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"Portes ouvertes" chez les religieuses

De
320 pages
Les religieuses sont en costume, soignent les malades, enseignent… Elles font le catéchisme et elles prient. Mais aujourd'hui comment vivent-elles réellement au quotidien ces femmes qui sont à part, ces " bonnes sœurs " ? Pourquoi cohabiter à quelques-unes, à longueur d'années et jusqu'à la mort ? Des femmes à part mais également de leur temps. " Entrées dans les Ordres ", elles sont aussi entrées dans la société.
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« Portes

ouvertes

»

chez les religieuses

~ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7943-X

Julien Potel

«

Portes

ouvertes

»

chez les religieuses
Propos d'un sociologue Echos des médias

L 'Hannattan
5-7, rue de l'Ecole polytechnique 75005 Paris -France

L 'Harmattan,

Inc.

SS, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Collectioll Religion et Sciences Humaines dirigée par François Houtart et Jea.n Remy collabor{ltion : M-Pierre Goisis et Vassilis Saroglou
Dans les sociétés contenlporaines, le phénomène religieux est remis en valeur, sous des formes très diverses. Il s'agit, dans le cadre du 'christianisme, de la naissance de nouveaux mouvements religieux, aussi bien à l'intérieur des Églises classiques, qu'en dehors d'elles. Pour ce qui est de l'Islam: les nl0uvements islamiques dans les pays musulmans, la place que prend l'Islam dans les pays européens et un renouveau de la pensée islamique dans les questions sociales', sont des faits qui revêtent une grande importance. Par ailleurs, l'évolution des institutions religieuses se situe également à la croisée des chemins. Bref, les phénomènes religieux sont reconnus aujourd'hui comme des faits sociaux significatifs. Par ailleurs, l'angle d'approche des sciences humaines est aussi utile pour ceux qui recherchent dans l'adhésion religieuse une spiritualité ou des motifs d'acfion. Dans cette perspective, la collection Religion et sciences humaines possède deux séries:

1.Faits religieuxet société

.

Les' ouvrages publiés dans cette série sont des travaux de sciences humaines analysant les faits religieux, dans les domaines de l'histoire, de la sociologie, de la psychologie ou de l'anthropologie.

2. Sciences humaines et spiritualité Il s'agit d'ouvrages où des croyants s'expriment sur des problèmes en relation avec les diverses sociétés dans lesquelles ils vivent et jettent un regard, avec l'aide des sciences humaines sur l'évolution des faits religieux, la relecture des écritures fondatrices ou l'engagement des croyants.

Liste des titres enfin d'ouvrage

Introduction

Avellue de la soeur Rosalie, Utl café de bOlules soeurs, lU bomles lU 11olules, Sister Act, les avellturières du siècle, Mère Teresa: Utl sourire ell enfer, Maria des Eaux vives, la soeur des restos du Caire, l'affaire du Carnlel d'Auschwitz, le dialogue des Carnlélites, les aIlges du péché. Ajoutons: entrer daIlS les Ordres, conlette et costume, fusion ou fédératioll, union ou agrégation, clôture et exclaustration, constitutions et charisme, jUluorat et novice, visite au saÎllt Sacrement et obédience... Cet Îllventaire, un peu à la Prévert, pourrait se poursuivre. Quelles personnes arrivent à conlprendre tous ces mots qui introduisent
dans l'Uluvers des religieuses et des médias ? A vrai dire, « les
soeurs, c'est Ull mOllde! » Trois defs pour cODlprendre

Pour mieux ouvrir les portes de l'univers particulier des religieuses, trois clefs SOllt proposées dans cet ouvrage. La prenlière, qui est essentielle, c'est la société actuelle et son espnl parbcu.lier ou. modernité. Ces termes sont préférés à monde, employé souvellt par des catholiques. SallS compter que monde peut revêtir un sellS biblique négatif, ce terme reste indéterminé et imprécis: chacun se retrouve plutôt perdu dans une sorte de grand tout qu'est Je fllonde. Au contraire, une personne -une religieuse- appartient et participe à une société. Ce mot souligne l'orgmUsatioll collective, les structures et les efforts des hon1mes pour vivre ellSemble, la culture: chacun est nlembre d'Ulle société à cOIlStruire et qui le mellace aussi. Les religieuses apostoliques ou les nloluales vivent dans cette société, celle d'aujourd'hui qui Il'est pas celle de leurs fondateurs ou fOlldatrices. Aussi la vie des soeurs est confrontée le plus

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PORTES OUVERTESCHEZ LES RELIGIEUSES

possible à la société modemeet à l'existence des contemporains. hlévitablenl.ellt des interrogatioll.S surgissellt. La deuxième clef de cette recherche, c'est la vie quobdienne

des religieuses. Mais« accoler quob'dien et monotone inl.plique
un jugen1.erlt nl.oral, estinle Utl sociologue. il y aurait un transquobdien qui 11e serait lU baJ.lal, lU nl.Onotolle». La vie quotidiell1le consiste ell. des «activités à haut degré de répétitioll conm1.e dormir, nl.al1ger, COllverser, se laver, lire Utl jounlal ». C'est le COl1traire de l'exceptiolulel, «un peu con1IDe une vie SatlS histoire s'oppose à l'héroïsme ». L'existellce

quotidielu1e inlplique

«

le découpage des vil'\gt-quatre heures »,

avec des « configuratiol1S d' activités». il se produit « une n1.ÎSe ell. scène de la vie quotidielUle» car «les Îllteractiol1s el1tre participall.ts à cette vie SOIl.ttoujours codifiées et plus ou nl.oins ritualisées ». Par exenl.ple, « tout repas respecte des normes qui 11eSOl1tpas 11écessairenl.ellt COl1Sciell.tesà l'esprit des COllvives ». Divers aspects de l'existellce quotidielme de ces fen1IDes qui Ollt décidé de vivre ensenl.ble jusqu'au bout sont passés en revue: nouer des relatiolls avec les autres dans la conununauté et ailleurs, vivre des cOlillits, prier ensemble, travailler, obéir à des respol1Sables, nlourir en COmnl.Ullauté. Les D1édias cOI1Stituent la dernière clef pour mieux découvrir l'Uluvers des religieuses. Devenus le pain quotidien de tous et des Fral1çais, ils occupellt une place importatlte et SOllt partie intégratlte de la société nl.odenle. Dat1S l'avenir, leur influence grandira à cause des techniques nouvelles qui se nlettel1t ell place, Illterllet, par exenl.ple. Les pages sur les religieuses et les nl.édias 11eSOllt pas secondaires. Les messages nlédiatiques sur les soeurs diffusés ell Fral1ce et dans d'autres pays, SOllt Utl miroir où se reflètellt les religieuses: il révèle l'image que nos contenlporains se font d'elles. Par rapport à leur vie quotidienne, des aspects nouveaux apparaissent, parfois Îllattendus ou surprellants. Mais comme disent certains, c'est du vécu parce que des professionnels y exercent des métiers et que les nl.édias fOllt partie de la vie des populatiol1S et des religieuses. Conmle cOllsomnlatrices, elles lisellt la presse, écoutellt la radio, regardellt la télévisioll et les publicités et s'Îlltéressellt au cÎllénl.a. COnml.ellt y SOllt-elles préselltées ?

INTRODUCTION

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Quelles activités exercent-elles? Comment leur vocation est-elle eIlvisagée? Les nlédias abordent-ils l'essentiel de la vie des religieuses? TIs nl0ntrent les soeurs dans des activités traditiomlelles avec la vie en conununauté, la prière, les soins et l'enseignement. Mais des façons nouvelles d'être et des situatioI1S qui sortent de l'ordinaire apparaissent. Pour la prenlière fois, la préseIlce multiforme des religieuses dans les nlédias est aJ.lalysée de façoIl systématique. Les religieuses doivellt oser s'y regarder, surtout si leur image paraît floue et défornlée. L'ouvrage pouvait se COIlcevoir en deux parties dis titlCtes, l'ulle sur l'observatioll de la vie quotidielllle et Ulle secollde réservée aux religieuses et aux médias. Après expériellce, pour éviter des répétitions et clarifier la réflexioll, il valait nlieux introduire ce qui concerne les nlédias daI1S les propos sur l'existence quotidierule des religieuses et pouvoir conlparer. Mais c'est difficile parfois de passer de la réalité de chaque jour à l'univers inlaginaire et fictif des nlédias. Plusieurs sources d'infOTlllation Cette recherche a été nlenée ell s'appuyant sur différentes techniques d'observatioll qui se cOlljuguent. En premier l'observation direde par la participation à la vie de comnlUl18utés religieuses pendéUlt des aImées. Une quinzaine de cOllgrégatiollS apostoliques nl'ollt demandé de travailler avec elles depuis plus de VÎllgt ci.tlq ans, particulièremellt une Fédératioll qui regroupe cinq congrégations aux effectifs restreints nlais inlpléUltées ell France et à l'étranger. Cette collaboration m'a permis de voyager avec des soeurs et pour elles, à travers la France, puis en Angleterre, en Suisse, en Espagne, à Ronle, en Afrique noire et au Mexique. Leurs partages sur ces pays et sur d'autres comme le Portugal, l'Inde, le Brésil, le Pérou et la Colombie où elles sont implantées ont été une ouverture à des cultures enrichissantes. Cette longue collaboration m'a fait vivre momentanément dans des communautés de religieuses. J'ai participé aussi à de

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PORTES OUVERTESCHEZ LES RELIGIEUSES

ltombreuses réunions, chapitres provinciaux ou généraux, quelques retraites spirituelles al1im.ées seul ou, plusieurs fois, avec une supérieure géltérale. Les difficultés et les exigences de leur vie quotidielUte n\'ortt frappé, spécialen1ent celle de vivre cOI1Stanm1ent ell con1n1Ullauté. Partageat\t leur table et leur prière, des joies et des fêtes, des souffratlCes et des deuils, à n1ai1ltes reprises, j'ai vécu le quotidiel\ de religieuses apostoliques. Puis célébrer des fêtes avec elles, prier l'Office el1Senl.ble, être aiguillOIU\é par la présence et l'action des religieuses près des pauvres surtout à l'étranger, être aidé pOUI n\ieux vivre le célibat qU'Oll a choisi, être redevable de leur anùtié sincère qui s'exprin1e délicatement, bénéficier de façon discrète d'Ull apport fulallcier, autallt de raisons d'être reCOIUléÙSSalltvis-à-vis d'elles et de con1prelldre Ull peu mieux leur existence. Partatlt de ce con1pagtlomlage durable avec des soeurs, le sociologue des religions que je suis propose ses réflexions, à la n1anière d'Ull « observateur participant» qui varie ses n1éthodes d'atlalyse. C'est aussi Ulle OCCasiOllde nueux faire cOffi1aître l'Uluvers quotidien des religieuses alors que la sociologie du catholicisme ell FratlCe a été biel1 discrète vis-à-vis d'elles, tOurl1ée qu'elle était plutôt vers le clergé, les évêques, le pape et l'Église catholique. Cette opératiol1 portes-ouvertes veut rester Ulle réflexion sociologique qui porte d'abord sur des religieuses apostoliques. Toutefois les soeurs cloîtrées ou les moniales sont présel1tes, surtout quand il est questioll des n1édias. La deuxième source réside dans des conversations et quelques entretiens senù-directUs avec des soeur~ particuhëren1ent celles qui ont qwlté leur congrégab'on et que je cOffi1aissais. il s'agissait alors de les faire s'.exprimer sur leur itll1éraire persolulel, de tenter d'élucider les motivations qui avaient joué dat1S leur décisioll de quitter leur congrégation enful de parler de leur situation actuelle. La troisième source était des textes bien typés, à savoir les constitub'ons élaborées par les congrégations et qui sont le rappel des exigences de la vie quotidiemle. Souvent cités, ces textes 110rmatUs SOllt rédigés par un Chapitre de religieuses, c'est-à-dire une assen1blée de déléguées élues par toutes et qui

INTRODUCTION

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deviel1t l'instance de gouvernement pendant sa durée. Le Chapitre cherche les orientations d'avenir et les conditions de vie de la COl1grégatiol1. Ces textes fondateurs ne sont pas seulen1el1t Ut1 évél1en1el1t du passé n1ais une réahlé sans cesse actuahsée/ une façon dont un Inshrut opère et consolide son rassen1blen1ent, l'e}(pression coUecb.ve e~ oHiaelle d'une congrégation. Leur importal1ce est capitale dans l'existence quotidielu1e des religieuses. Pour connaître les soeurs, la portée des constitutiol1S est plus grande que des tén10ignages n1di viduels. De plus, les COI1Stitutions loit1 d'être des textes inertes, sont pleins de sève: les soeurs les assinùlent, les méditent pour les n1ettre el1 pratique. Sur la prenùère page d'Ut1 livret, une cOl1grégatiol1 a fait Ïn1prÎ111erel1 gros caractères:
«Constitutions, Paroles de vie pour toi, soeur de X..., Chen1.in de vie avec le Christ». La raison d'être des constitutions, c'est d'être vécues au quotidien: « La règle (des religieuses de la congrégation), c'est le Christ. Elles se proposent de L'imiter tel que l'Écriture Le leur révèle et que les fondateurs Le découvrent)}. «Les soeurs ordonneront leur vie en fonction des directives contenues dans les constitutions », suggère un livret de présentation. D'autres textes COI1StitutiOI1S : n1011trel1t aussi l'importance des

«Elles doivent être fidèlement observées par toutes les soeurs, COl11l11etant pour celles-ci l'expression de la volonté de Dieu ». é Norrnatives, les constitutions revêtent un certain caractère d'obligation. Selon une congrégation, «elles se proposent, de rappeler la loi d'amour et de l'appliquer à la vocation des soeurs. Elles ne nous obligent pas sous peine de péché sauf en ce qui concerne les lois de Dieu, de l'Église et la matière des voeux. Cependant nous les observons avec fidélité, reconnaissant en elles un guide qui nous rappelle les exigences quotidiennes de notre consécration. Nous devons demeurer attentives à dépasser la lettre pour avancer toujours plus loin dans les voies de l'amour, à l'exemple du Christ)}. Les constitutions citées viennent de plusieurs

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PORTFS OUVERTES CHEZ LES RELIGlEUSFS congrégations 1983 et 1991. dont les textes ont été approuvés par Rome entre

Des coupures de presse, autre source d'informations sur les religieuses ou les cOI1.grégations, sont extraites de différents quotidiens (surtout Le Monde et La Croix) et d'autres publicatiol1.S. Ces coupures relevées depuis des années ont

porté 11otanmlel1.t ur « l'affaire du Carmel d'Auschwitz », sur s
des « soeurs cathodiques », Mère Teresa « un sourire en enfer », Soeur Enmlanuelle « la soeur des restos du Caire », Soeur Marie Keyrouz « Ul1.eLiba11aise qui Chal1.te sa culture religieuse ». La presse a relaté aussi des situatiol1S critiques où des religieuses se trouvaiel1.t, par exenlple l'Ulle qui visitait Ul1.eprison et s'est trouvée prise ell otage, l'autre, Soeur Leplat et son établissemellt d'el1seigtlen1ellt libre enfin, Ulle supérieure géllérale, Soeur Myrian1., el1.tamal1t U11egrève de la faim dans une CaraVal1e sous les fenêtres d'Ul1 bureau épiscopal. EI1.finil a fallu lire et at1.alyser La rehgieuse de Diderot et un roman de la Série Noire où est dressé U11 tableau fictif assez féroce de religieuses responsables d'une école. Puisque la recherche envisageait les fOffi1.esde présence des soeurs dans les médias, il fallait observer des produits fllédiatiques qui les COl1cen1aiel1t en partie ou totalement. D'abord les publicités où elles figuraient: en plus la documel1tation qui à servi pour n1.011 livre Reh"gion et pubh"a."t4 (Paris, Le Cerf, 1981) a été consultée. 011.t été regardées et al1alysées des émissiol1.S sur Soeur Emmat1uelle, Mère Teresa, Midi fllOins sept, Les femuères du Christ, des films comme Thérèse/ Sister Ad... De même des coupures de presse sur des films, des én1.issions et des pièces de théâtre ont été rassen1.blées. Des sondages d'opinion et quelques recherches d'histoire et de sociologie sur les religieuses el1 France sont la dernière source d'inforn1.ation afu1 de donner le contexte général. Les travaux de Claude LANGLOIS et d'Élisabeth DUFOURCQ les recherches sur la démographie des religieuses (baisse globale du nombre de soeurs et des vocations, vieillissement, fermeture

INTRODUCTION

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de contmunautés, comportenlellts politiques, rapports France et extérieur... ) ont COlltribué à cet éclairage d'ensemble. Ces 110mbreuses sources représentent une masse inlpressioll1lante d'il1.fOnllatiol1S. Elle a été maîtrisée et unifiée par la volonté de confirmer ou non des hypothèses de travail élaborées au départ. Ainsi les petits groupes sociaux volontaires que SOllt les conmlU11autés ressenlblellt par certaÏ11S aspects aux autres groupes hUnlalllS mais ils ont des particularités 11eseraitce que la VOlOllté de vivre toujours ell cOnIDlunauté, le rythnle de la prière et les objectifs décrits dat1S les Constitutiol1S. La vie comnlUllautaire apporte Ul1esécurité. Les soeurs sont préselltes à la société 110tanmlellt par leurs activités professiormelles et leur volonté d'être proches des pauvres, malgré tout elles restellt dans un U1ùvers particulier fait de lallgages, de symboles et de sigtles. Ell réalité, leurs rapports avec la modenùté et avec 110tre société restellt difficiles. Quelles SOllt les nlotivatiol1S des soeurs qui prell1lent la décision de quitter leur congrégatioll et que devielmellt-elles ? Au sujet des nlédias,il fallait analyser comment les religieuses SOllt présentées à travers toute une série de nl0yens et de genres différellts : publicités, affiches, presse, radio, filnlS divers y conlpris policiers, télévisioll, vidéo-cassettes et théâtre, sous un nl0de sérieux nlais aussi comique et parfois moqueur. Un décalage semble exister entre la façon dont les religieuses SOllt décrites datlS les médias et leur vie quotidienne: le sel1Satiol11lel et le spectaculaire Ollt certainement une place. La grosse difficulté c'est d'atteindre par les nlédias leur vie spirituelle nltérieure, persomlelle et communautaire. Bien des platlS de l'ouvrage, nlutile de le dire, se SOllt succédés et ses titres Ollt été passablenlellt traIlSfomlés au fur et à mesure de la recherche. Des D10ls synlboles pour les nODmler L'Uluvers des religieuses se manifeste aussi par les différellts noms utilisés pour les désigner dans les cOllversatiol18, les textes et les nlédias. Au-delà des expressions enlployées, l'importallt c'est de considérer les différentes

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PORTES OUVERTFSCHEZ LFS RELIGIEUSES

cOl1.ceptions sous-jacentes que les personnes se font de la religieuse et de la religion. Ces tem'\es du langage COUral1t C011cen1ent particulièrement les soeurs apostoliques. Pour les autres, il faudrait y joindre des n10ts conm1e moniales, mèreabbesse, soeurs tounëres/ etc. Rehgieuses/ soeurs/ nIa soeur

Les appellatiol1S les plus COUral1.tesS011t certainement les religieuses, ma soeur ou les soeurs. Leur contel1.U est riche et dévoile daVal1.tage ce qu'elles font que ce qu'elles sont

intérieuremel1.t. il désigJ.1.e fen1.D1es ui soignent, « font des des q
piqûres», s'occupe11t des eltlal1ts et des jeUl1.eS et vivent à l'écart. Mais elles S011t dévouées et plutôt utiles, conm1e 1'Î11.dique Ul1 s011dage. Des tem1es plus tecruuques dal1S les nlilieux d'Église ou qui S011t au courant de leur savoir vivre, SOl1.t OÎ11Sen1ployés : « Mère, nla Mère ou révére11de n1ère, ou m supérieure gé11érale, prieure, abbesse, etc. ». ils impliquent une COIU1aissance des structures établies et de la hiérarchie, puis des respol1Sabilités exercées. Bernard Koucru1.er qui a parlé de soeur comme beaucoup, confie à l'Abbé Pierre les difficultés qu'il rencontrait:
« Comment appeler" ma soeur" telle religieuse qui n'était pas ma soeur? Une soeur, c'est quelqu'un de défini dans une famille. Les liens du sang sont précis et codifiés, le tabou de l'inceste vient là pour apporter du poids aux interdits». (Abbé PIERRE et Bernard KOUCHNER, Dieu et les hommes/ Paris, R. Laffont, 1993, p. 13).

Les bonnes soeurs
«L'image de la religieuse dans l'opinion publique est encore celle de la "bonne soeur en cornette" et on estime souvent que toutes les religieuses vivent cloîtrées, retirées du monde». (Pierrre BRÉCHON et Kristoff TALIN dans: Les attitudes religieuses sociales et jXJlitiques des religieuses.en France, Documents du CIDSP, Saint Martin d'Hères, mai 1991).

INTRODUCTION

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Ce temle fanlilier et populaire de bonne soeur a un contenu plus détem1iné. Il est tel1ace et les exemples suivants le prou veI1t :

« Nous avons été doublell1ent tenues pour rien, comme femmes et comme religieuses. Côté société, la bonne soeur était le symbole d'un double échec: celui de ne pas être née homme et celui de ne pas avoir été choisie par un hOll1l11e.Elle était doublement frappée d'inexistence sodale. Côté Église, on avait plutôt tendance à l'encenser: si dévouée, si ll1erve ilIeu se, si généreuse, etc. mais l'encens de ces qualificatifs ne servait souvent qu'à mieux l'exploiter...en toute innocence d'ailleurs: n'était-elle pas consacrée pour le service? Certes on ne la méprisait pas, mais on la comptait pour du beurre!». (Monique HÉBRARD, Femmes dans l'Église, Paris, Le Centurion-Le Cerf, 1984)

Des religieuses utilisent elles-mêmes le terme de «bo1Ules sœurs» mais parfois pour en repousser le contenu. Soeux EnUllanuelle déclare ell 1987 : « La révolte, c'est poux cela que je

me suis faite bOlu1esoeux » et en 1991 : « A -vingt ans, j'aimais
rire, datlser et recevoir des compliments, rien d'un tenlpéranleIlt de bOIme soeur». Professeur à l'Institut catholique de Paris, une religieuse retrace les étapes de sa vocatioll :
«J'aurais pu devenir une bonne soeur à l'esprit étroit et rigide si je n'avais fait la rencontre ll1ystique de ce Dieu qui nous transforme. L'éducation reçue aurait pu occulter son véritable visage ».

VIle religieuse qui a quitté sa congrégation période de mai-juin 1968 :

fait allusion à la

« Nous ne voulions plus être seulement des bonnes soeurs faisant des piqûres mais nous entendions effectuer un vrai travail social dans un quartier où bien des fmnilles étaient dans le besoin. Nous avions l'impression de Inener une sorte de double vie: une profession attachante et une vie de religieuse qu'il fallait adapter tant bien que mal à celle-ci ». (Marc LEBOUCHER, Les religieuses. Des lemmes d'Église racontent Paris, Desclée de Brouwer, 1993). se

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PORTES OUVERTES CHEZ LES RELIGIEUSES

Pour W1e religieuse en dehors aussi de sa congrégation, « ce mot représente toutes ces fen1n1es que l'on voit de moins en moins n'lais que l'on voyait à l'époque, des femmes qui, ne trouvant pas leur équilibre dans le n10nde, atterrissaient dans des couvents, avec un an10ur de Dieu certain n1ais sans équilibre personnel réel. Ce sont des fen1ffies un peu gnan-gnan qui donnent cet aspect faux de la vie religieuse. Des filles un peu bébêtes qui font que dans une C0l1'Ul1Ul1auté,il ne peut y avoir de véritables .ren1.Ïses en question. Devant des gens con'Ul1ecela, tu ne peux pas parler».

Des .prêtres aussi parleI'\t de « hOlu'\es sœurs ». Et1 voyal1t au pren1ier ral'\g d'lll'\ auditoire des religieuses e11 costun1e, « Je salue les bOlu'\es soeurs el'\ te1111e combat! », s'exclanle Guy de Gilbert, le prêtre des loubards, « l'honlDle e11santiags, bague au doigt et cheveux 1011gS» E11réfléchissa11t, lui aussi porte Ul'\e tel'\ue particulière et elle choque certaÏI1s ! Dal1S Ut1 autre billet Îl'\titulé : Ah ! les saintes fe111111es,il fait la louange des

religieuses et C011Clut « J'ai vOlllu vous dire, à vous religieuses :
de l'Église, que vous e11êtes Ul'\e des plus belles parures », (La Croiy-l'Événe111ent, 29 juillet 1995).
Dans un courrier des lecteurs, une religieuse t'apporte « C0I1U11ent un prêtre a présenté à un groupe de chrétiens des novices de sa congrégation conUl1e des "apprenties bonnes soeurs". Tout le n10nde a ri : ça Inarche toujours ce genre de plaisanterie, ça ne lnange pas de pain. Le jour J des vocations, ce prêtre fera une bonne h0111élie,bien pré1-larée pour dire que la vocation, "ça vaulle coup" ! Pourquoi ironiser, dévaloriser à petite dose une forn1e de vie apostolique dont le 1110nde a tant besoin? La vie religieuse, ce n'est pas seulement l'esthétique du cloître ou des sandales, c'est la force d'une rencontre avec Quelqu'un qui va transforll1er toutes les rencontres avec nos frères et soeurs de par le n10nde», (La Croix, 20-21111ai 1990).

A propos de ce courrier Îl'\titulé : Une bonne soeur se rebiffe, Ut'\ prêtre retraité répol1d (13 juillet 1990) et dit sa satisfactiol1 :

INTRODUCTION

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«Je partage totalement l'avis de soeur Cécile qui souffre dans son amitié pour ses petites novices. Quelle envie de devenir prêtre ou religieuse pourrait germer dans le coeur d'un. garçon ou d'une fille de seize ans quand dans leur famille ou autour d'eux, on parle de "curés" ou de "bonnes soeurs", avec tout ce que cela connote de fine dérision? Par amitié et reconnaissance pour les soeurs avec qui je suis heureux de célébrer la n1esse, je ne parle jamais de "bonnes sœurs" ».

VI' prêtre enlploie plusieurs fois le temle ell racolltallt commel,t Ulle «bolUle soeur» vellue un jour le visiter au Valde-Grâce, lui susurra:
« Le bon Dieu vous aime. Il vous envoie le cadeau de l'épreuve. Je lui répondis insolemn1ent que son bon Dieu ferait mieux de moins ln'aimer et que son cadeau, il pouvait se dispenser de me l'octroyer. La bonne soeur quitta la chan1bre, abasourdie. Devant son air pincé, j'éclatais de rire. La bonne soeur est revenue dans la soirée. Toute souriante, elle m'a jeté: Monsieur l'Awnônier, c'est vous qui aviez raison, ce n1atin. Je suis une idiote».

Dans les nlédias, il est aussi question de « bonnes sœurs ». Void IOI,gtemps déjà, la revue Prêtre et Apôtre, retraçant l'histoire d'un curé, écrivait: «fi bousculait un peu trop les bomles soeurs de sa paroisse ». Puis « 200000 bOlIDes sœurs », c'est le titre d'un article qui présentait la recherche de Claude LANGLOIS sur les congrégatiol1S religieuses dans le passé (Le cathohdsnle au fén1inin. Les congrégations françaises à supérieure générale au XIX slëde, Paris, Le Cerf, 1984). A son tour, Le EgarD, (1er novembre 1984) publiait un

article: « Conmlellt peut-oll être bonne soeur? ».
« Soeur Bénédicte n'a pas voulu se laisser photographier. Mais elle a accepté de nous expliquer C01TU11ent aujourd'hui une religieuse vit, dans le siècle, son mariage avec le Christ ».

DaJ.1Sl'hebdomadaire M8.X1~féminin/ actuel, prabque, Ulle rubrique Mieu"y vivre révélait dans l'art culinaire « Les secrets de la bOlIDe soeur BerllardiJ.le » :

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PORTFS OUVERTFS CHEZ LFS RELIGIEUSFS

«Dès que le temps le pen11et, nous d it-o n, la bonne soeur Bernardine s'en va cueillir des herbes dont elle connaît les mille et une vertus. De Wingen, en Alsace, elle nous confie ses précieuses recettes», (15-21 Octobre 1990). Au sujet du Carmel d'Auschwitz, « le réalisateur du filn1 Shoah craint aujourd'hui que, sur place, on accuse désormais les méchants juifs de faire du mal aux bonnes soeurs innocentes».

Le tem1e se trouve dans des publicités télévisées, par exemple pour des chaussettes où des soeurs étaient sur un n1allège et une voix clamait: Les bonnes soeurs à la fête! Enfu1 Ul1 n1ensuel chrétiel1 titrait Ul1e el1quête : Chez les bonnes soeurs. Le texte débute all1Si : «Con1ette au vel1t lui serval1t d'oeillères, regard baissé, 11'OSaI1tpas dire "je" et sortaJlt toujours par deux, cette caricature de la religieuse n'existe plus guère que daI1S l'in1agi11aire populaire. Ell l'espace de Vll1gt ailS la b01'U1esoeur a disparu ». Silhouette effacée chez les soeurs, peut-être, mais combien tel1ace dans l'opinion publique, semble-t-il ! Chères soeurs sont deux mots employés mais moins souvent, semble-t-il. TIsse retrouvent par exemple dans un titre el1 première page de l'hebdomadaire La "Vie pour présenter l'enquête de Pierre Brécholl et Kristoff Talin : Nos très chères soe~ qui sont-elles/ que pensent-elles?, (4 au 10 avrill991). Cette expressioll peut avoir Ul1e nual1ce de taquinerie mais l'affection, la reCOIU1aissaI1Ce la sin1plidté l'emportent. et Les nonnes Les nonnes SOl1tau départ un terme de respect équivalent à mère mais on 110USapprelld égaleme11t qu'il veut dire religieuse dans le «style léger ou archaïque». Un groupe de jeunes chanteurs fait un clnl d'oeil au public ell s'intitulant: Les Nonnes Troppo. VIle carte postale en couleurs avec une jolie fen1me déguisée el1 religieuse, vêtue d'une robe bleue, est intitulée: Les nonnes. Elle porte Ul1e cornette inmlaculée et un inlmel1Se col blaI1c. Debout daI1S l'eau, elle retrousse sa robe

INTRODUCTION

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pour 11epas la n10uiller et dénude bien haut U11ejambe dans Ul1eposture coquit1e... Mais, plus sérieusement, à Paris en 1991, lors de manifestatiol1s d'iI1firmières et d'assistantes sociales, des fen1mes costun1ées el1 religieuses avec des cornettes portaiel1t des écriteaux et sur l'un d'eux, le slogan: M' nonnes/ ni fées. VI't autre article précise:
«

Si les iIilirn1ières el't SOl1tarrivées à ce point, c'est à cause

de cette fan1euse "vocatioI1" et de notre passé. Avant, les infirmières étaiellt des religieuses ou des "bolu1es dames" de charité. 011 110US a toujours cOI1Sidérées CO:i11.n1.eorvéables c à n1erd! »

De plus, Ul1 téléfiln1. allen1.and -Les infirmlëres de rê~présel1tait ces jeUl1es fen1mes en question «certes volontiers portées sur la bagatelle n1ais qui accomplissent leur office avec Ul1sincère dévouen1el1t, dal1S Ul1e proxinuté de la n10rt et de la n1aladie », (Arte, 1er octobre 1994). Dans de brèves séquences qui évoquaiel1t les fat1tasn1es de l'Ul'te ou l'autre sous forme de délires visuels n10uven1entés, con1ettes et religieuses étaient présel1tes, alors qu'auCU11e soeur n'était dans le persolmel. Le lie11plus ou nl0U1S COl1SCient ntre uilirnuère et religieuse était e Ul1e fois de plus évoqué. DaI1S le fond le persom1el de santé voulait être M' nonnes/ m' fées, n1.ais égalemel'tt Ni bonne~ ni bonnes-soeurs. L'expression de nOlme prenait un autre sens avec U11 reportage intitulé: Les six nonnes de l'Hinlalaya. il parlait de la situatiol1 au Thibet sous le régime chinois et relatait l'épopée d'une trel1taine de persolu1es dOl1t six nom1es qui franchissent à pieds l'Hin1alaya pour se rel1dre au Népal et el1 Inde rejoindre le dalaï-Ian1a. VI'te l'tote sigt1ale : «Le tem1e "nOIU1e" peut paraître m1propre, mais c'est celui employé, el1 français comme en aI1glais (nun), par U11emajorité de bouddhistes» . Dans une autre culture que la 11ôtre, c'est le tem1e 110rmal pour désigner Ul1e mOluale, (Les prisons de Lhassa/ Les senbers de l'exil Les chen1ins de Dharanlsala/ Le Monde, 4, 5 et 6 mai 1994).

??

PORTES OUVERTES CHEZ LES RELIGIEUSES

L'expressiol1 argotique les frangines semble gagner du terran1. Je l'ai entel1due chez des religieuses ici ou là en parlal1t des autres soeurs. Puis dal1S Fréquenstar, une émission télévisée du din1al1che, l'alùn1ateur évoque l'enfance d'U11e chat1teuse-vedette et parle d'U11e école de « frangines», une école de soeurs, précise-t-il, (12 décen1bre 1993). C'est de toutes ces fen1.D.1eS 110mmées et perçues différenm1el1t dOl1t il va être questiol,.

Chapitre I

L'essentiel: vivre toujours ensemble

le quotidien

A l'origit1e de l'existel1ce quotidiem1e des religieuses se trouve l'el1gagen1ent capital de vivre avec d'autres soeurs pendant toute leur vie. La communauté est leur cellule de base. Dans Ul1e société mobile comme la nôtre avec tous ses changements, les religieuses prelU1el1t l'engagement pour toujours de rester ensemble, el1tre célibataires: c'est un contraste saisissant avec les perSOlU1es qui les entourent et c'est l'essentiel de leur vie. Par ailleurs, les commUl1autés de soeurs apostoliques ressemblel1t à biel1 des égards aux autres petits groupes sociaux. 1. TOUJOURS ENSEMBLE « POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE » Hon1mes et fen1n1es d'aujourd'hui vivent diverses mobilités, avec les unions et les divorces, avec les déménagements, les chaI1gements de professiol1S et de « situations» ou les recyclages. Dans ce COl1texte de changement social multiforme, voire d'instabilité de 110tre époque, la religieuse s'engage pour toujours. Sa pron1esse de fidélité totale à un état de vie commUl1e se prol1011ce daI1s un COl1texte social et culturel particulier, différent d'autrefois. L'engagement de chaque soeur et

le choix de l'état de vie religieux sont « pour toujours », pour
« le meilleur et pour le pire» également. Une religieuse mise

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PORTES OUVERTES CHEZ LES RELIGIEUSES court et la

sur l'avenir et sa décision de vivre à plusieurs femmes sur toute l'existel1ce, y con1pris la retraite, la vieillesse nlort.

Au sujet de la retraite, «ce n'est pas une sinécure de passer de la vie active à une situation nouvelle de retraitée, disait un religieux à une session. Etre Soeur Ainée, c'est vivre davantage dans sa con'lmunauté qui est son premier lieu d'appartenance. Il faut faire deuil de son groupe d'appartenance antérieur et sans faire table rase du passé, savoir ai 111er autre111ent. Désor111ais, on ne FAIT plus, il faut ETRE, c'est cela qui fait qu'on EXISTE. C'est un révélateur de notre richesse ou de notre pauvreté intérieure. Étape très riche: Dieu 111ultiplie ses dons parce que nous avons plus de te111ps pour la prière: prier dans la sérénité, la paix, pour les grandes intentions de l'Église, pour les pauvres. Cette vie C0111Inune fraternelle que nous vivons plus intensément, présente un caractère particulier: l'acceptation mutuelle, le support, aider et se laisser aider. Le service des pauvres garde son identité jusqu'au dernier jour: le pl us précieux des services est la prière.» La décisio11 prise pour toujours par une religieuse est dure à tenir mais possible. Elle peut deven.ir symbole mobilisateur et soutie11 pour les perSOlU1.eS confrontées à des engageme11ts inlportaJ.1ts qu'elles veulent durables et qui éprouve11t des difficultés.
«

M"aison des sœurs

»/

HLM et bidonvilles

« J'ai fait un rêve» « Il pleuvait mais cela ne me gênait pas, L'entrée de ma cité avait été goudronnée, Je n'avais plus besoin de louvoyer entre les flaques. Les poubelles ne barraient plus le passage Et la décharge ne servait plus de point de repère. En ouvrant ma fenêtre, j'ai vu une pelouse, Une vraie pelouse sur laquelle poussaient des fleurs. Elles avaient re111placé les bouteilles vides Et les vieux vêtements balancés depuis les étages. En sortant de 1110nappartelnent, J'ai été surprise par l'odeur de propre Qui émanait du palier, Probablement que les gaines d'aération

fonctionnaient.

L'ESSENTIEL: VIVRE ENSEMBLE LE QUOTIDIEN

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Un soir... J'ai pu prendre un ascenseur accueillant Sans crainte de rester bloquée entre les étages Et je suis rentrée pour faire d'autres rêves...» Le bulletiJ.l intérieur d'Ulle cOl1grégation où les soeurs sont 110nlbreuses et biell COlUlues publiait ce texte ell 110venlbre 1993

et ell expliquait l'origllle. « Sur l'invitation des locataires à rédiger des articles pour un futur joun1al» , soeur Cécile a écrit ce « rêve» qui part de sa vie quotidienne et la rejoint. Elle dél10llce avec finesse et réalisnle ce qu'elle vit avec d'autres soeurs face à «la dégradatioll d'une cité ell banlieue parisieI111e.» De plus, un reportage sur la présence de soeurs el1 baIùieue « difficile» est réalisé: « Religieuses daIlS une 'cité chaude'. Les trois soeurs de la cité de la Balme, 175 à Vaux-enVelit1. ( Vernleil, octobre 1994). AiIlSi des chaIlgen1.el1ts importaI1ts se produisel1t depuis quelques décades dans la nlaIuère d'habiter des religieuses. SailS pouvoir dOlmer de chiffres précis pour la FraI1ce entière, pas mal de soeurs habitel1.t par petite commul1auté en HLM, daIls des baIùieues dOllt certaines sont « difficiles », el1 région parisiell1le ou ailleurs. Biell sûr d'autres habitent toujours des pavillons daIlS Ull quartier ou aussi des «maisons de soeurs », des bâtiments collectifs -des « couvents» comnle disent les gens- qui souvent leur appartiennent. Des soeurs apostoliques s'établissellt daIlS des bidonvilles d'Afrique noire, d'Égypte ou d'Asie, daI1S des favellas d'An1.érique Latine. Ell FraI1.ce, passer de « la maison des soeurs» à un pavillon et el1core plus à Ul1 appartemellt comme les autres, c'est nl0difier foncièrement des façons de vivre et introduire un autre style de rapports quotidiellS avec «les gens». Des raisons apostoliques interviennent: vouloir être plus proches et nueux partager leur vie pauvre. Etre présentes discrètement dans un habitat populaire senlblable aux autres et s'insérer progressivement daI1S le réseau de relations d'un quartier avec tout ce que cela suppose, c'est Utl changement essel1tiel avec une vie dans une nlaison de soeurs et exigeant quotidieruleme11t pour les religieuses.

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PORTES OUVERTES CHEZ LES RELIGIEUSES

Mênle toit et O,lênle table Habiter à plusieurs ell comnlunauté sous le même toit c'est la fOffile 110rmaIe de la vie religieuse convelltuelle aujourd'hui. Dal1s le fond, quel que soit son nl0de d'habitation, une religieuse n'a pas de « chez soi » nlais UI' « chez 110US» dans lequel elle doit denleurer toujours avec d'autres. Des COllStitutiOllS rappeller\t cette exigence quotidienne: « Les soeurs appelées par Dieu à partager la 111ê111e 111ission enet
voyées par la congrégation, vivent sous la même autorité, prient ense111ble, partagent la 111ê111e fa111iliale et cherchent à té1110ivie gner ainsi déjà de l'A111our du Christ qui les rassemble». «Pour réaliser la l11Îssion spécifique de la congrégation et pour vivre notre consécration religieuse, nous appartenons à une C0111111unauté locale et nous habitons dans des maisons légitin1elTlent érigées, sauf durant les absences autorisées par le droit ». Participal,t à Ulle telldatlCe générale actuelle, certaines conmlUllautés accordellt U1le place particulière aux chiellS et aux chats: souvellt nlatous grassouillets qui trôllellt dans la cuisine, chiens de garde nécessaires ou de compagnie qui sont pris en charge particulièren1.ent par une soeur. Mais comn1.e dat1S les fanUlles, parfois la présel1ce d'artimaux deviellt source de cOlillits entre religieuses. Manger ense0,1ble et parler

«Les choses de la vie» con1prelmellt «le matlger et le boire». Ul1 repas est 110mlalemel1t U11lieu d'échanges, U11e rel1colltre sociale et U11ten1.psde cOl1vivialité intense. Quand on est religieuse, les repas el1 COn1mU11 pOllctuent les journées à des heures précises. Quelles ambiallces y régt1ellt-ils ? Certes le 110mbre de soeurs et l'atmosphère de la pièce où les repas se déroulellt Î11tervielUlellt : un graJ.ld réfectoire aux murs nus ne vaut pas U11e salle à n1.aJ.lger bien arrangée. Chez les soeurs apostoliques les repas 11esont pas pris ell silence comme chez les cloîtrées et souvent les COllversations vont bon trail1. Mais parfois, -U1le religieuse âgée le disait- des repas SOllt « stressants» à cause de tensiollS ou de difficultés internes à la commU1lauté. Ou ellcore dallS des petites communautés, les

L'ESSENTIEL: VIVRE ENSEMBLE LE QUOTIDIEN

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repas se déroulent rapiden\e11t, sans trop parler, avec des tenl.ps de silence spontat1és, puis vite, la table est débarrassée, nettoyée et la vaisselle faite. Alors les dimensions symboliques des repas et la qualité des relatiol1S qui en font un acte sodal el1rÎchissar\t, SOllt biell difficiles à reconnaître. De plus, de quoi parle-t-on, quels SOllt les thèmes de conversations à table? Le savoir avec précision serait révélateur. La vie quotidielUle, c'est aussi le partage de l'el1tretiell de la nl.aisOll et du n1él1age dal1s les espaces COnl.mUl1S,le linge à

laver et à repasser. Les soeurs qui officiellenl.ent « font la cuiSlll.e » SOl1tn1en1bres des « services COmnl.U11autaires ». En fait, elles deviem1el1t souvent des piliers discrets de la vie collective

car, surtout dal1S les gral1des con1munautés, la « cuisll1e »
devie11t un p0Î11t stratégique de relatio11sÎ1lterpersolu1elles : parfois «011 va prel1dre un petit café» ou simplenl.e11t « causer ». Qua11t à l'art culi1,aire, il s'ételld de la « cuisine de collectivité» -la «grosse cavalerie» con1me disellt certaÎ11s-

jusqu'aux « petits plats », excellellts et bien présel1tés. A côté de « bOl1Scafés », on est surpris par le « café de b01U1e soeur »
célèbre par sa tiédeur et qui l,\'excite pas les 11erfs. Dal1S l'uI'\e ou l'autre conm'\Ul1auté, surtout si Ull établisseme11t scolaire ou

hospitalier

dépe11d

d'elle,

les

«

soeurs

cuisiIùères »

disparaisse11t et un traiteur fabrique sur place les repas. L'appel à du personnel « laïc» pour aider des religieuses surtout pour la cuisine, l'entretien et l'accueil à la porte (dans les grosses COnml.Ullautés), est Ull ChaIlgenlent 110table dans la vie quotidielme des religieuses. 2. DES« CHOSES DE LA VIE» AU QUOTIDIEN Dans Ulle fan1ille, Ulle équipe, Ulle baIlde ou tout autre groupe social, chaCUl1 occupe Ulle POSitiOll particulière qui va de pair avec ses capacités, sa volonté et ses responsabilités précises. Les situatiol1S et les activités d'une mère de famille, d'Ut1 père, d'un enfant ou d'U11 n1e11eur de bande sont différentes. E11tern1es de sociologie, chacun assume des statuts et des rôles sodaux. Or toute religieuse dat1S sa communauté tient sa propre place qui est particulière et elle renlplit des activités au service des autres.

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PORTES OUVERTES CHEZ LES RELIGIEUSES

Talents spontanés au service des autres Dal1s la vie quotidielu1e, certaiI1es soeurs exercent
«

au ser-

vice des autres leurs dOl1S particuliers ou leurs

violol1s

d 'hlgres ». Elles aSSUDlent des statuts et des rôles 11011-officiels dûs à leur persolme, qui devielu1ent souvel1t connus des autres soeurs AiI1Si, certaiIles savent bricoler et jardiner, s'y COl111aisser\tdal1s la D1écartique, cOl"tduisel1t l'automobile pour les autres ou « s'occupel1t des fleurs ». Une religieuse qui ain1e jouer aux cartes ou au Scrable, Ul1e autre qui ChaIlte ou daI1Se, joue de la guitare (ce qui est in1portant aussi pour les jeul1es), Dlette11t de l'an.inlation et SOllt parfois boute-ell-train. Une soeur adroite pour dessiI1er ou qui sait peiIldre va faire des gravures, des « inlages sallltes » ou des icôn.es, Ul1e autre de la broderie. Celle qui écrit biel1, ll1SCrit sur Ul1 tableau des iIuornlatio11s utiles à toutes et lors de réuniol1S ou de sessions ce qu'elle écrit sur des gratldes feuilles ou Ull tableau pemlet de mieux travailler. Ul1e soeur-poète, une autre qui conte bien, qui ainle la photo ou sait nlaluer Ull canlescope ou une caméra sont précieuses. Des soeurs préparent les médican'lents pour d'autres qui « perdent Ull peu la tête ». Enb;e soeurs, il existe des gestes de délicatesse, spécialemellt daI1s la vieillesse et la maladie. Le style de relatiol18 entre religieuses se tral1sfomle aussi. Comnle dans d'autres groupes sociaux, le tutoiement entre soeurs est plus fréquellt qu'autrefois. Puis des din1Ï1'lutifs et des sun10ms fan1iliers SOllt attribués à l'ulle ou l'autre dat1s les relatiol1S quotidielules. D'abord le prénoD1 ou le nom de religiOl1 subissel1t des transforDlatiol1s : « Philo» est le diminutif de soeur Philomène, « FIoflo» pour Ul'le soeur africaine, « Maridou » pour Marie-Édouard, Soeur Al1ge se transfornle ell « MOlt Al1ge », soeur Blandi11e devient « Blal1blan » et Marie de Jésus donne « Petit Jésus». Une Marie-Thérèse est appelée
«

Pépète », surnonl dOl111éat1Sdoute par sa famille. Une soeur S

retraitée dans une con\munauté d'aînées est appelée gentiment : «Mamie Nova », à cause de sa silhouette et de son visage. Soeur Jean-Baptiste, Ul1e étra11gère, femn1e solide qui est respol1Sable d'un service d'honmles dat1S Ul1e maison de

persolu1es âgées (avec parfois des prêtres) est appelée: « Tata
Baptiste ». Femle, dévouée et bonne pour « ses»
hommes, ce

L'ESSENTIEL: VIVRE ENSEMBLE LE QUOTIDIEN

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sunlOnt traduit réciproquentellt. aussitôt fait»

l'affectiolt qu'elle porte aux pensionnaires et Une autre soeur qui a le coeur sur la maill pourrait être sa devise.
«

exécute sallS tarder des actiollS pour les autres: « Aussitôt dit,
Des soeurs de sa

communauté la surnontnle

La Houlette », en lui appliquant le

110nt d'Utl perso111lage d'un film avec Fernandel. Pour leur plaisir, certaules soeurs font des collections d'objets divers: tinlbres, cartes postales, intages, «flanmleS» imprinlées sur les ellveloppes du courrier, etc. D'autres se cultivellt et apprelUlellt Ulle latlgue étrangère, suivellt des cours profatles, ou de théologie et de Bible. En.ru.l certaines SOllt matldes de sessiOllS les plus diverses: nlais la question reste de savoir conmlellt elles ell fOllt bélléficier les autres soeurs. Costunle rehjJieu.;t(/jupe et pantalon
La «question du costunle» occupait autrefois bien de la place datlS l'esprit des soeurs, dans leurs échatlges et en chapitre de congrégation. VIle religieuse ayant d'importantes respollSabilités, s'élevait en 1970 contre l'affirmation SuiVatlte : «avant dix ans, il n'y aura plus aUCUll costume religieux ». L'éllumération des différellts argumellts ell faveur du port du costunle sous-telld Ulle cOllceptioll de la religieuse. Affirll1.er la disparition du costull1.e, «c'est l11.éconnaître d'abord, sell1.ble-t-il, le point de vue du Saint Père. Dans l'Église, on peut y souffrir, mais on y est encore aidé, recueilli et protégé par des structures». «Sous ce costull1.e vit quelqu'un qui n'oublie pas Celui auquel on a tout donné et qui a aimé le monde. Une religieuse a sa foi à proclall1er. Sa foi, c'est son honneur, sa raison d'être, sa vie qui concerne la vie de tous ses frères. Un seul acte d'amour au plus secret d'un coeur, et qui oriente vers le service des autres, retentit sur tout l'univers. Le costume religieux proclame cela au long des rues. Il existe. une protection que chacun se doit à lui-ll1ême». «Aucune société n'échappe à l'emprise du signe et l'état religieux est particulier. Franchir la porte de n'importe quel couvent, c'est très particulier, cela vaut un signe, cela réclame COlmne une manifestation de la Réalité de Dieu (...). Si Dieu est Dieu, il faut qu'il soit question d'adoration et cela doit

être signifié publiquement en pays libre.
janvier 1970).

»

(Le Monde, 11 et 12

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PORTES OUVERTES CHEZ LES RELIGIEUSES

Actuellenlellt des COllStitutiol1S soulignent toujours la sigIufication du costume: « Nous portons l'habit religieux de la Congrégation en signe de consécration et en tén10ignage de pauvreté. Si les nécessités de l'apostolat le requièrent, la Supérieure générale peut, tant que durent les circonstances, autoriser les soeurs à revêtir un vêtement séculier. Dans ce cas, leur consécration à Dieu est toujours rendue visible par le port de la croix de congrégation». « Signe d'une vie consacrée à Dieu, l'habit doit être simple et discret, approprié pour des fenm1es qui ont fait profession publique des conseils évangéliques» . Ell pratique, les n1arrières de se vêtir SOllt diverses et le costunle religieux l,'est pas prenlier. SeIOll Pierre Brécholl et Kristoff Talùl, parnli les soeurs apostoliques, 77% déclarent 11e
« janlais» «

porter l'habit, 17% «toujours»
»

et 2% «régulièrel'habit

nlellt ». Suivant l'âge, les religieuses

portellt davantage

toujours ou régulièrenlellt

: 14% parnli les moins de 50 ans,

13,5 % chez les 50-59 aIlS, puis 21 % parmi les 60-69 aIlS, enfu, 32% (une sur trois) chez les plus de 70al1S. Quant à la croix conlffie sigI1e distinctif nlais plus discrète que l'habit, 48% (ulle sur deux) el1 portel'tt « toujourS» une, 12 % « régulièrenlellt », 10% de « tenlpS ell tenlpS », 6% rarement et 15%, jamais (op. cité/nlai 1991).

Les religieuses er\ S011tvel1ues

à.

adopter des tenues vesti-

nle11taires variées: costume religieux complet (souvent simplifié par rapport à ce qu'il était), voile qui cache la chevelure de la fenlnle ou pas de voile, puis jupe et chen lisier, en.ful robes ou paIltalons. Le choix laissé dat1S les habits civils dOlU1e la possibilité de varier la silhouette et l'allure extérieure, y compris la chevelure. La qualité des vêtements va d'un certain négligé à Ul1e finesse, puis d'habits simples et peu coûteux à de beaux vêtenlents qui ne nlanquellt pas d'élégal1ce. La variété qui existe dansles modes d'habitat se retrouve pour les vêtements. Habit.,. ou ne pas être Dans les médias - qu'il s'agisse de fiction ou de reportages la première règle observée, c'est de porter un costume religieux pour être iderltifiées et reCOlUlues comme soeurs. Si elles étaiel1t ell civil, sal1S habit religieux, elles l'le seraiellt pas idel1ti-

L'ESSENTIEL: VIVRE ENSEMBLE LE QUOTIDIEN

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fiables et leur situatiol'\ Il'auraitpas d'nltérêt : par exen1.ple, rouler à graJ.lde vitesse sur Ulle route sinueuse et en infractioll, illl'y aurait riell de conlique. Ce qui est piquant et significatif, c'est de pouvoir idelltmer dID1Scette conductrice une religieuse et con1.n1.erlt le faire SU10tl par le costpme? Habit religieux, corllette, chapelet et mains jointes sont des moyens de les reCOlUlaître et de leur faire endosser les significations que les nlédias veulellt leur cOt1férer. A travers ces sigtles visibles, diverses cOllceptiol1S de la religieuse et de SOIl rôle dans la société SOllt véhiculées. Inlages et nlessages médiatisés sur les

religieuses

«

parlellt

»

au public qui les regarde et proposellt

des cOllceptiolls sur les religieuses, l'Eglise catholique et la religioll. DaJ.1S certaÎ1ls reportages ou des scèlles de ficnoll rarissinles, des religieuses SOllt « ell civil» mais 011 l10US fait
conlprendre alors qu'elles SOllt religieuses.

3. PRIER SEULE ET ENSEMBLE
Ull autre aspect de la vie quotidielIDe que les religieuses Ollt choisie pour toujours est la prière qu'elles font, seules ou rémues ell conlmmlauté : c'est Utl cOlltraste avec les populations qui les ellvirolUlel1t. QUaIlt aux nlédias, ils insistel1t davaJ.ltage sur la prière des soeurs cloîtrées que sur celle des soeursapostohques.

Prier alors que dautres ne le font pas D'après des sOlldages d'opnuoll, au fil des ans les Français priellt globalenlent de nlonlS en nloins mais les femnles prient plus souvel1t que les honmles. En 1952, 59% des hon1IDes déclaraient prier et 86% des fenlnles ; ell 1986, 44% des homnles pour 68% des fenlnles. Des chiffres en 1975 SOllt nltermédiaires. Qualld les Fral1çais priellt, ils s'adressent rarenlellt au Christ vival1t nl.ais plutôt à un Dieu vague, loi11tai1l ou inl.persOlIDe!. Mais des Frallçais seraiellt capables de réciter «par coeur» l'Ulle ou l'autre prière apprise autrefois: la prière est réduite chez certai1lS à Utl élément culturel religieux parmi d'autres. EIW1, globalenlellt, les jeUtleS gél1ératiollS priel1t nloins que les autres: ell effet e111986, parnli les 18-24 aIlS, 83% priaient« raremel1t ou janlais », 78% parnli les 25-34 aIlS et les

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PORTES OUVERTES CHEZ LES RELIGIEUSES

proportions baissaiellt pour arriver à 55% parmi les 65 ans et plus, autrement dit 28 % de différence entre les aînés et les plus jeUlles. Par ailleurs dalls l'Église catholique ell France, un certain rel10uveau de la prière est évident, SaI1S pouvoir affirmer s'il touche des persolules qui n'étaient pas auparavant dans la nlouvallce de l'Église. Groupes de prière, mouvements charisnlatiques, certaÏ1les liturgies, diffusion de revues spirituelles spécialisées, écoles de prière ell SOllt des sigtles. Dans ce COlltexte COlltrasté de persolUles qui abaIldolulellt ou 11égligellt la prière talldis qU'Ull besoin de prier se manifeste et que des fom1es Il0uvelles de prière apparaissent, les religieuses priellt persolUlellen1ellt et en communauté, chaque jour. Le territoire et les divers espaces d'une communauté de religieuses SOllt spécialisés et hiérarchisés. AiI1Si selOll des
COI1StitUtiOI1S,

« dans chaque C0111111unautése trouve un oratoire où nous nous réunissons pour la prière et un lieu privé pour les rassemblements et détentes C0111111unautaires.Quant aux cha111bres des soeurs, elles sont considérées C0l1U11elieu de clôture. » D'autres constitutions parlent de « coin-prière ». Dalls certai1les n1aisol1S-mères, une chapelle parfois très vaste existe. Elle est chère au souvenir des soeurs car elles y Ollt pronol1.cé leurs ellgagenlents temporaires et définitifs. Qualld pour des raisOl1S in1périeuses, il faut la dénlolir avec d'autres bâtin1ellts, c'est Ulle épreuve pour des soeurs surtout d'Ull certai1l âge.

Une pnëre quob.dienne quiprend
Des COI1Stitutiol1S souligtlellt

plusieurs

visages
de la messe:

la place esselltielle

« L'Eucharistie est au coeur de nos vies: si possible nous participons chaque jour à la Inesse et à l'adoration eucharistique. Avec tous les croyants nous rendons grâces pour l'Esprit qui transforme toute vie. Nourries au corps du Christ, mort et ressuscité, nous SOl11ffiesappelées à nous C0111promettre avec Lui pour le salut du

monde». Autrefois les religieuses qui célébrait l'Eucharistie
«

.

avaient souvellt « leur aumônier» chez les soeurs». A cause de la

L'ESSENTIEL: VIVRE ENSEMBLE LE QUOTIDIEN

33

baisse du nonlbre de prêtres, actuellenlent c'est impossible pour toutes les soeurs d'avoir quotidielUlenlent la messe chez elles, surtout ell petite communauté. Pour « avoir Ulle messe », elles partidpellt à des Eucharisties ell paroisse ou ailleurs. Le dinléUlche où se déroulellt des Assenlblées donlinicales en absellce de prêtres (ADAP), des religieuses les animent parfois avec d'autres « laïcs ». En secolld, les soeurs apostoliques partidpellt à la prière

officielle de l'Église par

«

l'Office diviIl »,célébré plusieurs fois

par jour ell conmlullauté. « Nous offroltS à Dieu la louange et l'action de grâces de l'hunlanité et nous lui présentons ses besoins» . De plus, certallleS prières quotidiemles particulières sont denlalldées dans des COltStitUtiOns : «Récitation du chapelet, de l'Angelus ou du Regina Caeli, offrande de la journée aux intentions proposées par l'Apostolat de la prière, invocations propres à la congrégation, le soir exan1en particulier pour s'interroger sur un point précis de leur con1porten1ent et sur leur fidélité aux résolutions prises à l'oraison ».
« Le Partage de la Parole et de la prière nous ouvre les unes aux autres. Ensemble à la Iun1ière de l'Évangile, nous nous aidons à porter un regard de Foi sur tous les événements. Ce regard nourri notre prière.» En plus de la vie courante, chaque année, «la retraite de huit jours sera l'occasion d'une reprise ou d'un nouvel élan dans notre Inarche à la suite du Christ, au service des hOlnmeS» précisent des constitutions. Des religieuses s'expriment parfois de façon très personnelle dans ces « prières de partage». «Notre prière, ouverte et adaptée à ceux qui nous entourent, est une évangélisation».

Une vie de pnëre qui évolue
« Le corps a toujours été présent dans la prière, affirme M. BERTRAND. Mais de quelle façon? Dans la prière, deux pôles peuvent se distinguer. Avec le subjectif, ce sont les dispositions intérieures du priant, ses intentions, ses émotions. Au pôle symbolique, l'ensemble des significations visées par la gestuelle ou les paroles. Une image ou une représentation du corps est à l'arrière-plan des pratiques proprement dites» (Pratiques de la

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PORTES OUVERTES CHEZ LES RELIGIEUSES

prière dans la France contemporaine. La prière et le corps, Paris, Le Cerf, 1993). Trois tral,sfoml.atiol's observées dans la prière des Français el' général éclairell.t passablenl.el'\t celle des religieuses. En

prenlier, « une exigel,ce de re-création synl.bolique s'exprinl.e
par Ul' rejet du ritualisme ». Dans une belle expression, Michel de Certeau parlait «de l'honl.nl.e el' prière, cet arbre de gestes». Le corps tout el'\tier fait sel1S. UI' souvelm partagé avec des religieuses d'uI'\e Fédération renl.Ol'\te à 1973. Au cours d'Ul, rassemblemel'\t dans le Pas-de-Calais, ~it'q cOl'\grégatiol's avec des nl.enl.bres de diIférell.tes l'\ations, se trouvaient réurdes dal's Ul'\e vaste et claire chapelle. Au début d'une Eucharistie, Ul,e jeUl'\e ll.ovice indielu'\e, el'\ sari, a exécuté Ul,e dat1Se traditiolu,elle de SOI' pays sur la lunuère : elle tel,ait dans une nl.an'\ qui l,\'arrêtait pas de se déplacer Ul'\e jolie lampe où vacillait Ul'\e flanl.nle. Au lieu d'Ul'\ spectacle, c'était une prière collective et combiel'\ prel,al1te, parce qu'elle était l'expressiol1 d'Ul1e culture et l'aboutissenl.el,t d'une recherche COnl.nl.Ul,edu groupe. Ul' tel nl.onl.ent de prière exceptiolmelle rejonl.t les efforts de certan1es religieuses pour adopter diverses attitudes d'orantes et pour gestuer leur prière. Elles savent aussi y n1troduire des actiol1S synl.boliques qu'elles présentent ou COn1D1e11te11t e11 utilisal1t des objets fabriqués ou naturels comnle écorces, morceaux de bois, pierres, galets, feuilles d'arbres, fleurs, étoffes, lunuères. Dans certan1S oratoires, en plus des chaises, des petits bat1CS très bas, des coussn1S ou des tapis permette11t différentes attitudes corporelles pour prier. Puis de nouveaux textes et chat,ts réce11ts SOl,t utilisés, parfois accompagnés par Ul1 instrunl.e11t de nl.usique, ll.ouvelles mélodies pour les psaumes, chatlts étrangers et cassettes que l'on écoute ou auxquelles 011s'associe. Des prières e11présence d'icônes, de représell.tatiol1S de la Vierge ou de la f011datrice de la congrégation, en.fu1 décoratio11s faites par des enfat1ts, des jeunes ou des religieuses. Un refus du ritualisme et « d'Ul1e pratique à laquelle le priat1t ne participe que de façon purement formelle et exté-

rieure » se nlani.feste.
«L'idée de traiter son corps comme un objet à dominer et à maîtriser va souvent de pair avec une religion du sacrifice et du renoncement» affirme Michèle Bertrand. Une deuxième transfor-

L'ESSENTIEL: VIVREENSEMBLELE QUOTIDIEN

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111ation de la prière en France consiste en « une sorte de reconnaissance et d'asso1l1ption du corps qui s'exprime par le refus de l'ascétisn1e ». Actuelle1l1ent, le positif, c'est que chacun, à certains 1110n1ents, possède « une latitude pour adopter la posture qui convient à ses dispositions du n10ment et à son tempérament propre et que l'on choisit celle où le corps se trouve le plus à l'aise, le plus épanoui, le 1110inscontraint. La découverte d'un plaisir dans la prière, plaisir où le corps trouve sa place, est reconnue: la joie spirituelle n'exclut pas le plaisir corporel ». Cette évolutiOll de la prière implique aussi une place accordée au nlouvemellt. DCU1Scette ligIle, la place du corps et une liberté du nl0uvenlellt se re11contrent parfois dans la prière des religieuses. La troisiènle trallsfomlatioll ell cours, dal1S la prière ell Frallce, est «Ulle visée de réurrification qui met en cause le dualisnle de l'esprit et du corps ». il faudrait Î1lterroger les religieuses à ce sujet. L'ituléraire de Mireille Nègre qui sera repris ell abordallt les nlédias, illustre cette recherche d'unité de la persolme : après avoir été danseuse à l'Opéra de Paris, elle elltre au Carmel pour le quitter à 38 ans. «Le désenchantement s'était infiltré peu à peu, a-t-on écrit, en découvrant que le corps et la sensibilité ont peu de part en ce lieu». Elle veut s'exprimer et prier avec son corps et «danser Dieu ».

Les tral1Sfomlatiolls de la prière chez les religieuses vont de pair avec la découverte du corps et de sa place faite par nos cOlltenlporains. ]ouellt égalenlellt la réforme liturgique dcu1S l'Église catholique et le fait que certaines religieuses participent au nlouvemellt charisnlatique et à des «écoles» ou «ateliers de prière ». Conmle bien des persolules, les soeurs éprouvent des difficultés pour s'exprinl.er sur la prière. « Au moment de l'agir et du repos, dans les sacs et les ressacs de l'existence, la prière trouve sa place peu à peu. Du coup, .l'on éprouve parfois un peu de gêne à interroger plus avant les religieuses apostoliques sur cette dimension de leur vie spirituelle. Là se trouve en effet leur espace le plus secret, l'intimité d'une liberté qu'on ne saurait violer au nom d'un quelconque voyeurisme journalistique » (LEBOUCHER M. op. cité, p. 186).

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Dans les D1édias :pner seule et en COmD1unauté Les réflexions sur les pièces de théâtre, films ou émissions télévisées faites da11s cet ouvrage (dont la liste se trouve en aIU1exe) 11eporte11t pas sur la qualité du jeu des interprètes et la valeur technique ou artistique Avant tout, les thèmes abordés, les sigrrifications des différentes situations proposées nous Î11téresse11t. D'autre part, 011 distingue le domaÎ11e de l'imagi11aire ou de la Hctior\, de celui desÏ11fom1ations, des 110uvelles et des reportages. Da11Sles médias, la prière Î11dividuelle et collective est U11e activité În1porta1lte des religieuses. D'abord dans les oeuvres de Hctio1', des religieuses prie1lt Ï1ldivid uelleme11t. Stella (La voie de l'an1our) est vue les n1ail1S jOÏ1ltes ou le chapelet à la n1ail1, e11 prière da11s U1le chapelle. Stella prie aussi avec ses C01lsoeurs dans la cérémo1ue où elle s'ellgage dans sa congrégation mais le style liturgique est très traditiolU1eL Dans Mana des Eaux vives, la carmélite prie au choeur avec sa communauté, au CaI1ada n1ais égalenle11t seule, en France, dans sa chanlbre, avec un gros livre de prière dans les mail1S. Au cours d'Ut1 téléfilm (Rendez-vous D1anqué) dont le titre résume bien l'erraI1Ce se1ltinle11tale d'Ali1le, l'héroü1e, l'une de ses anùes, disparue depuis deux aI1S,lui appre1ld qu'elle e11tre au couve11t et priera pour elle. Les deux religieuses du boeing 747 en péril prie11t au nùlieu de la catastrophe, sigt1ifia11t aÎ11Si qu'il faut prier dans des circo1lsta1lces graves et daI1gereuses. La prière collective est prése1lte tout au I011g du Dialogue des Carn1élites, à l'intérieur de leur communauté et une fois arrêtées. Dans leurs derniers moments, debout dans la charrette qui les enlnlè11e au lieu du supplice, elles récitent des A ve Maria. Puis, individuelleme11t, juste avant leur mort, les religieuses, l'une après l'autre, nlonte11t à l'échafaud en chaJ.1taI1t le « Salve Regina ». DaI1S de telles séque11ces in1aginaires, régt1e U11eferveur particulière. Côté reportages et Î11fom1atio1ls,laprière est présente da11S la vie de n1ère Teresa et soeur Enln1a11Uelle : celle-ci compose U11e prière qui est publiée. La prière conm1u1lautaire se retrouve avec les cisterciem1es de Boulaur qui prient avec des chants liturgiques grégoriens. « La prière pacifie les âmes, ex-