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Productivité et régulation

De
553 pages
Etudier l'effet de la productivité sur le processus de valorisation et la rentabilité du capital en se fondant sur une critique des insuffisances de la science économique traditionnelle et sur celle de la théorie marxienne de la valeur et de la répartition. Ce livre démontre en construisant un modèle spécifique de productivité différentielle, la nature non inverse de la relation de répartition entre salaire et profit au plan micro-économique ainsi que le rôle déterminant joué par la productivité différentielle sur la rentabilité du capital.
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PRODUCTIVITÉ ET RÉGULATION
(Première et seconde partie)

Processus de valorisation différentielle du travail et théorie de la répartition

(Ç)

L'Harmattan,

2000

ISBN: 2-7384-9565-6

Florent GABRIEL

PRODUCTIVITÉ ET RÉGULATION
(Première et seconde partie)

Processus de valorisation différentielle du travail et théorie de la répartition

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

À Sophie et Clémence

"Les hommes sont tourmentés par les opinions qu'ils ont des choses non par les choses elles mêmes" (Epictète, Manuel, X). "Si chercher le paradoxe est d'un sophiste, le fuir quand il s'est imposé par les faits est d'un esprit sans courage ou sans foi dans la science" (Emile Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, préface).

REMERCIEMENTS

Nos remerciements s'adressent tout d'abord à Denis Berger, Professeur émérite à l'Université de Paris VIII, pour les encouragements qu'il nous a prodigués tous le long des années de rédaction de ce livre. Je tiens également à remercier tout particulièrement Sylvie Pascal qui a bien voulu relire l'ensemble du texte.

LEXIQUE

DES PRINCIPALES

FORMULES

5

LEXIQUE DES PRINCIPAUX SYMBOLES ET DES PRINCIPALES FORMULES UTILISES

L'ensemble des symboles utilisés à la désignation d'une variable quelconque peuvent être indicés selon qu'ils s'appliquent à une unité économique, un secteur, ou à l'économie dans son ensemble. Dans ces deux derniers cas, le symbole sera le plus souvent étoilé. Le temps, lorsqu'il intervient pour une variable donné sera symbolisé sous la forme habituelle d'une indice t qui prend différente valeur selon la période. Exemple, 1t au temps t s'écrit sous la forme 1ttou 1topour 1t au temps t=O. Il existe cependant deux exceptions: la première concerne les variables
1tvo, vado, PLdo, Wdo, edo, r do ou ado qui signifient non pas 1tv, vad, PLd, Wd,

ed, rd, ad au temps t = 0, mais ces variables en tant qu'elles sont rendues "effectives" par l'intervention de l'effet a ; la seconde exception concerne la variable t que l'on utilisera pour désigner le temps de rotation du capital et qui peut également servir, en indice, à distinguer deux façons de mesurer la rentabilité économique (notamment chez Marx), soit sur le capital total avancé soit sur le coût de production (capital dépensé) ; dans ce cas, rt ou rdtsignifient non pas le taux de profit réel ou différentiel au temps t mais le taux de profit réel ou différentiel sur capital avancé. Abréviations: RDT : réduction du temps de travaiJ ; TASN : travail abstrait socialement nécessaire ou travail socialement nécessaire; PVDT : processus de valorisation différentielle du travail; KA : capital total avancé; FLK : flux de capital dépensé de capital fixe et circulant, ou coût de production global; LBTTP : loi de la baisse tendancielle du taux de profit. PGP : Productivité globale des facteurs. 1. Inputs et outputs en quantité physique et en valeur réelle; valeur unitaire et productivité physique Qp : quantité produite d'une valeur d'usage quelconque en unités physiques de cette dernière; ex = Qp = 200 signifie 200 qx de blé si l'unité de valeur d'usage est le quintal de blé. Kp : biens capitaux physiques de capital circulant; peut aussi parfois désigner le capital fixe. Dans le premier cas Kp = 400 signifie 400 t de fer si le capital circulant est composé de fer. lay : quantité de travail vivant salarié mesurée en heures indépendamment de toutes différences de qualification; le travail vivant est aussi

6

PRODUCTIVITE

ET REGULATION

équivalent par définition à la valeur ajoutée réelle produite (va) mais pas nécessairement réalisée: lav= va. lai = lai! + lai!}: travail indirect, ou la quantité d'heures de travail qui a été nécessaire à la production des biens de production (lai! pour le capital fixe, lai!}pour les consommations intermédiaires comprises au sein du capital circulant) ; lai équivaut au capital constant réel de Marx si a = 1. (cf. plus loin) ; La = lai + lav : travail global et total mesurés en heures, ou valeur globale produite; ex La = 800 signifie 800 heures de travail vivant ou indirect; La désigne indistinctement soit la quantité globale de facteurs mesurée en unité de travail, ou la quantité de valeur globale réelle produite (VA) par une unité économique (VA = La). 1tp= Qp La : productivité physique du travail global.

1tp = productivitéphysique moyenne du travail global au plan d'un sec* teur ou d'une économie dans son ensemble. Son calcul est réalisé à partir d'une moyenne pondérée au plan d'un secteur.

VAu =
7rpv

VA
Qp

La ~ = Qp = TIp : valeur unitaire réelle individuelle

=

Qp

lav
i

: productivité physique du travail vivant.

j71 Pm =
j=l

L Laj
=

L

L
[

VAujx

iQpj Lj=I QpJ .

Qpj

]

= VAu*= 7r 1*
P

Valeur unitaire sociale, équivaut par défmition à la valeur unitaire moyenne pondérée des entreprises j d'un secteur quelconque; j={ 1,2 .i; Pm constitue aussi la base de calcul de l'ajustement des prix relatifs réels sur les prix relatifs monétaires. En cas d'ajustement des prix relatifs, Pméquivaut au prix de marché réel. Comme pour 1tp il est possible de calculer *, une valeur unitaire moyenne pondérée (par les quantités) pour l'économie dans son ensemble. Désignée par Pm cette variable correspondrait au *, niveau général réel des prix.

LEXIQUE

DES PRINCIPALES

FORMULES

7

2. Coefficients techniques de production en quantité physiques ou en valeur la' a = --2.; quantité de travail indirect par unité de travail global, soit La l'équivalent en valeur travail des coefficients techniques de production de type leontiev; a est aussi une mesure indirecte de l'intensité capitalitique.
!

lai Ca. . , . .. - ; composItIon ree Ile d u capIta 1ou de fiillItIon k = - = ' lay V + PL 1 - a en valeur travail de l'intensité capitalistique , 1..,. La .. . c = - = k + 1 ; c =; IntensIte capIta 1 IstIque bIS;ma lgre 1 appaes lay 1- a rences, c ne peut être identifié à un coefficient de productivité, c'est-à-dire à une productivité valeur du travail vivant (Lai lay *QI lay sauf si 7t= 1). ree Ile a consommer au p 1an ' lay lay macroéconomique; variable qui intervient dans la détermination du taux de plus-value réel sur consommation finale au plan macroéconomique, lay et lai étant ici des variables aggrégées. , La 2 c 2= -

=

la y - ~ la i

= 1-

~ k propensIon

.,

lai! : composition réelle du travail indirect, soit le flux de capital fixe lai amorti mesuré en unité de travail divisé par l'ensemble du travail indirect consommé. r = aij : coefficient technique de production de Leontiev, soit la quantité de bien i nécessaire à la production de bienj; quand cela n'est pas nécessaire, ce coefficient technique de production est désigné plus simplement par aj Ij : quantité de travail vivant par unité de bien 3. Coefficients monétaires et concepts associés emv: expression monétaire de la valeur ou coefficient monétaire moyen du travail global. Sa valeur se calcule au niveau macroéconomique. m : expression monétaire de la valeur d'un secteur quelconque. Par définition sa moyenne générale m* est égale à emv; désigne également au chapitre 7 la propension réelle à importer.

8

PRODUCTIVITE

ET REGULATION

emvi: expression monétaire de la valeur du travail indirect; avec comme pour le capital fixe ; emvi~ sous-division: emvij' pour le capital circulant des consommations intermédiaires. ex = emvi
emv Â

: prix relatif du travail indirect par rapport au travail global.

=~

emv

. Â = 1 Si m = emv ,

 équivaut à une mesure de productivité relative sectorielle du travail global qui ne dépend que des seules composantes monétaires inscrites dans les prix; peut aussi parfois désigner la valeur unitaire dans les modèles de détermination simultanée de la valeur travail input/output de type Leontiev. Ùmesure le différentiel de prix défini comme le rapport du prix individuel sur le prix moyen du secteur. p = Pmxm : prix de marché monétaire moyen du secteur; si m = emv, alors le biens peut être dit réalisé à sa valeur travail sociale. Ce prix est supposé unique pour un secteur Pj = prix de marché monétaire d'un producteur particulier; ce prix peut différer du prix moyen du secteur, c'est-à-dire de p. ù= Pj mj p = m

emv emv Pm)différe de Pm en cas de désajustement des prix relatifs réels sur les prix relatifs monétaires, ce qui dépend (cf plus loin) de la valeur du coefficient monétaire contenu au sein du prix monétaire relativement à emv ; Pm) comme Pm est un prix exprimé en quantité de travail.

)_ p pmxm '\ Pm -== pmXA

4. Concepts de productivités valeurs réelles et monétaires
1t -

_-Q = Qp x pm _ 1(p La La

x

pm - - , Q - Qp x pm 1(p* VAu

_

1(p

_

pm.

_

_ La x 1( -

1t se définit comme la mesure en indice de la productivité physique relative du travail global d'une unité économique au sein d'un secteur. Indépendante du caractère monétaire des prix, elle constitue une productivité relative particulière qui peut être désignée par productivité différentielle

LEXIQUE

DES PRINCIPALES

FORMULES

9

du travail global puisqu'elle mesure le différentiel de productivité physique vis-à-vis de la productivité physique moyenne du secteur. Mais rien

n'empêche cependant d'obtenir 1t par un rapport de productivité monétaire simple en cas d'ajustement des prix relatifs monétaires sur les prix relatifs réels; soit 1t = 1tm/1tm * = 1tm/emv.
a = Log [1 + (~1tpl1tp)]; B = Log [1+ (~1tp*/1tp*); t mesure ici le temps en unités discrètes (ne pas confondre a avec ex).
1tt
1to

= 1to.e

(a- ~)t;

= 1tpo/1tpo* : soit la valeur de 1t en t =0

1t* =1 : moyenne des productivités différentielles à l'intérieur d'un secteur. Celle-ci est égale par définition à 1. 'ITm- - La La

_ Qm _ Qp x P _ Qp x Pm x emv _'ITpx P _'ITxemv La
même chose mais en situation de désajustement 1Cm _ 1Cp des prix relatifs
~

Productivité valeur monétaire du travail global.
1tm) =

1t)

= 1Cm

-

x

pm
emv

x

mj

_1C x -mj m

x -

m

*

emv

_ -

1C x u

x '\ "-

1t)désigne la productivité relative du travail global calculée par rapport à l'économie nationale en cas de désajustement des prix relatifs (Â) et de différentiels de prix (8).
1t) *

=1 car la moyenne

des 1t et des  est égale à 1.

Qp x p - Kp x PK La x1C x emv- lai x emv 1tvm= = = 1Cv x emv lay lay productivité valeur monétaire du travail vivant, peut aussi se décomposer de manière à faire apparaître une variable de productivité différentielle du travail vivant
1tvom

= même chose que ci-dessus si a # 1 c'est-à-dire

si emvi# emv.

Q = Qp.Pm = La.1t ; soit la valeur totale réalisée mesurée en unités de travail; Q = La si 1t= 1. La valeur réalisée se trouve être ici égale à la valeur produite. = Qp.Pm) = La1t ; la même chose que ci-dessus en cas de désajustement des prix relatifs. Q)

10

PRODUCTIVITE

ET REGULATION

Sd8=

La (1to-1) : surplus de productivité valeur dynamique du travail

global
Sd =

Q- La = La (1t-1) : surplus de productivité différentielle du travail

global ou surplus différentiel;
Sd) =

La. (1tbÂ-1):

surplus de valorisation effectif du travail global au

plan intrasectoriel.
SdÀ = transfert de valeur en cas de désajustement des prix relatifs monétaires sur les prix relatifs réels. Sdi = lai - laia : travail indirect transféré à la valeur ajoutée si a < 1 ; ou travail vivant transféré au travail indirect si a > 1 ; ce dernier cas ne sera jamais pris en considération bien que théoriquement possible.

vad = Q -lai = lay+ Sd: valeur ajoutée directe.
vad = y1t +

. .. ~

lai + (1 -~) lay:

.

la valeur ajoutée directe en taux de croissance; élasticités de 1ty à 1t et à k.

y et

~ constituent

les

Lax1t = lai + lay1ty : imputation au travail vivant du surplus de productivité

différentielle du travail global sous la forme la non distributivité de
les composantes de La.

1t

sur

v~ La x JI - lai Sd nv = - + 1 = = = en - k ; nv = 1 si n = 1 lay lay lay 1ty: productivité différentielle du travail 1tyconstitue aussi pour cette raison une 1typeut aussi se déduire par un rapport d'ajustement des prix relatifs monétaires
'Tiv I~

vivant qui dépend de 1t et de k ; forme modifiée de 1t. Comme 1t, de productivité monétaire en cas sur les prix relatifs réels, soit: nv * = 1 car

_ _ Qp

X

P - Km _ _

nvrn
nvrn

lay x ernv

*

= -;

nVlTI

ernv

n*= 1
,

1tyO =

n yom = lay + Sd + sdi =en emv lay

k

(:J.,

= nv

.. + (l ; J.l= k ( 1-a: ) pro ductlvlte

différentielle

effective du travail vivant; contrairement

à 1ty, et comme le

révèle au passage la décomposition

sous la forme 1ty+ J.l,elle ne constitue

LEXIQUE

DES PRINCIPALES

FORMULES

Il

pas une productivité relative du travail vivant mais une mesure absolue en unité de travail nominal de ce dernier.
Q

=~
1Lvo*

: productivité effective relative du travail vivant.

5. Répartition de la valeur ajoutée, taux de marge et taux de profit Wn: salaire horaire monétaire.
pouvoir d'achat (en blé si p~ désigne le prix du blé) du salaire, p~ horaire ou salaire réel proprement dit. Wp= Wn

w= -

Wn

ernv

=-

= -= lay 1C * vm

Wn

V

, . . . wp x Pm~:sa IaIre ree I-re Iab f, qUIpeut

s'interpréter soit comme la part du salaire dans la valeur ajoutée réelle produite (salaire relatif), soit comme la valeur en quantité de travail du salaire horaire. V = lay W : capital salaire ou capital variable au sens de Marx. Si on raisonne sur une journée, V correspond aussi au salaire journalier intervenant au numérateur du salaire réel horaire en quantité de travail. V est mesuré en quantité de travail et non pas en quantité monétaire comme chez Marx.
Wd

= ~

1C vm

=~

1C v

= ~:

salaire-réel-différentielou encore le "salaire-

vad

réel-relatif' relatif. Autrement dit, Wd ne mesure que la part du salaire dans la valeur ajoutée réalisée et non pas la part de ce dernier dans la valeur ajoutée produite. Son inverse -1 permet de calculer le taux de plusvalue différentiel ed.

PL : plus-value réelle ou plus-value produite. PLd = PL+ Sd: plus-value différentielle ou masse globale de profit réalisé en cas de réalisation des biens à leur valeur sociale ou moyenne. PL~ = PL - ~lai: plus-value réelle de consommation finale. PLd~= PLd - ~lai: plus-value différentielle de consommation fmale.

12

PRODUCTIVITE

ET REGULATION

PL 1- w e = - =: taux de plus-value réel ou taux de plus-value au sens V w de Marx. C'est aussi l'équivalent en langage moderne au "taux de marge sur salaire".
PLd TC y - w ., . . ed = = = eTC- k - w : taux de plus-value dlfferentIel, SOIt V w w le rapport de la masse de plus-value différentielle sur le capital salaire ou capital variable; si w > 1ty alors ed < O. edoPL + Sd + Sdi PLdo V~o - V TCyo - w V V V W taux de plus-value différentiel effectif. cTC- ka; - w W 1 - Wdo Wdo

PL~ 1- & - w ep= = : taux de plus-value réel sur consommation fmale. V w PLd~ TCy-& - w edp== : taux de plus-value différentiel sur consomV w mation finale. (1+e)1ty= 1 + ed : imputation à e du gain de productivité différentielle du travail vivant. w (1+e) = 1 : fonction ricardienne et marxienne de répartition inverse entre salaire et profit; peut être aussi désignée par fonction de répartition réelle. w( 1+ed) = 1ty: fonction de répartition non inverse entre salaire et profit, ou fonction de répartition différentielle. w (1+ep) = c' 2 : fonction de répartition non inverse entre salaire et plusvalue réelle de consommation finale.

t = KA/FLK = KAlC+ V: temps de rotation du capital total avancé calculé à l'année; par exemple si t = 1,25, ceci signifie que le capital total avancé effectue sa rotation complète en un an et trois mois.
r

k +w k lai a taux de profit réel marxien sur capital total dépensé. Si on considère que PL constitue le profit réel et que C+Vcorrespond au coût de production,

=

=~ + V = C + V FLK C

PL

va - V =

1 - w;

R =

~=

va

; 1+ R =

!

LEXIQUE

DES PRINCIPALES

FORMULES

13

alors PL/C+ V nous fournit une mesure du taux de marge sur coût de production global, soit le taux de profit contenu dans le prix de vente de la marchandise en situation où 1t serait ici égal à 1; R équivaut au taux de marge réel maximum pour w=O. Le taux de profit réel ne constitue qu'un

taux de profit différentielpour une valeurparticulièrede 1t= 1.
1+r = C + V + PL C+V

= -: La

C+V

. . mu Itip 1lcateur du taux de marge ree 1. '

PL PL rt = = KA (C + V)t

1- w (k + w)t

.

taux de profit annuel sur capital

avancé.
PLd nv - w en - k - W 8d rd =-= = =-= : taux de C+V k+w k+w 1 - 8d E(8d/n) profit différentiel sur capital dépensé, ou taux de marge sur coût de production; rd se déduit du taux de marge brut différentiel (8d), et par conséquent à partir d'un ratio largement utilisé par les agents économiques et notamment par les marchés financiers; rd est l'inverse de l'élastcité de (8d)

à 1t.
1+rd

C + V + PL + sd
-

C+V

=-

Lan

C+V

..c : mu Itip Ilcateur de taux d e marge d 11-

. .

férentiel.

PLdo cn - ka. - w a do rdo== =C+V kcx + w 1 - ado mais avec prise en compte de l'effet Œ. 8d =

=

: même chose que rd
E(8doln)

PLd en - k - w ~ _. = = Q = en 1 + rd E(rdIn)

taux de marge brut ou taux de marge d'exploitation différentiel, soit le rapport du profit différentie sur le chiffre d'affaire. Ce ratio peut être déduit du taux de profit différentiel simple rd car il est l'inverse de son
élasticité à
PLdo
1t.

8do -

Q

=

en

- kcx - w , meme chose que 8d, mais avec prise en " en

compte de l'effet Œ.

INTRODUCTION MODERNITÉ

GÉNÉRALE

DE LA VALEUR TRAVAIL ET MODELE DE

PRODUCTIVITÉ

DIFFÉRENTIELLE

A) LES TROIS MODERNITÉS DE LA VALEUR TRA VAIL

En s'en tenant à une explication purement subjective de la valeur à partir des préférences individuelles et un comportement de maximisation sous contrainte d'un consommateur rationnel, la théorie néoclassique se simplifie grandement la tâche. Mais simultanément, elle s'interdit la possibilité d'étudier certains phénomènes essentiels qui sont au cœur de la dynamique du système capitaliste. C'est le cas, par exemple, lorsque la rentabilité d'une entreprise apparaît dépendre dans sa cause déterminante de sa productivité relative et différentielle et non pas du niveau du salaire réel ou de la composition réelle du capital (rapport capital/travail comme mesure du degré de mécanisation d'une firme). Mais pour aussi évident que puisse paraître un tel phénomène au sein d'une économie concurrentielle, il est aussi un fait que la science économique toutes écoles confondues n'est guère outillée pour en rendre compte. L'impossibilité pour la productivité globale des facteurs (telle qu'elle se trouve habituellement défmie) de se mesurer en statique et de manière désagrégée au niveau de l'entreprise interdit par défmition à un tel concept (par ailleurs circulaire car dépendant des prix) de fournir la base à une telle explication. Seule le rend envisageable la théorie de la valeur travail grâce à la possibilité qu'elle offre de fournir une mesure homogène en valeur des facteurs de production à partir de laquelle peut intervenir une mesure de la productivité globale en termes de productivité physique du travail global. En passant ensuite, grâce à l'utilisation des prix, à une mesure en valeur de la productivité globale et en séparant dans le même temps ce qui relève au sein de cette dernière de l'effet des prix de celui de la productivité proprement dite, un effet direct de productivité différentielle sur le processus de valorisation peut être dégagé dont il sera ensuite démontré la prédominance quantitative sur la rentabilité du capital. C'est grâce à ce dernier résultat que la valeur travail fournit la preuve de son utilité analytique, mais plus encore de sa modernité définie ici comme sa capacité à transcender les outils d'analyse économique du passé en rendant compte du processus de valorisation dans toute sa globalité et sa complexité. En allant au-delà d'une simple détermination des prix relatifs, elle s'affiche comme un dépassement des limites des an-

16

PRODUCTIVITE

ET REGULATION

ciennes théories de la valeur travail qui n'ont pu accéder ni à la compréhension de la cause déterminante de la rentabilité économique au sein d'une économie concurrentielle de marché, ni aboutir à une analyse exhaustive de l'ensemble de ses' facteurs qui aurait pu conduire, par exemple, au concept de taux de profit négatif. Prises comme un tout, ces insuffisances ont certainement joué un rôle déterminant d'une part dans la formation de la doctrine classique d'un processus d'égalisation nécessaire des taux de profit sectoriaux et individuels, et d'autre part dans la vision restrictive de la répartition de la valeur ajoutée fondée sur une relation simplement inverse entre salaire et profit, ce qui dans les deux cas, prête fortement à contestation au niveau empirique. A contrario, la reformulation de la valeur travail sur la base d'un concept de productivité différentielle, en conduisant à rompre avec deux résultats traditionnels de la valeur travail des auteurs classiques (Marx compris), fournit la preuve de sa nouveauté, de son réalisme, de sa richesse analytique. S'il n'est pas utile pour ce propos introductif de rouvrir le débat sur les causes qui ont conduit à ce que la valeur travail soit associée à la seule théorie marxiste alors qu'elle constitua au départ le fondement de l'école classique anglaise et par conséquent de l"'économie politique bourgeoise", la reformulation que nous en proposerons sur la base d'un modèle de productivité différentielle s'écarte cependant substantiellement de certains aspects d'une telle tradition. C'est tout d'abord le cas si on considère que la valeur travail ne permet pas de déduire en elle-même une vision eschatologique du capitalisme censé devoir s'effondrer inexorablement sous le poids de ses contradictions internes. Al' exception toutefois de R. Luxembourg, c'est la loi de la baisse tendancielle du taux de profit qui fut généralement invoquée pour fonder une telle vision prospective. Outre le fait d'avoir été démenti par I'histoire, un tel prophétitisme repose avant tout sur une erreur d'interprétation théorique de Marx dans l'évolution du taux de profit dans son rapport à la productivité que la valeur travail simple permet aisément de rectifier. Mais bien que la dimension intrasectorielle de productivité différentielle soit ici absente, une reformulation de la théorie valeur travail simple en introduisant explicitement les quantités physiques produites et des procédures d'ajustement des prix relatifs en termes réels et monétaires peut néanmoins déboucher sur de nombreuses considérations novatrices relatives à la théorie de la croissance, de l'accumulation, de l'investissement, du surplus et de bien d'autres choses encore. Mais sans qu'il soit besoin d'anticiper ici de tels développements, il importe surtout de souligner que la critique d'une prospective marxienne d'une fm nécessaire et proche du capitalisme joua un rôle essentiel comme stimulant à l'action politique en vue d'édifier une société socialiste alternative aux maux engendrés par le capitalisme. C'est par ce biais indirect que la société socia-

INTRODUCTION

GENERALE

17

liste passée se trouve reliée à la théorie de la valeur travail simple, qui ne joua cependant pas un rôle important dans la mise en place d'un système de planification socialiste. La théorie générale des systèmes (cybernétique) de Von-Neuman ou les méthodes de programmation linéaire de Kantorovitch, dont les affmités avec la théorie de l'équilibre général walratien sont bien connues, exercèrent de ce point de vue une influence bien plus déterminante que la théorie marxienne du travail socialement nécessaire. Mais si le rapport entre la société socialiste passée et la valeur travail n'est qu'indirect, cette dernière reformulée à partir d'un concept de productivité différentielle aboutit cependant à la conséquence que Marx, et plus encore ses disciples, partage une part de responsabilité évidente dans l'échec économique des expériences socialistes passées du XXè siècle et cela en raison des lacunes de sa théorisation du processus de valorisation du capital qui est au centre de sa théorie économique. En effet, le primat accordé par ce dernier au processus de production de la valeur sur la base d'un rapport de domination ou d'exploitation du salariat (Livre I du Capital), l'a en partie conduit à sous-estimer le rôle tout aussi important que joue la circulation (au sens large) à partir de laquelle le capitalisme peut et doit être identifié à une économie de marché de libre concurrence régulée par un mouvement de prix tendanciellement unique. Un processus de valorisation différentielle du travail fonction des différences d'efficience productive entre firmes doit intervenir à partir du capitalisme ainsi défini, et dont Marx n'a théorisé ni le mécanisme ni les conséquences diverses et variées et cela en dépit de certains concepts, travail socialement nécessaire, valeur de marché, plus-value extra, qui auraient pu y conduire. On comprendrait dès lors pourquoi la planification centralisée, tout en échouant d'un côté à mettre fin aux maux qu'elle voulait éradiquer (anarchie de la production, crises, surinvestissement, voir chômage considérés comme l'apanage du seul capitalisme), contribua plus fondamentalement d'un autre côté à casser la dynamique de développement des forces productives et d'augmentation de la productivité que Marx considérait déjà en 1848 comme le traits distinctif fondamental du capitalisme par rapport aux modes de production antérieurs. La planification, dont le modèle stalinien est l'archétype, peut par ce biais être directement reliée à ce que Marx n'a pas saisi avec suffisemment de rigueur dans le Capital: la nécessaire dissociation entre processus de production et processus de réalisation de la valeur via la libre concurrence par les prix, qui implique que la valeur réalisée par une unité économique diverge de la quantité de valeur produite par celle-ci lorsque sa productivité diffère de la productivité moyenne du secteur. Alors que la circulation chez Marx est toujours supposée neutre sur le processus de valorisation (si les biens sont vendus à leur valeur), il n'en va plus de même lorsque l'on prend en compte I'hétérogénéité des productivités au sein

18

PRODUCTIVITE

ET REGULATION

d'une branche et dont l'incidence est à la base d'un mécanisme de contrainte endogène à l'augmentation perpétuelle de la productivité. En supprimant en totalité ou partiellement (selon les pays) la concurrence, c'est aussi ce stimulant à l'amélioration de l'efficience productive que doit supprimer la planification centralisée, qui conduit sur cette base à une logique perverse de croissance extensive et de surinvestissement autoentretenus. L'échec économique des pays du socialisme réel devient ainsi compréhensible dans leur incapacité à être parvenus à combler leur retard économique et à avoir pu garantir un niveau de vie comparable à celui des pays capitalistes développés. Si une nouvelle valeur travail fait la preuve de sa modernité par rapport à I'héritage de la théorie classique ou par rapport au double héritage théorique et pratique d'un certain marxisme du XXè siècle, une telle modernité resterait cependant partielle si elle ne s'inscrivait pas directement dans notre présent, et par conséquent si elle ne s'instituait pas également en critique de la pensée unique dominante sur le terrain de la théorie de l'emploi et du chômage. C'est à une contribution à ce débat auquel peut servir une nouvelle théorie de la valeur travail et de la productivité assise sur le rôle déterminant de la productivité différentielle sur la rentabilité du capital. A travers cela, une confirmation sera ainsi de nouveau donnée à l'évidence, (soulignée déjà par Keynes et avant par les classiques), selon laquelle la théorie de l'emploi fait partie intégrante de la théorie économique, et par conséquent qu'elle n'est pas séparable de la théorie de la valeur, des prix et de la répartition qui en constitue le fondement. Si on laisse de côté la tautologie qui consiste à mesurer le revenu réel par la quantité d'emploi et donc de travail qu'il commande, c'est dans une conception dynamique du capitalisme comme processus d'augmentation permanente de la productivité en raison de la contrainte qu'elle induit sur la valorisation du capital et sa rentabilité, que se situe la contribution de la valeur travail à la théorie de l'emploi. Contrairement à la loi de Kaldor- Verdoorn, la variation de la demande ou de la croissance prise comme donnée exogène ne peuvent constituer l'unique facteur explicatif du processus d'augmentation de la productivité dont les effets sur l'emploi peuvent être cependant variables selon le contexte macroéconomique (croissance ou crise) ou sectoriel. Au regard de cette nouvelle façon d'envisager la relation croissance/productivité et emploi, c'est l'analyse critique de la théorie marxienne qui sera déterminante en raison de la conception dynamique du capitalisme comme développement des forces productives envisagée par cette dernière. Elle sera aussi déterminante en raison de ses insuffisances à fonder rigoureusement cette thèse au plan analytique et qui paradoxalement interviennent dans l'impuissance de la science économique actuelle à rendre compte du caractère intensif de la croissance sur long terme ainsi que du rôle détermi-

INTRODUCTION

GENERALE

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nant joué par la réduction du temps dans la croissance de l'emploi. La reformulation de la théorie marxienne selon un ordre de rationalité plus générale procuré par un modèle de productivité différentielle, aura donc aussi pour effet, dans une de ses conséquences, de relier la critique de la théorie classique de la valeur et de la répartition au problème de l'emploi, du chômage et de la croissance. Le lien qui unit les différentes modernités de la valeur travail au concept productivité différentielle et au rôle déterminant joué par cette dernière sur la rentabilité du capital peut être aussi saisi à partir de certains faits stylisés tirés de l'histoire du capitalisme. Le contexte de crise de la science économique contemporaine se prête aussi à une telle démarche.
B) LES TROIS FAITS STYLISÉS AU FONDEMENT DU MODÈLE DE

PRODUCTIVITÉ

DIFFÉRENTIELLE

S'il fallait juger une science aux solutions pratiques qu'elle apporte aux problèmes de son temps, alors nul doute que l'économie n'est pas encore une science. Comme le montre la diversité contradictoire des théories de l'emploi et du chômage, son défaut majeur réside dans l'absence de paradigme unificateur. La coexistence de multiples écoles aux fondements hétéroclites et contradictoires atteste, en un sens, la richesse de cette science, mais aussi le caractère fortement improductif d'une discipline au sein de laquelle de multiples courants rivaux se combattent autant qu'ils s'ignorent. La complexité croissante des modèles ajoute un peu plus à la confusion en même temps qu'elle trouble davantage la perception des véritables enjeux des grands problèmes économiques contemporains. Comme le signale R. Boyer et Y.Saillard : "la profession des économistes est à son zénith d'un strict point de vue académique... alors que la pertinence de leurs analyses et propositions font plus que jamais problème,,[l]. Un tel recul de la crédibilité de l'économie n'est pas non plus étranger au [2] constat fait par G. Jorland d'une mathématisation accrue de cette discipline qui n'a pu néanmoins s'accompagner d'une meilleure fiabilité de ses prévisions encore fondées sur l'intuition ou sur le sondage d'opinion. Au sein du foisonnement chaotique de l'économie contemporaine, il manque surtout une vision claire et cohérente du mouvement d'ensemble qui doit partir de l'histoire du capitalisme. De celle-ci se dégage un certain nombre de faits stylisés, qui sans valoir de loi générale, peuvent néanmoins constituer un catalysateur à la réflexion théorique. Parmi les nombreux faits stylisés recensés par les économistes, trois d'entre eux ont servi de fil directeur à notre réflexion: premièrement, le constat du rôle déterminant joué par la productivité dans la croissance de long terme, qui explique la contribution déterminante jouée par la baisse du temps de travail à la croissance de l'emploi, deuxièmement l'incapacité pour la croissance de la producti-

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vité (multipliée par plus de 28 de 1830 à aujourd'hui) d'avoir entraîné une augmentation ou une baisse sur long terme de la rentabilité du capital, et enfm troisièmeme~t la remise en cause au plan synchronique du caractère inverse de la relation entre salaire et profit à travers le paradoxe soulevé par Bernstein d'une double correspondance entre faibles salaires et faibles taux de plus-value d'un côté, ou inversement entre niveaux élevés de salaires et niveaux élevés de taux de plus-value de l' autre.Un tel paradoxe (aisément vérifiable dans la réalité empirique) résulte du fait qu'une telle mise en contradiction de la nature de la répartition des classiques comme relation inverse entre salaire et profit (déductible chez Ricardo ou Marx de la nécessaire séparation entre valeur et répartition) rentre directement en contradiction avec la théorie de la valeur travail (et celle de Marx bien évidemment) que Bernstein remet en cause explicitement à travers son paradoxe. Le lien qui articule nos trois phénomènes n'étant pas donné immédiatement à l'intuition ni n'ayant fait l'objet d'une investigation analytique de la part de la science économique (théorie marxiste et théorie de la régulation comprises), ceci nous a contraint à poser une interrogation théorique fondamentale sur le rôle de la productivité au sein de la dynamique économique d'ensemble. Une telle interrogation nous a ensuite conduit à la nécessité d'une redéfinition de son concept qui a pris toute sa consistance lorsqu'elle a été envisagée en relation avec la théorie classique de la valeur. De ce lien entre productivité et valeur a pu ainsi naître un concept de productivité différentielle avec pour principale fonction de s'inscrire au cœur d'une explication de la dynamique d'ensemble du capitalisme, et à travers cela de fournir des éléments d'explication à nos trois faits stylisés. Que la productivité différentielle puisse tout d'abord permettre de rendre compte du caractère mystérieux d'un processus de croissance à dominante intensive sur long terme découle de la possibilité pour la productivité d'être conçue au plan microéconomique comme l'élément principal du processus de valorisation du capital, qui influe ensuite sur la répartition de la valeur ajoutée et le taux de profit. Mais ceci nécessite que la productivité soit appréhendée en termes relatifs de productivité différentielle du travail global sur la base d'une définition préalable en termes de productivité physique. Autrement dit, le niveau de productivité absolue d'une entreprise importe peu du point de vue de l'effet de la productivité sur le processus de valorisation et la répartition, car ne compte que le différentiel de productivité vis à vis des concurrents ou plus précisément vis à vis de la productivité moyenne du secteur. En prolongeant ensuite au niveau de la répartition la théorie de la productivité différentielle par une théorie de la plus-value différentielle, une solution tout d'abord formelle pourra être également fournie au paradoxe de Bernstein, qui nécessite ce-

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pendant, pour en proposer une solution concrète, l'élaboration d'une théorie de la conflictualité de la répartition au plan de la consommation fmale. Si on vient ~aintenant à préciser le mécanisme à travers lequel la productivité différentielle peut influer sur le processus de valorisation, c'est en raison du fait que cette dernière est indépendante du niveau du prix et cela à condition que le prix soit tendanciellement unique. Indépendant des prix car fonction principalement d'un différentiel de productivité physique, un tel modèle de valorisation se distingue ensuite des autres grandes théories économiques par la conception de la dynamique économique qu'elle entraîne. Celle-ci prend la forme d'un processus de superposition de deux mouvements inverses et complémentaires que sont d'un côté une tendance à opérer une certaine homogénéisation du réel économique par sélection des capitaux les moins efficients et, d'un autre côté, un processus de redifférenciation permanente des conditions productives à travers une stimulation autoentretenue au progrès technique et à la recherche de gains de productivité maximum. Cependant, un tel processus de valorisation différentielle du travail ne se limite pas, dans ses conséquences, à ces deux effets opposés et complémentaires du mouvement économique car il rend compte également d'un autre phénomène: l'impuissance pour l'accroissement continu et répété de la productivité absolue (hors effet sur l'intensité capitalistique) de contribuer à l'augmentation ou à la baisse sur long terme de la rentabilité moyenne du capital. Une loi régulatrice, fondée sur l'interdépendance entre dynamique de la valeur et dynamique du rapport salarial, intervient pour expliquer une telle neutralité: la tendance à l'indexation des salaires sur les gains de productivité qui se trouve réalisée selon des modalités diverses fonction des modes de régulation et des formes de l'ajustement des prix relatifs qui y sont associés. Grâce à l'ensemble de ces médiations, la prédominance de la productivité différentielle au sein du processus de croissance ainsi que sa neutralité sur la rentabilité du capital sur long terme (hors variation de k) semblent s'imposer comme deux phénomènes intrinsèquement liés qui découlent de l'articulation immanente entre mouvement de la valeur et configuration du rapport salarial, et donc entre productivité et régulation. Si l'explication dégagée à propos de nos trois faits stylisés semble renvoyer à une articulation simple au processus de valorisation différentielle du travail et de son effet sur la répartition, la somme des médiations devant être mobilisée pour articuler "productivité" et "régulation" est cependant complexe pour se recouper avec les données historiques concrètes. Un niveau de complexité supplémentaire s'ajoute lorsqu'est envisagée la possibilité d'une relation en sens inverse qui est celle d'un effet de la régulation (au niveau du rapport salarial principalement) sur la croissance, la productivité et l'emploi. Cette inversion du sens de la causalité est rendue

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nécessaire par l'impossibilité pour la productivité d'expliquer à elle-seule le chômage si on considère que, dans sa défmition qui est un rapport, n'est aucunement contenue la nécessité d'une contraction de la quantité de facteur et donc de travail vivant et par conséquent de l'emploi. La productivité n'a en réalité d'effet déterminant sur l'emploi qu'à travers le rôle déterminant joué par le processus de régulation dans ses aspects sociaux et institutionnels sur la dynamique économique d'ensemble. Ce rôle déterminant de la régulation découle à son tour d'un statut de relative exogénéité de l' accroissement de la productivité par rapport à la croissance, en raison de la contrainte continuelle qu'elle fait peser sur le processus de valorisation des entreprises. Selon que la croissance est forte ou faible, ou selon que la régulation a un effet stimulateur ou inhibiteur sur la dynamique économique, la productivité n'en continuera pas moins toujours de croître avec des effets généralement globalement neutres sur l'emploi en période de croissance et généralement globalement négatifs en période de récession. L'augmentation du chômage enregistrée au cours des deux dernières décennies peut grâce à cela trouver un nouveau cadre d'interprétation si on la relie aux effet de la régulation sur le processus de croissance. En effet, en générant et généralisant la flexibilité et la précarité du travail, la solution libérale à la crise de 1974-75 aurait en partie inhibé la croissance à cause des effets négatifs sur la demande des modifications intervenues au sein du rapport salarial. La recherche de gains de productivité par les entreprises, dans le contexte d'un ralentissement de l'accroissement de la demande et des volumes, se serait alors traduite par une contraction de l'emploi. On comprendrait le paradoxe qui veut que le fort ralentissement de la productivité, enregistré depuis le mileu des années 70, se soit révélé beaucoup plus destructeur d'emploi, qu'un taux de croissance deux fois plus élevé de la productivité apparente horaire du travail qui a caractérisé la période faste des trente glorieuses[3]. Le paradoxe de Solow, d'un ralentissement de la productivité en situation d'accélération du progrès technique, se trouverait ainsi éclaici sur un point (du fait de la faible croissance) comme celui d'une inversion de l'effet de la productivité sur l'emploi.
c) LE STATUT DE LA PRODUCTIVITÉ NÉO-CLASSIQUES, DANS LES SYSTÈMES THÉORIQUES

KEYNÉSIENS ET POST-KEYNÉSIENS

Si l'élucidation des trois grands faits stylisés de l'histoire du capitalisme donne tout son sens à l'élaboration d'un concept de productivité différentielle et aux différentes modernités de la valeur travail qui lui sont directement ou indirectement attachées, la spécificité de ce dernier concept peut être également saisie à travers une comparaison succincte avec le statut dévolu à la productivité au sein des grandes théories économiques. Concept central pour l'analyse de nombreux phénomènes écono-

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miques, la productivité ne débouche paradoxalement jamais sur une analyse économique d'ensemble au sens d'un système articulé de concepts et de déterminations intermédiaires susceptibles de prendre en compte le fonctionnement global du système économique. En raison de sa multidimensionnalité, la productivité est également trop souvent réduite au rôle de simple éclairage d'un problème particulier dont le traitement conduit à des études parcellaires non articulées entre elles. Utilisée par exemple dans les analyses de croissance et de l'emploi à partir d'une définition en termes de productivité apparente horaire du travail (YIL), la productivité se métamorphose parfois dans l'analyse de la répartition en "productivité marginale factorielle" dont la définition est déconnectée de la précédente. L'absence de vision unitaire reproduit ce qui fut aussi la tendance dominante des économistes classiques du XIXè siècle (Smith et Ricardo) et plus encore de Marx qui manie sans cohérence plusieurs définitions contradictoires de la productivité sur la base d'une absence de discussion théorique générale de ce concept. Dans l'ensemble du Capital, la productivité se trouve en renvoyée soit à une productivité physique, soit à une productivité valeur, et cela sans que soit toujours précisé si les productivités physiques ou valeurs relèvent de l'ensemble des facteurs de production (travail global) ou d'une simple productivité partielle en termes de travail vivant. Al' éclatement du concept et à l'incohérence de ses défmitions, ajoutons encore la confusion qui associe la productivité à des phénomènes qui lui sont liés, mais en même temps distincts comme ceux de l'intensité capitalistique. Au sein des modèles standards de croissance post-keynésiens ou néoclassiques, productivité du travail (YIL) et intensité capitalistique (K/L) sont en effet trop souvent confondues en raison d'une certaine conception de la croissance qui les fait croître au même taux. Pour d'autres raisons, une telle confusion n'est pas non plus étrangère à l'erreur d'interprétation de Marx de la loi de la baisse du taux de profit conçue comme fatalité de l'accumulation capitaliste dans sa tendance à l'augmentation de la productivité. Au chapitre IV, nous comprendrons également, sur la base d'une analyse des liens complexes entre ces deux phénomènes, comment se déduit l'identité au niveau global et en dynamique entre "productivité valeur du travail vivant" et "productivité valeur du travail global", de sorte que la première peut être identifiée à une mesure de la productivité globale. Nous n'insisterons pas sur l'importance que revet une telle identité pour l'interprétation du lien entre productivité et emploi sur long terme. Les confusions qui entourent la notion de productivité ne sont pas non plus étrangères à son exclusion comme point de départ d'un système d'économie politique[4] alors que, par contraste, la productivité joue un rôle prédominant dans les phénomènes de concurrence, de valorisation, d'accumulation, de croissance, d'emploi et de chômage ou de taux de

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change. Ce constat concerne tout d'abord la théorie de l'équilibre général waIratien censée égaliser offre et demande sur tous les marchés et maximiser simultanément l'ensemble des préférences individuelles. Au-delà de son caractère apologétique, une telle vision normative et totalisante du mouvement économique est surtout d'une grande pauvreté théorique par sa nature intemporelle qui conduit à exclure tout mouvement qui ne peut être introduit que de l'extérieur. Aucun des éléments essentiels qui sont au fondement de la dynamique économique n'est privilégié par une telle approche: les phénomènes de production et d'accumulation ainsi que le rôle déterminant joué par la productivité. Il serait néanmoins erroné d'en conclure à une absence totale de ce concept au sein du système néoclassique qui intervient dans l'analyse de la répartition fondée sur la thèse d'une rémunération des facteurs de production à leur productivité marginale. Mais la productivité n'est cependant ici évoquée que comme simple moyen pour parvenir à un équilibre de maximisation des producteurs et non comme le point de départ d'une dynamique économique proprement dite. En supposant même que les productivités marginales soient différenciées, ceci ne prêterait guère à conséquence et ne permettrait pas d'aboutir à une analyse économique de la croissance et de l'accumulation. Cet état carrence n'est pas sans rapport avec le fait qu'un tel concept n'est pas déduit directement de la concurrence et des prix mais qu'il présuppose au contraire leur formation qui ne peut être entreprise qu'à travers une étude du mouvement économique réel. La circularité du modèle de productivité marginale (cf. P.Salama[5])rend compte alors de sa difficulté à déboucher sur une dynamique économique d'ensemble. Indépendamment de cela, la productivité marginale ne constitue pas le concept fondateur de l'analyse néoclassique qui repose sur le principe premier de la rationalité de comportement des agents économiques. Absente au point de départ de la théorie néoclassique, la productivité l'est également de la théorie keynésienne qui centre sa réflexion sur l'incertitude comme origine des déséquilibres. Mais si elle rompt avec le caractère apologétique de la théorie néoclassique, la vision keynésienne reste confinée à un horizon de courte période, centrée sur le rôle régulateur de la demande effective. Il faut donc que l'équipement et la productivité soient donnés et supposés constants pour rendre opératoire l'effet multiplicateur d'une variation de la demande autonome. Si ce principe rend compte des déséquilibres et des fluctuations sur une courte période, ainsi que de l'existence d'un chômage involontaire, la théorie keynésienne n'est cependant pas outillée pour rendre compte d'un chômage structurel en croissance depuis trente ans, ainsi, ce qui va de pair, pour rendre compte du mouvement historique de variation de la productivité qui se situe en dehors de son champ d'analyse. Bornée à un horizon de courte période, la

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théorie keynésienne se prêta également pour cette raison à une récupération relativement facile par le courant néokeynésien de la synthèse qui réussit à évacuer l'ensemble du message critique de Keynes en faveur de la constitution d'une nouvelle orthodoxie [cf. M.Aglietta, 1976]. Le même constat peut être tiré pour l'extension proposée par Harrod et Domar de la théorie keynésienne de la croissance de longue période qui finit par être absorbée par Solow dont le modèle jeta les bases de la théorie néoclassique de la croissance. La critique à opposer à l'extension harrodienne de la théorie keynésienne n'est cependant pas située tout à fait au même plan que celle adressée à la théorie keynésienne proprement dite, dans la mesure où le modèle post-keynésien se situe dans le champ du long terme. Sa seule et unique faiblesse est de faire reposer la croissance sur le principe de l'accélérateur[6] qui requiert ensuite, comme condition de stabilité, l'égalité entre taux de croissance garanti et taux de croissance de la population active (gw= n = s/v). Outre que le principe de l'accélérateur (s/v) n'est pas plus vérifié si la productivité est introduite dans le modèle[7], celui-ci est tout aussi impuissant à rendre compte du caractère déterminant du progrès technique dans le processus de croissance qui ne peut dépendre du rapport s/v. A cela, il faut ajouter que ni les variations des prix ni celles des quantités ne sont présentes explicitement dans un tel modèle du fait d'un raisonnement qui identifie de manière sommaire "croissance de l'investissement" et "croissance de la valeur ajoutée" qui est au principe de l'accélérateur. Et ce point est fondamental car il contraint ùne telle théorie à méconnaître les phénomènes de surinvestissement comme les possibilités d'augmentation de la valeur ajoutée sans investissement préalable (effets d'apprentissage, rationalisation des tâches et meilleure organisation du travail). Tous ces phénomènes expliquent que l'accélérateur ne rend pas compte de la croissance au plan macroéconomique. Mais, indépendamment des élèments théoriques qui nous amèneront à formaliser dans un livre ultérieur un processus de croissance indépendant de tout principe d'accélérateur, c'est la vision qui y est développée de la productivité qui est en fait la plus à critiquer. Celle-ci n'est en effet introduite dans le modèle post-keynésien que par l'entremise de la productivité apparente du travail vivant qui appartient à la catégorie des productivités partielles. La lacune d'une telle démarche est alors de faire fi de la nécessité pour la productivité de constituer une productivité globale pour penser son accroissement et, en conséquence, pour penser la formation d'un surplus sur l'ensemble des facteurs de production. Autrement dit, un accroissement de productivité physique du travail vivant grâce à l'introduction d'ordinateur n'entraîne pas mécaniquement une augmentation de la productivité apparente du travail si dans le même temps plus de consommation intermédiaires sont consommées pour produire les biens dans l'entreprise.

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La condition nécessaire qu'un gain de productivité apparente ou partielle du travail vivant soit précédée d'un gain de productivité globale, ne constitue pas la seule condition pour parvenir à une conception rationelle de la productivité entendue comme mesure de l'efficacité productive. Il faut encore en effet qu'une telle productivité globale ne se limite pas à un résidu inexpliqué et extérieur aux facteurs de production selon la théorie néoclassique du progrès technique. Un autre inconvénient dans ce cas en résulterait: la nécessité de faire intervenir une donnée constante de la répartition (la rémunération des facteurs à leur productivité marginale[8J)afm que puisse être mesuré le taux de croissance de la productivité globale. Mais ceci est clairement incompatible avec les modifications de court terme de la répartition en cas d'indexation partielle des salaires réels sur les gains de productivité moyens. Un dépassement de la productivité apparente du travail ainsi que de la productivité globale des facteurs (version néoclassique), s'avère donc inévitable et nécessite le recours à une autre représentation de la productivité globale qui plonge ses racines dans la théorie ricardienne de la valeur. Le concept de productivité physique du travail global qui en est issu, sera ainsi au fondement de notre démarche. Une telle définition, quoique partagée également par Marx, n'indique cependant pas que la productivité soit placée, chez nos deux auteurs, au point de départ de leur réflexion théorique en dépit du rôle incontestable qu'elle joue dans la dynamique économique partagée par ces derniers. Cette absence de réflexion est même, en un sens, inversement proportionnelle au rôle qu'elle tient dans les systèmes théoriques de nos deux auteurs, ce qui chez Marx peut sembler paradoxal au regard de la vision du capitalisme comme processus de "développement des forces productives". Mais, faute d'avoir su construire ultérieurement dans le Capital sa théorie économique autour de la productivité, Marx ne sut que très imparfaitement rendre compte de ce phénomène, et notamment au niveau des schémas de reproduction élargie du capital (Livre II) qui excluent toute variation de la productivité. L'idée fausse mais communément partagée que la croissance dépendrait du seul processus d'accumulation du capital (c'est-à-dire de l'effet accélérateur des modèles néoclassiques ou post-keynésiens) résulte très clairement de cette lacune de Marx. L'importance du rapport critique entretenu par le modèle de productivité différentielle vis-à-vis de la tradition classique et marxienne justifie maintenant d'y consacrer un développement séparé de notre introduction.
D) PRODUCTIVITÉ DIFFÉRENTIELLE ET CRITIQUE DES THÉORIES
ET MARXIENNES DE LA VALEUR ET DE LA RÉPARTITION

RICARDIENNES

Fondé sur la réalité de la différenciation des niveaux de productivité des firmes au sein de leur branche, le raisonnement de productivité

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différentielle semble en première approximation s'identifier au raisonnement ricardien des avantages comparatifs fondé sur une comparaison en termes relatifs des productivités au plan international. Dans une large mesure, notre modèle en constitue la transposition au plan intrasectoriel d'une économie nationale. Mais, outre que la transposition ne fait pas jouer la même définition de la productivité relative (qui n'est qu'une simple productivité comparative chez Ricardo), elle implique aussi que la nature du raisonnement ainsi que ses conséquences diffèrent substantiellement. A l'étude des gains que procure l'échange international via l'avantage comparatif ricardien, nous substituerons la dynamique d'un processus de valorisation différentielle du travail qui affecte la nature de la répartition de la valeur ajoutée et la détermination du taux de profit comme l'une de ses conséquences fondamentales. Une telle différence de perspective interdit par conséquent d'interpréter le modèle de productivité différentielle comme un simple développement/reformulation de la théorie ricardienne de l'échange international car il conduit, mené au plan d'une économie nationale, à une compréhension de la dynamique de fonctionnement du capitalisme à partir des variations de productivité elles-mêmes autoentretenues à partir du principe de leur différenciation. Sans vouloir entreprendre une étude exhaustive des phénomènes induits par la réalité de la différenciation intrasectorielle des productivités, nous chercherons plus modestement à en fournir le principe général de sa formalisation que nous entreprendrons en articulant de manière spécifique la théorie de la valeur et de la productivité avec la répartition. A ce propos, c'est la critique du système marxien qui s' avèrera essentielle car il ne put aboutir à une étude exhaustive du développement du capitalisme à partir d'un processus de valorisation différentielle du travail pourtant partiellement impliqué par la théorie de la valeur par le travail socialement nécessaire. Tout se situe à l'origine chez Marx dans la nature d'un raisonnement qui découle du point de départ adopté dans le Capital: l' an~lyse de la marchandise que notre auteur subordonne au passage à la monnaie analysée à son tour indépendamment de tout rapport à la productivité. Marchandise et monnaie ne constituent à leur tour que les moyens termes pour parvenir à la formule générale du capital A-M-A' à partir de laquelle Marx peut traiter le problème économique central du capitalisme: l'origine du profit ou de la plus-value fondée à son tour sur l'exploitation du travail salarié. La plus-value ou l'exploitation une fois expliquée par le recours à la distinction travail/force de travail, tous les développements de Marx s' ordonnent logiquement jusqu'à la fin du Livre III. Ayant ainsi adopté comme point de départ l'analyse de la marchandise et son développement en forme monnaie comme premier terme vers la formule générale du capital, on explique que Marx soit conduit à privilégier l'aspect qualitatif de la va-

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leur sur son aspect quantitatif. Tout le reste étant accessoire, on peut expliquer que Marx accorde si peu d'attention dans le chapitre I au concept de travail socialement nécessaire dont il fournit une interprétation substantialiste erronée qui le'conduit finalement à rater la théorisation d'un processus de valorisation différentielle du travail par transferts autocompensés de valeur, substituant pour cela une interprétation en termes de "réduction" de valeur ou de "suppression" de la valeur individuelle par la valeur sociale. La même insouciance dilletante amène aussi notre auteur à confondre "travail socialement nécessaire du travail global" et "travail socialement nécessaire du travail vivant", qui renvoie de nouveau à une interprétation du travail socialement nécessaire en termes de réduction de valeur. Le différentiel de productivité entrevu au chapitre I à travers le travail socialement nécessaire (du travail vivant) se trouve ensuite aussi vite évacué qu'il n'est apparu. Le même phénomène se repète lorsque le concept refait surface au cours du développement confus consacré à la plus-value relative et extra, et ultérieurement au Livre III, au moment de traiter le concept de prix de marché intervenant comme médiation concrète du processus de péréquation des taux de profit (chapitre X). Ainsi présentée, la contradiction principale qui traverse l'oeuvre économique de Marx est celle d'une juxtaposition non consciente et contradictoire à certains moments du texte entre deux façons de concevoir la valorisation du capital et en conséquence la répartition. Une première conception, qui domine l'ensemble du Capital, repose sur une hypothèse d'homogénéité parfaite des capitaux en termes de productivité. Celle-ci commande l'explication de la plus-value à partir de la formule du capital A-M-A', la formalisation du taux de plus-value et du taux de profit sous les formes bien connues "e = PL/V et r = PL/C+V" ainsi que la solution proposée au problème de la transformation des valeurs en prix de production. Sans qu'aucune exagération ne soit de mise, ce sont presque l'ensemble des développements de Marx qui sont concernés par ce modèle qui relègue dans le secondaire ou l'accessoire certaines remarques épisodiques parsemées à différents endroits du Capital où se trouve présente une conception fondée au contraire sur l'existence de tels différentiels de productivité (travail socialement nécessaire, plus-value extra, valeur de marché) et qui, dans tous les cas, a été largement laissée en friche au plan analytique. Ainsi, faute d'avoir accordé toute son importance à cette seconde dimension, la théorie de Marx échoue à représenter la réalité économique selon sa véritable complexité. En poussant jusqu'au bout les conséquences de ce réductionnisme méthodologique, c'est l'ensemble du plan du Capital qui finit par devenir obsolète faute d'avoir tenu compte de cette réalité. La situation devient autrement plus critique lorsque Marx s'autorise à tirer des conclusions hâtives ou simplistes de certains aspects du capitalisme fondées sur

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l'abstraction d'une telle dimension. C'est à ce titre que la théorie marxienne de l'exploitation du côté du capitaliste recevra une relativisation certaine en raison du rôle déterminant joué par la productivité différentielle au sein du taux de plus-value, qui devra être désigné, en raison d'un tel effet, par l'expression de taux de plus-value différentiel. Malgré ses insuffisances et ses défauts, nos critiques précédentes ne doivent cependant pas masquer que le Capital contient, parmi les nombreuses innovations théoriques de Marx, deux contributions analytiques déterminantes: tout d'abord la rectification des confusions et lacunes de Ricardo à propos du taux de profit, qui a amené Marx à distinguer taux de plus-value et taux de profit; ensuite la découverte des conditions d'équilibre de la reproduction simple et élargie du capital social qui fait de Marx, autant que Quesnay, un des fondateurs des schémas modernes de la comptabilité nationale. Mais même au plan de ces deux contributions novatrices, l'absence d'articulation avec la productivité autorise à compléter l'analyse de Marx et finalement à en opérer un élargissement fondamental. Au plan de la théorie du taux de profit, la dimension de la productivité différentielle impliquera, comme nous le développerons au chapitre IX, d'introduire une troisième cause à sa détermination. Le rôle prédominant que joue cette productivité différentielle en viendra aussi à modifier de fond en comble le problème de la transfor.mation des valeurs en prix de production en rendant beaucoup plus problématique la conception ricardienne de la concurrence comme tendance à la formation d'un taux de profit uniforme pour l'ensemble des capitaux. Elle fournira aussi la médiation qui manque à Marx pour penser le capitalisme comme développement des forces productives, c'est-à-dire comme accroissement permanent de la productivité. Ce que nous développerons en termes de taux de profit différentiel démontrera également de quelle manière l'introduction d'une nouvelle variable au sein du taux de profit ne se réduit pas à compliquer inutilement une détermination simple au départ, mais finit par la modifier en profondeur. La tendance intrinsèque du modèle de productivité différentielle à proposer une critique de certaines des analyses les plus fondamentales de Marx sera réitérée à propos des schémas de reproduction simple et élargie (que nous ne traiterons pas dans ce livre). L'introduction d'une perspective dynamique de croissance de la productivité au sein des schémas du Livre II du Capital aurait notamment pour conséquence fondamentale, bien que bénigne en apparence, de modifier la présentation de l'équilibre et de la dynamique d'ensemble en introduisant la dimension tout à fait spécifique des quantités physiques qui commande en dernière instance la dynamique d'évolution de la valeur réelle. Une telle méthode s'avérera alors très ftuctueuse grâce à sa capacité de déterminer concrètement la dynamique d'évolution à la hausse ou à la baisse du taux de profit et, cela, selon une loi de

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causalité qui ne dépend plus exclusivement de l'évolution de l'intensité capitalistique (composition réelle du capital) puisqu'elle devra également dépendre d'un effet dynamique propre au rythme d'accroissement de la productivité physIque. Par exemple, il pourrait être démontré comment un degré élevé d'intensité capitalistique (même tendant mathématiquement vers plus l'infini) ne conduit pas nécessairement à une baisse importante du taux de profit et cela à partir du moment où la hausse en question ne constitue pas un obstacle au maintien d'un rythme normal de croissance et de croissance de la productivité. La baisse du taux de profit, si elle doit être limitée, rend simultanément caduques (pour d'autres raisons) les prédictions catastrophistes de Marx quant à une contradiction indépassable contenue au sein du capitalisme le conduisant à sa perte. En d'autres termes, à partir du moment où l'équilibre de l'accumulation est physique et que l'on admet les capitalistes à même d'accepter une baisse de leur rentabilité, il n'est pas certain qu'une augmentation hypothétiquement infmie de l'intensité capitalistique entraîne le blocage de l'accumulation et de la croissance. Indépendamment de ce dernier point, une reformulation en dynamique de productivité des schémas de reproduction constitue aussi le seul moyen de formaliser rigoureusement un processus de croissance (intensive) sans augmentation (hors RDT) de l'emploi. S'ajoute à cela une redéfinition du rôle de l'investissement dans la croissance qui vérifierait la non pertinence de "l'accélérateur" comme principe explicatifde la croissance. La propriété de la théorie de la valeur de s'articuler aux quantités physiques possèderait également de nombreuses autres vertus susceptibles de déboucher sur des analyses novatrices de macroéconomie qui, articulées à la possibilité de construire une nouvelle microéconomie sur la base de la productivité différentielle, permettraient de reconstituer un discours économique unitaire autour d'un modèle de productivité différentielle. Ainsi, dans son double prolongement micro et macroéconomique, les corrections apportées au système marxien peuvent contribuer à ouvrir un champ jusqu'à présent inexploré d'analyse économique, dont l'articulation à la réalité économique en assure la crédibilité. C'est dans ce sens qu'un modèle de productivité différentielle peut se présenter comme une alternative à la pensée unique.
E) RÉSUMÉ DES PRINCIPALES ARTICULATIONS DE L'OUVRAGE Les critiques adressées aux grandes théories économiques n'indiquent pas directement le mouvement général de notre étude. Celle-ci sera principalement d'ordre théorique ayant pour objet de contribuer aux débats actuels sur la dynamique du système capitaliste sur la base d'une nouvelle interprétation issue d'un modèle de productivité différentielle dont l'élaboration initiale remonte aux années 1992-1994. Le présent ouvrage, qui constitue la réécriture et le développement de ce travail, ne contiendra néanmoins

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que les deux premières parties du modèle et de ses prolongements qui forment un tout suffisamment cohérent pour être livré à la publication. Sur la base d'une étude déjà réalisée étayant statistiquement le caractère super intensif de la croissance française sur long terme (qui nous servira ici de toile de fond), l'objectif de ce livre sera d'en expliciter le mécanisme microéconomique dominant situé dans l'effet déterminant de la productivité différentielle du travail global sur le taux de profit. C'est au chapitre IX de ce livre que sera exposée une nouvelle façon d'articuler productivité et taux de profit, chapitre vers lequel convergent directement ou indirectement ceux qui le précédent. Les deux premières parties du modèle peuvent être considérées, pour cette raison, comme suffisantes en elles-mêmes bien que destinées à fonder théoriquement les résultats qui, étant déjà acquis, devront néanmoins être redéveloppés et approfondis dans un ouvrage ultérieur.De la même façon, les modalités de la régulation qui soustendent un tel modèle, et notamment pour rendre opératoire le processus d'ajustement des prix relatifs dans son rapport au processus de valorisation différentielle du travail. Celui-ci comprendrait également en outre des discussions d'histoire de la pensée économique pour tenter de cerner les raisons théoriques qui ont amené les classiques à limiter la théorie de la valeur travail à une simple théorie des prix relatifs et non pas à une étude du processus de valorisation dans son ensemble. Une étude de la théorie de la rente différentielle chez Ricardo ou Marx aiderait également à comprendre ce qui a empêché l'économie politique de concevoir le profit comme différentiel, c'est-à-dire comme relatif à un gain de productivité physique. Ainsi, envisagées indépendamment des développements ultérieurs mentionnés, nos deux premières parties seront consacrées à la présentation de certains éléments du modèle qui requièrent en eux-mêmes une démarche spécifique. Fondée en effet sur une analyse du processus économique diachronique et synchronique, la rationalité d'un tel modèle implique que soient remplies deux conditions: une articulation de la valeur à la monnaie en cas de variation de la productivité et une prise en compte au point de départ de la représentation du système économique de la diversité des conditions techniques de production qui aboutit à ce que les productivités des capitaux soient différenciées au sein d'un secteur. Ceci une fois posé, le modèle dans sa double dimension peut se mettre en place à condition toutefois de poser les conditions de ses différentes articulations, tâche à laquelle se consacrent les trois premiers chapitres qui forment en eux-mêmes un tout cohérent et dont le contenu constitue la trame principale de notre modèle. Le principe d'une telle articulation peut être résumé dans son aspect général de la manière suivante: le fait de varier à des rythmes distincts au plan intrasectoriel permet d'expliquer que les productivités valeurs des capitaux particuliers soient nécessairement différenciées. Pour rendre effec-

32

PRODUCTIVITE

ET REGULATION

tive cette différenciation, il faut tout d'abord supposer un renouvellement permanent de la concurrence qui garantit le maintien d'une différenciation productive sectorielle; ajoutons à cela la tendance à la formation d'un prix de marché unique qui peut être pensée indépendamment de la réalisation d'un processus d'ajustement dans le temps des prix relatifs monétaires sur les prix relatifs réels, ou encore indépendamment des formes de la concurrence. Les conséquences d'une telle articulation sont de conduire ensuite à pouvoir identifier une mesure relative des productivités monétaires individuelles du travail global (1t = 1tm/1tm *) avec une mesure relative des productivités physiques (1t = 1tpl1tp), mesure équivalente, dans le dernier cas, à la * défmition qui sera proposée de la productivité différentielle du travail global. L'identité entre ces deux ratios résulte de l'élimination de la composante monétaire du prix, de sorte que le premier peut se ramener à une mesure de productivité différentielle élaborée à partir des seules productivités physiques et de ce fait, rendues indépendantes du caractère monétaire des prix. Mais si la monnaie (ou l'expression monétaire de la valeur contenue dans les prix) brille par son absence du point de vue de la théorisation du processus de valorisation différentielle du travail, cela ne signifie pas qu'elle doit être exclue du raisonnement économique. En fait, ce n'est nullement le cas ni en synchronie ni en diachronie où elle s'avère en réalité totalement indispensable pour exposer un processus économique régi par une variation permanente et continue de la productivité. Comme nous le démontrerons au chapitre III, la monnaie constitue en effet la condition sinequanon pour permettre une mesure de l'accroissement en valeur symbolique (ou monétaire en volume) des productivités physiques du travail global dans le temps. Grâce à une telle propriété, la monnaie nous permettra de raccorder la théorie de la valeur travail au mouvement économique concret au niveau du calcul du PIB. En effet, alors que la hausse de la productivité physique du travail global à travail global constant ne peut accroître par définition la quantité de valeur réelle produite et réalisée, la valeur monétaire peut s'accroître quant à elle nominalement en volume en (hors inflation) en cas d'accroissement des quantités produites. En supposant que soit réalisé un processus d'ajustement autocompensé des prix relatifs des marchandises, ilpourra être démontré l'identité en dynamique entre variation de la productivité monétaire et variation de la productivité physique (du travail global). Au premier rôle qui lui sera accordé de permettre le passage des valeurs réelles aux valeurs monétaires, l'expression monétaire de la valeur remplira ainsi un second rôle d'expression en valeur de la variation dans le temps de la productivité physique. Mais cet accroissement de l'expression monétaire de la valeur, parce qu'il n'est pas assimilable à un accroissement de valeur réelle, porte aussi en lui la possibilité de dissocier croissance économique réelle (tirée par des gains de productivité) et emploi

INTRODUCTION

GENERALE

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(fonction de la quantité de travail vivant et de la durée du travail), et cela bien qu'une telle dissociation puisse par ailleurs être pensée indépendamment de la valeur travail. Ce mouvement une fois achevé, il nous faudra encore opérer théoriquement le passage, aux chapitres IV et V, de la productivité différentielle du travail global (n) à une productivité différentielle du travail vivant (nv) avant d'étudier dans les chapitres de la seconde partie les effets de nos productivités différentielles sur la répartition de la valeur ajoutée et le taux de profit. Concrètement, ceci nous conduira au chapitre VI à l'élaboration d'une théorie de la plus-value différentielle et, par conséquent, à une première solution au paradoxe de Bernstein. L'étude des effets de la productivité sur la répartition sera ensuite poursuivie au chapitre IX à travers la présentation d'un concept de taux de profit différentiel où les productivités différentielles constitueront la principale variable. La contrainte permanente engendrée par la productivité au sein des phénomènes de concurrence sera ainsi explicitée, et à travers cela, son rôle déterminant dans le processus de croissance sur long terme. NOTES DE L'INTRODUCTION GÉNÉRALE

[1]

R. Boyer et Y. Saillard,

Théorie de la Régulation, l'état des savoirs, cf

introduction, éditionsLa Découverte,Paris, 1996.

[2] G. Jorland,

Les paradoxes du capital, éd. Odile Jacob, Paris, décembre 1994.

[3] Les chiffres qui étayent cette thèse sont éloquents: alors que sous le mode de régulation fordiste des trente glorieuses un taux de croissance annuel moyen de la productivité horaire apparente du travail de 5,1% ne s'est pas accompagné d'une contraction du volume d'activité, la période 1973-1997 s'est traduite par un taux de crois-sance annuel moyen de 2,% de la croissance et par un taux de croissance annuel moyen de 2,4% de la productivité horaire qui a donné lieu à une baisse d'environ 0,4% du volume d'activité (quantité de travail vivant).
[4]
On pourrait objecter à notre thèse le contre exemple de l'analyse de la divi-

sion du travail d'A. Smith au chapitre I du Livre I de la Richesse des Nations. Mais outre que l'étude de la division du travail ne se réduit pas chez Smith à l'étude de la productivité ou de la seule division technique du travail (mais comprend aussi le moment de la division sociale du travail), le développement de Smith se caractérise avant tout par son aspect technique ou descriptif. Aucune articulation n'est par exemple posée avec la théorie de la valeur (abordée aux chapitres V et VI du Livre I de la Richesse des Nations) ou avec celle de la répartition (derniers chapitres du Livre I de la richesse des nations). [5] cf P. Salama, Sur la valeur, éd. Maspéro-La Découverte, Paris, 1992.

34

PRODUCTIVITE

ET REGULATION

[6] Si on définit le principe de l'accélérateur d'investissement par l'égalité I = v ~ Y => sY = v ~Y, on en déduit ~YIY = s/v. Le taux de croissance garanti (gw) est égal au rapport du taux d'épargne (ou d'investissement) sur le coefficient de capital v (v = KJY). Le principe de l'accélérateur est donc bien au fondement de l'égalité de base du modèle Harrod- Domar qui a été ensuite affiné par Kaldor (approche post-keynésienne) et Solow (approche néoclassique). Posons ensuite la question essentielle qui est celle de l'adéquation du modèle à la réalité de la croissance. Or, depuis les célèbres études de Tinbergen, rien n'a permis de vérifier la pertinence empirique de l'accélérateur. [ct: G. Abraham- Frois, Dynamique économique, éd. Dalloz].
[7]
A l'égalité gw = slv = n, il peut être aussi substitué l'égalité slv = n+m, avec

m pour le taux de croissance de la productivité par tête du travail (Y/N). Il pourrait ensuite être aisément démontré, sur la base du principe de l'accélérateur, la nécessaire identité entre accroissement de l'intensité capitalistique KIN et accroissement de la productivité apparente par tête du travail Y/N. Mais, en dépit de ce perfectionnement, l'égalité n'est cependant jamais vérifiée dans la réalité. En d'autres termes, slv n'est jamais égal à n + m, ce qui renvoie de nouveau à la non pertinence empirique de l'accélérateur au plan du processus de croissance.

[8] Sur

la base d'une fonction de production Cobb-Douglas Y = AKa..LI-a, on

déduit en dynamique

Y= A + aK
soit encore

. ..

A = Y -aK - (1- a)L

. ..

+ (1- a)L

.

.

La variable A mesure en dynamique la productivité globale des facteurs. Quant aux facteurs a et I-a qui doivent être constants, ces coefficients mesurent la part respective des facteurs de production dans le revenu national en supposant une rémunération de ces derniers à leur productivité marginale.

PREMIERE PARTIE:

LE PROCESSUS DE VALORISATION

DIFFERENTIELLE

DU TRAVAIL

CHAPITRE I :
PRODUCTIVITÉ PHYSIQUE ET PRODUCTIVITÉ DU TRA VAIL GLOBAL. LA PRODUCTIVITÉ VALEUR DYNAMIQUE DU TRAVAIL GLOBAL VALEUR

Il est une contrainte à laquelle ne peut échapper une théorie économique. La nécessaire rigueur de tout raisonnement quantitatif qui en appelle, au-delà d'un certain niveau de complexité, à une procédure de formalisation mathématique aux vertus immédiatement démonstratives et clarificatrices. Sur ce point, la théorie de la valeur travail partage la singularité de constituer une théorie encore largement présente dans le débat académique sans avoir été l'objet d'une étude mathématique approfondie de son rapport à ce qui la fonde dans sa dynamique: la productivité. Or, de l'analyse de la valeur unitaire au concept de productivité physique du travail global, il n'y a qu'un pas qui conduit ensuite, par réarticulation de ces éléments, à fonder la distinction centrale entre productivité physique et productivité valeur du travail global. De nombreuses conséquences découleront d'une telle distinction et notamment celle d'être à la base d'un modèle de productivité différentielle. Point ultime d'une reformulation moderne de la théorie classique de la valeur, un tel modèle culminera dans l'idée d'un effet majoritairement relatif de la productivité sur la rentabilité qui portera en elle une conception de la nature de la concurrence et de la dynamique du capitalisme centrée autour du problème de la productivité. Mais, les deux dimensions statiques et dynamiques constitutives d'un tel modèle devront requérir deux démarches distinctes qui ne pourront s'articuler au sein d'un schéma unitaire qu'au moment de l'introduction de la monnaie (chap. III). En raison de la complexité de l'articulation de ces deux dimensions, certaines des propositions de ce chapitre seront provisoires, et le cas échéant, seront amenées à être dépassées par nos développements ultérieurs.

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PRODUCTIVITE

ET REGULATION-CHAPITRE

I

SECTION
VALEUR

I : PRODUCTIVITÉ-PHYSIQUE, PRODUCTIVITÉ-VALEUR ET

UNITAIRE

De tous, les concepts de l'économie politique, celui relatif à la valeur est réputé le plus difficile, le plus abstrait. Il est aussi le plus essentiel car il conditionne la représentation théorique d'ensemble du système économique. Et de très légères erreurs, comme celles qui seront exposées au chapitre prochain concernant l'articulation chez Marx entre travail abstrait et travail socialement nécessaire, peuvent se révéler a posteriori extrêmement dommageables pour l'analyse de nombreux phénomènes économiques. Mais la difficulté propre à un point de départ théorique de la valeur va cependant bien au-delà de ces considérations contingentes relatives aux erreurs théoriques d'un auteur en particulier. Elle résulte, plus fondamentalement, de deux difficultés majeures inhérentes à la théorie de la valeur en général comme point de départ d'une mesure des grandeurs économiques. La première difficulté concerne le niveau d'abstraction requis par le concept de la valeur qui pose d'emblée la justification de son statut fondateur et donc de son rôle comme point de départ. Cependant, comme l'intérêt de ce dernier ne peut résulter que de ses conséquences et donc des phénomènes susceptibles d'être englobés par ce dernier, il va également de soi que la justification d'un tel point de départ ne peut être fournie d'emblée. La méthode à préconiser se trouve être, dans ces circonstances, de nature hypothético-déductive puisqu'elle autorise à ne pas rendre compte immédiatement de ce que les développements ultérieurs, issus du commencement, auront pour tâche de révéler. Cette première difficulté, une fois résolue, il reste encore à surmonter la difficulté la plus essentielle: celle qui résulte de la nécessaire articulation de la valeur à sa dimension monétaire. Comme fondement d'une théorie des prix relatifs et donc du processus de valorisation, la théorie de la valeur travail ne peut être conçue en dehors du processus de leur ajustement dans le temps qui s'effectue en faisant intervenir une composante monétaire. Mais l'arbitraire de la composante symbolique contenue au sein de tout équivalent monétaire rend aussi impraticable une démarche qui refuserait la nécessaire confrontation avec le détour théorique préalable par les valeurs réelles. Ainsi, malgré ces inconvénients, c'est le choix d'un point de départ simultanément hypothéticodéductif et utilisant un concept de valeur travail amonétaire qui s'impose comme la moins mauvaise des solutions. Ainsi réduite du fait de ce choix à son expression la plus abstraite et la plus générale, qui est aussi son niveau de réalité le plus essentiel, la valeur peut être présentée selon son concept quantitatif qui se déploie dans la mise en rapport avec son inverse: la productivité physique. Mais elle est dans ce cas mise en rapport d'éléments de valeur et de richesse et donc de valeur et de valeur d'usage, ce qui nous fait rejoindre le commencement habituel de la théorie de la valeur des économistes classiques.

PRODUCTIVITE

PHYSIQUE

ET VALEUR

DU TRAVAIL

GLOBAL

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a) Valeur et richesse. Division technique du travail et homogénéisation du travail vivant dans la production La production envisagée au sein du cadre de référence, le mode de production capitaliste, est l'acte à travers lequel un ensemble de biens et de services (valeur d'usage) se trouvent être produits en vue de la satisfaction de besoins sociaux à l'aide d'une quantité de travail vivant direct et indirect, ce qui dans le dernier cas, peut être aussi désigné par "travail passé" ou "travail mort". La pluralité des valeurs d'usage ainsi produites au sein d'un secteur ne le sont qu'en vue d'être échangées et par conséquent réalisées sur le marché. Cette double propriété du travail humain comme producteur de valeur d'usage et de valeur implique en conséquence de partir des deux éléments que sont, premièrement les richesses (quantité réelle ou physique) symbolisées par Qp, qui peut s'appliquer indistinctement au niveau de l'entreprise, du secteur ou de l'économie dans son ensemble, et deuxièmement les quantités de travail global incorporées symbolisées par "La", et qui forment la valeur économique des marchandises. La définition générale de la valeur qui se résume par l' égalité VA = La, présuppose à son tour, selon Ricardo, la formation d'un espace de mesure homogène des biens économiques qui, ne pouvant être remplie par la monnaie, doit l'être par la quantité de travail incorporée[1] et donc par le temps. Mais le temps de travail global, s'il fonde la valeur en général, constitue aussi le seul facteur de production mesurant la quantité des inputs en valeur dont le montant se retrouve dans le produit valeur réelle fmal. Quant aux quantités produites, celles-ci correspondent à l'ensemble des outputs physiques ou réels que l'on mesure à partir d'une quantité donnée prise comme unité de référence de la valeur d'usage (la tonne de fer, le quintal de blé, la bicyclette de qualité moyenne, la place de cinéma, etc.,). On supposera également un processus de production simple à produit unique ou faiblement différencié (unité de valeur d'usage et de consommation) et donc excluant la production jointe. Le rapport qui relie inputs et outputs physiques peut être représenté par une flèche, tandis que la relation mettant en rapport inputs et outputs en valeur peut être symbolisée par l'identité ricardienne entre valeur réelle et quantité de travail incorporé:

Inputs Outputs
I

La ~ Qp La = Q La flèche signifie que les de production mettant en global (La). Elle signifie tion d'égalité entre La et quantités réelles résultent d'un processus social oeuvre une quantité donnée d'heures de travail également que ne se trouve pas établie de relaQp qui constituent deux entités qualitativement

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PRODUCTIVITE

ET REGULATION-CHAPITRE

I

distinctes. Dans le cas contraire, ceci en reviendrait à confondre valeur et richesse qui ne peuvent cependant pas être dissociées. A toute richesse socialement produite correspond, en effet, un travail humain direct et indirect [2] qui en a été à l' o~igine ainsi que la valeur qui lui est associée. Pour la même raison que celle invoquée précédemment, la relation reliant La et Qp possède une dimension technique qui permet de la supposer rigide sur court terme. Elle peut donc être exprimée à travers une fonction ricardienne de production dont la forme explicite est: Qp=A.La. Mathématiquement, une telle fonction est linéaire et homogène de degré 1, avec A comme coefficient de productivité physique du travail global. Les conditions techniques étant données, une variation des quantités physiques devra s'accompagner d'une hausse des quantités de travail proportionnelle au coefficient de productivité physique ou inversement, tout accroissement de La devra s'accompagner d'un accroissement de Qp proportionnel au coefficient de productivité physique. La rigidité des conditions techniques de production sur court terme n'exclut, évidemment pas l'existence de rendements d'échelle. En cas d'augmentation des quantités produites par unité de travail global, on passerait par pallier à des fonctions de production de niveaux de plus en plus élevés. La transformation de la constante A en variable procurerait une représentation des conditions techniques de production dans un espace à trois dimensions. La notion de "conditions techniques de production", ici restreinte à la seule productivité physique, comprend aussi bien d'autres aspects comme la division entre travail indirect et travail vivant (intensité capitalistique) qui constituent les deux grandes sous-divisions du travail global, qui vont faire maintenant l'objet de nos développements. Si le travail global doit être considéré comme le seul facteur de production, le travail vivant conserve naturellement le privilège d'en constituer le facteur actif. Il ne s'ensuit pas pour autant que le travail vivant produise à lui tout seul. Au sein du mode de production capitaliste, un tel travail vivant a comme présupposition l'existence d'un capital matériel, c'est-à-dire une somme de "travail indirect" ou "passé" (lai) qui correspond à la valeur en quantité de travail des matières premières, de l'énergie (capital circulant) et des outils (capital fixe). La somme du travail vivant (lay), et du travail indirect constitue le travail total et global La=lai+lay qui fournit la mesure agrégée en valeur (travail abstrait) de la quantité de facteur utilisée dans la production. En ce qui concerne le travail vivant, nous supposerons que les différences de qualification (mais aussi d'intensité) au niveau des travaux concrets n'interviennent pas dans la formation de la valeur et donc, de ce point de vue, que chaque unité de travail vivant concret en vaut une autre comme unité de travail vivant abstrait. La justification d'une telle égalité des travaux humains n'est pas sans poser le problème de

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DU TRAVAIL

GLOBAL

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la réduction du travail complexe en travail simple qui historiquement constitua une des pierres d'achoppement de la théorie classique de la valeur. Une telle situation résulte du fait que le problème posé à la valeur travail par les différences de qualification interfère avec des problèmes proches, mais distincts, comme celui des différences d'intensité d'ordre quantitatif{3].C'est chez Marx que la problématique du travail complexe atteint une très grande confusion en raison de sa difficulté à s'articuler avec le problème du travail abstrait ou du travail socialement nécessaire [cf. J. Bidet, Que faire du Capital, 1985, chap. II]. Indépendamment de la solution théoriquement peu satisfaisante généralement retenue d'une réduction effectuée par le marché[4]ou encore par la différence des niveaux de salaire[5], c'est l'idée d'une inégalité des travaux vivants du point de vue de la production de la valeur qui semble devoir être requestionnée et cela à la lumière de la nécessaire interdépendance des travaux concrets au sein de la division technique du travail. L'argument qui doit être opposé est le suivant: le caractère de plus en plus social pris par la production induit par le développement technique interdit que puisse être mesurée au niveau de la production de la valeur d'usage et donc de la valeur, la contribution qualitativement différenciée des travaux concrets. Le travail de l'ingénieur et de l'ouvrier étant aussi utiles l'un que l'autre du point de vue de la production prise comme un tout, il est donc aussi logique de les considérer comme égaux du point de vue de la production de la valeur. Leur interdépendance permet, en conséquence, de les homogénéiser comme unité physique de la même qualité, le temps, et donc de les rendre équivalents comme producteur d'un quantum déterminé de valeur. Dans le cas contraire, ceci nécessiterait de se donner une mesure impossible à déterminer de l'effet des degrés de qualification individuelle sur le produit brut total physique Qp. Une autre raison fondamentale peut être aussi mentionnée: celle qui fait jouer la nécessité pour tout processus de valorisation de faire intervenir les prix (et donc les valeurs totales) et qui, en conséquence, n'est pas séparable d'une définition de la productivité en termes de productivité globale de l'unité économique. L'intervention des prix interdit alors que puisse être déterminée une productivité valeur en soi d'une unité individuelle de travail vivant supposée être fonction de son degré de qualification. Dans la vie économique moderne, il en résulterait par exemple, pour un informaticien indépendant, l'impossibilité de déduire la qualité et l' efficience de sa production de son seul degré de qualification dans la mesure où une telle efficience dépendrait, pour une part importante, de la performance de son capital fixe et donc de la qualité de son ordinateur. La chose est tout aussi vraie pour l'ingénieur où sa compétence en soi n'a pas d'effectivité immédiatement mesurable sur la productivité valeur, qui dépend en

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ET REGULATION-CHAPITRE

I

fait de l'ensemble des éléments de la division technique du travail. Selon un principe identique d'interdépendance, l'intensité du travail vivant ne détermine jamai~ non plus à elle seule la productivité valeur de l'unité économique qui est fonction de la seule productivité globale, et donc des effets sur Qp de la coopération entre les unités de travail. Prise individuellement, une unité de travail est donc sans effet sur l'efficience globale qui résulte de la combinaison moyenne des qualifications. Mais comme cette dernière ne peut être composée par une simple addition des qualifications individuelles (incommensurables comme travaux concrets), une telle qualification moyenne n'est pas mesurable dans l'absolu mais de manière indirecte à travers la productivité physique relative (ou différentielle) du travail global de l'unité économique. Cependant, comme la productivité différentielle n'agit qu'à travers un processus de transferts autocompensés de valeur (cf. chap. prochain), la mesure de la qualification moyenne ainsi obtenue ne modifie pas la quantité de valeur produite qui reste égale aux quantités dépensées de travail global. La justification donnée ci-dessus au processus d'homogénéisation du travail vivant peut être aussi étendue au travail indirect. Puisque sa productivité n'est pas séparable du travail vivant, il ne peut être source d'aucune inégalité des quantités de valeur transmises au produit. Comme travail vivant passé, une unité de temps de travail indirect concrète est en soi productrice de la même quantité de valeur qu'une autre. C'est donc l'ensemble du travail total et global que l'on supposera composé d'unités simples de temps de travail concret et abstrait mesurées indépendamment de toute différence de qualification ou d'intensité. A ces unités de travail global abstraites et concrètes correspondent des quantités de richesses dont le montant détermine la productivité physique de ce travail global et partant: la valeur unitaire. b) La valeur unitaire comme rapport physique du travail global (VAu = Ihtp) inverse à la productivité

La procédure d'homogénéisation du travail vivant développée dans notre partie précédente a eu pour résultat important la constitution d'un espace homogène de grandeur des valeurs en prenant pour unité simple le temps de travail comme grandeur extensive. La condition de possibilité pour que s'impose le temps de travail comme régulateur des valeurs n'a bien évidemment de sens que si le mode de production est à dominante salariale ou capitaliste et, en conséquence, uniquement que si les coûts physiques en emploi de travail vivant et indirect ont une traduction économique immédiate en coûts de capital investi et donc en coûts de production. Indépendamment de l'argument central de "la division technique du travail considérée comme totalité indivisible des travaux concrets", la

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PHYSIQUE

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DU TRA VAIL GLOBAL

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nécessité de partir d'une unité de travail vivant comme grandeur extensive, constitue aussi une nécessité intrinsèque de cette théorie qui est de se prêter à un lien quantitatif direct avec la productivité, et à travers cela, de pouvoir s'articuler à 'la réalité de la concurrence comme concurrence à dominante sur les prix. En d'autres termes, la productivité ou son inverse, la valeur unitaire, ne constituent des concepts théoriquement opératoires qu'à condition de nous conduire à l'analyse des réalités de la production, qui en tant que tel, mobilisent des quantités de travail direct et indirect. Pour en fournir une justification théorique, supposons par l'absurde que les degrés de qualification (ou d'intensité du travail) soient pris en compte dans la comptabilisation des heures de travail sous la forme d'un coefficient de pondération qui serait calculé à partir du niveau du salaire. En cas d'augmentation de l'intensité ou de variation de la structure des qualifications et des salaires, une modification de la quantité de "travail vivant réduite,,[6] interviendrait parallèlement à la variation des quantités produites qui empêcherait, du même coup, toute mesure rigoureuse de la productivité réelle ou physique en quantité de travail. En effet, comme la productivité du travail sert à déterminer au plan social les variations de la quantité de travail, il faut par conséquent cette économie apparaisse clairement, quitte à montrer par ailleurs qu'une dépense de formation, par exemple, est à l'origine de cette économie. Dans le cas contraire, une procédure d'homogénéisation à partir de coefficient de réduction interdirait la possibilité de mettre en relation (au niveau du dénominateur) la définition théorique adoptée de la productivité comme productivité physique du travail global, avec la mesure statistique habituelle de la productivité en termes de productivité apparente du travail vivant (YIL) mesurée, quant à elle, indépendamment de toute procédure d'homogénéisation par les salaires. Et c'est à la condition de pouvoir relier théoriquement la définition abstraite de la productivité physique à celle majoritairement utilisée par la comptabilité nationale que peut être conçue une articulation de la valeur avec le mouvement économique réel et tout particulièrement au niveau de la détermination comptable de l'emploi. 1) Définition de la valeur unitaire comme l'inverse de la productivité physique du travail global La nature des conditions techniques de production étant donnée, le calcul de la valeur unitaire ou de la productivité doit s'effectuer sur la base de données globales et donc sur la base d'une moyenne ou d'une péréquation des valeurs unitaires[7]. Selon l'expérience quotidienne du monde industriel, ce n'est pas autrement que procèdent les entreprises pour calculer les coûts de production unitaire (coût de production global sur quantité produite), calcul qui s'effectue sur la base d'une moyenne, et non pas d'un calcul à la marge. Transposé à la valeur réelle, mais tout en

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ET REGULATION-CHAPITRE

I

précisant que l'on ne saurait confondre coût de production et productivité, le mode de calcul de la valeur unitaire consiste en une opération de division de La par Qp, ce qui en revient, simultanément à diviser les deux termes de l'équation valeur VA = La par Qp : VAu

= VA = La Qp Qp

Si par exemple 250 quintaux de blé ont nécessité une dépense de 125 unités de travail total-global, la valeur unitaire d'un quintal de blé se monte à 0,5 unité de travail total, qui peut à son tour se diviser en travail vivant et indirect. Si par exemple les 125 unités de travail dépensées comprennent 2/3 unités de travail indirect et 1/3 de travail vivant, la valeur unitaire se décompose en 0,33 lai + 0,166 lav, soit VAu= 0,5. Quant au coût de production, dont nous laisserons ici de côté le mode de calcul, celui-ci se monterait par exemple à 0,2 ou 0,49 selon le niveau d'intensité capitalistique ou du salaire réel moyen pratiqué par l'entreprise. Le rapport ainsi entretenu entre la valeur unitaire et les quantités physiques entraîne un certain nombre de conséquences théoriques importantes. Tout d'abord, si la valeur unitaire n'est qu'une quantité de travail total divisée par une quantité de valeur d'usage, il s'ensuit que la valeur unitaire peut se défmir pour n'importe quel niveau d'agrégation du système économique et donc indifféremment pour des valeurs produites au niveau de l'entreprise, du secteur, de l'économie dans son ensemble ou pour une de ses sous-parties. En d'autres termes, que la valeur unitaire soit individuelle, sectorielle, ou autre (celle d'un agrégat de biens différents), elle constitue dans tous les cas une moyenne pondérée. Mais cela suppose que soit contourné le problème de l'hétérogénéité des quantités physiques qui semblerait, par défmition, interdire tout calcul de valeur unitaire moyenne, sauf en recourant à des coefficients de pondération construits sur la base de quantités physiques incommensurables. Pour surmonter un tel obstacle, nous proposerons la solution qui consiste à additionner numériquement le nombre des valeurs d'usage singulières produites et échangées et non pas directement les quantités physiques dans leur hétérogénéité brute (quantité de blé + quantité de fer). En d'autres termes, la mesure des quantités physiques est réalisée à travers le volume des transactions possibles, ce qui équivaut à adopter une mesure directement sociale (comme nombre) de la richesse. Supposons par exemple qu'une économie produise 250 quintaux de blé et 150 tonnes de fer avec respectivement 500 et 700 heures de travail vivant et indirect, soit: L Qp=400; L La = 1200. Si le calcul de la valeurs unitaire de chacun des biens ne pose aucune difficulté, rien n'interdit pour autant de calculer une valeur unitaire moyenne du blé et du fer. Celle-

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ci est obtenue en divisant la quantité de travail totale et globale utilisée (1200) par le nombre de valeurs d'usage produites (400). La valeur unitaire moyenne des deux biens est dans ce cas égale à 3. En cas de changement de l'imité physique de référence de la valeur d'usage, si celleci passait de la tonne à la demi tonne de fer, le nombre d'unités de fer serait ainsi multiplié par 2. Une nouvelle valeur unitaire moyenne en résulterait en divisant 1200 heures de travail global par la nouvelle quantité numérique de valeurs d'usage (550). La valeur unitaire moyenne (VAu*) d'un quintal de blé et d'une demi tonne de fer serait maintenant égale à 2,18. Ce changement de la valeur unitaire reste néanmoins neutre sur la valeur globale de cet agrégat (~La=~Qp.V Au*) qui correspond à la quantité totale de travail exigée pour la production des deux biens. Il va de soi que la mesure indirecte des quantités physiques par des nombres n'a pas de signification en dehors du calcul des valeurs moyennes. Elle ne constitue pas, en effet, un principe d'homogénéisation des richesses économiques qui ne peut être effectuée qu'à partir d'une théorie de la valeur. La procédure peut cependant être étendue à l'inverse de la valeur unitaire: la productivité physique du travail global défmie comme le rapport des quantités produites sur la quantité de travail total exigée: Qp p 'IT = La Si 250 qx de blé sont produits à l'aide de 125 unités de travail global, il en découle qu'une heure de travail total produit 2 quintaux de blé, soit une productivité physique d'une heure de travail en quintal blé égale à 2 unités. Par généralisation à plusieurs biens, il peut être aussi calculé un ratio de productivité physique moyenne du travail global pour plusieurs biens en mesurant les quantités physiques hétérogènes par le nombre d'unités de valeurs d'usage produites. Quel que soit le niveau d'agrégation, le ratio définit dans tous les cas une productivité physique ou réelle du travail total, le résultat du rapport faisant jouer une unité de travail total constituée par la somme de quantités de travail vivant et indirect. Mais le fait que le dénominateur du ratio de productivité comprenne la quantité de travail global nécessaire à la production des richesses autorise aussi la dénomination de "productivité physique du travail global". Afin que la mesure de la productivité physique n'interfère pas avec la différence valeur globale/valeur totale et aussi dans le but de conserver un lien analogique avec la "productivité globale des facteurs", nous choisirons de préférence l'expression de productivité physique du travail global qui n'invalide pas celle, tout aussi légitime, de productivité physique du travail total. Le mode de calcul de la valeur unitaire comme l'inverse de la productivité physique doit être maintenant davantage spécifié sur un plan économique. Indépendamment des conditions techniques de production

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qui se caractérisent par un certain degré d'intensité du travail vivant et une intensité capitalistique donnée, le calcul de la valeur unitaire doit encore tenir compte de l~effet du degré d'utilisation des capacités de production en cas de fluctuations de la demande. A cela s'ajoute l'effet de la durée d'utilisation du capital fixe dont la modification peut intervenir en cas, par exemple, de réamènagement-réduction du temps de travail [cf. D. Taddéi, 1988]. Mais si ces deux causes sont économiquement distinctes, elles renvoient, dans les deux cas, à l'effet sur la valeur unitaire de l' amortissement du capital fixe. Celui-ci dépend de sa durée qui est fonction davantage de son "usure morale" que de son "usure physique" en cas d'obsolescence provoquée par le progrès technique. Plus généralement, le temps d'amortissement du capital fixe est déterminé à l'avance par l' entrepreneur, dont les anticipations sont la source de variations contingentes de la valeur unitaire et de la productivité physique. Mais, si la durée d'amortissement du capital fixe et l'intensité de la demande interviennent de manière immédiate dans la détermination de la valeur unitaire, celle-ci est aussi déterminée parallèlement par la productivité physique intrinsèque du capital fixe, par le rendement physique des machines qui influent sur la quantité de travail indirect incorporée dans une unité de biens. Un tel facteur n'avait, du reste, pas échappé à Ricardo au chapitre I des "Principes,,[8]. Quoi qu'il en soit des diverses causes économiques qui influent sur la valeur unitaire à travers le capital fixe, son mode de calcul reste immuable dans son principe et correspond, dans tous les cas, à l'inverse de la productivité physique du travail global: 1 VAu = IIp Cette présentation de la théorie de la valeur unitaire, bien qu'amplement connue de tous, nécessite cependant de bien distinguer la "valeur globale" de la "valeur totale", distinction qui, bien que généralement implicite, ne semble pas à notre connaissance avoir été suffisamment soulignée par l'économie classique. En effet, si la valeur globale s'oppose à la valeur unitaire tout comme le multiple pris comme totalité s'oppose à l'unité, la notion de valeur totale renvoie, par contre, à une double opposition indépendante de la précédente. Qu'elle soit unitaire (VAu) ou globale (VA), la valeur totale se distingue dans tous les cas des valeurs partielles comme "la valeur ajoutée" ou le "coût de production" qui n'expriment, par défmition, qu'une partie de la valeur d'une marchandise. Mais la distinction entre valeur totale et valeur globale ne constitue pas la seule caractéristique d'une théorie de la valeur travail définie par l'égalité VA = La, VAu = 1/1Cp. lle se distingue, également, E par sa plus grande généralité, de la détermination matricielle de la valeur

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issue de l'analyse input/output de Leontiev : À = (I-A)-l L ; avec A pour la matrice des coefficients techniques de production aij, L pour la matrice des coefficients de travail lj et À pour le vecteur colonne des valeurs unitaires. Pour un système économique à deux branches interdépendantes et à capital circulant, caractérisé par les conditions de production suivantes:

200 t. de fer

+ 200 lay = 600 t. de fer xÀ1 100 t. de fer x À1+ 200 qx de blé xÀ2+ 300 lay= 800 qx de blé xÀ2
x Àl x À2

+ 300qx de blé

le calcul des deux valeurs unitaires absolues nous donne: À1=1et À2= 2/3. Au-delà de l'impossibilité de déterminer sur la base de cette procédure une valeur unitaire moyenne, et donc de prendre en compte l'hétérogénéité des conditions de production au sein d'une branche, il faut aussi supposer que la valeur de chacun des deux biens utilisés comme capital est identique comme input et output. La détermination matricielle de la valeur travail nous met donc en présence d'une détermination simultanée des valeurs qui est située hors du temps et donc hors du mouvement économique concret. Une telle hypothèse étant irréaliste, on lui préférera une détermination séquentielle de nature dynamique. Formulée pour la première fois par A. Freeman [1996][9], celle-ci requiert l'hypothèse d'un décalage temporel entre la valeur réelle du capital comme input et sa valeur réelle comme output. Une telle procédure dynamique, qui nous semble plus proche de l'esprit de la valeur travail des classiques que l'approche matricielle, trouve aussi sa véritable raison d'être en situation de variation permanente et continue de la productivité dans le temps, et non pas contrairement à ce dernier, sur le refus de toute problématique de l'équilibre. Mais, quelle que soit la forme temporelle choisie, séquentielle ou simultanée, comme expression pertinente de la valeur en dynamique, ceci ne remet point en cause sa défmition générale qui repose sur l'identité VA = La et dont la propriété est de se prêter à une mise en rapport mathématique des valeurs unitaires avec leurs inverses: les productivités physiques du travail global. Reste encore à analyser une propriété essentielle qui en découle. 2) Neutralité de la productivité physique sur la valeur globale Le lien quantitatif qui relit "valeur unitaire" et "productivité physique" conduit, de manière presque immédiate, à fonder un principe de neutralité de la productivité sur la valeur globale. Ce principe de neutralité n'est pas sans rapport, comme nous le verrons plus tard, avec l' affmnation d'un effet principalement relatif de la productivité absolue sur le taux de profit qui constitue un des points d'aboutissement du modèle de productivité différentielle. Supposons, pour le démontrer, que l'augmenta-

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tion de la productivité physique soit obtenue par une augmentation des quantités produites nécessitant une quantité identique de travail global. Il se déduit que l' a9croissement des quantités réelles devra être compensée par la diminution des valeurs unitaires de chacun des biens. Ainsi, en dépit de l'augmentation des richesses, la hausse de la productivité physique ne conduit pas à accroître la quantité de valeur réelle globale. Une telle conclusion semble couler de source puisque la quantité de travail global est supposée constante. Cependant, ce principe de neutralité se vérifierait également en cas d'augmentation de la productivité réalisée simultanément avec une augmentation de la quantité de travail global. L'augmentation de productivité physique ne serait point ici responsable de l'accroissement de la valeur globale qui proviendrait exclusivement de l'augmentation de la quantité de travail. Quoiqu'il en soit de cette différence, la productivité ne permet en aucune façon un accroissement de la quantité de valeur réelle produite. Comme l'avait déjà aperçu Ricardo au chapitre XX des "Principes" : "Il y aura double quantité de produits annuels, et par conséquent la richesse nationale sera doublée, mais elle n'aura pas augmenté de valeur" [éd. G.F.p 245]. Une telle conclusion n'a bien entendu de sens que sur la base du raisonnement qui la fonde chez Ricardo, constitué par le rapport inverse de la valeur unitaire et de la productivité physique qui découle à son tour de la distinction valeur/richesse, et par conséquent, de l'identification de la valeur (globale) à la quantité de travail (globale). Mais au-delà de son caractère tautologique, le principe de neutralité de la productivité physique sur la quantité de valeur réelle produite permet néanmoins d'aboutir à un ensemble de conséquences fondamentales non tautologiques lorsque le principe de la valeur travail qui l'institue se trouve reformulé dans le nouveau langage de la distinction entre "productivité physique" et "productivité valeur du travail global", absente de la tradition classique. D'une relation de deux termes inverses l'un l'autre, la logique de la valeur travail conduit à une relation à trois termes qui fournit la condition d'une articulation de la valeur à la productivité et ensuite de la valeur à la répartition par le biais de la productivité. En anticipant la preuve que nous fournirons plus tard, c'est dans ce passage d'une relation de deux termes à trois termes que fmit la théorie classique et que commence un modèle de productivité différentielle qui se rapporte à cette distinction fondatrice dans sa double dimension synchronique/diachronique, statique/dynamique.

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c) Productivité physique et productivité valeur en quantité de travail du travail global au plan synchronique Le rôle fondamental joué par la productivité au sein du processus de valorisation et ensuite sur la répartition ne peut être rigoureusement explicité que sur la base de concepts adéquats et aisément reconnaissables grâce à une formalisation mathématique dont le degré de pertinence pourra être attesté par la possibilité de s'articuler à des phénomènes économiques concrets. En raison du lien qui sera aperçu entre productivité et valorisation, tout le secret d'une telle formalisation se résume à une opération d'élargissement et de déplacement du lien déjà explicité entre "productivité physique" et "valeur unitaire" au profit du lien plus complexe entre "productivité physique" et "productivité valeur du travail global". Pour être plus précis, la relation entre productivité et valeur est une relation qui fait jouer trois termes et non pas deux comme dans l'opération VAu= 1/1tp-Et ce troisième terme nous est donné par un ratio de productivité valeur (en quantité de travail) du travail global désigné par 1t égal au rapport :
TC =Q

La A cette productivité valeur s'oppose une productivité physique du travail global égale au rapport: 1tp = QplLa. Ainsi, de la même façon que "valeur" (La ou Q) et "richesse" (Qp) diffèrent par nature, productivité valeur (1t = Q/La) et productivité physique (1tp = Qp/La) se distinguent selon le même principe. Alors que la productivité physique constitue un des indicateurs des conditions techniques de production, puisqu'elle compare l'ensemble des quantités produites à la quantité de facteurs mesurée en temps de travail, la productivité valeur se rapporte, quant à elle, au processus de valorisation inhérente à la production marchande qui implique que la production soit vendue sur un marché à un certain prix ou à une certaine valeur (réelle ou monétaire). Le produit valeur en question, soit Q, mesuré en quantité de travail, est obtenu en multipliant les quantités physiques par une variable de valeur unitaire (ou prix) ici supposée correspondre à la stricte valeur unitaire individuelle des marchandises produites. On obtient comme résultat le chiffre d'affaire réel en quantité de travail: Q = Qp.VAu qui, divisé par La, nous donne 1t. Le résultat de ce rapport mesure la productivité en valeur travail du travail global qui a été à l'origine de cette production. Une fois définie comme rapport Q/La, la productivité valeur peut être décomposée sous la forme du produit de la productivité physique et de la valeur unitaire:

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Q 'IT = -E. x VAu =>'IT = 'ITp x VAu La Comme on peut le constater, le lien entre productivité et valeur fait bien jouer trois termes: 1t, 1tp et VAu. De la même façon, la nécessaire imbrication de nos concepts se trouve bien attestée puisque la productivité

valeur 1t = Q/La peut aussi se présenter sous la forme du produit de la productivité physique 1tpet de la valeur unitaire VAu des biens ici valorisés. 1tpet VAuétant inverses, leur produit est aussi nécessairement égal à 1. On

peut donc poser par définition: 1t = 1tpx VAu = 1. Un tel résultat est aussi
parfaitement logique pour une autre raison: puisque les valeurs d'usage produites, Qp, sont ici valorisées à leur valeur unitaire, l'ensemble du travail utilisé à leur production doit se trouver intégralement réalisé dans le produit valeur global Q. Dans ce cas, Q est égal à La et donc le rapport "1t = Q/La" équivaut à 1. Le résultat aurait été identique si notre raisonnement s'était appuyé sur la définition ricardienne de la valeur travail "VA = La" et si la productivité valeur avait été définie par l'opération de division de VA par La. Ceci nous aurait donné une valeur de 1t égale à 1. Les deux démarches aboutissent au même résultat si on pose les égalités:

Q = VA = Qpx VAu = La.
A cette étape de notre raisonnement, c'est-à-dire hors dimension intrasectorielle, la logique intrinsèque à la théorie de la valeur travail n'autorise donc qu'une productivité valeur du travail global à la fois constante et égale à 1. Mais, sous l'apparence d'une productivité absolue en valeur dimensionnée en quantité de travail Q/La, 1t cache en réalité une productivité relative ou différentielle (comme nous le verrons ultérieurement) égale à 1, et donc une mesure relative de la productivité à la fois physique et en valeur (au plan intrasectoriel). Un tel phénomène de productivité différentielle ne prendra cependant toute son importance qu'au chapitre prochain au moment où seront pris en compte les différentiels intrasectoriaux de productivité physique qui permettront à l'agent du processus de valorisation, le prix ou la valeur de vente, de différer de la valeur unitaire individuelle de la marchandise. Et le fait que 1t puisse être décomposé en productivité physique et élément de valorisation démontre qu'un tel concept ne constitue pas une pure abstraction. Il traduit, sous une forme, abstraite un phénomène économique réel: l'unité entre le procès de production (Qp et 1tp)et le procès de valorisation qui fait intervenir, pour ce dernier, différents types d'hypothèses sur les prix et la concurrence. Cependant, quelques complications devront intervenir avec le relachement de l'hypothèse d'unicité des prix ainsi qu'avec l'introduction de la monnaie qui peut être source de divergence au plan sectoriel entre valeur

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et prix (prix relatifs réels et prix relatifs monétaires). Cette divergence est inhérente à la dimension symbolique de la forme monétaire de la valeur et de la valeur d'échange. Exprimo~s maintenant, à l'aide d'autres arguments, certaines des idées précédentes afm de développer les conséquences théoriques les plus importantes qui en découlent: le fait que la productivité valeur du travail global ne puisse prendre d'autre valeur que 1 a pour conséquence de vider de son sens l'idée d'une productivité en valeur absolue ou réelle du travail global. Un tel concept de productivité en valeur contient en effet quelque chose d'intrinsèquement tautologique à partir du moment où sa valeur doit rester constante et égale à 1 en cas de réalisation des biens à leur valeur unitaire. Dans ces conditions, un concept de productivité valeur en quantité de travail n'est théoriquement significatif que si 1t est différent de 1 et donc s' il lui correspond la propriété de constituer une mesure à la fois absolue et relative de la productivité en valeur travail. Cette dernière correspond également, comme nous le verrons plus tard, à une mesure relative de la productivité physique intrasectorielle qui n'est autre que la productivité différentielle du travail global. Pour cette raison, la productivité valeur ou relative ne peut être considérée comme la défmition originelle de la productivité, rôle qui est dévolu à la productivité physique 1tp. Pour autant, la distinction entre productivité physique et productivité valeur n'est pas en soi contradictoire avec l'existence d'une proximité conceptuelle de la productivité physique avec la valeur en général, puisque celle-ci se définit comme l'inverse de la valeur unitaire. Mais paradoxalement, cette proximité ne constitue pas un argument pour procurer à la productivité physique du travail global une mesure absolue en valeur (hors productivité monétaire ou symbolique) qui, étant égale à 1t, cache en réalité une mesure, en termes relatifs, égale ou différente de 1 selon que le prix réel de vente est égal ou différent de VAu (cf. chap. prochain). A cette première difficulté, correspond également l'impossibilité pour la valeur unitaire de fournir une mesure directe de la productivité physique en valeur: étant spécifiques à la production des valeurs d'usage (calculées à leur tour sur la base d'une agrégation numérique), les productivités physiques doivent rester incommensurables (sauf pour la production d'une même marchandise) et empêcher toute comparaison intersectorielle dans l'espace en niveau absolu. A moins de confondre "productivité physique et productivité valeur", aucune conséquence économique légitime ne peut être tirée d'une comparaison, impossible à effectuer, entre productivités physiques de secteurs différents[lO].Partons pour cela de l'exemple suivant: le fait que la productivité du travail global soit de 10 tonnes dans l'industrie du fer et 1/1OOOèmede tracteur dans l'industrie du tracteur ne signifie en aucune façon que la productivité physique de l'industrie du fer