Le Moyen Âge en bande dessinée

Le Moyen Âge en bande dessinée

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Français
384 pages

Description

L’Antiquité possède Alix, la période moderne a L’Épervier et les Passagers du Vent, la période contemporaine se retrouve dans Maus ou chez Tardi. Le Moyen Âge serait-il le parent pauvre de la bande dessinée ? Il existe bien quelques œuvres marquantes, de Prince Vaillant aux Compagnons du Crépuscule, en passant par Vasco et Les Tours de Bois-Maury, mais elles ont moins imprégné l’imaginaire collectif et nos images mentales du Moyen Âge sont d’abord tirées de films, comme Le Nom de la rose par exemple.



Écrit par un collectif d’historiens, cet ouvrage explique en quoi la période médiévale a pu inspirer les auteurs du monde entier. Si la medieval fantasy est le genre qui est le plus en vogue actuellement (Thorgal), la bande dessinée historique reste très présente. Il s’agit alors de recontextualiser cette production : comment la bande dessinée a-t-elle instrumentalisé le Moyen Âge pour faire passer des messages politiques, qu’ils soient chrétiens ou anticléricaux, fascistes, écologistes, féministes ou communistes ? Depuis les années 1980, le lectorat visé étant plus diversifié et moins politisé, c’est un tout autre Moyen Âge qui est représenté par des auteurs qui se documentent davantage pour recréer des décors, une langue et des situations qui paraissent crédibles. Mais la vision qui en est donnée est globalement très sombre : du beau Moyen Âge de preux chevaliers, on passe à un monde crépusculaire qui peut, en creux, faire réfléchir sur notre société contemporaine.



À côté d’articles de synthèse, cet ouvrage fait la part belle à l’analyse détaillée d’œuvres très diverses, du Godefroid de Bouillon, de Servais, au Sourire des Marionnettes, de Jean Dytar, tout en donnant la parole aux auteurs de bande dessinée par le biais d’entretiens.

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Informations

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Date de parution 03 octobre 2016
Nombre de lectures 25
EAN13 9782811116705
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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table Des maTI èRes
Introduction Tristan Martine
Première partie Sortir le Moyen Âge de ses cases
1. SeîgneUrs et paYsans mÉdîÉvaUx, oU a Utte des casses dans a bande dessînÉeDanièle AlexandreBidon
2. « I Étaît Une foîs Un châteaU magnîiqUe… » : îmagînaîre d’Un îeU de poUvoîr dans a bande dessînÉeDanièle AlexandreBidon
3. Moînes rîpaîeUrs et saînts exempaîres : e cergÉ mÉdîÉva dans a bande dessînÉeTristan Martine
4. Gentes dames et fortes femmes : a femme mÉdîÉvae dans a bande dessînÉeDanièle AlexandreBidon
5. La sorcîère dans a BD mÉdîÉvaîste : fantasmes, stÉrÉotYpes et dÉtoUrnementsMaxime Perbellini
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Deuxième partie Des bulles en mouvement
6. Faîre parer e MoYen Âge : de a bande sonore dans a BD mÉdîÉvaîsanteAlain Corbellari
e 7. À a conqUête dU 9 art : a Tapîsserîe de BaYeUxDanièle AlexandreBidon
8. Vîoence, MoYen Âge et bande dessînÉe : e cas de a gUerre de Cent AnsAymeric Landot
Troisième partie Figures
9. une rÉÉcrîtUre dU mYthe par a bande dessînÉe : eGodefroid de Bouillonde Jean-CaUde ServaîsMagali Janet
10.Tristan et Yseut:en bande dessînÉe tentatîves d’accîmatatîon d’Un mYthe sUbversîf Florence PletNicolas
11. Robîn Hood, oU comment a BD contrîbUe à a constrUctîon d’Un mYthe moderneDanièle AlexandreBidon
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Quatrième partie Regards d’auteurs
12. Êtredjinnà a pace dU caîfe : ’Isam mÉdîÉva en bande dessînÉe. L’exempe dUSourire des marionnettesde Jean DYtar275 Carole Mabboux
13. De ’AntîqUîtÉ d’AlixaU MoYen Âge deJhen: JacqUes Martîn expore e tempsJulie Gallego
14. Comment faîre de a bande dessînÉe hîstorîqUe mÉdîÉvaîste : Entretîen avec G. Bührer-ThîerrY, C. Iand et C. RegnaUtMené par Tristan Martine
Conclusion La bande dessînÉe mÉdîÉvaîste : Un avenîr poUr a mÉdîÉvîstîqUe ?Tristan Martine
Lîste des aUteUrs
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intro-duc-t i o n
Introduction
Trîstan Martîne
La bande dessînÉe seraît-ee d’orîgîne mÉdîÉvae ? À a sUîte notamment de ’oUvrage de GÉrard Banchard,La bande dessinée. Histoire des histoires en images de la préhistoire à nos 1 jours, nombreUx fUrent ceUx qUî vîrent dans a tapîsserîe de BaYeUx ’acte de naîssance dU neUvîème art, et e grand mÉdîÉ-vîste Mîche Parîsse a compara aînsî à « Une bande dessînÉe 2 înînterrompUe». En rÉaîtÉ, a tapîsserîe de BaYeUx n’en est pas Une – î s’agît d’Une broderîe – et, dÉsormaîs, es spÉcîaîstes ne font pas remonter a bande dessînÉe aU MoYen Âge, pas pUs qU’à ’art rUpestre paÉoîthîqUe oU aUx hîÉrogYphes ÉgYptîens, e maîs bîen pUtôt à a in dU premîer tîers dUXIXsîèce, qUand Rodophe Töpffer dÉveoppa, et thÉorîsa, Une noUvee manîère 3 d’artîcUer des sÉqUences de textes et d’îmages.
Sî e MoYen Âge n’a pas înventÉ e neUvîème art, ’actîonde bon nombre de bandes dessînÉes se dÉroUe dUrant cette pÉrîode. PoUr es qUaîier, on a ongtemps parÉ de bande 4 dessînÉe « mÉdîÉvaîsante », maîs cet adjectîf, toUt comme ceUî de « moYenâgeUse », peUt être connotÉ et renvoYer Une îmage nÉgatîve. NoUs Uî prÉfÉrerons îcî e terme de « mÉdîÉ-vaîste », qUî prÉsente ’avantage de ne pas noUs être famîîer et, comme e note Vîncent FerrÉ, « noUs rappee en cea a dîstance temporee (a transatîon entre e MoYen Âge et 5 es sîèces UtÉrîeUrs), noUs încîtant à a prUdence ».
Sî a pÉrîode antîqUe est soUvent prÉsentÉe aUx coÉgîens vîa a igUre d’Alix, de JacqUes Martîn, tandîs qUe es pUs grands îsentMurena, de Jean DUfaUx et Phîîppe DeabY, sî a pÉrîode moderne connaït Égaement, avecLes Sept Vies de l’Épervierde Patrîck Cothîas et AndrÉ JUîard,Les Passagers
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LE MOyEN ÂGE EN BANDE DESSINéE
du Vent, de Françoîs BoUrgeon,BarbeRouge, scÉnarîsÉ par Jean-Mîche Charîer, etL’Épervier, de Patrîce Peerîn, des sÉrîes împortantes, et sî a perceptîon de a Premîère GUerre mondîae aUprès dU grand pUbîc a pU être modîiÉe par es oUvrages de JacqUes Tardî, tandîs qUe cee de a Seconde GUerre mondîae ’a ÉtÉ parMaus, e best-seer înternatîo-na d’Art Spîegeman, en revanche î n’exîste nUe sÉrîe aUssî marqUante poUr e MoYen Âge. Bîen sûr,Les Compagnons du crépuscule, dU même Françoîs BoUrgeon, ont marqUÉ es annÉes 1980, bîen sûr, des sÉrîes commeVasco, de Gîes Chaîet, oULes tours de BoisMaury, d’Hermann, connU-rent Une aUdîence non nÉgîgeabe, et, bîen sûr, ’on compte 6 de nombreUses bandes dessînÉes rÉcentesde grande qUaîtÉ, maîs toUtes ces œUvres n’ont pas (encore) aîssÉ d’îmages fortes dans ’îmagînaîre coectîf, aors qUe a sîhoUette d’Un Aîx, a baafre de ’épervîer, a gUeUe cassÉe d’Un poîU de Tardî oU es soUrîs de Spîegeman Y sont îndÉnîabement parvenUes.
Cea s’expîqUe en partîe par a maUvaîse îmage ongtemps vÉhîcUÉe par e MoYen Âge. L’expressîon même de « MoYen Âge » est, rappeons-e, connotÉe nÉgatîvement, pUîsqU’ee fUt înventÉe par des înteectUes de a Renaîssance e poUr dÉsîgner Une pÉrîode aant de a in dUVsîèce à a in dU e XVsîèce, aU moment de a dÉcoUverte des AmÉrîqUes. Cette ongUe pÉrîode de mîe ans seraît Un âge întermÉdîaîre entre deUx pÉrîodes brîantes, ’AntîqUîtÉ, donc, et a Renaîssance, expressîon ee-même oUrde de sens. DUrant ces dîx sîèces, ’EUrope aUraît connU Un âge obscUr, vîoent, dUrant eqUe es arts aUraîent rÉgressÉ et a cîvîîsatîon se seraît endormîe, attendant es Umîères des hUmanîstes poUr, enin, se rÉveîer. Cette conceptîon, très schÉmatîqUe, se retroUve frÉqUemment et peUt contrîbUer à comprendre e moîndre attraît des aUteUrs de bande dessînÉe poUr Une pÉrîode mÉdîÉvae qUî, poUrtant, fUt extrêmement compexe et varîÉe, a « renaîssance caroîn-e e gîenne », moment de renoUveaU cUtUre aUxVIIIetIXsîèces, e Étant par exempe profondÉment dîffÉrente dUXIV sîèce,
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pÉrîode qUî a marqUÉ es esprîts en raîson des vîoences de a GUerre de Cent Ans et des ÉpîdÉmîes de peste.
PÉrîode sombre, de magîe et de sUperstîtîons, ce MoYen Âge fantasmÉ a, par rapport à d’aUtres pÉrîodes, peU înspîrÉ 7 es aUteUrs de bande dessînÉe hîstorîqUe. Dans e dÉtaî, on 8 noteUne prodUctîon pUs împortante dans es annÉes 1960 et 1970, pUîs Une dîmînUtîon constante jUsqU’aUx annÉes 2000, avant Une noUvee aUgmentatîon depUîs Une dÉcennîe. Comment expîqUer cette dîmînUtîon qUantîtatîve dUrant es e deUx dernîères dÉcennîes dUXXsîèce? Cea peUt se compren-9 dre, seon Mîche Pîerre, par a dÉsaffectîon poUr cette ÉpoqUe chrÉtîenne aU moment où a jeUnesse françaîse connaîssaît Une îbÉraîsatîon des mœUrs. I faUt aUssî noter a dîffÉrence Édîto-rîae entre es annÉes 1950-1970, dUrant esqUees es joUrnaUx pUbîent sîmUtanÉment Un grand nombre d’hîstoîres, et a pÉrîode sUîvante dUrant aqUee est prîvîÉgîÉe a pUbîcatîon dîrectement en abUm, ce qUî dîmînUe e nombre d’hîstoîres coUrtes prodUîtes. En revanche, e mÉdîÉva a servî, à partîr dU mîîeU des annÉes 1970, de terreaU à ’îmagînatîon des aUteUrs d’heroic fantasyoU de mÉdîÉva-fantastîqUe, comprîs comme ’ensembe « des mondes qUî s’appUîent sUr Une connaîssance hîstorîqUe pUs oU moîns prÉcîse dU MoYen Âge, oU sUr ses cîchÉs, et Y însèrent des ÉÉments fantastîqUes, à forte oU 10 faîbe dose ». NoUs avons excU de notre ÉtUde ce dernîer genre, qUî mÉrîteraît Un travaî à part entîère, tant î est rîche 11 et compexe. NoUs avons îcî prÉfÉrÉ noUs întÉresser à d’aUtres tYpes de bande dessînÉe, sans Écarter es deUx catÉgorîes partî-cUîères qUe sont a bande dessînÉe à vîsÉe pÉdagogîqUe et es abUms destînÉs aUx enfants, commeJohan et Pirlouit, et en încUant e maxîmUm d’œUvres, pUîsqUe notre corpUs s’Étend e sUr pUs d’Un sîèce, dU dÉbUt dUXXsîèce aUx rÉcîts es pUs contemporaîns, et ne se îmîte pas à a bande dessînÉe franco-12 bege. En effet, des mangas sUr e MoYen Âge japonaîsen 13 passant par d’aUtres s’întÉressant à ’Occîdent mÉdîÉva, dU Prince Vaillant, d’Harod Foster, pUbîÉ à partîr de 1937 et
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LE MOyEN ÂGE EN BANDE DESSINéE
qUî fUt ’Un des premîerscomicsamÉrîcaîns à se dÉroUer aU MoYen Âge, aUxfumettiîtaîens, a pÉrîode mÉdîÉvae a servî de toîe de fond à bon nombre de rÉcîts dans toUs es paYs aYant dÉveoppÉ Une tradîtîon de a bande dessînÉe, et cea dès es annÉes 1900-1914 en France, avec dîffÉrents rÉcîts pUbîÉs dansLes Belles imageset dansLa Jeunesse illustrée, ÉdîtÉ par 14 FaYard.
NoUs envîsageons aînsî es troîs tYpes de a bande dessî-nÉe mÉdîÉvaîste tes qUe dÉinîs par Bernard RîbÉmont, à savoîr aUtant a BD « mÉdîo-dÉrîsîonnee », c’est-à-dîre Une vîsîon dÉcaÉe et comîqUe dU MoYen Âge, qUe a BD « mÉdîo-fantasmatîqUe », qUî permet « a crîstaîsatîon des fantasmes modernes des scÉnarîstes et des dessînateUrs, aînsî qUe a mîse en œUvre d’Une esthÉtîqUe et de thÉmatîqUes contemporaînes », dans aqUee on enregîstre « Un tramage compexe, parfoîs totaement confUs, de dÉtaîs hîstorîqUes en gÉnÉra approxîma-tîfs, d’Érotîsme dÉbrîdÉ poUvant aer jUsqU’à a pornographîe, de cîchÉs gothîqUes où ’on retroUve des sorcîères, des bûchers, 15 des oUps pUs oU moîns garoUs, etc. ». Enin, et sUrtoUt, noUs accordons Une pace centrae à a bande dessînÉe hîstorîqUe, c’est-à-dîre aUx abUms qUî prÉsentent des hîstoîres de ictîon s’înscrîvant dans Un contexte prÉsentÉ comme « vraî », oU dU moîns vraîsembabe.
Ces bandes dessînÉes dîtes hîstorîqUes regroUpent des abUms extrêmement dîffÉrents. Sî certaînes BD, par eUr force narratîve toUt aUtant qUe par a soîdîtÉ de eUr docUmentatîon, permettent de mîeUx comprendre notre passÉ, poUr d’aUtres, « î s’agît moîns d’hîstoîre qUe d’hîstoîres-dans-e-passÉ, moîns de mÉthode poUr comprendre qUe de fascînatîon poUr e 16 oîntaîn oU e mYthîqUe »Corbearî, e. Comme e rÉsUme A. MoYen Âge peUt être « Un sîmpe prÉtexte, Un dÉcor oU ’objet 17 d’Une rÉlexîon qUî ’envîsage en et poUr Uî-même ». Aors qU’à a in de ce voUme, Chrîstophe RegnaUt, dessînateUr dePhilippe le Bel, expîqUe avoîr modîiÉ à pUsîeUrs reprîses
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son dessîn poUr bîen montrer qUe Notre-Dame et pUsîeUrs bâtîments de ’Îe de a CîtÉ Étaîent en travaUx soUs e règne de Phîîppe e Be, Vîncent BrUgeas, e scÉnarîste deLe Roy des ribauds, jUstîie ’exact înverse : « Parfoîs, poUr des raîsons graphîqUes oU scÉnarîstîqUes, noUs avons convenUs [sic] de tordre qUeqUe peU a rÉaîtÉ hîsto-rîqUe. Aînsî dans notre Parîs de 1194, Notre-Dame est en avance sUr son temps (de trente ans seUement !), maîs Une cathÉdrae sans façade noUs sembaît moîns întÉressante à 18 offrîr aUx ecteUrs ».
Maîs cette dîvergence s’expîqUe par es objectîfs dîffÉ-rents de ces deUx œUvres, a premîère aYant Une vîsÉe dîdactîqUe qUe ne possède pas a seconde, dont e scÉnarîste a faît sîenne a devîse d’Aexandre DUmas : « I est permîs de vîoer ’Hîstoîre, à condîtîon de Uî faîre Un be enfant ». Ces deUx approches se jUstîient toUt aUtant et cet oUvrage n’a pas poUr objectîf de dîstrîbUer es bons poînts aUx aUteUrs seon e degrÉ de rÉaîsme de eUrs oUvrages. Notre bUt est de montrer comment e neUvîème art reprÉsente et perçoît e MoYen Âge, et sUrtoUt comment cette perceptîon n’a strîctement rîen d’îmmUabe et comment ee dîffère non seUement seon e genre de ’abUm (abUm pÉdagogîqUe oU ÉrotîqUe, hUmorîstîqUe oU d’aventUre), maîs aUssî, et sUrtoUt, seon e moment de sa rÉdactîon.
Aînsî, pendant es annÉes 1930, pUîs dUrant a Seconde GUerre mondîae, e MoYen Âge fUt frÉqUemment înstrUmen-taîsÉ à des ins de poîtîsatîon des jeUnes ecteUrs
20 , Un îUstrÉ poUr es enfants, a menÉ Une propagande oUvertement