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R D CONGO SILENCE ON MEURT

266 pages
Depuis près de 10 ans, l’ex Congo-Zaïre (rebaptisé République Démocratique du Congo) passe d’une guerre à l’autre sans discontinuer. Comme à chaque fois, ce sont les populations qui subissent les plus gros dommages. En octobre 2001, MSF récolte la preuve de ce drame étouffé. Les témoignages proviennent des quatre coins du pays : crimes de sang, tortures, violences sexuelles, enfants forcés à combattre, pillages entraînent fuite et famines. Dans toutes ces provinces, MSF soutient des programmes de santé, répond aux différentes urgences humanitaires, apporte son aide aux populations déplacées.
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Médecins Sans Frontières

RD CONGO

Silence on meurt
Témoignages

Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-2239-3

CHARTE

«MEDECINS SANS FRONTIERES»est une association privée à vocation internationale. L'association rassemble majoritairement des médecins et des membres du corps de santé et est ouverte aux autres professions utiles à sa mission. Tous souscrivent sur l'honneur aux principes suivants: 1. Les Médecins Sans Frontières apportent leurs secours aux populations en détresse, aux victitnes de catastrophes d'origine naturelle ou humaine, de situations de belligérance, sans aucune discrimination de race, religion, philosophie ou politique. 2. Oeuvrant dans la neutralité et en toute impartialité, les Médecins Sans Frontières revendiquent, au nom de l'éthique médicale universelle et du droit à l'assistance humanitaire, la liberté pleine et entière de l'exercice de leur fonction. 3. Ils s'engagent à respecter les principes déontologiques de leur profession et à maintenir une totale indépendance à l'égard de tout pouvoir, ainsi que de toute force politique, économique ou religieuse. 4. Volontaires, ils mesurent les risques et périls des missions qu'ils accomplissent et ne réclameront pour eux ou leurs ayant-droit aucune compensation, autre que celle que l'organisation sera en mesure de leur fournir.

DESCRIPTION DU PROJET DE RECHERCHE
Alors que les conséquences des deux guerres en RDC risquent d'être classées parmi les plus grandes catastrophes humanitaires de notre temps de par le nombre de personnes qui sont décédées pendant les conflits, que se soit directement ou indirectement, les souffrances des populations congolaises restent dans l'oubli, voire dans l'indifférence générale. La cellule «Grands Lacs» de Médecins Sans Frontières à Bruxelles soutient une série de projets de sensibilisation et d'information pour sensibiliser la communauté internationale et l'opinion publique à la catastrophe humanitaire qui se déroule au Congo. En décembre 1999, MSF publie un rapport, intitulé Survivre au Congo, sur la situation économique et sanitaire du pays. Ce rapport montrait déjà cOlnbien les indicateurs sociaux et sanitaires au Congo étaient plus que préoccupants mais, étant donnés les problèmes d'accès aux régions les plus touchées par la guerre à cette époque, le rapport dégageait des tendances, des présomptions, sans pouvoir les étayer de manière systématique. En août 2000, et dans les mois qui ont suivi, MSF organise une exposition de photos de Roger Job ayant pour thème l'état de délabrement avancé du système de santé au Congo. En juillet 2001, profitant du meilleur accès à la population proche de la ligne de front et de l'expérience de ses nombreux programmes en RDC, la cellule «Grands Lacs », dirigée par le Dr Mit Philips, souhaite récolter le maximum de données quantitatives et qualitatives relatives à l'état des populations après ces longues années de guerre, pour tenter, une nouvelle fois, de faire sortir la communauté internationale de sa léthargie. Le rassemblement des données existanteset la recherche de nouvelles données avec l'appui des nombreuses équipes MSF présentes sur le terrain sont 3

coordonnées par Véronique Parqué et Ed Rackley des mois de juillet à décembre 2001, sous la direction du Dr Michel Van Herp, épidémiologue au département médical de MSF, pour le volet quantitatif (enquête épidémiologique rétrospective sur la mortalité, l'accès aux soins et les violences) et sous la direction de Jean-Marc Biquet pour le volet qualitatif (récolte de témoignages). Les témoignages, récoltés dans les provinces Orientale, du Maniema, du Bandundu, des deux Kivu, du Katanga et de Kinshasa en plus des camps de réfugiés en Zambie, ont été effectués par Véronique Parqué, Vanessa Kanui, Monica Castellamau et Ed Rackley. Les méthodologies utilisées pour les deux volets sont complémentaires jusqu'à un certain point. L'enquête rétrospective est effectuée en utilisant la méthode du sondage en grappe à deux degrés, sur un échantillon de 4.500 foyers, réparti sur 5 zones de santé en RDC situées des deux côtés de la ligne de front. Dans chacune de ces zones, une récolte de témoignages oraux suit la récolte des données quantitatives. De nombreux témoignages proviennent d'autres régions non couvertes par l'enquête épidémiologique (Zambie, Kivu, Maniema et Kinshasa). Nous souhaitons rendre hommage avec un profond respect aux centaines de Congolais qui ont participé à cette étude et dont beaucoup ne peuvent être cités pour des raisons de sécurité. L'entièreté du volet quantitatif de l'étude a déjà été publiée sous forme d'un rapport intitulé Accès aux soins et violences en RDC. Résultats de cinq enquêtes épidémiologiques et peut être consultée sur Internet sur le site www.msf.org.Une sélection des témoignages oraux ainsi que certains résultats de l'étude quantitative sont publiés dans cet ouvrage. Des témoignages ont été récoltés dans les provinces où MSF soutient des programmes médicaux, de nutrition, de santé mentale, des programmes d'aide aux déplacés ou encore d'appui aux zones de santé dans les provinces du

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Nord et du Sud-Kivu, du Katanga, de l'Equateur et du Bas-Congo, à Kisangani et à Kinshasa. Les «tranches de vies» exposées dans ce livre ont été sélectionnées panni les dizaines de témoignages recueillis pour leur valeur narrative et exemplative. Les auteurs du projet ont choisi une présentation de ceux-ci en 9 chapitres, chacun d'eux illustrant une des facettes particulières de la situation des Congolais et du Congo d'aujourd'hui. Chaque chapitre est introduit par un texte de mise en situation écrit par un collaborateur de Médecins Sans Frontières en charge des programmes en RDC ou concerné par les conséquences dramatiques des crises au Congo. Si certains témoignages tentent de se référer à une seule et même région, cela ne signifie aucunement que ce genre de violence ne s'est pas prodllit ailleurs. Grâce à la discrétion des enquêteurs et à l'anonymat des témoignages, les personnes qui se sont exprimées l'ont fait sans pression ni entrave, en toute liberté d'expression. Les témoignages ont été récoltés oralement dans la langue locale de la région, notamment en swahili, en lingala et en kikongo et ont été directelnent retranscrit en français. Catherine André et Jean-Marc Biquet ont assuré la coordination éditoriale du présent ouvrage. Mise à part la suppression des noms propres pour des raisons de sécurité, les témoignages présentés dans cet ouvrage sont bruts. Nous pensons qu'il s'agit du l11eilleur moyen pour ne pas trahir les témoignages de nombreux Congolais qui se sont exprimés et qui, pour la plupart d'entre eux, nous ont demandé de servir de relais entre eux et la communauté internationale.

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Lieux dei enqu ête effectuee par MSF '
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Récolte de témoignages
Enquêtes épidémiologiques

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LE DEVOIR DE TÉMOIGNER

par Tine Dusauchoit Directeur général MSF Belgique
<<Laouffrance impose une obligation. Elle génère une s responsabilité parmi ceux qui en sont les témoins.» Paul Ricoeur Mon nom est TineDusauchoit. J'ai 42 ans. Mes quatre enfants sont tous en très bonne santé. Si je vous racontais ma vie, vous apprendriez que je n'ai jamais dû fuir, quitter ma maison ou mon pays et que je n'ai jamais perdu d'être cher pour cause de violence. Ma maison n'a jamais été pillée ou brûlée et je n'ai jamais perdu tous mes biens. Aucun membre de ma famille n'a été tué sous mes yeux. Même si j'éprouve parfois certaines inquiétudes, je n'ai aucune raison valable de ne pas faire confiance à l'avenir, pour ma famille ou moi-même. Je n'ai pas besoin d'avoir peur que la violence nous touche de près. Je n'ai jamais connu de désespoir profond. Oui, vous pouvez dire à juste titre que mon histoire n'a absolument rien en commun avec les témoignages des hommes, des femmes et des enfants qui sont rassemblés dans cet ouvrage. Toutefois, j'ai vécu et travaillé trois ans en République démocratique du Congo (RDC) à l'époque où ce pays s'appelait encore le Zaïre. En tant que médecin de Médecins Sans Frontières, j'ai vécu dans le petit village de Bolomba, dans la province de l'Equateur, non loin de Basankusu. Avec MSF, j'y ai passé mes années les plus intéressantes et enrichissantes, même si la vie et le travail étaient à l'époque très difficiles et exigeants. Mes années là-bas m'ont fortement marquée, surtout grâce aux gens avec qui j'ai travaillé et que j'ai rencontrés pendant mon séjour, et elles expliquent certainement en partie le fait que je sois toujours active au sein de MSF, travaillant pour eux, et que je sois convaincue plus que jamais par les valeurs et les principes défendus par cette organisation.

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Quand j'ai quitté le Zaïre au début des almées '90, la situation s'était clairement dégradée depuis mon arrivée trois ans auparavant. Les institutions économiques et sociales du pays se détérioraient à un rythme de plus en plus rapide. J'avais d'ailleurs I'habitude de dire du pays qu'il «avançait en marche arrière». La situation de crise chronique qui existait déjà, a non seulement empiré, mais a aussi été exacerbée par les deux guerres successives qui ont eu lieu depuis 1996.La guerre ainsi que la violence qui y est associée ont provoqué une plus grande souffrance humaine, surtout suite aux déplacements forcés, aux traumatismes psychologiques et à l'augmentation des Inaladies infectieuses et de la malnutrition. L'accès aux soins de santé est beaucoup plus limité aujourd'hui qu'il ne l'était auparavant. De plus en plus de personnes tombent malades ou le deviennent de plus en plus souvent et plus gravement par rapport aux années précédentes. Beaucoup plus de gens encore décèdent des suites de la maladie ou de la malnutrition. Même si le nombre de malades, de mal nourris ou de morts des suites directes de la violence physique est déjà très important, les conséquences indirectes de la guerre et de la violence sont inestimables. La violence force les gens à fuir. La violence mène à une pénurie alimentaire et à un risque accru de malnutrition. Les personnes les plus touchées sont celles, vivant principalement de culture de subsistance, qui ont été privées des outils dont ils ont besoin pour cultiver, qui n'ont plus accès à leurs terres et ont vu leurs maigres biens confisqués. Ils ne peuvent plus se livrer à des activités de commerce. La violence réduit encore davantage les stratégies de survie déjà chancelantes de ces Congolais. La violence affaiblit aussi leurs défenses immunologiques et renforce en même temps la résistance aux agents infectieux. C'est d'autant plus compréhensible dans un contexte où de faux médicaments circulent et où les traitements sont incomplets parce que les services de santé -ou ce qu'il en reste- sont trop éloignés, situés dans une zone trop dangereuse, ou tout simplement trop chers pour la population. Les récits de cet ouvrage nous montrent que la violence n'est pas la caractéristique exclusive de l'une ou l'autre des factions en guerre. Ils décrivent comment la violence -parfois extrême-

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infligée aux civils est commise par toutes les parties du conflit, qu'elle revêt la forme d'attaques physiques, d'arrestations ou de détentions arbitraires, de torture ou d'abus sexuels. La violence a provoqué une baisse du niveau de vie à des seuils de pauvreté presque inimaginables, alors que la population vivait déjà à la limite de la pauvreté absolue. Il ne nous reste qu'à nous demander jusqu'où les choses peuvent encore dégénérer. L'argent ne circule pratiquement pas, il n'y a plus de sel (un produit d'une grande importance dans ce pays) et, comme on peut le lire dans plusieurs histoires, certains n'ont même plus de vêtements pour se couvrir et 11' sent plus sortir des bois. o Pour beaucoup de personnes, surtout celles qui vivent près de la ligne de front, l'une des conséquences indirectes de la maladie, de la malnutrition et de l'extrême pauvreté dues à la violence, est la mort de membres de la famille. Certains des témoignages les plus tristes sont rapportés par des personnes qui se retrouvent seules survivantes de leur famille. Les témoignages de ce livre parlent de toutes ces choses. Ils présentent une image sinistre teintée de désespoir profond. Mais ils racontent aussi l'espoir d'une paix durable et d'un avenir meilleur. Sans cet espoir, la vie des Congolais telle qu'ils la subissent aujourd'hui serait tout bonnement insoutenable. Plusieurs témoins ont éprouvé une grande douleur à nous raconter leur histoire parce qu'elle a fait ressurgir les souvenirs encore vifs de grandes souffrances et de grandes pertes. De plus, ces personnes ont dû surmonter une certaine résistance culturelle, sinon un tabou, pour parler de choses très privées et personnelles, surtout à des étrangers. De toute évidence, certaines avaient un grand besoin de se confier, mais ce n'est pas la seule raison qui explique leur récit. La véritable motivation de leur geste est la suivante: s'ils racontent les événements passés et actuels, leurs histoires pourront peut-être aider à changer les choses. Ces témoins ont fait confiance à Médecins Sans Frontières parce qu'ils nous connaissaient et savent la grande importance que nous accordons à parler au nom de ceux qui ne peuvent le faire par eux-mêmes ou qui n'arrivent pas à faire entendre leur voix. En effet, depuis ses débuts, en partageant la vie de gens comme ceux qui se racontent dans cet ouvrage, MSF a toujours considéré l'acte humanitaire comme ayant deux facettes: l'aide

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médicale immédiate et le témoignage. Ces deux dimensions ne peuvent et ne doivent pas être séparées l'une de l'autre. Ce sont les conséquences directes de notre proximité avec les populations en danger au Congo ou ailleurs. C'est précisément notre proximité médicale qui permet notre compréhension des conditions de vie des populations et de leur souffrance. L'aide médicale et le témoignage ne sont rien d'autre que les deux faces d'une même médaille :MSF répond aux besoins physiques et à la souffrance en apportant une aide médicale appropriée et répond à l'injustice responsable de ces souffrances et de cette marginalisation en la dénonçant, en public ou en privé, dans le but d'améliorer les conditions de vie de base et pour protéger les droits humains de ces populations en danger. Dans ce contexte particulier de crises chroniques, nous nous sentons souvent impuissants, confrontés à tant de besoins, à tant de souffrances, devant agir avec peu d'acteurs sur le terrain et avec des moyens limités pour aider la population congolaise. MSF croit fermement que le simple fait d'être un témoin de la souffrance des autres l'oblige à faire connaître cette souffrance, surtout lors de crises où la souffrance des innocents n'est pas souvent reconnue ni documentée. Cela implique une responsabilité des organisations humanitaires présentes -souvent rares. Si elles ne se chargent pas de faire connaître plus largement la souffrance de ces populations, personne ne le fera. Si la connaissance de cette réalité manque, ceux qui détiennent un pouvoir de faire changer les choses n'auraient pas d'excuses à ne pas prendre les mesures adéquates en temps voulu. En RDC, nous fournissons une aide médicale adaptée à la population, aux personnes déplacées comme aux réfugiés. Nous offrons des soins médicaux et nutritionnels aux personnes souffrant de malnutrition. Nous fournissons des soins médicaux et chirurgicaux aux blessés de guerre. Nous proposons un soutien psychologique et un service d'écoute aux personnes traumatisées et meurtries psychologiquement. Mais, nous ne nous limitons pas à la seule présence dans les centres de nutrition, les centres sanitaires ou le centre de référence pour les soins de santé mentale.

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Nous avons décidé de ne pas rester silencieux sur ce que nous observons au quotidien dans ces centres de soins de santé. Cet ouvrage vise, dès lors, à donner une voix aux sans-voix, à ceux qui sont marginalisés au point de ne plus pouvoir être entendus. Etant très proches de ces populations, puisque nous travaillons avec elles depuis longtemps déjà (les interventions MSF dans l'ex-Zaïre ont commencé au milieu des années '80), nous devons non seulement continuer à leur offrir une assistance médicale, mais nous devons aussi les écouter. Et, après l'écoute et l'enregistrement, nous devons parler pour eux des conséquences médicales et autres de la violence et des violations des droits de l'homme qui y sont associées. Je vous demande de lire ces témoignages de femmes, d'hommes et d'enfants, d'écouter véritablement ce qu'ils ont à dire et besoin de dire, et, surtout, d'imaginer les visages, les noms, la souffrance et les espoirs qui se cachent derrière chaque histoire, non pas parce que j'ai vécu et travaillé en province d'Equateur; il Y a une autre raison qui justifie votre lecture: nous sommes tous des êtres humains, avec des peurs, des questions, des espoirs et des rêves. Plusieurs témoignages de Congolais ont en commun ce que nous portons en nous, le désir de respect et de dignité humaine, l'espoir de pouvoir vivre dans des conditions décentes et d'avoir un mot à dire sur notre propre avenir, le souhait que les enfants grandissent en bonne santé et libres, notre désir de paix. Même si nos conditions de vie et nos histoires ne peuvent pas être plus différentes, nous sommes tous des êtres humains. Nous ne pouvons pas croire que les souffrances des Congolais ont moins d'importance que celles que nous pourrions endurer ici, et qu'elles ne nécessitent pas de réaction appropriée. C'est pour cela que nous ne pouvons pas rester de marbre devant ce qui se passe en République démocratique du Congo et qui touche nos pareils. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas les écouter.
J

Il

Congo: zones d'influence
FLC 280/0

RCD Goma
280ft,

RDC zone gouvernementale 440/0

RGD:

rassemblement

congolais pour la démocratie
du Congo

FlC: front de libération F:'!'::-!~I zones d'influence

- avril

2002

CONTEXTE

CONGOLAIS

par Alain Kassa et Catherine André Crise économique mondiale et effondrement l'Etat congolais de

Les deux dernières guerres du Congo ont révélé à la communauté internationale la crise humanitaire, économique et politique dans laquelle le pays e&tprécipité. Ces deux dernières guerres ne sont pas la cause première de cette crise multidimentionnelle: le pays connaît une lente récession économique depuis la fin des années '80 suite, d'abord, aux polîtiques de nationalisation menées sous le régime de Mobutu, puis à la chute des cours des matières premières, notamment du cuivre qui représentait près de 60% des recettes de l'Etat.

Depuis une dizaine d'années, le pays vit de ses exportations

-

fortement réduites et détoumées- de diamant, d'or puis le coltan, des produits d'exportation qui ne nécessitent pas d'importantes infrastructures de transport. Ces produits ne sont plus souvent exploités que de façon artisanale. Les autres produits, tels que le cuivre, le cobalt ont vu leur exploitation et leur production chuter fortement. Ce pays, potentiellement riche grâce à ses ressources minières (cuivre, cobalt, or, diamant, etc.), mais aussi agricoles (café, bois, etc.), est aujourd'hui classé comme l'un des pays les plus pauvres de la planète avec un revenu moyen par habitant de 68 dollars US 1. L'Etat se désengage peu à peu des secteurs sociaux (soins de santé et éducation). Plus de 50 millions d'habitants vivent aujourd'hui en situation de pauvreté extrême. Politiquement, la crise congolaise actuelle n'a fait qu'aggraver une situation de délabrement qui a commencé à la fin des années '80 avec l'affaiblissement progressif du pouvoir, puis la faillite totale de l'Etat comme conséquence d'une crise interne et des changements géopolitiques et économiques
I

BANQUE NATIONALE CONGOLAISE,
numéros, Kinshasa, 2000-maÎ 2001.

condensé de statistiques,

différents

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mondiaux et régionaux du début des années '902. Avec la fin de la guerre froide, Mobutu, qui soutenait les mouvements rebelles pro-occidentaux de la région, est abandonné par ses parrains et perd son influence. Face à la révolte de la rue, il est contraint d'ouvrir le pays au multipartisme en avril 1990 et accepte une Conférence nationale souveraine qui sape les fondements du parti unique, le MPR (Mouvement populaire pour la révolution). L'Etat, faute de moyens et de recettes, est ruiné. Il ne paie plus ses fonctionnaires, dont les militaires. Le pays connaît deux vagues de pillages destructeurs en 1991 et 1993. Au lendemain de la répression sanglante contre des étudiants manifestant à Lubumbashi, les coopérations bilatérales d'abord, puis multilatérales ensuite, décident de quitter le pays et de rompre leurs liens de coopération. Cette rupture se traduit directement par une baisse de l'aide structurelle. L'aide publique au développement passe de 900 millions de dollars US en 1990 à 120 millions en 19993. Les ONG -dont MSF- restent présentes sur le terrain, mais, vue l'insécurité qui prévaut dans de nombreuses régions, leurs activités y sont rendues de plus en plus difficiles, voire impossibles.

La situation au Kivu, à l'est du Congo, au cœur de la « première guerre mondiale africaine» 4
La première guerre « mondiale» africaine trouve son origine
2 Ces changements concernent principalement la fin de la guerre froide, la fin de l'apartheid et le nouveau rôle politique de l'Afrique du Sud en Afrique sub-saharienne, l'avènement de nouveaux leaders régionaux (Museveni et Kagame), mais également les effets d'un processus de mondialisation sur le développement de nouveaux axes et formes d'échanges commerciaux. 3 OECD-DAC, Development Cooperation. Efforts and policies of the members of the Development Assistance Comittee, 1994 Report, Paris, 1995; OECD-DAC, Development Cooperation. Efforts and policies of the members of the Development Assistance Comittee, 2000 Report, Paris, 2001. 4 Expression utilisée par Madeleine Allbright, secrétaire d'Etat américaine sous la présidence Clinton, pour qualifier la guerre actuelle au Congo.

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dans l'échec du processus de démocratisation entamé au début des années '90 au plan national d'une part, mais également dans certaines régions à l'est dû pays. En effet, en 1993, de graves conflits ethniques éclatent, au Nord...Kivu, ayant pour causes principales la représentation politique des Congolais d'origine rwandaises (parfois très lointaine), leur identité et la légitimité de leurs droits fonciers. En 1994, les tensions au Nord-Kivu sont ravivées par le génocide des Tutsi et Hutu modérés et par l'arrivée au Nord-Kivu de près d'un million de réfugiés hutu emmenés par les anciennes Forces armées rwandaises (FAR) et leurs milices. Des camps sont établis tout au long de la frontière. Les organisations humanitaires ne parviennent pas empêcher la militarisation des camps et la communauté internationale est incapable de se mobiliser pour contenir ce nouveau foyer de violence. En 1995, au Nord-Kivu, les Tutsi zaïrois sont victimes de menaces et de massacres tandis qu'au Sud-Kivu, ce sont les Banyamulenge, groupe social marginal d'origine rwandaise, qui deviennent la cible de menaces et d'attaques. La violence s'étend dans les deux régions du Kivu et menace la sécurité intérieure du Rwanda.

La chute de Mobutu Désiré Kabila

et l'avènement

de Laurent-

En 1996, les Banyamulenge constituent un mouvement rebelle, l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (ADFL), conduit par Laurent-Désiré Kabila et soutenu militairement par le Rwanda. Au mois de septembre 1996, les troupes de l'AFDL et du Front patriotique rwandais (FPR) attaquent les camps de réfugiés à l'est du Zaïre, d'une part, pour neutraliser les milices et ex -FAR et, d'autre part, pour obliger la population réfugiée à rentrer au Rwanda. La majorité des réfugiés rwandais revient au Rwanda tandis que 300.000
5 Cette région frontalière a toujours été caractérisée par des mouvements migratoires très anciens, et d'autres plus récents (comme la fuite de réfugiés rwandais lors des événements de 1959, 1973, 1990 etc.). Parfois implantés depuis des générations, parfois immigrés depuis 2 ou 3 décennies, ces rwandophones se sont toujours vu contester la nationalité congolaise, et donc, aussi, leurs droits fonciers. 15

personnes environ (civiles et armées confondues) prennent la fuite et se regroupent dans des camps qui sont la cible de représailles et de massacres de la part de l'AFDL. Après la poursuite des anciennes Forces années rwandaises et de leurs milices à travers tout le Zaïre, les troupes de l' AFDL entrent dans Kinshasa. Kabila prend le pouvoir le 17 mai 1997, soutenu par les gouvernements rwandais, ougandais et angolais, et dans une moindre mesure, la Zambie, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud6. Le Zaïre devient la République démocratique du Congo. Le changement de pouvoir au Congo était soutenu, tant par les Congolais qui espéraient la reconstruction du pays ruiné par 30 années de mobutisme, que par la communauté internationale qui y voyait les prémisses d'un grand changement dans le paysage politique et économique de la région initié par Museveni et suivi par Kagame. Mais, sur le plan international, Kabila se désolidarise de ses deux principaux alliés, l'Ouganda et le Rwanda, et se détourne de l'Occident et des grandes institutions internationales (comme le FMI ou la Banque mondiale). Il s'isole sur la scène internationale. Au plan interne, Kabila ne parvient pas à gérer l'ouverture politique attendue ni les changements économiques dont les débuts étaient pourtant prometteurs. Il est rapidement rattrapé par les vieux démons: népotisme, clientélisme, corruption, etc.

Les ruptures

d'alliances

de Kabila

Kabila se sépare de membres d'origine rwandaise ou étrangère au sein de son entourage et dans l'armée. Ses points de vue à propos de la situation à l'est du pays divergent de plus en plus de ceux de ses parrains. Kabila se rapproche du régime de Luanda, première puissance militaire de la région. La situation à l'est se détériore et Kabila ne parvient pas à contenir les différents groupes armés opérant sur et à partir du territoire congolais, à savoir, les milices congolaises, les Mayi-Mayi, et des mouvements rebelles aux régimes ougandais, rwandais et
6 « La campagne victorieuse de l'AFDL>> pages 85-86. Colette BRAECKMAN dans Kabila prend le pouvoir, ouvrage coHectif, Editions Complexe, GRIP 1998.

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16 ,j

burundais7. La seconde guerre de libération est menée à partir de l'est du pays8. Le 3 août, l'Ouganda et le Rwanda entrent militairement au Kivu en invoquant des arguments sécuritaires pour justifier leur intervention en territoire congolais où plusieurs unités militaires (Banyamulenge, brigades des Forces armées congo laises ...) se révoltent contre. le régime de Kinshasa. Les deux pays soutiennent militairement le Rassemblement congolais pour la démocratie (le RCD) basé à Goma et créé en juillet 1998. Au début du mois d'août 1998, une attaque extrêmement rapide et inattendue est lancée. Les bases aériennes de l'ouest du pays sont prises pour couper l'approvisionnement de la capitale en produits et carburant qui se fait essentiellement par le port de Matadi et l'approvisionnement en électricité. Cependant, Kabila réagit en invoquant une clause du traité de la Communauté de développement de l'Afrique australe qui accorde une assistance militaire en cas d'agression de l'extérieur d'un pays membre. Le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie envoient des troupes au Congo. Le conflit s'intemationalise.L'attaque de Kinshasa échoue mais la guerre se poursuit à l'est du Congo. Au début du mois d'octobre 1998, Kindu tombe aux mains des rebelles. Un tiers du pays est occupé. En novembre 1998, un nouveau mouvement rebelle naît dans l'Equateur, le Mouvement de libération du Congo (le MLC) conduit par Jean-Pierre Bemba, qui se veut mouvement rebelle avant tout congolais par opposition au Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD Goma) mené en grande partie par des membres congolais rwandophones ou d'origine
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Il s'agit des rebelles du SPLA (Sudan People's Liberation Army), du

WNBLF (West Nile Bank Liberation Front) et de l'ADF (Allied Democratie Front) pour l'Ouganda et des anciennes Forces années rwandaises (ex-FAR) et milices hutu lnterahamwe pour le Rwanda, ainsi que les rebelles des Forces pour la défense de la démocratie (le FDD), la branche année du Conseil national pour la défense de la démocratie (le CNDD) pour le Burundi. 8 Pour la chronologie de la seconde guerre de libératio&, voir HAVENNE, E, «La deuxième guerre d'Afrique centrale », dans MARYSSE, S., REYNTJENS,F., L'Afrique des Grands Lacs. Annuaire 2000-2001, Paris, L'Harmattan, 2001, pp.143-174. 17

rwandaise. Le MLC s'allie au RCD, mais il est davantage soutenu par l'Ouganda.

Les Accords de paix de Lusaka
Entre septembre 1998 et Juillet 1999, plusieurs tentatives de paix et d'accords ont lieu mais échouent. Le 10 juillet 1999, des Accords de paix sont signés à Lusaka (en Zambie) par toutes les parties et pays impliqués dans ce conflit. Le Rwanda, l'Ouganda réunis derrière les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et du Mouvement de libération du Congo (MLC) mettent fin à leur offensive militaire, menée contre le gouvernement de Laurent-Désiré Kabila soutenu par trois alliés de la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC), -le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie. Trois piliers soutiennent ces accords: la cessation des hostilités, le retrait des forces étrangères, la neutralisation des différents groupes armés et la tenue rapide d'un dialogue national inter-congolais. Les Accords prévoient l'envoi d'observateurs de l'ONU dont la mission est également le démantèlement des «forces négatives» (à savoir les ex-FAR et les milices Interahamwe). Tandis que le Rwanda et l'Ouganda conditionnent leur retrait à l'avancement du dialogue intercongolais et du processus démocratique et au désarmement des «forces négatives» en avançant des arguments d'ordre sécuritaires, le Congo et les pays «invités» exigent avant tout autre démarche (dont l' ouverture démocratique) le retrait des troupes ougandaises et rwandaises du territoire congolais. Les Accords de paix ne sont pas respectés et la guerre reprend. Une scission au sein du mouvement rebelle du RCD apparaît et donne naissance à deux mouvements: le RCD Goma qui reste l'allié du Rwanda, et le RCD de Wamba di Wamba, dont le parrain devient l'Ouganda et qui s'allie au mouvement MLC. Des dissensions de plus en plus grandes apparaissent alors entre les deux grands pays alliés d'hier, le Rwanda et l'Ouganda. Même si tous deux avancent des arguments d'oi~dre sécuritaire à leur soutien et leur présence armée au Congo, les enjeux et la forme de leur soutien aux groupes rebelles

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diffèrent. Lors de l'affrontement de leurs deux armées à Kisangani en 1999, leurs dissensions apparaissent clairement à la communauté internationale qui, jusque-là, était restée relativement sourde et muette.

Kisangani,

une ville martyre

A Kisangani, le conflit armé entre ces deux pays se cristallise en combats violents dont la population civile est la grande victime. Ces .affrontements sont médiatisés, les images font le tour du monde. Kisangani révèle au monde l'état de délabrement des hôpitaux, des dispensaires, qui ne sont plus depuis longtemps approvisionnés en médicaments. Kisangani livre au monde l'état de pauvreté dans lequel est tombée la population. La communauté internationale et, en particulier MSF, se mobilise. Les affrontements entre Rwandais et Ougandais amènent également, pour la communauté internationale, la prise de conscience que d'importants enjeux économiques mobilisent les deux pays dans le déclenchement de cette seconde guerre.

Le pillage des ressources

du Congo

Les Nations unies réagissent en condamnant le conflit. Le Congo est reconnu comme pays «agressé»: le conflit est requalifié au plan international. Par ailleurs, la publication de deux rapports successifs de l'ONU sur le pillage du Congo par les armées étrangères «invitées» et «non invitées» tend à modifier l'appréciation du conflit régional et ses enjeux par la communauté internationale. D'importants intérêts économiques mobilisent les armées aussi bien des pays qualifiés « d'agresseurs » (tels que le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda) que des pays dits « invités» tels que le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie (dans une moindre mesure)9. Le contrôle de certaines entreprises et celui
9 Concernant cette section sur le pillage au Congo, voir NATiONS UNIES, CONSEIL DE SÉCURITÉ, Rapport du groupe d'experts sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République démocratique du Congo, le 12 avril 2001; NATIONS 19

des filières d'écoulement des produits miniers tels que l'or, le diamant, le cobalt, le coltan ou encore des ressources naturelles comme le bois, génèrent des revenus suffisants pour pennettre de financer -en partie ou totalement- cette guerre et ils offrent des rentes importantes aux chefs des armées impliquées dans les combats. Le Rwanda contrôle principalement les filières d'exploitation du coltan au Kivu, des diamants de la région de Kisangani et l'or du Kivu, du Maniema ; l'Ouganda contrôle les mines d'or du Nord-Kivu, et de l'Ituri et une partie des iamants de la Province Orientale, les filières d'écoulement du bois et, dans une moindre mesure, du coltan.Quant au Zimbabwe, il a acquis des droits d'exploitation des concessions de cobalt et de cuivre de la Gécamines au Katanga ainsi que diamantifères du Kasaï, mais également de bois dans plusieurs provinces du Congo contrôlées par le gouvernement congolais. La présence de l'Angola en République démocratique du Congo est principalement d'ordre sécuritaire, à savoir le contrôle des voies d'approvisionnement et des circuits de contrebande des diamants sous embargo de l'UNITAlO.pour chacun des pays impliqués dans la guerre, un retrait du Congo représente un coût: la perte de rentes relativement importantes selon le type de contrôle exercé sur les filières commerciales et selon les modalités des contrats passés avec le gouvernement pour les concessions minières. Cependant, dans. certains pays (comme le Zimbabwe ou l'Ouganda), la guerre est impopulaire au sein de la société civile et de l'opposition. La communauté internationale tend à reconsidérer le conflit. Au plan bilatéral, certains pays entament des démarches politiques vis-à-vis du Congo. Mais c'est la mort de LaurentDésiré Kabila et la prise de pouvoir par son fils Joseph, affichant d'emblée une volonté d'ouverture au plan international, qui marquent réellement le début de la fin de l'isolement du Congo.

UNIES, CONSEIL DE SÉCURITÉ, Additif au rapport du Groupe d'experts sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République démocratique du Congo, 10 novembre 2001. to Idem, pp.6-23.

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Arrivée au pouvoir de Joseph Kabila: fin de l'isolement du Congo sur la scène internationale
En janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné et remplacé par son fils Joseph Kabila qui accepte le cessez-le-feu et le déploiement des casques bleus et observateurs de la MONDC, Mission d'observation des Nations unies au Congo. L'avènement de Kabila Junior et son ouverture à l'Occident crée rapidement un climat de confiance sur le plan international. Des discussions sont en cours pour la reprise de l'aide structurelle bilatérale (dont la Belgique) et multilatérale (Union européenne, FMI et Banque mondiale). Cependant, la reprise des relations reste fondamentalement conditionnée: le FMI impose comme condition le paiement d'arriérés sur sa dette une question qui peut être réglée rapidement grâce à la consolidation de la dette et à la participation financière éventuelle de pays occidentaux-, tandis que la Banque mondiale et certains autres bailleurs de fonds bilatéraux imposent comme condition à la reprise de l'aide des avancements au niveau du dialogue intercongolaisll.

Le découpage une situation

~iagonal du territoire congolais et de statu quo au niveau des accords

La RDC est actuellement coupée en deux suivant une ligne de cessez-le-feu qui traverse en diagonale le pays du nord-ouest au sud-estI2. En mars 2002, les forces gouvernementales contrôlent la capitale, le Bas-Congo, le Bandundu et une partie des provinces de l'Equateur, des deux Kasaï et du Katanga, soit un peu moins de la moitié du pays. Le mouvement rebelle du Front de libération congolais, basé à Gbadolite, contrôle les provinces du nord du Congo, à savoir l'Equateur et la Province Orientale, soit près de 300/0 du territoire, tandis que le Rassemblement congolais pour la démocratie, basé à Goma, contrôle les deux provinces du Kivu, du Maniema, une partie du
Il

Entretiens avec des représentants de l'DE et du FMI, Bruxelles,

avril 2002. 12Voir la carte annexée. 21

Katanga et des deux Kasaï. Les alliances sont mouvantes tant sur la scène internationale que sur le plan interne. Quant au dialogue intercongolais, il reste toujours dans l'impasse au mois de mars 2002. L'épine du Congo réside dans l'Est et concerne, depuis le début des années 90, les questions de nationalité, d'identité et d'accès légitime à la terre dans cette région!3.

Situation

humanitaire

préoccupante

L'éruption récente du Nyiragongo a éloigné, l'espace d'un instant, les caméras étrangères des conflits du Moyen-Orient et de l' Afghanistan où les images étaient spectaculaires. Mais le volcan n'a heureusement pas fait beaucoup de victimes, même si les pertes et les dégâts matériels sont extrêmement importants. La guerre, par contre, a provoqué le blocage économique et l'isolement total de nombreuses régions du pays, des dégâts matériels inestimables. Mais, au-delà de tout, cette guerre, passée sous silence, loin des caméras, a entraîné directement ou indirectement la mort de plus d'un millions de personnes au moins14, des milliers de blessés de guerre handicapés à vie, des centaines d'enfants soldats déscolarisés, le chômage des jeunes, la déstructuration des liens familiaux, etc. De plus, cette guerre laisse des traumatismes psychologiques profonds auprès de tout un peuple. Livré à son propre sort, sans protection aucune, il subit, impuissant, les violences d'hommes en armes qui agissent en totale impunité à quel que mouvement qu'ils se rattachent: pillages, viols, vols, massacres, assassinats, tortures sans discrimination, violences gratuites. Les
13 Outre les conflits inter-ethniques entre Hunde et rwandophones (Banyarwanda) de 1993, d'autres conflits fonciers sanglants déchirent actuellement deux groupes ethniques au Nord-Kivu, à savoir les Lendu et les Hema.
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L'IRC estime même le nombre de victimes de cette guerre à 2,5

millions de morts. Voir INTERNATIONAL RESCUE COMITTEE, Health Unit, Mortality in Eastern Democratic Republic of Congo. Results from eleven Mortality Surveys, 2001. Mais MSF n'accepte pas la méthode de calcul de l'IRC et estime à plus d'un million le nombre de victimes.

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témoignages qui suivent illustrent les conditions de survie et la détresse profonde dans lesquelles est plongée la population congolaise.

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