Le Parler Secret Arabico-Malgache du Sud-Est de Madagascar

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Se réclamant de musulmans arrivés au XVe siècle, les aristocrates antemoro du Sud-Est de Madagascar utilisent un parler secret à la fois dans la vie profane et le domaine du sacré. Les recherches étymologiques menées sur les termes recueillis montrent la complexité des source de ce parler, qui comporte d'abord des termes d'origine arabe, mais aussi persane, swahili ainsi que des termes hybrides associant malgache et parler secret. Se pose ici le problème de l'héritage malgache et au-delà " indonésien " intégré par les Antemorro.

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Ajouté le 01 septembre 1998
Nombre de lectures 174
EAN13 9782296367029
Langue Français
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LE PARLER SECRET ARABICO-MALGACHE
DU SUD-EST DE MADAGASCAR
RECHERCHES ETYMOLOGIQUES © L'Harmattan, 1998
ISBN : 2-7384-6794-6 Philippe BEAUJARD
LE PARLER SECRET ARABICO-MALGACHE
DU SUD-EST DE MADAGASCAR
RECHERCHES ETYMOLOGIQUES
L'Harmattan L'Harmattan Inc.
5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005 Paris - FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9
LA SITUATION DES ANTEMORO
ANTANKARANA
Antsiranana (Diego-Suarez)
Baie d'Antongil
ANTEMORO : ettini
Terres au dessus de 800 m
Sommets
Villes principales
M : Matateria (fleuve)
0 100 200 km
LE PARLER SECRET ARABICO-MALGACHE
DU SUD-EST DE MADAGASCAR
RECHERCHES ETYMOLOGIQUES*
A la fin du XVe siècle arrivent à l'embouchure de la
Matatàfia dans le Sud-Est de Madagascar des Islamisés qui se
constituent en aristocratie dans le cadre du royaume antemoro
(XVIe-XIXe s.), royaume marqué par une séparation du politique et
du religieux d'une part, une sujétion de groupes roturiers à
l'intérieur d'un système de pseudo-castes, d'autre parti . La mise en
place du royaume antemoro semble s'accompagner de l'éviction de
la Matatem du groupe noble islamisé des Zafiraminia, venus sur la
côte Est au XIIIe ou au XIVe s.
Les groupes nobles islamisés ont gardé jusqu'à ce jour des
manuscrits sorabe écrits en caractères arabes 2. Le clan Anakara
habitant le village de Vatomasina (Vohipeno), pour une part
détenteur du pouvoir religieux dans l'ancien royaume antemoro,
spécialiste des phénomènes célestes, conserve par ailleurs - ainsi
que des lettrés appartenant à d'autres groupes nobles (Anteotly,
Zafimbola4t, Zafintsimeto) - l'usage d'un parler secret 3 qui
constitue un véritable "pidgin" "arabico-malgache". Les Anakara le
Je remercie vivement N. Gueunier, Maître de Conférences à l'Université de
Strasbourg II, et H. Loucel, ancien professeur d'arabe à l'Ecole des Langues
Orientales de Bretagne, pour les remarques apportées à une version préalable de
ce texte.
1 Ph. Beaujard, 1991-1992.
2 Sur les sorabe (travaux récents), cf notamment J. Dez (1977, 1981, 1983), L.
Munthe (1982), N. Rajaonarimanana (1990), Ph. Beaujard (1988 [1992]).
3 Un chef religieux à qui je demandais s'il souhaitait que je mentionne son nom
comme informateur sur ce parler répliqua : "Ah non ! ne parle pas de moi, car
cela on ne devrait pas le divulguer".
5 "parler tetsitetsy", eux-mêmes se nomment kalamo tetsitetsy,
4 . désignant comme Antetsitetsy ou Antetetsitetsy
Le premier (1902), G. Ferrand a fourni une liste de 247
termes appartenant à ce parler, qu'il qualifie assez justement
dmargot", "dernier vestige d'un patois arabico-malgache" 5. En 1956,
S. Vianès et L. Molet ont publié un court article - mentionnant vingt
mots - sur cette langue secrète. Un Anakara, F. Kasanga, remit en
1957 à l'Académie Malgache un document dactylographié. Ce
document a disparu des archives de l'Académie Malgache mais le
fils de F. Kasanga a pu en montrer une copie à N. Rajaonarimanana
puis E. Rajaonarison 6. Le document, contenant environ 270 mots,
comprend trois colonnes; la première présente des mots malgaches;
kalamo tetsitetsy, la troisième la seconde fournit leur traduction en
donne à titre d'exemple une phrase - qui est parfois un proverbe - en
traduite en français. Il est malheureusement kalamo tetsitetsy,
entaché de nombreuses fautes de frappe qui en rendent souvent la
lecture incertaine.
En 1953, "avec la collaboration de notables antaimorona",
H.F. Pastor a dressé une liste de 110 mots d'origine arabe présents
dans le "vocabulaire malgache contemporain" (il s'agit en fait, pour
la plupart des termes, de kalamo tetsitetsy); ces mots sont donnés
avec leur transcription en caractères arabes et leur traduction
française (H.F. Pastor, 1953 : 32-37).
En 1980, N. Rajaonarimanana a recueilli à Vatomasina 187
mots auprès de jeunes Anakara, ainsi qu'un texte et quelques
phrases séparées. Il a dégagé dans sa thèse les traits caractéristiques
(1990: 247-274). Dans le volume IV, il donne du kalamo tetsitetsy
certains semblent avoir une liste de 272 termes du kalamo tetsitetsy,
7 . été repris de G. Ferrand (1902) et parfois de F. Kasanga
Lors de mes séjours annuels à Vatomasina, de 1983 à 1990,
j'ai recueilli un peu plus de 700 mots, essentiellement auprès de
4 N. Rajaonarimanana a justement traduit Antetsitetsy par "Gens des sables", en
se fondant sur le terme tesy, "sable", rencontré chez les Vezo du S.O. de
Madagascar. Toutefois, cette traduction ne m'a jamais été proposée par les
Anakara, qui semblent ignorer le sens du terme Tetsitetsy. Mais en arabe, on
tays, , "grand nombre, myriade, sable, mer". trouve le terme
5 Plus précisément, G. Ferrand donne ces mots comme "extraits d'ouvrages
malgaches écrits en caractères arabes". G. Ferrand, 1902, t. III, p. 5-27.
6 Je remercie vivement E. Rajaonarison, qui a bien voulu me donner une
photocopie de ce document.
7 Certains termes repris de Ferrand auraient, semble-t-il, nécessité une
vérification sur le terrain (alizanada, sauterelle, au lieu de alizarada, etc.) (dans
un autre texte, Ferrand donne bien alizarada, G. Ferrand, 1903 : 454).
6
katibo ou devins-guérisseurs scribes anakara (chefs religieux
mais aussi anteoriy et zafimbola47 8 . ombiasa),
écrit justement N. Rajaonarimanana, Le kalamo tetsitetsy,
constitue "un élément de conservation de l'identité" ethnique et
(ibid. : 247). Il est employé par les Anakara et religieuse anakara
par les scribes d'autres groupes nobles lorsqu'ils ne veulent pas être
compris d'autres Malgaches et comme un signum de "caste". On
kalamo tetsitetsy plusieurs niveaux de doit distinguer dans le
langue : un langage courant, parlé quotidiennement à Vatomasina, y
compris par les femmes et les jeunes, au vocabulaire assez limité, et
un parler au vocabulaire plus étendu, connu seulement des scribes
les plus instruits, qui le puisent pour une part dans de petits lexiques
arabico-malgaches présents dans certains manuscrits sorabe. La
transmission de ce "pidgin" se fait donc à la fois par l'oral et par
teny soratra, "langue des l'écrit9 . Le katibo P. Boto nomme du reste
écrits", le parler secret.
Comme N. Rajaonarimanana l'a souligné, la connaissance de
ce parler secret est importante pour la compréhension du contenu
des manuscrits arabico-malgaches. Ces derniers sont en effet écrits
en trois langues :
- en arabe plus ou moins déformé, souvent écrit sans indication de
voyelles et sans points diacritiques (sora-potsy, "écritures
blanches"),
- en malgache (antemoro), qui peut être un parler ancien dit
volafi'Onzatsy, "parler des Onzatsy" (groupe islamisé présent à
l'embouchure de la Matatària avant les Anteoriy et leurs alliés) , ou 10
un malgache plus moderne, selon l'âge de rédaction du manuscrit,
- en "pidgin" kalamo tetsitetsy. Le scribe donne souvent en ce parler
secret les titres des charmes (afiazimantsy lanadovy, "charme pour
tuer les ennemis"; hirizy lohomay, "charme contre la fièvre";
8 Ph. Beaujard, 1997, à paraître.
9 Le lexique malgache/arabe que renferme l'un des plus anciens sorabe connus,
le manuscrit n° 7 (MP 24) conservé à la Bibliothèque Nationale, est intéressant à
ce point de vue (G. Ferrand, 1904: 86-93, et 111-116). J'ai observé un lexique
très semblable dans un sorabe appartenant à un katibo du groupe Antemahazo
(Anteoriy de la moyenne Matatària). Le sorabe que j'ai appelé IT 7, détenu au
village de Vatomasina (clan Anakara) par un descendant du katibo
Ramanambahoaka, katibo qui s'était fait frère de sang avec le gouverneur H.
Berthier, renferme également un lexique malgache/arabe (pp. 324-328) assez
voisin.
10 Les Onzatsy, semble-t-il, ne connaissaient pas l'écriture arabe. Ils servirent
peut-être d'intermédiaires entre les groupes malgaches autochtones et les
nouveaux venus islamisés (G. Julien, 1929: 33 ss., d'après le manuscrit Hasani, et
les manuscrits n°18 et n°19 de l'Académie Malgache).
7 11 . Il peut aussi mêler sakamy raso, "[en cas de] mal de tête"...)
"charme pour arrêter (fanofty, malgache et pidgin : fanoriy lohorobo, -
(lohorobo, mot du kalamo terme malgache) les armées [ennemies]
sont également rédigées en tetsitetsy)". Des prières doha
fasiry, "textes de prédication", "formules tetsitetsy, ainsi que des
pieuses", textes ésotériques et métaphores 12 . Le katibo M .
Mahefamanana (village de Vatomasina) a attiré mon attention sur
un procédé employé par les scribes : une prière doha en kalamo
se trouve insérée dans la fatseha, première sourate du tetsitetsy
Coran; les cinq premiers versets précèdent la prière, que l'on ferme
par les deux derniers versets 13 .
Avant d'étudier le lexique du parler secret, je voudrais
préciser quelques points concernant sa grammaire.
GRAMMAIRE
H. Deschamps et S. Vianès notèrent dans les exemples
donnés par Kasanga le maintien de certains éléments grammaticaux
de l'arabe : présence de l'article al, de la négation ma, antéposition
du sujet, placé avant le prédicat (contrairement à ce qui a lieu en
malgache). En fait, à l'exception de l'emploi - occasionnel - de ma,
je n'ai noté aucun de ces éléments dans le kalamo tetsitetsy actuel.
Ce parler, souligne N. Rajaonarimanana, "ne possède pas de
grammaire spécifique" mais suit la syntaxe du malgache
(antemoro). Il utilise les articles, les conjonctions, les auxiliaires, les
adverbes et les prépositions du malgache (j'ai noté l'emploi toutefois
des prépositions arabes fi, "dans", et bi, "dans, à"). Les exemples de
Kasanga, remarque N. Rajaonarimanana, semblent être "des phrases
fabriquées par l'auteur pour justifier la survivance d'un parler arabe
chez les Anakara" 14 .
11 Je transcris ici le kalamo tetsitetsy en suivant les règles de transcription
habituelles du malgache : le o transcrit un son [u], la voyelle [i] en finale est
transcrite y... Il est à noter que le s du malgache officiel est prononcé [f] dans le
parler antemoro (j'ai gardé la transcription s). Le ts du malgache officiel est
prononcé [s], ou [ts] (lorsqu'il est en début de mot), mais j'ai gardé la transcription
ts. Le parler antemoro ne différencie pas les [j] et [z] du malgache officiel,
prononcés [z] (j'ai noté z). Par ailleurs l'antemoro se caractérise par l'existence
d'un n vélaire, noté ii.
12 On trouve dans le manuscrit Hasani (G. Julien, 1933 : 20) l'expression fasiry
arabin-droho (que N. Rajaonarimanana traduit par "citation accompagnant les
paroles", ibid. : 250) pour des métaphores employées - en "arabe" - par la
princesse antambahoaka Ravahinia.
13 Ph. Beaujard, 1988 [1992] : 127.
14 N. Rajaonarimanana, 1990: 257.
8 LEXIQUE
G. Ferrand indiquait que 137 mots sur les 247 que les
Anakara lui avaient communiqués étaient d'origine arabe. Il m'a
paru intéressant de rechercher systématiquement les étymologies
des 707 mots que j'ai recueillis.
En l'état actuel des recherches, les résultats sont
approximativement les suivants 15 :
Origine Nombre Pourcentage
Arabe (A.) 496 70
Persane (P.) 16 2,4
Swahili ou Comorienne (Sw., C.) 34 5
Autres langues bantoues 2
Malgache
- termes malgaches 12 1,7
- néologismes à partir du malgache 30 4,2
Association de malgache et de kalamo 29 4
tetsitetsy
Néologismes à partir du kalamo 8 1
tetsitetsy
Autres langues austronésiennes 2
Langues dravidiennes 1 (?)
Langues européennes 2
Indéterminée 75 11
TOTAL 707
1. Les termes d'origine arabe
Ils constituent 70% du matériel lexical total, et 78% du
matériel lexical dont l'étymologie a pu être déterminée
On note en kalamo tetsitetsy les prononciations suivantes des
consonnes arabes 16 :
- le (ta') : est prononcé [ts] ou [s] :
15 Pour certains mots, d'origine arabe, il est difficile de préciser s'ils dérivent du
swahili , du comorien, voire du malais, ou directement de l'arabe. Le nombre de
termes d'origine arabe est de 520.
16 Pour la transcription des termes arabes en caractères latins, j'ai repris le
système de transcription de H. Wehr (1976).
9
tsamosàhy [tsamu'fahi], crocodile : de l'A. timsàh, L&A:i
crocodile
- le (ta') : est prononcé [S] :
kasira [ka'Siral, nombreux : de l'A. kath, nombreux
- le (djim), le à (ail), le sj (zay), et le (e) sont prononcés [z] :
zabohàntsy [zabu'hantsi], front : de l'A. jabha, front
zahàby [za'habi], or : de l'A. dahab, 4...L.A.1, or
malodorant zamèon [za'men puant : de l'A. zahim, f-dt 3,
zafariho [zafa'rihu], ongle : de l'A. zufur, j.i.11, ongle
- le t (k), le j (qàf), et le d (kif) sont prononcés [k] :
dobiko [du'biku], action de faire cuire : de l'A. tabk, t.1.12,
cuisson
kalila [ka'lila], petit : de l'A. qalfl, f.l i, peu
kitsabo [ki'tsabu], livre : de l'A. kit -àb, u LIS, livre
- le Lyi (sin) et le j.t, (Sin) sont prononcés [S] :
sihabo [fhabu], nuage : de l'A. satàb, nuages
siry ['fini], mal : de l'A. 'S'an, mal
- le ‘..›. (sàd) est prononcé [s], transcrit ts, ou [f ], transcrit s :
tsoalà [tsua'la], prière: de l'A. salàh, prière rituelle
sodory [fu'duri], poitrine : de l'A. sadr, j a.d.e, (plur. sudur,
poitrine 144 ,
- le 4.):c. (dU) est prononcé [v] :
marivy [ma'rivi], malade : de l'A. marid, udi ...›.0, malade
- le t (`ayn)
— en tête de mot, est prononcé [g], ou [h] ou encore [a]; il
peut aussi y avoir amuissement :
lariadeivy [laga'duvi], ou ladôvy [la'duvi], ennemi : de l'A. al-`adu,
l'ennemi 1 ,
hidy ['hidi], fête : de 'id, fête
amàry [a'muri], vie, de l'A. `umr, ro.c , vie, durée de vie
alitarida [alita'rida] (planète Mercure), de l'A. aPutirid,
L.L.A.1 1 la planète Mercure
en milieu de mot, est prononcé [g], plus rarement [h]; il
peut aussi y avoir amuissement :
10
sa ['fa], sariàntso [fa'gantsu], heure (influence des planètes sur les
heures du jour) : de l'A. sà`a, 4..c Lu, heure, temps
M'a ['dulla], prière : de l'A. du â', G La, prière
miràzy [mi'razi], échelle : de l'A. mi`rij, , L'A.., échelle, escalier
- en fin de mot, est prononcé [g], [a], [e] ou [u]; il peut
encore y avoir amuissement :
alivoazIrio [alivua'zigu], ou alivozèo [alivu'zeu], douleur, mal, de
, la douleur l'A. al-waja`,
sana [faiia], rapide, de l'A. sari', t. n rapide
zoe [zu'e], famine, de l'A. fi', faim, inanition
samèo [fa'meu], entendu : de l'A. sami`a„ entendre, écouter
- le (gayn) correspond à [(n)g] ou parfois à [g] :
angavoàba [angavu'aba], ennuyé : de l'A. gadabi en
colère
gadôha [ga'duha], demain : de l'A. gadan, 1.11, demain
lariabàry [laga'bari], langabàro [langa'baru], divination par le
sable : de l'A. al-gubàr, - 1, la poussière, I, la
terre, le sol
Par ailleurs, les consonnes ‘...à (bà'), (e) et b (hi% J
j (fa"), ( tâ'), Ls (fà'), (làm), (tram), (nUn) sont prononcées J
respectivement [b], [h], [d], [r], [t ], [f], [1], [m], et [n].
Le hamza p est amui ou prononcé [a], [i], plus rarement [u] :
alizoza [ali'zuza], troisième destin astrologique : de l'A. al-jauzâ',
e I les Gémeaux (troisième signe du Zodiaque)
tsamay [tsa'mai], ciel : de l'A. samâ', G Lam.,, ciel
alimao [ali'mau], eau : de l'A. al-mâ', G 1/1, l'eau
La semi-voyelle j (wâw) est prononcée [v] :
vôkily [vo'kili] ou voakily [voakili], action de présider à : de l'A.
wakil, j_:. tg j, délégué
La semi-voyelle Ls (yà") est prononcée [z] :
tozàro [tu'zuru], oiseau : de l'A. tuyfir, s.942. oiseaux .
On note en outre les transformations occasionnelles
suivantes, de l'arabe au kalamo tetsitetsy :
- le devient k :
kilàbo [ki'labu], côté du corps : de l'A. haleb, aîne
11
la natte alakasiry [alaka'firi], natte : de l'A. al-hash,
- le j devient t :
kallto [ka'litu], collier protecteur : de l'A. qalà'id, ..s:19-7i, colliers
- le le devient d :
dobiko [du'biku], action de faire cuire : de l'A. tabk,
cuisson, cuisine
- le t devient ng :
korongo [ku'rungu], calebasse, de l'A. qar`a, 4c ,.Â, calebasse,
gourde, citrouille
- le devient k :
.1.1, bailler (avec arofàky [aru'faki], bailler, de l'A. fagar, j
métathèse)
- le d devient ng :
balle/ [ba'ngi], action de pleurer : de l'A. bakà, Le-S.:1, pleurer
le ù devient m :
mohify [mu'hifi], maigre : de l'A. natif, mince
ij..21, imposer samimo [fa'mimu], emprunt : de l'A. tamana,
quelqu'un d'un huitième, payer le prix d'une chose, tamin,
coûteux
- le r devient n :
namblo [na'mulu], plein : de l'A. mamlir, 0,glo_A, plein
- le e devient k :
karaba [ka'raba], action de s'enfuir : de l'A. haraba, fuir
Comme le malgache, le kalamo tetsitetsy présente
uniquement des syllabes ouvertes; les voyelles réalisées ne
correspondent pas toujours à la vocalisation des mots arabes
correspondants :
kalàmo [ka'lamu], parole : de l'A. kalima, 44.4 parole
helàmy [he'lami], doux, sucré : de l'A. halim,t_L.Le., doux, bon,
indulgent
La notation des voyelles brèves, en arabe, est facultative.
Ceci explique sans doute les variations que l'on peut parfois
observer dans les modes de vocalisation de termes du kalamo
tetsitetsy empruntés à l'arabe :
12
lohatàby [luha'tabi], lahatàby [laha'tabi], lotàby [lu'tabi], bois à
brûler, de l'A. al-hatab, le bois à brûler
halily hilàly halàla [halala], mal, malheur, de
l'A. halai, LI.1.2t, terreur, peur, désarroi
Les consonnes géminées (ou redoublées) de l'arabe peuvent
être :
- soit simplifiées (cas le plus fréquent) :
môro ['muru], bile, de l'A. murr, amertume, ou mina,
bile
- soit dissociées par insertion d'une voyelle épenthétique :
moriràntsy [muri'rantsi], bile, de l'A. mina, éy, bile
Les successions de consonnes de certains mots arabes sont
toujours scindées par insertion d'une voyelle épenthétique : 17
marekàtsy [mare'katsi], bouillir, de l'A. marqa, bouillon
molôko [mu'luku], pouvoir sacré d'origine divine, de l'A. mulk,
o_iLo, pouvoir, dignité royale; royaume
Le son [ai] de l'arabe devient [e] en kalamo tetsitetsy :
kèro ['kem], bien, de l'A. kair, bien
Le son [au] de l'arabe devient [u] :
bôly ['buli], action d'uriner, de l'A. baud, J j, urine
Les voyelles longues de l'arabe ne sont pas respectées :
alibadizo [aliba'dizu], pseudo-steppe : de l'A. al-bàdiya,
a LLI, la steppe, le désert
bina ['bina], clôture : de l'A. bina', e Li.à, construction, érection,
édifice
Dans un certain nombre de mots du kalamo tetsitetsy, pour
marquer leur origine étrangère, l'accent est placé sur la dernière
syllabe, alors que le malgache accentue sur l'avant-dernière syllabe
ou sur l'antépénultième pour les mots terminés en -ka, -tra et -na :
lenà [le'na], calme, doux, facile (différencié du malgache lèna,
mouillé), de l'A. Iayyin, ù, doux, tendre, aimable
On observe toutefois dans certains cas la suffixation de -hy
ou -ho à la fin d'un mot du kalamo tetsitetsy qui serait sans cela
accentué sur la dernière syllabe 18 :
17 N. Rajaonarimanana, ibid. : 262.
18 Contrairement à ce qu'écrit N. Rajaonarimanana (ibid. : 265), ces finales -hy
ou -ho sont prononcées. N. Rajaonarimanana donne de plus ici plusieurs
exemples où les Anakara en fait accentuent presque toujours sur le -hy final, qui
13
nahàho [na'hahu], s'en aller (une maladie, ou un conjoint), de
l'A. nalià, mettre fin à, bannir, interdire
zadà [za'da], ou plus souvent zadàhy [za'dahi], main, de l'A. yad,
main b.S.J
La prononciation des termes du kalamo tetsitetsy évoque
souvent la lecture de mots arabes mémorisée, plutôt que la
survivance orale du terme arabe. On a ainsi :
mèntsina ['muntsina], mort : de l'A. mautân, 4.5 L", }.o, en train de
mourir, la mort
lenà [le'na], doux : de l'A. layyin, v.s1, doux, tendre, aimable
arizàhy [ari'zahi], vent : de l'A. ar-riyah, les vents (plur.)
On note la lecture des é finaux de l'arabe :
mangafiràty [mangafi'rati], malheur : de l'A. magfira,
pardon
mohabàtsy [muha'basi], amour : de l'A. mahabba, amour
Certains mots du kalamo tetsitetsy semblent résulter de
fautes de lecture. Nous trouvons par exemple :
lohèry [lu'huri] (et non lokory), embouchure : de l'A. al-kur,
,..9.L.11, l'embouchure Q lu comme un c. )
sezàda [fe'zada] (et non sedada), bouchon : de l'A. sedà.d,
bouchon (a lu comme un à)
zahabèlo [zaha'belu] (et non zazabelo), gingembre : de l'A.
zanjabil, gingembre (c . lu comme un c.)
salàky [fa'laki] (au lieu de salanzy, également rencontré sous la
forme salanz), grêle : de l'A. talj, eit, neige, glace
tohèry [tu'huri] (et non zohèry), paume de la main : de l'A. zahr,
j..41, arrière, revers
De nombreux termes du kalamo tetsitetsy ont incorporé
l'article arabe al, malgachisé en ali- :
alibakàra [aliba'kara], zébu, boeuf : de l'A. al-bagar,* j_Ls.1 .1,
les bovins (plur.)
D'autres n'ont incorporé que le l :
lazàtsy [la'zasi], parent, ami : de l'A. ad-dat, ' 3.11, la personne
D'autres mots n'ont incorporé que le a:
est ici sans doute d'un autre ordre : on a kelihy (et non kelihy), esprit, intelligence,
de l'A. àqil, J.1.c., raison, esprit, intelligence (avec métathèse); on a aussi bihy
(et non bihy), père, et mihy (et non mihy), mère.
14