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LE RYTHME URBAIN

De
176 pages
La recherche à propos de la ville marque l'émergence du constat selon lequel urbanité et civilité sont solubles dans l'urbanisation. Plus la ville apparaît vide de sens, plus on feint de croire qu'en soignant le " look " on pourra re-créer la vie dans la ville. Il s'agit ici d'ouvrir un tiroir à la recherche d'un outil pour rendre à la ville son urbanité. Cet essai examine les différents niveaux de lecture de l'architecture et de la ville.
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Le ryth11le urbain
Eléments pour intervenir sur la ville

Collection Villes et Entreprises dirigée par Alain Bourdin et Jean Rémy
La ville peut être abordée selon des points de vue différents: milieu résidentiel, milieu de travail, milieu de culture. Ceux-ci peuvent être entremêlés ou séparés. Il en va de même des groupes sociaux qui communiquent à travers ces divers types d'enjeux. La dimension économique n'est jamais absente, mais elle entre en tension avec la dimension politique. Ainsi peut-on aborder la conception urbanistique ou architecturale, l'évaluation des politiques sociales ou socio-économiques et les formes d'appropriation par divers acteurs. Pour répondre à ces interrogations, la collection rassemble deux types de textes. Les premiers s'appuient sur des recherches de terrain pour dégager une problématique d'analyse et d'interprétation. Les seconds, plus théoriques, partent de ces problématiques; ce qui permet de créer un espace de comparaison entre des situations et des contextes différents. La collection souhaite promouvoir des comparaisons entre des aires culturelles et économiques différentes. Dernières parutions

P. CHEVRIERE,Dire l'architecture, 1999. M. MARIE, D. LARCENA et P. DERIOZ (eds), Cultures, usages et stratégies de l'eau en Méditerranée occidentale, 1999. P. BOUDON (sous la direction de), Langages singuliers et partages de l'urbain, 1999. M. TALATCHIAN,Moscou et les villes nouvelles de sa région, 1999. L. PLOUCHART,Comprendre les grands ensembles, 1999. J. PHILIPPE, P.-Y. LED, L.-M. BOULIANNE (eds), Services et métropoles, 1999. Astrid ASTOLFI, Reconstruction après la guerre (Pakrac, Croatie), 1999. E. AMOUGOU,A. KOCHER, L'espace de l'architecture, 1999. G. SERAPHIN,Vivre à Douala, 2000.

Collection Villes et Entreprises

Philippe Fayeton

Le rythDle urbain
Eléments pour intervenir sur la ville

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ L'Harmattan,

2000

ISBN: 2-1384-9325-4

SOMMAIRE

AVERTISSEMENT

7 9 11 19
29

PREMIÈRE PARTIE: CARNET DE ROUTE 1.1 1.2 ARPENTAGEPR~ALABLE ScH~MA DIRECTEUR

DEUXIÈME PARTIE: L'ARCHITECTURE COMME ÉCRITURE 2.1 L'ARCHITECTURE,EXPRESSION LA CULTURE DE

31
31 33 36 43 43 46 48 54 59 67 67 70

2.2

2.3

2.4

2.5

2.1.1 Une tarte à la crème 2.1.2 2 cultures, 2 architectures 2.1.3 Tradere, trahere L'ARCHITECTURE COMME MEDIA 2.2.1 L'architecture, langage quotidien 2.2.2 L'architecture comme manifeste 2.2.3 L'architecture, expression de l'utopie 2.2.4 L'architecture et fe kitsch 2.2.5 L'architecture comme langue de bois D~CRYPTAGEUTEXTE D URBAIN 2.3.1 Lecture innocente et lecture savante 2.3.2 Les tentatives de décryptage L'ARCHITECTURE COMME ~CRITURE 2.4.1 L'illettrisme en architecture 2.4.2 Le cheval, la licorne et la maison 2.4.3 Le code grammatical/lexical de la ville CONCLUSIONSARTIELLES P 2.5.1 La ville est notre image 2.5.2 La demande explicite, le non-dit et la réponse

75
75 77 84 87 87 90

2.5.3

Tenter de comprendre" comment ça marche" 97

TROISIÈME PARTIE: LIRE LA VILLE 3.1 3.2 L'URBATEXTE LES IMAGESOFFICIELLES E LA VILLE D

99 101 103 103 106 108 111 111 112 118 121 121 126 129 131 135 135 137 139 141 143 147 149 152 153 154 159 161 167 167 169 171 173 176

3.2.1 3.2.2 3.2.3

Des armoiries à la home page Ville d'eau, ville d'art Universitatsstadt

3.3 SÉQUENCES RBAINES U 3.3.1 Errances ou choix partisans 3.3.2 Aix-en-Provence 3.3.3 Tübingen 3.4 CORRÉLATtONS 3.4.1 Points de repères 3.4.2 Conclusions partielles
QUATRIÈME PARTIE: LE RYTHME DE LA VILLE

4.1 QUI NOUS PARLEDU RYTHMEDE LA VILLE?
4.2 LE RYTHMEDE LA VILLE,MÉTAPHORE RÉALITÉ? OU

4.2.1 4.2.2
4.3

Cerner la métaphore Quel rythme? Morphologie Eche1le Cinq sens Odonymie Fonctions Chronotopie Frontières Privé/Public

LES COMPOSANTS DU RYTHME

4.3.1 4.3.2 4.3.3 4.3.4 4.3.5 4.3.6 4.3.7

CINQUIÈMEPARTIE: ECRIRELE RYTHMEDANSLA VILLE 5.1 LE RYTHME DEL'URBATEXTE 5.2 ENSEIGNEMENT ETRECHERCHE 5.2.1 Les pistes de recherche 5.2.2 Une pédagogie de l'urbain ICI, PROCHAINEMENT,Ville b"q[Xceptioll
BIBLIOGRAPHIE INDEX DES PRINCIPAUX NOMS PROPRES CITÉS 6

Avertissement

Philosophes, poètes, psychanalystes, sociologues, linguistes, chacun y va de son éclairage sur la ville et assène sa vérité, écrasant d'un coup de science les architectes et les urbanistes englués dans leur pratique opérationnelle. Parmi ces intellectuels rarement confrontés à la réalité d'un projet urbain, mais prompts à conseiller, les linguistes se sont particulièrement avancés. C'est pourquoi, les prenant au mot, nous voulons vérifier si l'architecture est un langage, si la cité est un discours. Et dans le cas d'une vérification positive, que pourrions-nous donc en faire, sur le terrain ? Le lecteur qui s'interroge sur la ville ne trouvera pas dans cet ouvrage des réponses sécurisantes ou des recettes opérationnelles : il s'agit ici d'ouvrir un tiroir à la recherche d'un outil pour rendre à la ville son urbanité.

PREMIÈRE

PARTIE

CARNET

DE ROUTE

"Ainsi donc, mon Pharaon, reprft-iL la pyramide, avant d'être destinée à l'autre vie, a saJoncüon dans celle-ci. En d'autres termes, avant d'être conçue pour l'âme, elle l'est pour le corps."
ISMAILKADARÉ, La. pyramide 1993, Le livre de poche, p. 17

1.1

ARPENTAGE

PRÉALABLE

L

'étudiant en architecture d'avant 1968, plongé dans les brumes des Beaux-Arts où l'architecture s'imposait comme le plus grand des arts majeurs, tenu ignorant de l'impact social et culturel de son activité, s'adonnait à des com.

positions grandioses rehaussées d'élégants lavis.

OTHELLO ZAVARONI, architecte Grand Prix de Rome, patron d'atelier à l'école (l'école Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris, section architecture) tentait de nous faire saisir cette impalpable architecture en décrivant les interactions subtiles et définitives entre des outils de conception. Au fur et à mesure que nous approchions de la compréhension de ce maëlstrom, il nous apparaissait plus insaisissable: le "sens" de la chose n'émergeait pas pour autant.
La situation à l'école dans les années soixante, pour le moins décalée de la réalité, est explicitement décrite par MICHEL BATAILLE, architecte et écrivain, lorsqu'il fait ainsi parler LE CORBUSIER, alias Victorien Sauvage: "Amyot, quand j'étais jeune, un architecte s'en foutait bien, de la structure des villes. Il portaü une cravate lavallière et attendait paisiblement qu'un capitaliste bourgeois vînt lui commander un immeuble en pierre de taille à l'angle de deux rues. L'architecte a deux ennemis : l'administration et ses clients. L'administration parce qu'elle ne pense jamais. Ses clients parce qu'Us croient penser et veulent que la viUe soit conçue à partir et autour de l'armoire normande de leur grand 'mère. .. MICHEL BATAILLE. 1966, La viUe des fous Parts, Robert Laffont, p. 73

FORME

Les outils de la conception architecturale et leurs interactions

et urbaine

(schéma très simplifié et ainsi rendu aisément compréhensible aux étudiants, d'après les pédagogiques indications du Patron)

12

lors que le nom de LE CORBUSIER était officieusement à l'index dans l'Atelier, et qu'aucune information n'y filtrait sur le travail d'architectes comme LoUIS KAHNou ALVAR AALTO,nous étions bien décontenancés devant les "œuvres" des patrons de l'école. Le lien entre le discours magistral et la mise en œuvre semblait vraiment ténu. Peu à peu, les recherches personnelles, les voyages à l'étranger, ouvraient sur des architectures différentes, des réflexions et des attitudes différentes devant l'architecture et devant le métier de l'architecte. Une première expérience suisse (en 1963, trois mois à Bâle chez l'architecte KONRADMÜLLER)fut marquée par la découverte du détail, du matériau, et de la qualité d'exécution. Ces trois termes (détail, matériau, exécution) y étaient tenus pour les critères absolus de l'architecture, en opposition au concept très "Beaux-Arts" du "Parti" et de la composition d'ensemble qui méprisait le détail et le chantier. Le stage de trois mois à Stockholm en 1965 chez SVENIVAR LIND, architecte francophone, charmant, cultivé et gourmet, fut l'occasion de découvrir une architecture de la sobriété. Une sobriété qui primait aussi lorsque nous réhabilitions le château de Drottningholm, résidence royale. Une sobriété en accord avec la prégnance d'un climat terrible, la rareté et la faiblesse du soleil rendant improbables les effets d'ombre, aplatissant les façades. La sensualité de l'architecture d'ALVAR AALTO, l'environnement considéré comme élément d'architecture, l'humilité d'une architecture qui se cache derrière une forêt de bouleaux, autant d'éléments en contradiction avec les principes fastueux de Versailles ou de Saint-Pierre de Rome. Quelle différence encore à l'agence HENRI POTTIERlors d'un stage de deux mois en 1966 ! Une agence-usine organisée comme une "Unité de Production", avec le petit adjudantchef en blouse blanche contrôlant les horaires des "nègres", la dichotomie entre les équipes de conception et les équipes d'exécution. La prestation d'architecture, même compétente,

A

13

pouvait donc être considérée comme un "business" ! Le travail en agence d'architecture, mené parallèlement aux projets à l'Ecole, permettait certes d'acquérir un réel savoirfaire. Nous faisions ainsi le grand écart entre de somptueuses compositions colorées à la gouache mettant en image sur d'immenses châssis des programmes délirants d'irréalité (un parc de loisirs, un temple de l'amour, un jardin suspendu au 21° étage d'un hôteL.), et des projets banals de barres et de tours HLM "grattés" sur calques, dont les plans d'ensemble répondaient à la logique d'installation des grues plutôt qu'à une volonté d'architecte. Ballottés entre la (triste) réalité palpable des agences et les rêves intemporels de l'Ecole, nous cherchions dans les revues internationales d'architecture où pourrait se cacher une pensée solide. Le star-system n'avait pas encore touché le milieu de l'architecture, mais quelques personnalités s'affirmaient et prononçaient des aphorismes qui se voulaient définitifs.

L

e célèbre "La Forme suit la Fonction" du Bauhaus n'était pas satisfaisant totalement, pas plus que le non moins célèbre "Less is more" de Mies Van der Rohe, l'amusant "Less is a bore" de VENTURI,la doctrinale distinction de LoUIS KAHN entre espaces servants et espaces servis, ALBERTI vec son "Firmitas, a commoditas, voluptas", LE CORBUSIER avec son "jeu savant des volumes sous la lumière".

En réalité, ces formulations ne voulaient pas recouvrir la complexité du processus de création architecturale: elles n'étaient que des manifestes ou des justifications souvent non exemptes de volonté publicitaire. LECORBUSIER faisait un peu exception. Se défendant de vouloir imposer une théorie de l'architecture, il cherchait à apporter des fondements théoriques aux" faits architecturaux". Les fameux "Cinq points d'une Architecture Nouvelle" (pilotis, toits14

jardins, plan libre, fenêtre en longueur, façade libre) constituaient une sorte de théorie de l'architecture appuyée sur la trilogie fondatrice de VITRUVE: utilité, solidité, beauté. Eblouis par ces maîtres-à-penser de l'architecture, mais baignés dans la recherche permanente d'une image d'architecture, dessinée (à l'école) ou construite (en agence), nous persistions à feuilleter les revues d'architecture, espérant y trouver le salut. En fin de parcours des Beaux-Arts, il était de bon ton de faire
en doublon l'Institut d'Urbanisme
HUBERT TONKA, assistant
.

de la rue Michelet.

d'HENRI LEFÈBVRE,y tentait de nous

faire saisir la nécessité d'une vision sociale, linguistique, politique, culturelle de l'architecture et de l'urbanisme: une réflexion décalée qui faisait vaciller les quelques pseudo-certitudes acquises Quai Malaquais. Puis, l'exercice professionnel de l'architecture pendant vingtcinq années a été le moment de l'action.

ne autre approche de l'architecture a été celle née à l'occasion d'une pratique pédagogique à l'IUT de GénieCivil de Cergy-Pontoise, puis surtout à l' école d'Architecture de Languedoc-Roussillon dans le contexte d'une école transformée régulièrement depuis 1969 et encore aujourd'hui à l'aube d'une nouvelle mutation. Or, l'étudiant en architecture de ces premières années du nouveau siècle se retrouve à peu près dans les mêmes marécages conceptuels que ses aînés: en effet, à part quelques praticiens réalistes à qui il manque généralement la dimension d'une pensée formalisée, ses professeurs sont, soit des fonctionnaires totalement déconnectés de la réalité d'une pratique

U

urbaine

n'ayant

jamais

réalisé

- dans

les meilleurs cas

- que

leur propre maison, soit des stars auto-proclamant leur génie (éventuellement imitables, mais, par définition, inattei-

15

gnables, indépassables, incompréhensibles) et dont l'attitude pédagogique n'a d'autre but que de conforter leur état semidivin. Sans vouloir établir une théorie de l'architecture et de l'urbain, apparaît néanmoins la nécessité d'approfondir la connaissance à propos de l'architecture de la ville. Il convient préalablement de s'entendre sur cet objectif que serait une "meilleure" production architecturale, c'est-à-dire sur ce que nous entendons par architecture. Nous proposons de retenir l'architecture en la déconnectantartificiellement - de la construction, sachant que: l'architecture ne peut exister que dès lors qu'elle est construite, sinon elle n'est qu'idée ou projet d'architecture . conséquemment, la construction (les techniques, les matériaux, leur solidité) est le support nécessaire à l'architecture lorsque nous parlons ici d'architecture, nous ne parlons pas de construction nous posons en postulat que l'architecture est là pour servir un usager direct (l'utilisateur, connu ou non) et un usager indirect (le passant, le visiteur, le voisin), qu'il soit ou non le donneur d'ordre et/ou le payeur. Dans l'espace de cet essai, nous adoptons le positionnement

.
. .

préalable de JOHNRUSKIN: "n est indispensable, dès le début de cette étude, d'étabUr avec soin une distinction entre l'Architecture et le Bâtiment ou Construction. .. ainsi que sa tentative de définir l'architecture par son: "Aphorisme 4 : L'essence de l'architecture est d'émouvoir l'âme humaine et non d'offrir un simple service au corps de l'homme. .. Une définition reprise par LE CORBUSIER alors même qu'il se lance contre les académismes:

16

"L'archüecture est un fait d'art, un phénomène d'émoüon. en dehors des questions de construction, au-delà. La construcüon, c'est pour faire tenir; l'architecture, c'est pour émouvoir. .. et encore confirmée, s'HIe fallait, par MICHELRACON: "Une construction n'est pas forcément de l'architecture. Construire, c'est réaliser un édifice (maison ou palais) selon certaines techniques et avec certains matériaux. n n'y a archüecture qu'à partir du moment où la construction passe au stade de l'expression. L'architecture est donc un art et nous nous excusons de dEvoir rappeler une telle évidence que beaucoup d'architectes, euxmêmes, semblent avoir oubliée. Un couvent, disait Ruskin, n'est pas seulement fait pour abriter une communauté, mais pour émouvoir. Or l'habitat moderne est presque to4iours dE la construction, presque Jamais dE l'architecture." MICHEL RAGON.1977 L'Architecte, le Prince et la Démocratie. Albin Michel, p. 231

Les linguistes au mot Philosophes, poètes, psychanalystes, sociologues, linguistes, chacun y va de son éclairage sur la ville et nous assène sa vérité, écrasant d'un coup de science les architectes et les urbanistes englués dans leur pratique opérationnelle. Parmi ces intellectuels rarement confrontés à la réalité d'un projet urbain, mais prompts à nous conseiller, les linguistes se sont particulièrement avancés. C'est pourquoi, prenant au mot les linguistes, nous voulons ici,le mors aux dents, aller vérifier si l'architecture est un langage, si la cité est un discours. Et dans le cas d'une vérification positive, que pourrions-nous en faire, sur le terrain ? Considérer avec UMBERTOco que l'architecture "doit" être E étudiée en tant que phénomène de communication nous permettra d'éclaircir certains de ses mécanismes fondamentaux 17