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LE SPORTIF ET LE SOCIOLOGUE

De
304 pages
Un sportif de haut niveau curieux de sociologie et un sociologue du travail passionné de sport se rencontrent. De quoi parlent-ils ? Du " travail " du sportif, bien évidemment. A partir de l'histoire de vie du sportif et de l'expérience de vie du sociologue, ils analysent le passage du rêve des adolescents au métier des professionnels et à la réalité du sport d'aujourd'hui.
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LE SPORTIF ET LE SOCIOLOGUE

SPORT, INDIVIDU ET SOCIETE

@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8714-9

MARCEL BOLLE DE BAL

DOMINIQUE VESIR

LE SPORTIF ET LE SOCIOLOGUE
SPORT, INDIVIDU ET SOCIETE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Histoire de Vie et Formatio!l dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de : Pierre Dominicé, Magali Dubs, Guy Jobert, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Titres parus

.

Volet: Histoire de vie Claire SUGIER, Haïti terre cassée... Quinze ans dans la campagne haïtienne, 1996. Line TOUBIANA, Marie-Christine POINT, Destins croisés. Elles sont profs, ['une est juive, l'autre est catholique..., 1996. Pierre DUFOURMARTELLE, Globe trotter et citoyen du monde, 1997. Auguste BOUVET, Ménloires d'un ajusteur syndicaliste, 1997. Martine LANI-BA YLE, De femlne à fenlme à travers les générations. Histoire de vie de Caroline Lebon-Bayle 1824-1904, 1997. Guy-Joseph FELLER, Libre enfant de Favières. Territoire de serpents, 1997. Malika LEMDANI BELKAÏD, Normaliennes en Algérie, 1998. M. CHAPUT, P.-A. GIGUÈRE et A. VIDRICAIRE (eds), Le po.uvoir transfornlateur du récit de vie, 1999. Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris sous l'Occupation, 1999. Guislaine JOURDAIN, Combat au quotidien dans le Chili de l'aprèsPinochet, 1999.

OUVRAGES DU SOCIOLOGUE
Aux Editions 1'Harmattan, Paris Voyages au cœur des sciences hunzaines. De la reliance (Ed.), 2 tomes, 1996.

-

- Les adieux d'un sociologue heureux. Traces d'un passage, 1999. Aux Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles doubles jeux de la participation. Rénlunération, perfortrlance et culture, 1990 (traduit en anglais et en slovène). - Wegimont ou le château des relations humaines. Une expérience de formation psychologique à la gestion, 1998. - Les survivants du Boyau de la Mort. Lettres de deux jeunes 14 18 (Ed.), 1998.

- Les

-

Wallons en

Aux Editions de l'Institut de Sociologie, Bruxelles - Relations humaines et relations industrielles, 1958 (traduit en espagnol). - La structure des rémunérations en Belgique (en collaboration), 4 volumes, 1959-1963. - Le salaire à la production. Formes nouvelles et fonctions sociologiques (en collaboration), 1965. - La vie de l'entreprise. Supplénlents de rénlunération et participation 1967 (traduit en portugais). - Problèmes de sociologie du travail, 1969 (traduit en espagnol). - Image de I 'homnze et sociologie contenlporaine (Ed.), 1969. ouvrière,

Aux Editions de l'Université de Bruxelles - ,Accroissement de la productivité et psychosociologie du travail (Ed.), 1976. - Formation, travail, travail de formation (Ed.), 1978. . - La tentation comnlunautaire. Les paradoxes de la reliance et de la contreculture, 1985. Chez d'autres éditeurs - Mode de rémunération et collaboration dans l'entreprise, Bruxelles, Fédération des Industries Belges, 1967. Le salaire aux résultats dans les sociétés industrialisées: tendances, évolutions et aspects psychosociologiques, Genève, BIT, 1972. - Les aspirations de reliance sociale. Reliance sociale, recherche sociale, action sociale, Bruxelles, Programmation de la Politique Scientifique, 1978.

-

- La participation. Revue des études sur la participation (en collaboration), Dublin, Fondation pour l'Amélioration des Conditions de Travail, 1987 (traduit en anglais). - La Franc-Maçonnerie, porte du devenir. Un laboratoire de reliances, Paris, Detrad, 1998. - La fraternité maçonnique, Paris, Edimaf (sous presse).

La connaissance du sport est la clé de la connaissance de la société... On ne peut étudier le sport sans étudier la société. Norbert ELIAS

INTRODUCTION OUVERTURE DU TERRAIN

« Comment est née l'idée de ce livre? D'où nous est venu le besoin de le faire? » Telles sont les deux questions par lesquelles Jean-François Revel ouvre son introduction au livre Le moine etle philosophe qu'il a conçu, réalisé et rédigé avec son fils Mathieu Ricard, moine bouddhiste1. Telles sont également les questions qu'il n'est pas vain de nous poser au seuil du nôtre. Comment est née l'idée de ce livre? Précisément à la lecture des entretiens entre le père philosophe et le fils moine: cette approche
dialoguée d'une réalité complexe

- celle

du bouddhisme

- nous

a séduits

car elle nous permettait d'appréhender avec bonheur cette complexité. D'où nous est venu le besoin de le faire? De longs échanges entre nous, depuis plusieurs années, à l'occasion de conférences, de colloques, de discussions au coin du feu de bois qu de pratiques sportives au doux soleil du midi languedocien: échanges de balles et échanges d'expériences, rencontre mutuellement fascinante d'un sportif ex-professionnel intéressé par la sociologie et d'un sociologue exsportif amateur, passionné par tout ce qui touche le sport, d'un joueur de football et d'un joueur de hockey, d'un Français de Pau et d'un Belge de Bruxelles. Avec, au cœur de nos ébats et débats, les problèmes posés par l'éthique sportive, par le respect et la transgression des règles de « l'esprit du sport» et du « fair-play». Puis brochant sur ceci, le désir d'offrir, sans nulle prétention académique, un regard spontané mais réfléchi, frais mais expérimenté, critique mais sympathique, sur les réalités du sport dans la société contemporaine. Le tout en esquivant le piège du discours pontifiant, afin d'échapper à ce reproche souvent adressé aux sociologues dans leur tour d'ivoire de se prendre un peu trop au sérieux et, parce qu'ils tiennent à être pris au sérieux par leurs collègues, de bannir tout sens de l'humour, ainsi qu'en témoigne « le style pesant des écrits2» commis par nombre d'entre eux.

1 Jean-François REVEL et Mathieu RICARD, Le moine et le philosophe, Paris, Nils Editions, 1997. 2 Jean William LAPIERRE, Cultes du corps, Lausanne, PM Favre, 1985, Préface de E. PERRIN.

Si, comme Jean-François Revel dans l'ouvrage évoqué ci-dessus, je tiens seul la plume de cette brève introduction3, c'est comme pour lui par « commodité syntaxique », pour centrer le sujet en évitant les tours et détours des échanges dialogués. Mais si j'assume la responsabilité de ce préambule, Dominique, comme Mathieu Ricard avec son père, en est le co-auteur: nous en avons discuté ensemble, il l'a relu, corrigé et complété, en fonction de sa propre sensibilité. Résumons, nous aussi, la rencontre de deux histoires personnelles et professionnelles, intellectuelles et affectives, d'où «a jailli l'étincelle initiatrice». Nous avons largement évoqué, lors de nos premiers entretiens, nos parcours respectifs et nos motivations au moment d'entreprendre notre dialogue approfondi. Qu'il me suffise ici, en guise de présentation sommaire, de situer l'essentiel de nos deux personnes et personnages. Dominique, 43 ans, a réalisé son rêve d'enfant en effectuant une carrière de footballeur professionnel. De Saint-Etienne à Bastia en passant par Valenciennes, Rennes et Thonon, pendant près de 14 ans Dominique a exercé le métier de footballeur. Sélectionné en équipe de France junior, amateur et militaire, il a vécu des expériences que le sociologue que je suis ne pouvait laisser s'éteindre. A l'âge de 30 ans, soucieux de reconversion et un peu las des servitudes du sport professionnel, il a renoncé à son statut de joueur et entrepris de s'investir dans le secteur de l'assurance en reprenant un cabinet privé qu'il a conservé durant 10 ans. Dominique est aujourd'hui responsable des assurances au sein de l'Union Nationale des Footballeurs Professionnels et chargé de l'information du syndicat auprès des jeunes des centres de formations des clubs professionnels français. Le recul qu'il a pris et la diversité des centres d'intérêts qui l'occupent l'ont amené à réfléchir sur les mécanismes du sport professionnel en particulier et du sport de manière générale. Son désir de découverte et de compréhension a sûrement provoqué notre rencontre. Les idées reçues, banalités et autres poncifs généralement véhiculés sur les sportifs ont réveillé en lui la nécessité d'un travail de recherche et d'approfondissement. Notre amitié et mon goût prononcé pour le sport ont rendu, à ses yeux, notre collaboration évidente.
3

Rédigé par Marcel Bolle de Bal. 12

Pour ma part, je suis, à l'âge de 68 ans, professeur émérite de sociologie et de psychosociologie de l'Université Libre de Bruxelles. Sociologue professionnel durant 40 ans et sportif amateur, je me suis toujours intéressé aux problèmes du sport, qu'il soit de loisir ou de compétition, de masse ou de haut niveau. Les aléas de l'existence et les (non-) opportunités de la carrière ne m'ont pas permis de m'investir comme je l'aurais souhaité dans cette sociologie particulière qu'est la sociologie du sport, vers laquelle m'auraient poussé mes inclinations et compétences personnelles. Il est certes trop tard pour que je devienne un spécialiste de cette discipline à l'éclosion relativement récente. Toutefois la rencontre de Dominique a été pour moi l'occasion rêvée pour satisfaire, fût-ce partiellement, le désir longtemps refoulé de m'exprimer sur le sujet. Occasion rêvée mais provoquée par la brisure d'un rêve - enfantin? infantile? - toujours conservé par-devers moi: celui d'un monde où aurait régné l'honnêteté, la courtoisie, le respect de l'adversaire, la loyauté, bref la droiture, une éthique de correction. Or les nombreuses anecdotes que me racontait Dominique, dont les propos ont pourtant été toujours nuancés à cet égard, m'ont révélé un monde de tractations souterraines, de coups fourrés, d'apprentissage de la tricherie, dont mon incorrigible âme d'enfant naïf (et désireux de le rester ?) avait du mal à soupçonner l'existence. Dés lors je n'ai eu de cesse de porter à la connaissance d'un plus vaste public, de sportifs actifs et passifs, mais aussi de citoyens en général, la réalité du sport au sein de notre société. Sans animosité et sans complaisance, par souci d'information libre-exaministe, par volonté d'offrir des pistes de réflexion à tous ceux qui se sentent, ou devraient se sentir, concernés par le problème. Dominique souhaitait prendre du recul par rapport à son ex-métier et à son expérience sportive, je désirais que celle-ci, en son exceptionnelle richesse, ne soit pas perdue pour les générations futures: la rencontre de ces deux aspirations a fait germer l'idée de dialogues plus structurés et a enfanté ce livre. Très rapidement il nous est apparu qu'il ne pouvait s'agir pour nous de produire un ouvrage de plus sur la sociologie du sport: nous n'en avons ni les moyens, ni le temps, ni à la limite la compétence. En revanche, le matériau original à notre disposition était constitué par l'expérience sportive de Dominique. Nous avons donc convenu que 13

celle-ci constituerait le fil d'Ariane de nos réflexions et discussions. A partir du témoignage du footballeur, nous pourrions alors tenter, à l'aide de nos cultures comp~émentaires, d'élargir le. propos aux autres sports et aux problèmes plus généraux de la société contemporaine. En d'autres termes: à partir du parcours d'un individu, dégager les liens entre le sport et la société. D'où le sous-titre du livre: Sport, individu et société. Ce faisant, nous avons été amenés, par notre pratique intuitive, a redécouvrir et appliquer les règles d'une méthode sociologique qui ne nous était pas familière: les histoires de vie4. Non pas le modèle biographique ou d'investissement de la vie par un autre, non pas le modèle autobiographique ou d'auto-investissement, mais plutôt le modèle dialogique, de co-investissement: selon cette option épistémologique, « l'explication du savoir implicite est une œuvre conjointe, nécessitant un co-investissement des acteurs impliqués dans les deux opérations d'énonciation et de travail sur l'énonciation »5. Le sens des activités évoquées n'est réductible ni à la conscience de l'acteur ni a l'analyse du chercheur. Dominique, acteur, a fait un travail de recherche. Moi, chercheur, n'ai pu perdre de vue que j'étais aussi acteur, dans le cadre de notre dialogue. Nous avons de la sorte vécu pleinement « une. situation heuristique exceptionnelle de communication et de confrontation entre porteurs de sens, courants et savants »6. Nous avons sans cesse tenté de relier dialectiquement énonciation et énoncé, vécu et réflexion, expérience et existence, analyse et synthèse. En ce sens, « faire son histoire de vie n'est donc pas une pratique privée narcissique insignifiante. C'est essayer de tirer u~e plus-value sociale de sa vie »7. L'histoire de vie de Dominique, footballeur professionnel, nous révèle les enjeux sociaux culturels et politiques de toute pratique sportive, en particulier d'une pratique sportive de haut niveau.

4Daniel BERTAUX, « L'approche biographique, sa validité méthodologique, ses potentialités », Cahiers Internationaux de sociologie, LXIX, 1980, 197-225 ~Gaston PINEAU et Jean-Louis LE GRAND, Les histoires de vie, Paris, PUF, coll. « Que sais-je? » n° 2760, 1993. 5 Gaston PINEAU et Jean-Louis LE GRAND, op. cit., p. 102. 6 Ibid.
7 Id., p. 106. 14

Pratiquement, comment avons-nous procédé? Loin du stress et des pressions de nos aliénations urbaines à Bruxelles, Paris ou Pau, nous avons élu domicile pour de courtes périodes de quatre à cinq jours dans une retraite nichée au cœur du Languedoc. Deux heures de travail préparation, enregistrement, écoute des entretiens le matin, trois heures l'après-midi, entrecoupées d'une heure d'échanges tennistiques, de moments consacrés à des discussions libres, aux joie de la table et de la sieste. Mens sana in corpore sano : équilibre du corps, du cœur et de l'esprit. Une fois dactylographiée la version brute de nos dialogues, j'ai écrit ceux-ci pour les rendre lisibles. Dominique maniant avec habilité son ordinateur a poli le texte, d'abord seul, ensuite avec mon concours critique. Marianne Labaï Claverie a réalisé avec compétence la mise en forme définitive du texte.

-

-

Accompli de la sorte, notre travail semble relever de ce type particulier d'histoire de vie que Pineau et Le Grand qualifient d'histoire de vie sociale approfondie8, et qu'ils définissent dans les termes suivants: « Le récit est inscrit dans une série d'entretiens et le narrataire n'est pas seulement un auditeur attentif, il établit une relation profonde avec le narrateur qui devient. un partenaire analytique et critique dans les différentes phases successives du travail, y compris l'écriture finale et la signature du texte »9. Dans une telle perspective, il ne s'agit plus seulement d'être impliqué, mais de s'impliquer et « la mise en relation suppose l'établissement d'une relation dense et personnelle à part entière qui dépasse le jeu traditionnel. des rôles sociaux enquêteur enquêté» ... ce qui correspond exactement à ce que Dominique et moi avons vécu. Finalement ce choix méthodologique, épistémologique et heuristique s'inscrit dans la perspective de la sociologie existentielle que j'appelle de mes vœux10 et se caractérise par « l'option en faveur d'une conception du lien social qui met au centre la valeur du respect de la
8
9

Id., p. 112.
Id., p. 113. Cf Marcel BOLLE DE BAL, « La sociologie... et la persoMe?
heureux», Française, sociologie 169-178.

10

Ou j'ai même

rencontré un sociologue Sociologues de Langue l'esthétique sociale à la Sociétés, n° 36, 1992, pp.

Bulletin de l'Association Internationale des n° 3, Bruxelles, 1986, pp. 118-148 ~ «De existentielle. Sous le signe de la reliance»,

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personne susceptible d'orienter sa vie à partir de la prise en compte des déterminants de sa propre histoire (personnelle, sociale, située historiquement, datée) et leur transformation en projet existentiel socialement inscrit »ll.Dès l'âge de 30 ans. Dominique a décidé de ne pas demeurer enfermé dans son passé, de prendre en main son avenir. Il est depuis lors investi dans un réel projet de vie et d'action. Notre dialogue, pour lui, ne constitue qu'une étape dans la reconstruction de son identité. Pour nous, il ouvre la porte vers la solidarité, la fraternité et la citoyenneté. En des termes qui seront expliqués en cours de route: vers la reliance à soi (identité), aux autres (solidarité, fraternité) et au monde (citoyenneté). Désireux d'échapper aux lourds carcans des habillages académiques, nous avons renoncé aux traditionnelles subdivisions du texte en parties, chapitres et sections. Nous leur avons préféré des notions plus imagées et plus «sportives », empruntées aux disciplines que nous avons pratiquées et à d'autres qui leur sont proches. Ainsi l'ouvrage sera-t-il composé de trois « mi-temps» (expression familière à ces compétitions se déroulant en un temps limité, partagé en deux: football, hockey, rugby, handball, etc. ; nul n'ignore que la «troisième mi-temps », celle de l'après match, est parfois la plus agréable et riche en relations humaines. ..) respectivement intitulées: la découverte des partenaires (il y a toujours, au début de la partie ou du match, un «round d'observation », une période où les adversaires / partenaires s'examinent, se tâtent, explorent les forces et faiblesses, attentes et projets de l'autre), du jeu aux enjeux, des ébats au débat (où l'on entre dans le vif du sujet, où toutes les énergies sont concentrées, tournées vers la réussite du projet ou vers la victoire), les plaisirs de la reliance (qui sont bien ceux de la fameuse «troisième mi-temps », l'humaine gratification après l'effort physique et/ou intellectuel). A l'intérieur de ces «mi-temps », nous distinguerons des « sets» (hommage à des sports tels que le tennis, le ping-pong, le volley-ball, le badminton, la pelote basque, etc.) correspondant aux chapitres des ouvrages plus classiques.

11Gaston PINEAU et Jean-Louis

LE GRAND, op. cit., p. t'08. 16

La plupart de nos entretiens ont été enregistrés entre l'été 1997 et le printemps 1998. Peu après, deux événements d'audience internationale, la Coupe du Monde de football et le Tour de France, ont monopolisé l'attention des médias et illustré de façon concrète plusieurs des thèses émises lors de notre dialogue. Nous avons estimé opportun de les évoquer sous la forme de « prolongations », autre notion familière à nos amis sportifs.

M.B.D.B.

17

PREMIERE MI-TEMPS LA DECOUVERTE DES PARTENAIRES

Dans la plupart des compétitions sportives, s'institue au cours de la «première mi-temps» un « round d'observation », un délai durant lequel chacun des partenaires/adversaires explore les intentions, techniques et tactiques de son opposant. Par analogie, en ouvrant les entretiens qui constituent la trame de ce livre, de cette « histoire de vie », nous estimons nécessaire pour le lecteur et pour nous-mêmes de nous situer personnellement, professionnellement et concrètement par rapport à ce projet qui est le nôtre. D'où trois chapitres - ici baptisés « sets» par référence à nos sportifs ébats complices - pour rythmer nos échanges au cours de cette phase exploratoire de notre rencontre: => La rencontre de l'amateur et du professionnel.
=>L'expérience et les questionnements du sportif du sociologue.

'expérience et les questionnements

PREMIER

SET

LA RENCONTRE DE L' AMATEUR ET DU PROFESSIONNEL Marcel Dominique, la première démarche à accomplir, selon moi, est de préciser en quelques mots, à l'intention de ceux qui ne nous connaissent pas et peut-être nous liront, qui nous sommes et pourquoi nous sommes là. Dominique, qui es-tu et pourquoi veux-tu participer à la gestation de ce livre?
Dominique J'ai 43 ans. J'ai fait une carrière de sportif professionnel, issu d'un club amateur. M. - Quel sport et quel club amateur? D. - Le football. Comme beaucoup de jeunes de mon âge, j'ai commencé à 7 ans. Cela dans le club de la Jeanne d'Arc du Béarn de Pau, ville où je suis né. A l'âge de 16 ans et demi, je suis parti à l'A.S. Saint-Etienne, recruté par ce club suite à ma victoire au concours du jeune footballeur. M. - Ce concours du jeune footballeur, c'est quoi? D. - Ce sont des épreuves techniques avec des parcours minutés. Il y a des sélections, d'abord départementales, puis régionales, puis nationales. Pour moi elles constituent un très grand souvenir. Nous avons été invités à la finale de la Coupe de France et présentés à la mitemps de cette finale. M. - Au Parc des Princes, alors? D. - Non à l'époque c'était encore à Colombes. Je me souviens: c'était la fameuse finale Saint-Etienne - Nantes et Saint-Etienne avait gagné par 5 à O. Bref pour moi un souvenir inoubliable, un rêve d'enfant réalisé.

-

-

M. - C'est donc à la suite de cette performanceque Saint-Etiennet'a recruté?

D.

_

Exactement. J'avais 16 ans et demi lorsqu'ils sont venus me

chercher. Mon père, après avoir hésité, m'a laissé partir à la condition que le club m'autorise à passer mon bac. Ce qui fut fait. Là-bas, à habituelle des jeunes Saint-Etienne, j'ai suivi la progression stagiaire, enfin prêté pour un an à footballeurs: d'abord aspirant, puis l'équipe professionnelle de Bastia. Par la suite, j'ai développé une I et 2: 3 ans à l'O.S. carrière professionnelle en Division Valenciennes, 3 ans au stade RenIlais. Je l'ai terminée en D-2 à Thonon-Les-Bains. J'ai mis fin volontairement à ma carrière en 1985 30 ans à l'époque. J'étais en pour entamer ma reconversion. J'avais effet très conscient que la reconversion d'un joueur de football est un tournant difficile à négocier. Je me suis donc reconverti en agent d'assurances. Aujourd'hui, je suis responsable du Cabinet d'assurances du Syndicat des Footballeurs Professionnels et assume avec un autre ancien joueur (Joël Delpierre) les réunions d'information auprès des jeunes salariés des centres de formation des Clubs français. Je réalise ces missions pour le compte du Syndicat des Footballeurs général. Professionnels, dont je suis le secrétaire M. - Quel est le nom de ton syndicat? D. - L'Union Nationale des Footballeurs M. - Tu ne pratiques plus le football? D. - Je ne le pratique plus, si ce n'est de temps en temps avec d'anciens camarades qui m'invitent à les rejoindre. Je ne le pratique plus et la perte progressive de vraiment par peur des blessures l'entrâmement physique: on sait ce qu'il faut faire, mais on ne peut plus le faire. En revanche, je pratique d'autres sports, en particulier la pelote basque. Professionnels.

M. - Après tout tu es né à Pau. Et le pays basque n'est pas loin de Pau...
D. - Exactement. Dans ce sport, j'ai trouvé beaucoup de richesses et d'enseignements: j'ai rencontré une culture différente de celle que j'ai vécue dans le sport professionnel. M. - Pourquoi es-tu partie prenante à l'idée de produire ce livre?

24

D. - D'abordparcequetu m'en as parlé. Ensuite parce que de manière
informelle nous avons déjà beaucoup échangé sur le sujet du sport: tu es très intéressé par le sport. Enfin parce que je suis, moi, intéressé parce que tu fais toi en tant que sociologue. Il y a là, me semble-t-il, une possibilité d'échanges stimulants, qui devraient m'aider à faire le bilan de mon expérience. J'ai en effet une expérience qui peut te servir, nourrir ta réflexion de sociologue. De mon côté, je désire m'ouvrir, élargir mon horizon intellectuel: le sport, activité médiatisée s'il en est, constitue en fait un milieu fermé, peu accessible aux autres. Depuis mon arrêt d'activité sportive professionnelle, je n'ai cessé de m'ouvrir au monde extérieur, de découvrir d'autres disciplines sportives (pelote basque, tennis, rafting, ski, etc.) mais aussi intellectuelles. M. - Parmi celles-ci la philosophie, je crois. D. - Oui, mais pas seulement. Qu'il s'agisse de philosophie, de sociologie, de mythologie, de littérature ou de poésie, je crois que la lecture est une ouverture, une fenêtre sur les autres et une interpellation de soi-même. Pour moi cela a été une grande découverte. Ces lectures, et les réflexions que j'ai été amené à faire après elles, m'ont incité à porter un regard neuf sur le sport. Pour moi, aujourd'hui, celui-ci devrait n'être qu'un moyen, non une fin en soi. Je me pose à son égard un certain nombre de questions, et j'aimerais connaître tes réponses. M. - Je ne suis pas certain de pouvoir apporter des réponses. Peut-être seulement d'autres questions. D. - Je le sais, c'est ta technique et ta conviction. Ce questionnement parfois contradictoire et provocateur est pour moi une source d'enrichissement. M. - Il est parfois plus important de poser de bonnes questions que de croire avoir de bonnes réponses... lesquelles, de toutes façons, ne sont que vérités temporaires et contestables. D. - Ce chemin entre découverte et anciermes certitudes m'a fait te rencontrer. Car cette rencontre entre un sportif professionnel et un professeur de sociologie n'est point événement courant. En effet c'est en écoutant une de tes conférences que j'ai découvert le concept de reliance, auquel tu as consacré de nombreux travaux...

25

M. Pour ceux qui nous liront, disons que pour moi la reliance, c'est le processus qui consiste à recréer des liens sociaux qui ont été détruits dans notre société hyper-bureaucratique et technocratique. D. - J'ai de suite apprécié ce terme qui résonnait en moi et éclairait certaines de mes expériences de sportif professionnel, notamment lors de phases de jeu où, sans nul besoin du langage, nous nous sentions « reliés» au partenaire, capables de produire une action collective. M. - Mon humilité me force à reconnaître que c'est le sportif qui est venu à la rencontre du sociologue... D. - En es-tu si sûr? Tu es aussi venu à ma rencontre, sur un court de tennis. Nous avons éprouvé un vif plaisir à taquiner ensemble la petite balle jaune. Permets-moi de te l'avouer: à partir de ce moment, tu es devenu beaucoup plus humain à mes yeux. Tu n'étais plus le mythe du professeur, tu étais un être humain comme les autres qui renvoyait avec sa raquette des balles de tennis. M. - Tu te faisais des illusions sur ce qu'est un professeur d'université? D. - Oui, d'autant plus que je n'avais jamais eu l'occasion d'en côtoyer. Et puis il est difficile de se départir des clichés... Ce jour-là j'ai découvert deux choses: d'une part qu'un professeur d'université pouvait se détendre sur un court de tennis; d'autre part, qu'un ancien compétiteur comme moi pouvait prendre énormément de plaisir à échanger des balles avec un partenaire, et non pas à combattre un adversaire pour le vaincre à tout prix. Pour moi cela a été, sinon une révélation, tout au moins un choc. M. - Un choc culturel, en quelque sorte. D. - Oui. Mais il est temps que tu t'exprimes à ton tour. Comment en es-tu arrivé à te passionner pour le sport, alors que dans tes milieux académiques, nous, sportifs, sommes plutôt stigmatisés comme forts des jambes, mais pas de la tête? Les intellectuels m'ont toujours paru réticents à consacrer une quelconque énergie à comprendre le sport et les sportifs.

26

M. - Voudrais-tu suggérer que nous avons une tête et pas de jambes? C'est sans doute vrai pour beaucoup de mes collègues, mais il en est d'autres dont je suis - pour qui la devise latine mens sana in corpore sano demeure une valeur humaniste et une ambition pour tout un chacun.

-

D. - Alors qu'as-tu tennistiques ?
M.

éprouvé lors de nos premiers

échanges

-Pour

moi aussi ce fut un choc, mais pas dans le même sens que le

tien. Un choc esthétique, une prise de conscience tournée vers l'humilité. Il se fait que je ne suis, ni n'ai jamais été un sportif professionnel, ni un pratiquant de haut niveau. Mais j'ai quand même fait beaucoup de tennis, ai pris des leçons entre 12 et 15 ans, ai soigné mon style (surtout en revers, mon point fort) et disputé de nombreux tournois amateurs. Toi, venant du foot, débutant sur les terrains de tennis, ton style (pour autant que l'on puisse dire que tu en avais un !) était inorthodoxe et inélégant. Dès les premières balles échangées, je me suis convaincu qu'une victoire aisée et glorifiante (contre un sportif de haut niveau !) était à portée de ma raquette. Péché d'orgueil, je t'ai proposé de disputer un ou deux sets. Bien mal m'en a pris: avant que j'aie eu le temps de me rendre compte de ce qui m'arrivait, cela faisait 6-0, 6-1 en ta faveur! Tu courais de tous les côtés, tu rattrapais toutes mes belles balles... je n'avais vraiment pas l'air malin. D. - Depuis lors, d'ailleurs, nous ne jouons plus qu'à échanger des balles, au mieux de nos capacités réciproques, et c'est beaucoup plus satisfaisant ainsi. M. - Rencontre donc de deux amateurs et de deux professionnels: l'amateur et le professionnel du sport, l'amateur et le professionnel de la sociologie. D. - Comment es-tu devenu professeur de sociologie? M. - Par un long détour. J'ai fait à l'Université de Bruxelles des études de droit qui m'ennuyaient et parallèlement à celles-là des études de sciences économiques et financières. Celles-ci, déjà, m'intéressaient un peu plus, mais le phénomène de l'inflation est toujours demeuré pour moi un mystère... et pour certains de mes professeurs aussi à ce qu'il me semblait. En dernière année, j'ai été séduit par un séminaire 27

d'économie sociale où l'on nous envoyait sur le terrain des entreprises interroger cadres, employés, ouvriers, syndicalistes. Fasciné par cette découverte du social concret, je suis parti pendant un an aux Etats-Unis grâce à une bourse de la Fondation Rotary, pour me spécialiser en sociologie industrielle à l'Université de Chicago. D. - A quelle époque, cela? M. - En 1954-1955. Revenu en Belgique, je n'ai pu, comme je le souhaitais, faire immédiatement mon service militaire (qui était alors de dix-huit mois). Durant les six mois d'attente, je suis entré comme stagiaire de recherche à l'Institut de sociologie de mon Alma Mater. Finalement, j'y suis resté 40 ans (et y suis toujours) pour tenter de comprendre ce que pouvait être concrètement la sociologie, ce qu'elle pouvait apporter au développement de la société et à l'épanouissement de ses membres. D. - Qu'as-tu compris au terme de ce long chemin? M. - Ce chemin n'est pas terminé... et ne le sera sans doute jamais. Disons que parmi les multiples sociologies possibles, je m'intéresse prioritairement - bon sens pragmatique belge oblige - à l'élaboration d'une sociologie existentielle, c'est-à-dire d'une sociologie qui ne se limite pas à l'analyse des structures sociales et des mouvements sociaux comme le font beaucoup de mes collègues, mais qui s'occupe des problèmes quotidiens qui jalonnent l'existence des êtres humains. Dans ce 'cadre, j'investis beaucoup de réflexions et d'actions pour contribuer à rendre la sociologie applicable, pour développer, à côté de la sociologie critique (trop) bien connue, une sociologie clinique visant à aider les êtres humains à gérer le développement des systèmes sociaux dans lesquels ils vivent. D. - Tu es donc toujours actif dans le domaine de la sociologie? M. - Oui et non. A 65 ans, dans mon pays G'ai fait toutes mes études et ma carrière en Belgique), on est prié de laisser la place aux jeunes. C'est ainsi que j'ai reçu un avis administratif me «félicitant, après examen attentif de mon dossier, d'être admis à faire valoir mes droits à la retraite »... retraite que je n'appelais point de mes vœux, car j'aimais mon métier de chercheur et d'enseignant. Je suis donc rayé du corps professoral, mais ne puis arrêter mon activité de chercheur. Je 28

dirais même que celle-ci a pris un nouveau départ depuis deux ans... ce livre en est une illustration parmi d'autres. D. - Excuse-moi de t'interrompre sur ce point. Si tu es plus âgé que moi, je suis plus ancien retraité que toi, puisque cela fait maintenant douze ans que mon activité principale de footballeur s'est arrêtée. J'ai été retraité bien avant toi! M. - Dont acte, puisque moi cela fait trois ans seulement que je « bénéficie» de ce statut... soit dit en passant, le fait que j'ai un quart de siècle de plus que toi (68 - 43) explique peut être l'humiliante ( ?) défaite que tu m'as infligée... D. - Je suis quand même impressionné: tu demeures actif sur le plan intellectueL.. et physique. M. - Oui j'ai toujours été sportivement actif: 51 ans de hockey sur gazon (y compris une participation à l'équipe nationale belge des juniors et à l'équipe universitaire de mon pays) dans deux clubs (la Rasante et l'ASUB, club de mon université), je joue toujours au tennis, rêve de ski (mais mon épouse n'aime ni la montagne, ni la neige), je refais du vélo, sport que j'ai pratiqué tout au long de mon enfance (point d'autos durant la guerre) et de mon adolescence. Le hockey, je viens'de l'arrêter après une dernière victoire en vétérans sur mon ancien club. Mon médecin m'a en effet invité à la prudence. Malgré ses conseils, je persiste à échanger des balles de tennis avec toi... et cela me fait un bien énorme. D. - Quel rapport, pour toi, entre la sociologie et le sport ? M. - J'ai toujours rêvé de faire de la sociologie du sport, car c'est en matière de sports que j'estime avoir accumulé le plus de connaissances. Les aléas - et les opportunités - de la carrière en ont décidé autrement: mes patrons ont estimé que la sociologie du travail d'abord, la psychosociologie des organisations ensuite constituaient des champs d'investigation beaucoup plus nobles et prometteurs que la sociologie du sport. Peut-être aujourd'hui cela est-il en train de changer... mais il est sans doute trop tard pour moi. « Il n'est pas trop tard, mais il est temps », comme a dit l'un de nos hommes politiques (Paul-Henri Spaak, à la tribune de l'ONU). Oserais-je t'avouer, au risque d'encourir le mépris de mes collègues réfractaires à cette activité 29

pourtant très humaine, que dans les journaux je commence toujours par la lecture des pages sportives? Si je prends le courage de faire cet aveu public, c'est en considération d'un concept cher à mon épouse, celui de la « chambre de faiblesse» : il s'agit de cette pièce qui devrait exister dans toute maison, dans laquelle nous rangerions toutes les choses dites « de mauvais goût », jugées telles par la société, non appréciées par la classe dominante des gens dits «de goût », mais qui nous sont chères. En ce sens, le sport constitue un peu ma «chambre de faiblesse» académique.. . D. - Peut-être ai-je aussi une «chambre noire », cousine de la «chambre de faiblesse », mais où j'ai sans doute refoulé toutes les faiblesses d'un système, les conduites inavouables et répréhensibles, les coups bas reçus ou décelés tout au long d'une vie de sportif
professionnel. ..

M. - C'est précisément cela qui a retenu mon attention, m'a incité à te proposer la réalisation de cette œuvre commune. J'ai découvert petit à petit que, sur le monde du sport, tu savais des tas de choses que tu ne pouvais ou ne voulais livrer au grand public. La vérité, la richesse de ton expérience méritent que soient brisés les tabous castrateurs, la loi du silence qui règne encore trop souvent dans le milieu du sport. Tentons donc de creuser et d'explorer ce savoir accumulé par toi. Voilà sans doute pour moi, sans prétendre constituer un ouvrage académique de sociologie du sport, ni un ramassis de ragots racoleurs, l'occasion de me rapprocher de cette discipline demeurée jusqu'ici hors de ma portée, faute de reconnaissance académique et financière. D. - Et le caractère « entretiens enregistrés» de ce livre? M. - L'idée nous a été inspirée par un livre récemment sorti de presse Le moine et le philosophe, de Jean-François Revel et de son fils Mathieu Ricard. Livre passionnant, construit à partir d'une série d'entretiens entre le père philosophe cartésien et le fils moine bouddhiste. Pour rendre plus aisée la lecture de ces thèmes ardus, la formule adoptée par eux s'est révélée vivante, féconde et stimulante. Aussi avons-nous décidé, d'un commun accord, de nous inspirer de leur modèle, et de garder à nos propos le caractère convivial, «à bâtons rompus », de nos échanges intellectuello-sportifs. J'espère que de la sorte nous pourrons, en nous fondant sur la spontanéité de nos propos,; 30