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MÉDECINES TRADITIONNELLES ET PROJETS HUMANITAIRES EN AMÉRIQUE LATINE

De
165 pages
La compréhension des médecines autochtones est peut-être une clé pour formuler des réponses aux problèmes humanitaires croissants dans certains pays du Sud. Elle permet aussi aux pays occidentaux de s'ouvrir à d'autres cultures. Cet ouvrage pose un certain nombre de questions : s'agit-il de porter soin à l'individu malade, ou de restituer l'équilibre d'une communauté villageoise, voire d'un écosystème, perturbé par l'apparition de la maladie ? Le soin vise à trouver une résolution symbolique au malaise identifié. Il cherche à rétablir, par des pratiques rituelles, le lien d'harmonie perdu entre l'homme et la nature, en prenant en compte l'inconscient collectif de ces groupes ethniques.
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Médecines traditionnelles

et
Projets humanitaires en Amérique latine

Collection Recherches & Documents Amériques latines dirigée par Denis Rolland, Pierre Ragon Joëlle Chassin et Idelette Muzart Fonseca dos Santos
BOURDE G., La classe ouvrière argentine (1929-1969),1987. BRENOT A.-M., Pouvoirs et profits au Pérou colonial, XVIIIe Siècle, 1989. CHONCHOL J., MARTINIERE G., L'Amérique Latine et le latinoaméricanisme en France, 1985. DELVAL R., Les musulmans en Amérique latine et aux Caraïbes, 1991. DURANT-FOREST (de) J., tome l : L'histoire de la vallée de Mexico selon Chimalpahin Quauhtlehuanitzin (du XIe au XVIe Siècle), 1987 ; tome 2 : Troisième relation de Chimalpahin Quauhtlehuanitzin, 1988. EZRAN M., Une colonisation douce: les missions du Paraguay, les lendemains qui ont chanté, 1989. GUERRA F.-X., Le Mexique de l'Ancien Régime à la Révolution, 2 volumes, 1985. GUICHARNAUD-TOLLIS M., L'émergence du Noir dans le roman cubain du X/Xe siècle, 1991. LAFAGE F., L'Argentine des dictatures (1930-1983), pouvoir militaire et idéologie contre-révolutionnaire, 1991. LAMORE J., José Marti et l'Amérique, tome 1 : Pour une Amérique unie et métisse, 1986 ; tome 2 : Les expériences hispano-américaines, 1988. LAVAUD J.-P., L'instabilité de l'Amérique latine: le cas bolivien, 1991. LEMPERIERE A., Les intellectuels, Etat et Société au Mexique, 1991. MATTHIEU G., Une ambition sud-américaine, politique culturelle de la France (1914-1940),1991. MAURO F. (dir.), Transports et commerce en Amérique latine, 1990. NOUHAUD D., Miguel Angel Asturias, 1991. ORTIZ SARMIENTO M., La Violence en Colombie, 1990. ROLLAND D. Amérique Latine, Guide des organisations internationales, 1983. ROLLAND D., Vichy et la France libre au Mexique, guerre, cultures et propagandes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1990. SEGUIN A., Le Brésil, presse et histoire (1930-1985), 1985. TARDIEU J.-P., Noirs et Indiens au Pérou.

(Ç)

L'Harmattan,

2001

ISBN:

2-7475-2413-2

BERNADETTE

POISSON

Médecines traditionnelles

et
Projets humanitaires en Amérique latine

HIERBA

BUENA, HIERBA ALEGRE

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan -

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3
1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan UaUa Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

-

Je dédie cet ouvrage

à mes Maîtres

I

Je remercie les nombreux amis qui par leurs conseils et leur aide ont permis la concrétisation de cet ouvrage... La meilleure reconnaissance laissera éclore dans leur cœur. . . est la fleur que «l'herbe de la joie»

PREFACE
Avec son ouvrage Médecines traditionnelles, Projets Humanitaires ou Hierba buena, hierba alegre, Bernadette Poisson nous fait partager son voyage initiatique. Ce voyage s'est fait à travers des chemins définis et des chemins de hasard. fi a fallu, dans le chaos laissé par une histoire convulsée, retrouver des signes et des vestiges significatifs d'authentiques civilisations sur lesquelles s'est acharnée la violence des ignorants. A ces civilisations que l'on pourrait croire révolues, une mémoire dispersée donne encore plus de force. Et si cela ne suffit pas, c'est dans le mutisme obstiné de ses vestiges humains, dans leur mémoire cellulaire même que s'inscrit encore une réprobation défiant le temps. En 1992, le monde a voulu célébrer la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Légitimes réjouissances en commémoration d'un événement majeur pour le meilleur et le pire, le pire étant parfois ce qui nous saute à l'intelligence et au coeur. En 1992, les peuples amérindiens ont célébré 500 ans de résistance. C'est dire combien le contentieux est encore vivant et vivace. Il semble que tant qu'un seul représentant de ces peuples spoliés sera en vie, le dossier ne pourra être clos.

En suivant l'itinéraire spéculatif de Bernadette Poisson, ses
investigations, ses rencontres fortuites ou déterminées, nous finissons par avoir des éléments utiles à la compréhension de l'état actuel de ce monde si complexe et si fascinant à la fois. L'enquête objective de l'auteur sert de fil conducteur et de prétexte. Cependant, la tonalité dominante où tout se résume concerne la dévotion profonde de ces peuples à la terre nourricière, à la Terre Mère. Par cette dévotion invariable, obstinée, ces peuples rejoignent l'universel, confirment une vérité absolue. Comment ne pas leur être profondément reconnaissant de ce magistère salvateur, lorsqu'on sait combien le monde contemporain, campé sur ses triomphes technologiques, orgueilleux jusqu'à l'aveuglement, ne sait pas qu'il va à son implosion? L'industrialisation, et donc la minéralisation du monde, n'est le fait que du masculin. Dans cette épopée, le féminin est absent, les femmes veillent

probablement à la perpétuation, à la vérité de la vie. Le mépris de la terre, des animaux, et de tout ce qui représente la majesté de la vie, par la vanité stupide des fausses sciences, nous met aujourd'hui face à des dilemmes sans précédent. Notre propre nourriture, faite pour entretenir nos vies, est devenue risque de maladies et de mort. Jamais dans notre histoire une telle dérision n'a pris cette env.ergure. Dans le même temps, jamais le message des serviteurs fervents de la Terre Mère aimée et respectée n'a pris la force d'un véritable ultimatum. Merci à tous ceux qui, comme Bernadette Poisson, contribuent à collecter et réhabiliter un patrimoine si vital pour l'humanité.
Pierre Rabbi, mars 2001

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e temps était venu. Ayant vu grandir mes enfants et travaillé des années

dans la médecine sociale en France, je souhaitais mettre mon expérience au service d'actions de solidarité en faveur des pays du Sud. Je me suis donc mise en route et pour commencer, je suis allée frapper à la porte de diverses organisations humanitaires. Là, tout un éventail de missions m'étaient proposées. Cependant, il était important pour moi d'étudier la nature et l'objectif du travail qui était demandé pour chacune. C'est ainsi que j'ai dû décliner l'offre de partir pour Haïti, la décision devant se prendre le jour même et le départ, dès la semaine suivante. Quelque temps après, j'optai pour un départ en Afghanistan, pour un projet qui devait concerner des actions de protection maternelle et infantile. Mais alors que la date du départ était déjà fixée, les événements sutVenus à ce moment-là, dans ce pays, se sont interposés: la mission a dû être annulée. J'ai eu ensuite à étudier plusieurs autres offres de missions, mais aucune d'entre elles n'a véritablement suscité mon adhésion. Finalement, en novembre 1996, je me trouvais dans un avion en partance pour le Guatemala. Je m'étais proposée d'apporter mon soutien à un projet de solidarité rurale, créé et animé par des amis ardéchois. Le hasard voulut que ce fût là, le premier pays auquel j'avais d'abord songé. Ce livre est donc avant tout le récit d'un voyage. Or, qui dit voyage dit aventures, découvertes, imprévus. n est en effet bien difficile d'imaginer avant le départ, ce que seront les rencontres, tant humaines qu'événementielles. Aussi mon intention est bien de vous inviter à me suivre, au Guatemala d'abord, en Colombie ensuite et de vous amener à rencontrer des personnes investies dans les recherches alternatives et œuvrant dans des projets novateurs à dimension sociale ou humaniste. Nous irons de l'aéroport aux faubourgs de la capitale, puis sur les sentes de la Sierra. Nous partirons à la rencontre des habitants des favelas, des puéricultrices de crèches populaires, des familles rurales ayant fui la violence, des Mayas de la montagne. En route, nous découvrirons des peuples dans leur contexte de vie et leur réalité historique d'aujourd'hui et pour ce qui est des ethnies indigènes, dans leurs traditions ancestrales. Nous pourrons, de temps à autre, nous attarder sur les pratiques de médecines traditionnelles pour tenter d'en comprendre la portée.

L

Autant que possible, nous essaierons d'être attentifs à la vision du monde (cosmovision) dans laquelle elles s'inscrivent. Enfin, j'apporterai tout mon soin à vous livrer le message des Indiens koguis aux civilisation actuelles. Pour cela, je m'évertuerai à transcrire leurs paroles de manière dépouillée, afin que vous puissiez en percevoir directement toute la portée et la résonance en vous-même. Ce livre n'est pas celui d'un journal intime. Sur le chemin de la découverte, je me suis efforcée de me rendre aussi «neuve» que possible et d'élaborer en moi une attitude de réceptivité, vierge de préjugés, sans me laisser aveugler par mes propres raisonnements ou par des jugements préconçus. Malgré les tensions rencontrées dans ces pays en crise et les chocs émotionnels que suscite en moi la révolte face à l'accumulation des problèmes humains observés auprès de ces populations démunies, je me suis attachée à découvrir les germes porteurs d'espérance. En quelque sorte, sur le sentier, j'ai cherché surtout l'herbe de la joie, «hierba buena», «hierba alegre». La plante médicinale présente, dans toutes les couches de la société de ces deux pays, sera donc notre viatique et notre blason. C'est en effet elle qui m'a accompagnée dans mes pérégrinations. Mais cette aventure est soutenue par une autre quête: mes années de travail médical en France, m'avaient amenée à bien des questionnements et à une perplexité devant la pratique de la médecine occidentale. Je remettais en cause l'utilisation excessive, à mes yeux, de médications chimiques, associée à une absence de considération réelle pour l'être humain souffrant, dans sa globalité, toutes choses que j'ai pu observer à maintes reprises, dans les milieux médicaux. D'autre part, je ressentais de manière cruciale la non-réponse aux problèmes majeurs existants dans les pays du TIers Monde: souffrance et survie, maladies infantiles, nutrition, dignité humaine. J'avais adhéré à l'analyse faite par certains observateurs: de nombreuses populations seraient dans l'impasse parce qu'elles n'imaginent pas avoir d'autre choix que celui de s'inscrire dans un modèle de société calqué sur l'Occident et son matérialisme. Je me sentais en grande ~pathie avec le courant qu'anime Pierre Rabbi pour remédier à l'appauvrissement du l1ers-monde. «Avec ses gigantesques moyens, le monde moderne impose son modèle hégémonique et dominateur. Il fait brusquement basculer la créativité humaine de la polyculture à la monoculture, dans un sens aussi bien cultural que culturel Avec l'illusion d'enrichir, elle appauvrit,. c'est la plus grande entreprise d'acculturation de toute l'histoire. Des centaines de millions d'êtres humains, naguère cohérents, même dans l'insuffisance et la précarité, sont à présent déconcertés. . .

8

Comment

ces innocents pourraient-ils

deviner, par exemple, qu'une

grande part de l'effervescence des civilisés est vouée à de coûteux divertissements, alors qtœ /es problènws gigantesqtœs de survie qui /es affectent chaquejour restent sans solutions 1»

e Rabbi

Ces constats guidaient mes recherches vers de petites structures associatives qui œuvrent en étroite collaboration avec les populations locales, pour porter remède aux souffrances des plus démunis à partir des ressources culturelles propres du pays. En ce qui concerne la médecine, ces méthodes peuvent permettre d'éviter, pour ces populations, trop de dépendance, par rapport à une pharmacopée coûteuse et de ce fait, inaccessible. Je souhaitais participer à la création, au sein de ces groupes, des outils médicaux préventifs, adaptés, visant à l'élévation du niveau global de santé et répondant le mieux aux premiers soins. Parmi ces moyens, j'avais en tête ceux que proposent diverses petites organisations humanitaires avec:

-

l'utilisation de médecines traditionnelles et des phytothérapies première intention de soin,

locales en

le recensement des plantes médicinales, - la formation du personnel de base en santé publique, - la fabrication de médicaments simples en naturopathie, en jumelant jardins de plantes médicinales et petites officines. Je jugeais également important le travail favorisant une amélioration de la nutrition par le biais d'un encouragement aux cultures vivrières (jardins potagers, arbres fruitiers) et par une éducation pour utiliser au mieux, les denrées présentes sur place, et ceci surtout pour les femmes enceintes et les jeunes enfants.

-

J'ai pu observer la mise en pratique de telles idées principalement durant mon séjour au Guatemala. J'ai rencontré, là-bas, une association guatémaltèque dynamique qui a contribué à revitaliser efficacement la médecine traditionnelle locale en lui apportant une méthodologie moderne. Je dois préciser qu'il était important pour moi de comprendre les bases

culturelles profondes sur lesquelles étaient ancrées les médecines
traditionnelles. Notamment, au contact m'imprégner de leur mode de pensée vécue la relation corps-esprit chez des millénaires éloignées de notre mode de des groupes indigènes, je souhaitais et appréhender la manière dont est peuples qui témoignent de traditions pensée rationnelle.

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Sans doute nos société occidentales, certes sur bien des plans évoluées, mais devenues de plus en plus abstraites, ont-elles à puiser matière à réflexion auprès de civilisations restées plus reliées au monde naturel et aux influences de l'environnement. Tout voyage recèle bien des surprises pour qui se laisse porter par le hasard et toucher par l'humanité de ceux qu'il rencontre. Pour moi, le chemin vers les ethnies indigènes s'est ouvert de lui-même, en Colombie, suivant une suite logique de rencontres successives et des échanges qu'elles occasionnèrent, au sein de réseaux d'associations locales. Mais la plus grande surprise fut sans doute celle-ci: partie pour chercher des réponses aux problèmes du Sud, la situation s'est progressivement inversée; j'élaborais un questionnement en même temps que de timides ébauches de réponses aux profonds problèmes des sociétés du Nord. Peut-être y aurait-il, auprès de civilisations traditionnelles, des germes de guérison à puiser pour notre société occidentale.

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1ère partie
2èmepartie

- GUATEMALA
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COLOMBIE

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12

1èrepartie I - MAYAS
D'HIER

-

GUATEMALA
ET D'AUJOURD'HID

CONTEXTE
Je suis partie au Guatemala en automne 1996 sur la proposition d'un couple d'amis: j'avais rencontré Oilio et Marie Dominique en Ardèche. Oilio est guatémaltèque, issu d'un village de la cordillère, Marie Dominique l'a connu là-bas lors d'un séjour de recherche alors qu'elle était étudiante en ethnologie. Ils ont d'abord vécu au Guatemala, dans le village d'Oilio : San Andres Sajcabaja. Ensuite, en raison de l'insécurité qui régnait alors dans cette région du QuichéJ, voulant préserver leurs jeunes enfants d'un climat de violence, ils ont préféré venir s'établir dans un village d'Ardèche. Là, ils continuent avec patience et détermination une forme de soutien aux populations «mayas» en lien avec le village natal d'Oilio. Actuellement, la situation étant redevenue plus calme, ils peuvent à nouveau envisager de venir régulièrement faire des séjours à San Andrès. C'est ainsi qu'ils ont structuré sur place un petit projet de solidarité qui a pris vie sous forme d'une ferme-auberge également centre rural, lieu de formation à l'agrobiologie et à l'écologie et lieu d'accueil des groupes, pour l'éducation populaire des adultes et des scolaires. Ce projet m'intéressait: situé comme il l'était, au coeur de la cordillère, il se trouvait de plain-pied dans une zone habitée par des indigènes de tradition maya et donc dans un terroir à forte identité culturelle amérindienne. San Andrès Sajcabaja se situe au berceau même de l'ancienne civilisation maya du Quiché, celle même des populations qui vivaient là bien avant la conquête espagnole. Cette région, qui possède de nombreux vestiges archéologiques, est aussi celle où la résistance à l'envahisseur espagnol a été la plus forte. C'est là qu'eurent lieu les plus importantes batailles qui ont précédé la capitulation finale des princes mayas.
1- Département de montagne au Guatemala

Actuellement la population est encore principalement indigène et garde, dans les multiples hameaux dispersés dans la montagne, un mode de vie traditionnel. Le village de San Andres Sajcabaja en est le bourg principal avec ses commerces, son administration locale, son église ancienne aux allures coloniales. C'est aussi le lieu des rassemblements hebdomadaires pour le marché du terroir.

RAPPELS SUR LA CIVILISATION MAYA
Les indigènes qui forment 65% de la population guatémaltèque, se disent descendants de pure souche et héritiers des traditions mayas des hauts plateaux. Cette civilisation, muette à la face du monde pendant un demi millénaire, vit actuellement un courant de régénérescence avec une nouvelle affirmation de son identité. On dit de l'ancienne tradition maya qu'elle avait atteint un niveau approfondi de connaissances tant dans les domaines de l'astronomie et l'astrologie, que des mathématiques, de la médecine mais aussi du
chamanisme. On ignore pourquoi les grandes cités érigées au plein coeur de la forêt tropicale (département de Peten au Guatemala, Bas Mexique, Honduras...) avaient été désertées bien avant la conquête, semble-t-iJ.

La tradition rapporte également que lors de l'arrivée des
conquistadores au XYlèmeiècle, c'est au Guatemala que les combats furent s parmi les plus violents, car il y avait là une des civilisations les plus organisées de toute l'Amérique indienne. On estime à cinq millions le nombre d'Indiens de ce pays, victimes des conquistadores, soit à peu près un tiers de toutes les victimes de la conquête. La tradition a persisté dans les campagnes où elle est restée, transmise de manière orale. Après la conquête, au XYlIème siècle, un dominicain a écrit le livre devenu sacré pour les Mayas, le «popol- Vub» qui retranscrit la tradition orale indigène et retrace la vie de héros mythiques, hommes et animaux et la création du monde. Les Mayas se disaient «serviteurs du Cosmos». Us étaient pacifiques: la tradition de sacrifices humains qu'ils avaient adoptée et dont témoignèrent les Espagnols à leur arrivée n'est venue que tardivement après l'invasion toltèque dans l'histoire de ce peuple; elle n'existait pas à l'origine d'après les historiens. Pour les Mayas, le maïs est une plante sacrée, les dieux s'étant servi de

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la pâte de maïs pour créer les premiers hommes, ancêtres de l'humanité. Depuis la conquête, les traditions sont restées vivantessurtout dans les zones reculées, dans la cordillère, (religion, coutume vestimentaire, organisation sociale) ce qui donne à la vie rurale guatémaltèque une ambiance très pittoresque et colorée. Dans les villages, les traditions catholiques se sont mêlées aux cultes anciens, dans un folklore souvent exubérant. De grandes festivitésont lieu régulièrement selon les fêtes du calendrier avec, dans les rues

de San Andrès Sajcabaja, des défilés aux costumes très élaborés et
multicolores. Ainsi sont joués dans les rues des événements aussi différents que

le chemin de croix et la crucifixion du Christ, ou que la reconstitution grotesque de l'arrivée des conquistadores. Pour la passion du Christ, des jeunes hommes font le tour du village, chaînes aux pieds, et tronc d'arbre hérissé d'épines attaché entre les omoplates. Quant au mime de l'arrivée des conquistadores (drame de la conquête), ce sont des personnages masqués, en costumes d'époque, ridiculisés par une farandole de créatures appartenant à la mythologie maya (moitié hommes, moitié animaux) qui symbolisent les esprits protecteurs des peuples envahis. Souvent les différents cultes sont entremêlés, dans la conscience populaire; aussi assiste-t-on volontiers, dans la même église à la messe dominicale du «padre» missionnaire, suivieimmédiatement par la cérémonie plus discrète d'un «sacerdote» maya avec ses offrandes de plantes, bougies et copaP . n y a actuellement au Guatemala vingt-deux ethnies différentes. Dans l'ensemble du pays les indigènes forment 80% de la population, mais paradoxalement leur représentation dans les institutions politiques est pratiquement inexistante.

STRUCTURE

ACTUELLE

DE LA SOCIETE GUATEMALTEQUE
Schématiquement la société guatémaltèque est composée de trois classes qui ont perpétué l'ordre d'une société coloniale. On trouve d'abord une classe dominante de riches propriétaires terriens, souvent d'origine blanche, qui représente 2% de la population et détient 80% des terres cultivables.Cesont souvent des descendants directs des colons espagnols. Ds composent l'oligarchie au pouvoir. Ensuite vient la classe des «/adinos», les métis indiens-espagnols. Aufil
2- copa! : encens amérindien

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des générations, les métis, qui descendaient en grande partie de blancs, et donc d'hommes de pouvoir, ont formé une véritable petite aristocratie sur tout le territoire, garante d'une certaine forme de ségrégation raciale: les ladinos détiennent actuellement la majorité des commerces, et des pouvoirs locaux. Pour eux les indigènes sont des êtres inférieurs, ils les appellent souvent «muchachos» ou «nifios» ce qui signifie enfants comme s'ils étaient d'office infantilisés, considérés comme serviteurs.

Les indigènes se remarquent par leurs costumes traditionnels
chamarrés qu'ils portent tous les jours. (A l'inverse jamais un métis, homme ou femme, ne portera le costume indigène, ce serait une honte pour lui.) Les indigènes, pour la plupart, ne parlent pas l'espagnol couramment, surtout les femmes. TIs mènent une vie discrète dans l'espace rural, cultivant le maïs et vaquant à leurs activités agricoles. Parfois ils sont au service d'une famille ladin a dans le bourg. Dans les hameaux éloignés du village, ils adoptent une forme de vie communautaire assurant le partage des tâches collectives.

L'ARTISANAT

MAYA

Ce qui pour les touristes occidentaux reste le plus attractif dans un voyageau Guatemala est l'omniprésence de l'artisanat, en particulier la beauté des tissus et des costumes. On peut affirmer qu'il y a peu de pays au monde où l'on assiste à cette exposition permanente, dans chaque bourgade, une véritable explosion de couleurs vives, broderies aux teintes multicolores, tissages aux fils enchevêtrés réalisant des dessins savants. Aussise demande-ton comment ces femmes dans leur pauvreté ont pu préserver cet art du croisement des fils en leur tissage artisanal. Les motifs qu'elles choisissent proviennent des anciennes traditions et perpétuent l'expression de toute une
symbolique. Le maïs - symbole de fertilité et emblème du peuple maya

- des

oiseaux, des chevaux et cerfs, des personnages mythiques sont inscrits en filigrane dans les toiles. Rigoberta Menchù, connue pour sa prise de parole politique en tant que femme indigène maya et honorée par l'attribution du prix Nobel de la paix, a écrit à propos du tissage traditionnel:
«Lafemme qui fait le tissu, le fait en accord avec ses pensées et les éléments de la nature. . . Elle met chaque chose à sa place .' chaque élément

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