//img.uscri.be/pth/5de490be04fe53829f8293f8624b5a9a35006186
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La vie quotidienne à Mayotte (Archipel des Comores)

De
246 pages
Sophie Daurel-Blanchy nous livre le fruit de son immersion dans la vie quotidienne des Mahorais. Au lieu de juger à partir de références extérieures, elle procède par empathie et tente une approche phénoménologique de l'expérience subjective. À travers une analyse du langage et des pratiques sociales, l'auteur cherche à dégager les fondamentaux de la culture commune que partagent les Mahorais. A la lecture de ce livre, il apparaît une société qui multiplie les liens interpersonnels et les formes de sociabilité.
Voir plus Voir moins

La vie quotidienne à Mayotte
#"

(Archipel des Comores)

cc REPÈRES POUR MADAGASCAR ET L'OCÉAN INDIEN» Collection dirigée par Patrick Rajoelina

Collection

«

Repères pour Madagascar

et l'océan Indien »
Situées au large du continent africain, les îles de l'océan Indien (Madagascar, la Réunion, les comores, Maurice, les Seychelles...) ont longtemps vécu isolées les unes des autres. Pourtant, aujourd'hui, de nombreux liens diplomatiques, politiques, économiques, commerciaux et cultur,elsles unissent et font de cette région une zone en pleine expansion,même si des disparités existent. entre ces différentes entités. De même, si les origines des peuplements sont variées (africains, indonésiens, indiens, chinois, arabes...) chaque île a su intégrer, au fur et à mesure des migrations, toutes les composantes ethniques et former ainsi, sans

trop de heurts, une « mosaiquedes peuples» enviéepar
bon nombre de pays industrialisés. Cette Collection entend contribuer à l'émergence de ces nations sur la scène internationale et également susciter une réflexion critique sur les mouvements de société qui traversent cette Région en devenir, dotée. de potentiels innombrables. Elle réunira, au fil des publications, toutes celles et tous ceux qui partagent cette ambition, loin des a priori et des rigidités idéologiques.
Patrick RAJoELINA,
Directeur de la Collection
Dans la collection: Roger RABETAFIKA,Réforme fiscale et révolution socialiste à Madagascar, 1990. Patrick RAJOELINA, Alain RAMELET,Madagascar, La Grande lie,

1989. Ginette RANDRlAMBELOMA, Rencontre des sœurs Brontë en terre malgache, 1989. Suzanne R. RAzAFY-ANDRIANlH.AINoo, Colline sacrée des souverains de Madagascar. Le Rova d'Antananarivo, 1989.

Sophie Blanchy- Daurel

,#",
#'

La vie quotidienne à Mayotte
(Archipel des Comores)

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

MADAGASCAR

à L'HARMATTAN

Robert ARCHER,Madagascar depuis 1972, la marche d'une révolution, 1976. Robert DUBOIS, Olombelona, essai sur l'existence personnelle et collective à Madagascar, 1979. :;1' Dominique DESJEux, La question agraire à Madagascar, administration et paysannerie de 1895 à nos jours, 1979. Louis MOLET,La conception malgache du monde du surnaturel et de l'homme en Imérina, tome 1, 1979. Antoine BoUILLON,Madagascar, le colonisé et son âme, essai sur le discours psychologique colonial, avec le concours du C.N.RS., 1981.
Jean PAVAGEAU, Jeunes paysans sans te"es, l'exemple malgache, un

1981.
Philippe BEAUJARD, Princes et paysans, les Tanala espace social du Sud-Est de Madagascar, 1983. de 1lkongo,

Césaire RABENORO, Les relations extérieures de Madagascar de 1960 à 1972, avec le concours du ministère des Relations extérieures, co édité par les P.U. d'Aix-Marseille, 1986.

Michel PRou, Malagasy, un pas de plus. Le « royaume de Madagascar » au XDê siècle, tome 1 : 1793-1894, 1987.

Ferdinant DELERIS, Ratsiraka, socialisme et misère à Madagascar, collection Points de we, 1986.
L. Rasoamanalina RAMANANDRAIBE, livre vert de l'espérance Le malgache, collection Points de we, 1987. Patrick RAJoELINA,Quarante années de la vie politique de Madagascar (1947-1987), 1988.

@ L'Harmattan, 1990 ISBN: 2-7384-0841-9

REMERCIEMENTS

Je dois témoigner ma reconnaissance particulière envers le professeur Paul Ottino, qui par son enseignement si riche et si l'assionnant m'a donné les moyens théoriques et méthodologiques de travailler "sur le terrain", et m'a #communiqué son enthousiasme et sa passion pour la recherche en anthropologie. Mes remerciements vont aussi à l'Institut de Linguistique et d'Anthropologie de l'Université de La Réunion, qui m'a aidée à réaliser ce travail grâce au programme de recherche "Islam et Sociétés dans l'Océan Indien Occidental". Bien entendu, je suis entièrement redevable de tout ce que j'ai appris et compris au sujet de la vie quotidienne à Mayotte à mes amis mahorais qui ont témoigné avec sincérité et patience de leur expérience individuelle. Ne pouvant les citer tous, je rendrai seulement hommage à Zaharia Soilihi et Youssouf Said, ainsi qu'à Fatima Maolida, pour leur aide immense et leur amitié chaleureuse.

7

I L .OCEAN
Dar-es-Salam

INDIEN

OCCIDENT

ALI

.KIL'yI TANZANIE

A KISIMANI

9
CAP DELGADO

ILES

GLOR IEUSES

.

~
D

Antsir anana (Diego Suarez)
MOZ AMB IQUE

CANAL
Juan de Nova DE

.

MOZAMB IQUE

Europa
I

----NGAZI # DJA

If....

...

;#'

MWAll

~

~"'af.

~

NDZUANI

~-Q~
MA=10 Wit
o,lafa

,

~
I
I

~

'0 p ...-&

il

L'ARCHIPEL

DES

COMORES

INTRODUCTION

Ce livre est le résultat de recherches menées à Mayotte entre 1980 et 19881, dont le but était de comprendre la vie
..~uotidienne telle qu'elle est vécue par les Mahorais.

Au-delà de la simple description des situations et des comportements observés,' j'ai cherché à rendre compte du sens que les gens, "acteurs sociaux", donnent à leur vie et aux symboles à travers lesquels elle est vécue. Pour cela, il était nécessaire de distinguer, de comprendre et d'analyser les principales grilles cognitives qui pennettent, à Mayotte, à chaque individu d'interpréter son expérience quotidienne. Une démarche méthodologique convenait particulièrement: celle qui s'appuie sur les courants de réflexion de la sociologie cognitive et de l'anthropologie de la signification2. La vie quotidienne est faite de situations d'interaction et de communication. Les usagers d'une culture ont acquis, au cours de la socialisation, une langue et un raisonnement pratique quotidien spécifiques à cette culture. Ce "raisonnement pratique", selon les termes de Garfinkel, est nommé "procédures interprétatives" par Cicourel, ou "sens de la structure sociale" par la plupart des ethnométhodologistes. C'est le processus de base par lequel un usager attribue une signification à son environnement, c'est-à-dire par lequel il est capable d'identifier les situations et de décider de l'applicabilité decenaines règles, devenues alors pertinentes, et lui permettant d'adopter un
comportement approprié, acceptable. Les ethnométhodologistes se sont attachés à expliciter les propriétés de ce raisonnement pratique, qui fait d'un individu
1 Ces résultats ont d'abord été présentés sous forme d'une thèse de Doctorat nouveau régime en Anthropologie sociale et culturelle, sous la direction du professeur Paul Ouino (Université de la Réunion, 1988). 2 Courant de reflex ion représenté, entre autres, par les travaux de A. V. Cicourel, C. Geertz et A. Schutz, et par les études d'ethnométhodologie, notamment celles de H. Garfinkel.

11

f

:¥'

socialisé à la fois un acteur compétent de la scène sociale et un pur produit de sa culture. Les procédés interprétatifs supposent qu'il y ait, entre les participants à une situation, une réciprocité de perspective, et la supposition d'un "et cretera" c'est-à-dire d'un contexte de connaissances partagées et nécessaires à la compréhension de la scène; ces deux propriétés rendent possible la reconnaissance de formes nonnales de discours et de comportement. On reconnaît, dans cette connaissance commune et tacite indispensable à toute interaction réussie, la notion de "common sense knowledge" mise en évidence par Alfred Schutz. Mes recherches ont eu pour but de parvenir à une exposition générale de cette connaissance de sens commun dans la culture mahoraise. Je ferai mienne cette phrase de Goodenough (1964: 36), simple mais complète: "Pour moi, la culture d'une société consiste en tout ce que l'on doit savoir ou croire pour agir de manière acceptable par les autres membres, et ceci dans tout rôle qu'ils acceptent pour n'importe lequel d'entre eux" . Des notions-clés se sont révélées très opératoires pour ce travail de recherche. D'abord la notion de "Lebenswelt" , empruntée à Edmund Husserl et à Alfred Schütz, et traduite ici par monde de vie (plutôt que par monde VéCUl).Elle m'a pennis d'envisager analytiquement le cadre matériel, puis le cadre social et familial de l'expérience humaine, et de manier finalement le concept d'éthos (au sens de cadre mental), tel qu'à la suite de Gregory Bateson le comprennent notamment Takie Sugiyama Lebra et Kai T. Erikson2. C'est une véritable cartographie des significations et des valeurs s'organisant dans le champ d'une, culture donnée. Ensuite, la notion de typification, utilisée par Alfred Schütz et Thomas Luckman, qui explique comment l'individu, dans sa culture, enregistre son expérience d'une
réalité désordonnée et complexe et peut la catégoriser. Ce concept opératoire pennet au chercheur de reconstituer les "types" utilisés naturellement et inconsciemment par les usagers de la culture: luil "Monde vécu" est une traduction adoptée par le traducteur français de Jurgen Habermas, qui insiste de ce fait sur l'expérience individuelle, alors qu'à l'inverse, en parlant de "monde de vie", l'accent est mis davantage sur l'aspect intersubjectif de l'expérience, proche du concept durkheimien de "conscience collective". 2 Voir l'ouvrage de Takie Sugiyama Lebra, JAPONESE PATTERN OF BEHAVIOUR, 1976, et celui de Kai T. Erikson, EVERYTHING IN ITS PATH. DESTRUCTION OF COMMUNITY IN THE BUFFALO CREEK FLOOD, 1976

12

même, en tant qu'étranger vivant dans cette société, doit savoir
reconnaître ces typifications s'il veut comprendre l'expérience de l'autre. Il faut souligner le rÔle essentiel du langage comme premier outil de catégorisation. En en faisant moi-même :."l'apprentissage, et en recueillant en langue mahoraise la plus grande partie des témoignages utilisés ici, j'ai pu appréhender des réalités exprimées en termes spécifiques, intraduisibles en français, qui m'ont pennis d.e pénétrer en partie dans l'univers partagé par mes interlocuteurs. J'ai réservé une large part aux citations de ces tennes, et des énoncés qui expriment la réalité originale de l'expérience mahoraise. On ne peut comprendre une .conversation ou un compte rendu sans avoir accès à une bonne ,:Y
#'

partie de "ce que tout le monde sait" (c'est ainsi que Garfinkel désigneles connaissancescommunes),sorte de dictionnaireoral,

et a fortiori au contenu du dictionnaire écrit, aux catégories et aux concepts de la langue!. Les gens ne remettent pas en question, dans leur vie quotidienne, l'existence et l'utilisation d'un vocabulaire descriptif pour relater des ensembles d'infonnations et d'activités, alors que ce vocabilaire constitue lui-même une partie de l'expérience (une vision du monde est intégrée au message). Le vocabulaire ordonne l'expérience; et en retour, l'expérience infonne le vocabulaire ou l'expression. Toujours dans la perspective des sociologies phénoménologiques et ethnométhodologiques2, j'ai attaché une importance particulière au point de vue du sujet et à la construction progressive de son .expérience subjective. Les environnements physiques, familiaux et sociaux, ainsi que les processus de socialisation mis en œuvre dans la culture, sont déterminants dans la formation d'une identité, d'un "moi It typique de cette culture. La compréhension des situations, la vie . émotive et affective du sujet, se développent dans les interactions
et tout particulièrement dans les tensions et les conflits, inhérents aux jeux personnels évoqués par B.eme3 et à la manière dont les acteurs, poursuivant leurs interactions, utilisent les scripts attendus. J'utilise le mot script au sens précis que lui donne

1 Dictionnaire écrit qui, en l'occurrence, n'existait pas pour le shimaore, et dont j'ai pu publier une première version en 1988: S. Blanchy, L'interprète, Lexique mahorais-français et français-mahorais. 2 Voir Johnson M. Johnson & Jack Douglas, 1977, Alfred Schütz, 1970, et les développements ethnométhodologiques de Harold Garfinkel, Aaron V. Cicourel et Harvey Sachs. 3 Eric Berne, DES JEUX ET DES HOMMES, 1975.

13

Roger C. Schankl, et également, bien qu'elle n'utilise pas le terme, dans la même idée que Muriel Saville-Troike qui propose un modèle d'ethnographie de la communication qui en fait une véritable "ethnographie mode d'emploi", fournissant aux différents acteurs engagés dans une même situation toutes les directives nécessaires leur permettant de nonnaliser leur conduite. En fonction des biographies et des cours de vie typiques auxquels ils vont accéder selon ce qu'ils sont, les usagers de la culture développent un éthos et des attitudes particulières vis-àvis des objets, des personnes, des événements. Ces attitudes cognitives, émotionelles, conatives, sont mises en acte dans les rôles sociaux ou les "engagements situationnels" qu'ils assument (pour reprendre le vocabulaire de VIf Hannerz2). Ces engagements donnent lieu à des interactions dont la fonne, le style aussi bien que le contenu, seront analysés. On les comprend, en effet, quand on discerne les motifs d'action et les attentes légitimes de chacun des partenaires de l'échange. La culture met à la disposition des gens des concepts qu'ils utilisent en fonction de leurs intentions, voire de stratégies précises, comme de véritables "ressources". Cette notion de ressources a été développée en paniculier par Kenneth Leiter3. C'est la compréhension de ces mécanismes d'utilisation des ressources qui a guidé ma recherche. Ces ressources se présentent le plus souvent aux acteurs sous la fonne du savoir de sens commun ("common-sense knowledge" de Alfred Schütz) qui leur pennet de faire face aux situations quotidiennes grâce à des recettes de conduites et d'activité. Ces multiples travaux théoriques m'ont permis d'élaborer une méthodologie, et de tirer pani des informations recueillies, autant que de mon expérience directe des interactions. Parmi eux, ceux de A. Schütz et A.V.Cicourel sur la sociologie cognitive occupent une place centrale parmi les présupposés
théoriques de ce travail.

Des travaux d'applications me sont apparus comme de bons modèles de traitement ethnologique: ceux de T.Sugiyama Lebra, dont j'ai déjà parlé, sur l'éthos japonais, saisissant l'essentiel de cette culture par quelques traits qui sont le fondement de toute attitude et de toute interaction (appartenance, empathie, réciprocité, Itself', place appropriée de chacun); ceux
1 Voir 1977 et 1984. Pour R. C. Schank, le script est un véritable mode d'emploi indiquant comment se comporter dans une situation donnée. 2 Voir notamment EXPLORER LA VILLE, 1983. 3 A PRIMER ON ETHNOMETHODOUXJY, 1980.

14

de Dean C. Barlund1 sur le Itself' tel qu'il se constitue dans deux cultures aussi différentes que les USA et le Japon; ceux de Lawrence Rosen, au Maroc2, sur la façon de "négocier" avec la réalité dans les interactions quotidiennes selon les contraintes, les possibilités, les buts et les moyens offerts à chaque acteur social;
..
."

enfin, ceux de Niels Mulder sur le mysticisme et la vie
quotidienne

à Java3, un terrain qui présente nombre de

similitudes frappantes avec les Comores. Mettant en pratique les théories que j'ai évoquées plus haut, ces travaux m'ont selVi à mettre au point mes méthodes d'investigation.

Je n'oublierai pas de citer ceux qui m'ont précédée à Mayotte et qui y ont réalisé d'importants travaux d'anthropologie, dans lesquels ils ont pu saisir divers aspects de fia réalité de la vie quotidienne. Jon Breslar a travaillé sur les
.
;;?'

problèmes de famille, de résidence et d'habitat4, et m'a initiée en

1980 à la langue shimaore. Michael Lambek, dans son ouvrage

sur les possessions trumba5, s'est particulièrement intéressé aux interactions entre les humains et le monde des djinns. Enfin, les premiers travaux de linguistique et de littérature orale à Mayotte ont été réalisés par M.F.Rombi6. Faisant une part réduite aux simples descriptions ethnographiques, cet ouvrage s'oriente plus sur la manière dont les gens utilisent les données de leur culture comme des ressources. Des infonnations et des détails complémentaires peuvent être trouvées dans mes autres travaux; cependant, l'essentiel de ce qui est pertinent ici pour mon propos a été réuni dans un glossaire présenté en annexe, qui donne les définitions des termes mahorais couramment utilisés dans le texte, définitions augmentées d'explications et de descriptions ethnographiques nécessaires à la compréhension de l'exposé. Après une présentation géographique et historique de l'île de Mayotte et de l'archipel des Comores, l'univers quotidien des Mahorais sera présenté en distinguant les trois cadres de
1 PUBLIC AND PRIV ATE SELF IN JAPAN AND THE UNITED STATES. COMMUNICATIVE STYLE OF TWO CULTURES. 1975. 2 BARGAINING FOR REALITY, THE CONSTRUCTION OF SOCIAL
RELATIONS IN A MUSLIM COMMUNITY, 1984. 3 MYSTICISM AND EVERYDAY LIFE IN JAVA. 1978. 4 HABITAT MAHORAIS, ETUDE ANALYTIQUE ET PERSPECTIVE, 1979, et autres travaux. 5 1980 et surtout 1981: HUMAN SPIRIT: A CULTURAL ACCOUNT OF TRANCE lN MAYOTTE. Voir aussi ses autres travaux. 6 1980 et 1981.

15

référence,ou Itmondes" selon un plan correspondant aux présupposésthéoriquesévoquésplus haut1.

#"

#"

1 Voir le sommaire analytique à la [m de l'ouvrage.

16

SITUATION GEOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

,

o Mayotte (Maore1) est une ne de 374 km2 qui fait partie "de l'archipel des Comores (îles de Grande Comore, Anjouan, Mohéli, Mayotte) dans le canal du Mozambique, entre l'Afrique et
Madagascar. Mayotte est à 70 km des côtes d'AnJouan
(Ndzwani), l'ne voisine à l'ouest, et à 300 km des cÔtes du nordouest de Madagascar, à l'est. Les îles de Mohéli (Mwali) et de la Grande-Comore (Ngazidja) se trouvent à l'ouest et au nord-ouest d'Anjouan. Géographiquement, Mayotte est une île volcanique ancienne au relief usé (le massif du Bénara culmine à 660 m) et aux rivages découpés, entourée d'un récif-barrière qui délimite un grand lagon (de plus de 600 km2) aux eaux calmes. Elle est soumise à un climat tropical présentant une saison chaude et pluvieuse de novembre à mars et une saison sèche dite frafche d'avril à octobre. o La population et la culture de l'archipel des Comores se sont composées au cours des siècles au gré des mouvements d'hommes, de croyances et de valeurs. Le peuplement est en majorité d'origine bantoue: les Bantous n'étant arrivés sur la côte est-africaine qu'aux IIè et IIIè siècles après J.C., on peut supposer que ce peuplement de l'archipel n'a pas commencé avant le IVè siècle. A partir des conquêtes musulmanes du VIIè siècle et de l'expansion de l'Islam, des musulmans d'Arabie, d'Hadramaout et d'Oman, descendirent le long de la côte est-africaine, établissant des comptoirs tant sur cette côte que dans les îles où ils créèrent des cités-états. Les fruits de leurs alliances matrimoniales
1 Les mots en shimaore sont repris dans le glossaire. Tous les termes comoriens sont notés en écriture phonétique dans les limites du clavier utilisé. Le comorien étant une langue orale n'a pas d'orÙ1ographe. La lettre e se prononce lé/, le u se prononce lou/. Les termes comoriens sont notés en gras dans le texte, hormis les noms propres de personnes ou de lieux.

#

17

avec les Bantous de la côte furent des descendants métis islamisés, les Swahilis (de l'arabe sâhil, la côte). Les Comores se trouvaient dans cette aire swahilie. Mais les premières traces de peuplement que l'archéologie

a permis de trouver aux Comores datent du IXè siècle et l'islamisation a commencé plus tard, avec l'arrivée de groupes venant des cités de la côte. L'archipel était en contact avec le
réseau commercial de cette partie occidentale de l'Océan Indien, réseau développé entre la, côte africaine, l'Arabie, la Perse et l'Inde. Au XIIè siècle, le géographe arabe Al-Idrisi reconnaissait l'archipel et notait ses relations commerciales: notamment, des relations précoces avec Kilwa et peut-être Lamu, îles-cités de la côte africaine. Les musulmans arrivèrent dans la zone swahilie par trois vagues principales, qui eurent leur origine dans, des conflits religieux non seulement à Shiraz, ville de Perse, mais aussi en Irak et en Arabie. Certains groupes décidèrent de partir, et leur périple les emmena, par étapes de plusieurs générations parfois, aux Comores, où la tradition orale a élaboré des mythes concernant cette arrivée. Après les Shiraziens (Xlllè siècle), des Arabes arrivèrent au XVè siècle, et introduisirent une organisation politique en sultanat à la place des chefferies traditionnelles. La société ancienne se plia plus ou moins facilement au nouveau modèle: la force du principe matrilinéaire sur lequel elle fonctionnait, confortée par une matrilocalité toujours effective, résista en partie à l'influence des nouveaux venus, et c'est encore une des caractéristiques essentielles de la société comorienne actuelle.

#'

o Mayotte semble avoir été à cette époque sous la dépendance d'Anjouan, puis forma au XVIè siècle un sultanat revendiquant son indépendance, avec comme capitale Tsingoni (ou Shingoni), où fut construite la première mosquée de l'île (une inscrition y indique la date de fondation, 944 de l'hégire: 1566 de notre ère). Un peuplement malgache se constitua aussi pendant le début du XVlè siècle, surtout dans le sud de l'île, composé principalement de Sakalava venant du nord-ouest de Madagascar. De 1680 jusqu'à l'occupation française, les cinq branches de la famille régnante ne cessèrent de s'arracher le pouvoir et entretinrent des guerres civiles continuelles (A. Gevreyl, 1870),
1 A. Gevrey fut magistrat à Mayotte, où il exerça les fonctions de procureur de 1867 à 1869, et il publia en 1870 à Pondichéry son ESSAI SUR LES COMORES. Voir aussi P. Guy, 1972.

18

auxquelles s'ajoutèrent, dès 1790, les expéditions des pirates Betsimisaraka, venus de la côte est-malgache. Trois groupes sociaux se distinguaient à Mayotte au temps du sultanat: kabaila, nobles détenant le pouvoir, la terre, la plupart des esclaves; wangwana (sing. mungwana), hommes libres de l'ancien ordre; warumwa (sing. murumwa), esclaves originaires d'Afrique. Ces trois classes subsistèrent pratiquement jusqu'au début du XXè siècle. Leur marque est imprimée aujourd'hui encore dans les esprits, et prévaut dans les rapports sociaux importants (alliances), en même temps qu'un sens moral tend à s'y attacher, servant à l'évaluation des autres dans les interactions.

o Les premiers Européens (Portugais, Espagnols, suivis .rplus tard par les Anglais et les Français) étaient arrivés dans l'Océan Indien à la fin du XVè siècle, à la recherche de nouvelles routes commerciales vers l'Inde. Le XVIIè siècle vit l'arrivée dans le canal du Mozambique des pirates européens chassés des mers Caraibes, qui installèrent leurs bases à Madagascar (DiégoSuarez, Sainte Marie), et un siècle plus tard (fin XVIIIè-début XIXè), leurs descendants malgaches (métis nommés zana malata) organisèrent pendant plus de 20 ans des razzias régulières sur l'archipel. Ils s'emparaient chaque année d'un grand nombre d'habitants pour les revendre comme esclaves dans toutes les Mascareignes, et du bétail, saccageant les cultures et appauvrissant considérablement les îles. A Ngazidja et à Ndzwani, les villes de pierre s'entourèrent de remparts. A Maore, il n'y avait plus, à cette époque, que trois centres de population notables: Msapéré, Mamoudzou, Shingoni, avec quelques cultivateurs indigènes. La plupart des villages avaient été désertés, recouverts ainsi que leurs champs d'une invincible végétation. La population était réfugiée sur la Petite-Terre, plus facile à défendre: le sultan de l'époque et une bonne partie de la population s'étaient rassemblés sur le rocher de Dzaoudzi, isolé à
marée haute, que l'on fortifia d'une bonne muraille flanquée de tours. Restaient quelques misérables hameaux, plutôt dans les
hauteurs. J. Martin (1983, 1.1) fait remarquer que les habitantS de la Grande-Terre étaient dans leur quasi-totalité des esclaves que leurs maîtres avaient installés peu de temps auparavant pour cultiver le sol. Les cultures étaient pauvres. Une grande partie de l'île était couverte de forêts.

19

>'1'

o En 1832, l'anpanjaka Andriantsolyl, souverain du royaulne sakalava du Boina (N.O de Madagascar), vaincu par les Mérina des hauts plateaux et déposé par son peuple, se réfugia auprès de Bwana Kombo, sultan de Mayotte. Il avait été chef sous le nom de Tsi Levalou puis s'était convertit à l'islam en 1823 et était devenu roi sous son nouveau nom. La mère de Bwana Kombo était une Sakalava, parente d'Andriantsuli. Bwana Kombo, qui avait reçu l'aide de ce dernier en 1829, dut le recevoir cordialement et l'iI)Stallaà Msapéré. Après bien des alliances et des conflits locaux dans lesquels furent mêlées Mohéli et Anjouan, et après avoir été gouverneur de Mayotte, puis sultan, cet ex-roi malgache céda Mayotte à la France en 1841 contre une pension annuelle de mille piastres (5000 fr.). Les Français virent d'abord en Mayotte une bonne rade pour une base militaire, puis, devant les difficultés d'accès du lagon, seulement une bonne colonie agricole. Mayotte ne devint ni l'une ni l'autre, bien que plusieurs plantations tentent de s'y développer aux XIXè_XXè siècles. Les deux plus..importantes furent Dzumonye et Kombani, mais la plupart furent sousexploitées. Il y eut un trafic de populations sous lé terme de "travailleurs engagés" qui ne fut pas à l'honneur des colons, ni de l'administration qui les couvrait. Des populations africaines, surtout de l'ethnie makoa (du Mozambique), furent introduites à Mayotte, ainsi que des habitants des autres fIes de l'archipel, qui fut placé dès 1886 sous le protectorat de la France. o L'époque des planteurs de canne à sucre, qui s'établirent très tôt après le traité de 1841, provoqua des changements importants dans l'île, par une nouvelle répartition des terres et une importante immigration de travailleurs. En fait, dès cette époque, la méconnaissance mutuelle des deux communautés, mahoraise et française, les différences dans leur vision du monde et leurs principes d'organisation sociale, entrafna l'échec d'une mesure royale qui devait contribuer au démarrage de Mayotte: la libération, en 1846, de 1500 esclaves avec engagement pour cinq ans dans l'administration locale et indemnisation des propriétaires. "Paris comptait probablement sur l'enthousiasme des nouveaux affranchis pour favoriser l'essor de
1 Anpanjaka (prononcer apànzak) signifie roi en malgache. Andriantsoly est écrit ici suivant l'orthographe malgache: 0 se prononçant loul et le i final étant noté y. On le retrouvera plus bas noté en écriture phonétique comme tous les termes comoriens.

20

l'essor de la Colonie. Hélas! ce fut tout le contraire qui se produisit: l'exode en masse de la population mahoraise - tant maîtres qu'esclaves - dans les trois autres îles restées indépendantes. En effet, l'esclavage tel qu'il était pratiqué à Mayotte considérait, comme dans beaucoup de pays d'Afrique
:,.

Noire, l'esclave comme un membre de la famille que l'on

.~.écoutait,qui travaillait peu, mais plus cependant que les maîtres fgénéralement inactifs qui leur confiaient, à l'occasion, les responsabilités importantes. Quitter le maître, abandonner sa famille pour aller travailler chez les chrétiens, c'était risquer une forme de coercition autrement plus dure que celle que l'affranchi délaissait" (p. Guy, 1972: 8-9). "Près de deux mille Mahorais g:uittèrent Mayotte en quelques jours, laissant fonctionnaires et colons dans le plus grand embarras. Il fallut songer à faire venir .:Aestravailleurs indiens de Karikal, des Comoriens volontaires des autres îles." (P. Guy, ibid.). La nouvelle stabilité politique s'accompagnait d'une part
d'une nouvelle distribution du pouvoir - économique autant que politique - dont le petit peuple subit le poids et les excès, et

d'autre part de transfonnations dans la composition des groupes sociaux. Ainsi, en 1851, la population de Mayotte était composée de différents groupements: un nombre important de Betsimisaraka et de Sakalava (Malgaches) faisait désormais partie de l'île (environ 2000); un millier de Grand-Comoriens étaient engagés dans les plantations, ayant fui guerres et misère; 500 Anjouanais s'adonnaient surtout au colportage, petit commerce ou travail domestique. Parmi les 6888 personnes recensées pendant cette année 1851, le groupe le plus important était celui des Mozambiques (Makoa): 2193 individus, alors que les Mahorais d'origine étaient 1196. Ces Africains étaient importés comme esclaves depuis de nombreuses décennies, à travers un réseau passant parfois par Anjouan. Quand l'administration française se mit en place, il ne restait pas grand-chose des chefferies traditionnelles. Les ordres du sultan étaient en principe retransmis à la population par sept chefs locaux. La justice était rendue, à Dzaoudzi, par le cadi selon le rite chaféite (shafi'i). L'appréciation d'un commandant de poste sur la population de l'époque était peu flatteuse; il notait en particulier la pauvreté de l'agriculture, la mauvaise tenue des quelques mosquées de la population "arabe", tandis que, dit-il, les villageois de l'intérieur de la Grande-Terre vivaient dans le paganisme le plus profond sous l'influence des féticheurs... L'islamisation était un processus continu mais jamais achevé, qui se généralisa au XXè siècle.

21

La classe des notables, en ces premières années de colonisation, était constituée de marchands cossus (souvent dtorigine anjouanaise), et de quelques propriétaires fortunés; puis, des employés de Itadministration, payés, bien que
modestement, et appartenant à des familles aristocratiques. Dtune manière générale, la population craignait le pouvoir de l'administration et des colons, cependant que ceux-ci, surtout après l'insurrection des travailleurs de 1856, vivaient dans la hantise dtautres soulèvements. J. Martin dit du recrutement des colons: ItMayotte était le Far-West des Réunionnais déclasséslt, et il évoque Itlemartyrologe des engagés de Mayottelt ... Un véritable trafic de Ittravailleurs libreslt stétait organisé, relié à un trafic dtesclaves clandestin de plus en plus périlleux, sur boutres indigènes, entre la cÔte dtAfrique (nord Mozambique, Kilwa) et les Comores, réseau impitoyablement traqué par les Anglais. On peut relever dans les documents judiciaires de l'époque, à propos de différends sur la livraison, de tels exemples: en 1862, Said Omar, patron de boutre, ramène 68 hommes de Kiloa; en 1867 le boutrier Hamissy en ramène 60 de Mozambique; en 1875, le boutrier Abdallah en prend 75 à Mohéli. ItDes navires ou des boutres amènent à Mayotte des travailleurs des autres îles et les Ithabitantslt entrent en conflit pour s'en attribuer le plus possible. D'autres fois, ces derniers se réclament, entre eux, des Itengagéslt partis chez des voisinslt (p. Guy, ibid: 47-48). itOn aime savoir, de nos jours, la part prise par l'Administration à ce trafic peu honorable de main-d'oeuvre pour atténuer les effets de ces recrutements dans les sultanats où l'esclavage existait encore. Il ne cessera dtailleurs à Anjouan et Mohéli quten 1891 et à la Grande-Comore quten 1904. Et les sultans d'alors se débarrassaient avec avantage de sujets malingres qui ne leur servaient à rien" (P. Guy, ibid: 48). Quant à la population blanche nouvellement instaJlée, elle souffrait beaucoup du climat et du paludisme endémique qui faisait de nombreuses victimes; quelquefois on allait jusqu'à déplorer vingt décès par an. 'Ceci, autant que les difficultés matérielles dues notamment à l'éloignement de la métropole et même de l'île de La Réunion, entravait les efforts de mise en valeur de l'île.

#'

o Placées sous protectorat français en 1886, les trois autres îles Comores furent annexées en 1912,et fonnèrent avec Mayotte, où siégeait l'administration,une colonie. Cette colonie
fut ensuite rattachée à Madagascar (occupée depuis 1897), où des actions de développement étaient menées dans les domaines de l'éducation, la formation professionnelle, notamment en santé, 22

dont bénéficia une petite élite mahoraise et comorienne en général. Petites îles oubliées, les Comores menèrent pendant ces années une vie léthargique. Une société financée principalement par des parfumeurs de Grasse, la société Comores-Bambao, racheta les grandes plantations des quatre îles (à Mayotte, les plantations de
:>

parfum: girofle, ylang-ylang, basilic, citronnelle, vanille. Ce n'est >'quetrès récemment que cette société revendit, à Mayotte, une grande partie de ses terres aux.:,particuliers. Privés de tous pouvoirs, les habitants s'adonnèrent littéralement à la religion, et l'introduction des confréries religieuses musulmanes venues du Maghreb et de Palestine fut un ~rand succès. La popularité de ces twarika, introduites au début du XXè siècle, ne cessa de grandir, ralliant les populations #IIlasculines, ravivant la foi et la pratique mal établie dans certains groupes sociaux d'origine africaine, favorisant l'islamisation et pennettant des contacts fréquents entre notables religieux des îles, et entre ceux-ci et les reponsables religieux de Zanzibar, d'Egypte, de Palestine. Mal administrées depuis Tananarive, les Comores devinrent en 1946 un Territoire d'Outre-Mer. L'Empire colonial français se transfonna en Union Française (ses habitants étaient désonnais français), ce qui pennit l'élection de députés comoriens à l'Assemblée Nationale, et la naissance aux Comores d'une certaine vie politique. L'assemblée locale, le Conseil Général, devint en 1952 Assemblée Territoriale; en 1956 eut lieu la création d'un Conseil de Gouvernement, et en 1958 les Comores choisirent par référendum de rester Territoire d'Outre Mer. Sur demande de l'Assemblée Territo.riale (en 1958), la capitale fut transférée (entre 1962 et 1966) de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande-Comore), qui allait dès lors bénéficier d'un certain développement (hôpital, lycée). Pour les Mahorais et leurs élus, le choc fut grand: ils craignirent de redevenir un petit îlot oublié de toutes les décisions au profit de leurs frères et rivaux grandscomoriens. Le Mouvement Populaire Mahorais (MPM), séparatiste, s'était créé dès 1959, ce qui pennit à Mayotte, lors de la déclaration d'indépendance unilatérale des Comores en 1975, de rester une Collectivité Territoriale Française, événement qui, juridiquement, ouvrit de longs débats impossibles à conclure. Cette récente séparation politique n'empêche pas l'unité géographique et culturelle des Comoriens, et les échanges fréquents de populations liées par la parenté; tout au plus souligne-t-elle l'irr~ductible spécificité régionale qui caractérise aussi ces îles.

Dzumonye et Kombani) et y développa la culture des plantes à

23

;/

o Mayotte se considère comme la "petite sœur préférée" de la France, sœur afnée riche et (souhaite-t-elle) généreuse: un statut qu'elle avait perdu avec le transfert de la capitale. L'avenir n'est pas clair dans les esprits: nombreux sont ceux qui voudraient bénéficier au maximum de raide française, sans se rendre compte de ce qu'une intégration représenterait au niveau des cadres juridiques et administratifs et de l'impact sur la vie quotidienne et les comportement traditionnels. Impressionnés par l'exemple réunionnais, qui n'est en aucun point comparable, et par quelques promesses électorales, certains se laissent fasciner par un avenir de département français peu réaliste et improbable. D'autres s'inquiètent des possibilités de développement et d'essor économique de la petite fIe, qui bénéficie depuis une dizaine d'années d'une assistance importante dans le domaine de la santé, de l'éducation et de l'équipement (habitat-assainissement), particulièrement en zone urbaine; développement que les plus de trente ans n'ont pas connu dans leur enfance, mais dont leurs enfants, jusqu'à un certain point, bénéficient. La vie des adultes ruraux n'a pas changé pour l'essentiel, si ce n'est que le problème foncier se fait plus aigu, à cause du développement démographique pas encore suivi de changements de comportements familiaux et reproducteurs. Une grande partie des enfants doit sortir du circuit scolaire en fin de cycle primaire, ayant un âge trop élevé et un niveau trop faible. Le fossé entre salariés urbains et cultivateurs de villages ruraux se creuse, provoquant une immigration urbaine d'hommes seuls s'embauchant à la journée comme dockers et buvant souvent leur paye en mauvais vin bon marché. Les jeunes sortis du circuit scolaire et vivant en ville développent une petite délinquance et passent le temps en ravivant les traditionnelles querelles villageoises. La vie va de ravant cependant, pleine de changements pour certains, d'espoirs ou d'inquiétude pour tous. Certaines mentalités changent vite dans un environnement nouveau, d'autres persistent dans des conditions de vie traditionnelles. Ce sont les grandes lignes de cette unité et de cette diversité que je me suis efforcée de comprendre et de décrire ici.

24

Première partie
#'

LE MONDE MATERIEL, LE MONDE SOCIAL: INTERPRETATION CULTURELLE

#'