LE NIGER : ÉTAT ET DÉMOCRATIE

LE NIGER : ÉTAT ET DÉMOCRATIE

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L'ouvrage présente huit études centrées autour de l'Etat et la démocratie. Après l'indépendance proclamée le 3 août 1960, l'histoire politique du Niger a été caractérisée pendant trente ans par une quinzaine d'années de parti unique (1960-1974) et autant de régime militaire (1974-1991). Les auteurs se proposent de jeter un éclairage sur cette dynamique de la formation de l'Etat et de la construction de la démocratie. Une analyse sur le devenir politique du Niger.

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Ajouté le 01 janvier 2001
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EAN13 9782296170513
Langue Français
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Le Niger
,

Etat et démocratie

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0303-8

Sous la direction de Kimba IDRIS SA

Le Niger
,

Etat et démocratie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L 'Harmattan Inc. 55, nIe Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALLE

Collection Sociétés Africaines et Diaspora dwigéeparBabacarSALL
Sociétés Africaines et Diaspora est une collection universitaire à vocation pluridisciplinaire orientée principalement sur l'Afrique et sa diaspora. Elle complète la revue du même nom et cherche à contribuer à une meilleure connaissance des réalités historiques et actuelles du continent. Elle entend également œuvrer pour une bonne visibilité de la recherche africaine tout en restant ouverte et s'appuie, de ce fait, sur des travaux individuels ou collectifs, des actes de colloque ou des thèmes qu'elle initie.

Déjà parus
Patrice YENGO (sous la direction de), Identités et démocratie, 1997. Mickaëlla PERINA, Citoyenneté et sujétion aux Antilles francophones. Post-esclavage et aspiration démocratique, 1997. I. VANGU NGIMBI, Jeunesse, funérailles et contestation socio-politique en Afrique. Le cas de l'ex-Zaïre, 1997. Mariella VILLASANTE DE BEAUVAIS, Parenté et politique en Mauritanie, 1998. P. NOUDJENOUME, La démocratie au Bénin 1988-1993, 1998. Harris MEMEL - FOTÊ, Les représentations de la santé et de la maladie chez les Ivoiriens, 1998. Florent Valère ADEGBIDI, Susciter l'engagement au travail en Afrique, 1998. Anne-Claude CAVIN, Droit de la famille burkinabè : le code et ses pratiques à Ouagadougou, 1998. Denise BRÉGAND, Commerce caravanier et relations sociales au Bénin, 1998. Kusm AGGARWAL, Amadou Hampâté Bâ et l'africanisme, 1998. Jean-Claude JEAN, Marc MAESSCHALCK, Transition politique en Haïti, 1998. Aka KOUAMÉ, Éducation et emploi des femmes à Abidjan, 1999. Philippe NOUDJENOUME, La démocratie au Bénin, 1999. Laurence BOUTINOT, Migration, religion et politique au Nord Cameroun, 1999. Mamadou Abdoulaye NDIA YE, Alpha Amadou SY, Africanisme et théorie du projet social, 2000. Léon MAT ANGILA Musadila, La catégorie de la faute chez les Mbalas (Bantous) - Paul Ricoeur en débat, 2000.

Sommaire
Liste et titres des auteurs Avant propos Kimba IDRlSSA

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...

...

7

La formation

de l'Etat

La dynamique de la gouvernance : administration, politique et ethnicité au Niger. Kimba IDRlSSA La dynamique de l'Etat post colonial au Niger. Mahaman TIDJANI ALOU ... ...... ....... .... ...85 15

Les politiques publiques de gestion des ressources ligneuses au Niger: les logiques d'hier et celles d'aujourd'hui. Boubacar YAMBA .......... .. .12 7

L'Etat et la coopération internationale: coopération bilatérale du Niger. Dagra MAMADOU

de quelques aspects de la
.173

La problématique

de la démocratie

Société nigérienne et démocratie: les racines psychosociologiquesd'une mentalité populaire dévoyéemais strictementrationnelle.
Adamou BARKE La démocratisation au Niger: bilan critique. Abdoulaye NIANDOU SOULEYE
.. ....... .. ..... ...... .. ..287

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L'évolution politique et constitutionnelle récente du Niger. Laouel Kader MAHAMADOU Femmes et politique au Niger: Présence et représentations. Fatimata MOUNKAILA .353 .321

Liste et titres des auteurs
Kimba IDRISSA, professeur, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université Abdou Moumouni de Niamey. Dagra MAMADOU, maître de conférence (Droit), Faculté des Sciences Economiques et Juridiques, Université Abdou Moumouni de Niamey. Fatimata MOUNKAILA, maître-assistant (Lettres Modernes), Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université Abdou Moumouni de Niamey. Adamou BARKE, maître-assistant (Psychologie), Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université Abdou Moumouni de Niamey. Laouel Kader MAHAMADOU, maître-assistant (Droit), Faculté des Sciences Economiques et Juridiques, Université Abdou Moumouni de Niamey. Abdoulaye NIANDOU SOULEYE, maître-assistant (Sciences Politiques), Faculté des Sciences Economiques et Juridiques, Université Abdou Moumouni de Niamey. Boubacar YAMBA, maître-assistant (Géographie), Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université Abdou Moumouni de Niamey. Mahaman TIDJANI ALOU, Docteur en Sciences Politiques, Chargé de cours à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université Abdou Moumouni de Niamey.

Maquette

(PAO)

Lawali DAMBO, Cartographe, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université Abdou Moumouni de Niamey.

Avant propos
La réalisation d'un ouvrage de référence pluridisciplinaire en sciences sociales sur le Niger apparaît aujourd'hui comme une urgence et une nécessité d'autant plus fondées que la complexité de l'évolution socioéconomique et politique de ce pays ne peut être amplement démêlée qu'à travers une approche multidimensionnelle. Les réflexions se situent dans la longue durée. L'ouvrage se propose depuis des horizons divers (histoire, sociologie, science politique, géographie, psychologie, droit) de jeter un éclairage sur l'histoire contemporaine du pays. A l'aube du XXlè siècle, le moment semble venu, en effet, de marquer un temps de Réflexion-Bilan sur le XXè siècle et de dégager les perspectives d'avenir. C'est à ce prix qu'une nouvelle problématique sur le devenir du Niger G'écarte à dessein le terme "développement") peut voir le jour et c'est aussi déjà une façon d'atITonter la XXlè siècle. L'Etat et la démocratie constituent les thèmes centraux de l'analyse.

1. La question

de l'Etat

Il ne s'agit point de céder à ce phénomène de mode qui, après les crises liées à l'application des programmes d'ajustement structurel, a ramené à nouveau l'Etat au centre de la réflexion depuis l'avènement des nouvelles démocraties en Afrique. Ces travaux sont forts intéressants. Mais il y a aussi et surtout une réalité de portée générale. L'Etat est le lieu privilégié pour l'étude de l'anatomie de la société. Il est le lieu d'expression et de cristallisation des contradictions sociales, celui où se règle le mécanisme du fonctionnement du système social. Kimba Idrissa analyse la dynamique de la gouvernance, à travers les phénomènes de continuité et de rupture, entre les différents âges historiques (précolonial, colonial et post-colonial) et à l'intérieur de ces âges, qui donne à l'Etat nigérien contemporain ses caractéristiques spécifiques particulièrement dans les domaines du politique et de l'administration. Mahaman Tidjani Alou explique les spécificités de la trajectoire de l'Etat nigérien postcolonial dans la diversité de ses niveaux de perception

(historique, économique, politique, culturel, etc...), les contraintes de son développement, les péripéties de sa construction et les différents cycles de sa croissance étant autant de problèmes liés à la formation de l'Etat. Cela conduit à des interrogations sur les substrats sociaux, économiques, politiques et culturels qui servent de bases à l'identification et l'analyse des groupes sociaux sur lesquels l'Etat a fondé sa domination sur les sociétés nigériennes ainsi que les alliances stratégiques qu'il a dû établir pour asseoir son pouvoir. Cette étude introduit en somme la question de la régulation du pouvoir d'Etat et de son mode de fonctionnement et va au-delà des préoccupations juridiques dominantes qui caractérisent l'analyse de l'Etat en sciences politiques. Il n'y a pas d'Etat durable sans un environnement viable. Au Niger, « environnement» signifie problèmes de vie ou de survie immédiate, nuance significative par rapport aux définitions des pays développés posées en termes de qualité de vie et de l'avenir de la planète. Au Niger, l'environnement c'est la disparition des ressources naturelles ou tout au moins les déséquilibres grandissants non régulés de façon endogène entre ces ressources et les besoins. La question de l'Etat et de l'environnement est abordée par Boubacar Yamba à travers une étude des théories et pratiques de gestion des ressources forestières de la période coloniale jusqu'à nos jours. Les nombreux programmes de protection et de restauration des milieux mis en place n'ont eu que des résultats peu encourageants. La plupart des stratégies mises en oeuvre apparaissent comme la sanction des échecs plutôt que le fruit d'une politique forestière concertée. Elles ont été créées le plus souvent pour répondre à une pression extérieure exercée par les bailleurs de fonds. Dagra Mamadou identifie le contexte du réseau de coopération bilatérale et les structures mises en place à cet effet, apprécie les résultats obtenus et dresse les perspectives à un moment où l'impératif d'intégration africaine s'impose - et est reconnu et accepté - comme une urgence pour les Etats du continent. A la différence des grands Etats et à l'image des pays pauvres, l'action diplomatique du Niger n'a jamais eu pour objectif une affirmation de puissance: elle a, au contraire, toujours consisté à oeuvrer en faveur du développement économique, social et culturel de la Nation. Toutes les initiatives et actions dans ce domaine ont pour l'essentiel concouru à tisser

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un réseau de coopération en vue d'atteindre, l'indépendance économique du pays.

puis

de consolider

2. La problématique de la démocratie
L'avènement du multipartisme au Niger, l'ampleur des conflits inter et intra-partisans pendant le processus de démocratisation, le retour de l'armée sur la scène politique depuis le coup d'état du 27 janvier 1996, imposent au moins une analyse critique du phénomène démocratique nigérien sinon un bilan qui permettrait d'envisager des perspectives nouvelles. Barké Adamou apporte la preuve de l'ancrage séculaire de la logique de gestion démocratique des rapports inter communautaires dans la société nigérienne. En effet, certaines institutions socioculturelles dont l'existence remonte à la période précoloniale, organisent la coopération intercommunautaire et inter-familiale sur le mode de la gestion démocratique du pouvoir. Cela suppose que les dispositions cognitives qui animent les interactions sociales matérialisant une telle coopération soient nécessairement structurées sur le schéma de la logique inhérente à toute gestion démocratique du pouvoir à savoir: la reconnaissance à chaque partenaire de la coopération, d'une certaine parcelle de pouvoir qu'il a le droit d'exploiter librement pour retirer le plus d'avantages possibles de cette coopération. Les structures cognitives qui animent ces institutions sont de nos jours encore vivaces particulièrement en milieu rural. De ce fait la démocratie, dans sa version moderne, ne pose pas toujours, comme on a tendance à le croire, des préoccupations majeures de reconversion des mentalités en milieu rural relativement aux rapports inter-ethniques. Abdoulaye Niandou Souley aborde l'avènement du pluralisme politique et de la compétition électorale par une analyse des causes internes et des facteurs externes à la base de la revendication démocratique et se penche ensuite sur les enjeux de la démocratisation, les forces politiques en présence et les perspectives d'avenir. La revendication démocratique est intervenue dans un contexte autoritaire qui s'est relaxé, c'est-à-dire sur fond de décrispation politique. Elle a trouvé un environnement international favorable, caractérisé par l'effondrement des modèles idéologiques dans les pays dits du "socialisme réel". Les forces en présence, quant à elles, se classent entre les partisans de la démocratisation et ceux qui y opposaient une résistance. 9

S'y ajoute le jeu concomitant des démocraties occidentales. Ces différents acteurs se sont déterminés et positionnés en fonction des enjeux à la fois économiques et politiques de la démocratisation. Cependant, s'agissant de ses effets, tout porte à croire qu'il s'agit d'une démocratisation mal comprise aussi bien par les acteurs du "haut" que par ceux du "bas". C'est aussi une démocratisation qui cherche encore sa voie (crise de la troisième République et Coup d'état militaire du 27 janvier 1996), et qui a surtout besoin de ressources pour se légitimer. C'est par ailleurs une démocratisation qui n'a pas encore changé la logique de fonctionnement de l'Etat. Pour l'instant, elle suit son cours avec une évolution en dents de scie, autrement dit, avec des hauts et des bas. Laouel Kader Mahamadou présente la démocratie nigérienne à l'épreuve du coup d'état militaire du 27 janvier 1996. Il identifie les ressorts juridiques de la douloureuse cohabitation qui bloqua pendant longtemps le fonctionnement des institutions de la troisième République et s'interroge sur l'impact réel du coup d'état et sur les nouvelles orientations du nouveau régime. Dans ce processus démocratique, Fatimata Mounkaïla démontre combien les femmes nigériennes sont absentes du partage des responsabilités politiques et administratives. Des lendemains de la deuxième guerre mondiale (qui marquent la naissance du nationalisme nigérien moderne) à aujourd'hui, les femmes semblent n'avoir été que des silhouettes perdues au milieu des acteurs de la politique du pays. Elles n'ont depuis ces dates, obtenu ni nom, ni renom politique en effet, alors même que les éléments potentiels sont nombreux qui devraient favoriser leur émergence. Comment expliquer que leur rôle politique s'amenuise alors que le passé précolonial et colonial regorge de figures féminines emblématiques? Comment expliquer le faible impact de leurs actions alors qu'elles ont montré de différentes manières et à diverses occasions leur capacité de mobilisation? Quels sont les obstacles qui s'opposent à la promotion politique des nigériennes et quelle est la logique qui sous-tend le sort qui leur est fait dans ce domaine? Ce que nous espérons, en tous les cas, c'est que les thèmes abordés ici apparaîtront au lecteur aussi importants qu'ils aient été ressentis par leurs auteurs, au cours des discussions passionnées qui se sont succédées au fil des séminaires organisés par le groupe de travail, et qui ont permis d'amender ou d'affiner les textes proposés. 10

Nous regrettons toutefois que des textes élaborés entre juin 1995 et avril 1996 soient édités si tard, et que certaines idées ou suggestions, novatrices à l'époque, puissent à présent apparaître moins originales. Les textes présentés demeurent cependant suffisamment stimulants et doivent inciter à nourrir les débats et à approfondir la réflexion. Autant qu'il l'a été pour nous, nous souhaitons que cet ouvrage puisse être, pour le lecteur, une source d'idées, de curiosités et d'inquiétude. Niamey, le 20 février 1999 Pr Kimba IDRISSA
Université Abdou Moumouni de Niamey (NIGER).

Il

Première partie

La formation de l'Etat

Kimba IDRISSA

La dynamique de la gouvernance : administration, politique et ethnicité au Niger
Kimba IDRISSA Faculté des Lettres et SciencesHumaines UniversitéAbdou Moumouni de Niamey. Après l'indépendance proclamée le 3 août 1960, l'histoire politique du Niger a été caractérisée par une quinzaine d'années de parti unique (19601974) et autant de régime militaire (avril 1974 -juillet 1991). Cette histoire politique dont la monotonie n'était interrompue que par quelques complots avortés intéressa peu les chercheurs. A y regarder de près, cet immobilisme politique n'est qu'une apparence car en réalité, depuis la proclamation de la République à nos jours, le Niger a connu plusieurs expériences en matière de construction de l'Etat-nation: parti unique, parti-Etat, Société de Développement, Conférence Nationale, démocratie pluraliste, régimes militaires. Tout ceci est passé inaperçu. Or voici que le Niger déftaie la chronique depuis l'avènement d'une démocratie issue de la Conférence Nationale, en posant des actes inédits dans l'histoire politique du continent: renversement d'alliance au sein de la classe politique, dissolution de l'Assemblée Nationale, cohabitation "à la ftançaise", etc... J'ai essayé de comprendre ces données du Niger contemporain dans leur filiation historique en me référant à un passé proche - la colonisation - qui permet de situer l'analyse dans la moyenne durée afm de cerner le plus étroitement possible les phénomènes de continuité et de rupture entre les différents âges historiques (colonial et post-colonial) ainsi qu'à l'intérieur de ces âges. La colonisation c'est fini, c'est dépassé. Ce n'est plus qu'un triste et lointain souvenir. Plus de 60 % de nigériens ne l'ont pas connue. Elle apparaît comme une sorte de parenthèse que l'indépendance serait venue refermer. Malheureusement, malgré les apparences, la période coloniale telle qu'elle a été vécue par les populations afticaines est probablement aujourd'hui la séquence la plus mal connue de toute l'histoire du continent. Comme phénomène historique, la formation de l'Etat nigérien relève d'un processus complexe d'interactions multiples. Et comme tout Etat postcolonial, le Niger est le produit d'un héritage dans lequel la part de la colonisation pèse encore lourdement sur les structures actuelles et bloque les

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réformes entreprises. Le cadre territorial, fruit du partage de l'Afrique, les institutions politiques et administratives conçues arbitrairement, l'éducation assez "française" de l'élite moderne, la politisation de l' ethnicité etc... sont autant de legs encore vivaces du passé colonial. Trente cinq ans d'indépendance n'ont pas réussi à effacer ces traces. On ne s'est pas beaucoup interrogé sur le poids et le mode d'intervention de la colonisation dans l'évolution contemporaine du Niger. Or toute préparation de l'avenir ne doit-elle pas se nourrir de la connaissance du passé? Aujourd'hui, à la fm du XXè siècle, à l'heure du bilan et des perspectives d'avenir, on doit s'inspirer de la connaissance de ce passé proche, car les problèmes actuels du Niger sont directement liés au processus de colonisation et de décolonisation. Le devoir d'agir sur le présent et de construire l'avenir impose une évaluation critique de notre héritage historique, sans complaisance. L'objectif n'est pas de faire une narration de "l'histoire coloniale" du Niger, comme il n'est pas non plus dans mon propos d'analyser la réalité politique nigérienne en privilégiant abusivement les causes "externes" au détriment des causes "internes". Le but est de rassembler, d'analyser et de livrer les éléments nécessaires à la compréhension de la réalité contemporaine du Niger: quelle est la part de l'héritage colonial dans le Niger d'aujourd'hui, au plan administratif, politique, socioculturel? Qu'est-ce qui a changé ( les éléments de rupture avec le passé) et qu'est-ce qui est resté le même ( les éléments de permanence) ? Sur ce dernier point, quels sont les éléments de gouvernance c'est-à-dire les modes de comportement, de gestion des affaires publiques, les pratiques politiques et sociales, les groupes ainsi que les structures les plus représentatifs? Comment l'Etat post-colonial a-t-il adopté et/ou adapté un tel héritage? Autant de questions qui offrent l'occasion de formuler une nouvelle problématique sur le devenir du Niger.

1. L'Héritage géopolitique

et administratif

1. 1. Le cadre territorial et le contexte régional
L'héritage le plus important et qui est resté inchangé est sans doute la situation géopolitique, c'est-à-dire, le cadre territorial et le contexte régional dans lequel évolue le pays. Au Niger, plus qu'ailleurs peut-être, toute

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approche des questions socio-politiques et économiques ne peut ignorer cette réalité. Le cas du Niger est en effet un exemple parfait du caractère arbitraire et irrationnel du découpage des frontières de l'Afrique. Pure création coloniale, confectionnée de toutes pièces, dernière-née du groupe A.O.F., sans potentialités économiques évidentes, la colonie du Niger était destinée, à première vue, à jouer un rôle essentiellement stratégique. A ce propos, certains auteurs ont considéré sa conquête et son occupation comme un "hasard, inutile et arbitraire" ( Lecoeur, 1969 : 24 ), un "accident" de "1'histoire" ( Buchanan, 1921 ). Pourtant sa conquête soulève enthousiasme, ambitions et rivalités, car il s'y greffe plusieurs mythes qui aiguisent les convoitises. D'abord les géographes arabes du Moyen-âge qui font du Sahara et de tout le Soudan de l'époque - c'est-à-dire toute l'Afrique occidentale intérieure depuis le Haut Sénégal jusqu'au lac Tchad - une "légende géographique" aux richesses immenses. A leur suite, les explorateurs européens puis les technocrates du chemin de fer transsaharien se passionnent aussi pour ces contrées inexplorées et mal connues. La conquête suscite beaucoup d'espoirs quant aux bénéfices à en tirer. Outre ces groupes d'intérêts, plusieurs autres (industriels, militaires, hommes politiques) ont joué, à différents niveaux, des rôles divers, mais tout aussi importants, qui aboutissent à l'intégration du pays dans la zone d'influence françaisel. Aussi, le territoire fut-il découpé sur les cartes de la façon la plus artificielle qui soit, à la suite de l'accord franco-britannique du 5 août 1890, qui fait d'un tracé allant de Say sur le fleuve à Barrouwa sur le lac Tchad, la ligne de démarcation entre les possessions françaises (au nord de la ligne) et les possessions anglaises (au sud). Les considérations économiques ont été les plus grands objets de polémique. Quelques instants après la ratification, Lord Salisbury, Premier ministre du gouvernement britannique, lance ce fameux commentaire qui a fait par la suite couler beaucoup d'encre;
1 Le Sahara, cette immensité désertique, mystérieuse et inaceessible, dans la perspective de la construction d'un chemin de fer transsaharien, devait servir de pont, de point de transit pour le commerce entre la Méditerranée et le Soudan. Des données surréalistes amplifièrent les mythes économiques. Ainsi la population du Soudan était estimée à 100 millions d'habitants et son commerce à au moins trois cents millions de francs par an. (Kanya-Forstner, 1969 : 61) et (Four, 1892). Sur les mythes industriels et commerciaux qui présidèrent aux projets du chemin de fer transsaharien et transafricains, voir: (Idrissa, 1987) et (Idrissa, 1996).

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"Quiconque regarde la carte et mesure les degrés, aura le sentiment que la France a établi son autorité sur une étendue considérable de territoire. Vous devez cependant juger d'une terre, non seulement par son développement mais par sa valeur. Cette terre est ce qu'un agriculteur appellerait une "terre très légère", c'est-à-dire le sable du Sahara. Donc la valeur de la part sur laquelle la France asseoit ses prétentions est de ce fait diminuée... Les terres laissées à la France sont des sols légers, très légers. Le coq gaulois qui aime à gratter la terre, y pourra user ses ergots... Quant à nous, la région riche, elle demeure." (cité par Fourage, 1979 : 79 et Gibbons, 1916 : 327). La conquête, puis l'occupation du territoire donnent raison à Salisbury. Les mythes de richesses s'émoussent progressivement. A la base de cette désullision, il faut mentionner l'aridité du climat, l'enclavement et l'immense étendue du pays, mais surtout l'absence de produits d'intérêt extra-afticain d'une part et d'autre part, les énormes problèmes de pacification. Que faire? Abandonner le territoire ou le disloquer pour intégrer ses parties dans les structures déjà existantes? Tel a été, à un moment, le dilemme. En fm de compte, il est impossible de reculer à cause de la nécessité de nouvelles extensions pour protéger et consolider les acquis. Le Niger "est un territoire de sacrifices, un mal obligé que nous supportons peut-être pour nous soustraire à un mal plus grand...,,2 Dès lors, l'occupation du Niger n'a, aux yeux du gouvernement ftançais, d'intérêt que politique et stratégique. Le Niger demeure ainsi pendant longtemps, essentiellement un complément dans la construction d'un empire ftançais en Aftique, une marche ftontière du désert, un trait d'union entre les possessions ftançaises d'Aftique et, enfm, une couverture militaire et politique vis-à-vis du Nigéria. Dès cette époque, le mobile stratégique constitue la justification majeure de la présence ftançaise au Niger. Cette importance stratégique est illustrée d'ailleurs par les propos du sénateur Borg, envoyé spécial d'Houphouët Boigny à Georges Condat président de l'Assemblée territoriale du Niger, peu avant le référendum du 28 septembre 1958 : "D'ailleurs il fallait être fou pour croire que nous ftançais, nous allions laisser partir le Niger. En perdant la Guinée, nous perdons des richesses.
2 Archives Nationales du Niger, Niamey: Rapport N° A74 du Lieutenant- Colonel Noël sur la situation politique du 3è territoire militaire, 1er trimestre 1903. 18

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Cela peut se remplacer. Mais si nous perdons le Niger, nous perdons l'Algérie. Nous ouvrons la voie à Nasser. Nous permettons la création d'un Grand Etat musulman de Lagos aux frontières algériennes."(Sawaba, 1961 : 43). L'espace nigérien contrôle en effet, trois issues clés en Afrique: d'abord la porte du désert qui donne accès au Maghreb et à la Méditerranée et protège les hinterlands algérien et tunisien contre les menaces anglaises, ensuite la porte du Tchad qui donne sur l'Afrique centrale et le Machrek, enfin la porte du fleuve qui occupe une position centrale en Afrique occidentale et donne accès à l'Atlantique. Les motivations politiques et de prestige l'emportent donc progressivement sur les raisons économiques. D'où la marginalisation du territoire, son sous-équipement et son maintien tardif au stade de colonie de réserve. Le processus de la formation territoriale illustre amplement ces propos. Le tracé n'a pas tenu compte des conditions locales. Il a été, en définitive, le fruit de l'arbitraire et du hasard, sans logique et sans aucune vue à long terme sur l'avenir économique. Le Niger apparaît comme un axe de communication démesurément long faisant la jonction entre les possessions trançaises d'Atrique du nord, de l'ouest, du centre et le Golfe de Guinée. C'est que les colonisateurs ont considéré le territoire non comme une colonie en devenir à laquelle il fallait assurer les conditions d'une viabilité future mais comme un complément dans la construction impériale. Les délimitations ont contribué à éroder les valeurs traditionnelles, à affaiblir les liens communautaires, à modifier les conditions économiques et à éloigner en outre des sociétés symbiotiques. Aucun des groupes ethniques qui y vivent n'a son extension complète dans le pays: les haoussa au Nigeria et au Bénin, les kanouri au Nigéria, au Tchad et au Cameroun, les toubou en Libye et au Tchad, les touareg au Mali,en Algérie et en Libye, les zarma et songhay au Mali et au Bénin, les gourmantché au Burkina Faso, les arabes en Algérie, en Libye et au Tchad. C'est le résultat bizarre issu des seuls intérêts des colonisateurs français et anglais. Trois données au moins font du Niger un cas particulier sur le plan de l'héritage territorial. D'abord, les frontières qui n'offrent aucun débouché sur la mer et dont quatre d'entre elles (Tchad, Libye, Algérie, Mali) sont tournées vers le désert. La principale frontière, celle du Nigéria, voit dès 1913, l'institution d'une barrière douanière qui accentue l'absurdité du 19

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découpage colonial (Idrissa, 1996). Toute la politique coloniale, tant économique qu'administrative, a consisté à isoler le Niger de son exutoire naturel, le Nigéria. Un dessein pour le moins irréaliste car peut-on effacer des liens séculaires consacrés par I'histoire, la géographie, la parenté et des intérêts communs bien compris? Ensuite, ce découpage colonial a placé le Niger entre deux univers culturels - l'Affique saharienne et l'Affique sahélienne ou, pour être plus prosaïque, l'Affique blanche et l'Afrique noire - ayant leur centre de gravité à l'extérieur du territoire. D'où la menace de forces centripètes qui pourraient conduire certains groupes à se détacher de l'ensemble nigérien. La Libye, d'une part, et dans une moindre mesure l'Algérie et le Nigéria de l'autre, constituent les centres de gravité de ces ensembles socioculturels. Enfin, la trop grande étendue du territoire, disproportionnée par rapport aux ressources intérieures qui ne peuvent pas couvrir les frais d'entretien. Cette question capitale a été au centre des préoccupations de toutes les administrations depuis la conquête jusqu'à l'indépendance: comment démembrer ou restructurer la colonie du Niger pour en faire un territoire à dimensions humaines dont les normes tiendraient compte au plus juste des affinités ethniques et politiques et des nécessités économiques? Plusieurs propositions sont faites dans ce sens (de Benoist, 1979 : 43-45, 117-126) : la fusion avec le Dahomey, dans la perspective de l'achèvement du chemin de fer Cotonou-Malanville; la fusion avec le Tchad en un gouvernement d'Affique centrale; la fusion des régions riveraines du fleuve avec le Dahomey et le Togo; la fusion des régions sahariennes avec celles de Mauritanie et du Soudan etc... Ce sont là les données et les réalités géopolitiques héritées de la colonisation. Des faiblesses, certes, mais qui ne sont pas immuables. Comment les régimes et les gouvernements successifs du Niger indépendant se sont-ils accommodés de ces contraintes? Comment construire et consolider une économie précaire, une unité ffagile dans un tel environnement géopolitique tout en préservant son indépendance? La question des frontières a été bien gérée par tous. En dehors des revendications territoriales du Dahomey de l'époque sur l'île de Lété en 1965 et de celles de la Libye (Bellot, 1980) sur les confms nord-est du Niger - autour de l'oasis de Toumo à la fin des années 1970 - il n'y a pas eu de contentieux ffontaliers majeurs. En ce qui concerne le Nigéria, les gouvernements successifs ont tous tenu compte de l'importance économique

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et du poids politique de ce puissant voisin. En effet, le gros de l'ethnie haoussa se trouve au Nigéria et elle représente plus de la moitié de la population du Niger. Tous les agriculteurs et commerçants situés sur cette frontière longue de 1500 km allant du fleuve Niger au lac Tchad sont attirés par le Nigéria, non seulement à cause de son économie de libre entreprise, mais aussi pour des raisons historiques et culturelles. Une telle analyse révèle l'enjeu que constitue pour les dirigeants: non seulement l'intégration des régions du centre et de l'est du pays dans l'ensemble nigérien, mais aussi l'équilibre de la nation à travers les relations avec son immense voisin du sud. Lors de la guerre civile du Nigéria, le président Diori Hamani se range aux côtés du gouvernement fédéral malgré les pressions de la France qui soutient la sécession biafraise (Martin, 1991). C'est assurément là un point de rupture important par rapport à la politique coloniale. Quant à la grande étendue du territoire, une fois l'indépendance acquise, il n'est plus question, évidemment, de la restructurer ou de la démembrer. Il faut désormais l'administrer dans les limites des frontières coloniales.

1.2. L'héritage administratif
L'actuel Etat nigérien est I'héritier des structures administratives mises en place par la France lors de la constitution de son empire colonial. La mise en place de cette infrastructure administrative constitue une phase-clé dans le processus d'élaboration et d'organisation de l'Etat colonial3. Aujourd'hui encore, trente cinq ans après l'indépendance, les legs de l'administration française pèsent lourdement sur les structures et les tentatives de construction nationale. Les conditions particulières de l'accession à l'indépendance ont amené le Niger - comme les autres pays de l'empire colonial français - à procéder à l'adoption pure et simple des institutions de la métropole, placage intégral et parfois absurde sur un corps social et des structures de production différents, par leur nature et leur évolution
3 La colonie formait en effet, une entité équivalant à celle de l'Etat, bien que présentant des caractéristiques précises: elle était coupée du noyau central dont elle dépendait sur le plan hiérarchique; elle était érigée sur la base d'un rapport de commandement avec un code distinctif et une culture du pouvoir sous l'égide d'une classe gouvernante spécialisée dans l'exercice du service colonial; elle était façonnée par sa vocation de domination.

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historique, de la réalité française. Les difficultés que rencontre l'administration à "coller" au pays ne sont pas sans rapport avec cette inadaptation aux réalités nationales. Du passé administratif colonial, le Niger a hérité de la langue de travail, des techniques et méthodes administratives, des lois et règlements qui, bien qu'ils aient fait leur preuve en France, ne sont pas toujours adaptés aux réalités locales. Le système colonial français, caractérisé par son autoritarisme et sa volonté de génocide culturel, ne peut pas placer parmi ses objectifs, la construction d'une nation nigérienne ou même un renforcement de l'unité nationale. Héritière du système jacobin de l'Etat centralisateur, l'administration française a bloqué l'épanouissement des diversités socioculturelles. L'établissement de l'administration coloniale au Niger a été un processus extrêmement lent et long. Même si les premiers traités de protectorat ont été signés par les chefs locaux à partir des années 1890, c'est-à-dire, six ans après que les Français installent leurs premiers postes dans l'ouest, c'est quinze ans plus tard qu'ils s'établissent de façon permanente dans le nord et c'est seulement vingt ans après que les régions Kanouri sont soumises à l'administration coloniale. La conquête du Tibesti, entamée en 1914, va être interrompue par la guerre. D'abord troisième territoire militaire, puis territoire militaire, le Niger n'accède au rang de colonie avec une autonomie administrative et financière qu'en juillet 1922. Les limites territoriales ne sont définitivement fixées qu'en 1947, date à laquelle les cercles de Fada et Dori sont restitués à la Haute-Volta. C'est une administration sommaire, économique et peu coûteuse qui va être mise en place, afin de gérer aux moindres frais un pays dont l'intérêt n'est plus que politique et stratégique. La première organisation territoriale répond à des impératifs militaires: occuper effectivement au plus vite les territoires reconnus comme appartenant à la France à la suite des accords internationaux, pacifier les régions et assurer la sécurité des routes commerciales. C'est d'abord les régions riveraines du fleuve qui sont investies, à partir des colonies du Soudan (actuel Mali) et du Dahomey (actuel Bénin). Elles ont été les premières à être intégrées dans les nouvelles structures politiques et administratives, qui vont évoluer selon un axe ouestest puis sud-nord, c'est-à-dire dans le sens de la progression de la conquête. Le découpage administratif comprend de la base au sommet: les postes, les secteurs, les cercles, les résidences, les régions. A partir des années 1930,

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avec les progrès de la "pacification" et des communications (routes et réseau télégraphique), l'administration devient plus lâche et le découpage ne comprend plus que les cercles divisés en subdivisions. La caractéristique principale de cette administration, c'est la prédominance de son caractère plutôt militaire que civil et plutôt politique qu'économique. Cette administration militaire fut autoritaire et sous-qualifiée. Elle apparaît moins unie, moins disciplinée qu'on ne le croit généralement. Malgré leurs avantages et privilèges, leur arrogance, leur brutalité, les militaires n'étaient cependant pas des super-hommes. On le voit à travers leur soif de puissance, leur appétit du gain, s'employant à spéculer sur le change pour retirer de substantiels bénéfices ou à faire des économies sur leur alimentation au risque de nuire à leur santé. Enfin les militaires, à l'évidence, ne furent pas de méticuleux gestionnaires. Les violations des règlements financiers témoignent de leur répulsion à s'encombrer de procédures. Bref: les militaires étaient des pragmatiques, peu soucieux des principes et plutôt préoccupés par la résolution au jour le jour de problèmes concrets, quotidiens. Même après le passage du territoire au régime civil et la création de la colonie en 1922, l'administration a conservé cette allure militaire. Jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale, Agadez, Bilma et Nguigmi sont des cercles militaires. Ce clivage dans l'organisation territoriale et ce caractère mixte de l'administration (militaire/civil) donnent l'impression d'une colonisation inachevée qui présente au moment de l'indépendance trois niveaux d'occupation de l'espace: l'ouest, première région conquise et passée au régime civil dès 1913, le centre demeuré tiède et réservé, et enfin le nord et l'extrême Est, maintenus sous régime militaire et toujours hostile. Les lignes de ce clivage entre, d'une part, une "colonie du sud" anciennement conquise, sous administration civile et proche du gouvernement central et, d'autre part, une région nord sous régime militaire, ont survécu à la colonisation. Les régimes qui se sont succédés après l'indépendance ont maintenu ce caractère mixte de l'administration et ont placé des militaires à la tête de certaines circonscriptions. C'est le président Kountché, chef d'un régime militaire, qui renoua avec cette tradition. Ce clivage nord-sud fut une permanence de la période et explique sans doute la naissance de la rébellion touareg à la fin des années 80.

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En tant qu'institution-clé de l'organisation du pouvoir et de l'administration des sociétés précoloniales, la chefferie dite traditionnelle a été massivement mise à contribution pour asseoir le système colonial. Les chefs ont été des auxiliaires précieux, surtout au Niger, où l'on opta dès le départ pour une administration sommaire et peu coûteuse. Faute de moyens, dans un territoire aussi vaste avec des populations dispersées et difficilement accessibles parfois, et surtout avec lesquelles la communication pose problème, la chefferie constitue une aubaine, une structure administrative gratuite que l'on ne tarde pas à exploiter. Le terme chef - européen et péjoratif - est ambigu. Il peut désigner aussi bien le souverain d'un Etat solidement structuré que le petit notable qui règne sur un village. Outre qu'il est l'émanation du monde rural, son prestige dû à sa richesse ou sa position sociale et personnelle peut être utilisé au service de l'administration. Les chefs constituent en ce sens la classe politique rurale. Alors que les "évolués" sont considérés comme déracinés, les chefs sont au contraire appréciés pour leur enracinement dans la communauté villageoise avec laquelle ils ont des contacts directs et confiants. Malmenée quelques fois, surtout aux premières heures de la colonisation, la chefferie n'a jamais été sacrifiée ou ignorée. Dans l'ensemble, partout, les Français sont contraints d'utiliser de manière intensive, les chefs surtout en période de crise (révolte, recrutements militaires pendant les guerres, le régime de Vichy, famines, etc...) et beaucoup moins qu'en période de calme et de prospérité. L'administration coloniale a voulu faire de cette institution un organe d'action et de consultation d'abord à travers les conseils de notables créés dans les cercles à partir de 1919. Présidée par le commandant de cercle, cette assemblée consultative donne son avis surtout sur les charges de colonisation que la population doit supporter: impôt et taxes diverses, réquisitions de main-d'œuvre, recrutement etc... Les conseils ont été inefficaces car les notables n'émettent pas leur opinion personnelle, préférant s'en remettre au membre le plus influent, en l'occurrence le commandant de cercle. Ensuite, la chefferie a été dotée de textes législatifs définissant ses attributions et ses avantages. Des statuts sont élaborés en 1932 précisant les conditions de recrutement des chefs, leur rémunération et leur formation. Un arrêté du Il janvier 1936 fixe leur statut et les divise en 3 catégories: chef de village ou de tribu, chef de canton ou de groupement, chef de province. Par la suite, plusieurs autres actions allant dans le sens d'une amélioration de leur formation - un chef doit savoir lire et écrire selon 24

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l'une des conditions de recrutement - sont envisagées: en 1937, projet d'attribution aux principaux chefs du pays d'un secrétaire ayant de bonnes connaissances des pratiques de l'administration coloniale et qui doit assurer une collaboration étroite de la chefferie avec le cercle; projet de création à l'Ecole Primaire Supérieure de Niamey d'une section pour fils et neveux de chefs, mais il resta sans suite. Avec la seconde guerre mondiale, plus de la moitié du personnel européen de commandement est mobilisé. La responsabilité et l'autorité des chefs sont accrues. En 1942 est promulgué un nouveau code pénal indigène frappant d'une peine pouvant aller jusqu'à 6 mois de prison le délit d'opposition à leur autorité. Enfm, un arrêté local du 3 juillet 1944 classe les chefferies de province et de canton en catégories et échelons, et fixe les soldes afférentes ainsi que les conditions d'avancement. L'octroi de soldes substantielles vise à les faire participer de manière plus effective et plus active à l'administration territoriale. Cependant, la rémunération des chefs du Niger fut une misère par rapport à celle des chefs de la Côte d'Ivoire par exemple. Enfin, si des textes législatifs, même timides, ont tenté de redresser la situation des grandes chefferies, il n'en est pas de même pour les petits, c'est-à-dire, la multitude de chefs de village en contact direct avec la population. Leur situation fut des plus dures. Incapables de faire face aux charges qui leur sont demandées, compte tenu de l'extrême pauvreté de leurs administrés, nombre d'entre eux durent abandonner leur fonction laissant les français avec une sérieuse crise de commandement. Quoiqu'il en soit, et malgré toutes les vicissitudes qu'elle a dû vivre, la chefferie a conservé un rôle non négligeable dans la gestion des affaires publiques. Elle constitue un maillon essentiel du monde rural. Le rôle de relais dans le contexte des populations locales que lui assigna l'administration coloniale a été maintenu après l'indépendance, de sorte que le canton, placé sous l'autorité de son chef: représente aujourd'hui l'échelon de base de la structure politique et administrative. Depuis l'indépendance, tous les régimes apportèrent leur soutien à l'institution en même temps qu'ils envisagent de réhabiliter, rénover et moderniser la profession. Sous le régime du président Baré, un conseil des sages rappelant curieusement le conseil des notables de l'ère coloniale, a été créé. Sur proposition du dit conseil, la commission constitutionnelle du forum pour le renouveau démocratique a retenu la création d'une deuxième chambre législative qui serait constituée, entre autres, de chefs traditionnels et représentants des 25

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minorités. Ces nouvelles institutions viendraient renforcer, à leur tour, le rôle de la chefferie dans la gestion des affaires du pays. La chefferie sert donc encore à l'encadrement de la majeure partie du peuple nigérien et chacun reconnaît qu'elle est susceptible de contribuer à l'élaboration d'un système administratif mieux adapté au pays, à la fois "moderne" et "national". Certes, toutes les chefferies n'ont pas connu la même histoire et toutes ne pèsent pas du même poids sur le plan traditionnel. Cela tient essentiellement aux conditions de leur création. Certaines plongent leurs racines dans un passé immémorial tandis que d'autres ne sont que des créations artificielles et relativement récentes (Séré de Rivières, 1967). Aussi tous les cantons ne reposent-ils pas sur la même base sociale et leurs chefs ne pèsent pas tous d'un poids identique. Leur autorité varie beaucoup d'un cas à l'autre, selon l'histoire particulière de chacun et les conditions de son choix. Les chefs de province jouissent d'un grand prestige. Toutefois, ils sont peut-être moins proches de la réalité du terrain que peuvent l'être certains chefs de canton qui entretiennent un contact plus direct avec les villageois. Enfm, la chefferie villageoise, bien que ne représentant pas un pouvoir fort - car ne disposant d'aucun moyen de coercition pour faire respecter ses décisions - remplit cependant un rôle essentiel comme porte-parole d'une volonté générale et comme un arbitre dont les avis s'appuient sur le droit coutumier afm de régler les conflits entre les individus. Elle est aussi, depuis longtemps, directement ou par le relais de la chefferie de canton, l'intermédiaire entre la population paysanne et l'administration (Sidikou : 11-13). L'Etat post-colonial, comme son prédécesseur, est demeuré dans l'ensemble un Etat de "l'indirect rule" c'est-à-dire un Etat minimal où l'essentiel du travail d'encadrement, d'administration de la justice, de collecte des taxes, de relais et de collecte des informations est encore assuré en milieu rural, à des degrés divers, et à différents niveaux, par les chefs. Cette situation liée à des considérations historiques et socioculturelles fait qu' aujourd 'hui encore le nigérien s'identifie à ces terroirs traditionnels plutôt qu'à l'Etat-Nation. Le terroir est en effet, une entité physique et socioculturelle homogène et concrète dans laquelle s'épanouit le nationalisme ethnique. Cela expliquerait peut-être pourquoi, d'une part, ni l'Etat colonial, ni l'Etat-Nation, n'a pu intégrer ou plutôt capter- pour reprendre l'expression de Goran Hyden(1980) - la masse de la paysannerie dans ses institutions et pourquoi, 26

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d'autre part, la société résiste en cherchant à préserver son identité fondamentale et en privilégiant l'appartenance au terroir. Les institutions administratives coloniales et post-coloniales constituent le réceptacle de cette double dialectique, le lieu d'affiontement de ces deux logiques, celle de la captation et de la résistance. De ce point de vue, il y a un extraordinaire phénomène de permanence car la résistance des sociétés à l'Etat entamée depuis l'époque coloniale continue toujours. Dans sa stratégie de conquête de la société, l'Etat colonial s'est exclusivement appuyé sur les ressources administratives. C'est un système étatique caractérisé par l'hégémonie de l'administration dans le fonctionnement de l'Etat sans recours aux institutions politiques de type électif (Assemblée ou parti politique). Dans cet Etat administratif (Bourmaud, 1991 : 245-246), les flux qui relient l'Etat à la société sont monopolisés par l'Administration, d'où la grande difficulté de légitimation pour l'appareil d'Etat. Comment imposer d'en haut une organisation bureaucratique à un tissu social ignorant dans la plupart des cas un tel mode de gestion publique? Si l'Etat colonial s'ouvre à des institutions de type électif à partir de 1945, il n'est pas mis fm pour autant à cette longue période de tension entre la société et l'Etat. Sitôt mis en place, l'Etat indépendant va prendre une forme particulière, caractérisée par le développement d'une idéologie de l'intérêt commun, la répression des intérêts particuliers et l'interdiction de leur expression au nom de la nécessaire unité nationale. Cette forme d'Etat bonapartiste4 prévalut aussi bien dans le régime à parti unique que dans le régime militaire et ne prit fm qu'avec l'avènement de la démocratie dans les années 1990. Même durant cette période, le recours à des institutions politiques électives - en tant que moyen permettant de légitimer l'administration comme bras séculier de l'Etat - n'a pas permis à celle-ci d'assurer le contrôle social et de se faire accepter par la société. La raison de ce blocage est simple et n'est d'ailleurs pas spécifique au seul cas du Niger. La greffe du modèle de l'Etat occidental ne pouvait pas prendre sur des sociétés relevant d'une autre histoire et ayant une tradition et une conception différentes du pouvoir. Cette greffe, faite de l'extérieur, grâce à l'importation de concepts et d'institutions étrangers à la culture du
4 Ce système a été décrit par Magnant pour le Tchad de l'après indépendance (Magnant, 1991 : 178).

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peuple n'a donc pas pris. Car, même en Europe, le modèle a une longue histoire et il n'a pu être intégré, assimilé et intériorisé qu'à travers un héritage culturel patiemment élaboré et par strates successives. Comment ce modèle administratif: basé sur les principes d'unité, de centralisation du pouvoir, de l'individualisme, de la comptabilité économique, de la bureaucratie et lié à la primauté de l'écrit pouvait-il faire bon ménage avec des sociétés nègro-afticaines où prédominent la pluralité du pouvoir et de l'espace, la communauté familiale, base du système de gestion à la fois économique, social et politique, la vertu du verbe, la civilisation de l'oralité et enfin une conception complexe du réel où coexistent le monde visible et le monde invisible? L'Etat post-colonial reste profondément marqué par la volonté d'hégémonie et l'autoritarisme de l'Etat colonial-lui-même héritier du modèle occidental - dont il a emprunté le style de commandement péremptoire et sans partage qu'il applique dans d'innombrables occasions. Le profil charismatique et totalitaire des dirigeants actuels est bien un héritage de l'administration coloniale et non une tendance naturelle de la tradition afticaine. Certains regrettent d'ailleurs cette dureté issue des habitudes de l'Etat colonial, soutiennent que les mentalités afticaines ne peuvent s'accommoder de régimes démocratiques et militent en faveur de l'instauration d'Etat forts. En fait, ce "pouvoir fort" de l'époque coloniale était le seul moyen de gérer la combinaison monstrueuse de ces deux types de pouvoir. Et, naturellement, puisque cet "Etat-monstre" existe toujours - à défaut d'une réforme radicale de l'Etat-Nation, condition d'une stabilité politique et d'un développement économique - la tentation ou le risque d'un pouvoir totalitaire sont toujours grands6.
S C'est en particulier l'idée de Crawfort Young: "La "dureté" issue des mentalités et des habitudes de l'Etat colonial a été sapée de l'intérieur par la "clémence" inhérente au système politique patrimonial et clientéliste qui a permis à la société civile de s'infiltrer dans l'Etat, de passer outre à ses restrictions autoritaires et de transformer finalement son apparence despotique en une carapace creuse" (Young, 1990 : 45). 6 Je mets Nations au pluriel parce que la réalité, ce n'est pas la Nation, mais plutôt les Nations, les nationalités et les peuples.

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Dans ce contexte, l'Etat nigérien - comme les autres Etats africains d'ailleurs - s'il n'est pas un échec est au moins d'une fragilité dramatique car il n'a pas pu réaliser la mission qui présida à sa création: le dépassement de la contradiction entre les sociétés "traditionnelles" et le modèle occidental. Que l'on soit sous le règne du parti unique, du régime militaire ou d'une démocratie pluraliste, les principes culturels "traditionnels" - c'est-à-dire pluralistes - gouvernent toujours les rapports sociaux. Nul n'ignore, en effet, la forte pesanteur des relations sociales dans le système d'administration ni cette "économie de l'affection" très forte au niveau du tissu social africain, faite de solidarités spontanées, où prédomine l'efficacité sociale au détriment de la rationalité bureaucratique et de l'efficacité économique. On a ainsi parlé d'''Etat clément"7, de système politique clientéliste8, patrimonial et néo-patrimoniaI9. Clémence, clientélisme et patrimonialisme constituent la revanche des sociétés sur l'Etat. C'est grâce au clientélisme, qu'elles ont pu intégrer le mode d'organisation étatique. En effet, d'un point de vue abstrait, l'Etat colonial se défmit en premier lieu par l'impersonnalité de ses règles. Avec l'indépendance, l'Etat désormais "africanisé", renoue avec la forme
7 Le concept de 'l'Etat clément" est dû originellement à Gunnar Myrdal, Asian drama, New-York, Panthéon, 1968, I, p. 66 (traduction ftançaise : Le drame de l'Asie: Enquête sur la pauvreté des Nations, Le Seuil, 1976). Il a été repris et développé par Hyden: "Les mécanismes de l'Etat clément représentent l'antithèse du type d'efficacité économique nécessaire à la croissance et au développement. Le phénomène de l'Etat "clément" se révèle particulièrement néfaste dans le cas de l'Attique en raison de son secteur public tentaculaire. L'appareil gouvernemental ne se borne pas à assurer les services publics de base, à percevoir les impôts et à maintenir l'ordre public, mais il se mêle aussi de toutes sortes d'activités économiques, avec souvent de très fâcheuses conséquences". (Hyden, 1983 : 65). 8 Selon la définition classiquement adoptée, le clientélisme est conçu comme "un rapport de dépendance personnel non lié à la parenté, qui repose sur un échange réciproque de faveurs entre deux personnes, le patron et le client, qui contrôlent des ressources inégales"(Médard, 1976 : 104). 9 Dans le système patrimonial, les dirigeants traitent toutes les affaires politiques, administratives ou économiques comme s'il s'agissait d'affaires personnelles. TIy a une confusion entre domaine privé et domaine public. Sur la question voir (Roth, 1968) et (Médard, 1980, et 1983, 1991).

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personnalisée, relationnelle et "affective" du pouvoir. L'équilibre social ancien cherche à se perpétuer à l'intérieur du nouveau système politique. Sous Diori Hamani, les ministres étaient choisis en fonction de leur capacité à s'affirmer comme leaders d'un espace politique local. La plupart d'entreeux étaient chefs ou issus de familles de chefs. Et puis des fonctionnaires deviennent chefs, des chefs deviennent ministres. Ainsi, l'Etat légué par le colonisateur renoue avec les valeurs de I'héritage précolonial et se reconstruit sur la base de ces valeurs. Progressivement, appareil administratif et pouvoirs traditionnels tendent à se confondre, à fusionner. Le nouvel appareil d'Etat a désormais une double légitimité: celle du colonisateur et celle de la tradition africaine Cette utilisation de la chefferie à des fins politiques n'a pas toujours profité à l'institution surtout sous le régime Diori, comme l'explique Garba Sidikou, Secrétaire Général de l'association des chefs traditionnels. "Au lendemain de l'indépendance, la chasse aux sorcières qui a suivi l'évincement du SAWABA, les règlements de comptes consécutifs à la mise en place du parti unique, surtout la subordination des instances administratives à celles du parti et aussi le remplacement des administrateurs par des militants parfois sans formation ni scrupules, ont abouti à la mise à l'écart, sans aucune délicatesse, des chefs qui avaient pourtant aidé le RDA à accéder au pouvoir. Les commissions villageoises, cantonales et provinciales de l'époque coloniale ont été remplacées par les structures du parti (comités de quartier, de villages et de cantons) et les conseils des notables au niveau des circonscriptions administratives par des conseils d'arrondissement sans les chefs... Les chefs... sont ainsi écartés de l'exercice du commandement pour n'être sollicités que pour les tâches les moins reluisantes de police (en cas de litige ou conflit) et de récupération des impôts ou des cotisations qu'aucun comité de parti ne s'est offert pour accomplir."{Sidikou, s.d. : 12) A l'Etat administratif succède donc un Etat clientéliste, mais d'un clientélisme administratif qui devient une réalité de l'appareil d'Etat jusqu'au coup d'état militaire d'avril 1974. En 1960, en effet, la première tâche a été d'occuper les postes abandonnés par le colonisateur. Le parti unique (Parti Progressiste Nigérien) occupe tous les espaces institutionnalisés et les démembrements de l'Etat (départements ministériels, Sociétés d'Etat ou mixtes, collectivités locales) deviennent le 30

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moyen privilégié de s'attacher les clientèles notamment à travers l'accès aux emplois. D'où le gonflement de l'administration et l'omniprésence de l'Etat. Les problèmes actuels du sur-effectif de l'administration trouvent sans doute là leur origine. Le caractère clientéliste explique ainsi l'une des caractéristiques majeures des gouvernances de l'après indépendance: la personnalisation du pouvoir. D'où l'importance des réseaux clientélistes et de prébendes basés sur une élite qui y est étroitement enracinée mais qui n'hésite pas à abandonner les régimes dès que les ressources patrimoniales commencent à fondreIO. Tout cela laisse la voie ouverte à une nouvelle forme de corruption sournoise et subtile, née avec l'indépendance et qui constitue aujourd'hui une des plaies majeures de l'administration Il. L'occupation d'une quelconque parcelle de pouvoir donne droit à l'extorsion d'un dû pour services rendus. Cette dimension prédatrice de l'administration explique sans doute la désaffection des populations à l'égard de l'Etat (Bratton et Van de Dalle). Un autre aspect de ces faits de permanence et de rupture entre les Etats colonial et post-colonial réside dans le mode d'organisation de l'espace politico-administratif qui concentre dans la capitale et les principaux centres urbains les services publics et les pouvoirs de décision. Cet aspect si souvent négligé, est pourtant me semble-t-il, au centre de la problématique de la "nouvelle gouvemance" à savoir la répugnance des autorités centrales à déléguer leur pouvoir à des institutions extérieures. Le refus de la décentralisation de l'autorité entre les mains d'institutions indépendantes de gouvernance locale fait qu'une bonne partie de l'énergie sociale du pays est gaspillée à cause d'un manque de liaison entre un centre tout-puissant et des
10 La prébende est définie comme "un office de l'Etat qu'un individu se procure soit par un examen oral, soit comme récompense pour des services loyaux rendus à un seigneur ou un dirigeant". (Joseph, 1987 : 55). Il Je ne nie pas l'existence de phénomènes de corruption sous la colonisation. Les interprêtes, courroies de transmission et interlocuteurs privilégiés du commandant blanc en matière d'administration, ont profité de cette situation stratégique pour se livrer à des extorsions de biens. Wangrin, le personnage du roman d'Amadou Hampaté Ba décrit fidèlement ce système: L'étrange destin de Wangrin ou les roueries d'un interprête africain, Paris, Union Générale d'Edition, Collection 10/18, 1973.

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communautés périphériques. La désaffection des populations à l'égard de l'Etat réside aussi dans cette absence de structures gouvernementales indépendantes fonctionnant à l'échelon local (Hyden, 1992). Le Niger voudrait y remédier avec un nouveau découpage administratif proposé en mars 1996 par une commission spéciale qui prévoit la création de 13 régions, 55 départements, 155 arrondissements et 774 communes dont 156 urbaines et 618 rurales. Il se pose cependant trois gros problèmes: les moyens fmanciers pour rendre opérationnelles les futures unités administratives, les moyens de protection de cette jeune et authentique démocratie locale afin qu'elle ne soit pas confisquée par l'élite et les citadins, la formation des élus et des citoyens. Ce refus de la décentralisation est également en relation avec la marginalisation de la société civile, qui est un des traits des gouvernements de l'après indépendance. La vie politique et la vie associative étaient plus actives et plus diversifiées sous la colonisation. Le régime de parti unique et le régime militaire ont tous freiné toute activité politique indépendante qui souhaiterait se faire jour hors du réseau institutionnel tenu en main par l'Etat (P.P.N./R.D.A., Mouvement National pour la Société de Développement MNSD/Parti-Etat). Le faible niveau de culture politique constaté aujourd'hui est sans doute en rapport avec le muselage des partis politiques et associations pendant trente ans. La justice dont le fonctionnement est entravé par les difficultés de l'instauration d'un véritable Etat de droit est aussi un aspect de la question. L'administration coloniale eut à modifier profondément les structures de la justice traditionnelle. Elle prit en charge la justice pénale et laissa le règlement des affaires civiles et coutumières à la chefferie tout en organisant progressivement ce domaine. La justice alors en vigueur qui a eu le mérite d'être écrite était surtout conçue et appliquée par rapport aux intérêts du colonisateur. Aujourd'hui encore, la juxtaposition de trois sources de droit (coutumier, islamique et français) ne facilite pas le rapprochement entre les justiciables et la justice, surtout lorsque celle-ci s'obstine à garder son accoutrement d'une époque révolue, à refuser l'utilisation des langues nationales et à marginaliser les droits coutumier et islamique à travers lesquels se reconnaît pourtant l'écrasante majorité des nigériens. Même avec l'avènement de l'ère démocratique, l'Etat de droit est à consolider. Il est d'autant plus fragile que les dirigeants eux-mêmes ont tendance à en ignorer les normes. D'où la persistance des vestiges d'autocratie et d'hégémonie de l'Etat colonial et la menace toujours plus grande de la dérive totalitaire. 32

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Dans tous les cas, la démocratie n'a apporté aucun changement à la logique de fonctionnement de l'Etat. Enfm, on ne peut clore ce chapitre sur l'héritage administratif sans évoquer l'extraordinaire déficit de communication entre administrateurs et administrés, entre les dirigeants et le peuple, de l'époque coloniale à nos jours, accentuant ainsi la coupure nette entre une élite qui doit sa position privilégiée à la seule connaissance de la langue française et la masse de la paysannerie. Tout comme l'ancien commandant de cercle blanc, aujourd'hui encore, beaucoup de responsables des unités administratives ont recours à des interprètes pour s'adresser au peuple même lorsqu'ils sont locuteurs natifs de la langue de la région. La réhabilitation des langues, ou plus globalement celle de la culture, constitue sans doute la première exigence d'une administration qui "colle" aux réalités nationales et qui se veut au service du peuple. C'est aussi la condition d'un développement politique véritable.

2. L'héritage politique
Comme l'administratif: le volet politique présente aussi, à certains égards, une remarquable continuité tant sur le plan des acteurs, de la participation du peuple à la chose publique que sur celui des enjeux de politique intérieure. Cependant des événements marquants (coup d'état militaire de 1974, avènement d'une démocratie pluraliste à partir de 1990) ont, dans certains domaines, marqué une rupture radicale notamment en renouvelant les données du scénario politique. Mais avant tout, il convient de connaître et de comprendre les fondements de cette vie politique moderne depuis ses premiers balbutiements.

2. 1. Les réformes

institutionnelles

et les mutations

politiques
Le système colonial étant un régime d'exception, on ne peut parler de vie politique normale avant les premières libéralisations de 1946. La loi de juillet 1901 limitait déjà les regroupements des africains en associations dans les colonies. L'administration coloniale chercha à mettre en place un appareil dépolitisé et s'efforça d'expulser la politique de toutes les

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manifestations de la vie des populations autochtones. Les réformes issues de la conférence de Brazzaville ( janvier-février 1944 ) étaient plus sociales que politiques car, non seulement il n'y avait aucune perspective même lointaine d'indépendance ou de self-government, mais la fidélité au principe de l'assimilation fut renforcée. L'accélération de l'évolution politique a été l'œuvre de la Quatrième République dont la constitution consacre la création de l'Union Française nouvelle appellation de l'Empire colonial - formée de la République et des territoires d'outre-mer - nouvelle appellation des colonies. En tant que territoire et membre de l'Union Française, le Niger peut désormais acquérir une représentation politique propre, tant au niveau local qu'au sein de la République. C'est le point de départ d'une profonde mutation institutionnelle et d'une véritable vie politique. Le décret du 25 octobre 1946 institue, pour la première fois au plan local, une assemblée représentative, appelée Conseil général, sur le modèle des assemblées des départements français. La loi électorale retient le principe du double collège. Le premier collège (étendu) composé des "citoyens de statut civil" (les Européens) élit dix conseillers généraux avec deux circonscriptions électorales et le deuxième collège (restreint) regroupant les "citoyens ayant conservé leur statut personnel (essentiellement les autochtones) en élit vingt avec huit circonscriptions. Les élections se déroulent les 15 décembre 1946 et 5 janvier 1947. Les partis politiques étant encore embryonnaires, ce sont les chefs qui sont élus. Un des leurs, Moumouni Aouta Zarmakoye, chef de province de Dosso, devient premier président du Conseil général. Les réformes politiques contenues dans la constitution de 1946 s'avèrent limitées. D'abord parce que dans la réalité la ligne de démarcation entre citoyens et sujets subsiste dans son fond. La distinction entre citoyens de statut local et citoyens relevant du code civil français est à peu près conforme à l'ancien régime de ségrégation régi par le code de l'indigénat. Ensuite, compte-tenu de la taille relativement modeste de l'électorat africain et du nombre limité d'africains admis dans ces assemblées, on était loin du principe républicain de : un homme une voix. Enfm, malgré ces réformes, les commandants de cercle ou de subdivision demeurent toujours les vrais chefs de ['empire. Face à un conseil territorial encore très faible, ils continuent à exercer plus ou moins les mêmes fonctions d'avant-guerre, 34

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même si les colonies en devenant des territoires d'outre-mer ne sont plus gouvernées par des décrets administratifs mais par des lois votées par le parlement. Au Niger, plus tardivement que dans les autres colonies, il faut attendre les années 1950 pour voir se mettre en place une nouvelle génération d'administrateurs de haut niveau, des technocrates sortis de l'Ecole Nationale de la France d'Outre-Mer (ENFOM), qui va se rallier au changement avec plus ou moins de bonne grâce, et qui après l'indépendance gardera encore une bonne place dans le nouvel Etat indépendant. Les transformations institutionnelles se poursuivent sous la pression des luttes menées localement, de la montée des nationalismes avec la multiplication des foyers de tension (guerres d'Indochine et d'Algérie) et des cadres de concertation (Conférence de Bandung). La loi du 6 février 1952 transforme le Conseil général en assemblée territoriale, tout en maintenant les deux collèges: 15 conseillers pour le premier, 35 pour le second, élus en mars 1952. En 1954, Niamey, Maradi et Zinder sont érigées en communes mixtes. En 1955, le parlement vote une loi créant 26 communes de plein exercice en A.O.F. dont une seule pour le Niger (Niamey). Zinder devient commune de moyen exercice. Mais finalement, pour éviter tout risque de conflit sanglant en Afrique noire, le gouvernement français engage avec la loi-cadre du 26 juin 1956 une plus grande libéralisation du régime politique qui va conduire à l'autonomie. La loi-cadre met en place dans les territoires des assemblées élues au suffrage universel et au collège unique dotées de pouvoir délibérant. Elle institue des conseils de gouvernement investis de pouvoirs de décision en matière d'administration locale. Pour la première fois, on peut parler d'une participation "nationale" à la gestion des affaires du pays, même si cette participation est limitée aux problèmes locaux et toujours sous le contrôle de l'autorité coloniale puisque le Président du Conseil de Gouvernement reste de droit le Gouverneur du territoire. Une timide politique de décentralisation est également amorcée avec la désignation de représentants élus de chaque cercle comme membres des conseils locaux de notables qui prennent désormais la forme d'assemblées délibérantes statuant sur les questions importantes de la vie des cercles, notamment la taxe de cercle instituée en 1951. Après 1955, chaque cercle dispose de l'autonomie financière.

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2.2. Les pratiques politiques
Si les premières élections ont été dominées par les influences personnelles des notables et chefs traditionnels, compte tenu de la faible assise des partis politiques, la situation va évoluer rapidement. En effet, les nouvelles règles du jeu imposent les Hévolués H comme les seuls leaders possibles, les seuls interlocuteurs valables d'un point de vue culturel. L'ambiguïté de la nouvelle situation donne l'impression d'un transfert d'autorité des chefs traditionnels vers les nouveaux députés. Le premier parti politique, le Parti Progressiste Nigérien (P.P .N) voit le jour le 12 mai 1946 et devient section locale du Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A) en septembre 1947 avec comme principaux leaders Diori Hamani, Djibo Bakary, Boubou Hama et Issoufou Saïdou Djermakoye. Des divergences diverses (orientation politique, questions de personne, modalités d'alliance avec la chefferie ou l'administration) entraînent des scissions successives qui donnent naissance à plusieurs partis: l'Union Nigérienne des Indépendants et Sympathisants (U.N.I.S) le 31 mai 1948, le Bloc Nigérien d'Action (B.N.A) et l'Union Progressiste Nigérienne (V.P.N) en mars 1953, l'Union Démocratique Nigérienne (V.D.N) en 1954 qui devient plus tard le Mouvement Socialiste Africain (M.S.AlSAWABA) en 1957 (Chaffard, 1965). Quels furent les traits dominants de cette fièvre politique et comment la situation a-t-elle évoluée depuis l'indépendance? 2.2.1. Au niveau des chefs Les réformes politiques d'après-guerre ont, dans un premier temps, sérieusement ébranlé les chefferies traditionnelles. La baisse de leur prestige et de leur autorité face à l'émergence de l'élite moderne a été surtout nette dans les régions où elles n'ont aucune tradition organique et où l'on assiste à une véritable crise de l'autorité12. Mais par la suite, elles se sont ressaisies et
12 Cela apparaît clairement dans les rapports politiques dès le début de l'année 1946. "En ce qui concerne les chefs, il me semble que peu nombreux sont ceux qui ont compris que leur sort se joue et qu'ils risquent, avant longtemps, de faire figure de "ci-devants". Tous sentent cependant que le commandement devient plus difficile qu'auparavant et s'en plaignent. TIen est peu, à mon sens qui sauront s'adapter à la

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ont concurremment adapté leur action à la ligne des réformes de structure en cherchant à prendre part à la politique, dont elles ont subi les effets, par la voie d'élections au Conseil général ou même au Grand Conseil d'AOF. A partir de cette époque, la chefferie va jouer un rôle déterminant et constant dans l'équilibre politique du pays, soutenant tantôt l'un tantôt l'autre des partis, suscitant même la création d'un parti politique au gré de leurs intérêts et sous l' œil toujours complice de l'administration coloniale. Plusieurs exemples illustrent ce fait majeur de cette vie politique. - Dès la naissance du P.P.N en 1946, Issoufou Saïdou Djermakoye, issu de la chefferie de Dosso, est choisi comme premier responsable en raison surtout du prestige que lui confèrent ses origines aristocratiques. - Les déclarations extrêmement critiques que le P.P.N.IR.D.A. formule à l'endroit de la chefferie favorisent - entre autres - la création d'un parti de notables suscité par l'administration. L'V.N.I.S., dirigée par Issoufou Djermakoye, Georges Condat et Zodi Ikhia regroupe surtout des chefs de canton ou apparentés, tous conseillers généraux. Pure création de l'administration ou réaction d'autodéfense des chefs? Probablement les deux à la fois. Dans tous les cas, le succès de l'U.N.I.S. est fantastique. Dès juin 1948, il remporte la majorité des sièges du 2ème collège du Conseil général (15 contre 5 au R.D.A) et aux élections pour le Conseil de la République en novembre. En 1952, l'V.N.I.S., toujours fortement soutenu par les chefs, connaît à nouveau un succès éclatant en emportant 34 des 35 sièges du second collège à l'Assemblée territoriale (de Benoist, 1982 : 96). - La tentative de regroupement des chefs se matérialise en janvier 1949 par la création d'une "Association de Chefs Coutumiers" dont les statuts sont fixés au premier congrès des chefs à Zinder ( 30 janvier - 3 février 1949). L'Association, regroupant les chefs de province, de canton et de groupement, est probablement une réaction de défense face aux menaces
situation nouvelle. Très sollicités et probablement en butte à la flatterie, ils n'auront pas assez de caractère pour maintenir leur barque face au courant; d'autre part, n'est-il pas à craindre que cette attitude ne leur fasse également perdre la confiance du commandement européen, et ainsi le meilleur soutien qui leur reste." Archives Nationales du Niger, Niamey, 15-2-46, cercle de Niamey, Bulletin politique mensuel, mars 1946.

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de certains partis politiques, dirigés par l'élite moderne et aux pressions de l' administration. - L'élargissement de l'assise de l'D.D.N. de Djibo Bakary dans le centre et l'Est du pays à partir de 1955 n'a été possible qu'après le ralliement des grandes chefferies historiques du Gobir, du Katsina et du Damagaram (Raynaut, 1990). Le ralliement lui-même intervient en 1957 à la suite de la formation du Sawaba, né d'une fusion entre l'D.D.N. et le B.N.A. de Condat et Djermakoye (Fuglestad, 1975). Djibo Bakary obtient une assise nationale grâce à un puissant soutien des chefs. - Enfin, au moment du référendum sur le régime de la communauté en septembre 1958, les chefs se désolidarisent de Bakary, entraînant l'exB.N.A., coalition du P.P.N..IR.D.A. et de tous ceux qui sont favorables au OUI. Djibo Bakary est battu. Le poids du chef sur l'échiquier politique reste imperturbable. Il sort victorieux de cette profonde mutation qui l'a fait passer d'auxiliaire de l'administration à un puissant agent électoral dont la force est désormais reconnue et sollicitée même par les partis les plus extrémistes. Le rôle des chefs en tant qu'intermédiaires de l'administration ainsi que les pratiques qui en découlent ne s'estompent point avec l'indépendance. Cependant, avec l'institution de fait d'un parti unique dont les comités locaux prennent le pas sur les structures coutumières, la chefferie est étroitement surveillée d'abord, puis progressivement dépouillée de ses prérogatives, au profit des nouveaux dignitaires politiques locaux. Mais elle n'en est pas pour autant exclue ni des structures du parti ni de l'appareil du nouvel Etat au sein duquel elle occupe une place de premier rang sous le régime de Diori Hamani. Ce dernier, fort conscient de sa dette envers la chefferie, va associer tous les membres de celle-ci aptes à exercer de hautes fonctions: ministres, députés, ambassadeurs, membres du Bureau Politique du parti, etc. En outre, le parti de Diori s'appuie largement sur les chefs pour obtenir une plus grande légitimation populaire dans le centre et l'Est du pays où le SAWABA bénéficie d'une forte implantation d'autant plus que les premières années de l'indépendance sont accompagnées par une incertitude politique et des troubles armés.13
13 Après avoir perdu les élections au référendum et à l'assemblée territoriale où il

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L'alliance entre la chefferie et le régime Diori commence à s'effriter à partir de 1964 lorsque le pouvoir opte pour un développement participatif et autogérée. Il s'agit de confier les leviers du développement au paysan en l'affianchissant de toute forme de dépendance (chefferie, peseurs et commerçants-traitants d'arachide, etc.) et en lui assurant la formation adéquate: alphabétisation, animation, gestion coopérative, etc. Les chefs se sentent tout de suite menacés puisque désormais les paysans-animateurs sont les interlocuteurs privilégiés des services de développement. Cette nouvelle élite n 'hésite pas, en certains endroits, à affronter ouvertement la chefferie surtout lorsque la légitimité historique de celle-ci est douteuse. La terrible famine de 1974 accentue le divorce. Au moment du coup d'état, les militaires prennent rapidement conscience de la grande influence de la chefferie non seulement à la campagne mais aussi dans les villes comme Dosso, Maradi et Zinder et de la nécessité de se la concilier. Tout comme Diori à ses débuts, Kountché a eu besoin d'une légitimité, d'une reconnaissance populaire que cet important groupe de pression pouvait lui apporter. Dès octobre 1974, à l'ouverture du congrès de l'Association des chefs traditionnels, le Conseil Militaire Suprême s'engage à réhabiliter, moderniser l'institution et à moraliser son accès certainement dans le dessein de mieux la contrôler. La chefferie est l'objet d'une constante sollicitude. L'abolition des partis politiques fait des chefs les seuls maîtres locaux, la seule "représentation" des populations auprès des autorités. De nombreux textes réglementaires les concernant sont adoptés. Un arrêté du 15 septembre 1981 modifie les règles relatives à la nomination et à la révocation des chefs qui ne sont plus élus mais nommés par le ministre de l'intérieur sur proposition du préfet en ce qui concerne les chefs de province, de canton ou de groupement nomade et par décision du sous-préfet après enquête pour le chef de village ou de tribu
n'obtient que 6 sièges contre 50 au P.P.N/R.D.A, Djibo Bakary s'exile à Dakar en février 1959, puis à Bamako en juillet. Bénéficiant d'une aide accrue de la part des autorités maliennes, du Ghana, du gouvernement provisoire de la République algérienne en exil, de la Chine, du Viêtnam du nord et de la Guinée. En mai 1962 il s'établit à Accra. TIenvoie des commandos armés au Niger pour semer des troubles et pousser la population à la révolte entre 1964 et 1966. Ces actions échouent lamentablement dans le sang. Voir MORILLON (J.P.): "La tentative insurrectionnelle du Sawaba au Niger", Est et Ouest, 342, mai 1965, pp. 20-22. 39