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Les vires à Balmat

De
125 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 182
EAN13 : 9782296321267
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Daniel GREVOZ

LES

VIRES

A

BALMAT
ROMAN

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ioc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A monfi/s, Adama

A propos

de Jacques

Balmat

Le nom de Jacques Balmat est associé par tous les alpinistes à la première ascension du Mont-Blanc. Ce jeune chamoniard - il avait vingt-quatre ans - conquit en effet le plus haut sommet d'Europe le 8 août 1786 en compagnie d'un de ses compatriotes à peine plus âgé que lui: le docteur Gabriel Paccard. Leur réussite marqua l'aboutissenlent de nombreuses tentatives qui avaient fait peu à peu reculer les limites de l'audace et la crainte de l'inconnu. Le rôle de Jacques Balmat fut déterminant dans cette conquête puisqu'un mois auparavant il avait forcé, seul, le passage qui allait le conduire à la victoire avec son compagnon. Il y fallait la trempe d'un montagnard hors pair, doué d'un sens aigu de l'itinéraire, capable de franchir des difficultés glaciaires non négligeables et, surtout, insensible aux superstitions liées à la haute montagne de l'époque. Des croyances qui peuplaient les neiges éternelles d'esprits maléfiques. Le chamoniard avait acquis une exceptionnelle personnalité, un mental de conquérant, en parcourant les montagnes depuis sa première jeunesse à la recherche de cristaux qu'il revendait un bon prix aux visiteurs de la vallée. Cette passion n'allait jalnais le quitter malgré la notoriété dont son exploit le crédita. Et, s'il

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fut un guide particulièrement sollicité, il n'oublia en aucune circonstance l'exaltante et incertaine quête de minéraux précieux. En septembre 1834, âgé de soixante-douze ans, il céda encore aux démons de son activité favorite. Se fiant à des indications dont on ignore le détail, il se lança à la recherche d'un hypothétique filon d'or dans les montagnes du Haut-Giffre, au nord-ouest de la vallée de Chamonix. Mais il ne devait pas revenir de cette ultime aventure...

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Chapitre

I : Le Bout du Monde

L'air était immobile, lourd et glacé comme dans la nef d'une cathédrale. L'hiver avait figé l'étroite et profonde vallée en une attente léthargique et seuls quelques rais de lumière, dispensés par le soleil à travers le vitrail d'une arête déchiquetée, trouaient avec parcimonie l'ombre diaphane oubliée par la nuit. Martin Burdet eut envie de cette lUminosité porteuse de promesses. Il interrompit sa marche alerte pour se dresser de toute sa haute stature sur un bloc de calcaire gris éclairé par le projecteur céleste et leva la tête vers la suite de l'itinéraire qu'il comptait emprunter. D'un regard admiratif, le jeune homme apprécia en connaisseur, en guide qu'il était, l'audace du cheminement tracé sur un flanc de l'auge glaciaire dont il avait suivi jusqu'alors le fond débonnaire. Après avoir franchi le pied d'une cascade irisée par un rayon de soleil, le fil ténu du sentier s'arrachait d'un seul coup au monde horizontal pour s'attaquer avec hardiesse à des pentes proches de la verticale. Le but de cette vertigineuse ascension n'était pas apparent et, à vouloir le découvrir, le regard se perdait dans une succession de ressauts penchés sur le vide. Mais un panneau de bois. renseignait randonneurs et alpinistes sur le nom de l'endroit: "Le Pas du Boret". Comme tout passage désigné par le vocable de "pas" le sentier que remontait le guide ce jour-là ne se contentait pas d'épouser le relief de la montagne, il1e forçait. Par des zigzags serrés et têtus, il s'insinuait entre des falaises herbeuses, parfois surplombantes, pour rejoindre de raides alpages disséminés sur quelques replats invisibles du bas. On avait utilisé la barre à mine et l'explosif pour tailler ce chemin scabreux dans le rocher gris sombre qu'il escaladait et on avait été contraint de flXer quelques longueurs de 9

câble en guise de main courante pour rassurer ceux qu'impressionnait le vide. A son sommet une petite sculpture pieuse disait combien était redouté ce passage où un faux pas poùvait avoir des conséquences fatales... Des élans religieux étaient peut-être souverains contre ce danger habituel des montagnes. Martin Burdet venait pour la première fois dans cette vallée et l'austérité des paysages qu'il découvrait à chacun des nombreux détours du sentier envoûtait déjà son esprit. C'était bien de montagnes aussi sauvages d<?nt il rêvait pour cadre de son existence. Et il ne les arpentait pas par le simple hasard d'une randonnée sans lendemain. Originaire d'une région peu propice à l'exercice de sa profession, il avait dû, son diplôme de guide en poche, chercher un port d'attache pour se constituer une clientèle. Mais à se laisser éblouir par les feux d'une station renommée, il avait vu sa passion s'étioler au rythme de traces immuables, creusées en sillons profonds dans la neige, et de sommets saturés de visiteurs ou de papiers gras. Non, il n'avait pas désiré cette vie sans saveur de chenille processionnaire! Et, s'il ne dédaignait pas l'effort, la difficulté ou la proximité d'autres cordées, il aimait par-dessus tout la solitude et la contemplation. Une coquetterie
d'idéaliste.. .

Peu enclin à se morfondre sur des chemins battus, il s'était mis en quête d'un massif répondant à une conception, tout empreinte de nostalgie, de son exigeante passion. Un massif qui lui permettrait de savourer la montagne avec sérénité, de goûter au plaisir de la découverte et au piment que procure un environnement sauvage, loin' du piétinement d'alpinistes aux instincts grégaires, loin des traces trop bien imprimées dans la neige. Peu lui importait le renom ou la célébrité d'un sommet, seuls l'intéressaient désormais les montagnes les plus délaissées qui soient. Il aspirait à revivre les péripéties des pionniers de l'aventure alpine qu'il avait tant fréquentés dans de vieux récits lus et relus tout au long d'une adolescence éprise d'absolu... Ces ouvrages lui avaient révélé une manière bien plus achevée de conquérir les sommets que le simple geste sportif. Ils I parlaient de 10

curiosité, d'e~altation, de rêverie, de passion, d'émotions bien avant d'évoquer la technique... C'était justement ce que Martin venait chercher dans les montagnes du Haut-Giffre où il pénétrait avec la sensation de franchir la porte d'un lieu saint. Un soir de mauvais temps, un de ses aînés, vieux guide pétri de souvenirs, lui avait parlé de cette vallée - restée à l'écart des turbulences navrantes de la mode - où il avait usé sa jeunesse. Dans un accès de vague à l'âme, l'homme avait distillé des secrets auxquels Martin n'avait pas prêté attention sur le moment. Il y était davantage question de contrebande, de braconnage à travers des montagnes sauvages et croulantes que d'escalade sur des falaises aseptisées. Rien de passionnant pour un guide jeune et fringant... C'est à peine si, ce soir-là, le cadet accorda une oreille discrète à l'évocation de la disparition de Jacques Balmat que lui contait d'une manière décousue son compagnon. - De l'or I... disait le vieux, de l'or! Tu te rends compte, il y a peut-être de l'or dans ces montagnes qui n'intéressent plus personne. Mais il est diablement bien défendu et il faudrait un grimpeur comme toi pour forcer le passage qui a coûté la vie à "Balmat. Martin n'avait pas ajouté foi à ces racontars. Le vieux avait bu plus que de raison et fmissait par radoter des histoires insensées de filon d'or perché au bout de vires infranchissables au commun des mortels. Des histoires qui remontaient à plus d'un siècle et dont personne ne se souvenait avec précision. L'image de ces montagnes sublimées par des vapeurs d'alcool était pourtant restée gravée au fond de la mémoire du jeune guide. Elle resurgissait certains soirs d'été lorsque les dortoirs bondés d'un refuge trop connu rendaient le sommeil impossible. Existaient-ils ces sommets boudés par les alpinistes dont avait parlé le vieux guide? A force d'en rêver, Martin avait fmi par les chercher sur une carte d'état-major représentant le massif du Haut-Giffre. Sa conviction avait vite été faite. Les courbes de niveaux tracées sur le papier lui avait laissé deviner un relief vigoureux, tourmenté à souhait et couronné de modestes glaciers qu'il avait eu envie de découvrir. Un refuge desservait la partie la

Il

plus alpine de la région. Un petit refuge qui, renseignements pris, ne demandait qu'à être gardé. C'était plus qu'il n'en fallait pour conduire Martin à s'inventer une nouvelle vie: tenir un refuge dont la modeste fréquentation lui laisserait la liberté de faire quelques courses avec des clients avides de solitude... Restait à voir ce qu'était la réalité de ce rêve. L'exceptionnelle sécheresse de ce début d'hiver se prêtait à une telle visite. Il avait neigé un peu au début novembre et depuis lors brillait un soleil sans nuage. Un soleil qui était pourtant bien trop bas sur l'horizon pour réchauffer l'atmosphère d'une étroite vallée de montagne. Il faisait froid. Les coins d'ombre étaient tapissés de givre crissant comme du gros sel sous les pas du guide et des plaques de neige gelée subsistaient dans les creux ou dans les versants tournés au nord. Cela avait d'ailleurs permis à" Martin Burdet de constater que quelqu'un l'avait précédé sur le chemin du Boret. Des traces de montée étaient imprimées avec netteté sur les taches de neige que traversait le sentier à intervalles rapprochés. Malgré la raideur du passage, le guide marchait vite. Le temps sec et froid lui convenait à merveille et il éprouvait toujours une espèce de volupté à sentir son corps obéir à ses sollicitations, comme une machine bien huilée, indifférente aux rudes conditions imposées parfois par l'altitude ou le climat. Grand et svelte, bien découplé, il était taillé pour les efforts longs qu'exige la montagne. Son visage, aux traits fms mais nets, ses yeux sombres, toujours éveillés, ses cheveux bruns coupés courts lui donnaient un air déterminé qui ne reflétait pas certaines faiblesses de son âme. Il fallait le connaître intimement pour savoir combien chaque acte de sa vie, même le plus élémentaire, représentait toujours une étape difficile à surmonter. Seule la montagne ne lui occasionnait aucun tourment. Il s'y sentait fort... Il y était chez lui... Comme pour se soustraire au vide qui se creusait, le chemin s'insinua dans un petit bois de feuillus malingres où la neige, protégée du soleil par l'entrelacs serré des branches bistrées, était plus abondante. Mais le passage fut court et les taillis se

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déchirèrent bientôt sur des alpages pentus, coincés entre des barres rocheuses noirâtres et zébrées de stratifications géologiques.Une petite cabane de planches,pas mêmeun chalet, avait été édifiée là, sur une étroite échine herbeuse, hors de portée des avalanches, et les quelques ruines qui l'entouraient attestaient que l'endroit avait été autrefois plus habité. C'était le Boret. Le guide aperçut tout de suite la silhouettede celui qui l'avait précédé. L'homme était à quelques centaines de mètres de la cabane, au milieu d'un petit pierrier raide et bien exposé au soleil. A l'aide d'un long piolet, un outil ancien pour avoir un manche aussi grand, il retournait les pierres et se baissait parfois pour ramasser quelque chose que Martin ne pouvait pas voir et
qu'il mettait avec précaution dans un petit sac de toile délavée.

Intrigué par cette étrange cueillette, le guide s'avança doucement vers l'homme qui avait remarqué sa présence sans
manifester la moindre contrariété. Il se mit au contraire à sow-ire

et se releva pour accueillir Martin. C'était un homme âgé - la soixantaine sans doute -, petit, râblé, au visage affable, profondément buriné et creusé de rides qui trahissaient une vie au grand air. Il était vêtu d'un bleu de travail passablement élimé, rapiécé aux genoux, et couvert d'un béret penché sur une oreille, à la manière des chassew-s alpins.

La poignée de main qui scella la rencontre fut franche et vigoureuse et Martin plongea avec plaisir son regard dans les yeux clairs du montagnard Déjà, les deux hommesavaient senti qu'ils étaient du même monde, une espèce de connivences'était établie bien avant les premières paroles. Nul besoin de présentations ou de longs discours entre gens de montagne, la passion des hauteurs et des grands espaces est pour eux un puissant diapason. - Je suis sûr que vous vous demandezsi je ne cherche pas de l'or, questionna le vieil homme en souriant. Dès qu'on soulève une pierre dans ces montagnes, on nous soupçonne de courir après le précieux métal jaune. Comme si Balmat en avait semé partout sur son passage il y a cent cinquante ans. Vous connaissezBalmat ?.. 13

Le guide acquiesça~ Bien sûr, il connaissait l'ancêtre de sa profession et il n'ignorait pas qu'il avait disparu quelque part dans les montagnes où il se trouvait. En cherchant des informations sur le massif, il avait d'ailleurs été intrigué par la courte et discrète allusion que fait le Guide des Préalpes Franco-Suisses -édition de 1964 - sur ce drame. En guise de commentaire de l'itinéraire n° 730, on peut en effet y lire : "C'est en tentant de suivre ce cheminement très sauvage, alors qu'il était à la recherche d'un gisement d'or, que Jacques Balmat, le vainqueur du Mont-Blanc, s'est tué en 1834". Et Martin s'était promis d'en apprendre davantage sur cet étrange épisode de l'histoire alpine. "Mais où Balmat s'est-il tué ?" interrogea-t-il, brûlant d'assouvir sa curiosité. La réponse fut donnée par un bras tendu ver~ les séracs bleutés du glacier de Prazon qui, de l'autre côté de la vallée où coule le Giffre, couronnent une falaise imposante de calcaire gris. Il s'en échappe des cascades blanches d'écume qui disparaissent dans les profondes failles creusées par l'eau au sein de la roche tendre. Le vieil homme montra, au même niveau, un système de vires qui joignent les deux principaux glaciers du massif: Ruan et Prazon. Elles forment un audacieux chemin de ronde s'avançant vers les séracs au-dessus du tumulte sourd des chutes d'eau. - C'est un coin sinistre, précisa le montagnard à Martin en enfonçant un peu plus son béret comme pour se protéger d'un maléfice. Aucun itinéraire n'y passe, contrairement à ce que croient certains. D'ailleurs, voyez vous-même. Les vires qui y conduisent sont mauvaises, penchées sur un vide affreux, et elles débouchent dans le cul-de-sac dangereux où s'écroulent les séracs du glacier. Manifestement il connaissait l'endroit et il ne tarissait pas sur le sujet, montrant le lieu supposé de la chute de Balmat, expliquant comment son corps avait dû disparaître dans les torrents impétueux à moins qu'il ne fût resté accroché sur une cassure de la falaise... "Trop vaste pour le retrouver et trop risqué pour aller le chercher" marmonna le vieux pour clore le chapitre. Puis il détailla la montagne qui leur faisait face. Il mit

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un nom sur chaque cascade, chaque pinacle rocheux, chaque vire importante. Il y traça des itinéraires, chemins de chasseurs de chamois ou de contrebandiers, et identifia tous les sommets swmontant le vaste amphithéâtre qui s'offrait à leur regard. Qui aurait vu les deux hommes de loin, bras et index tendus, aurait pensé à des architectes en train de dessiner une gigantesque cathédrale dans la masse de la montagne. La. nature avait déjà ébauché le monument: tours, clochers, arcs-boutants, contreforts, gargouilles ou bas-reliefs n'attendaient plus que le burin du tailleur de pierre qui achèverait de ciseler leurs lignes... Mais Martin écoutait son interlocuteur d'une oreille distraite. Une question brûlait ses lèvres depuis l'évocation de Balmat, et il ne put se retenir de la poser : - Et cet or que Balmat venait chercher ic~ existe-t-il vraiment? Le guide sentit qu'il touchait un point sensible, la réponse ne vint qu'après un regard soupçonneux et quelques hésitations. - Personne ne le sait, monsieur, personne! On n'a jamais percé le secret de Balmat, mais s'il est venu là c'est bien pom quelque chose... Quelqu'un lui aura fourni un indice. Autrefois ces montagnes étaient beaucoup plus fréquentées que de nos jours, les bergers montaient leurs moutons jusque sur les plus abrupts pâturages. Ils allaient couper l'herbe sur des vires où il fallait s'attacher pour tenir debout. Ils en faisaient des ballots très serrés qu'ils laissaient glisser dans les couloirs jusque dans la vallée. Même le vallon du Tenneverge, qui est devenu quasiment un désert, était plein de génisses que les valaisans montaient avec quels trésors de persévérance quand la neige barrait le passage! - depuis Finhaut ou Salvan, de l'autre côté du massif. Et tous les cols que vous apercevez autour de vous, même les plus difficiles, étaient empruntés par les contrebandiers qui allaient chercher du sel ou du tabac en Suisse. Du sel monsieur ! Pour du sel, certains ont trouvé la mort dans ces couloirs impossibles où plus personne ne va. Et d'autres se sont rompus les os pour courir derrière une chèvre égarée dans les rochers. Alors, pensez, de l'or! Voilà bien quelque chose qui pouvait enflammer des imaginations lassées de pierres stériles. Il s'est raconté que certains en auraient trouvé... Mais le secret a été

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bien gardé, et il s'est perdu. Beaucoup de ces pauvres gens qui vivaient si durement ont rêvé de découvrir des trésors pour que la montagne leur rende enfm toute la peine qu'elle leur imposait. Ils ont fouillé ces rochers pourris qui nous entourent, jusque dans les endroits les plus difficiles, et, à défaut d'or, ils ont trouvé du minerai de fer dont l'exploitation leur a encore coûté mille towments sans jamais leur apporter la fortune... Brusquement, le vieil homme s'interrompit, le.bras resté tendu vers les cascades de Prazon, comme s'il lui venait à l'esprit une question primordiale. - Mais vous n'êtes pas de la région? demanda-t-il le regard soudain inquisiteur. Le guide lui révéla le but de sa présence, ce qui rendit son interlocuteur perplexe. - Garder le refuge de la Vogealle ?... Les clients ne vont pas être nombreux! Savez-vous, jeune homme, que nous sommes, ici, bien loin d'intéresser les alpinistes, ou même les randonneurs. Il en vient très peu dans ces montagnes. Elles ne sont pas faites pour le touriste: les marches d'approche sont interminables. Songez que pour aller au Ruan depuis la Vogealle il faut faire tout le tour de la vallée qui nous en sépare - et son bras fit un large cercle -, sans parler du Tenneverge qui est une entreprise de longue haleine. C'est se donner bien de la peine pour des sommets qui atteignent tout juste trois mille mètres! Quant à faire de l'escalade par ici, il n'y faut guère compter, le rocher est pourri, dangereux même! Point de gloire à conquérir dans ce massif ingrat. D'ailleurs le fond de la vallée, que vous apercevez là-bas, s'appelle le "Bout du Monde". C'est vous dire qu'on ne fait pas grand cas de ce qu'il y a au-dessus... Le refuge de la Vogealle n'est qu'une ancienne cabane de berger où vont coucher les chasseurs de chamois et quelques rares alpinistes locaux, rien d'autre! - C'est pourtant bien ce que je recherche répondit Martin Burdet avec un sourire serein. Mais vous ne m'avez toujours pas fait voir les trésors que vous ramassez... - C'est vrai! on cause et on oublie l'essentiel. Regardez...

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