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PROTECTION DE L'ENFANCE ET COHÉSION SOCIALE DU IVe AU XXe SIECLE

De
328 pages
L'histoire du dispositif de la sauvegarde de l'enfance n'a de sens que située dans l'évolution des modèles familiaux, des modèles éducatifs et des modèles de l'action sociale. En effet, l'enfant abandonné, objet des normes sociales, est aussi sujet de la transformation des modèles sociaux. Ainsi l'enfant abandonné a été ce lui qui a permis de légitimer l'action sociale de l'Église, de la Royauté, puis de celle de la République.
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@ L'Hannattan, 1999 ISBN: 2-7384-7699-6

PROTECTION

DE L'ENFANCE SOCIALE

ET COHESION

DU IVe AU xxe SIECLE

TECHNOLOGIE DE L'ACTION SOCIALE
Collection dirigée par Jean-Marc DUTRENIT

Les pays francophones, européens notamment, sont très carencés en outils scientifiques et techniques dans l'intervention sociale. Il importe de combler ce retard. "Technologie de l'Action Sociale" met à la disposition des organismes, des praticiens, des étudiants, des professeurs et des gestionnaires les ouvertures et les réalisations les plus récentes. Dans cette perspective, la collection présente divers aspects des questions sociales du moment, rassemble des informations précises, garanties par une démarche scientifique de référence, permettant au lecteur d'opérationnaliser sa pratique. Chaque volume présente des méthodes et techniques immédiatement applicables. Au-delà, la collection demeure ouverte à des ouvrages moins techniques, mais rendant compte d'expériences originales, pouvant servir de modèle d'inspiration. Méthodes de diagnostic social, individuel ou collectif, modalités efficaces de l'accompagnement social de la rééducation et de l'insertion, techniques d'analyse et de prévision dans le domaine de l'Action sociale, modèles d'évaluation et d'organisation des services et établissements du secteur sanitaire et social, en milieu ouvert ou fermé, sont les principaux centres d'intérêt de cette collection. Améliorer l'expertise sociale pour faciliter l'intégration des handicapés de tous ordres à la vie quotidienne, tel est en résumé l'objectif visé. Ceux qui pensent que leurs travaux peuvent trouver place dans cette collection peuvent contacter:
Jean-Marc Dutrenit C/o L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 PARIS

Paul VASSEUR

PROTECTION DE L'ENFANCE ET COHESION SOCIALE DU IVe AU XXe SIECLE
Préface de A. BURGUIERE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

PREFACE
C'était une gageure de vouloir retracer l'histoire de la protection de l'enfance dans sa très longue durée, comme vient de le faire Paul VASSEUR en remontant jusqu'à l'antiquité tardive et la christianisation de la société. Mais c'est en même temps ce qui fait l'originalité de son essai. La difficulté était bien sûr de couvrir des périodes et des corpus documentaires si différents sur lesquels se sont édifiés des secteurs historiographiques spécialisés. L'avantage était de pouvoir combiner deux focalisations, une dualité plus familière à l'anthropologue habitué, pour reprendre l'expression de Claude LEVI-STRAUSS, à considérer les faits de culture à la fois "de près et de loin" qu'à l'historien. Cette dualité se retrouve bien sûr avec ses avantages et ses défauts dans le livre de Paul VASSEUR. La partie "de près", celle qui analyse la création et les aménagements récents de l'Aide sociale à l'Enfance, nous plonge peut-être plus que nous le souhaiterions, dans les arcanes des dispositions législatives et administratives. La partie "de loin", celle qui concerne les périodes plus anciennes de l'antiquité et du moyen-âge, reste nécessairement générale. L'intérêt d'une telle démarche est ailleurs. Toute exploration historique vise, en défmitive, à comprendre le présent. Dans les principes qui organisent les institutions actuelles, dans les normes qui régissent nos attitudes à l'égard de la naissance, de l'enfance, etc. qui nous font souhaiter ou accepter les innovations de la loi, peuvent resurgir des représentations mentales très anciennes. Dans notre présent survit un passé plus ou moins condensé qui peut, selon la conjoncture et le cheminement de nos manières de penser, reprendre force ou s'effacer. Il n'y a pas d'histoire moins linéaire que celle des institutions et des attitudes qui structurent la vie familiale. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse y déceler des signes de progrès incontestable: comme, par exemple, la baisse de la mortalité infantile qui se répand (lentement) en Europe occidentale à partir de la fin du XVIIIo siècle et surtout à partir de la révolution 5

pastorienne (tout comme la mortalité générale) ou l'essor de la scolarisation. La possibilité de quantifier le changement permet de dégager avec certitude sa direction, son intensité, mais non sa signification. Les historiens ont trop tendance, en revanche, à donner un caractère irréversible et une orientation univoque aux mutations qu'ils observent. Ainsi pour les structures familiales: certains ont cru voir le couple s'isoler des réseaux de la parentèle et le groupe domestique prendre une forme nucléaire au XVIIIo siècle, avec l'émergence de la société industrielle; d'autres dès le XIo siècle avec les grands défrichements et la naissance d'une société paysanne; d'autres enfin sous l'empire romain. Ces diagnostics sont peut-être tous pertinents. La famille nucléaire n'est pas née un beau jour, une fois pour toutes. La restructuration de la société englobante a pu, selon les époques, provoquer un resserrement des solidarités familiales qui se font bastilles pour affronter un environnement de moindre sécurité ou entraîner, au contraire, leur contraction au moment où l'Etat se substitue à elles dans l'exercice de l'autorité et les tâches de protection. Le livre pionnier de Philippe ARlES, L'enfant et la famille, avait puissamment stimulé la recherche historique parce qu'il montrait qu'une catégorie aussi naturelle et immuable, en apparence, que l'enfant était en fait un produit de l'Histoire ou plutôt le produit d'une reformulation au cours de l'Histoire. Mais de l'idée, avancée par lui, d'une profonde mutation de la conception de l'enfance à la fin du XVIIo siècle, certains historiens en ont déduit un peu rapidement que l'affection pour les enfants et, en particulier l'amour maternel, avaient été inventés à cette époque. La nouvelle attitude à l'égard de l'enfant décrite par Ph. ARlES procédait en réalité non pas d'une révolution affective mais d'une révolution mentale. Elle faisait de l'enfant une catégorie sociale distincte qu'il fallait tenir à l'écart du monde des adultes et surveiller étroitement en mêlant affection et contrainte. Ph. ARlES insiste sur l'ambivalence de cette transformation qui renforce à la fois la contrainte et l'attachement. Cette transformation concerne les normes, les représentations, non la vie émotionnelle elle-même. Rien ne prouve que l'affection pour les enfants ait été, au XVIIIo siècle, plus intense qu'auparavant. 6

Il y a, dans le comportement parental et surtout maternel, une part instinctive ou du moins méta-culturelle et commune à toutes les sociétés. C'est ce mélange de dispositions universelles et de normes changeantes dans les habitudes quotidiennes répondant aux sollicitations élémentaires de la vie qui donne à l'histoire des comportements familiaux un cours plus fluctuant que linéaire. L'erreur de Ph. ARlES est d'avoir présenté cette mutation comme une acquisition irréversible, reliée à un processus plus large de modernisation ou, du moins, de rationalisation. Or le maintien d'une forte mortalité infantile, au moins dans la première moitié du XVIIIo siècle, et la forte augmentation des abandons d'enfants qu'on observe dans les grandes villes, ne confirment guère l'influence de cette nouvelle image de l'enfant. Comme pour l'histoire des structures familiales, chacun ici croit voir le soleil se lever à sa fenêtre. Cette nouvelle sensibilité à l'égard de l'enfant à la fois plus attentive et plus directive, les médiévistes croient l'apercevoir déjà au XIIIo siècle et les antiquisants la voient naître sous la Rome impériale. L'apport peutêtre le plus important, dans les hypothèses de Ph. ARlES, est son insistance à souligner l'ambivalence de tout mouvement de mise en ordre du corps social: un progrès donc en termes de sécurité, de stabilité, de croissance économique; mais par l'effort de rationalité que la société déploie sur elle-même, ce mouvement modernisateur est pour l'individu, un facteur à la fois d'émancipation et de répression. Le déploiement de l'Etat s'inscrit dans une économie du pouvoir où, pour reprendre les analyses célèbres de Michel FOUCAULT, les nouvelles formes du savoir sécrètent de nouvelles formes de domination. On pourrait aisément étendre ce point de vue aux formes d'institutionnalisation récentes étudiées par Paul VASSEVR dans le dernier, et le plus long, chapitre de son livre. L'organisation de l'Aide sociale à l'Enfance, l'extension et la complexité croissante de ses missions représentent incontestablement un progrès pour la prévention et la prise en charge de la maltraitance ou de l'abandon d'enfants; progrès social par l'efficacité de l'aide qui leur est apportée; progrès juridique aussi dans la reconnaissance de leurs droits individuels y compris face à leurs parents et l'on ne peut, sans mauvaise foi, considérer comme un déficit de la liberté individuelle, le pouvoir qui est désormais donné à l'administration 7

d'intervenir, quand la situation l'impose, dans l'espace privé de la famille. Mais qui pourrait nier que cette extension du pouvoir d'intervention des institutions spécialisées, en faveur des enfants en grande difficulté, voire en danger dans leur famille, alimente la tendance de l'appareil d'Etat à renforcer son contrôle sur le corps social, à normaliser les conduites, à médicaliser les tensions et à imposer de la transparence là où une certaine opacité protégeait la vie privée? Pour comprendre l'ambivalence des choix collectifs qui s'affirment aujourd'hui, il nous faut remonter assez loin dans le passé. L'intérêt des pages que Paul VASSEUR consacre à l'apport de la christianisation est de nous faire retrouver, au moment où ils se mettent en place dans les institutions et surtout dans les esprits, des principes qui sont encore présents dans notre approche de l'enfance. On a souvent insisté, à juste titre, sur le rôle positif de l'Eglise en faveur de l'enfance, en particulier en raison de sa condamnation formelle de l'infanticide qui rompt avec le droit absolu de disposer de sa progéniture, reconnu par toutes les sociétés antiques et présent dans certaines sociétés extraeuropéennes (comme la société chinoise) jusqu'au XXo siècle. Mais il convient d'examiner la portée de cette révolution légale et mentale dans ses différentes dimensions. C'est au nom du respect de la vie et de la créature voulue par Dieu à son image que l'infanticide, considéré jusqu'alors comme le simple exercice d'un droit de propriété, devient pour l'Eglise l'un des crimes les plus graves. Aux droits illimités sur leurs enfants que la société romaine reconnaissait aux parents, l'Eglise ajoute des devoirs, ceux de les nourrir et de les élever. En réalité, dans la Rome encore étrangère au christianisme, nombre des nouveau-nés exposés échappaient à la mort, grâce à des ménages qui les recueillaient, tout heureux de les adopter. Or l'Eglise, sans l'interdire formellement, a mis plus d'insistance à décourager l'adoption (l'usage disparaît du droit français jusqu'à la Révolution) qu'à décourager les abandons d'enfants. A la pratique des oblats aux XIo et XIIo siècles (des enfants "offerts" à Dieu c'est-à-dire donnés à un couvent), succèdent, dans le bas moyen-âge, les hospices d'enfants trouvés 8

(les "Saints Innocents" de Florence est le prototype du genre) chargés de recueillir et d'élever les abandonnés. Comme l'Eglise condamne d'autre part toutes les manoeuvres contraceptives même chez les pauvres qui doivent, selon elle, faire confiance à la Providence pour subvenir à l'entretien des enfants qu'elle leur a donnés, elle entretient dans la population un comportement d'imprévoyance à l'égard de la vie qui suppose le relais des oeuvres d'assistance. Dans le prolongement de la foi dans la Providence, il y a l'Etat-Providence. Le XVIIIème siècle marque le passage de l'un à l'autre. Le pouvoir royal, qui assure officiellement la charge financière des enfants abandonnés quand les autorités locales sont défaillantes, doit augmenter la capacité d'accueil des hospices pour faire face à une forte croissance des abandons. Pour le Roi, ces enfants sont en principe tous le fruit d'unions illégitimes qu'il recueille pour éviter des infanticides et surtout protéger "l'honneur des familles". Mais les autorités se rendent compte par de nombreux indices (parfois des billets anonymes accrochés aux langes du bébé le disent) qu'il s'agit de plus en plus souvent d'enfants légitimes, abandonnés par leurs parents en situation de détresse, convaincus que l'autorité publique pourra les élever dans de meilleures conditions. Depuis le moyen-âge, l'Eglise et les magistrats civils encourageaient les ménages à prendre en charge les enfants trouvés "pour l'amour de Dieu", mais sans leur donner la possibilité de les adopter. L'adoption était permise comme acte de charité non comme acte juridique: se donner une succession, se prolonger en quelqu'un. Rétablie sous la Révolution, confirmée par le Code civil sur l'intervention personnelle du premier consul, mais de façon très restrictive, l'adoption, malgré des aménagements législatifs successifs, ne rencontre guère de succès jusqu'aux lendemains de la première guerre mondiale. Mais c'est surtout depuis une trentaine d'années, alors que les abandons d'enfants se sont considérablement raréfiés en France, que la demande d'adoptables s'est soudain amplifiée. Le fait que les couples désireux d'adopter n'hésitent pas à aller chercher dans les pays pauvres les enfants abandonnés qu'ils ne trouvent plus en France, pourrait donner à penser que les consignes anciennes de l'Eglise l'ont emporté et survivent dans les attentes actuelles; c'est le désir d'élever ("pour l'amour de Dieu") 9

qui prime, non celui de se prolonger dans un autre. Mais l'insistance des demandeurs à recueillir de très jeunes enfants, à leur redonner nom et prénom, montre qu'il s'agit bien aussi de "singer la nature" comme disait BONAPARTE, c'est-à-dire de donner à un autre la vie reçue, de renouer, après des siècles d'empêchement religieux, avec le cycle de la dette. Respecter l'enfant, le prendre en charge, c'est aussi, pour l'Eglise, exercer l'esprit de charité qui doit se tourner en priorité vers ceux qui sont les plus vulnérables. Ici se noue l'association du pauvre et de l'enfant qui va s'installer durablement dans l'imaginaire et la pensée sociale de l'Europe. L'esprit de charité auquel ils donnent la possibilité de s'exercer fait d'eux les leviers du salut de l'humanité pécheresse en attendant de devenir les leviers d'une politique d'assistance sociale. Avec la loi limitant le temps de travail des enfants en usine, c'est l'enfant qui joue le rôle de cheval de Troie de l'intervention sociale de l'Etat dans les entreprises, au XIXo siècle. Avec l'histoire de l'école maternelle, c'est le pauvre qui a été le tremplin de toute une extension de la prise en charge scolaire de l'enfant. Les premières "salles d'asile", ouvertes à Paris au milieu du XIXO siècle, accueillent les petits enfants du prolétariat que leurs mères doivent abandonner, pendant la journée, pour se rendre à l'usine. A la fin du siècle, Pauline KERGOMARD, élabore toute une pédagogie pré-scolaire adaptée à ce qui devient l'école maternelle. Le succès de cette pré-scolarisation, conçue à l'origine pour les pauvres, a été tel depuis la dernière guerre mondiale qu'elle attire tous les milieux et encadre la quasi-totalité de la classe d'âge, alors que la maternelle, ce que beaucoup ignorent, reste encore aujourd'hui hors de l'obligation scolaire.
André BURGUIERE

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INTRODUCTION
Le 28 mai 1996, dans une petite ville de Seine-et-Marne, deux jeunes adolescents sont attirés par les cris d'un nouveau-né qui provenaient d'un local à poubelles d'un immeuble. Le 2 août 1997, dans la même ville, un locataire découvre dans l'escalier de sa résidence un bébé âgé de quelques heures. Le journaliste qui relatait les faits dans la presse locale concluait son article par "Le bébé pendant trois mois sera confié à l'ASE". Et l'on aurait pu ajouter que, passé ce délai, l'enfant serait adopté. L'ASE qui signifie Aide Sociale à l'Enfance, est un sigle qui pour la majeure partie de la population n'évoque rien de précis. Mais, lorsque l'on parle de DDASS, ou mieux encore d'Assistance Publique, tout le monde comprend. Les gosses de l'Assistance, voilà une appellation qui marque encore notre présent dès que l'on parle des enfants placés. On ne se départit pas de son histoire, de son héritage, du jour au lendemain par le simple fait d'avoir changé de nom. En 1953, le service de l'assistance à l'enfance est devenu celui de l'Aide Sociale à l'Enfance. A l'exemple de ces deux faits, cette forme d'abandon d'enfant que l'on nomme l'exposition, nous renvoie à un autre temps. C'est parce que ce présent nous fait réfléchir, qu'il nous semble inévitable de nous interroger sur le passé de cette institution, sur son histoire, un réflexe incontournable pour qui cherche à comprendre.

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Une histoire Depuis Lucien Febvre1 et Benedetto Croce, le présent, par ce qu'il nous montre et par les événements qu'il révèle, nous incite à nous référer à une genèse. De fait "quelque éloignés dans le temps que semblent les événements qu'elle raconte, l'histoire en réalité se rapporte aux besoins présents et aux situations présentes dans lesquelles retentissent ces événements2", et "organiser le passé en fonction du présent c'est ce que l'on pourrait nommer la fonction sociale de l'histoire3''. Ces deux citations qui se complètent affirment l'idée que le présent doit interroger le passé et que sans présent il n'y a pas d'histoire. Dans la continuité, Fernand Braudel publie deux articles4 dont les titres sont évocateurs: "le présent explique le passé", "le passé explique le présent". Il annonce ainsi la nécessité que s'établisse une réciprocité, une dialectique pour faire émerger la plénitude d'une connaissance. Cette conception de l'histoire introduit la notion du temps. F. Braudel dans un article déjà ancien avait précisé comment l'on devait considérer le temps de l'histoire; il yale temps individuel, le temps des événements, le temps des cycles économiques, et le temps des structures. Du plus rapide au plus lent, les rythmes du temps s'imposent à l'histoire selon l'amplitude d'un fait que l'on doit appréhender. La longue durée favorise la reconnaissance de l'évolution des systèmes et des institutions.
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On peut définir une institution comme une orgamsation de pratiques qu'un système de pensée a élaborée5 et qui s'inscrit dans la durée. La durée n'est pas une notion informe. Elle est faite d'une succession de présents. Ainsi, chaque événement n'est intelligible qu'en référence à l'époque où il s'est produit. "Isoler les traits
1 FEBVRE L. : Combats pour l'Histoire, A. Colin, 1992. 2 CROCE B., cité par Legoff J. : Histoire et mémoires, Gallimard, 1988, p. 182. 3 CROCE B. : Histoire et mémoires, Gallimard, 1988, p. 190. 4 BRAUDEL F. : Écrits sur l'histoire, Flammarion, 1%9, p. 239 sq. et p. 255 sq. 5 FARGEA., FOUCAULT M.: L'Histoire, n° 154, 1992,p. 74. 12

pertinents d'une évolution par des procédures qui permettent de comparer et de hiérarchiser leur importance, désigner les formes d'interrogation entre différentes instances, différentes temporalités qui ont pu générer une crise, provoquer une rupture, ou au contraire assurer la stabilité d'une configuration économique ou politique: telles sont les composantes d'une démarche qui aspire à saisir, non seulement l'intensité, mais la nature des changements6". Il s'agit de construire une chaîne dynamique de signifiants pour ne pas s'arrêter aux seuls aspects immédiats qui se présentent. On peut dire aussi qu'une institution c'est "d'une part le processus qui conduit à reproduire ces règles, de l'autre l'organisation qui en découle et qui intègre ses membres dans un système de contraintes. L'instituant et l'institué sont les deux faces d'une même réalité dans la mesure où la structure et ses agents sécrètent sans cesse de nouvelles normes. Coo)Se reproduisant sous une forme organisée, plus ou moins complexe, l'institution porte en elle un rapport assumé ou problématique à son origine et à sa fondation7". Avec l'institution de la protection de l'enfance, nous sommes en présence d'une histoire, qui se découvre avec le christianisme. Depuis, les hommes n'ont pas cessé d'apporter à la question des enfants abandonnés des réponses qui ne pouvaient être qu'en conformité avec les mentalités et "l'outillage mental" de chaque époque! Ainsi comprendre cette institution, c'est l'approcher de l'intérieur pour reconnaître comment elle traduit dans sa pratique sa volonté de réguler l'état social de l'exclusion de l'enfant en fonction du contexte idéologique qui l'a établi. Il s'agit de montrer comment au fil des siècles les enfants exclus étaient recueillis puis élevés. Son mode d'admission et son mode d'éducation nous enseignent sur l'intérêt que la société a porté à ces enfants. Comprendre une institution, c'est appréhender son environnement extérieur qui lui donne sa raison d'être. C'est considérer les actes qui sont
6 BURGUlERE A. : "De la compréhension en histoire", AESC, n° l, 1990, p. 123 sq. 7 ABELES M. : "Pour une anthropologie des institutions", L'Homme. n0135, 1995, p. 73. 13

générateurs de l'exclusion de l'enfant et les actes qui ont pennis d'édifier sa protection tout au long de notre histoire. Premièrement, approcher l'histoire de l'enfance abandonnée c'est questionner les documents qui l'évoquent. Mais le rapport à l'écrit, jusqu'à une époque encore récente, n'avait pas pour objet de laisser un témoignage personnel sur la vie et les êtres, ceci est particulièrement vrai pour l'enfant: "finalement, à travers les sources, on travaille presque exclusivement sur ce qui parle de lui, et si rarement à partir de ce qu'il est, lui, de ce que ses parents peuvent en dire, et de ce qu'il peut relater lui-même de ses propres activités ou de ses propres réseaux de sociabilité. On le cerne à travers des préoccupations morales et éducatives écrites à son sujet par des élites éclairées, ou bien à travers des courbes de vie et de mort ou des taux d'abandons d'enfants. On raisonne sur l'attention "officielle" que lui porte la société, sans bien entrevoir ses liens avec les structures familiales et sociales, sans pouvoir le faire devenir sujet de sa propre histoire8". L'enfant abandonné, contrairement aux autres enfants, nous a laissé plus d'infonnations sur son sort. Pour cela, il nous faut consulter les actes officiels, religieux, juridiques ou civils qui prennent position à son sujet. Tout particulièrement, les documents qui traitent de la pauvreté nous enseignent davantage. Pendant longtemps, l'histoire de l'enfance abandonnée se confond avec celle de la pauvreté. L'enfant tout au long de notre histoire a été un enjeu. De son éducation, de sa reconnaissance, dépend l'avenir de la société; plus encore, l'affirmation d'un modèle de société. L'enfant abandonné, parce qu'il est sans attache, est révélateur de l'affinnation des pouvoirs, qui se matérialise au travers des systèmes spécifiques pour sa protection. L'enfant exclu a fait agir et a fait réagir. Selon les époques, les actions entreprises mettent en avant une réponse dont on peut lire les continuités jusque dans notre présent avec le service de l'ASE. L'accueil, le placement, sont les constantes des différents systèmes qui ont été réalisés pour faire face à la situation des enfants abandonnés. Leur donner une éducation et leur pennettre de devenir des adultes étaient, et sont
8 FARGE A. : lA vie fragile, Hachette, 1986, p. 60.

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encore, l'enjeu de la sauvegarde de ces enfants. Certes, au fil du temps, il y a eu des modifications, des adaptations, mais jusqu'à une époque récente les mêmes principes agissaient et subsistent encore. On perçoit les mêmes archétypes. C'est plus tard, quand la prévention est instituée que des actions différentes sont alors devenues possibles. Ce sont des actions globales, mais aussi des actions spécifiques, au rang desquelles il y a l'action éducative, un grand changement dans les pratiques. L'action éducative en milieu ouvert, depuis les textes de 1958 et 1959, a permis une autre forme d'intervention qui se caractérise par son lieu d'exercice, au sein de la famille ou auprès d'un enfant nommément désigné. On aurait alors pu penser que l'action éducative allait se substituer en grande partie au système traditionnel accueil-placement. Il n'en est rien, l'institution a continué à être. Elle semble immuable. Deuxièmement, aborder l'histoire de la protection de l'enfance, c'est la situer dans l'histoire de l'évolution et des transformations des modèles familiaux, des systèmes éducatifs et de l'action sociale. La mise en perspective de ces trois domaines est nécessaire à la compréhension de la problématique de l'enfance abandonnée. En effet, l'organisation de la protection de l'enfance n'a de sens que dans l'interaction des sphères qui ont une incidence directe sur l'existence et la situation des enfants abandonnés, la famille, l'éducation de l'enfant et l'action sociale. Ces trois domaines sont liés: la famille, parce qu'elle peut être un lieu d'intégration ou un lieu d'exclusion pour l'enfant, l'éducation de l'enfant, parce qu'elle peut être familiale ou institutionnelle, et l'action sociale, parce qu'elle peut être charitable ou éducative. Pour chaque période historique nous présenterons ces trois domaines en mettant en évidence les actes et les pratiques dont l'enfant abandonné a été soit la cause, soit la conséquence. Dans l'une ou l'autre de ces situations l'enfant abandonné a eu un rôle important dans l'évolution sociale de notre société. C'est parce qu'il y a eu des enfants abandonnés qu'un système éducatif et qu'un système de protection et de prévention familiale, sanitaire et sociale ont pu exister.

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Une histoire sociale et culturelle

Notre propos n'est pas de réécrire une histoire de l'action sociale, une histoire de la famille, une histoire de l'éducation et une histoire de l'enfance abandonnée. Elles existent déjà, écrites par d'illustres historiens. Des études que nous utiliserons largement. Notre propos est différent. Il s'agit de comprendre comment la société, tout au long de notre histoire, a organisé la protection des enfants abandonnés. Nos interrogations pour mener à bien notre recherche sont de deux ordres: 11 Comment à chaque époque de notre histoire la société a assuré la protection des enfants abandonnés: en quoi les dispositifs mis en place étaient différents et en quoi ils avaient des points communs? 2/ Comment ces dispositifs de sauvegarde de l'enfant ont participé à la cohésion sociale puisqu'ils devaient réguler un état social marginal? La réponse à ces deux questions nous permet de retracer l'histoire de la protection de l'enfance abandonnée. La définition que nous donnons ici à l'enfance abandonnée est prise dans son acception la plus large, bien qu'initialement l'abandon soit une situation précise et concrète dans laquelle l'enfant se trouve. En effet, il nous a semblé qu'indépendamment des différents statuts sociaux et juridiques qui ont évolué au fil du temps, il y a toujours un abandon physique, moral ou social à l'origine du ou des dispositifs qui interviennent en faveur de l'enfant rejeté.

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Chapitre

1

LES TEMPS ANCIENS
Dans la mythologie grecque et romaine ainsi que dans les écritures hébraïques, nombreux sont les récits d'enfants abandonnés au destin exceptionnel, comme Moïse, Romulus et Rémus, Cyrus. Mais dans la réalité le sort des enfants abandonnés est tout autre. Pendant la période de l'Antiquité, en France, deux civilisations sont en présence, la culture romaine et la culture celte. Chacune a une organisation sociale bien différente. L'une est érigée sur la cité, l'autre sur le clan. A partir de cette conception un système spécifique de relations sociales a pu se développer. La société romaine avait placé la famille sous l'autorité du père qui décidait de la vie et de la mort de tous ceux qui habitaient sous son toit, tout particulièrement pour les enfants qu'il pouvait exclure à sa guise. Cette pratique du pouvoir familial se retrouve aussi, pour les plus riches, dans les gestes qu'ils adressent aux pauvres: du pain et des jeux. L'évergétisme symbolise la puissance absolue de celui qui veut satisfaire sa souveraineté. A l'opposé, la société barbare est fondée sur le clan. Sous l'autorité d'un chef s'organise la vie sociale d'un groupe de familles selon des relations ~ bien codifiées. La solidarité entre les membres favorise l'entraide et la protection mutuelle. La cohésion du groupe devait prévaloir avant tout. Dans ce contexte le lien social qui unit la communauté ne "permet" aucune exclusion de l'enfant. Par la suite, avec la religion chrétienne, se diffuse en Occident un nouveau message. Pour un croyant, seule doit compter sa quête du salut. C'est une recherche personnelle qui passe par des actions charitables à l'adresse des 17

pauvres et des enfants. La misère devient une source d'expérience spirituelle. La protection des faibles devient sa mission.

L'HÉRITAGE DE ROME
La société romaine a édifié une organisation sociale fondée sur la "familia". Ce terme désigne "l'ensemble du personnel servile attaché à un maître et à une maison, avec une signification exclusivement domestique, et sans aucune référence à la parenté9". Ainsi, les liens de sang ne sont pas uniquement ceux qui déterminent la création et la pérennité de la familia. Dans ce contexte, l'adoption joue un rôle important puisqu'elle permet au système de la familia de toujours pouvoir consolider son avenir. Elle a un rôle particulier parce qu'elle sert directement le pouvoir de l'adoptant en assurant la transmission du patrimoine. Cette règle de l'adoption, qui établit les familles en dehors de la nécessité d'une filiation directe, relègue le mariage à un contrat provisoire. Seuls l'accord des parents et la volonté des futurs époux suffisent pour que le mariage se réalise, un acte simple réservé aux citoyens libres. La classe servile, jusqu'au Hème siècle avant JC, n'a pas le droit de contracter de mariage. Son extension à toute la société romaine enlève au mariage "sa spécificité politique pour gagner en reconnaissance domestique: ceux qui n'avaient pas droit au patrimonium (les esclaves) n'en vivaient pas moins en couplelO"
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Le mariage est la manifestation du pouvoir de l'homme

dont la femme est l'objet. Mariée vers quinze ans, elle devra être mère avant l'âge de vingt ans car sa fonction principale est de porter les enfants de son mari, l'héritier qu'il attend. Fille ou garçon, l'enfant appartient au père et reste attaché à sa maison. Quand l'union n'est plus nécessaire, la femme est rendue à sa famille. Le divorce est prononcé très rapidement si elle ne peut avoir d'enfant. En 18 avant JC, Auguste interdit le célibat aux hommes et aux
9 GUICHARD P. : Histoire de lafamille, A. Colin, 1986, tome l, p. 279. 10 mOMAS y. : Histoire de lafamille, A. Colin, 1986, tome l, p. 227. 18

femmes de 25 à 60 ans. Il impose fiscalement les ménages sans enfants et octroie des privilèges aux familles de plus de trois enfants. Ces dispositions déclenchent une quête de femme procréatrice, ainsi s'organisent une circulation et un échange de femmes fécondes. Devant l'ampleur de ce phénomène Auguste autorise les hommes libres, à l'exception des sénateurs, à se marier avec des affranchies. Quoi qu'il en soit la femme est toujours placée sous l'autorité du mari, le "pater familias". Le pouvoir du père définit la famille, le Pater Familias est le maître des biens et des personnes. C'est l'autorité suprême qui gouverne la famille. Le pouvoir du père est présent dans tous les actes de la vie, mariage, divorce, répudiation, reconnaissance des enfants. Le Pater est celui qui donne la vie et la mort. Ce n'est pas celui qui engendre mais c'est celui qui se déclare comme tel, celui qui commande. Il est maître de la vie. Il peut corriger ou vendre son enfant. A partir du Hème siècle, il y a une première atténuation de son autorité, le droit inscrit l'obligation alimentaire des pères envers leurs enfants légitimes ou non. En ce qui concerne les droits de succession, il a toujours un pouvoir sans limite. Il choisit son héritier. L'émancipation de l'enfant et la constitution du pécule atténuent un peu cette autorité. Principalement le Pater familias établit un ordre familial qui est aussi politique, car "le père, en tant que tel, est investi de fonctions disciplinaires qui viennent en concurrence avec le châtiment pénalll". L'ordre familial ne s'appuie que sur la reconnaissance de l'enfant par son père. A la naissance, le geste symbolique de soulever l'enfant si c'est un garçon ou de le remettre à la mère si c'est une fille, crée le lien filial. Le contraire est synonyme d'exclusion. Dans les familles aristocratiques, une fois accepté par le père, l'enfant est remis à plusieurs nourrices pour que ne s'établissent pas de liens affectifs. Les nourrices, sur les conseils avisés des médecins, le nourrissent, lui prodiguent les soins d'hygiène et remodèlent son corps. Tête, nez, hanches, genoux et chevilles sont remodelés par leurs mains expertes selon les normes esthétiques de l'époque. Pour parfaire cette transformation, le corps de l'enfant est ensuite comprimé dans des bandelettes.
11 mOMAS y. : Histoire de lafamille. A. Colin, 1986 tomeI, p. 228. 19

Eire enfant à .Rome
Durant l'antiquité, le portrait que nous avons des enfants reflète les attitudes partagées entre un "état naturel pervers" (Platon), et une "culture de la nature" (Sénèque). Les médecins et les pédagogues s'intéressent à leurs agissements. Une classification selon l'âge s'opère. A chaque étape de leur croissance ils sont intégrés davantage à la vie de la société, jusqu'à devenir des citoyens pour les garçons et des épouses pour les filles. Les stoïciens ont été les premiers à repenser l'éducation des enfants. Ils prônaient l'allaitement par la mère naturelle, alors que la pratique courante était la mise en nourrice. Ils refusaient le châtiment corporel, l'exposition des enfants, et rendaient les parents responsables de leur éducation. Une nouvelle morale devait s'établir dans le respect de son enfant. L'enfant, être innocent et pur, décrit par les stoïciens, trouva dans la religion païenne l'hommage à ses qualités. Il aidait aux sacrifices et ses paroles étaient écoutées. Il était aussi utilisé pour la divination; les dieux, par sa bouche, exprimaient leurs messages. L'envers de cette présentation était le sort réservé aux enfants mis en nourrice, sans surveillance, aux orphelins qui devaient vivre avec une marâtre, aux bâtards, aux enfants exposés, aux enfants esclaves et aux enfants sacrifiésl2. Chez les juifs, dans des circonstances exceptionnelles, le sacrifice à Dieu des enfants par leurs parents est attesté dans les écritures hébraïques. Il yale roi Moab qui sacrifie son fils en signe de deuil, Jephé qui tue sa fille en l'honneur de Dieu, et pour le plus connu, le sacrifice du fils d'Abraham exigé par Dieu 13. En Grèce, à Sparte, quand un enfant naissait, le père le portait au "Lesché", lieu où siégeaient les anciens. C'est là que se décidait la vie ou la mort de l'enfant. S'il était bien formé, il vivait. Dans le cas contraire, les anciens l'envoyaient au précipice du Taygète. A Athènes, le père pouvait tuer ou exposer son enfant. A Thèbes, seule était permise la vente comme esclave. Des peuples comme les Chaldéens, les
12 CHAUVIN P. : "Antiquité: le scandale des enfants abandonnés", L'Histoire, n° 72,1984, p. 30. 13 BOSWELL J. :Au bon cœur des inconnus, Gallimard, 1993, p. 106. 20

Phéniciens ou les Carthaginois auraient sacrifié des enfantsl4. A Rome, le père pouyait tuer son enfant, seulement s'il était difforme, un pouvoir conféré par la loi des Douze Tables (450 avant JC). L'infanticide, l'exposition, la mutilation étaient des pratiques courantes et n'étaient pas considérés comme des crimes, la vente d'enfants non plus. Un père pouvait vendre son fils jusqu'à trois fois. Mais, plus souvent, pour se débarrasser d'un enfant trop encombrant, il l'exposait. L'exposition de l'enfant est liée à la fondation de Rome avec Romulus et Rémus. Une forme rituelle qui se veut être un substitut à l'infanticide dont les raisons sont pour les riches d'éviter une division du patrimoine ou de cacher les fruits d'un amour prohibé et, pour les pauvres de se défaire d'un enfant qu'ils ne pouvaient élever. ''Je n'avais autrefois que de pauvres ressources. J'en étais là lorsque me naquit une fille. J'hésitais à l'élever, pauvre comme je l'étais; aussi je lui mis ces parures, comme signes de reconnaissance, et l'exposais (Ys" C'est le père qui décide, "qu'on le fasse périr". L'enfant dont la destinée est remise entre les mains des Dieux, sera déposé à la colonne du lait. Des couples en mal d'enfant pouvaient ainsi les recueillir et les élever. C'était là l'espoir secret des parents qui déposaient leur enfant à cet endroit. Mais l'avenir de ces enfants n'était pas toujours aussi enviable. Souvent, ils étaient pris par des personnes sans scrupule qui les vendaient comme esclaves. Les filles étaient plus sujettes à l'exposition que les garçons, "un fils, n'importe quel père l'élève, même s'il est pauvre; une fille, on l'expose, même si on est riche", disait le poète Poseidippos. Généralement, elles étaient recueillies pour le commerce de la prostitution. Dans la plupart des cas, garçons ou filles étaient mutilés pour mendier.
14 BRIQUEL-CHA TONNET F. : "Le sacrifice des enfants chez Carthaginois", L'Histoire, n° 125, 1989, p. 74. 15 NERAUDAU J.P. : Etre enfant à Rome, Les Belles Lettres, 1984, p. 194. 21 les

"On assigne à chacun son mal comme un métier: celui-ci a les membres droits, et si rien ne contrarie la nature, se distinguera par sa taille élevée, qu'on les brise de telle sorte qu'il ne puisse se relever de terre, mais qu'il rampe sur les os désarticulés de ses pieds et de ses jambes. Celui-là a les yeux admirables: qu'on les enlève de l'orbite16" Sénèque. Cette coutume romaine d'exposer les enfants n'est pas partagée par tous. A partir du Hème siècle quelques voix s'élèvent contre ces agissements17. On commence à apercevoir l'influence des idées chrétiennes.

. "Nous pensons que c'est tuer un enfant que de l'exposer",
Athénagoras.

. "Qu'importe que l'on immole ses enfants par religion ou par caprice, c'est toujours un infanticide", Tertullien (155230), et il ajoute: "Vous le voyez, vous les faites mourir de froid ou de faim, vous les donnez à manger aux chiens".

. "Vous n'immolerez pas le nouveau-né, car tout être formé dans le sein de sa mère a reçu de Dieu une âme et sera vengé si on le fait périr injustement", Origéne (185-253).
Pour autant la pratique de l'abandon ne cesse pas et aucune instance ne vient en aide à ces enfants, uniquement le "bon cœur des inconnus 18". La survie de l'enfant ne tient qu'à des actes individuels ainsi qu'il en est pour tout ce qui régit les rapports entre les forts et les faibles, entre les riches et les pauvres. C'est ce que l'on nomme l'évergétisme.

16 NERAUDAU J.P. : Etre enfant à Rome, Les Belles Lettres, 1984, p. 199. 17 CAPUL M. : Infirmité et hérésie, les enfants placés sous l'Ancien Régime, Privat, 1989, pp. 22 et 23. 18 BOSWELL J. : Au bon cœur des inconnus, Gallimard, 1993. 22

L'évergétisme

L'évergète est un bienfaiteur public19, de riches notables municipaux, des sénateurs ou l'empereur lui-même. Ils adressent leurs dons à la plèbe urbaine, soit sous la forme de distributions de vivres ou d'argent, soit pour la construction ou la rénovation d'édifices publics, temples, amphithéâtres, aqueducs, routes. Ils organisent aussi des combats de gladiateurs, des concours d'athlétisme, des courses de chars. C'est dans la destination du don que l'évergétisme trouve toute sa signification. Le geste d'un notable, volontaire mais obligatoire, n'a pas pour but de venir en aide aux pauvres. L'évergétime n'est pas un geste charitable. Ce sont des libéralités mises à la disposition de la cité et non à destination des pauvres. L'évergète romain est au service de la collectivité dans son ensemble, car la perception qu'il a de la société n'est pas celle d'une société inégalitaire. C'est une société de citoyens "le mot de pauvre est propre au vocabulaire des juifs et des chrétiens; le paganisme ignore cette notion2o". Le don de l'evergète est un acte civique. Toutefois, lorsque les récoltes sont mauvaises, l'État organise des distributions gratuites de blé ou le vend à très bas prix. Le pain est nécessaire à la vie des hommes et, quoi qu'il advienne, l'État doit garantir le pain pour tous. Cette distribution se transforme sous César par la remise de "bourses de blé". A cette disposition sociale, Trajan (98-117) substitue les "alimenta", une sorte d'allocation que l'empereur verse aux familles pour leur permettre d'élever leurs enfants. Le principe des "alimenta" est fondé sur un système de prêt accordé pour l'achat de terre à cultiver. Les intérêts perçus sont destinés aux fonds qui paient la pension des enfants. Un système original qui vient compléter les distributions de blé. Puis sous Septime Sévère (193-211), au blé vient s'ajouter l'huile. Sous Aurélien (271-275), le blé est remplacé par du pain et il étend les distributions à la viande de porc et au vin. La société romaine au cours de son évolution a établi les bases d'un dispositif de redistribution entre riches et pauvres, tout en laissant une place importante à l'évergétisme.
19 VEYNE P. : Le pain et le cirque, Seuil, 1979, p. 15. 20 VEYNE P. : Le pain et le cirque, Seuil, 1979, p. 59. 23

Mais, dans certaines parties de l'empire des dispositifs plus solidaires commencent à exister. Notamment, en Gaule, pendant la paix romaine, apparaissent des "solidaritates" et des "cojurationes". Ce sont des associations de gens de métiers ou de marchands qui se réunissent pour festoyer ou pour tenir des assemblées religieuses, voire politiques. La réunion de gens qui partagent la même origine sociale, professionnelle ou religieuse est créatrice d'un esprit de solidarité et d'actes d'entraide. Dès le Hème siècle, les chrétiens fondent "une caisse pour secourir la veuve, l'orphelin, le pauvre, le vieillard, le malade, et le captif21". Avec l'ère chrétienne, la tradition évangélique, saint Mathieu et saint Luc, situe la pauvreté dans la perspective du salut qui s'articule autour de deux pôles; la béatitude des pauvres et la malédiction des riches. Le Christ appelle à vivre une pauvreté concrète, dans l'humilité et la maîtrise des passions. Cette conception de la pauvreté fait la différence entre la pauvreté choisie, avoir l'âme pauvre, et la pauvreté subie. "Heureux les pauvres en esprit, mais malheur à ces pauvres qui, dénués de Dieu, plus encore que de biens terrestres, ne se nourrissent pas de sa justice", saint Luc. Ainsi est posée la notion de pauvreté par les pères de l'Église. Les préceptes de l'Église pour venir en aide à cette pauvreté-là, interpellent les nantis selon la parole du Christ "Donne je te rendrai, donne à l'homme bon, mais ne viens pas en aide au pêcheur. " L'aumône doit être sélective. Mais comment faire? "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés", saint Luc. Ainsi, pauvre pêcheur ou pauvre nécessiteux, dans le doute, seront sans distinction aumônés de la même façon. Pauvreté réalité sociale, pauvreté réalité spirituelle, sont deux acceptions d'un même état. Une nouvelle conception de la réalité sociale qui changera complètement les rapports humains.

21 VEYNE P. : Le pain et le cirque, Seuil, 1979, p. 52. 24

Les premières actions chrétiennes
La cohésion du système religieux repose sur les actions salutaires auxquelles tout chrétien doit s'adonner. A côté des grandes actions pénitentielles qui restent épisodiques dans la vie d'un chrétien, la prière salvatrice pour soi au même titre que l'aumône doit être un geste quotidien. Par définition l'aumône s'adresse aux pauvres, le pauvre dans lequel on reconnaIt l'image du Christ. Un exemple pris par les premiers ordres religieux pour être, dans cette expérience, au plus près de Dieu. En échange de l'aumône reçue, le pauvre doit à son donateur la prière pour son salut. La valeur purificatrice de la pauvreté est rédemptrice. "L'aumône est le fruit d'une notion morale du don et de la fortune d'une part, et d'une notion de sacrifice de l'autre. La libéralité est obligatoire parce que la Némésis venge les pauvres et les dieux de l'excès de bonheur et de richesse de certains hommes qui doivent s'en défaire: c'est la vieille morale du don devenue principe de justice, et les dieux et les esprits consentent à ce que les parts qu'on leur en faisait et qui étaient détruites dans des sacrifices inutiles servent aux pauvres et aux enfants (...) le don aux enfants et aux pauvres plaît aux morts22". Les premières interventions publiques conformes à l'esprit chrétien, nous les devons à l'empereur Constantin (306-337). En 313, par l'édit de Milan il accorde la liberté religieuse aux chrétiens. "Interdiction aux municipalités païennes d'obliger les chrétiens à célébrer les sacrifices; dispense des munera pour les clercs. Permission d'opérer les affranchissements à l'Église. Permission de tester en faveur de l'Église. Repos obligatoire du dimanche. Abolition des peines portées contre le célibat23." Il s'ensuit des dispositions en faveur des pauvres, telles que l'exemption fiscale pour ceux qui se livrent aux petits métiers. Constantin, premier empereur chrétien, en 313 institue les secours aux enfants pauvres:
22 MAUSS M. : Sociologie et anthropologie. PUF, 1985, p. 169. 23 LOT F. : Lafin du monde antique et le début du moyen âge, A. Michel, 1968, p.45. 25

"Si quelque père a des enfants auxquels sa pauvreté l'empêche de donner des aliments, et des vêtements, ayez soin que notre fisc et même notre domaine leur en procurent sans délai, car les secours à donner aux enfants qui viennent à naître ne comportent pas de retanJ24. "

Il interdit de vendre les enfants. Suite à cette mesure, en 318, un édit décrète que l'infanticide comme le parricide sera, de la même manière, puni de la peine capitale. Enfin, en 331, il autorise ceux qui recueillent un enfant exposé à l'adopter, sans possibilité à ses parents de le reprendre. Ces dispositions seront ensuite reprises par l'édit de Gratien en 374, avec, en plus, le rappel au père du devoir de nourrir son enfant. L'infanticide, l'avortement et l'exposition d'enfants sont condamnés de la même manière par la justice. Ils sont considérés comme des meurtres. A la même époque, l'empereur Valentinien prend des mesures à l'intention des pauvres. En 368 il crée les défenseurs de la plèbe afin de protéger les plus faibles contre les riches propriétaires. Puis, sous Théodose on assiste au développement d'une pratique nouvelle qui va à l'encontre des tentatives du pouvoir de prémunir les pauvres contre les puissants. C'est le patrocinium25. Le pauvre "volontairement" demande la protection d'un "patron". Ce dernier lui apporte son soutien devant les juges et le fisc. En contrepartie le pauvre lui donne ses biens et son travail. L'Empereur Théodose, en 380, proclame par l'édit de Thessalonique que le christianisme est la religion officielle de l'empire. En 438, le code Théodosien réaffirme la protection des pauvres et de l'enfant. En Occident ce sont les Conciles de Vaison (442) et d'Arles (452) qui dictent les premières mesures de protection des enfants abandonnés.

24 CHARPENTIER 1. : Le droit de l'enfance abandonnée 1557-1791, PUF, 1967, p.33. 2S LOT F. : La Gaule, Fayard, 1967, p. 318. 26

"Celui qui recueillera un enfant abandonné le portera à l'église, où il sera certifié. Le dimanche suivant, le prêtre annoncera aux fidèles qu'un nouveau-né a été trouvé, et dix jours seront accordés aux parents pour reconnaître et réclamer leur enfant. S'il n'est pas réclamé, on s'adresserait aux fidèles" pour le recueillir26. Ces deux conciles marquent le passage de la générosité antique à la charité chrétienne, puis ce sera celui de la Diaconie à la Matricule et à l'hospitalité monastique. A son déclin l'empire se divise en un Orient gréco-romain et un Occident barbare.

LE LEGS DES PEUPLES BARBARES
Avant la conquête romaine, bien enracinée sur le territoire de la Gaule depuis de nombreux siècles, existait la civilisation celtique. La société celte s'est édifiée sur le regroupement des hommes et des femmes qui ont des ancêtres communs et qui vivent sous le même toit: la famille. La réunion de plusieurs familles forme un clan. La force d'un clan est la cohésion qui règne entre les familles. Le père a toute autorité sur sa femme et ses enfants. Pour ne pas mettre en cause la stabilité du clan, dans la société gauloise, existe la pratique de la mise en nourrice des enfants sous la direction d'un père de remplacement. Les nobles, polygames, placent leurs enfants surtout pour éviter toute rivalité entre eux. Les enfants trouvés ou orphelins bénéficient, aussi, de cette disposition. Le géniteur n'est pas le meilleur éducateur, alors la paternité nourricière se substitue à la paternité "biologique". Avant de porter les armes vers quatorze ans, une maison dite la "maison des hommes27" accueille les grands garçons pour les y éduquer.
26 DUPOUX A. : Sur les pas de Monsieur Vincent, Edition Assistance Publique, 1958, p. 7. 27 ffiJBERT H. :j.,es Celtes et la civilisation celtique, A. Michel, 1974, p. 219. 27

Cette pratique a aussi pour fonction de mettre à distance les jeunes hommes des femmes qu'ils n'ont pas le droit d'épouser. Cette institution est le "fosterage". Cette coutume inscrit l'enfant en plus de sa filiation naturelle, dans une filiation nourricière que l'on peut considérer comme un lien de parenté. Ce lien est juridiquement codifié par des droits et des devoirs réciproques entre le père nourricier et son pupille. Par ces pratiques, l'enfant est à l'origine de la stabilité des liens sociaux et familiaux. L'enfant est le sujet à partir duquel se formalise la structure des liens. Le mariage à l'essai qui s'officialise seulement avec la naissance de l'enfant renforce davantage la place déterminante qu'a l'enfant dans la constitution des familles. Cette interdépendance des liens au sein d'un même clan en assure la cohésion. La société celte dans son organisation familiale, autour de l'enfant, avait trouvé un équilibre entre les pouvoirs de chacun et l'intérêt de tous. Plus facilement, la solidarité peut s'exprimer à l'intérieur de ce vaste espace domestique. L'entraide fonctionne selon le principe de la réciprocité28 qui parfois engage la famille dans son ensemble. Chacun se sent redevable envers son allié ou son parent. Lorsque l'un des membres d'une famille a commis un délit ou un crime, c'est toute la famille qui est responsable et qui doit acquitter les réparations. Ce type de lien, dans une société guerrière comme l'était la société celte, crée entre le chef et ses soldats un rapport de clientèle. Le puissant est généreux envers les faibles et le faible en retour est dévoué à son chef jusqu'à la mort. Une cérémonie publique scelle l'engagement29. Des dons sont échangés. Le rituel est celui de l'hommage d'un vassal à son seigneur. Ce rapport d'allégeance structure fortement les rapports sociaux qui prennent la forme d'échange d'objets, de services et de femmes lors de fêtes et de festins3o. Ainsi la société se régule dans le cadre d'un système de liens de solidarité et de dépendance. Ces liens suffisent à garantir la cohésion sociale du clan en octroyant à chacun un rôle et une fonction en étroite appartenance avec son entourage. L'organisation sociale de la société celte préexistait à l'arrivée des légions romaines. Après la conquête de la Gaule par César, une nouvelle
28 HUBERT H. : Les Celtes et la civilisation celtique, A. Michel, 1974, p. 226. 29 GRENIER A. : Les Gaulois, Payot, 1970, p. 156 et p. 189. 30 HUBERT H. : Les Celtes et la civilisation celtique, A. Michel, 1974, p. 212. 28

société se constitue dans laquelle la culture celte et la culture romaine se mêlent. Lors des invasions barbares au lIIème siècle, les Francs et les Allamans déferlent sur la Gaule jusqu'en Auvergne. Avec leur venue c'est le retour à des conceptions d'essence celtique: elles président à l'organisation sociale de la famille, des solidarités domestiques et de la place de l'enfant. Dans ce système la femme en reconnaissant l'enfant est la garante de la cohésion du clan et de la famille.

La famille du Haut Moyen Age
La vision que nous avons de la famille du Haut Moyen Age nous est donnée principalement par les codes juridiques. L'exemple est le Code Théodosien établi entre 313 et 438. Ce code, premier instrument écrit des règles de droit, a marqué son temps par la révision et la modération des droits du Pater Familias envers ses enfants et sa femme. "On avait protégé le patrimoine personnel de la femme par une distinction très nette établie entre le patrimoine familial et ses biens propres; ces derniers formaient une masse, la dot, dont le mari avait la propriété toute théorique et dont la consistance était sauvegardée par diverses mesures, en particulier par l'interdiction d'aliéner les immeubles dotaux sans le consentement de la femme. En cas de divorce, la femme était assurée de reprendre ainsi l'intégralité de sa dot immobilière. Quant à sa situation personnelle, l'épouse était parvenue à se soustraire à l'emprise maritale3I"/ A la chute de l'empire romain, apparaissent le Code Euric (476), le bréviaire d'Alaric en 506 chez les Wisigoths, et le code Gondebaud au début du VIème siècle chez les Burgondes. Ce dernier conférera une certaine homogénéité à l'ensemble des droits des peuples germaniques qui avaient des pratiques très différentes, notamment au sujet de la famille. "Dans l'espace saxon, anglosaxon et scandinave, effleuré par le christianisme, le clan familial reste le seul régulateur des fonctions de la famille (...) en deçà du
31 IMBERT 1. : Histoire du droit privé, PUF, 1979, p. 8.

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limes rhéno-danubien, la famille conjugale ou nucléaire impose l'établissement de rapports patrimoniaux entre époux, la codification de deux pouvoirs inégaux: le premier, matriarcal, s'exerce dans la famille, le second, patrimonial, dans la politique au sens de l'organisation sociale32". La famille est formée de tous ceux qui dorment sous le même toit et qui sont dépendants de la maison, frères, cousins et compagnons d'armes. Par le jeu des unions, la famille "a donc une vocation économique, culturelle et sociale33". La solidarité, qui unit tous les parents par le sang, plus que les pouvoirs du chef, est privilégiée. La Sippe, règle de droits et d'interdits, organise les liens familiaux, l'autorité du père, la place des oncles et des grands-parents. Elle exclut les femmes de la succession tant qu'il y a des héritiers mâles. "Le pouvoir du Chef de famille est conçu comme une mesure de protection envers ceux qui, incapables de porter les armes, ne peuvent se défendre eux-mêmes, les femmes et les enfants34". C'est le Mundium. D'origine germanique, la Sippe gouverne le clan. Un conseil d'aristocrates règle la paix, la guerre et la vie économique. Si elle est d'origine anglo-saxonne la Sippe fait davantage référence à une règle qui établit les liens sociaux entre différents clans. Tout le système des alliances, de la parentèle, de l'économie domestique est fondé sur la puissance guerrière du clan. La vie sociale et la vie militaire sont rythmées au gré des échanges matrimoniaux. Les enfants et les jeunes gens sont, dans ce contexte, les valeurs qui garantissent la stabilité du système. Cette communauté est dirigée par le maJ,rre de maison, qui a le droit de châtiment corporel sur tous ceux qui y vivent. Ordinairement, la tutelle des enfants relève jusqu'au Xème siècle des agnats autant que de la parentèle. La tutelle globale des biens et des personnes est réglée par la communauté villageoise. La cohérence socio-économique de la construction des familles exige une combinaison harmonieuse entre les alliances
32 GUICHARD P. : Histoire de lafamille, A. Colin, 1986,tome I, p. 294. 33 CUVILLER J.P. : Histoire de lafamille, A. Colin, 1986, tome I, p. 296. 34 IMBERT J. : Histoire du droit privé, PUF., 1979, p. 14. 30