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Vers la IIIème république du Mali

De
240 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 167
EAN13 : 9782296250253
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Vers la Troisième République du Mali

LE MAU A L'HARMAITAN BACHY Victor: Le cinéma au Mali. BELLONCLE Guy: Le chemin des villages-Formation des hommes et développement rural en Afrique noire; Paysannerie sahéliennes en péril- Carnets de route 1978-1981. J et II; Le tronc d'arbre et le caïman - Carnets de brousse maliens. CISSE M.K. et autres: Mali, le paysan et l'Etat (collee. «Biblio. du dévelopt.» ). DIABATE M.M.: L'aigle etl' épervier -la geste de Sunjata (poésie). DIARRAH Cheikh Oumar: Le Mali de Modibo Keita (colleetion «Points de vue»), I87p. DOMBI-FAKOLY: La retraite anticipée du Guide Suprême (roman «Encres Noires»). Jeunes Ruraux - Sahel: Une expérience de formaJion de jeunes alphabétisés au Mali (présenté par G. Belloncle). JONCKERS Danielle: La société Mynianka du Mali (coJleetion «Connaissance des Hommes»), 24Op. KONATE Moussa: L'or du Diable suivi du Cercle au féminin (théâtre). LY Ibrahima: Toiles d'araignée (roman «Encres Noires»).
LY lbrahima: Paroles pour un continent

-

La vie et [' œuvre de J. Ly,

246p. MAHARAUX Alain: L'industrie au Mali (collee. ((Villes et Entreprises»). MAJHEMOUT DIOP: Histoire des classes sociales dans l'Afrique de [,Ouest, le Mali, tome 1 (collee. «Logiques sociales»). MEYER Gérard: Devinelles bambara - 95 devinelles avec leur traductionfrançaise,70p.

Cheick Oumar DIARRAH

Vers la Troisième République du Mali

Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris.

Du même auteur
Le Mali de Modibo Kefta, préface de Christian Coulon, 192p. Mali: bilan d'une gestion désastreuse, préface de Albert Bourgi, 206 p.

<0VHannattan , 1991 ISBN: 2-7384-1130-4

A tous les martyrs du peuple maJien .~
tombés lors des"journées insurrectionnelles des 22, 23, 24, 25 et 26 mars 1991 pour que le MaJi recouvre sa liberté et sa dignité.

(<L 'Humanité n 'ajamais

réalisé le pos-

sible que parce qu'elle a toujours rêvé l'impossible». Max Weber.
((Le pluralisme est inhérent aux sociétés d 'hommes; les individus et leurs groupes sont divers par l'âge, les fonctions, les intérêts, les aspirations, les préférences. Rassembler ces hommes sur un Jormulaire idéologique, les rebâtir sur le même patron,- tâche impossible. Les diversités méprisées, les divergences sous-estimées, les originalités mises entre parenthèses, montrent un invincible ressort». François Perroux.

« Toutes les nations ont traversées des époques pendant lesquelles quelqu'un qui ne devait pas les commander aspirait pourtant à le faire. Mais un Jort instinct leur fit concentrer sur-le-champ leurs énergies et expulser cette illégitime prétention au commandement. Elles repoussèrent l'irrégularité transitoire et reconstruire ainsi leur morale publique». José Ortega Y Gasset.

AVANT-PROPOS

Après la Conférence Nationale (29 Juillet-12 Août 1991) à laquelle j'ai participé en prenant part notamment aux travaux de la Commission Constitutionnelle, il m'a semblé judidicieux de rédiger cet opuscule pour faire rapidement le point sur l'évolution politico-économique et sociale du Mali à la veille de l' avè-

nement de la IIIème République.

.

Il s'agit ici d'un ouvrage de vulgarisation destiné à un très large public. Ceux qui voudront approfondir la réflexion sont invités à se reporter aux publications précédentes: «Le Mali de
Modibo Kel'ta« (1986), I et «Mali, bilan d une gestion désastreuse»

(1990), aux Editions l'Harmattan. Paris, le 26 septembre 1991.

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PROLOGUE
Après 23 années d'une dictature obscurantiste et népotique, le Mali est arrivé à un tournant capital de son histoire contemporaine. La chute du Général Moussa Traoré, à la suite de l'insurrection populaire généralisée des 22, 23, 24,25 et 26 mars 1991, n'apparaît plus désormais que comme la première étape d'un processus éminemment plus complexe: la construction d'une Nouvelle République fondée sur le socle de la démocratie et de la liberté du peuple. Aujourd 'hui, le Mali se retrouve face à luimême. Le bilan des 23 années écoulées est particulièrement désastreux. l.Politiquement , la situation est aussi complexe que confuse. En effet, les forces obscurantistes qui ont conduit le Mali au chaos actuel sont encore en oeuvre. Tapies dans l'ombre, elles fourbissent leurs armes, préparent leur revanche, rêvent de la restauration du système dictatorial que l'ensemble de notre peuple a abattu avec la détermination que l'on sait, en Mars 1991. Par ailleurs, notre Armée vient de subir un traumatisme profond. Il y a trois points fondamentaux. - Premièrement, les tueries de janvier, mais surtout, les
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massacres du mois de mars, ont créé un fossé entre I armée et le

peuple. En quelque sorte, les Maliens ont démystitïé la force mécanique de I armée. II y là un élément fondamental dont il faudra désormais tenir compte. Il se pose la question cruciale de la réconciliation entre l'Armée et la Nation. Ce problème doit être traité dans un esprit de responsabilité.
f

- Deuxièmement, les affrontements entre Touaregs et soldats gouvernementaux ont accentué le malaise au sein des 11

forces armées car il s'agissait là d'une véritable guerre civile. Le Général Moussa Traoré avait parlé 11l'époque de «bandits armés», puis de «frères égarés» avant de signer les accords de Tamanrasset du 6 janvier 1991. En fait, l'ancien régime s'est totalement fourvoyé sur cette question. Les dérapages de part et d'autre ont amené jusqu'à des positions extrêmes. La férocité des affrontements a accentué la démoralisation des soldats déjà mal lotis par un régime imperméable à la misère populaire. - Troisièmement ,le Général Moussa Traoré et son clan avaient constitué au sein de l'Armée une sorte de «caste» de seigneurs de guerre, intouchables, puisant à satiété dans les deniers publics. Qui ne se souvient de la morgue des membres du Comité Militaire de Libération Nationale? Des excentricités de Tiékoro Bagayoko, Kissima Dounkara, Karim Dembélé... ou de Sékou Ly? A coup sûr, l'armée, à l'instar de toute la société, traverse une crise profonde. L'un des défis des années à venir sera d'y remédier. 2. Economiquement, le Mali est exsangue: déliquescence économique, paralysie financière, déficits structurels des finances publiques, de la balance des paiements, contre-performances des principaux secteurs de production: agriculture déstructurée, industrie délabrée, artisanat délaissé... le tout couronné par l'absence de véritable projet économique pour le Mali. D'où l'intervention drastique des institutions de Bretton Woods ( Banque Mondiale et Fonds Monétaire International ), thuriféraires de l'ajustement structurel, désormais incontournable, indispensable dès lors qu'existent des déséquilibres macro-économiques constituant des blocages à toute entreprise de développement. Mais, le paradoxe de l'ajustement structurel, c'est qu Iil guérit la maladie en tuant le malade. Il y a là une question fondamentale qui devra être résolue dans les années à venir. Il s'agit de promouvoir une économie africaine moderne, prospère, pleinement articulée à l'économie planétaire dont elle ne doit plus être un simple appendice. Car, en définitive, seule une économie florissante permet d'assurer le bien-être matériel et moral du 12

peuple. Gardons constamment en mémoire cette leçon fondamentale: il n'y a pas de politique viable dans quelque domaine que ce soit sans une économie saine. 3. Socialement, le Mali avait tourné le dos à son histoire. Jamais, la dignité de notre peuple n'a été autant bafouée qu'au cours des deux décennies écoulées. Notre pays était devenu une contrée d'obscurantisme, de fanatisme, de sectarisme, d'intolérance où fleurissaient les conceptions les plus rétrogrades: charlatanisme, maraboutisme, maraboutage... Abondance de haines, d'erreurs... la République était devenue un village subjugué par un tyran inculte, sans foi ni loi, avec son épouse cupide, préoccupée par l'accumulation vampirique de richesses arrachées à notre peuple. La corruption était l'une des lois suprêmes du pays. En définitive, au bout de deux décennies, notre peuple était devenu misérable, torturé par la faim, appauvri de toutes ses substances constitutives: dignité, fierté, créativité. Les Maliens se tournaient le dos, se trompaient les uns les autres et ne se préoccupaient plus du sort du Mali. Le régime du Général Moussa Traoré avait engendré une génération privée d'espoir et d'avenir. Cette génération a préféré le combat à la résignation. Elle a été le moteur de l'insurrection populaire généralisée de Mars dernier. Elle a accompli l'ultime sacrifice pour que naisse un Mali nouveau où chacun aura la place qui lui revient de droit. Cette exigence fondamentale d'une Nouvelle République constitue désormais la clef de voûte pour la compréhension et le traitement de tous les phénomènes politiques du Mali d'aujourd 'hui et des années à venir. Puisse désormais notre peuple demeurer vigilant, mobilisé, déterminé de façon inébranlable à ne plus jamais accepter d'être spolié de ses droits. Tel se présente, dessiné à grands traits, le visage de notre pays à l'issue des 23 années de dictature. Cette situation a débouché sur l'insurrection populaire généralisée de Mars 1991. Du 22 au 26 mars 1991, les Maliens se sont dressés avec une détermination farouche contre le régime de l'UDPM. Pendant 13

cinq jours, les tenants du régime ont déployé une répression féroce contre la population, n 'hésitant pas à commettre véritablement des actes de guerre: engins blindés, grenades offensives, mitraillage aveugle... ils ont été jusqu'à incendier le Centre Commercial Sahel Vert où périrent d'innocentes personnes. Assurément, en mars 1991, il s'est produit une révolution psychologique dans l'univers mental des Maliens. Ils sont prêts à tout pour réaliser leurs aspirations de justice sociale et de liberté. C'est là l'enjeu fondamental de la décennie 90 qui sera décisive dans l'évolution de l 'humanité entière. Examinons ces ruptures: Une phrase de mutation troisième millénaire accélérée à l'aube du

La chute du Mur de Berlin en 1989 constitue, à n'en pas douter, l'un de ces phénomènes historiques qui marque l'entrée dans une ère nouvelle. L'Allemagne s'est unifiée selon le voeu des Allemands sans que les uns et les autres puissent entraver ce désir d'un peuple conscient de ses atouts et décidé à réaliser ses objectifs nationaux. Passée la difficile période due à l'absorption d'une économie sinistrée, l'Allemagne retrouvera certainement son rôle d'aiguillon au sein de la nouvelle Europe. Bien que postérieure au réveil de la Pologne où Solidarnôsc a porté Lech Walesa au pouvoir, la chute du Mur de Berlin a consacré l'effondrement du système communiste en Europe Centrale et Orientale. En l'espace de quelques mois, tous les leaders staliniens (Erich Honëcker en R.D.A, Teodor Jivkov en Bulgarie, Gustav Hussak en Tchécoslovaquie, Nicolae Ceaucescu en Roumanie, Janos Kadar en Hongrie, Jaruzelski en Pologne) sont tombés, chassés par leurs peuples en quête de liberté, de démocratie, de dignité et de justice sociale- ce que le communisme prétendait promouvoir mais qu'il n'a jamais pu réaliser. En fait, les soi-disant «démocraties populaires» étaient des régimes dictatoriaux totalitaires où l'homme était mis au service d'un parti unique. Parti communiste, contrôlé par des apparatchiks; ceux-ci appartenaient à une nomemklatura recroquevillée 14

sur ses privilèges, qui se renouvelait par cooptation, c'est-à-dire de la façon la plus anti-démocratique qui soit. Mais la crise en Europe Centrale et Orientale n'était que la partie visible de l'iceberg. C'est que, l'URSS, «patrie du socialisme» comme elle s'était auto-proclamée, connaissait ellemême des mutations profondes d'une amplitude inimaginable. Mikhail Gorbatchev - malgré les errements inhérents à toute action de transformation en profondeur - a compris que la pérestroïka ( restructuration) était la seule méthode pour éviter une implosion incontrôlée et généralisée de 1'U .R.S.S. Mais, parce que les réformes n'ont pas été assez vigoureuses - davantage politiques qu'économiques et relevant plutôt du discours que d'une véritable restructuration - que leur application a connu une évolution erratique, qu'elles n'ont pas abouti à une amélioration positive de la vie des citoyens soviétiques, elles ont mécontenté tout le monde et, spécialement, l'armée et le Parti. L'échec du coup d'Etat des «conservateurs communistes», le 19 août 1991, scelle détinitivement la fin du communisme tel qu'il a été appliqué en Union Soviétique durant les sept décennies écoulées. L 'U .R.S.S - cette puissante masse continentale s'étendant sur l'Europe et l'Asie, au sein de laquelle se côtoient des dizaines de peuples farouchement attachés à leur culture propre, à leur cosmogonie, malgré ou à cause du laminage opéré par le régime communiste - est désormais en proie à des convulsions dangereuses autant qu'imprévisibles. En Asie, le Japon a tiré les leçons de l'Histoire. Il assume désormais un rôle stratégique prépondérant dans les affaires du monde. Ainsi, aspire-t-il à siéger comme membre permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies. De leur côté, les Nouveaux Pays Industrialisés sont en train de consolider leurs acquis tout en continuant à développer leur exceptionnelle

capacité d I adaptationet d'innovation. La Chine, après le massacre de Tien An Men en juin 1989 accélère la politique des «quatre modernisations» qui doit en faire l'un des pôles économiques de demain. Elle a rajeuni son équipe dirigeante. L'Inde, pour sa part, sera sans aucun doute un acteur de premier ordre de l'échiquier international, ne serait-ce que par son poids démographique. 15

Aujourd 'hui, avec la mort du système communiste, une nouvelle configuration du monde s'élabore brusquement. Les Etats-Unis apparaissent désormais comme la seule puissance hégémonique. La guerre du Golfe et ses conséquences l'attestent. Avec opiniâtreté, combinant persuasion et pression, ils entendent faire triompher le Nouvel Ordre Mondial qui sera une sorte de Pax Americana à l'échelle planétaire, concoctée à Washington pour servir les desseins de la Superpuissance nord-américaine. Il y a quelque temps, le Secrétaire d'Etat, James Baker a dessiné le projet d'une communauté Euro-Atlantique s'étendant de Vancouver à Vladivostok.. . c'est donc le triomphe apparent du libéral isme. Certes, le communisme est mort, mais il serait prématuré et faux d'affirmer qu'il a été vaincu par le capitalisme! Dans les années à venir, nous devrons mener une réflexion en profondeur sur les raisons de l'impasse du soviétisme, mais aussi, pour forger les schèmes d'un paradigme plus conforme aux aspirations des peuples. Et face à ce monde en mutations, comment évolue le continent africain?

L'Afrique des années 90 : Démocratisation inéluctable, développement et union incontournables
La réalité africaine présente est à la fois tragique et absurde. Le Continent africain oscille entre un passé révolu, un présent inacceptable et un avenir encore incertain. Le vent de la démocratie et de la liberté qui a balayé les régimes staliniens d'Europe Centrale et Orientale souffle désormais avec une vigueur incompressible sur le continent africain où les monocraties despotiques apparues dans les années 60 sont entrées dans une phase de décomposition accélérée. A l'aube du XXlème siècle, l'Afrique est à l'aurore d'une période problématique, d'une nouvelle ère avec des perspectives inconnues. Certes, les changements actuellement en cours sont en partie - et en partie seulement! - le fruit d'un effet d'imitation 16

d'autant plus significatif que la circulation instantanée de l' information confirme le caractère mondial du devenir du genre humain. Mais, en tout état de cause, les évolutions actuellement en oeuvre sont la résultante d'une longue et puissante maturation des sociétés africaines. Le fait majeur de la situation présente, c'est l'échec des politiques post-indépendances téléguidées de l'Occident depuis 1960 et la disqualification totale des dictateurs africains; c'est aussi l'émergence de la société civile dans les divers pays africains en tant que vecteur des tranformations
politico-social es ind ispensab Ies.

Le processus est complexe et très problématique: - Premièrement, la somme des aspirations insatisfaites est colossale. Elle nécessite un traitement urgent et efficace alors que les divers appareils d'Etat ne sont pas en mesure d' y faire face dans le court terme. Et que l'aide étrangère sera absorbée plutôt par l'Est européen. - Deuxièmement, il manque à ce processus évolutif le soubassement intellectuel qui a toujours précédé les puissants mouvements ayant transformé l'humanité. Et l'état de l 'enseignement et des jeunes enseignés est déplorable. Avant la fin de la décennie 90, l'Afrique politique sera vraisemblablement remodelée. Déjà, depuis le début de l'année 1991, on enregistre des alternances significatives dans plusieurs pays (Cap-Vert, Bénin et Sao Tomé et Principe) où les anciens tenants de l'appareil d'Etat ont été évincés du pouvoir à la suite d'élections réellement pluralistes. Dans d'autres pays, des «conférences nationales» ont permis de substituer pacifiquement à des régimes népotiques ( cas du Congo, du Togo, du Niger) des systèmes de démocraties pluralistes. Au Cameroun, au Zaïre, à Madagascar... les despotes sont sur la défensive. En Somalie (février) comme en Ethiopie (mai), le Général Syad Barré et le Lieutenant-Colonel Mengistu Hailé Mariam ont été chassés du pouvoir avec le triomphe des guérillas. En définitive, l'Afrique est entrée dans une phase accélérée de changements radicaux. Peut-être va-t-elle réaliser au cours de cette période la véritable décolonisation dont ses peuples ont été 17

frustrés depuis les indépendances? Peut-être va-t-elle enfin se réconcilier avec son savoir historique, et se doter d'une Weltanschauang - c'est-à-dire une vision stratégique du monde -sans laquelle elle est condamnée à rester ce «grand corps gu1livérien» incapable d'actions grandioses? Penser la politique, avoir une capacité d'anticipation historique, offrir à l'Afrique un dessein, permettre l'élévation intellectuelle et morale ainsi que le progrès matériel des peuples... telle sera la tâche des élites dirigeantes au cours des années à venir. Par-dessus tout, l'Afrique des années 90 devra enfin être indépendante, cohérente, unie et originale. Si elle veut être elIemême, elle devra inventer chaque jour sa marche vers la démocratie, et ce, jusqu'à la brousse la plus reculée.

Le Mali des années 90 : une République nouvelJe pour un nouveau départ
La chute du Général Moussa Traoré n'a nullement résolu les problèmes des Maliens. En fait, il ne s'agissait là que d'une première étape vers un objectif ultérieur éminemment plus complexe: la construction d'une Nouvelle République fondée sur le socle de la démocratie et de la justice sociale. En deux décennies, le Mali a beaucoup changé. L'une des caractéristiques majeures de l'époque actuelle, c'est la vitesse fulgurante avec laquelle s'opèrent les changements de société. Le rythme de la marche des peuples s'accélère. Les acteurs euxmêmes s'étonnent de I tévolution du cours des choses dont ils ne possèdent plus totalement la maîtrise. En se référant à l 'historien John Lukacs, on peut résumer la situation malienne par la formule suivante: il ne s'agit pas «

d'essayer de tuer deux oiseaux avec une seulepierre mais toute une volée d'oiseaux avec un caillou»! in La dernière guerre
européenne, Fayard 1976 ). La naissance d'une République Nouvelle implique deux conditions essentielles: 18

- Premièrement, la destruction totale et systématique de toutes les structures et ramifications de l'ancien régime qui a mené le Mali au chaos actuel. Sans une politique globale d'assainissement en profondeur, la politique du Mali nouveau risque d'être pervertie par ceux-là mêmes qui ont été désarçonnés en mars 1991.
- Deuxièmement, il faut des hommes nouveaux pour une situation nouvelle afin que naissent des comportements adaptés aux exigences de cette fin de siècle et de celui à venir dont la préparation commence dès maintenant. La tâche des nouveaux dirigeants sera de montrer aux Maliens qu'il Ya pour tous un avenir, un espoir, une dignité. Car, l 'histoire n' est pas une trame d'injustices et il n' y a pas de fatalité de l'échec. De même, aucune nation n'est irrémédiablement condamnée à rester prisonnière du cycle infernal de la misère, de la régression sociale et de l'obscurantisme. Mais il faut que nous érigions les préceptes suivants: - que chacun travaille à l'élévation du Mali et de l'Afrique, - que chacun s'exprime sur les affaires de la Cité. Reconstruirele Mali, bâtir une RépubliqueNouvelle, ériger une ..Maison Commune» où chacun aura la place qui lui revient de droit après reconnaissancemutuelle par tous de notre essencecommunemais aussi de notre diversité individuelle, fonder une économie saine autour des notions de participation et de solidarité, articuler le Mali à l'Afrique
nouvelle et au monde en cours de mutation... tels sont les

enjeux fondamentaux de cette décennie 90 pour que les Maliens puissent affronter les défis de l'an 2000.

19

INTRODUCTION

Le mardi 26 mars 1991, le Général Moussa Traoré est renversé par un coup d'Etat militaire conduit par le LieutenantColonel Amadou Toumany Touré. Mais, il ne s'agit pas là d'un putsch militaire classique dans la mesure où l'action de l'armée ne faisait que parachever la victoire de l'insurrection généralisée enclenchée par le peuple malien à partir du 22 mars. La chute du Général Moussa Traoré est assurément le résultat de la détermination inflexible déployée par la jeunesse et toutes les forces de la société civile qui se sont lancées à l'assaut des chars et autres engins de mort pour abattre la dictature familiale qui enserrait le Mali depuis plus de deux décennies. Par son acte de rébellion lors des journées insurrectionnelles des 22, 23, 24, 25 et 26 mars 1991, le peuple du Mali a renoué avec son passé de gloire et de courage. L'ardeur et la puissance d'action de lajeunesse ont eu raison des forces obscurantistes et rétrogrades qui n'ont pas hésité à commettre à l'encontre du peuple ce que l'on peut appeler sans exagération des crimes de guerre. En effet, du 22 au 26 mars, l'armée a tiré, sans hésitation, sans discernement, cherchant à briser le formidable mouvement de rejet exprimé par toute la nation à l'égard du régime du Général Moussa Traoré. Mais, malgré les monceaux de cadavres, le raz de marée populaire l'a remporté. Ainsi, la longue présidence du Général Moussa Traoré se termine dans un bain de sang. 1968-1991, cette période de l 'histoire contemporaine du Mali restera à jamais gravé dans la mémoire des Maliens. De l'évolution des deux décennies écoulées, on peut tirer les enseignements suivants: 21

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La confinnation de l'échec du Parti-Etat

Le monolithisme, sous quelque forme que ce soit, ne peut qu'engendrer la paral ysie pol itique, la stagnation économique et le marasme social. Les régimes monopartistes ont donné naissance à une nomenklatura corrompue, recroquevillée sur ellemême et désireuse de préserver, coûte que coûte, ses privilèges. Assurément, le parti unique engendre immanquablement la corruption et lorsqu'il n' y a pas de contrôle sur les détenteurs du pouvoir, ceux-ci sont enclins à en abuser.
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La révolte des masses

Arrivé à un certain seuil, les régimes de parti unique déclenchent un phénomène de rejet. Les masses se révoltent car les dirigeants ont épuisé leur capacité de renouvellement, à la fois, des idées, des méthodes et des hommes. Ils deviennent alors comme ces vieux pachydermes agressifs pour lesquels l'idée même de se mouvoir constitue un véritable cauchemar. * Le rôle de la jeunesse La jeunesse est le fer de lance du processus du changement. Elle contribue à aider l'ensemble de la société à vaincre plus rapidement ce qu'on peut appeller «la peur de la peur». Elle ose braver les chars, la répression, la police politique... C'est là le prix à payer pour parvenir à un régime de Liberté. Finalement, sa volonté de sacrifice emporte l'adhésion de la société toute entière. Le Mali est désormais entrée dans une phase décisive de son histoire contemporaine. Sachons oublier les rancoeurs accumulées, de part et d'autre; élevons-nous au-dessus des contingences du présent dont les aspérités occasionnent maintes amertumes. Ayons une vision prospective de I'homme. Il n'y aura pas de paix au Mali si les Ma]jens s'adonnent à la tentation facile de la vengeance, cette forme primaire et avilissante de la barbarie. La réconciliation, la bonté, l'acceptation de I fAutre, sont les formes

concrètes de la beauté supérieure de l'âme humaine. Mais, magnanimité, conciliation, ne signitient pas naïveté. La fermeté sur les principes ne fera pas défaut.
22

Nous n'accepterons pas l'inertie, le maintien de l'iniquité. Ni les réformes superficielles. L'injustice ne peut qu'être abolie. On ne réforme pas l'injustice; car même réformée celle-ci demeure toujours l'injustice. Nous sommes une génération charnière qui n'a pas connu la colonisation; mais qui hérite d'une indépendance mal dessinée, donc mal assumée. Il nous incombe de créer des perspectives nouvelles afin de donner espoir à des peuples qui n'ont pas été épargnés par les vissicitudes de l'Histoire au passé comme au présent. Il nous faut déployer une imagination créatrice, inventer des schèmes, des paradigmes nouveaux, un langage novateur. Bref, nous devons assumer notre mission d'artisans d'une Afrique moderne et forte. La tâche est immense. Seul un gigantesque sursaut national soutenu par un formidable élan populaire permettra au Mali de sortir des ornières de la crise actuelle. Les problèmes économiques et politiques du Mali sont complexes et méritent un examen sérieux. Il faut les affronter avec détermination, compétence, et désintéressement. La mise en oeuvre d'une politique de reconstruction nationale passe avant tout par l'assainissement moral. Seule une guerre implacable contre le népotisme, la corruption, la dégradation des moeurs qui ont avili notre pays, permettra au Mali de se réconcilier avec ses propres valeurs qui sont le courage, l'honnêteté, la loyauté, le sérieux dans le travail... C'est autour de ces valeurs que se fera l'unité nationale qui est la condition siné qua non à toute démarche politique. Les fils du Mali doivent se retrouver autour d'objectifs précis. Le salut ne peut venir que de nous-mêmes. Toutes les forces vives de la Nation malienne doivent participer pleinement à la recherche et à l'application de solutions mûries et efficaces aux problèmes nationaux. Méditons notre passé récent pour mieux dessiner l' architecture du Mali de demain. Car, « l'important, c'est la mémoiredes erreurs. C'est elle qui permet de ne pas commettre les mêmes. Le vrai trésor de l'homme, c'est le trésor de ses erreurs.» (in José Ortega Y Gasset: La révolte des masses ). 23

Dépassons nos divergences, car le Mali est plus important qU,enos propres personnes. Seule l'unité des Maliens assurera le rayonnement et la dignité du Mali. Un peuple divisé prépare les conditions de son asservissement. Seuls des dirigeants reconnus, possédant les capacités, les connaissances et les qualités morales d 'honnêteté et d'intégrité pourront hisser le Mali dans l'empyrée des nations démocratiques.

24