LE SECTEUR PRIVE

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Le secteur privé constitue un des moteurs fondamentaux du développement économique des pays ACP. Mais le développement du secteur privé est encore bloqué par des obstacles d'ordre multiple en particulier en Afrique. Au delà des reformes politiques et institutionnelles nécessaires, comment mobiliser initiatives individuelles et développer l'esprit d'entreprise ?

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Ajouté le 01 avril 2000
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EAN13 9782296406445
Langue Français
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LE SECTEUR PRIVÉ:
MOTEUR DU DÉVELOPPEMENT DES PA YS ACP

Une approche intégrée et participative

(Çj L'Harmattan, 2000 ISBN 2-7384-8841-2

José Antonio SEQUEIRA CARY ALHO

LE SECTEUR PRIVÉ:
MOTEUR DU DÉVELOPPEMENT DES PA YS ACP

Une approche intégrée et participative

Préface de Pierre Moussa

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris.. FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur: Sistemas de gestào empresarial, édition de l'Associaçào dos Estudantes do Instituto Superior de Economia, Université Technique, Lisbonne, 1985. A adesào imperativo Estudantes Technique, de Portugal CEE, uma opçào historica, um de desenvolvimento, édition de l'Associaçào dos do Instituto Superior de Economia, Université Lisbonne, 1984.

Eureka-Programme Bolivar, un nouveau paradigme pour la coopération technologique internationale, édition du Centre d'Etudes et Documentation Européenne, Instituto Superior de Economia et Gestào, Université Technique, Lisbonne, 1992.
La dynamisation des initiatives locales, une force synergique de développement, L'Harmattan, Paris, 1997.

000

Les opinions exprimées dans ce livre sont personnelles et n'engagent en aucune façon les institutions où l'auteur travaille.

SOMMAIRE PRÉFACE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Il INTRODUCTION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 15
CHAPITRE I - L'UNION EUROPÉENNE ET LE SECTEUR PRIVÉ DANS LES PAYS ACP 25 1. Le traité sur l'Union européenne et les instruments et ressources offerts par la quatrième Convention de Lomé en faveur du développement du secteur privé dans les pays ACP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 26 2. La mondialisation de l'économie: une contrainte de compétitivité pour les pays ACP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 31 CHAPITRE II - LES POLITIQUES D'APPUI AU DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR PRIVE DANS LES PAYS ACP - OBSTACLES STRUCTURELS ET INSUFFISANCES POLITIQUES. . . . . . . . . . . . . . .. 33 Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 33 I. Les obstacles structurels internes au développement du secteur privé et aux

investissements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

2. Les insuffisances des politiques menées par les donateurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 3. Un trop faible accent sur le renforcement des capacités aux niveaux national et local. " 4. Echanges Sud/Sud et coopération entre pays de la même région. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 5. Un cadre étatique et institutionnel stable et efficace. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

" 36
40 65 68 69

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6. Une approche stratégique globale face à la diversité des situations. . . . . . . . . . . . . . . . . .. 70 CHAPITRE III - POUR UNE APPROCHE COMMUNAUTAIRE DE L'APPUI AU DEVELOPPEMENT DU SECTEUR PRIVE DANS LES PA YS ACP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 75 1. Une approche cohérente et intégrée des programmes d'appui au développement du 79 secteur privé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . " 2. La promotion de l'approche intégrée. . . . . . .. 82 3. La mise en oeuvre partjcipative de l'approche intégrée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . " 84 4. L'institutionnalisation de systèmes politiques démocratiques, de bonne gestion publique et d'Etat de droit. . . . . . . . . . . . . . 94 " 95 5. Le cadre macro-économique. . . . . . . . . . . . " 6. Appuis sectoriels et politiques 96 d'aménagement du territoire. . . . . . . . . . . . " 7. Développement d'institutions .intermédiaires 97 de représentation des entrepreneurs. . . . . . . " 98 8. Actions ciblées sur les entreprises. . . . . . . . " 9. Aller au-delà de l'assistance extérieure favoriser l'appropriation des objectifs de développement du seéteur privé par les pays ACP et les entrepreneurs locaux. . . . . . . . .. 100 10. Dialogue avec les pays ACP au niveau des autorités centrales mais impliquant aussi la participation des entrepreneurs locaux. . . .. 102

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Il. Améliorer la compréhension des processus de développement du secteur privé et renforcer les capacités d'analyse au niveau local. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 12. Connaissance et évaluation des conditions de développement d'entreprises privées. . .. 13. Evaluation de l'impact de l'assistance communautaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 14. Mobiliser les compétences et renforcer les capacités au niveau local. . . . . . . . . . . . . . .. 15. Favoriser la création de réseaux ouverts et décentralisés de coopération: un schéma organisationnel pour une coopération au développement axée sur le développement des entreprises privées. . . . . . . . . . . . . . . . .. 16. Concertation au niveau communautaire sur le terrain. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ., CHAPITRE IV - LES AXES STRATÉGIQUES D'INTERVENTION. . . . . . . ., . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1. Promouvoir la création de cadres économiques compétitifs. . . . . . . . . . . . . . .. 2. Développement des entreprises et de l'esprit d'entreprise. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 3. L'appui aux initiatives privées: un vecteur de lutte contre la pauvreté. . . . . . . . . . . . . " 4. Privatisation et réforme des entreprises publiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 5. La promotion et la protection des investissements étrangers. . . . . . . . . . . . . .. 6. Développement du secteur financier. . . . . ..

103 105 106 109

113 122

125 127 137 149 160 179 190

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7. Développement

des

systèmes

de

commercialisation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 195 8. Le développement technologique. . . . . . . .. 199 9. Coopération et intégration régionale. . . . . .. 217
UN PARTENARIAT RENFORCÉ ENTRE L'UNION EUROPÉENNE ET LES PAYS ACP POUR APPUYER LE DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR PRIVÉ. . . . .. 223
BIBLIOGRAPHIE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 235

10

PRÉFACE
Un des faits mondiaux majeurs des dernières décennies du XXe siècle est la reconnaissance du caractère primordial de l'entreprise dans le développement des économies et l'épanouissement des sociétés. Une sorte d'unanimité s'est affirmée sur ce sujet, qui, comme toutes les unanimités, est faite d'une majorité profondément convaincue et d'une minorité qui grogne secrètement; il existe encore aujourd'hui une minorité qui, sans oser le dire à voix haute, regrette le temps des économies bureaucratiques et des étatisations d'entreprises (curieusement dénommées nationalisations). L'apparition de cette "unanimité" a constitué un tournant majeur dans les pays d'Europe, où le courant pIaniste et nationalisateur a été très puissant pendant un demi-siècle. Une des causes de ce tournant a été l'écroulement du bloc soviétique qui a considérablement détérioré l'image du marxisme-léninisme; mais la principale cause est qu'avec le temps l'efficacité comparée des deux systèmes est devenue évidente. Peu à peu, en dehors de quelques îlots qui se crispent dans la fidélité au système socialiste, on voit les pays du "Sud" se rallier au dogme de l'économie de l'entreprise et du marché. Mais la floraison des entreprises privées, si elle est en général sincèrement désirée, rencontre de sérieux obstacles. L'ouvrage de José Sequeira Carvalho analyse ces obstacles et suggère les moyens de les surmonter et ce, en se concentrant sur une partie du Sud particulièrement chère au coeur des Européens, les pays dits ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

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Malgré quelques réussites indéniables, on constate, dans la plupart des pays ACP, et plus particulièrement en Afrique subsaharienne, une sorte de blocage freinant le développement de J'économie privée. A tel point que certains observateurs se demandent si l'entreprise ne serait pas incompatible avec la socio-culture africaine, étant donné que cette dernière est caractérisée par un profond sens communautaire et une solidarité familiale contraignante qui empêchent le fonctionnement de mécanismes d'accumulation du capital et la mise en oeuvre de systèmes modernes d'organisation industrielle. On a dit, dans une formule quelque peu excessive: en Afrique, la famille tue J'entreprise. Cette vue pessimiste, José Sequeira Carvalho la récuse implicitement, ce qui est important car il connaît bien et J'entreprise et J'Afrique. Les problèmes de J'entreprise sont familiers à ce docteur d'Etat en gestion de J'université de ParisDauphine et professeur titulaire de gestion et d'économie de l'entreprise de J'université technique de Lisbonne. Il a été disciple de grands spécialistes du développement comme les professeurs Georges Balandier et Celso Furtado. Il est aussi un connaisseur et un ami de J'Afrique, à laquelle il se dévoue depuis quelques années au sein de la fameuse Direction Générale VIII ("DG VIII") où ses efforts se sont exercés pendant quelques années dans le cadre de la division consacrée au secteur privé. Je partage la foi de José Sequeira Carvalho dans le développement de l'Afrique par l'entreprise et par le marché. Je ne suis pas éloigné d'approuver le paradoxe de John K. Galbraith dans "The Nature ofMass Poverty", selon lequel un pays riche peut avoir la prétention de rectifier les effets du 12

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marché parce qu'il dispose d'une abondance de compétences gestionnaires, mais qu'au contraire un pays pauvre dépend au plus haut degré de l'entreprise et du marché parce que ceux-ci "réalisent une décentralisation et une multiplication de l'intelligence appliquée à l'activité productive; et surtout, ils permettent d'économiser cette ressource si rare: la compétence et l'honnêteté administrative". Je suis persuadé que les années qui viennent verront les Africains montrer qu'ils ont le sens de l'entreprise, et non seulement de l'entreprise informelle, mais aussi, et de plus en plus, de l'entreprise moderne. Je crois également que les pays du "Nord" sont en train de comprendre que le "décollage" d'un certain nombre de pays africains est maintenant probable, et proche, et qu'il leur faut être présents: nul moment n'est plus favorable à l'investisseur que celui du décollage. Je crois qu'il faut favoriser, par tous les moyens, les joint-ventures entre le secteur privé et les technologies des pays industrialisés. Je crois aussi qu'à l'instar de ce que l'on a vu récemment dans des pays comme l'Argentine et le Mexique, les capitaux d'origine africaine actuellement réfugiés dans d'autres continents sauront retrouver le chemin de leur patrie d'origine, aussitôt qu'ils seront assurés d'un minimum de visibilité macro-économique et aussi d'une stabilité politique et institutionnelle bien établie. Sur les perspectives de l'épanouissement du secteur privé dans les pays ACP, l'ouvrage de José Sequeira Carvalho constitue une contribution digne de tout éloge.

Pierre Moussa
Président du Forum Afrique Europe Ancien P.D.G. de Paribas 13

INTRODUCTION
A la suite de leur accession à l'indépendance, et jusqu'au milieu des années 80, la majorité des États ACP ont mis en oeuvre des politiques axées sur le rôle central de l'État en matière de planification et de gestion d'un développement économique. Ils ont pris appui sur la création d'entreprises publiques et parfois même sur des formules de gestion collectiviste de l'économie. On connaît le bilan largement négatif de ces politiques: mauvaise gestion macro-économique, instabilité politique chronique, mauvaise administration, manque de chefs d'entreprises et de cadres qualifiés, faible compétitivité des structures économiques, conduisant à des blocages de la croissance économique et des processus d'industrialisation. L'inexistence de tissus d'entreprises privées bien gérées et compétitives a entraîné la perte de positions compétitives et à un effondrement de la part des exportations des pays ACP sur les marchés mondiaux qui est passée, malgré l'élargissement du groupe des ACP, de 3% en 1974 à 1,5% en 1992. La tendance est la même sur les marchés de l'Union européenne sur lesquels (bien que bénéficiant d'un accès commercial préférentiel) la part des exportations en provenance des pays ACP, dans l'ensemble des importations extra-communautaires, est passée de 6,7% en 1976 à 3,7% en 1992 et 3,8% en 1995, alors que pendant la même période la part des exportations de l'Asie augmentaient de 4,2% en 1976 à 13,6% en 1992 et 18,1% en 1995 (cf. tableau 1).

Le secteur privé: moteur du développement

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Tableau 1

Part des différentes régions en développement dans les importations de l'Union européenne
1976 ACP Asie Amérique latine Méditerranée
Tous pays en

1980 7,2 5,9 5,0 6,1 42,4

1985 6,7 6,5 6,4 8,1 34,7

1990 4,7 Il,0 5,5 6,5 32,2

1992 3,7 13,6 5,0 6,2 30,8

1994 3,4 15,5 4,9 5,7 30,5

1995 3.8 18.1 5.7 6.3 34.2 100,0

6,7 4,2 5,1 6,1 44,8

développement Extra-UE 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Source: Eurostat database

Force est de constater que la majorité des pays les moins industrialisés du monde en développement font partie des Etats ACP. Dans la plupart des économies de ces pays, particulièrement en Afrique subsaharienne, le poids du secteur primaire de fléconomie reste encore prédominant: agriculture traditionnelle de subsistance, matières premières - cultures de vente et extraction de minéraux - essentiellement destinées à l'exportation, industrie limitée. Le secteur manufacturier, qui avait stagné à environ 10% du PIB entre 1965 et 1990, n'a cessé de décliner depuis cette date, surtout en Afrique, alors que pendant la même période il augmentait d'environ 5% (pour atteindre 28% du PIB en Asie et 23% en Amérique latine).

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Face à la prise de conscience que ce constat de la défaillance des politiques économiques étatistes a provoqué, une approche différente doit désormais être proposée. Elle doit mettre un accent renforcé d'une part sur l'importance des initiatives privées, du développement des entreprises et de la liberté du marché comme moteurs de la croissance économique, d'autre part sur la nécessité pour les États de se désengager des secteurs productifs et de libéraliser l'économie. Parmi les conditions indispensables pour la réalisation de l'objectif d'un développement économique durable pour les pays ACP, de nombreux travaux de recherche et d'évaluation faits dans le cadre communautaire (dont les conclusions ont été largement prises en compte dans la Convention de Lomé révisée en 1995 et dans le Livre vert sur les relations entre l'Union européenne et les pays ACP à l'aube du 21ème siècle) traduisent la prise de conscience du fait que seul un environnement politique et économique libéralisé, acceptant et soutenant les initiatives individuelles et le développement des entreprises privées, peut permettre un tel développement durable. De même, les pays ACP ont tout à gagner à devenir des sociétés plus ouvertes, libérales et à économie de marché, capables de s'intégrer progressivement dans une économie mondiale de plus en plus ouverte et globalisée. Pour ce qui concerne l'Afrique Sub-saharienne, partie considérable de l'espace ACP, soulignons un autre argument incontournable qui démontre à l'évidence l'importance du secteur privé pour le proche avenir du continent. Il s'agit du fait que la population sub-saharienne va doubler en une génération (570 millions d'habitants en 1990, et plus de 17

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1.200 millions prévus en 2020). Pour faire face à leur explosion démographique, les pays sub-sahariens doivent faire passer la part des investissements dans leur PIB de 15% à 25%. Ils n'y parviendront que grâce à une forte contribution privée. En effet, les sources d'investissements autres que le secteur privé sont extrêmement incertaines. Les finances publiques restent beaucoup plus fragiles en Afrique que dans le reste du monde en développement. L'épargne des ménages y est modeste. Quant à l' APD internationale, dont l'Afrique est la première bénéficiaire, elle tend à diminuer en termes de pourèentages du PIB des bailleurs d'aide (voire, pour certains, en valeur absolue). On ne peut même plus exclure, de la part des institutions multilatérales, le risque de flux nets négatifs, vis-à-vis de plusieurs pays africains. Face à l'ampleur des besoins de ressources financières nécessaires au développement des pays ACP et aux moyens budgétaires limités que l'Union européenne peut mobiliser en leur faveur (alors qu'elle doit faire face à l'ouverture à l'Est et se préparer à intégrer de nouveaux Etats membres), la nécessité d'un plus vaste recours à l'investissement privé pour assurer ce même développement est évidente. Or cet investissement privé, aujourd'hui plus que jamais nécessaire, est, globalement le "grand absent" de l'Afrique. Les investisseurs installés au Sud du Sahara sont souvent, soit dans l'expectative, soit tentés par un redéploiement. Quant aux investisseurs privés potentiels, ils se dirigent vers d'autres continents. L'Afrique sub-saharienne fait gravement exception à l'évolution positive du marché international des capitaux envers le monde en développement. Contrairement à l'Asie et, 18

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depuis une demi-douzaine d'années, à l'Amérique latine, les pays sub-sahariens attirent toujours aussi peu, sauf exceptions, l'investissement privé. Les flux globaux d'investissements internationaux, y compris ceux en provenance de l'Union européenne, ont augmenté massivement au cours de la dernière décennie. Les investissements étrangers dans les pays en développement et dans les économies en transition ont augmenté de 44 milliards de dollars en 1990 à 244 milliards de dollars en 1996, parmi lesquels les investissements directs sont passés de 25 milliards de dollars à 110 milliards de dollars. Les investissements directs dans ces deux groupes de pays correspondent maintenant à 50-60% du total de ces investissements au niveau mondial. Toutefois, très peu de ces investissements se sont dirigés vers les pays ACP (seulement 3-4 milliards de dollars) dont la plupart se sont concentrés dans les secteurs pétrolier et minier. Certains pays ACP, notamment de l'Afrique, ont même enregistré, au cours de la dernière décennies, des processus de désinvestissement des capitaux étrangers dans les secteurs agricole et manufacturier. Face à cette situation de marginalisation des pays de l'Afrique subsaharienne dans le contexte de la dynamique des investissements internationaux, tant les intérêts économiques, à court et à moyen-terme de l'Europe, que ceux de ces pays plaident en faveur de la relance de l'investissement privé, un objectif central de la politique d'aide de l'Union européenne. Mais cet objectif est en grande partie inaccessible sans l'existence de stabilité politique et de sécurité civile dans les

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des pays ACP

pays ni sans une profonde refonte de l'environnement institutionnel et économique actuel dans ces mêmes pays. C'est dans cette perspective que doivent être mobilisés les outils et les instruments de coopération élaborés au fil des conventions de Lomé successives et pris en compte le constat suivant: si ces instruments, bases d'actions et de projets concrets dans un certain nombre de pays peuvent être considérés comme des réussites, les études d'évaluation faites par la Commission européenne mettent en évidence que, de façon générale, les programmes indicatifs nationaux appliquant l'aide de l'UE aux pays ACP ne souffrent pas moins d'un déficit global d'actions en faveur du secteur privé et ce, jusqu'à nos jours. Mais l'ensemble des "pays ACP" recouvre des disparités considérables de niveaux de développement et de structures économiques entre zones géographiques, entre pays et à l'intérieur même de chaque pays. Ce constat d'évidence
explique que l'Union européenne

- conformément

aux objectifs

indiqués dans le Traité de l'Union européenne (article 177) doit d'aider ces pays à : s'intégrer d'une façon harmonieuse dans l'économie mondiale, à réaliser un développement économique et social durable et lutter contre la pauvreté - elle ne peut ignorer que, sans des programmes d'aide et des mesures d'accompagnement spécifiques visant à renforcer la capacité entrepreneuriale des secteurs privés des pays ACP, l'ouverture des économies de ces pays à la mondialisation, qui sera sans doute bénéfique aux économies de certains d'eux qui sont les plus performantes, risque toutefois d'affaiblir encore plus les moins avancés d'entre eux.

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Eu égard à ces enjeux, ce livre propose un ensemble cohérent de principes et de cadres d'orientation politique globaux permettant à la Commission européenne, aux États membres de rUE et à leurs partenaires ACP de se mettre d'accord pour élaborer une nouvelle approche stratégique de coopération visant à promouvoir d'une façon plus efficace que par le passé, le développement du secteur privé dans les pays ACP. Dans la mesure où, pour l'Europe, dans un contexte d'accélération de la concurrence mondiale, le développement de ses partenaires ACP demeure une priorité géopolitique, le moment semble venu pour rUE de préciser les orientations politiques prioritaires (et leurs modalités de mise en oeuvre) qu'elle entend développer en termes de coopération pour permettre aux pays ACP de s'intégrer d'une façon harmonieuse dans l'économie mondiale, tout en assurant à leur économie un développement durable. L'existence, dans ces pays, de tissus d'entreprises privées modernes et capables d'affronter la compétition internationale constitue un des vecteurs fondamentaux de ce développement. Ce livre se compose de quatre chapitres: le premier chapitre met en évidence l'importance du secteur privé pour le développement des pays ACP, présente les bases institutionnelles et les contraintes globales sur lesquelles se fonde la politique de l'Union européenne d'appui au développement du secteur privé dans les pays ACP, tout en précisant les modalités de sa mise en oeuvre et ses principaux instruments;

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Le secteur privé: moteur du développement

des pays ACP

le second chapitre identifie certains des principaux obstacles structurels et institutionnels internes qui bloquent le développement du secteur privé dans les pays ACP et met également en évidence les insuffisances des politiques de coopération en matière d'appui au secteur privé dans ces pays. Ces blocages et ces insuffisances constituent les grands défis à relever pour mener des politiques efficaces de développement du secteur privé dans les pays ACP; le troisième chapitre développe de façon détaillée les principales orientations d'une nouvelle approche en matière d'appui au développement du secteur privé dans le cadre de la politique de coopération de l'UE. Une nouvelle approche qui se veut à la fois intégrée et participative aussi bien au niveau de sa conception que de sa mise en oeuvre et qui vise également le développement des capacités des entrepreneurs des pays ACP. le quatrième chapitre définit les axes stratégiques prioritaires d'intervention sectorielle qui doivent être poursuivis en fonction des contextes spécifiques des pays en question pour dépasser les obstacles structurels qui s'opposent au développement du secteur privé dans ces pays. Ces axes stratégiques d'intervention doivent être poursuivis à travers des approches intégrées et participatives dont les principales caractéristiques ont été définies dans le chapitre précédent; la conclusion revient sur la nécessité d'une étroite coordination entre la Commission européenne et les États membres dans la définition et la mise en oeuvre de la politique communautaire d'appui au développement du 22

Le secteur privé: moteur du développement

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secteur privé dans les pays ACP, notamment dans le cadre de la programmation des actions financées par le Fonds Européen de Développement (FED) dans ces pays. Cette coordination doit être également élargie à la participation des secteurs privés des pays ACP et aussi des pays de l'UE. Elle vise essentiellement la création, dans ces derniers pays, de cadres politiques et institutionnels favorables au développement des initiatives entrepreneuriales de leurs secteurs privés. Le partenariat renforcé entre l'Union européenne et les pays ACP pour le développement du secteur privé dans ces derniers pays que nous proposons dans ce livre exige également, comme nous montrerons dans la conclusion, une profonde refonde des modalités et de l'esprit avec lesquels sont appliqués les instruments de la convention de coopération pour le développement qui unit ces deux groupes de pays.

23

CHAPITRE I

- L'UNION

EUROPÉENNE

ET LE

SECTEUR PRIVÉ DANS LES PA YS ACP
Le développement et la croissance économiques exigent un environnement favorable à l'investissement privé et au développement des entreprises. Les exemples des pays de l'Asie de l'Est montrent que ce chemin ne constitue pas un modèle d'application unique et que, selon les pays, des applications variantes de ces principes mais préservant toujours la libre initiative des entrepreneurs privés sont possibles. A l'opposé, les résultats de la plupart des pays ACP, notamment ceux de l'Afrique sub-saharienne apparaissent médiocres, sinon franchement négatifs. Certes, les modèles de développement des pays industrialisés ne sont pas reproductibles à l'identique, mais la preuve a été apportée que chaque fois qu'un secteur privé efficace et une industrie performante ont pu se développer dans un pays, c'est l'ensemble de l'économie qui en a bénéficié et la pauvreté qui a diminué. Le développement du secteur privé et des entreprises constitue donc une priorité pour la politique de coopération de l'Union européenne avec les pays ACP. Ceux-ci sont confrontés aux profondes mutations liées à la tendance à la mondialisation du système économique international, à la nécessité pour leurs économies nationales d'afffonter avec un minimum de capacité compétitive les exigences de la concurrence sur des marchés de plus en plus ouverts et mondialisés. Dans ce contexte, les États ACP se heurtent à un défi structurel auquel ils ne peuvent se dérober. Il semble d'ailleurs que la plupart de ces pays ont compris qu'ils ont tout à gagner en devenant des sociétés plus ouvertes, libérales et à économie de

Le secteur privé; moteur du développement

des pays ACP

marché. Les exemples de succès entrepreneuriaux dans les pays ACP, y compris en Afrique, ne manquent d'ailleurs pas et doivent inciter l'Union européenne à ne pas sombrer dans l'afropessimisme souvent trop répandu et à poursuivre ses efforts pour favoriser le développement du secteur privé dans les pays ACP. Certes, l'Union européenne ne peut résoudre tous les problèmes qui s'opposent au développement du secteur privé et des entreprises dans ces pays, mais, de par le volume de son aide, son influence géopolitique et surtout le potentiel de sa politique et de ses intruments de coopération, elle peut exercer un effet de catalyse considérable en matière de développement en mettant en oeuvre dans chaque pays ACP des programmes efficaces d'appui au développement du secteur privé.

1.

LE TRAITÉ SUR L'UNION EUROPÉENNE ET LES INSTRUMENTS ET RESSOURCES OFFERTS PAR LA QUATRIÈME CONVENTION DE LOMÉ EN FAVEUR DU DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR PRIVÉ DANS LES PAYS ACP

Bien qu'il n'existe aucune position explicite, ni document spécifique consacré au développement du secteur privé, de nombreuses références faites à ce sujet dans différents textes de la Convention de Lomé IV et dans le traité sur l'Union européenne permettent de dégager des principes et des orientations politiques pour mettre en oeuvre des stratégies cohérentes en la matière. On peut dire que le développement du secteur privé est implicite dans certaines dispositions du Traité de l'Union européenne (comme celles relatives au 26