - 1853)

II

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Le Roi ré~nant 240 Kigeri IV Sezisoni dit "Rwabugiri" (1853 -1895) (Guerres de conquêtes non interrompues de 1863 à la mort du roi pendant l'expédition en 1895)

Les Principaux Evénements Intronisé dans la précipitation en quatre jours après la mort de son père, contrairement à la coutume du deuil national de quatre mois, il usurpe le trône de l' héritier, Nyamwesa, désigné par Nkoronko, le frère du roi Rwogera et ministre de la succession à la cour. Il est intronisé très jeune (autour de l'âge de 10 ans). Les intrigues, les complots et les massacres ravagent la cour, soumise à nouveau à la régence. Le roi inaugure les tournées des fêtes des prémices dans tout le royaume, -changeant de localité chaque année-, qui se déroulent près des quartiers généraux pour conquérir de nouvelles terres ou au retour des guerres de conquêtes. Le roi Rwabugiri et son armée sont considérés comme les guerriers qui ont le plus agrandi le royaume du Rwanda. * Expédition meurtrière contre le Ndorwa au sud de l'Ouganda (Ie royaume qui s'étend du nord du Rwanda au lac Edouard). * Expédition-répression contre la révolte des rebelles de Rwesero, près de Kigali; ceux-ci sont affreusement massacrés. Les rescapés sont brûlés dans l'incendie à la résidence même du chef des rebelles, Rugereka. * Première conquête du royaume de l'Île Ijwi, dans le lac Kivu au Zaïre, sous le commandement de la reine-mère. La victoire est obtenue avec le massacre d'un petit roi local, Ntsibura, sacrifié à la place du roi conquis, en raison de son appartenance à la famille ayant attaqué le Rwanda auparavant et tué son roi
Ndahiro II Cyamatare (1477

- 1510).

* Les intrigues à la cour royale emportent, en outre, un chef militaire, Seruteganya, qui périt dans le feu avec sa famille.

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Le Roi réenant 240 Kigeri IV Sezisoni dit "Rwabugiri" (1853

Les Principaux Evénements Quant à la reine-mère, elle est exilée du palais par son fils qui la croit enceinte; elle est ensuite exécutée, pour déshonneur à la couronne, par un des gardes avant l'incendie de sa résidence. * En 1867-1868, le roi envoie une nuée de guerriers contre l'insurrection du Ndorwa sous domination rwandaise. Ils commettent des tueries, d' horribles massacres, des razzias et des destructions. * En 1873, le roi condamne à mort et exécute l'un de ses grands chefs militaires, Rwampembwe. Toute sa famille et la cour de sa mère se suicident dans un énorme incendie en signe de protestation. * En 1874, le roi dissout l'armée de son oncle, le prince Nkoronko qui s'était opposé à son intronisation. Arrêté, il est massacré avec sa famille pour venger la disparition de la reine-mère et sa cour que le roi avait lui-même fait exécuter. * En 1878-1879, le roI organise une 2ème expédition contre l' lIe Ijwi et une soumission de tout le sud de l'Ouganda. L'expansion du Rwanda prend de plus en plus les formes définitives avant l'arrivée des colons. * En 1879, Une expédition vers le Bunyabungo au Zaïre se solde par l'extermination des combattants de l'armée rwandaise par les Bashi. * En 1888, le Rwanda stabilise ses relations avec le Burundi en signant une décision solennelle de non agression mutuelle. Leurs frontières communes sont définitivement reconnues. * En 1889, Kigeri IV Rwabugiri désigne son fils Rutarindwa, déjà orphelin de mère, comme son successeur sous le nom dynastique de Mibambwe IV. Il lui choisit une reine-mère adoptive parmi ses femmes, Kanjogera, qui a déjà un autre fils intronisable, Musinga.

- 1895)

(Guerres de conquêtes ininterrompues de 1863 à la mort du roi pendant l'expédition en 1895) (suite)

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Le Roi ré~nant 240 Kigeri IV Sezisoni dit "Rwabugiri" (1853

Les Principaux Evénements Il déclenche ainsi une bombe à retardement dans la cour royale, dont les effets dévastateurs apparaissent en décembre 1896. * En 1893-1894, le Rwanda conquiert définitivement le Bunyabungo, stabilise ses frontières au nord et au sud-ouest. Il entre dans une nouvelle ère d'échanges commerciaux avec le Bushubi et le Bujinja en Tanzanie par lesquels transitaient les produits manufacturés venant d'Europe et d'Asie. Le royaume du Gisaka, toujours autonome et prospère, contrôle les passages entre les royaumes du Tanganyika, déjà occupés par les allemands, et le Rwanda.

- 1895)

(Dès 1892, le Rwanda se met en contact avec les européens entrant par le sud du pays et dirigés par le Dr Baumann).

1.2 La Colonisation, l'Eglise et la Monarchie
Le Roi ré nant 240 Kigeri IV Sezisoni dit "Rwabugiri" (1853 Les Princi aux Evénements * En 1894, le comte allemand Von Gotzen, accompagné de 362 personnes dont 127 soldats, franchit la rivière Rusumo, traverse le Gisaka et rencontre, pour la première fois, le roi Rwabugiri à la Cour. Il lui interdit formellement de massacrer les habitants. Ces échanges discourtois pour le roi rwandais se règlent par la fourniture d'armes à feu dont la cour rwandaise se servira à loisir. C'est le début de la colonisation et de la soumission du Rwanda par les allemands. * Le roi et son armée poursuivent leurs expéditions de stabilisation du royaume au Bunyabungo lorsque les guerriers du royaume de Nkole en Ouganda attaquent le Rwanda pour dérober les vaches inyambo dont seul le Rwanda )ssède l'es' ce dans la ré ion.

- 1895)

(Dès 1892, le Rwanda se met en contact avec les européens entrant par le sud du pays et dirigés par le Dr Baumann). (suite)

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Le Roi régnant 240 Kigeri IV Sezisoni dit "Rwabugiri"

Les Principaux Evénements Ils pillent, incendient les maisons des habitants et la résidence royale. L'armée rwandaise est dépêchée tardivement sur les lieux pour chasser les pillards. * En 1895, après le retour du roi à la cour, celui-ci apprend que le Bushi, dans l'lIe Ibinja, s'est révolté. Il accompagne alors son armée pour réprimer la rébellion. Gravement malade sur l' lIe, il meurt en barque pendant que le courtisan intronisateur le ramène au Rwanda intérieur. Ses huit piroguiers du Bushi, réquisitionnés pour la circonstance, sont massacrés au débarquement du corps à Nyamasheke (dans la préfecture de Cyangugu) pour qu'ils ne racontent pas les derniers jours de l'a20nie du roi à laquelle ils venaient d'assister. Dès son intronisation au nom de Mibambwe IV Rutarindwa, désigné par son père Kigeri IV Rwabugiri comme son successeur, deux camps opposés se forment à la cour. Les détenteurs du code ésotérique des successions au trône dénient à Rutarindwa le droit d' y accéder, sur l' instigation de la reine-mère adoptive. Ils détournent une partie de l'armée au profit de son demifrère, Musinga. Les intrigues à la cour royale de Rucunshu, les affrontements entre les deux armées, les complots et les massacres deviennent alors fréquents. Deux cours royales évoluent côte à côte, comme s'il y avait déjà simultanément deux rois dans le pays. Rutarindwa devient, de fait, un roi sans reinemère puisque la reine-mère désignée, Kanjogera, et son puissant frère Kabare préparent déjà l'intronisation du t>etitdemi-frère Musinga.

(1853 - 1895) (Dès 1892, le Rwanda se met en contact avec les européens entrant par le sud du pays et dirigés par le Dr Baumann) . (fin) 250 Mibambwe IV Rutarindwa (septembre 1895 - décembre 1896) (Le roi est détrôné par son rival à la suite d'un coup d'Etat dit de "Rucunshu ").

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Le Roi régnant 250 Mibambwe IV Rutarindwa (septembre 1895 - décembre 1896) (ce roi est ignoré par la succession des dynasties, et son règne le plus court de la monarchie Rwandaise) . 260 Yuhi V Musinga (1897 - 1931) (L 'héritier du coup d'Etat de Rucunshu et le protégé des allemands) .

Les Principaux Evénements Profitant d'un désordre inopiné à la cour et des mouvements des troupes du roi Rutarindwa dans l'enclos royal, les guerriers partisans de Musinga attaquent ceux du roi. Très habile et rusé, le chef militaire Kabare, oncle de Musinga, son protecteur et son partisan inconditionnel, parvient à détourner les défenseurs de la couronne contre la résidence royale de Rutarindwa. Le roi, sa cour et quelques rescapés des affrontements armés périssent dans l'incendie de la résidence royale de Rucunshu. D'autres survivants partisans du roi Rutarindwa sont sauvagement massacrés. Dès la prise du pouvoir par le très jeune Yuhi V Musinga, sous la protection rapprochée de sa mère Kanjogera et de son oncle Kabare, un conflit de pouvoir durcit à la cour. En effet, Musinga est fils unique alors que Mibambwe IV Rutarindwa compte encore quelques frères capables de le venger et de lui succéder en éliminant le nouvel usurpateur du trône. Deux clans à la cour s'opposent désormais pour le contrôle du pouvoir dans le pays les Banyiginya descendant de la lignée du roi Kigeri IV Rwabugiri dont Rutarindwa, ses frères et Musinga lui-même s'inscrivent dans la tradition de la monarchie, les Bega représentés par la reine-mère Kanjogera et son puissant frère Kabare revendiquent la régence et l'autorité sur le royaume. Pour 1t assurer et se faire respecter, la reine-mère fait exécuter beaucoup de notables de différentes régions du Buriza, Bwanacyambwe, etc. Elle devient ainsi le véritable pilier de la monarchie et s'emploie à éliminer progressivement tous les prétendants au trône.

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Le Roi réJ?;nant 26° Yuhi V Musinga (1897 - 1931) (L 'héritier du coup d'Etat de Rucunshu et le protégé des allemands).

Les Principaux Evénements En février 1900, Mgr Hirth, responsable catholique de la région englobant le Rwanda pour les Allemands, les Pères Blancs Brard et Barthélémy et le Frère Anselme, sont reçus à la cour du roi à Nyanza à leur tour, six ans après le passage du comte Von Gotzen. Le Prince Mpamarugamba, au nom du roi Musinga, leur

concède un terrain pour s I installer au Rwanda;
c'est à Save, à 25 km au sud de la cour royale, qu'ils choisissent de résider et fonder leur première mission catholique au Rwanda. Ainsi démarre la christianisation du pays. En 1907, le Dr Kandt, colon allemand construit sa Résidence coloniale à Kigali pour y transférer les services administratifs du Rwanda-Burundi, concentrés à Bujumbura. C'est à cette même époque que les allemands et l'Eglise Catholique ouvrent, le 9 août 1907, près de la cour royale de Nyanza, l'Ecole des Fils de Chefs, .par le duc de Mercklembourg. Le but est de propager la foi catholique et, plus tard, de former des soldats rwandais et burundais intégrés, pour la première guerre mondiale, dans les troupes allemandes. Le 8 février 1910, les négociations à Bruxelles entre les allemands, qui occupent déjà le Gisaka à l'Est et le Tanganyika (la Tanzanie continentale), les anglais au nord du Rwanda, dans le territoire dit de Stanley en Ouganda et les belges, présents depuis des décennies au Congo (Ie Zaïre actuel) aboutissent au démembrement du Rwanda. Celui-ci perd le tiers de son territoire, durement conquis et stabilisé par le roi Kigeri IV Rwabugiri, mort quelques quinze ans auparavant. Le Rwanda perd ainsi les provinces de l' lIe Ijwi, du Bwishya, du Gishali et du Bufumbira au profit du ConJ?;oBelJ?;eet de l'OuJ?;anda.

(Dès 1900, le Rwanda est progressivement christianisé et connaît la compétition des Eglises Catholique et Protestantes).

(Converti au protestantisme, il est détrôné et exilé, victime de la .coalition entre la Belgique et l'Eglise Catholique) .

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Le Roi ré,gnant 26° Yuhi V Musinga (1897 - 1931) (L 'héritier du ,coup d'Etat de Rucunshu et le protégé des allemands). (Dès 1900, le Rwanda est progressivement christianisé et connaît la compétition des Eglises Catholique et Protestantes) .

Les Principaux Evénements Le pays est désormais divisé en trois parties, à l'insu total du roi rwandais et de sa Cour: l'ouest est rattaché au Congo Belge, le nord revient à l'Angleterre et l'Allemagne récupère la troisième part frontalière du Gisaka. Ce partage est agréé par la Commission Intercoloniale. En 1912, le allemands, désormais maîtres du Rwanda et qUI se sont mis au service de la monarchie, coalisent avec l'armée royale pour massacrer les insurgés à travers tout le pays. Les populations civiles sont ainsi sauvagement massacrées quand elles ne reconnaissent pas leur roi. Un célèbre chef militaire rebelle. du groupe socio-ethnique des batwa, Basebya, qui constituait encore le dernier rempart de résistance contre la légitimité contestée du rOI Yuhi V Musinga, est massacré avec ses guerriers par les troupes de Rwubusisi, armées et entraînées par les allemands pour anéantir toute opposition au roi et protéger le trône menacé de l'intérieur. Les chefs militaires allemands fournissent toujours les armes à feu, continuent d'entraîner les guerriers rwandais et obtiennent la confiance du roI en lui présentant leur soumission et des cadeaux de divers produits manufacturés venus d'Europe et d'Asie. La cour rwandaise est déjà conquise; les allemands l'entretiennent. Par ailleurs, dès 1909, 1"'Ecole des Fils de Chefs" de Nyanza, chargée théoriquement d'alphabétiser les enfants des hauts dignitaires de la monarchie, se transforme progressivement en une école de formation militaire en préparation des futurs combattants de la première guerre mondiale. Le fonctionnaire allemand Bauwer, arrivant de Bukoba, dans l'ouest de Tanganyika et à l'est du Gisaka, venait d'effectuer sa visite

(Converti au protestantisme, il est détrôné et exilé, victime de la coalition entre la Belgique et l'Eglise Catholique) .

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Le Roi ré~nant 26° Yuhi V Musinga (1897 - 1931) (L 'héritier du coup d'Etat de Rucunshu et le protégé des allemands). (Dès 1900, le Rwanda est progressivement christianisé et connaît la compétition des Eglises Catholique et
Protestantes)

Les Principaux Evénements

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de réorientation de l'administration rwandaise pour l' homogénéiser avec la politique générale de l'ensemble colonial allemand de la Deutsche Ost Afrika, réservoir économique, mImer et militaire de l'empire germanique. Les allemands impliquent ainsi le Rwanda, sans que le roi ne le sache ou ne sien rende compte, dans le premier conflit mondial de 1914-1918. C'est également ainsi que l'armée rwandaise est amenée à combattre les habitants de sa propre province du Bunyabungo, à l'ouest, occupée par les belges depuis le partage de 1910. Le 21 avril 1916, les troupes belgo-congolaises de la force publique envahissent le Rwanda par l'ouest; le 6 mai, le 3ème régiment du colonel Molitor entre déjà à Kigali. Les allemands apprennent au roi que la guerre se déroule sur son territoire par l'intermédiaire de la brigade du commandant Müller, qui se présente à la cour royale de Nyanza le 19 mai 1916. Et quand le roi ordonne l'arrêt des combats et la soumission de l'armée allemande sur son prétendu territoire, la guerre est déjà terminée dans la région depuis le 6 juin 1916, et le général Tombeur, Commandant du corps expéditionnaire belgocongolais, s'est installé à la résidence coloniale allemande de Kigali. Le 28 mai 1919, l'accord entre les anglais et les belges, les seules puissances coloniales restées dans la région après le retrait forcé de l' Allemagne, se conclut par l'attribution à l'Angleterre tout l'est du Rwanda comprenant le Gisaka, le Buganza, le Mutara et le Ndorwa, soit un peu plus de 5000 km2, le cinquième du Rwanda actuel. En janvier 1922, un accord entre les bel~es et les an~lais détermine la nouvelle

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(Converti au protestantisme, il est détrôné et exilé, victime de la coalition entre la Belgique et l'Eglise Catholique) .

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Le Roi ré~nant 26° Yuhi V Musinga (1897

Les Principaux Evénements frontière entre les royaumes du Rwanda et du Gisaka, et ordonne l'évacuation du Gisaka par les troupes belges qui .se retirent le 23 mars 1922. Le Gisaka reste rattaché au Tanganyika. C'est au 31 août 1923 que cet accord est annulé à la suite de la demande insistante de la Commission des Tutelles de la Société des Nations (SDN), -qui venait d'attribuer à la Belgique le mandat de tutelle sur le Rwanda et le Burundi depuis le 20 juillet 1922- et que ce royaume du Gisaka devient partie intégrante du Rwanda. Les britanniques sont alors contraints d'évacuer le Gisaka pour le 31 décembre 1923 et de se soumettre au nouveau protocole de Kigoma (en Tanganyika) déterminant la nouvelle frontière entre les territoires sous mandat belge et ceux placés sous mandat britannique, le long de la rivière Akagera, dans l'est du nouveau Rwanda. Cependant, la Belgique attend jusqu'au 20 octobre 1924 pour prendre possession de ce nouveau pays et du Burundi après le vote, au parlement, du mandat de tutelle accordé par la Société des Nations. La SDN distribue ainsi toutes les anciennes possessions allemandes aux alliés vainqueurs de la première guerre mondiale; c'est ainsi que le Cameroun est partagé entre la France et l'Angleterre, le Togo revient à la France alors que le Tanganyika, qui venait de lier son sort avec le Rwanda, le Gisaka, le Burundi et les royaumes limitrophes sous le drapeau allemand, devient une terre britannique. C'est également ainsi que le puissant royaume du Gisaka, longtemps convoité par le Rwanda, devient, avec ses provinces nord du Buganza et du Mutara, et avec le Mubari, partie du Rwanda étendu. Cette

- 1931)

(L 'héritier du coup d'Etat de Rucunshu et le protégé des allemands). (Dès 1900, le Rwanda est progressivement christianisé et connaît la compétition des Eglises Catholique et Protestantes) .

(Converti au protestantisme, il est détrôné et exilé, victime de la coalition entre la Belgique et
, l'Eglise

Catholique)

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Le Roi ré~nant 26° Yuhi V Musinga (1897

- 1931)

(L 'héritier du coup d'Etat de Rucunshu et le protégé des allemands). (Dès 1900, le Rwanda est progressivement christianisé et connaît la compétition des Eglises Catholique et Protestantes) .

Les Principaux Evénements nouvelle configuration s'achève par l'adoption de la loi belge, dite "loi fondamentale du Ruanda-Urundi", du 21 août 1925 unissant le Rwanda et le Burundi à la colonie belge du Congo et créant un vice-gouvernement général dédié à cette nouvelle entité. Cette loi est honorée par la visite historique du 14 au 19 septembre 1925 au Rwanda par le prince Léopold de Belgique, héritier du trône belge et délégué par son père, le roi Albert 1er, pour rencontrer son homologue rwandais. Les deux hommes se rencontrent donc à Nyabitare dans le Marangara. Le prince conclut des accords avec l' hiérarchie catholique à son siège à Kabgayi au Rwanda pour l'administration du royaume, mais il ne rencontre pas les représentants des Eglises Protestantes et Adventiste. C'est en cette même année que l'enseignement libre (catholique) subsidié par l'Etat est introduit dans le pays. En 1925, l'Eglise Catholique s'est donc largement répandue au Rwanda. Les différentes Eglises Protestantes et l'Eglise Adventiste du 7ème jour se sont également installées en divers sites du pays. Le roi Musinga, qui ne reconnaissait qu'une seule autorité divine Ryangombe audessus de lui, entend invoquer des autorités concurrentes à travers l' Evêque ou le Pape par les fidèles de l'Eglise Catholique. Pour marquer son opposition à cette concurrence, il ouvre son palais aux prédications publiques du Pasteur Meunier de l'Eglise Adventiste du 7ème jour de Gitwe, à 15 km au nord de la Cour de Nyanza. Parallèlement, il fait exécuter la nuit, par ses hommes de main, tous les catéchumènes de la Cour fidèles à l'Eglise Catholique. Les corps des victimes sont ensuite jetés dans le marais proche du palais, à l'insu total du Pasteur Meunier.

(Converti au protestantisme, il est détrôné et exilé, victime de la coalition entre la Belgique et l'Eglise Catholique) .

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Le Roi rélmant 26° Yuhi V Musinga (1897 - 1931) (L 'héritier du coup d'Etat de Rucunshu et le protégé des allemands). (Dès 1900, le Rwanda est progressivement christianisé et connaît la compétition des Eglises Catholique et Protestantes).

Les Principaux Evénements Les protestants sont désormais à la cour de Nyanza, les catholiques à la paroisse de Save à 25 km au sud. La compétition entre les Eglises est lancée. Toutes les premières Eglises chrétiennes arrivées au Rwanda établissent leurs états-majors près de la cour les catholiques à Save et à Kabgayi (35 km au nord), les anglicans à Shyogwe (30 km au nord-est) et toujours les adventistes du 7ème jour à Gitwe. De l'évangélisation de départ, les responsables passent à l'offensive par la christianisation des masses de jeunes pour préparer chacun son armée de fidèles. La compétition se généralise aussitôt dans tout le pays. Le père Classe, ordonné Evêque du Rwanda et successeur de Mgr Hirth, organise même une grande fête, le 19 avril 1925, pour le jubilé des 25 ans de l'Eglise Catholique au Rwanda en même temps que ses 25 ans de sacerdoce , l'Eglise devient ainsi plus forte et plus populaire que la couronne dans le royaume. Mgr Classe conçoit alors un plan de riposte contre les protestants, devenus une nouvelle référence de la Foi chrétienne au Rwanda, et contre le roi Musinga, par des manifestations des jeunes élèves de "l'Ecole des Fils de Chefs", ancienne invention de l'Eglise Catholique avec les allemands. Des catéchumènes forment,. à travers ce plan, une véritable armée contre la Cour royale et contre les prédications du Pasteur Meunier. La situation politique à la Cour se complique singulièrement ainsi: au clan des Banyiginya, représenté par le rOI Musinga, une partie de la Cour et les descendants des Banyiginya (héritiers naturels du trône et de la monarchie), s'opposent désormais

(Converti au protestantisme, il est détrôné et exilé, victime de la coalition entre .la Belgique et l'Eglise Catholique) .

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Le Roi réJ!;nant

26° Yuhi V Musinga (1897 - 1931) (L 'héritier du coup d'Etat de Rucunshu et le protégé des allemands). (Dès 1900, le Rwanda est progressivement christianisé et connaît la compétition des Eglises Catholique et Protestantes) .

(Converti au protestantisme, il est détrôné et exilé, victime de la coalition entre la Belgique et l'Eglise Catholique) .

Les Principaux Evénements le clan des Bega représenté par la reine-mère Kanjogera, les partisans de son frère Kabare, mort en 1911, les descendants des Bega ainsi que la nouvelle force d'opposition formée par la hiérarchie de l'Eglise Catholique et son armée de catéchumènes. Les deux premières forces sont limitées en nombre de partisans, alors que la force de l'Eglise est extensible. A cette fin et pour contrer tout accroissement de l'influence protestante à la Cour au profit du roi, l'Eglise Catholique passe directement à l'offensive par la généralisation de la christianisation de masse et l'extrême fanatisation de ses troupes de fidèles. L'autorité de tutelle belge, représentée par le Parti Démocrate-Chrétien, ne pouvait s'opposer à cette initiative de l'Eglise Catholique au Rwanda, à travers son instigateur, Mgr Classe. Sur ce problème également, la puissance coloniale belge et la hiérarchie de l'Eglise Catholique travaillent en parfaite connivence. A la fin d'octobre 1931, Mgr Dellepiane, délégué apostolique catholique, visite le Rwanda. Il rencontre le vice-gouverneur Charles Voisin et les deux hommes conviennent de la déchéance du trône de Yuhi V Musinga. Le 12 novembre 1931, le roi Musinga reçoit la signification de sa déchéance du vice-gouverneur Voisin, représentant la Belgique. Il est contraint de s'exiler, deux jours plus tard, avec sa mère et ses femmes, à Kamembe dans l'ouest du Rwanda près de son ancienne province du Bunyabungo que la Belgique et la SDN avaient attribuée au Congo Belge sous son propre règne, vingt ans auparavant. C'est un véritable bras d'honneur des belges' Désormais, plus rien ne sera comme avant dans ce minuscule royaume.

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1.3 Les coalitions et la chute de la monarchie
Le Roi réJ?;nant 27° Mutara III Charles Léon Pierre Rudahigwa (1931 Les Principaux Evénements Le Rwanda devient désormais une véritable colonie de la Belgique et de l'Eglise Catholique qui décident d'ignorer la tutelle de la Société des Nations. Les premiers échecs de la SDN se manifestent clairement. Elle n'a ni l'autorité, ni les moyens sur la colonie. La Belgique et l'Eglise décident seules, administrent le Rwanda et les rwandais. La conversion devient une condition pour les habitants d'accéder aux responsabilités dans leur propre royaume et dans l'Eglise. Le 16 novembre 1931, alors que son père Yuhi V Musinga est encore en route vers l'exil forcé, Charles Rudahigwa est intronisé directement par l'Eglise Catholique et le Vice-Gouverneur belge du Rwanda-Burundi, Charles Voisin, en dehors du cérémonial et des rites traditionnels rwandais. Il est le premier roi investi solennellement par la coalition belgo-catholique au Rwanda. D'après la chronologie officielle des rois, il aurait dû prendre le nom dynastique de Cyirima III comme son père Yuhi V Musinga avait succédé à Mibambwe IV Rutarindwa, selon le code ésotérique, même si celui-ci n'avait régné qu'un an. Par ailleurs, el' Eglise et l'autorité belge écartent la reine-mère de la cour où elle n'a plus de pouvoir; elle n'est plus que symbolique. La tradition est ainsi rompue par le nouvel occupant européen. L'Eglise et les représentants du pouvoir belge sont les seuls véritables maîtres du pays. Les responsabilités de la Société des Nations (SDN) sont noyées dans l'incompétence de ses représentants et par les moyens de contrôle très limités de cette orJ?;anisation.

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- 1959)

(le produit de la Belgique et de l'Eglise Catholique au Rwanda). (C'est le seul roi qui règne en même temps que son père. Il assure la transition entre l'intronisation ésotérique selon la couturne rwandaise et l'occupation du trône avec l'appui de la pUlssance tutélaire belge et de l'Eglise Catholique au Rwanda) .

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Le Roi ré~nant 27° Mutara III Charles Léon Pierre Rudahigwa (1931 - 1959)

Les Principaux Evénements Les Belges le savent très bien et jouent contre. C'est l'Evêque, Mgr Classe lui-même, qui choisit le nom dynastique de Mutara III. Le Vice-Gouverneur Voisin lui suggère son prénom de Charles. L roi est lui-même catéchumène, ancien élève de l'Ecole des Fils de Chefs et ancien secrétaire de son père Musinga à la cour royale. L'autorité coloniale belge profite immédiatement de la destitution de Musinga et l'entrée fraîche de son fils Rudahigwa pour refondre toute l'administration territoriale et militaire du Rwanda. Elle sait que le roi ne peut plus s' y opposer. En effet, celui-ci et beaucoup de ses grands chefs rwandais se sont convertis très tôt pour gagner la confiance de l'Eglise et des autorités belges, seuls véritables dirigeants du pays. Ils sont ainsi sûrs d'échapper au sort du roi Musinga. Pour la puissance coloniale, le champ est désormais libre en vue de mettre en oeuvre son plan d'hiérarchisation sociale et de ségrégation institutionnalisée dans le pays. La puissance tutélaire et l'Eglise poursuivent les réformes administratives pendant que le roi Yuhi V et sa suite sont abandonnés à leur triste sort: sa mère Nyirayuhi V Kanjogera meurt à Kamembe le 2 octobre 1933 et le roi Musinga quitte Kamembe pour s'installer définitivement à Moba au Congo Belge (Zaïre) où il meurt le 25 décembre 1944, dans l'oubli de la coalition coloniale. Cependant, à l'annonce de la deuxième guerre mondiale de 1939-1945, les chefs militaires se divisent en deux camps: les partisans de Musinga invoquent la victoire des allemands sur lesquels ils comptaient pour ramener le roi Musinga au trône au Rwanda. Les supporters de Rudahi~wa soutiennent les bel~es et l'Ej!;lise

(le produit de la Belgique et de l'Eglise Catholique au Rwanda). (C'est le seul roi qui règne en même temps que son père. Il assure la transition entre l'intronisation ésotérique selon la coutume rwandaise et l'occupation du trône avec l'appui de la pwssance tutélaire belge et de l'Eglise Catholique au Rwanda) .

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(le produit de la Belgique et de l'Eglise Catholique au Rwanda). (C'est le seul roi qui règne en même temps que son père. Il assure la transition entre l'intronisation ésotérique se/on la coutume rwandaise et ['occupation du trône avec l'appui de la puissance tutélaire belge et de l'Eglise Catholique au Rwanda) .

Les Principaux Evénements Catholique qui l'ont intronisé. Pour la première fois dans l 'histoire du Rwanda, deux rois vivants, intronisés dans des conditions différentes certes, règnent sur le pays pendant treize ans, soulevant régulièrement aux yeux du peuple le problème de légitimité du trône et d'autorité traditionnelle. La coalition belgo-catholique couvre les désordres politiques qui règnent et qu'elle a provoqués dans le royaume. En 1943-1944, en pleine guerre mondiale, la famine éclate dans tout le pays à la suite des détournements de vivres, opérés par les chefs belges et rwandais avec la complicité de l'Eglise, vers le Congo Belge pour soutenir l'industrie d'armement belge. Les vaches de boucherie sont régulièrement enlevées aux indi-gènes par les belges pour 5F au lieu des 5000F requis par l'administration. Devant l'ampleur du désastre et de la tragédie, le nouveau gouverneur belge flamand, Jungers, ordonne le rapatriement des vivres et impose les corvées aux rwandais pour juguler la famine. La Belgique étend alors toute son autorité politico-économique sur ses colonies ; elle impose partout des travaux dits "d'intérêt économique" dans l'agriculture, les travaux publics, etc. L'accord anglo-beIge du 5 octobre 1944 permet à la Belgique de retirer toutes ses colonies de la zone sterling britannique pour les ramener dans sa "zone monétaire belge", suspendue pendant l'exil du son gouvernement à Londres au cours de la deuxième guerre mondiale. Le roi Rudahigwa ne détient aucune autorité réelle dans le pays et se soumet aux ordres belges. En récompense de sa soumission, il est baptisé le 17 octobre 1943, après douze ans de rèf;?;ne,avec la reine-mère Kankazi,

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(le produit de la Belgique et de l'Eglise Catholique au Rwanda). (C'est le seul roi qui règne en même temps que son père. Il assure la transition entre l'intronisation ésotérique selon la coutume rwandaise et l'occupation du trône avec l'appui de la pUlssance tutélaire belge et de l'Eglise Catholique au Rwanda) .

Les Principaux Evénements par Mgr Classe lui-même au siège de l'Eglise à Kabgayi. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les réformes de l'administration rwandaise s'accélè-rent. La coalition "Autorité coloniale belge-Eglise Catholique" imprime une nouvelle dyna-mique dans les institutions du pays. Le décret du 14 juillet 1952 institue, pour la première fois au Rwanda, des élections aux Conseils de Sous-Chefferies, de Chefferies, de Territoires et du Conseil Supérieur du Pays au suffrage indirect. Il s'agit d'élections-délégations en étage, tout se Joue donc aux choix des électeurs à la base des Sous-Chefferies qUI construisent la pyramide. Depuis l'entrée des belges au Rwanda, sous le timide et inefficace contrôle de la Société des Nations en octobre 1924, une purification politico-ethnique s'est opérée dans le pays au profit des seuls chefs batutsi. Dès l'intronisation de Mutara III Rudahigwa, la coalition BelgoCatholique se précipite pour installer des batutsi à tous les postes de responsabilité du royaume rwandais. Ceux-ci bénéficiaient déjà d'un préjugé favorable d'hommes intelligents, de grands seigneurs, doués de sens inné de l' organisation, nés pour commander... alors que les bahutu étaient de bons serviteurs, peu intelligents, doués pour des travaux les champs... Ils sont donc écartés des postes auxquels ils pouvaient encore prétendre au profit des batutsi. Les conflits politico-ethniques et socioéconomiques des bahutu contre des chefs tutsi sont ainsi officiellement ouverts par l'administration belge et l'Eglise Catholique au Rwanda. Elles ouvrent par là même les portes aux malheurs du pays qui se poursuivent dans la tragédie actuelle des conflits politico-ethniques.

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(le produit de la Belgique et de l'Eglise Catholique au Rwanda). (C'est le seul roi qui règne en même temps que son père. Il assure la transition entre l'intronisation ésotérique selon la coutume rwandaise et l'occupation du trône avec l'appui de la pUlssance tutélaire belge et de l'Eglise Catholique au Rwanda) .

Les Principaux Evénements Quant aux batwa, ils ne pouvaient que se contenter de la chasse, de la poterie et de toutes autres activités artisanales de bas niveau. La coalition oublie très rapidement que les batwa avaient longtemps servi à la cour et dans l'armée (comme Basebya qui était considéré comme l'un des grands chefs militaires redoutés sous le règne de Yuhi V Musinga). Les femmes batwa (abatwakazi) ont même donné des enfants aux seigneurs de la Cour, s'affranchissant ainsi de leurs conditions d'ethnie inférieure. La coalition belgo-catholique, sur des rapports fournis par les évêques comme Mgr Hirth, Mgr Classe et par des spécialistes belges intervenus au parlement en octobre 1924 pour expliquer les différences entre les bahutu (serviteurs peu intelligents), les batutsi (bons selgneurs pour commander) et les batwa (quasi-personnes), hiérarchise la société Rwandaise en classes et officialise les différences ethniques qUI empOIsonnent les relations entre bahutu et batutsi jusqu'à nos jours. Il est donc clair qu'aux premières élections aux Sous-Chefferies en 1953, les dés étaient jetés depuis fort longtemps. Les notables batutsi, choisis par le Sous-Chef parmi les fidèles sujets du royaume, votent pour le Conseil de SousChefferie. Ce Conseil est donc monocolore, monoethnique et contrôlé par la coalition belgocatholique. Les délégués des Conseils de SousChefferies se réunissent pour élire le Conseil de Chefferie. Les Conseils de Chefferies votent pour le Conseil de Territoire. Enfin les Conseils de Territoires élisent 6 représentants qui, avec les Chefs de Territoires, forment le Conseil Supérieur du Pays (CSP) présidé par le roi luimême. La pyramide des pouvoirs se reconstitue.

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Les Principaux Evénements Ce mode de construction de l'élection n Ia pas été discuté mais imposé par l'occupant; il per-met un contrôle de la coalition sur toute la chaîne de transmission du pouvoir. Naturelle-ment, l'Eglise Catholique doit verrouiller les portes pour empêcher l'extension de la Foi Pro-testante dans le pays que le roi Yuhi V Musinga avait permise et qui lui a valu la perte du trône. Pourtant l' histoire s'accélère. Les coalitions officieuses se multiplient. Les seigneurs batutsi se lèvent de plus en plus contre l'Eglise et l'autorité belge alors que les bahutu se lèvent contre la domination des batutsi soutenue par la coalition belgo-catholique. Ainsi aux deuxièmes élections de septembre 1956, 6.501 bahutu (66,7% d'élus) et 3.223 batutsi (33,3%) sont élus aux Conseils de Sous-Chefferies. Les "élections par délégation" aux différents étages supérieurs, -(ce sont les chefs batutsi et la coalition belgo-catholique qUI désignent les délégués aux élections de niveau supérieur n+ 1)-, produisent un seul muhutu contre 31 batutsi dans le Conseil Supérieur du Pays (CSP). Cependant, le roi et son administration indigène se rendent compte qu'ils perdent de plus en plus le contrôle du pouvoir et se révoltent contre l'administration belgo-catholique. La dégradation des relations entre le roi et le nouveau gouverneur belge, Jean-Paul Harroy, conduit celui-ci à créer un poste de Vice-Président du Conseil Supérieur du Pays pour dispenser le roi de la présidence de ses travaux, dès le 5 février 1957. Le 24 mars 1957, les intellectuels Bahutu se révoltent à leur tour, à travers un document célèbre, "Un manifeste des Bahutu", protestant contre le monopole des batutsi dans les domaines

(le produit de la Belgique et de l'Eglise Catholique au Rwanda). (C'est le seul roi qui règne en même temps que son père. Il assure la transition entre l'intronisation ésotérique selon la coutume rwandaise et l'occupation du trône avec l'appui de la puissance tutélaire belge et de l'Eglise Catholique au Rwanda) .

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Les Principaux Evénements économique, social, et politique et réclament l'émancipation de la masse hutu. En juin 1957, poursuivant l'élan avec ses camarades bahutu, Grégoire Kayibanda -rédacteur en Chef du célèbre l' hebdomadaire catholique Kinyamateka, fonde le "Mouvement Social Hutu" ayant pour objet la démocratisation des institutions. Ces mouvements de revendications sont discrètement soutenus par l'Eglise qui a perdu sa confiance au roi et à l'administration indigène tutsi. A travers Grégoire Kayibanda et d I autres séminaristes hutu, -qUI n'avaient pas pu intégrer l'administration parce qu I ils avaient suivi leurs études au séminaire catholique et non à l'Ecole d'Administration d' Astrida (à Butare), réservée aux fils de Chefs, et se contentaient des emplois de secrétaires dans des paroisses ou de commis dans les administrations territoriales-, l'Eglise Catholique noue les liens complices avec les intellectuels bahutu. C'est le départ de nouvelles coalitions. La réplique du pouvoir monarchique arrive en juillet 1957, après les festivités du 29 juin au 1er juillet marquant le 25ème anniversaire du règne de Mutara III Charles Léon Pierre Rudahigwa. La participation financière" officielle" de la couronne belge et de l'Eglise produit un excédent budgétaire de IMP, que le roi convertit en "Fonds Mutara III" en vue financer la formation supérieure de l'élite des jeunes rwandais et soutenir l'enseignement secondaire au Rwanda. Il pense alors former massivement les batutsi qui, à l'instar des bahutu, pourraient former une grande masse de protestation contre la domination belgo-catholique. Pour crédibiliser sa démarche, il s'allie avec les masses hutu pour s'opposer au système de travaux forcés

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Les Principaux Evénements introduits par l'administration coloniale belge en 1943 pour faire face à la famine de l'époque. Les deux protagonistes recherchent l'alliance avec les masses hutu qu'ils avaient, de concert, écartées du pouvoir depuis longtemps. Même les jeunes bahutu, lauréats des concours officiels, peuvent désormais accéder au Fonds Mutara III. En novembre 1957, les intellectuels bahutu contre-attaquent sous le leadership de Joseph Habyarimana Gitera. Ils fondent un autre mouvement plus puissant sous la dénomination de l'Association pour la Promotion Sociale de la Masse (APROSOMA), doté d'un organe politique d'expression "Ijwi rya Rubanda Rugufi" ou "la Voix du Menu Peuple". Il devient l'allié politique officiel de l'administration coloniale et le véritable cadre de déclenchement des révoltes des intellectuels bahutu contre la domination des batutsi. La monarchie est de plus en plus isolée, la coalition belgo-catholique soutient ouvertement les revendications des intellectuels bahutu en vue de pouvoir maintenir sa domination menacée par le roi et ses chefs. La visite de la délégation du Conseil des Tutelles des Nations-Unies au Rwanda, du 24 septembre au 10 octobre 1957, offre une occasion de présenter les requêtes à l'ONU. L'Eglise joue un rôle capital dans ce changement d'alliances. En effet, en 1958, 34% de la population sont "catholicisés", 530 sur 565 Sous-Chefs sont catholiques contre 26 protestants et 9 divers; 43 sur 45 Chefs sont catholiques contre 2 protestants. Le roi et ses Chefs de Territoires sont tous catholiques. Les rivalités entre catholiques et protestants, hutu et tutsi, aident l'Eglise Catholique à jongler dans le nouveau paysage politico-ethnique conflictuel au Rwanda.

(le produit de la Belgique et de l'Eglise Catholique au Rwanda). (C'est le seul roi qui règne en même temps que son père. Il assure la transition entre l'intronisation ésotérique selon la coutume rwandaise et l'occupation du trône avec l'appui de la puissance tutélaire belge et de l'Eglise Catholique au Rwanda) .

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Les Principaux Evénements Le roi est sommé de s'engager ouvertement dans ces conflits politico-ethniques ; il crée alors le 30 mars 1958, une "Commission Spéciale des Relations Sociales au Rwanda" formée pour moitié de bahutu et l'autre moitié de batutsi, en vue d'examiner le problème hutu dans le pays. Un haut fonctionnaire tutsi, rapporteur de la Commission, fait adopter en juin 1958 "qu'il n'y a aucun problème réel" à la surprise générale des bahutu eux-mêmes, porteurs des revendications, de l'administration belge et de toutes les Eglises. Une rupture totale est consommée entre la monarchie et ses plus chauds partisans d'un côté, les intellectuels bahutu, l'Eglise et l'administration coloniale belge d'autre part. Les complots et les luttes pour le pouvoir s'ouvrent. Invité à Bruxelles pour l'exposition universelle de 1958, le roi rwandais marque clairement ces ruptures en poursuivant ses visites au Danemark et en Allemagne sans consulter, ni en informer ses hôtes belges. Au retour d'Europe en octobre 1958, il revendique son indépendance vis-à-vis de ses anciens alliés et annonce officiellement la création des partis politiques, supposés servIr d'intermédiaires entre la couronne et le peuple. II compte encore sur la masse hutu pour se révolter contre l'administration belge, malS celle-ci l'a déjà pris de vitesse en s'alliant avec les intellectuels leaders de ces mêmes bahutu. Ramant à contre-courant de la monarchie rwandaise, le gouvernement belge reconnaît" le problème hutu au Rwanda et au Burundi" et préconise des traitements égalitaires à l'école et dans le choix des responsables territoriaux. Au carême 1959, l'Eglise, par la voix de l'évêque

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Les Principaux Evénements Mgr André Perraudin, sacré le 25 mars 1956 à Kabgayi au Rwanda par le premier évêque indigène rwandais de toute l'Afrique belge, Mgr Aloys Bigirumwami, se jette ouvertement dans la bagarre "hutu contre monarchie" et dans les réformes socio-économiques. Le roi et l'administration territoriale deviennent ainsi des cibles de l'Eglise, de l'administration de tutelle belge et des révolutionnaires bahutu. Pour réguler les mouvements de révoltes qui fusent de partout, l'administration belge et la monarchie signent une ordonnance autorisant la formation des partis politiques, le 8 mai 1959. C'est dans ce climat de tensions aiguës que le résident belge au Rwanda invite le roi rwandais à Bujumbura au Burundi, pour une prétendue réconciliation entre la monarchie rwandaise et le pouvoir colonial de tutelle belge, en l'absence du Vice-Gouverneur Général Jean- Paul Harroy représentant au plus haut niveau la couronne belge au Rwanda mais parti en congé en Belgique et de son adjoint, le Commissaire Provincial Tordeur, parti en tournée d'inspection dans le sud du Burundi. Le roi est donc invité à réconcilier son trône avec la puissance de tutelle belge par l'intermédiaire d'un fonctionnaire subalterne de la colonie, hors de tout protocole officiel. Parti le 23 juillet 1959 pour Bujumbura, le roi rencontre son médecin belge, le Dr Julien Van Vyncke le 25 juillet vers Il heures pour une piqûre, après avoir laissé ses invités sénégalais à l' hôtel où il devait les accueillir au déjeuner, reçoit les derniers sacrements du R.P. Van Der Ven appelé d'urgence pour la circonstance et meurt vers 13 heures. Cette mort inopinée ouvre une série de spéculations sur l'assassinat du roi.

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