Cyberespace et science politique

Cyberespace et science politique

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Français
348 pages

Description

Transition pour certains, rupture pour d’autres, l’envahissement du cyber­espace dans nos vies soulève plusieurs questions. Il est rare, dans l’histoire de l’humanité, de constater qu’une innovation technologique transforme autant et en si peu de temps le quotidien des individus, mais aussi les façons de gouverner ou d’analyser le monde. Le présent ouvrage part du constat que nous vivons actuellement une véritable « cybérisation » individuelle et collective. Il souhaite ainsi appréhender les changements sociaux et politiques qu’implique la présence grandissante du cyber­espace dans nos vies. Ce livre répond à trois questionnements généraux :
1 Quels sont les changements sociaux et politiques induits par l’arri­vée, puis l’omniprésence, du cyberespace dans les sociétés occi­den­tales ? Sont-ils nombreux et quelles sont leurs répercussions sur le plan politique ?
2 Le cyberespace a-t-il aussi provoqué des changements dans la pratique scientifique des politologues ? Par exemple, de nouveaux objets ont-ils intéressé la science politique ?
3 Les nouvelles technologies ont-elles augmenté les capacités de nos outils de recherche ? Si oui, faut-il adapter les méthodes de recherche et leurs techniques à cette nouvelle réalité ? Comment le faire ?
Ce livre expose, entre autres, les changements qu’apporte le cyberespace à l’étude et à la pratique des sciences sociales en général et de la science politique en particulier, mais aussi aux objets d’études de ces domaines.

Informations

Publié par
Date de parution 29 novembre 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782760548541
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Cyberespace et science politique
CANADA
FRANCE
BELGIQUE
SUISSE
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Cyberespace et science politique Ve la méthode au terrain, du virtuel au réel
Sous la direction de Hugo LoiseàuetElenà Wàldispuehl
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada edette principale au titre: Cyberespace et science politique: de la méthode au terrain, du virtuel au réel Comprend des références bibliographiques. Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978-2-7605-4852-7 ISBN 978-2-7605-4853-4 (PDF) ISBN 978-2-7605-4854-1 (EPUB) 1. Cyberespace – Aspect social. 2. Cyberespace – Aspect politique. I. Loiseau, Hugo, 1974- II. Waldispuehl, Elena, 1989- . HM851.C92 2017 303.48’33 C2017-942027-5  C2017-942028-3
Révision Catherine Vaudry
Correction d’épreuves Sandra Guimont
Mise en page Interscript
Images de couverture iStock
e Dépôt légal: 4 trimestre 2017
› Bibliothèque et Archives nationales du Québec › Bibliothèque et Archives Canada
© 2017 – Presses de l’Université du Québec Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
Imprimé au Canada D4852-1 [01]
Remerciements
Nous tenons tout d’abord à remercier tous les auteurs et toutes les auteures qui ont contribué à ce e livre. Nous nous sommes réunis au 85 congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) en mai 2017 pour échanger et débattre de nos différentes contributions lors d’un colloque d’une journée. Les idées, les critiques et la participation active de tous et de toutes ont été une grande source de motivation pour parachever cet ouvrage. Il en ressort une grande cohérence dans l’ensemble de ce collectif. De plus, la diversité des différentes contributions nous a permis de mieux circonscrire l’ampleur du champ d’études qui couvre le phénomène cyber. Les défis que pose le cyber sont encore nombreux et fascinants! Nous tenons à remercier ensuite toute l’équipe éditoriale des Presses de l’Université du Québec pour son excellent travail. Sans cette équipe, la publication du livre n’aurait pas été aussi rapide et efficace. Nous remercions spécialement Mme Catherine Vaudry, réviseuse linguistique, pour son formidable travail dans le manuscrit. Son souci du détail et la grande qualité de sa révision font en sorte que le livre est plus agréable à lire, car d’un niveau supérieur sur le plan de la qualité de la langue française. Mme Mélanie Bérubé, chargée de projet aux Presses de l’Université du Québec, est aussi à remercier pour son excellent travail tout au long des étapes de cette publication. Il faut aussi souligner le soutien financier de la Faculté des lettres et sciences humaines et du Vice-rectorat à la recherche de l’Université de Sherbrooke qui, grâce au programme d’aide aux activités créatrices et à l’édition savante, a facilité la publication de ce livre.
Hugo Loiseau et Elena Waldispuehl Montréal, 21 septembre 2017
Figures
Liste des figures et des tableaux
2.1 / Les changements induits par le cyberespace 4.1 / Cartographie du Web 2.0 5.1 / Effets marginaux entre la méthode de votation et l’habitude de vote estimés d’après la régression logistique du tableau 5.3 8.1 / Évolution du nombre de campagnes militantes numériques, 2002-2012 8.2 / Ventilation des CMN par type d’initiateurs, 2002-2012 8.3 / Ventilation des CMN par type de cibles, 2002-2012 8.4 / Outils déployés selon la catégorie de régime politique lié aux CNM, 2002-2012 8.5 / Stratégies déployées selon la catégorie de régime politique lié aux CNM, 2002-2012 9.1 / Schéma conceptuel de l’économie politique des données
Tableaux
2.1 / Six critères pour l’évaluation des instruments de collecte de l’information 2.2 / Six critères pour l’évaluation de l’observation documentaire avec et sans le cyber 3.1 / Les quatre couches composant le cyberespace 5.1 / Analyse descriptive du groupe A (votants Internet et papier à Sudbury, Markham, Guelph et Springwater) 5.2 / Analyse descriptive du groupe B (votants par Internet dans 44 municipalités) 5.3 / Régression logistique du groupe A (Sudbury, Markham, Guelph, Springwater) 5.4 / Régression logistique multinominale sur l’habitude de vote (groupe B; 44 municipalités) 5.5 / Régression logistique sur les nouveaux électeurs inscrits (groupe B; 44 municipalités) 8.1 / Le cyberespace, espace de mobilisation politique dans les régimes démocratiques, hybrides et autoritaires 8.2 / Analyse descriptive des stratégies déployées lors des CNM, 2002-2012 8.3 / Analyse descriptive des outils déployés lors des CNM, 2002-2012 8.4 / Analyse descriptive du Polity IV et des catégories de régimes politiques liés aux CNM, 2002-2012 8.5 / Moyenne du Polity IV selon les outils déployés et non déployés lors des CNM, 2002-2012 8.6 / Moyenne du Polity IV selon les stratégies déployées et non déployées lors des CBN, 2002-2012 9.1 / Comparaison de la surveillance traditionnelle et de la surveillance des données 10.1 / Le citoyen dans le cyberespace 10.2 / Le citoyen dans la ville intelligente
CMN GCHQ GDADS IVP LGBTQIA+
MSN NSA PCC PLC ROK TIC
Liste des sigles
Campagnes militantes numériques Government Communications Headquarters (Royaume-Uni) Global Digital Activism Data Set Internet Voting Project Lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans (transidentitaires, transgenres et transexuelles), travesties, queer, intersexuées, asexuelles, alliées et autrement incluses dans la diversité sexuelle et de genre Médias sociaux numériques National Security Agency (États-Unis) Parti conservateur du Canada Parti libéral du Canada Return of Kings Technologies de l’information et des communications
Hugo Loiseau et Elena Waldispuehl
Introduction
Transition pour certains, rupture pour d’autres, l’envahissement du cyberespace dans nos vies est source de réflexions à plusieurs égards. Ce phénomène nous fascine tout particulièrement, car rarement dans l’histoire de l’humanité avons-nous pu constater comment une innovation technologique transforme autant, en si peu de temps, le quotidien des individus jusqu’aux façons de gouverner le monde. L’apparition de l’écriture et l’invention de l’imprimerie sont, à des échelles différentes bien entendu, des parallèles qui sont souvent faits avec l’émergence du cyberespace (Eisenstein, 1991). Cependant, le cyberespace a ceci de particulier que ses effets se font sentir beaucoup plus rapidement et beaucoup plus profondément, d’autant plus que même les outils d’analyse de ce phénomène, les méthodes de recherche des sciences sociales et politiques pour le résumer ainsi, sont eux aussi transformés par le cyberespace et Internet. Émergent ainsi de multiples paradoxes fort intéressants à explorer. Le papier devient numérique, mais garde son usage courant. À cause du cyberespace, l’intimité devient «extimité» (Tisseron, 2002), la sphère privée devient publique, et vice-versa. Les identités individuelles et collectives sont démultipliées sur les réseaux. L’information devient abondante et presque instantanée, à l’instar de la désinformation. Le tout-technologique fait miroiter la prospérité, mais laisse de côté nombre de personnes prises du mauvais côté de la fracture numérique. Les États ne se font plus la guerre comme auparavant, mais investissent plutôt dans la cyberguerre. Les modes de pensée et de création des connaissances subissent des adaptations aux conséquences souvent peu étudiées et hors de contrôle. Tout le monde navigue dans le cyberespace, mais personne ne connaît les référents, tels les points cardinaux, de cet espace. Le cyberespace facilite la mobilisation de citoyens autour d’une cause, mais il a aussi cette immense capacité à atomiser des collectivités. Bref, nombre d’autres exemples de paradoxes du cyberespace pourraient être cités. Sur le plan de la méthode de recherche, sur le plan de l’enseignement et sur le plan social, nous vivons actuellement une véritable rupture de nature épistémologique, pédagogique et sociale. Cette rupture se produit par rapport à un passé qui se «traditionnalise» rapidement face aux innovations technologiques et aux nouvelles pratiques singulières et collectives qu’engendre la démocratisation du cyberespace. Boullier (2016) évalue avec justesse que les façons d’écrire, de lire, de produire, de manipuler et de voir sont complètement bouleversées par la popularisation d’Internet ces dernières années. Ce livre part du constat que le cyberespace n’est que la continuité de l’extension des capacités humaines entamée avec le développement des premiers outils par nos ancêtres. En effet, tout développement technologique a pour but ou pour effet d’augmenter les capacités limitées du corps humain ou de la conscience humaine. La plupart du temps, ce développement mène à la projection de nos sens grâce à la technologie. Pensons, en guise d’illustration, au développement de la longue-vue puis du télescope afin de voir au-delà des capacités normales de l’œil humain. Ce développement, rendu possible grâce à l’accumulation de connaissances techniques et à l’expérimentation de cette technologie, a facilité la découverte de nouvelles informations et le développement de nouvelles connaissances (Dowek, 2015, p. 21). Ce cycle de progrès techniques, technologiques et scientifiques se fait de façon tout à fait naturelle dans l’histoire humaine. Or la question se pose: comment absorber, assimiler, voire «endoctriner» les innovations si les capacités technologiques s’accélèrent constamment (Samaan, 2008)? Cette accélération est le fruit de deux développements technologiques: la numérisation et la mise en réseau des contenus à grande échelle. Le cyberespace a donc ceci de particulier qu’il existe grâce à ces deux développements et qu’il constitue l’extension des capacités humaines dans de très nombreux domaines. La fusion de ces deux aspects s’effectue donc dans la continuité normale du cycle des progrès. De plus, comme toute technologie, le cyberespace n’est ni bien ni mal, il est neutre; c’est l’usage que l’humain en fait qui lui donne une valeur morale. Il représente un outil
supplémentaire qui s’ajoute à de nombreux autres outils ou technologies à la disposition des activités humaines. La nouveauté actuelle consiste à appréhender les changements sociaux et politiques qu’entraîne la présence grandissante du cyberespace dans nos vies. Le principal questionnement de ce livre se déploie sur trois plans: celui des comportements sociaux, celui de la recherche et celui des méthodes de recherche en sciences sociales et politiques. Il s’agira aussi de saisir la lenteur du processus d’acceptation et de transformation des esprits et des pratiques scientifiques et sociales face aux bouleversements provoqués par le cyberespace. En résumé, nous nous pencherons, au cours des prochains chapitres, sur la façon de comprendre cette invasion numérique et réticulaire dans les sciences sociales et les sociétés. Cet examen se fera autant sur le plan individuel que sur le plan collectif, afin de dégager les similitudes et les dissemblances entre les deux, de distinguer les tendances des divergences. Cet ouvrage désire circonscrire les changements qu’apporte le cyberespace à l’étude et à la pratique des sciences sociales et politiques en général, mais aussi quant à leurs objets. Depuis une dizaine d’années, les sciences sociales sont bouleversées par l’entrée massive du cyberespace dans nos sociétés. Le cœur des sciences sociales et politiques est transformé, comme le démontreront les chapitres de ce livre. Ainsi, le vote se conçoit différemment, la publicité électorale est bouleversée, le militantisme se voit transformé par le cyberespace, alors même que les États possèdent de nouveaux outils de surveillance des masses qui modifient profondément les pratiques sociales. Les objets, les méthodes et les disciplines sont ou doivent être renouvelés à la lumière des transformations majeures dues au cyberespace. Autrement dit, comment rendre intelligible et expliquer le phénomène du cyberespace dans nos sociétés? Plus particulièrement, ce livre vise à exposer ces changements dans les sciences sociales et politiques, ainsi qu’à approfondir la question des méthodes de recherche dans le cyberespace, notamment pour ce qui a trait à la nature de ce nouveau terrain d’investigation. Par ailleurs, à l’aide d’études de cas, ce livre offre aussi des exemples des nouveaux objets de recherche et de l’adaptation des méthodes de recherche traditionnelles pour l’étude de ces nouveaux objets. Ainsi, eu égard aux grandes qualités de la littérature et sa clarté, peu de textes traitent spécialement, en français, des bouleversements sociaux dus au cyberespace, des transformations des méthodes de recherche et d’enseignement dans le cyberespace, tout comme peu d’entre eux abordent le cyberespace comme outil de recherche exploitable grâce à Internet. Ainsi, pour atteindre précisément ces objectifs, les auteurs de ce livre tenteront de répondre à trois questions principales. Premièrement, quels sont les changements sociaux induits par l’arrivée puis l’omniprésence du cyberespace dans les sociétés occidentales? Cette première question concerne la matière brute traitée par les sciences sociales et politiques, c’est-à-dire les objets des sciences sociales, mais surtout les changements occasionnés par le cyberespace dans les rapports sociaux et les comportements individuels. De plus en plus, le cyberespace est devenu addictif, et une grande partie des comportements sociaux sont modifiés par la présence, voire l’omniprésence, de cet espace. Deuxièmement, s’il est facile d’admettre et de constater que le cyberespace a provoqué des changements sociaux, on peut logiquement se poser la question à savoir si le cyberespace a aussi provoqué des changements sur le plan de la pratique scientifique des sciences sociales et politiques. La recherche en sciences sociales et politiques a-t-elle été modifiée par le cyberespace? La recherche accompagnée par les nouvelles technologies de l’information et la surabondance de l’information transforment les méthodes de recherche traditionnelles à travers une pratique plus ou moins maîtrisée par les chercheurs. De nos jours, par exemple, la génération des natifs du numérique forme une nouvelle génération de chercheurs dans les classes, sur le terrain et dans les laboratoires. L’environnement numérique lui étant familier, son style de vie étant mobile et en ligne, cette nouvelle génération d’étudiants demande au corps professoral d’adapter ses formules traditionnelles d’encadrement et de formation à la recherche. Troisièmement, une dernière question doit porter sur les méthodes de recherche des sciences sociales, notamment sur le terrain, que doivent explorer et analyser les praticiens des sciences sociales et politiques. Le postulat de cet ouvrage, qui se devine facilement, soutient que le cyberespace a changé non seulement la nature des relations sociales et des pratiques scientifiques et pédagogiques, mais qu’il a aussi entraîné des transformations majeures des méthodes de recherche en sciences sociales et politiques. Par ailleurs, ce postulat s’inscrit directement dans les enseignements de Paillé et Muchielli sur l’évolution de la recherche qualitative et de ses méthodes. Ces auteurs